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Full text of "Dictionnaire des sciences naturelles, dans lequel on traite méthodiquement des différens êtres de la nature, considérés soit en eux-mêmes, d'après l'état actuel de nos connoissances, soit relativement à l'utilité qu'en peuvent retirer la médecine, l'agriculture, le commerce et les artes. Suivi d'une biographie des plus célèbres naturalistes"

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DICTIONNAIRE      i 


DES 

SCIENCES  NATURELLES, 

DA?<s  Lequel 

ON  ihMTr.  Ml',TKODIQUEMKNT  DES  niFFKREX.S  ÈTP.ES  DELA  NATURE, 
CON.-<IDÉnÉS  SOIT  EN  EUX  -  .MÈ AIES  j^d'aPRÈS  J.'kTAÏ  ACTUEI,  DE  NOS 
CONNOI6:;.\NCE3  ,  SOIT  RELATIVEMENT  A  h'vnUTÉ  Qu'eN  PEUVENT 
RETIUEd  lA  JIJ^DECINE,  L'AGaiCLaTUKE  ,  I.E  COMMEaCE  ET  LES  ARTS. 

SUIVI   D'UiN'E   BIOGRAPHIE   DES    PLUS    CÉLÈBRES 
NATURALISTES. 

PAR 

Plusieurs  Professeurs  du  Jardin  du  Roi   et  des  principales  |  j? 
Écoles  de  Paris. 

TOME  QUARANTE-SEPTIÈME. 


SAG-SAY. 


F.  G.  LEvrauLT,  Editeur,   à  STRASBOURG, 

et  rue  de  la  Harpe,  N."  81,  à  PARIS. 

Le  Noumaxt,  rue  de  Seine,   N."  8,    à  PARIS. 

1827. 


LIBRARY     OF 


1685- IQSe 


DICTIONNAIRE 


DES 


SCIENCES  NATURELLES. 

TOME  XL  F  IL 


SAG  =  SAY. 


Le  nombre  d'exemplaires  prescrit  par  la  loi  a  été  dé- 
posé. Tous  les  exemplaires  sont  rei^êtus  de  la  signature 
de  l'éditeur. 


^'  y'  ^C^^1^€s:j^4^^^^^ 


DICTIONNAIRE 

DES 

SCIENCES  NATURELLES, 

DANS    LEQUEL 

ON  TRAITE  MÉTHODIQUEMENT  DES  DIFFÉRENS  ÊTRES  DE  LA  NATURE, 
CONSIDI^RÉS  SOIT  EN  EUX-MÊMES,  d'aPRÈs  l'ÉTAT  ACTUEL  DE 
>'OS  CONNOISSANCES,  SOIT  RELATIVEMENT  A  l'uTILITÉ  Qu'eN 
PEUVENT  RETIRER  LA  MEDECINE,  l'aGRICULTURE  ,  LE  COMMERCE 
ET    LES    ARTS. 

SUIVI  D'UNE  BIOGRAPHIE  DES  PLUS   CÉLÈBRES 
NATURALISTES. 

Ouvrage  destiné  aux  médecins,  aux  agriculteurs,  aux  commerçans, 
aux  artiste^s,  aux  manufacturiers,  et  à  tous  ceux  qui  ont  intérêt 
à  connoître  les  productions  de  la  nature,  leurs  caractèresgénériques 
et  spécifiques ,  leur  lieu  natal ,  leurs  propriétés  et  leurs  usages. 

PAR 

Plusieurs  Professeurs  du  Jardin  du  Roi,  et  des  principales 
Ecoles  de  Paris. 

TOME  QUARANTE-SEPTIÈME. 


F.  G.  LEvr.AULT,  Editeur,  à  STRASBOURG, 

et  rue  de  la  Harpe,  N."  81,  à  PARIS. 

Le  Normakx,  rue  de  Seine,  N.''  8 ,    à  PARIS. 

1  82  7. 


Liste  des  Auteurs  par  ordre  de  Matières. 


Physique  générale. 
M.   LACROIX  ,    membre  de  l'Académie  des 
Sciences     et     professeur     au     Coll(!ge     de 
Fraace.  (L.) 

Chimie. 
M.   CIIEVREUL,  professeur  au  Collège  royal 
de  Ctarlemagne.   (Ce.) 

Minéralogie  et   Géologie. 
M.  BRONGNIART,    membre  de  l'Académie 

des  Sciences,    professeur   à  la   Facullé  des 

Sciences.  (B.) 
M.   BROCHANT   DE   VILLIERS  ,     membre 

de  l'Académie  des  Sciences.    (B.  de  V.) 
M.   DEFRANCE,    membre     de    plusieurs 

Sociétés  savantes.  (D.  F.) 

Botanique. 

M.  DESFONTAINES,  membre  de  l'Académie 
des  Sciences.   (Desf.) 

M.  DE  JUSSIEU,  membre  de  l'Académie  des 

Sciences,  professeur  au  Jardin  du  Roi.  (J.) 
"yi.  MIRBEL ,    membre    de    l'Académie    des 

Sciences  ,      professeur    à     la    Faculté     des 

Sciences.  (B.  M.) 
M.  HENRI  CASSINI  ,  membre  de  la  Société 

pbllomatique  de  Paris.  (U.  C*ss.) 
M.   LEMAN,   membre  de  la  Société  pbiloma- 

tique  de  Paris.  (Lem.) 
M.  LOISELEUR   DESLONGCHAMPS  , 

Docteur  en  médecine,  membre  de  plusieurs 

Sociétés  savantes.  (L.   D.) 
M.  MASSEY.  (Mass.) 
M.  POIRET,  membre  de  plusieurs  Sociétés 

savantes    et    littéraires  ,     continuateur     de 

l'Encyclopédie  botanique.  (Poir.) 
M.   DE    TUSSAC,    membre    de    plusieurs 

Sociétés  savantes,   auteur  de  la   Flore   de» 

Antilles.  (De  T.) 


Zoologie  générale  ,  Anatoniîe  et 

Physiologie. 

M.   G.   CUVIER,    membre  et  secrétaire  per- 

pétuel  de  l'Académie  des  Sciences,  prcf.  au 

Jardin  du  Roi,  etc.   t,G.  C.  ou  CV.  ou  C.) 

M.   FLOURENS.    (F.) 

Mammifères. 
M.  GEOFFROY  SAINT-HILAIRE  ,  membre 
de  l'Académie  des  Sciences,  prof,  au  Jardin 
du  Roi.  (G.) 

Oiseaux. 
M.   DUMONT  DE  s."  CROIX,    membre  'de 
plusieurs  Sociétés  savantes.  (Ce,  D.) 

Reptiles  et  Poissons. 

M.  DE  LACÉPÈDE,  membre  de  l'Académie 
des  Sciences,  prof  au  Jardin  du  Roi.  (L.  L.) 

M.  DUMERIL,  membre  de  l'Académie  des 
Sciences,  prof,  k  l'Écolede  médecine.  (C.  D.) 

M,  CLOQUET,  Docteur  en  médecine.  (H.  C.) 
Insectes. 

M.  DUMERIL,  membre  de  l'Académie  des 
Sciences ,  professeur  à  l'École  de  médecine. 
(C.  D.) 

Crustacés. 

M.  W.  E.  LEACH,  membre  de  la  Société  roy. 
de  Londres,  Correspond,  du  Muséum  d'his- 
toire naturelle  de  France.  (  W.  E.  L.) 

M.  A.  G.  DESMAREST,  membre  titulaire  de 
l'Académie  royale  de  médecine,  professeur 
à  l'école  royale  vétérinaire  d'.^Ifort,  etc. 

Mollusques,  Vers  et  Zoophytes. 
M.  DE  BLAINVILLE,  professeur  à  la  Faculté 
des  Sciences.  (De  B.) 


M.  TURPIN,    naturaliste,    est   chargé   de 
l'exécution  des  dessins  et  de  la  direction  de 


gravure. 

MM.  DE  HUMROLDT  et  RAMOND  donneront  quelques  articles  sur  les  objets  nouveaux 
qu'ils  ont  observés  dans  leurs  voyages,  ou  sur  les  sujets  dont  ils  se  sont  plus  particuliè- 
rement occupés.    M.   DE   CANDOLLE  nous   a  fait   la   même   promesse. 

M.  PREVOT  a  donné  l'article  Océan;  M,  VALENCIENNES  plusieurs  articles  d'Orni- 
thologie;  M.   DESPORTES  lartirle  Piseon  domestique,   et  M.  LESSON  l'article  P/uvier. 

M.  F.  CUVIER  est  chargé  de  la  direction  générale  de  l'ouvr.-ige,  et  il  coopérera  aux 
articles  généraux  de  it)olog\e  et  à  l'histoire  des   mammifères.  (F.    C.  ) 


DICTIONNAIRE 

DES 

SCIENCES  NATURELLES. 

SAG 

OAGA,  SIAGA.  (Bot.)  Noms  japonois  d'un  iris,  iris  squa-^ 
lens^  suivant  Thunberg.  On  lit  aussi  dans  C.  Bauhin  que  les 
Javanois  donnent  le  même  nom  au  Conduri  (voyez  ce  met)* 
Nous  lisons  encore  dans  Kaempfer,  p.  268,  que  le  nom  malais 
saga  est  celui  d'un  arbrisseau  croissant  sur  le  bord  de  la  mei* 
des  Indes,  qui  est  le  horau  ou  amandier  marin  du  golfe  per- 
sique.  (  J.  ) 

SAGAN.  (Mamm,)  Nom  donné  par  les  Burates  au  cerf 
renne.  (Desm.  ) 

SAGAN.  {Orniili,)  L'oiseau  ainsi  nommé,  en  Laponie, 
est  l'huitrier,  hœmatopus  ostralegus ,  Linn.  (Ch.  D.) 

SAGAPENUM.  (Bot.)  C'est  le  suc  d'une  herbe  qui  croît 
dans  la  Médie,  suivant  Dioscoride,  qui  la  nomme  sagapenion; 
c'est  encore  le  serapinum  des  pharmaciens,  le  sacopodium^de 
Pline,  cité  par  Adanson.  On  pense  que  ce  suc' est  extrait 
d'une  plante  ombellifére ,  parce  que  souvent  il  renferme 
des  graines  plates,  arrondies,  bordées  et  striées,  comparées 
par  Murray  à  celles  de  la  berce,  heracleum.  Geoffroy,  dans 
sa  Matière  médicale,  les  assimile  à  celles  d'une  férule. 
Adanson  fait  de  cette  plante  un  laserpitium.  Ces  trois  genres 
sont  très- voisins  dans  la  même  famille.  Cette  origine  paroît 
confirmée  par  les  rapports  de  la  nature  de  ce  suc  avec 
Vassa-fatida,  autre  produit  d'une  ombellifére.  Le  sagapenurn. 
est  concret,  gommo- résineux,  ramassé  en  grappes  ou  en  gros 
morceaux,  de  coulfurroussàtreen  dehors,  cornée  en  dedans, 
47'     '  1 


SAG 

suivant  Geoffro}'.  II  plie  et  blanchit  sous  la  dent;  sa  saveur 
est  acre  et  mordante;  son  odeur,  forte  et  désagréable,  ap- 
proche de  celle  du  poireau  ou  de  l'ail ,  tenant  le  milieu  entre 
celles  de  ïassa-fcetida  et  celle  du  galhanum.  On  le  retire  de 
l'Egypte  et  de  la  Perse.  Il  jouit  d'une  réputation  très- an- 
cienne comme  purgatif ,  et  plus  encore  comme  apéritif  et  in- 
cisif, dans  les  maladies  occasionées  par  l'épaississement  des 
humeurs.  Il  csi  employé  rarement  seul  et  presque  toujours 
mêlé  à  d'autres  substances.  Son  usage  n'est  pas  très- habituel , 
soit  parce  qu'on  se  le  procure  moins  facilement,  soit  parce 
qu'on  le  remplace  plus  facilement  par  d'autres  médicamens.  (J.) 

SAGARET-EL-AGUZ.  {Bol.)  Nom  arabe  d'une  patience, 
rumex  glaucus  de  Forskal.  Le  sagaret-el-ghasal,  qui  signitie 
herbe  de  la  gazelle,  est  son  melissa  perennis,  que  Vahl  reporte 
au  sahia  œgyptiaca  de  lànnœus.  Le  sagaret-cl-arneb  est  le 
genre  Arnebia  de  Forskal,  réuni  par  nous  au  gremil,  litho- 
spermiim.  Delile  le  nomme  chagaret-el-arneb.   (J.) 

SAGEDIA.  {Bot.)  Genre  de  la  famille  des  lichens,  établi 
par  Acharius  sur  des  espèces  qui  n'^avoient  pas  encore  été 
décrites:  ce  sont  des  plantes  dont  le  thallus  est  crustacé,  uni- 
forme, plan,  étendu  et  adhérent  par  sa  surface  inférieure 
aux  rochers  humides  ;  les  conceptacles  ou  scutelles  sont  des 
verrues  formées  par  le  thallus  même,  couvertes  en  dessus 
d'une  membrane  colorée,  cartilagineuse,  imitant  un  péri- 
thécium  supérieur  et  dimidié  ,  et  marquée  d'une  dépression 
discoïde  qui  imite  un  petit  bouclier.  Dans  l'intérieur  de  la 
substance  de  chaque  verrue  est  un  noyau  privé  d'enveloppe 
propre  ou  périthécium,  convexe  en  dessous,  homogène  in- 
térieurement et  d'une  apparence  de  cire.  Suivant  Tries  les 
sporidies  sont  disposées  en  séries. 

C(?  genre,  voisin  de  Wrceolaria  dans  Acharius,  du  Porina 
dans  Pries,  du  Thecaria  et  Ascidiuni  de  M.  Fée,  n'est  pas  admis 
par  Meyer,  qui  réunit  au  Parmelialu  plupart  de  ses  espèces. 

Ce  genre,  que  la  plupart  des  botanistes  n'ont  pas  voulu 
admettre,  doit  sa  défaveur,  selon  Fries ,  à  ce  que  l'on  ren- 
contre dans  les  herbiers,  comme  espèce  de  ce  genre,  des 
plantes  différentes,  telles  que  des  espèces  de  lecidea ,  mais 
qu'il  s'est  assuré  de  l'exactitude  des  caractères  lixés  par 
Acharius. 


SAG  5 

On  connoîtsept  espèces  de  ce  genre,  figurées  dans  la  Liché- 
nographie  d'x\chariiis;  cinq  d'entre  elles  ont  été  découvertes 
en  Suisse  sur  les  rochers  par  M.  Schleicher  ;  une  croît  en 
Suisse  et  en  Suède,  une  en  Angleterre,  et  une  dernière  eu 
Diilécarlie. 

Nous  ferons  remarquer  ici  : 

1.°  Le  Sagedia  Ai'LATi;  S.  depressa,  Ach.,  Lich.  umV.  ,  p. 
527,  pi.  6,  fig.  3.  Thallus  crustacé,  étendu,  blanc,  grisâtre, 
à  surface  réticulée  et  fendillée;  scutelles  d'un  noir  brun, 
planes  et  déprimées  sur  le  bord  ;  impression  ou  léger  enfon- 
cement du  disque  irrégulier,  à  bord  à  peine  saillant.  Il  croit 
en  Suisse  sur  les  rochers  et  les  pierres  les  plus  dures. 

2."  Le  Sagedia  roussatre;  S.  rufescens ,  Ach.,  l.  c,  p.  029, 
pi.  6,  fig.  4.  Croûte  brune  ou  rousse,  marquée  de  plis  ou 
sillons  réticulés;  conceptacles  en  forme  de  verrues  déprimées  ; 
leur  bord  devient  proéminent,  d'un  brun  noir;  l'impression 
du  disque  est  un  peu  plane,  mais  enfoncée  dans  le  thallus. 
Cette  espèce  a  été  trouvée  par  M.  Turner  sur  les  pierres  dans 
les  endroits  sablonneux  en  Angleterre  :  elle  ressemble  beau- 
coup à  un  iirceolaria.   (  Lem.  ) 

SAGÉNITE.  {Min.)  De  Saussure  a  donné  ce  nom  à  la  va- 
riété réticulée  du  titane  ruthile,  parce  que  ses  aiguilles  dé- 
liées sont  croisées  comme  les  fils  d'un  réseau.  Voyez  Titane. 
(B.) 

SAGER.  {Ornith.)  Nom  allemand  des  harles.  (Ch.  D.) 
SAGER  CORPOO.  {Bot.)  Voyez  Corpoo.   (J.) 
SAGESSE  DES  CHIRURGIENS.  {Bot.)  Ancien  nom  vulgaire 
du  sisymbre  à  petites  fleurs.  (  L.  D.) 

SAGETTE.  {Bot.)  Nom  françois  ancien  de  la  fléchière  ou 
flèche  d'eau,  sagittaria.  (J.  ) 

SAGGAOUY.   {Ornith.)    Nom  égyptien  de  la  cresserelle, 
falco  tinnunculus,  Linn.,  qu'on  appelle  aussi  saraquh.  (Ch.  D.) 
SAGGIS.  {Ornith.)  Nom  générique  des  hérons  au  Japon. 
(Ch.  D.) 

SAGIF.  {Mamm.)  Nom  turc  et  arménien  de  la  loutre  d'Eu- 
rope.  (Desm.) 

SAGINE;  Sagina,  Linn.  {Bot.)  Genre  de  plantes  dicotylé- 
dones, polypétales,  de  la  famille  des  carjophyllées ,  Juss.  ,  et 
de  la  létrandrie  trétragjnie  de  Linnaeus,  dont  les  principaux 


SAG 

caractères  sont  les  suivans  :  Calice  de  quatre  folioles  ovales- 
très-ouvertes;  corolle  de  quatre  pétales  plus  courts  que  le 
calice;  quatre  étamines  à  filamens  capillaires  portant  des  an- 
thères arrondies;  un  ovaire  supère,  surmonté  de  quatre  styles 
à  stigmates  simples;  une  capsule  ovale,  uniloculaire,  à  quatre 
valves,  renfermant  des  graines  nombreuses,  attachées  à  un 
placenta  central. 

Lessagines  sont  de  petites  plantes  herbacées,  à  feuilles  sim- 
ples et  opposées,  à  fleurs  axillaires  ou  terminales.  On  n'en 
connoîtque  six  espèces,  pour  la  plupart  naturelles  à  l'Europe. 
Sagine  couchke  :  Sapna  procumhens ,  Linn.,  Sp.,  i85;  Lam., 
lUust.,  tab.  go.  Sa  racine  est  fibreuse,  annuelle;  elle  produit 
une  tige  divisée  dès  sa  base  en  rameaux  nombreux,  grêles, 
couchés,  longs  de  deux  à  trois  pouces,  garnis  de  feuilles  li- 
néaires, glabres.  Ses  fleurs  sont  blanches,  très-petites,  por- 
tées au  sommet  des  rameaux  sur  des  pédoncules  plus  longs 
nue  les  feuilles  et  glabres.  Cette  plante  se  trouve  dans  les  bois 
et  les  champs  sablonneux  en  Europe  et  dans  les  trois  autres 
parties  du  monde. 

Sagine  apétale;  Sagina  apelala ,  Linn.,  Mant. ,  55().  Cette 
espèce  a  le  port  de  la  précédente  et  n'en  est  peut-être  qu'une 
variété;  elle  n'en  diÉFère  que  par  ses  tiges  plus  droites,  par 
ses  pédicelles  pubescens  et  par  ses  fleurs  le  plus  souvent  dé- 
pourvues de  pétales;  ces  derniers,  quand  ils  existent,  sont,  dit- 
on,  très-petits,  échancrés  à  leur  sommet.  Cette  plante  a  été 
trouvée  en  France,  en  Angleterre,  en  Italie  et  dans  plusieurs 
autres  parties  de  l'Europe.  (L.  D.) 

SAGISER.  {Ornith,)  L'oiseau,  désigné  par  ce  nom  dans 
Gesner,  est  le  courlis  vert,  tantalus  falcinellus ,  Lath. ,  ou  ibis 
vert,  ibis  falcinellus  ,  Vieil).   (Ch.  D.) 

SAGITTA.  (Bot.)  Ce  nom  ,  donné  par  les  anciens  à  une 
plante  aquatique  dont  les  feuilles  sont  conformées  en  fer  de 
flèche,  a  été  heureusement  changé,  par  Gérard  et  Lobel  , 
pour  éviter  toute  équivoque,  en  celui  de  sagittaria,  que  Lin- 
nœus  a  adopté.  C'est  celle  dont  le  nom  françois  est  flèche 
d'eau  ou  fléchière.  Des  pontederia  ont  aussi  été  nommées 
sagittaria,  à  cause  de  quelques  rapports  extérieurs  avec  la  flé- 
chière. (J.) 

SAGITTA;  FticHE.  (Malacoz,)  MM.  Quoy  et  Caimard  vien- 


SAG  5 

«ent  (l'établir  sous  cette  dénomination  un  petit  genre  de  ma- 
lacozoaires,  qui  semble  être  extrêmement  rapproché  des  sa- 
gittelles  de  M.  Lesueur.  Voici  les  caractères  qu'ils  lui  assi- 
gnent :  Corps  libre,  gélatineux,  transparent,  cylindrique, 
très-alongé,  ayant  une  tête,  probablement  des  mâchoires, 
peut-être  des  yeux;  queue  horizontale,  comme  dans  les  céta- 
cés :  deux  nageoires  de  chaque  côté  de  la  longueur  du  corps. 

Ce  genre  ne  contient  qu'une  espèce  nommée  la  Flèche  a 
DEUX  POINTS,  5.  lipunctata ,  sans  doute  à  cause  de  deux  petites 
taches,  placées  entre  les  deux  paires  de  nageoires  du  corps. 
(De  B.) 

SAGITTA.  {Conchjl.)  Nom  anciennement  employé,  comme 
équivalent  en  langue  latine  du  mot  Bélemnite,  qui- signifie 
également  flèche.  (DeB.) 

SAGITÏA  MARINA,  FLÈCHE  MARINE.  (Zoophyt.)  On 
a  quelquefois  donné  ce  nom  aux  pennatulcs,  à  cause  de  leur 
ressemblance  grossière,  surtout  quand  elles  sont  desséchées, 
avec  une  flèche  empennée.  Aussi  Rumph  nomme  sagitta  ma- 
rina nigra  la  grande  espèce  de  pennatulc  ,  que  Pallas  appelle 
pennatula  grandis,  et  sagitta  marina  alba ,  la  pennatula jiincea , 
type  du  genre  Virguline  de  M.  de  Lamarck.  (De  B.) 

SAGITTAIRE.  {Ornilh.)  Vosmaè'r  a  décrit  sous  ce  nom  le 
messager  ou  secrétaire , /a/co  serpentarius ,  Gmel. ,  et  gypo- 
geranus,  lIHg.  (Ch,  D.) 

SAGITTARIA.  {Bot.)  Nom  latin  du  genre  Fléchière.  (L.  D.) 

SAGITTATI.  (Foss.)  Luid  a  donné  ce  nom  aux  dents  de 
poissons  fossiles,  pointues  et  aplaties,  avec  des  bords  tran» 
chans.  (D.  F.  ) 

SAGITTE.  (Bot.)  Figuré  en  fer  de  flèche,  c'est-à-dire 
triangulaire,  avec  un  sinus  à  la  base,  et  les  angles  postérieurs 
aigus.  Les  feuilles  du  sagiltaria  sagittifolia  ,  les  stipules  du 
galega  officinalis ,  le  stigmate  du  thalictrum  elatum  ,  les  anthères 
du  nerium  oleander ,  par  exemple,  sont  sagittés.  (Mass.) 

SAGITTELLE,  5agi7fe//a.  (Malacoz.)  Genre  de  malacozoaires, 
établi  par  M.  Lesueur  pour  quelques  petits  animaux  de  la 
famille  des  firoles  et  dont  la  forme  générale  a  quelque  res- 
semblance avec  une  flèche,  ou  mieux,  peut-être,  avec  cer- 
tains petits  poissons,  et  entre  autres,  avec  les  lo-^hes.  Les  ca- 
rai:tères    qu'on   peut  lui   assigner  sont  les  suivans  :    Corps 


6  SAG 

alongé,  subcylindrique,  subgélatineux,  transparent,  arrondi 
et  comme  tronqué  en  avant,  s'atténuant  en  arrière  et  pourvu 
de  trois  paires  de  nageoires  latérales ,  deux  le  long  du  corps 
et  une  terminale;  bouche  terminale,  pourvue  de  mâchoires 
comme  dans  les  firoles;  mais  point  de  nucléus  sur  le  dos. 

Je  n'ai  jamais  vu  d'animaux  de  ce  genre  ;  mais  leur  res- 
scmblapce  presque  complète  avec  les  firoles,  et  surtout  avec 
les  firoloïdes  de  M.  Lesueur,  ne  permet  guère  de  douter 
que  les  organes  de  la  respiration  ne  doivent  aussi  se  trouver 
sur  le  dos.  En  efTet ,  dans  les  figures  de  M.  Lesueur  on 
remarque  à  la  fin  de  l'estomac  quelques  traces  d'crganes, 
peut-être  incomplets,  que  je  serois  tenté  de  regarder  comme 
indiquant  la  place  des  branchies.  Je  dois  cependant  avouer 
que  M.  Lesueur  dit  positivement  qu'il  n'y  en  a  pas.  Il  ajoute 
qu'il  n'a  pas  vu  davantage  les  points  noirs  ou  yeux  analo.^ues 
à  ceux  des  firoles,  mais  que  les  mâchoires  sont  comme  dans 
ce  genre,  et  que  le  canal  intestinal  est  également  flottant  dans 
vne  cavité  cylindrique  du  corps.  Il  avoue,  du  resfe,  que 
leur  grande  transparence  et  surtout  leur  petitesse  (7  '/,  lignes), 
zic  lui  ont  pas  ptrmis  d'examiner  suflisamment  ces  aniniiiux. 
Il  ne  parle,  en  effet,  ni  de  l'anus,  ni  de  la  terminaison  des 
organes  de  la  génération  ,  se  bornant  à  dire  qu'ils  sont  in- 
térieurs, comme  ceux  de  la  respiration,  à  moins,  ajoute-t-il, 
que  les  nageoires  ne  servent  de  ceux-ci  ;  ce  qui  n'est  pas  pro- 
bable. 

Les  sagittelles  sont  assez  nombreuses  dans  les  mers  de  la 
Martinique  :  elles  sont  tellement  transparentes,  qu'il  est  fort 
difficile  de  les  observer,  à  moins  de  les  mettre,  comme  le 
faisoit  M.  Lesueur,  dans  un  filet  qui  avoit  pour  fond  de  la 
serge  bleue.  D'abord  immobiles,  ces  petits  animaux,  mis 
dans  de  l'eau  de  mer,  s'agitèrent  dans  tous  les  sens  avec  des. 
mouvemens  vifs  et  répétés,  tantôt  en  montant,  tantôt  en 
descendant.  Il  semble  que  leur  mode  de  locomotion  habi- 
tuelle ,  dans  la  direction  horizontale,  est  produit  par  une  sorte 
de  mouvement  vibratoire,  que  M.  Lesueur  compare  à  celui 
que  les  habitans  de  la  terre  de  Van-Diémen  impriment  à  leurs 
sagaies  avant  de  les  lancer;  aussi  leur  corps  paroît  être  pres- 
que inflexible,  ou  du  moins  n'a  jamais  offert  de  courbure, 
et  les  mouvemens  soat  entièrement  exécutés  par  les  nageoires, 


SAG  7 

dans  la  composidon  (lesquelles  M.  Lesueur  admet  des  petits 
rayons  gélatineux  ,  probablement  des  faisceaux  musculaires. 

M.  Lesueur  définit  et  figure  trois  espèces  de  sagittelles. 

La  Sagittelie  équipennf.  ;  S.  equipennis  ,  Lesueur,  Mém.  mss. , 
fig.  1  " — .3.  Corps  de  dix  lignes  ,  ayant  la  tête  élargie  en 
forme  de  spatule  ;  une  sorte  de  cou  ou  de  rétrécissement  entre 
elle  et  la  première  paire  de  nageoires,  qui  est  très-avancée  ; 
les  deux  paires  longues,  étroites,  semblables  ;  celles  de  la  queue 
formant  une  nageoire  terminale  ,  arrondie  ;  une  paire  de 
tubercules  latéraux,  mousses,  arrondis  un  peu  avant  celle-ci. 

Dans  cette  espèce,  qui  paroît  avoir  dix  lignes  de  long,  la 
tête  est  terminée  par  une  ouverture  horizontale ,  bordée  de 
chaque  côté  par  une  lèvre  épaisse.  Cette  lèvre ,  en  se  ren- 
versant sur  les  côtés,  lorsque  la  bouche  se  dilate  ,  laisse  aper- 
cevoir deux  mâchoires  subcornées,  analogues  à  celles  des 
firoles,  et  chacune  armée  de  huit  dents  ou  pointes  inégales, 
crochues,  mobiles  et  de  couleur  jaunâtre,  dont  les  mouve- 
mens  rapides  servent  à  introduire  les  alimens  et  même  à  les 
déchirer,  suivant  M.  Lesueur.  L'ouverture  de  Fcesophage  est 
à  la  base  des  dents  inférieures.  Le  canal  intestinal,  qu'on 
peut  voir  à  travers  les  parois  transparentes  du  corps,  est 
étroit  et  tout  droit.  11  traverse  d'abord  un  rétrécissement  du 
corps  ou  cou ,  qui  est  strié  en  travers ,  moins  transparent 
que  le  reste,  et  sur  un  des  côtés  duquel  est  une  petite  pro- 
tubérance échancrée  ,  que  je  supposerois  volontiers  être  la 
terminaison  de  l'appareil  générateur.  Au-delà  l'intestin  reste 
visible  jusqu'à  une  section  intérieure,  située  entre  la  seconde 
paire  de  nageoires.  De  chaque  côté  on  voit  deux  espèces  de 
canaux  cylindriques,  contenant  de  petits  corps  globuleux, 
que  M.  Lesueur  croit  pouvoir  être  considérés  comme  des 
ovaires  :  c'est  peut-être  aussi  bien  le  foie;  enfin,  au-delà  le 
corps,  plus  opaque  et  comme  guilloché,  oiTre  un  sillon  lon- 
gitudinal jusqu'à  la  queue. 

La  S.  TUBERCULÉE  ;  S.  tubevculata,  Lesueur ,  Mém.  mss. ,  fig.  2. 
Corps  plus  atténué  en  arrière;  la  tête  plus  courte;  les  deux 
premières  paires  de  nageoires  presque  égales,  mais  plus  rap- 
prochées entre  elles;  une  paire  de  longs  appendices,  d'un 
blanc  mat,  à  la  racine  de  la  nageoire  caud^ile,  qui  est  tron- 
quée en  arrière. 


8  SAG 

Cette  espèce,  qui  a  un  pouce  de  long  à  peu  près,  a  son 
corps  un  peu  plus  épais  et  moins  élancé  que  la  précédente; 
et  un  peu  plus  rétréci  en  avant.  L'espace  compris  entre  l'ex- 
frémité  antérieure  el  la  première  paire  de  nageoires  est  beau- 
coup plus  grand,  au  contraire  de  celui  qui  sépare  la  première 
de  la  seconde  ;  on  remarque  également  deux  séries  de  glo»^ 
bules  de  chaque  côté  de  la  fin  de  l'estomac  :  du  reste  les 
mâchoires  et  les  dents  sont  comme  dans  la  S.  équipenne. 
La  Sagittelle  iNÉyuiPENNE,  S.inœquipennis  ,  id.,  ibid.,  fig.  3. 
Corps  s"atténuaîit  presque  également  de  la  tête  à  la  queue.  La 
paire  de  nageoires  antérieures  très  -petite ,  arrondie  et  reculée 
jitsqu'au  milieu  du  corps  ;  la  seconde  paire  et  la  troisième  à  peu 
près  comme  dans  l'espèce  précédente,  mais  sans  appendices 
ni  tubercules  entre  elles. 

Cette  espèce,  plus  transparente  encore  que  les  autres, 
vient,  comme  la  précédente,  de  la  rade  de  la  Martinique. 
(De  B.) 

SAGllTULE,  SagiUula.  {Enloz.)  Genre  établi  par  M.  de 
Lamarck  dans  sa  classe  des  vers  intestinaux,  tome  3  ,  p.  194, 
de  la  nouvelle  édition  de  ses  Animaux  sans  vertèbres ,  pour 
un  animal  décrit  et  figuré  par  Bastiani  dans  les  Actes  de 
Sienne,  tome  G.  page  2Zfi  ,  pi.  12,  fig.  3  et  4,  sous  le  titre 
pompeux  d'Historia  medica  illustrala,  con  re/lessioni  sopra  un 
animale,  btpede  evacuato ,  per  seceiso  in  cardialgia  verminosa, 
M.  de  Blainville,  dans  les  nqtes  ajoutées  à  la  traduction 
françoise  du  Traité  de  Bremser  sur  les  vers  intestinaux  de 
l'homme,  a  montré  que  cet  animal,  dont  Bastiani  décrit 
presque  les  mouveraens,et  que  tous  les  médecins  et  natura- 
listes de  son  Académie,  après  un  examen  attentif,  extérieur 
et  intérieur,  déclarèrent  à  l'unanimité  un  vers  intestinal 
nouveau  ,  n'étoit  rien  autre  chose  que  l'appareil  hyo-laryn- 
gien  très-mutilé- d'un  oiseau,  La  description  de  l'auteur  sien- 
nois  et  surtout  sa  figure  ne  peuvent  laisser  de  doutes  à  cç 
sujet.  La  trompe  n'est  sans  doute  qu'un  reste  de  la  langue  , 
la  bouche,  l'ouverture  de  la  trachée  ou  la  glotte,  dont  Bas- 
tiani décrit  même  les  cartilages  aryténoïdes  ;  les  ailes  ou 
nageoires  cartilagineuses  sont  les  dentelures  de  la  base  de  la 
langue;  le  fémur,  le  genou,  le  tibia,  car  on  y  trouve  tout 
cela  j  suivant  cet  auteur,  ne  sont  que  les  cornes  de  l'h^oidei 


SAG  9 

Enfin,  la  prétendue  queue  n'étoit  probablement  qu'un  reste 
de  la  trachée- artère  .  et  si  l'anirnal  étoif ,  comme  on  le  fait 
observ'Cr,  percé  d'outre  en  outre  par  un  canal  qui  ne  con- 
tenoit  aucun  viscère ,  cela  se  conçoit  aisément,  puisque  ce 
n'étoit,  en  effet,  que  le  cornu  en^ement  du  canal  aérien. 
Ce  fameux  animal,  qui  exerça  la  sagacité  de  toute  une  aca- 
démie, avoit  été  rendu,  dit -on,  avec  les  matières  sterco- 
rales,  par  un  ecclésiastique  de  cinquante  ans,  qui  étoit  réel- 
lement tourmenté  par  la  présence  d'ascarides  lombricoïdes. 
Au  reste  ,  voici  comment  M.  de  Lamarck  a  caractérisé 
son  genre  Sagittule  :  Corps  mou,  oblong ,  un  peu  déprimé, 
terminé  antérieurement  par  un  renflement  pyramidal,  hé- 
rissé en  dessus  de  pointes  dirigées  en  arrière  ;  deux  appen- 
dices opposés  et  cruriformes  à  la  partie  postérieure  du  corps, 
un  suçoir  en  trompe  rétractile  ,  inséré  en  dessous  sous  le 
sommet  du  renflement  pyramidal  :  caractéristique  dans  la- 
quelle le  savant  zoologiste  François,  séduit  par  la  confiance 
qu'il  avoit  dans  l'observateur  italien ,  a,  pour  ainsi  dire,  ré- 
gularisé ce  que  la  description  de  celui-ci  avoit  d'extraordi- 
naire; en  sorte  que  ce  genre,  que  l'on  regardoit  comme 
ayant  quelques  rapports  avec  les  échinorhynques,  a  déjà  été 
adopté  par  plusieurs  naturalistes. 

Il  ne  contient,  comme  on  le  pense  bien,  qu'une  seule 
espèce,  qui  a  reçu  le  nom  de  sagittule  de  l'homme,  ^S.  ho- 
ininii,\  (De  B.  ) 

SAGITTILINGUES.  (Ornith.)  Nom  d'une  famille  d'oiseaux 
dans  Illiger.  Cette  famille  comprend  les  pics  et  le  torcol. 
(Ch.  D.) 

SAGOIN,  CalliÛirix.  {Mamm.)  Genre  de  petits  singes  amé- 
ricains, très-voisin  de  celui  des  Sapajous,  fondé,  sous  le  nom 
de  Callithrix  ' ,  par  MM.  Geoffroy  et  Cuvier,  et  renfermant 
plusieurs  espèces  du  grand  genre  Simia  de  Linné. 

Ces  singes  ont  d'abord  les  caractères  propres  aux  singes  du 
nouveau  contint-nt,  consistant  dans  le  grand  écartement  des 
narines,  le  nombre  des  molaires,  qui  est  de  six  pour  chaque 
côté  des  deux  mâchoires,  l'absence  de  callosités  et  d'abajoues, 

J  Le  genre  nommé  plus  anciennement  Callithrix  par  Erxlehcn  ,  se 
fomposojt  des  Sakis  et  des  Ouj^titis, 


SAG 

la  grande  longueur  de  la  queue,  qui  est  couverte  de  poils 
courts.  Comparés  aux  autres  genres  ,  qui  renferment  les  singes 
de  la  même  division,  ils  diffèrent  des  alouates,  en  ce  qu'ils 
n'ont  point,  comme  ceux-ci,  la  tête  pyramidale,  dont  l'angle 
facial  est  de  5o  degrés,  la  mâchoire  inférieure  très -haute,  et 
comprenant,  entre  ses  branches,  un  renflement  volumineux 
du  corps  de  l'hyoide;  et  en  ce  que  leur  queue  n'est  point  du 
tout  prenante  ,  ni  dégarnie  de  poils  à  la  face  inférieure  de 
son  extrémité.  Ils  s'éloignent  des  atèles  par  ce  dernier  carac- 
tère, et  aussi  parce  que  leurs  mains  antérieures  ne  sont 
jamais,  comme  celles  de  ces  animaux,  dépourvues  de  pouce 
ou  seulement  munies  d'un  rudiment  de  ce  doigf.  Ils  ont  plus 
de  ressemblance  avec  les  sapajous  et  les  sakis  par  la  forme 
arrondie,  et  en  même  temps  oblongue  d'avant  en  arrière  de 
leur  tête,  dont  l'angle  facial  est  également  ouvert,  mais  oa 
ne  sauroit  les  confondre,  néanmoins,  avec  les  premiers  de 
ces  singes,  dont  la  queue,  quoique  partout  garnie  de  poils 
courts,  est  éminemment  prenante  ,  ni  avec  les  derniers,  qui, 
ayant  la  queue  lâche,  comme  la  leur,  l'ont  revêtue  de  fort 
longs  poils,  qui  la  rendent  très-touffue.  Les  ouistitis  et  les 
tamarins,  dont  les  molaires  sont  gjrriies  de  pointes  aiguës 
à  leur  couronne,  et  dont  les  doigts  sont  terminés  par  des 
griffes  plutôt  que  par  des  ongles  plats,  forment  un  groupe 
qui  en  est  encore  bien  séparé. 

Par  leurs  formes  générales  ,  ces  animaux  sont  plus  sem- 
blables aux  sapajous  qu'a  aucun  des  autres  singes  dont 
nous  venons  d'énumérer  les  genres.  Ils  sont,  pour  la  taille, 
intermédiaires  aux  mêmes  sapajous  et  aux  ouistitis.  Les  cou- 
leurs de  leur  pelage  sont  remarquablement  plus  belles  que 
celles  des  sapajous,  et  c'est  ce  qui  leur  a  fait  appliquer  le 
nom  de  callithrix ,  qui  signifie  beau  poil. 

Ils  ont  trente-six  dents  en  totalité,  savoir:  quatre  inci- 
sives, dont  les  deux  intermédiaires  sont  les  plus  larges  à  la 
mâchoire  d'en  haut,  et  les  plus  étroites  à  la  mâchoire  d'en 
bas;  quatre  canines,  qui  sont  médiocrement  fortes;  six  mo- 
laires de  chaque  côté  des  mâchoires,  à  couronne  garnie  de 
tubercules  mousses,  les  trois  premières  ou  fausses  molaires  ne 
présentant  qu'une  saillie  anguleuse  extérieurement,  et  une 
autre  plus  obtuse  en    dedans;    les  autres,  offrant  sur  leur 


SAG  II 

surface  quatre  tubercules.  Leur  tête  est  petite,  arrondie; 
leur  museau  court  ;  leur  angle  facial  de  soixante  dogrés 
environ. 

Ces  animaux  vivent  absolument  comme  les  sapajous,  et 
habitent,  comme  eux,  les  immenses  forêts  du  Brésil. 

Le  Sagoin  saimiri  ou  çaimiri  ,  Callithrix  sciurea  ,  est  le  plus 
anciennement  connu,  non -seulement  sous  ce  nom,  mais 
encore  sous  ceux  de  sapajou  jaune ,  sapajou  orangé,  singe-écu- 
reuil, sapajou  de  Cayenne,  etc.  Buffon  l'a  décrit  tome  i5,  et 
figuré  pi.  67  de  son  Histoire  naturelle.  M.  de  Humboldt  l'a 
indiqué  sous  la  désignation  de  titi  de  l'Orénoque.  Ce  joli  petit 
animal  n'a  guère  plus  de  dix  pouces  de  longueur,  mesurée 
depuis  le  sommet  de  la  tê(e  jusqu'à  l'origine  de  la  queue, 
qui  a  treize  ou  quatorze  pouces  :  lorsqu'il  marche  à  quatre 
pattes,  sa  hauteur  est  d'environ  six  pouces.  Sa  tête  est  ovale 
et  alongée  depuis  le  front  jusqu'à  l'occiput;  sa  face  est  assez 
plate  et  son  museau  peu  saillant;  son  sinciput  et  son  ver- 
tex  sont  couverts  de  poils  courts  non  divergens  ;  ses  oreilles 
sont  nues,  plates,  appliquées  contre  les  tempes,  anguleuses 
supérieurement  et  postérieurement;  ses  yeux  sont  gros,  en- 
tourés d'un  cercle  couleur  de  chair,  et  leur  iris  est  châtain. 
Il  a  le  poil  doux.  Sa  face  est  nue,  blanche  au  pourtour, 
mais  marquée  dans  son  milieu  d'une  large  tache  noirâtre,  qui 
comprend  le  bout  du  nez,  la  lèvre  supérieure  et  la  lèvre  in- 
férieure, et  l'on  voit  une  petite  tache  verdâtre  dans  le  blanc 
de  chaque  joue.  Toutes  les  parties  supérieures  de  son  pelage 
sont  d'un  jaune  verdâtre,  qui  prend  une  teinte  grise  sur  les 
Jjras  et  sur  les  cuisses,  et  se  change  en  un  bel  orangé  sur  les 
avant -bras  et  les  jambes;  sa  queue  est  d'un  gris  verdâtre, 
plus  foncé  en  dessus  qu'en  dessous,  et  son  extrémité  est  noire 
dans  une  longueur  de  deux  pouces  environ.  Toutes  les  par- 
ties inférieures,  c'est-à-dire  ,  le  ventre,  la  poitrine,  le  cou  , 
le  bas  des  joues  et  le  tour  des  oreilles  sont  d'un  blanc  sale, 
légèrement  teint  de  jaunâtre;  les  organes  génitaux  du  mâle 
6ont  couleur  de  chair;  ses  testicules  sont  volumineux,  et  su 
verge  est  terminée  par  un  gland  très -semblable  à  celui  de 
Thomme.  Les  ongles  des  pouces  sont  plats,  et  les  autres  com- 
primés latéralement,  longs  et  étroits. 

Le  plus  souvent  le  dos  a  la   couleur  d'un  jaune  verdâtre 


"  SAG 

uniforme  ,  que  nous  venons  d'indiquer;  mais  cette  couleur 
est  d'autant  plus  verdàtre  que  les  individus  sont  plus  âgés. 
RI.  Geoffroy  a  remarqué  une  variété  de  ce  singe,  plus 
grande  du  double,  et  dont  le  dos  offre  un  mélange  de  roux 
vif  et  de  noir. 

Ces  petits  singes  sont  assez  rarement  amenés  en  Europe, 
dont  la  température  ne  leur  convient  pas;  aussi  est- il  rare 
qu'on  les  y  conserve  long-temps.  Leurs  manières  sont  pleines 
de  gentillesse  et  de  vivacité.  Ils  sont  craintifs  et  manifestent 
leur  inquiétude  par  un  petit  cri  plai-.tif.  Dans  leur  état 
de  nature  ils  ont  l'habitude  de  se  réunir  et  de  se  coucher 
plusieurs  ensemble,  afin  de  se  tenir  chaud.  Ils  aiment  de 
passion  les  insectes  et  les  araignées,  et  lorsqu'on  leur  montre 
des  figures  coloriées  de  ces  animaux ,  ils  les  reconnoissent 
parfaiteuienr  et  cherchent  à  les  enlever  de  dessus  le  papier 
avec  leurs  petites  mains. 

M.  de  Humboidt  dit  que  les  titis  sont  très-communs  au 
sud  des  cafaraftes  «le  TOrénoque  et  qu'on  en  trouve  une  va- 
riété de  plus  g.aiicle  taille  et  plus  sauvage  sur  les  bords  du 
Rio  Guaviaré.  tandis  qu'une  autre,  au  contraire  ,  plus  petite 
et  [dus  gentille,  habiîe  ceux  du  Cassiquiiire. 

Le  Sagoin  a  masque  {Callilhrix  personams,  Ge»iff. ,  Desm.; 
Simia  pcrsonata ,  Huuib.,  Rec.  d'observ.  zoolog. ,  esp.  :^i), 
est  plus  grand  que  le  précédent  et"  se  rapproche  même  un 
peu  par  sa  taille  du  sapajou  sai,  bien  que  sa  tête  suit  com- 
parativement plus  petite  que  celle  de  ce  sirge.  l^-on  pelage 
est  composé  de  poils  longs,  généralement  d'un  grîs  fauve.  Sa 
face,  le  sommet  de  sa  tète  ,  ses  joues  et  le  dtrrière  de  ses 
oreilles  sont  d'une  couleur  brune  foncée  dans  la  femelle  et 
Tiodre  dans  le  mâle;  les  poils  de  son  dos,  de  ses  bras  et  de 
ses  cuisses  sont  gris  et  anuelés  de  blanc  sale  vers  la  pointe» 
ce  qui  donne  à  cette  partie  du  pelage  une  apparence  grive- 
lée;ceux  du  ventre  sont  d'un  gris  uniforme,  légèrement  teint 
de  brunâtre;  Ifs  poignets  et  les  mains,  ainsi  que  les  pieds  de 
derrière  (les  talons  exceptés) ,  sont  noirs  dans  le  mâle  et  bruns 
dans  la  femelle;  la  queue,  médiocrement  touffue  et  longue 
à  peu  près  comme  le  corps,  est  d'un  fauve  rnussàtre. 

M.  de  Humboidt  a  trouvé  ce  singe  entre  le  18/  degré  et 
demi  et  le  21.*^  et  demi  de  latitude  méridionale  sur  les  bords 


SAG  i3 

des  rîvîères  Itabapuana,  Itapemioiin  ,  Espirita-Saato,  Rio- 
Doce,  jusqu'à  Saint- Matthieu. 

Le  Sagoin  veua'e  :  Callithrix  lugens,  Geoff.,  Desm.;  la  Vi« 
DuixA,  Humb.  ,  Rpc.  d'obs. ,  esp,  3.  Ce  singe  peut  avoir  un 
pied  de  longueur;  son  poil  est  fort  doux  et  lustré,  d'un  beau 
noir  uniforme,  à  l'exception  du  cou  et  des  mains  antérieures, 
^  qui  sont  de  couleur  blanche  ;  la  face  est  d'un  blanchâtre 
tirant  sur  le  bleu,  avec  deux  lignes  blanches,  qui  se  ren- 
dent des  yeux  aux  tempes  ;  les  poils  noirs  du  sommet  de 
la  tête  ont  des  reflels  pourprés j  les  pieds  de  derrière  et  là 
queue  sont  noirs. 

Selon  M.  de  Humboldt,  ce  singe  est  très-doux,  très-timide 
et  d'un  caractère  mélancolique.  Il  reste  souvent  immobile  des 
heures  entières  et  fuit  la  société  des  animaux  vifs  et  turbn- 
lens,  comme  le  sont  par  exemple  les  saimiris.  Les  forêts  du 
Brésil  qui  bordent  le  Cassiquiare  et  le  Rio  Guiaviaré  près  de 
San  Fernando  de  Atapabo,  sont  sa  résidence  ordinaire,  et  on 
le  rencontre  aussi  dans  les  montagnes  granitiques  peu  éle- 
vées de  la  rive  droite  de  l'Orénoque,  derrière  la  mission  de 
Santa  Barbata. 

Le  Sagoin  a  fraise  :  Callithrix  amiclus,  Geoff.,  Desm.;  Si~ 
mia  amicta,  Humb.  ,  Rec.  d'obs.  zool.,esp.  24.  11  est  presque 
double  en  taille  du  sagoin  saimiri  :  son  pelage  est  en  entiti' 
d'un  noir  teint  de  brun  ,  si  ce  n'est  sous  le  cou  et  sur  le  haut 
de  la  gorge,  où  se  voit  du  blanc,  et  sur  les  mains  antérieures 
(depuis  le  poignet),  qui  sont  d'uri  gris  jaunâtre  sale.  Les 
joues  sont  brunes  et  sa  queue,  toute  noire  et  peu  touffue, 
est  d'un  quart  plus  longue  que  le  corps.  Sa  patrie  n'est  pas 
positivement  connue  et  l'on  manque  de  renseignemens  sur 
ses  habitudes  naturelles. 

Le  Sagoin  a  coluer  ;  Callithrix  torquatus ,  Geoff.;  Cehiis  for- 
quatus ,  Hoffmans. ,  Geoff. ,  Desm.  Celui-ci,  qui  a  été  décrit 
par  M.  de  Hoffmansegg ,  dans  le  10.''  volume  des  Mémoires 
des  curieux  delà  nature,  de  Berlin  ,  ne  nous  est  connu  que 
par  la  phrase  caractéristique  suivante,  que  M.  Geoffroy  en 
a  donnée  d'après  ce  naturaliste  prussien  :  Pelage  brun  châ- 
tain, jaune  en  dessous;  un  demi-collier  blanc  ;  queue  un  pei^ 
plus  longue  que  le  corps.  Il  est  du  Brésil. 

Le  SAGOfcN  MOLocH  :  CalUthrix  moloch,  Geoff.,  Desm. 3  Cshu3 


14  SAG 

moloch,  Hoffmans. ,  Mém.  des  cur.  de  la  nat.,  de  Berlin ,  tom.  i  o. 
Nous  avons  vu  au  Muséum  ce  singe,  dont  la  taille  est  double 
decelledusagoinsaimiri,  et  dont  la  queue  est  presque-de  moitié 
plus  longue  que  le  corps.  Toutes  les  parties  supérieures  de 
son  corps  et  de  sa  tête  ,  ainsi  que  la  face  externe  de  ses 
quatre  extrémités,  sont  revêtus  de  poils  marqués  alternative- 
ment d'anneaux  d'un  gris  clair  et  d'anneaux  d'un  brun  pâle, 
donnant  à  l'ensemble  de  cette  partie  du  pelage  un  aspect  gri- 
velé.  Sa  queue  ,  touffue  à  la  base  et  plus  mince  dans  le  reste 
de  son  étendue,  a  ses  poils  largement  annelés  de  gris-brua 
noirâtre  et  de  blanc  sale;  le  dessus  des  mains,  surtout  de 
celles  de  devant  et  le  bout  de  la  queue,  sont  d'un  gris  clair 
presque  blanc;  la  face  est  nue,  obscure,  avec  quelques  poils 
roides,  parsemés  sur  les  joues  et  le  menton;  les  poils  du 
sommet  de  la  tête  sont  courts  et  non  couchés;  ceux  des  côtés 
des  joues,  du  dessous  du  cou,  de  la  poitrine,  du  ventre  et 
de  la  face  interne  des  quatre  membres  sont  d'un  fauve  rous- 
sàtre,  tirant  sur  le  roux,  principalement  auprès  de  la  cou- 
leur grise  des  côtés  du  corps,  qui  en  est  nettement  séparée. 
Ce  sagoin  est  originaire  du  Para  :  ses  habitudes  naturelles 
sont  inconnues. 

Le  Sagoin  mitre:  Callilhrix  infulatus,  Lichtenstein  et  Kuhl; 
Desm.,  Mamm. ,  pag.  88,  esp.  82.  Ce  sagoin,  qui  est  rare  au 
Brésil,  a  le  pelage  gris  en  dessus,  d'un  roux  jaunâtre  en 
dessous,  avec  une  grande  tache  blanche,  entourée  de  noir 
au-dessus  des  yeux;  sa  queue,  d'un  jaune  roussàtre  à  son 
origine,  est  noire  à  l'extrémité. 

Le  nom  de  sagoin  n'a  pas  été  donné  seulement  aux  animaux 
que  nous  venons  de  décrire,  mais  on  en  a  fait  d'abord  la  dé- 
signation générale  de  toutes  les  plus  petites  espèces  de  singes 
de  l'Amérique  méridionale.  C'est  à  ce  titre  que  les  ouistitis 
et  les  tamarins  ont  aussi  reçus  cette  dénomination  ,  et  comme 
on  la  leur  a  appliquée  indiiféremment ,  c'est  ainsi  qu'il  est 
arrivé  que  l'article  Ooisrrn  a  été  l'objet  d'un  simple  renvoi 
à  celui  qui  traite  des  sagoins. 

Les  sagoins,  dont  nous  avons  donné  ci-avant  les  descrip- 
tions, forment  un  petit  groupe  très-rapproché  de  celui  des 
sapajous  et  en  ont  même  le  système  dentaire,  mais  ils  en  diffè- 
rent par  une  queue  non  prenante,  une  taille  plus  petite,  et 


SAG  i5 

des  couleurs  plus  vives  et  plus  variées  dans  les  différenles 
parties  du  pelage. 

Les  animaux  que  nous  allons  faire  connoître,  composent 
les  deux  genres  Ouistiti  et  Tamarin  de  M.  Geoffroy.  Pour 
nous,  ils  composeront  le  seul  genre  OUISTITI,  Jacchus,  di- 
visé en  deux  sections:  i.°  celle  des  ouistitis  proprement  dits, 
et  2°  celle  des  tamarins.  .  -  ' 

Ce  sont  des  singes  américains,  c'est-à-dire,  sans  càllosiféi* 
aux  fesses,  sans  abajoues,  et  à  narines  écartées,  comme  les 
sagoins  ci- avant  décrits,  et  ayant  comme  eux  une  longue 
queue  non  prenante  et  couverte  partout  d'un  poil  fourni, 
mais  pas  fort  long.  Ils  en  différent  en  ce  qu'ils  sont  encore 
plus  petits,  que  leurs  ongles  sont  transformés  en  véritables 
griffes  (  ce  qui  les  a  fait  nommer  singes  écureuils  ) ,  que  leurs 
pouces  ont  presque  entièrement  perdu  la  propriété  d'être 
opposés  à  tous  les  autres  doigts  ensemble  ou  séparément,  et 
surtout  en  ce  que  leurs  molaires,  moins  nombreuses,  puis- 
qu'il n'y  en  a  que  cinq  au  lieu  de  six  à  cliaque  côté  des 
mâchoires,  comme  dans  les  singes  de  Tancien  continent,  ont 
une  forme  qu'on  ne  retrouve  dans  celles  d'aucun  singe  quel- 
conque ;  c'est-à-dire,  qu'elles  ont  leur  couronne  garnie  de 
tubercules  pointus,  analogues  à  ceux  des  molaires  des  mam- 
mifères insectivores. 

Les  ouistitis  ont  la  tùte  petite  ,  assez  ronde  et  avec  l'occiput 
moins  saillant  en  arrière  que  dans  les  sapajous  et  sagoins. 
Leur  face  est  perpendiculaire  :  ce  qui  pourroit  faire  croire 
que  leur  angle  facial  est  très -ouvert  ;  mais  cette  apparence 
est  due  à  l'existence  d'une  crête  osseuse  placée  au-dessus  des 
orbites  et  qui  fait  un  angle  fort  marqué  avec  le  crâne,  qui 
fuit  beaucoup  en  arrière  sur  la  région  du  front  ;  les  yeux  sont 
médiocrement  grands,  c'est-à-dire,  plus  petits  que  dans  les 
sakis  et  surtout  que  dans  le  nocthore  douroucouli  de  M.  Fréd. 
Cuvier  (voyez  Saki).  Ils  sont  très-rapprochés  l'un  de  l'autre 
et  dirigés  en  avant;  le  museau  est  court  et  le  nez  un  peu  sail- 
lant :  la  bouche  a  les  proportions  ordinaires  à  celle  des  singes; 
les  quatre  incisives  supérieures  sont  semblables  à  celles  des 
sakis  ;  mais,  au  lieu  d'être  parallèles,  comme  elles  le  sont 
dans  les  autres  singes,  elles  sont  disposées  en  arc  de  cercle 
assez  petit;  les  canines  sont  longues,  arquées  et  tranchantes 


î6  SAG 

postérieurement  :  les  trois  fausses  molaires  qui  les  sisivenî 
ont  une  pointe  à  leur  bord  externe,  avec  un  talon  à  Tin* 
terne,  et  leur  grandeur  croit  successivement  delà  première 
à  la  troisième  ;  la  quatrième  dent ,  qui  est  une  vraie  mo-' 
laire,  est  très-grande  et  ne  diffère  des  premières  que  parce 
qu'elle  présente  deux  tubercules  pointus  a  son  bord  externe, 
avec  un  rudiment  de  tubercule  intermédiaire;  la  dernière 
mâchelière,  ou  la  cinquième,  ressemble  à  la  précédente,  mais 
elle  est  de  moitié  plus  petite.  A  la  mâchoire  inférieure  les 
deux  incisives  latérales  sont  un  peu  plus  fortes  que  les  deux 
mitoyennes,  et  toutes  sont  disposées  en  arc  de  cercle;  les  ca- 
nines ressemblent  toul-a-fait  aux  incisives  latérales;  les  trois 
premières  dents  qui  suivent,  sont  des  fausses  molaires  à  une 
pointe  sur  leur  bord  externe,  et  sont  pourvues  d'un  rebord 
interne  en  forme  de  talon;  la  quatrième  molaire,  qui  est  la 
plus  grosse,  a  quatre  tubercules  pointus;  enfin  la  cinquième, 
qui  est  beaucoup  plus  petite  que  celle-ci,  présente  à  peu  près 
les  niéme.s  formes.  Le  corps  est  long  et  les  membres  sont  grêles; 
la  queue  est  très  longue  et  velue.  La  taille  de  ces  animaux  ne 
surpasse  généralement  pas  celle  de  notre  écureuil  d'Europe. 
Ces  singes  en  miniature  n'ont  encore  été  trouvés  qu'au 
Brésil,  au  Para  et  à  la  Guiane.  Leurs  espèces  sont  variées, 
mais  le  nombre  des  individus  dans  chacune  n'est  pas  fort 
considérable.  Leur  manière  de  vivre  est,  en  général,  sem- 
blable à  celle  des  autres  quadrumanes  du  même  pays.  On 
observe  cependant  qu'ils  recherchent  les  insectes  avec  un 
^oût  si  marqué,  qu'ils  doivent  en  faire  le  fond  de  leur 
iiourriture.  Ils  aiment  aussi  beaucoup  les  œufs.  Leur  naturel 
est  doux  et  craintif,  et  on  les  apprivoise  facilement;  lors- 
qu'on les  chagrine  ou  qu'on  les  inquiète,  ils  font  entendre 
rin  petit  cri,  semblable  à  celui  d'un  oiseau.  Quoique  peu  fa- 
vorisés, sous  le  rapport  de  l'intelligence,  ils  ont  une  perspi- 
cacité assez  développée  pour  reconnoître  parfaitement  un  in- 
secte sur  sa  figure  et  pour  essayer  de  s'en  saisir:  action  dont 
seroit  totalement  incapable  la  plupart  des  quadrupèdes  et 
particulièrement  les  écureuils,  auxquels  on  a  surtout  voulu 
comparer  ces  singes,  probablement  plutôt  sous  le  rapport 
de  la  taille  et  de  la  gentillesse  des  mouvemens,  que  sous 
toute  autre  considération. 


SAG  17 

Ces  petits  animaux  produisent  assez  souvent  en  Europe, 
lorsqu'on  a  le  soin  de  les  tenir  dans  un  lieu  chaud  ;  mais  ils 
vivent  assez  peu  de  temps  dans  notre  climat. 

Nous  exposerons  brièvement  les  caractères  de  quatorze 
espèces,  distinguées  par  les  auteurs  dans  le  genre  qui  nous 
occupe,  bien  que  nous  ne  prétendions  pas  que  ces  distinc- 
tions soient  à  l'abri  de  tout  reproche;  car  il  convient  de 
dire  que  plusieurs  d'entre  elles  ne  sont  fondées  que  sur  la 
description  d'un  individu  unique.  Nous  adopterons  pour  leur 
division  les  sections  qui  ont  été  proposées  par  M.  Geoffroy  ; 
seulement  nous  ne  leur  attribuerons  pas  la  valeur  de  coupes 
génériques. 

§.  1."  Ouistiti;  Jacchus ^  Geoffr.  Incisives  supéi-ieures 
non  contiguës  ;  les  inférieures  presque  verticales  é, 
les  latérales  étant  les  plus  longues;  oreilles  mé- 
diocres. 

L'Odistiti  proprement  dit  (Jacchus  vulgaris ,  Geoff. ,  Desm., 
Mamm.jCsp.gS  ;Simia  jacchus ,  Linn.  ;  Ouistiti,  Buff. ,  tom.  1  5, 
pi.  14, •  Audeb.,  Hist.  des  sing. ,  fam.  6,  sect.  2  ,  pi.  4  ;  Fréd* 
Cuv. ,  Hist.  nat.  des  Mamm.,  8."  livr.  )  est  le  singe  de  ce 
genre  le  plus  anciennement  et  le  plus  généralement  connu, 
et  celui  qu'on  voit  à  peu  près  seul,  mais  quoique  rarement , 
en  Europe.  Le  contour  de  sa  tête  sur  la  ligne  moyenne,  de- 
puis le  bout  du  museau  jusqu'à  l'occiput ,  est  de  deux  pouces 
six  lignes  ,  et  la  longueur  de  son  corps,  depuis  l'occiput  jusqu'à 
la  base  de  la  queue  ,  est  de  six  pouces  ;  sa  queue  en  a  onze. 
Il  a  le  pelage  gris,  tiqueté,  composé  de  poils  bruns  dans  la 
plus  grande  partie  de  leur  longueur  et  terminés  de  gris-clair, 
et  la  partie  postérieure  du  dos  ou  la  croupe,  ainsi  que  la 
queue,  sont  marqués  de  bandes  transversales  ou  d'anneaux 
alternativement  bruns  et  cendrés,  la  queue  ayant  quinze  à 
dix-huit  de  ces  anneaux.  La  face  est  à  peu  près  nue,  avec  une 
grande  tache  d'un  blanc  sale  au  milieu  du  front ,  et  les  tempes 
portent  chacune  une  touffe  très-marquée  de  poils  blanchâtres 
très -fins;  les  côtés  inférieurs  des  joues,  le  dessous  du  cou, 
le  haut  de  la  poitrine  et  les  épaules,  sont  d'un  brun  rous- 
sàtre  non  mêlé  de  gris,  qui  passe  sous  le  ventre  au  gris-clair  j 
47.  2 


i8  SAG 

les  mains  et  les  pieds  sont  bruns.  Une  variété  a  le  pelage 
roux,  avec  la  croupe  marquée  transversalement  de  bande» 
alternatives  rousses  et  cendrées.  Les  jeunes  (âgés  de  quarante 
à  cinquante  jours  )  sont  d'un  fuligineux  brunâtre  aux  endroits 
où  le  brun  se  montre  dans  les  individus  adultes,  et  ils  n'ont 
point  de  touffes  de  poils  blancs  sur  les  tempes. 

L'ouistiti  est  originaire  du  Brésil  et  de  la  Guiane  ;  ses 
mœurs  sont  celles  que  nous  avons  attribuées  au  genre  entier, 
car  son  espèce  est  la  seule  sur  laquelle  on  ait  pu  faire  quel- 
ques observations.  C'est  par  une  inadvertance  bien  singu- 
lière que  le  Guide  a  représenté  ce  singe  dans  le  tableau  de 
la  collection  de  Chantilly  (maintenant  au  Muséum),  q-ui  re- 
présente Hélène  au  moment  de  son  embarquement. 

L'Ouistiti  pinceau  :  Jacchus  penicillatus  ,  Geoff. ,  Desm. , 
Mamm. ,  esp.  94  ;  Humb. ,  Rec.  d'observ.  zool. ,  esp.  58  bis.  Un 
peu  plus  petit  que  l'ouistiti  proprement  dit  et  n'en  étant 
peut-être  qu'une  variété,  ce  singe  a  comme  lui  le  pelage 
d'un  brun-roux  cendré,  la  queue  et  la  croupe  annelées  de 
cette  couleur  et  de  cendré  clair  (douze  ou  treize  bandes  sur 
la  croupe  et  quatorze  ou  quinze  sur  la  queue) ,  et  une  tache 
blanchâtre  triangulaire  sur  le  front;  mais  ce  qui  le  caracté- 
rise ,  c'est  que  les  touffes  blanches  des  oreilles  de  l'ouistiti  sont 
remplacées  chez  lui  par  un  pinceau  de  poils  longs  et  noirs.  Les 
autres  pa^-ties  de  la  tête  sont  d'un  brun  noir  ;  le  devant  du  cou 
est  d'un  brun  un  peu  moins  foncé,  et  les  pieds  sont  d'un  gris 
brun.  Les  jeunes  individus  de  cette  espèce  ont  les  pinceaux 
des  oreilles  fuligineux,  avec  leur  base  roussàtre.  Le  Brésil  est 
la  patrie  de  ce  singe  ,  et  il  n'habite  qu'au-delà  du  iS.*^  degré 
So  minutes  de  latitu^de  sud. 

L'Ouistiti  a  tête  blanche  [Jacchus  leucoceplialus ,  Geofl".  , 
Desm.,  Mamm.,  esp.  yS  ;  Simia  Geojfroji,  Humb.,  Rec.  d'obs. 
zooL,  esp.  07)  est  une  autre  espèce,  dont  l'existence  n'est  pas 
encore  suffisamment  établie,  et  qui  diffère  des  précédentes 
par  la  couleur  de  chair  uniforme  des  parties  nues  de  sa  face, 
sans  tache  blanchâtre  au  front  ,  et  parce  que  les  poils  qui 
garnissent  le  sommet  de  sa  tête,  le  dessous  de  son  cou  et 
sa  gorge  sont  blancs  :  il  a  en  outre  deux  touffes  de  poils 
noirs,  longs  et  droits,  l'une  au-devant  et  l'autre  derrière 
chaque  oreille»  Une  tache  brune  foncée  se  voit  sur  le  haut 


s  A.  G  19 

du  dos,  se  prolongje  sur  chaque  bras,  et  se  confond  avec 
la  couleur  qui  est  propre  à  toutes  les  parties  inférieures  du 
corps;  le  bas  du  dos  est  fauve;  les  flancs  sont  couverts  de 
poils  bruns  et  teriniués  de  blanc  sale;  les  mains  et  les  pieds 
sont  bruns  ;  la  queue  est  annelée.  Ce  singe  est  du  Brésil. 

L'Ouistiti  oreillard  -.Jacchus  aiiritus,  GeofF.,  Desrn.,  Mamm., 
esp.  96  ;  Sirnia  aurita,  ^umb.,  Rec.  d'obs.  zool.,  esp.  56.  Autre 
espèce  douteuse,  en  tout  semblable ,  parles  proportions  et 
les  dimensions  de  son  corps,  à  l'ouistiti  proprement  dit.  Ce 
singe  a  tout  le  haut  de  la  face,  y  compris  la  bouche,  recou- 
vert de  petits  poils  blancs.  Son  pelage  se  compose  de  poils 
noirs  dans  lesquels  s'en  trouvent  une  petite  quantité  de  bruns, 
lesquels  sont  plus  abondans  dans  plusieurs  endroits  que  dans 
d'autres;  les  lombes  n'ont  point  de  bandes  transversales,  mais 
la  queue  est  marquée  d'une  quinzaine  d'anneaux  d'un  gris 
cendré,  qui  alternent  avec  autant  d'anneaux  d'un  brun  noi- 
râtre; sur  le  sinciput  est  une  toutfe  de  poils  jaunâtres;  les 
oreilles  ont  à  leur  partie  interne  seulement  une  toufle  de 
poils  blancs;  les  extrémités  des  membres  ou  les  quatre  mains 
sont  d'un  gris  brun.  Les  jeunes  sont  d'un  gris-brun  uniforme 
et  ont  chaque  poil  seulement  plus  clair  à  la  pointe  qu'à  la 
hase;  leur  nez  a  en  dessous  un  peu  de  jaunâtre,  et  leur  queue 
est  foiblement  annelée;  le  dessus  de  leur  tête  est  ou  d'un 
irun  foncé,  ou  d'un  brun  doré  entremêlé  de  poils  noirs.  La 
patrie  de  cette  espèce  n'est  pas  positivement  connue  ,  mais  il 
est  vraisemblable  que  c'est  le  Brésil. 

L'Ouistiti  a  camail  :  Jacchus  humeralifer ,  GeoiT. ,  Desm., 
Mamm. ,  esp.  97  ;  Simia  humeralifer,  Humb. ,  Rec.  d'obs.  zool., 
esp.  38.  Dernière  espèce  voisine  de  l'ouistiti  proprement  dit, 
dont  la  distinction  n'est  pas  plus  certaine  que  celle  des  trois 
précédentes.  Elle  a  la  face  généralement  blanchâtre  au  centre 
et  brune  autour,  avec  le  front  seulement  couvert  de  très-petits 
poils  fins  et  serrés;  le  sinciput  d'un  brun  foncé;  les  tempes 
garnies  chacune  de  deux  touffes  de  poils  droits  et  blancs,  l'une 
devant  et  l'autre  derrière  l'oreille  ;  toutes  les  parties  supé- 
rieures du  corps  couvertes  de  poils  d'un  brun  foncé  dans  la 
plus  grande  partie  de  leur  longueur  et  teruiinés  de  blanc- 
gris  ;  cette  dernière  couleur  indiquant  quelques  bandes  trans- 
verses à  peine  marquées  sur  le  bas  du  dos;  la  queue  noire  , 


^o  SAG 

avec  des  anneaux  fort  distans  entre  eux  et  de  couleur  cen- 
drée. Espèce  du  Brésil. 

Tous  les  ouistitis  décrits  ei- dessus  ,  ont  exactement  la 
Blême  taille,  sont  pourvus  de  touffes  de  poils  aux  deux  côtés 
de  la  tête,  et  ont  plus  ou  moins  la  croupe  et  la  queue  rayées 
ou  annelées  de  couleurs  différentes.  Ces  caractères  existant 
dans  toute  leur  intégrité  dans  la  preuyère  espèce,  qui  a  été 
souvent  observée,  on  sera  peu  étonné  de  nous  voir  conserver 
quelques  doutes  sur  la  distinction  de  celles  qui  la  suivent, 
puisqu'elles  n'ont  été  établies  que  d'après  l'observation  d'un 
petit  nombre  d'individus,  et  qu'elles  ne  sont  fondées  que  sur 
des  caractères  extérieurs  seulement. 

Les  deux  espèces  qui  suivent  n'ont  point  la  queue  anne- 
lée ,  ni  la  croupe  marquée  de  bandes  transversales  diverse- 
ment colorées. 

L'Ouistiti  mélanure  {  Jacchus  melamirus  ,  Geoff. ,  Desm., 
Mamm.,  esp.  98)  est  de  la  taille  de  l'ouistiti  ordinaire,  mais 
il  a  la  queue  d'un  quart  plus  longue  que  lui  :  il  fait  le 
passage  des  ouistitis  aux  tamarins.  Toutes  les  parties  supé- 
rieures de  son  corps  sont  d'un  brun  fauve  qui  s'obscurcit  sur 
les  régions  postérieures;  le  dessous  du  cou,  la  poitrine  et  le 
rentre  sont  d'un  gris  fauve;  les  pattes  sont  d'un  brun  assez 
foncé,  mais  la  bordure  des  cuisses  en  devant  est  jaunâtre j 
la  queue  est  d'un  brun- noir  uniforme.  M.  de  Humboldt , 
qui  fait  mention  de  ce  singe  dans  son  Recueil  d'observations 
zoologiques,  le  donne  comme  propre  au  Brésil. 

L'Ouistiti  mico  :  Jacchus  argentatus^  Geoff., Desm.,  Mamm., 
esp.  99;  le  Mico  ,  Buff. ,  tom.  i5  ,  pi.  18  ;  Humb. ,  esp.  40;  Si- 
mia  argentata,  Linn.  La  queue  de  celui-ci  est  encore  plus 
grande  que  celle  du  précédent,  puisqu'elle  n'a  guère  moins 
du  double  de  la  longueur  du  corps.  Tout  son  pelage  est  d'un 
blanc  lustré  assez  pur;  sa  queue  est  noire  en  entier;  le  milipu 
de  sa  face ,  qui  est  nue ,  ses  oreilles,  les  tubercules  palmaires 
et  plantaires  sont  d'un  rouge  de  vermillon;  on  voit  seulement 
quelques  poils  noirs  au-dessus  des  yeux  et  dans  la  ligne  des 
sourcils,  ainsi  que  sur  la  lèvre  supérieure. 

Une  variété  du  mico  ,  dont  la  queue  est  blanche  comme 
le  corps,  a  été  indiquée  par  feu  M.  Ku'al.  L'espèce  n'a  été 
trouvée  que  dans  le  Para, 


SAG  21 

§.  2.  Tamarin;  Midas^  GeofF.  Incisives  supérieures  con- 
ligues  ;  les  inférieures  proclives ,  contiguës  et  con- 
vergentes en  hec  de  Jlûte  ;  oreilles  très  -  grandes , 
membraneuses  et  plates  sur  les  côtés  de  la  tète  ; 
front  grand  et  très-relevé  par  la  saillie  des  crêtes 
sus-orbitaires. 

Ouistiti  tamarin:  Jacchus  rujimanus,  Desm. ,  Mamm. ,  esp. 
loo  ;  Miias  rufimanus,  Geoff.  ;  Simia  midas  ,  Linn.  ,  Huinb. 
Comme  les  autres  singes  de  ce  genre,  celui-ci  n'est  pas  plus 
grand  qu'un  écureuil.  Son  corps  est  fort  alongé;  se*  grandes 
oreilles  plates  sont  de  forme  anguleuse  et  nues;  son  poil  est 
généralement  noir,  mais  varié  de  gris  sur  la  région  des  lom- 
bes :  Il  face  supérieure  des  mains  et  des  pieds  est  couverte  de 
poils  d'un  jaune  roux,  c'est-à-dire  couleur  de  feu.  Sa  queue 
est  très -longue  ,  fort  mince  et  toute  noire. 

Ce  petit  singe,  d'un  naturel  vif  et  qui  s'apprivoise  très-fa- 
cilement, habite,  dans  l'état  de  nature,  en  grandes  troupes, 
sur  les  sommités  des  arbres,  dans  les  endroits  de  la  Guiane  et 
du  Maragnon  qui  sont  à  la  fois  montueux  et  distans  des  habita- 
tions de  l'homme.  On  ne  l'a  pas  encore  trouvé  au  Brésil. 

L'Ouistiti  nègre:  Jacchus  ursulus  ,  Desm. ,  Mamm.,  esp.  ici; 
Midas  ursulus,  Geolï.  ;  Saguinus  ursulus,  Hoffman. ,  et  décrit 
aussi  par  M.  F.  Cuvier,  Hist.  nat.  des  Mamm. ,  liv.  9.  Absolument 
semblable  au  précédent,  dont  il  pourroit  bien  n'être  qu'une 
variété  ,  par  sa  taille  et  les  proportions  de  son  corps  et  de  ses 
membres  ,  il  est  comme  lui  entièrement  noir ,  avec  son  dos  in- 
férieurement  varié  de  gris  ;  mais  les  poils  qui  couvrent  ses 
pieds,  tant  en  dessus  qu'en  dessous,  sont  du  même  noir  que 
le  reste  du  pelage,  et  nullement  teints  de  jaune  ou  de  roux. 
L'iris  de  ses  yeux,  comme  celui  de  l'ouistili  tamarin,  est  d'un 
jaune  brun  ou  châtain.  On  le  dit  commun  au  Para.  Ses  habi- 
tudes naturelles  ne  diffèrent  pas  de  celles  de  l'espèce  qui 
précède. 

Ouistiti  labié  :  Jacchus  lahiatus ,  Desm.,  Mamm.,  esp.  102  ; 
Midas  labialus ,  Geoff.;  Simia  labiata ,  Humb.,  Rec.  d'observ. 
zool. ,  esp.  44.  De  la  taille  des  tamarins  proprement  dit  et 
pègre,  il  a  toutes  les  parties  supérieures  de  son  corps  et  la 


22  SAG 

face  extérieure  des  membres  d'un  brun  noirâtre;  toutes  les 
parties  inférieures  d'un  roux  ferrugineux;  la  tête,  la  queue 
et  les  extrémités  des  pattes  noires.  Mais  ce  qui  distingue  ce 
singe,  c'est  que  son  nez  et  le  bord  de  ses  lèvres  sont  recou- 
verts de  poils  blancs  très-fins  et  très-courts.  Il  est  du  Brésil. 

Ouistiti  a  front  jaune  -.Jacclius  chrj'somelas  ,'Dcsm. ,  Mamm., 
esp.  io3;  Midas  cliTjsomelas ,  Kuhl,  Prod.  sim.  Cette  espèce  , 
que  nous  n'avons  pas  vue,  habite  les  grandes  forêts  du  Para 
et  du  Brésil ,  et  n'est  pas  commune  entre  les  14.''  et  i5.*  de- 
grés de  latitude  australe.  Son  pelage  est  noir;  son  front  et  la 
face  supérieure  de  sa  queue  sont  d'un  jaune  doré;  ses  avant- 
bras,  ses  genoux,  sa  poitrine  et  ses  côtés  sont  d'un  roux 
marron. 

Ouistitt  marikin  a  :  Jûcchus  rosfl/w, Desm.,  Mamm.,  esp.  104  ; 
Midas  rosalia,  Geoff.  ;  Simia  rosalia,  Linn.;  Marikina,  Buff. , 
tom.  1 5  ,  pi.  1 6.  Le  singe-lion  (c'est  ainsi  qu'on  l'a  aussi  nommé) 
a  été  décrit  avec  soin  par  M.  F.  Cuvier,  dans  la  première  li- 
vraison de  son  Histoire  naturelle  des  mammifères.  Sa  longueur 
totale,  mesurée  depuis  le  bout  du  museau  jusqu'à  l'origine 
de  la  queue,  est  de  neuf  pouces  et  demi,  et  sa  queue  a  dix 
pouces.  Il  a  la  face  nue  et  livide  depuis  les  sourcils,  ainsi  que 
la  plante  des  pieds  et  la  paume  des  mains  ;  ses  oreilles  sont 
plates  et  rondes,  avec  un  rebord  seulement  à  la  partie  supé- 
rieure; toutes  les  parties  de  sa  peau  qui  sont  nues,  ont  la 
couleur  de  chair;  le  pelage  est  d'un  jaune  clair,  et  présente, 
sur  la  tête  et  les  épaules,  une  sorte  de  crinière  très-marquée 
par  l'alongement  du  poil ,  qui ,  dans  ces  parties ,  est  doré  à  la 
pointe  ;  la  poitrine  et  la  croupe  ont  aussi  des  reflets  dorés, 
tandis  que  le  dos,  la  base  de  la  queue,  les  cuisses  et  le  bas- 
ventre,  sont  d'un  jaune  plus  clair;  la  queue,  aussi  jaune, 
est  terminée  par  un  flocon  de  poils  plus  longs  que  ceux  qui 
îa  couvrent  dans  toute  son  étendue,  depuis  l'origine  ;  le  potice 
des  mains  est  très-court,  et  celui  des  pieds  est,  au  contraire  , 
très-distinct  et  seul  ,  parmi  les  doigts  ,  pourvu  d'un  ongle 
plat.  Les  molaires  sont  à  tubercules  médiocrement  aigus  ou 
à  peu  près  mousses. 

Une  variété  de  la  Guiane  a  le  pelage  varié  de  roux  et  de 
noirâtre;  et  une  autre,  du  Brésil  ,  est  d'un  roux  assez  écla- 
tant. L'espèce  s'étend  entre  les  Guianes  et  le  Brésil. 


SAG  25 

Ouistiti  i.^o?.*cito^:  Jacchus  leoninus ,  Desm.,  Mamm.,  esp. 
îo5;  Midas  leoninus,  Geoff.  ;  Léoncito  ,  Simia  leonina,  Humb. , 
Rcc.  d'obs.  zool. ,  pag.  14,  pi.  5.  Très-voisin  du  précédent 
parla  crinière  qu'il  porte,  celui-ci  est  un  peu  pins  petit, 
puisque  son  corps  et  sa  queue,  mesurés  séparément,  ont  cha- 
cun sept  à  huit  pouces  seulement.  Son  pelage  est  générale- 
ment d'un  brun  olivâtre,  tant  sur  le  corps.que  sur  la  grande 
crinière  qui  recouvre  le  derrière  de  la  tête ,  le  cou  et  la 
région  des  épaules;  la  face  est  noire,  avec  une  tache  d'un 
blanc  bleuâtre  qui  comprend  tout  le  tour  de  la  bouche  et  les 
narines;  les  oreilles  sont  grandes,  triangulaires  ,  avec  le  re- 
bord supérieur  replié  ;  le  dos  est  marqué  de  petites  taches 
et  de  lignes  légères  d'un  blanc  jaunâtre;  la  queue  est  termi- 
née par  un  flocon;  ses  mains  et  ses  pieds  sont  noirs;  les 
.ongles  des  pieds  de  derrière  sont  plus  aplatis  que  ceux  des 
mains. 

M.  deHumboldt,  qui  a  seul  fait  connoître  ce  singe,  fort 
voisin  du  marikina,  dit  qu'il  habite  les  plaines  qui  bordent, 
à  l'est ,  la  chaîne  des  Cordillères,  et  parliculièrement  les 
rives  du  Putu-Mayo  et  du  Caqueta.  Rare  dans  son  pays  natal, 
il  ne  s'élève  jamais  jusqu'à  la  région  tempérée  des  montagnes; 
son  caractère  est  très-vif  et  très-irascible;  il  fait  entendre  sou- 
vent un  son  de  voix  semblable  au  chant  des  petits  oiseaux. 

Ouistiti  pinche  :  Jacchus  adipus  ,  Desm. ,  Mamm. ,  esp.  106  ; 
PiNCHE,  Buff. ,  tom.  i5,  pi.  17;  Simia  adipus ,  Linn.  ;  Titi  de 
Carthagène,  Humb.,  Rec.  d'obs.  zool.,  pag.  ôoj.  Ce  dernier 
petit  singe  américain  n'a  pas  plus  de  neuf  pouces  de  longueur , 
et  sa  queue  est  presque  double.  Il  a  ,  comme  les  deux  précé- 
dens,  une  chevelure  fort  longue,  mais  elle  ne  prend  pas  les 
dimensions  d'une  crinière.  Tout  son  pelage  est  lustré,  d'un 
brun  fauve,  quelquefois  moucheté  de  taches  fauves  en  dessus, 
et  toujours  blanc  en  dessous;  les  deux  premiers  tiers  de  sa 
queue  sont  d'un  roux  vif  et  le  dernier  est  noir;  le  sommet 
et  les  côtés  de  la  tête  sont  garnis  d'un  toupet  de  poils  lisses 
et  blancs  contrastant  avec  la  couleur  noirâtre  et  tannée 
de  la  face,  qui  est  à  peine  couverte  d'un  duvet  gris;  quel- 
ques poils  blancs  et  roides  sont  implantes  sur  les  lèvres,  le 
menton  et  auprès  des  oreilles  ,  qui  sont  fort  grandes  et  ar- 
rondies. 


24  SAG 

Ce  petit  animal,  dont  on  n'a  encore  observé  vivans  que 
peu  d'individus  ,  s'est  montré  doué  d'un  caractère  méchant  et 
irascible.  Sa  voix,  lorsqu'il  est  en  colère,  ressemble  à  celle 
de  nos  chauve-souris. 

M.  de  Humboldt  l'a  observé  aux  environs  de  Carthagcne  et 
vers  l'embouchure  du  Rio-Sinù.  H  le  dit  rare  à  la  Guiaiic.(DESM.) 

SAGONE  ,  Sagonea.  (  Bot.  )  Genre  de  plantes  dicotylédones, 
à  fleurs  complètes,  monopétalées,  de  la  famille  des  convol- 
vulacées, de  la  pentandrie  trigjnie  de  Linnaeus,  offrant  pour 
caractère  essentiel:  Un  calice  à  cinq  divisions;  une  corolle 
campanulée  ,  à  cinq  lobes:  cinq  étamines;un  ovaire  supérieur 
surmonté  de  trois  styles;  les  stigmates  en  tête  ;  une  capsule  à 
trois  loges,  s'oavrant  transversalement;  des  semences  nom- 
breuses,  fort  petites,  attachées  à  un  réceptacle  central,  trian- 
gulaire. 

Sagone  aquatique  :  Sagonea  aquatica ,  Aubl.  ,  Guian. ,  i , 
pag.  285  ,  tab.  1 1 1  ;  Lamk. ,  îll.  gen.,  tab.  2  12  ;  Reichelia  palus- 
tris  ,  Willd.,  Spec.  Plante  herbacée  qui ,  de  la  même  racine, 
produit  plusieurs  tiges  droites,  simples,  cylindriques,  hautes 
de  deux  ou  trois  pieds,  garnies  de  feuilles  alternes  ,  lisses  , 
vertes,  étroites,  lancéolées,  acuminées,  presque  sessiles ,  ré- 
trécies  en  pétiole  à  leur  base,  longues  d'environ  trois  pouces, 
larges  d'un  pouce  au  plus.  Les  fleurs  naissent  dans  l'aisselle 
des  feuilles,  disposées  en  frès-petiies  grappes,  au  nombre  de 
trois  ou  cinq.  Le  calice  est  glabre,  profondément  divisé  ea 
cinq  folioles  vertes,  lancéolées,  aiguës.  La  corolle  est  bleue, 
d'une  seule  pièce,  campaniforme ,  partagée  à  son  limbe  en 
cinq  lobes  arrondis  ,  courts-,  égaux  ,  un  peu  aigus.  Les  éta- 
mines  sont  insérées  à  la  base  de  la  corolle;  les  anthères  oblon- 
gues,  courbées  en  demi-cercle,  vacillantes,  sillonnées  à  leurs 
deux  faces,  bifides  à  leurs  deux  extrémités;  l'ovaire  presque 
globuleux:  il  se  convertit  en  une  capsule  marquée  de  trois 
sillons,  s'ouvrant  transversalement  en  deux  valves,  divisée  en 
trois  loges  séparées  par  des  cloisons  membraneuses.  Les  ser 
menées  sont  fort  petites,  attachées  sur  Un  placenta  dans  l'an- 
gle interne  de  chaque  loge.  Cette  plante  croit  à  la  Guiane, 
sur  le  bord  d'un  ruisseau,  entre  la  crique  des  Galibis  et  la 
rivière  de  Sinamary.  Les  Galibis  la  nomment  sagoun-sagou^ 
(PoiR.) 


SAG  25 

SAGORTS.  (Mamm.)  Voyez  Sagoin.  (  Desm.) 
SAGOU.  {Bot.)  Voyez  ci -après  Sagouier.  (Lem.) 
SAGOUiER  et  SAGOUTIER  ,  Sagus.  (  Bot.  )  Genre  de 
plantes  monocotylédones,  à  fleurs  incomplètes,  de  la  famille 
des  palmiers,  de  la  rnonoéciç  liexandrie  de  Linnœus,  offrant 
pour  caractère  essentiel:  Des  fleurs  monoïques  dans  le  même 
spadice  ;  dans  les  fleurs  mâles,  un  calice  monophylle ,  cam- 
panule, à  trois  petites  dents;  une  corolle  à  trois  pétales:  six 
ou  douze  éfamines  ;  les  anthères  droites,  linéaires;  dans  les 
fleurs  femelles,  un  calice  comme  dans  les  mâles;  une  corolle 
monopétale,  campanulée,  trifide;  trois  stigmates  aigus,  cou- 
nivens  ;  une  baie  monosperme,  couverte  d'une  écorce  en 
treillage;  un  périsperme  morcelé;  l'embryon  latéral ,  au-desr 
sus  d'un  enfoncement,  placé  sur  le  côté. 

Sagouier  raphia:  Sagus  raphia,  Lamk.,  III.  gen.,  tab.  771  , 
fig.  1  ;  Palma  pinus ,  Lobel,  2  ,  tab.  255  ;  dus.,  Cur.  post.  , 
pag.  43  ,  44;  Ftaphia  tinifera,  Pal.  Beauv. ,  Flor.  d'Oware  et 
lienin,  tab.  44,  fig.  1  ;  tab.  46  ,  46,  fîg.  1  ;  Sagus  raffia  ,VJ illd., 
Spec,  4,  pag.  4<>3  5  var.  ^.  Arbre  d'une  moyenne  grandeur, 
dont  la  tige  est  di'oite,  cylindrique,  très-simple,  couronnée 
par  une  belle  touffe  de  feuilles  grandes,  nombreuses,  très- 
amples,  pendantes,  ailées,  fort  amples,  longues  de  quatre 
ou  six  pieds  et  plus,  chargées,  ainsi  que  les  pétioles  ,  de  pe- 
tites épines  très-nombreuses.  Delà  base  de  ces  feuilles  sortent 
et  pendent  de  très-grands  régimes  ou  spadiccs  très-ramifiés, 
sous-divisés  en  un  grand  nombre  d'autres  rameaux  serrés , 
rapprochés,  inégaux,  chacun  d'eux  environné  de  deux  ou 
trois  spathes  partielles,  courtes,  cunéiformes,  tronquées, 
comprimées,  fendues  longitudinalement  à  un  de  leurs  côtés- 
Les  fleurs  sont  sessiles,  disposées  alternativement  sur  chacune 
des  divisions  du  spadice,  enveloppées  à  leur  base  par  une 
sorte  d'écaillé  circulaire,  dure,  coriace,  un  peu  jaunâtre, 
lisse,  presque  luisante.  Ces  écailles  sont  imbriquées,  et  re- 
couvrent les  rameaux  dans  toute  leur  longueur.  Les  fleurs 
mâles,  réunies  sur  les  mêmes  rameaux  que  les  fleurs  femelles, 
en  occupent  la  partie  supérieure  ;  elles  sont  très-nombreuses  , 
persistent  pendant  quelque  temps  ,  et  tombent  enfin  à  la  mar- 
turitédes  fi-uits,  qui  forment,  parleur  ensemble,  par  leur  rap- 
prochement et  leur  nombre,  une  grosse  touffe  ovale,  serrée  5 


composée  de  baies  sèches,  ovales,  oblongues,  luisantes,  écaîl- 
leuses;  les  écailles  très-serrées  ,  fortement  imbriquées  du  som- 
met vers  la  base  ,  ovales,  obtuses;  chaque  baie  est  à  une 
seule  loge;  elles  renferment  une  semence  ovale,  oblongue , 
ridée,  tuberculée,  lacuneuse  d'une  manière  très-irrcgulière. 
Cette  plante  croit  dans  différentes  contrées  de  l'Inde,  au  Ma- 
labar, en  Afrique,  dans  les  royaumes  d'Oware  et  de  Bénin  , 
sur  le  bord  des  rivières. 

«  Ce  palmier,  dit  Beauvois ,  est  une  des  productions  les 
«  plus  communes  et  en  même  temps  une  des  plus  utiles  pour 
«  lés  habitans  du  pays  où  il  croit  :  on  en  fait  un  très-grand 
«  usage.  La  côte  des  feuilles,  ou  le  support  des  folioles,  est 
((  employée  à  faire  des  sagayes,  instrument  dont  les  Nègres 
«  se  servent  pour  aller  à  la  pêche:  il  est  terminé  par  un  fer 
<sc  fait  en  forme  d'arête  de  poisson  ou  par  une  arête  naturelle 
<<  de  poisson,  fixée  par  une  longue  ficelle,  dont  l'autre  ex- 
«(  trémilé  est  attachée  autour  du  corps  du  pêcheur.  Ainsi 
«  armé  ,  il  se  promène  sur  le  bord  des  rivières  ou  de  la  mer: 
«  lorsqu'il  aperçoit  un  poisson  entre  deux  eaux,  il  lance  sa 
n  sagaye ,  et  rarement  manque  à  percer  et  à  saisir  sa  proie. 
«  Lorsque  le  poisson  ,  ayant  perdu  son  sang,  n'a  plus  assez  de 
«  force  pour  se  dégager  et  se  détacher  du  fer  qui  l'a  percé  , 
«  c'est  alors  que  le  pêcheur  l'attire  à  lui  à  l'aide  de  la  ficelle 
«  attachée  à  la  sagaye  et  à  son  corps. 

«  Les  feuilles  servent  à  former  des  palissades,  des  entou- 
«  rages,  les  murs  et  les  couvertures  des  maisons.  Lorsqu'il 
«  s'agit  de  construire  des  habitations,  les  Nègres  coupent  des 
<ç  amas  de  feuilles  qu'ils  amènent  dans  des  pirogues.  Lors- 
<ç  qu'une  suffisante  quantité  se  trouve  rassemblée,  des  fem- 
«  mes  tournent  les  folioles  d'un  même  côté  ,  ouvrage  pénible 
«  et  désagréable,  à  causeries  épines,  mais  rarementsuivi  d'ac- 
«  cidens,  par  l'habitude  qu'elles  ont  de  ce  travail.  A  mesure 
«  que  cet  ouvi'age  confié  aux  femmes  s'avance,  d'autres  Nègres 
«-  réunissent  ordinairement  trois  ou  quatre  feuilles  ensemble, 
„  attachent  les  côtes  avec  des  lianes,  et  en  forment  autant 
«  de  faisceaux  ou  paquets.  Ces  faisceaux  sont  placés  trans- 
«  versalement  et  liés  avec  des  lianes  entre  chaque  poteau, 
«  et  servent  à  boucher  les  ouvertures  latérales.  Les  feuilles 
«  étant  ainsi  disposées,  chaque  faisceau  présente  une  épais- 


SAG  27 

«  seur  de  six  ou  huit  couches  de  folioles,  qui  s'augmentent 
«  encore  par  les  faisceaux  posés  successivement,  et  à  peu 
«  près  comme  nos  couvreurs  de  chaume  et  autres  placent 
«  les  bottes  de  paille  et  les  tuiles.  Les  couvertures  sont  faites 
«  de  même,  et  des  lianes  sont  interposées,  de  distance  en 
f<  distance  ,  pour  empêcher  que  les  folioles  ne  soient  soule- 
«  vées  par  le  vent. 

«  Ces  sortes  d'habitations  ,  dont  les  côtés  et  les  couvertures 
«  sont  très-épais,  lorsqu'on  ne  pratique  pas  d'ouverture  au 
«  centre,  n'ont  d'autres  ouvertures  qu'une  porte  très-basse 
«  et  de  petites  lucarnes  pratiquées  sur  les  quatre  côtés:  elles 
«  ont  l'avantage  d'empêcher  la  chaleur  d'y  pénétrer,  et  les 
,<  lucarnes  établissent  un  courant  d'air  suffisant  pour  le  re- 
<£  nouveler;  mais  elles  présentent  quelques  inconvéniens, 
«  ceux  surtout  d'être  les  repaires  de  gros  rats,  qui  abondent 
«  dans  ces  contrées,  et  de  vipères,  couleuvres,  etc.,  qui  s'y 
«   glissent  et  s'y  établissent  pour  faire  la  chasse  aux  rats.   » 

«  Les  naturels  d'Oware ,  ajoute  Beauvois,  retirent  de  cet 
«  arbre  une  liqueur  assez  semblable  au  vin  de  palme,  mais 
,<  plus  forte,  plus  colorée:  ils  la  nomment  bourdon.  Ils  préfè- 
«  rent  le  bourdon  au  vin  de  palme,  d'abord  à  raison  de  sa 
«  force,  et  surtout  depuis  que  plusieurs  d'entre  eux,  soit  par 
,(,  des  accidens  qu'ils  ne  pouvoient  prévoir,  soit  par  négli- 
«  gence,  et  faute  d'avoir  donné  assez  de  solidité  à  la  ceinture 
<^  des  branches  d'arbres  et  de  lianes  dont  ils  se  servoient  pour 
«  s'élever,  ont  péri  dans  leur  chute.  Ils  ont  deux  manières 
«  d'extraire  cette  liqueur.  La  première,  connue  et  usitée 
<?  depuis  long-temps  chez  tous  les  peuples  qui  boivent  du  vin 
«  de  palme,  consiste  à  recueillir,  pendant  plusieurs  jours, 
«  au  haut  de  l'arbre,  dans  des  calebasses,  la  sève  qui  en  dé- 
«  coule  abondamment,  après  avoir  fracturé  ou  coupé  la  nou- 
«  velle  pousse  du  centre.  La  seconde ,  particulière  aux  ha- 
«  bitans  d'Oware,  est  de  ramasser  une  quantité  de  fruits,  de 
«  les  dégager  de  leur  enveloppe,  et  de  faire  fermenter  les 
0;  amandes  dans  le  premier  vin  étendu  d'eau.  Cette  seconde 
«  sorte  de  vin  est  plus  colorée,  plus  spiritueuse  ;  elle  pétille 
«  comme  le  vin  de  Champagne  ,  et  se  conserve  beaucoup  plus 
«  long-temps.  La  valeur  d'un  demi-litre  suffit  pour  griser  les 
«  hommes  qui  ne  sont  pas  habitués  à  cette  boisson.  * 


28  SAG 

Ce  même  arbre  fournit  encore  cette  substance  connue 
sous  le  nom  de  sagou  ;  mais  il  n'est  pas  le  seul  :  un  grand 
nombre  de  palmiers  en  donnent  également  en  plus  ou  en 
moins  grande  quantité.  On  retire  le  sagou  particulièrement 
de  la  moelle  du  tronc,  qui  est  plus  ou  moins  transparente, 
blanche  ou  fonguease,  suivant  Tàge  de  l'arbre.  Les  habitans 
l'enlèvent  après  avoir  fendu  Tarbre  dans  sa  longueur;  ils 
écrasent  cette  moelle,  la  mettent  dans  une  espèce  de  cône 
eu  d'entonnoir  fait  d'écorce  d'arbre ,  assujetti  sur  un  tamis 
de  crin;  ils  la  délaient  avec  beaucoup  d'eau.  Ce  fluide  en- 
traine, par  les  ouvertures  du  tamis,  la  portion  la  plus  line 
et  la  plus  blanche  de  la  moelle;  la  partie  fibreuse  reste  sur 
le  tamis. 

L'eau  chargée  de  la  partie  la  plus  atténuée  de  cette  moelle 
est  reçue  dans  des  pots,  et  elle  y  dépose  peu  à  peu  la  fécule 
qui  en  troubloit  la  transparence.  On  décante  l'eau  éclaircie, 
et  on  passe  le  dépôt  à  travers  des  platines  perforées,  qui 
lui  donnent  la  forme  de  petits  grains  sous  laquelle  le  sagou 
nous  parvient.  La  couleur  rousse  qu'ils  offrent  à  leur  surface 
est  due  à  l'action  du  feu  sur  lequel  on  les  a  fait  sécher.  Ces 
grains  se  ramollissent  et  deviennent  transparens  dans  l'eau 
bouillante.  On  en  forme ,  avec  le  lait  ou  le  bouillon  ,  une 
sorte  de  potage  léger  ,  assez  agréable  ,  qu'on  a  fort  recom- 
mandé dans  la  phthisie.  Le  sagou  est  donc  un  véritable  amidon, 
auquel  on  peut  très-bien  substituer  celui  des  pommes  de  terre  : 
ses  qualités  sont  très-indépendantes  de  sa  forme.  Quand  on 
veut  faire  cuire  ce  sagou,  on  en  met  environ  une  cuillerée  à 
bouche  dans  un  poêlon,  pour  le  délayer  peu  à  peu  dans  une 
chopine  d'eau  chaude  ou  de  lait;  on  place  ce  poêlon  sur  un 
feu  doux,  et  on  remue  sans  discontinuer  pendant  une  demi- 
heure  ou  environ;  on  y  ajoute  du  sucre,  des  aromates,  de 
Teau  de  fleur  d'orange ,  etc. 

Dans  les  iles  Moluques,  aux  Manilles,  aux  Philippines,  on 
forme  aussi  avec  la  pâte  molle  du  sagou  des  pains  mollets  d'un 
demi-pied  en  carré  et  d'un  doigt  d'épaisseur.  On  en  attache  , 
en  forme  de  chapelets,  dix  ou  vingt  ensemble,  et  on  les  vend 
ainsi  dans  les  rues  des  villes  et  fauboisrgs  d'Amboine.  Les  ha- 
bitans de  cette  contrée  font  encore  une  espèce  de  poudingue 
^ssçz  agréable  pour  les  convalescens ,  avec  cette  pâte  encore 


SAG  29 

molle,  mélangëe  de  jus  de  poissons  et  du  suc  de  limon,  avec 
quelques  autres  aromates. 

Sagouier  pédoncule  :  Sagus  pedunculata  ;  Raphia  peduncu- 
lata,  Beauv.  ,  FI.  d'Oware  et  Bénin,  tab.  44,  fig.  2,  et  tab. 
46  ,  fig.  2  ;  Sagusfarinifera,  Lamk.,  III.  gen.,  tab.  771  ,  fig.  2; 
GsertD.,  Dejruct.,  tab.  120;  Kajia,  Bory-S.-Vinc. ,  Itin.,  1, 
pag.  178;  Sagus  raffia,  Willd. ,  Spec,  4  ,  pag,  4o3  ,  var.  a; 
Jacq.,  Fragm.  bot. ,  7  ,  tab.  4  ,  fig.  2;  Sagus  longispina,  Rumph., 
Amh.,  1,  pag.  75.  Nous  ne  connoissons  encore  de  ce  beau 
palmier  que  le  fruit  tel  qu'il  a  été  figuré  par  Lamarck ,  Gaert- 
ner ,  Palisot-Bcauvois.  Il  paroît  avoir  été  d'abord  confondu 
avec  l'espèce  précédente;  mais  la  forme  et  le  caractère  de  ses 
fruits,  les  fleurs  mâles  pédicellées  ,  d'après  Beauvois,  suffisent 
pour  en  faire  une  espèce  distincte.  Les  fruits  sont  réunis  en 
un  très-beau  régime  ,  tel  qu'il  a  été  figuré  par  M.  de  Lamarck  , 
d'après  un  individu  de  sa  collection.  C'est  une  baie  sèche, 
ovale,  presque  globuleuse,  à  une  seule  loge,  surmontée  par 
Je  style  persistant,  durci,  subulé ,  cartilagineux;  couverte 
d'écaillés  imbriquées,  sèches,  ovales,  luisantes,  d'un  brun 
foncé;  elle  ne  renferme  qu'une  seule  semence  très- grosse, 
ovale-arrondie  ,  un  peu  aiguë  à  sa  base  ;  l'enveloppe  exté- 
rieure est  membraneuse  et  spongieuse  ,  jaunâtre ,  plus  épaisse  à 
la  base  de  la  semence  :  l'intérieure  un  peu  crustacée,  mince, 
couleur  de  châtaigne;  le  périsperme  cartilagineux,  d'un  blanc 
ferrugineux;  l'embryon  latéral,  horizontal.  Ce  palmier  est  un 
très-grand  arbre  de  l'ile  de  Madagascar. 

Sagouier  de  Rumph  :  Sagus  Rumphii ,  Willd.,  Spec,  4  ,  pag. 
404  ;  Sagus  farinifera ,  Encycl.  [excl.  sfn.  Gœrtn.  et  Rumphii)  ; 
Sagus  sîVe  palmafar  inaria  sagu ,  Rumph.  ,  Amh.,  1  ,  pag.  72  , 
tau.  17,  18;  MetroTjlon,  Rottb, ,  JVo^'.  act.  Dan. ,  2,  p.  62 5. 
Ce  palmier  ,  d'après  Beauvois,  doit  seul  constituer  le  genre 
Sagus.  Il  a  rangé  les  deux  espèces  précédentes  dans  un  genre 
particulier,  qu'il  a  nommé  Raphia.  Toutes  les  parties  de  la 
fructification  de  ces  plantes  nous  sont  encore  si  peu  connues, 
qu'on  ne  peut  se  décider  qu'avec  beaucoup  de  réserve.  La 
plante  dont  il  est  ici  question  est  un  arbre  peu  élevé,  dont 
le  tronc  est  presque  lisse,  couronné  à  son  sommet  par  une 
touffe  de  feuilles  très-amples,  ailées,  composées  de  longues 
folioles  très-étroites,  vertes  et  glabres  à  leurs  deux  faces,  ai- 


3o  SAG 

guës,  très-lisses,  armées  sur  les  pétioles  de  longues  épines  rares, 
caduques.  La  spathe  qui  enveloppe  les  régimes  est  grande, 
chargée  d'épines  caduques;  le  régime  très-ample,  très-rameux 
dès  sa  base;  les  rameaux  sont  fort  longs,  divergens,  longs  de  dix 
à  douze  pieds,  leurs  divisions  longues  d'un  pied  et  demi,  tous 
comprimés,  couverts  d'écaillés  simples,  tronquées,  longues 
de  deux  pouces,  opposées  sur  deux  rangs;  de  chacune  d'elles 
sort  un  chaton  divariqué,  cylindrique,  sessile,  tomenteux  , 
long  de  six  à  huit  pouces,  imbriqué  d'écaillés  coriaces,  nom- 
breuses, sous  lesquelles  sont  entièrement  recouvertes  des 
fleurs  fort  petites,  très-nombreuses,  dont  plusieurs  avortent. 

Les  fleurs,  d'après  Rottboll ,  sont  hermaphrodites;  leur  ca- 
lice est  divisé  en  six  découpures,  dont  les  trois  intérieures  (la 
corolle)  plus  longues;  les  étaminessont  au  nombre  de  six,  non 
saillantes;  les  filamens  concaves,  élargis  à  leur  base;  les  an- 
thères sagittées  et  conniventes.  L'ovaire  est  surmonté  d'ua 
style  droit,  d'un  stigmate  épais.  Le  fruit  est  une  baie  sèche, 
assez  grosse  ,  de  la  forme  d'un  œuf  de  poule ,  couverte  d'écailles 
luisantes,  imbriquées  du  sommet  vers  la  base,  coriaces,  d'uu 
jaune  clair,  souvent  blanchâtres  et  membraneuses  à  leurs 
bords,  presque  triangulaires,  marquées  d'un  sillon  dans  leur 
milieu;  elle  renferme  une  semence  dure,  ovale.  Cette  plante 
croît  dans  les  Indes;  son  tronc  contient  une  moelle  farineuse  , 
aliment  très-sain.  On  en  retire  aussi  du  sagou ,  comme  de  la 
plupart  des  autres  palmiers. 

Le  palmier-bache ,  que,  d'après  l'inspection  de  son  fruit, 
j'avois  soupçonné  devoir  appartenir  à  ce  genre ,  a  été  réuni 
au  genre  Mauritia  par  MM.  de  Humboldt  et  Bonpland.  (Voyez 
ce  mot.  )  A  ce  qui  en  a  été  dit  à  l'article  Mauritia,  nous  ajoute- 
rons ici  quelques  observations  d'Aublet.  Le  bâche,  dit  cet 
auteur,  a  un  tronc  fort  et  très-dur;  ses  fibres  sont  longitudi- 
nales, noires  et  solides  :  il  s'élève  à  trente  pieds,  sur  deux 
pieds  et  plus  de  diamètre.  Ses  feuilles  sont  en  éventail,  d'une 
grandeur  et  d'une  largeur  considérables,  ayant  environ  cinq 
pieds  de 'diamètre.  Les  fruits  sont  portés  sur  un  régime  fort 
grand  ,  très-rameux  :  ils  sont  d'un  brun  rougeàtre  ,  de  la  gros- 
seur d'une  petite  pomme,  lisses,  comme  vernissés,  couverts 
d'écailles  qui  imitent  à  peu  près  celles  de  la  pomme  de  pia 
dans  sa  jeunesse. 


SAG  3i 

Ce  fruit  renferme  une  grosse  amande,  dont  la  nation  de» 
Maiès  fait  du  pain  qui  sert  à  leur  nourriture.  Le  tronc  de  ce 
palmier  résiste  à  la  hache  par  sa  dureté:  il  est  employé  par 
ces  mêmes  peuples  pour  la  construction  de  leurs  carbets  , 
qu'ils  recouvrent  avec  les  feuilles.  Le  pétiole,  qui  est  fort  long 
et  large ,  aplati  et  ligneux  ,  leur  sert  pour  border  les  canots, 
afin  de  les  agrandir.  Ces  Maiès  tirent  des  feuilles  tendres  un 
fil  très-fin,  avec  lequel  ils  fabriquent  des  hamacs  et  des  pa- 
gnes. La  rencontre  de  cet  arbre  dans  les  déserts  met  le  voya- 
geur égaré  à  l'abri  de  la  famine.  Les  perroquets  sont  très- 
friands  de  son  fruit  ;  ils  se  rendent  tous  les  matins  sur  ces 
palmiers  :  c'est  aussi  les  lieux  où  les  Caraïbes  leur  tendent 
des  pièges.  Cet  arbre  croit  particulièrement  sur  le  bord  des 
rivières,  des  ruisseaux,  dans  les  cantons  marécageux  de  la 
Guiane.  (  Poir.) 

SAGOUIN.  (Mamm.)  Voyez  Sagoin.   (Desm.  ) 
SAGOUTIER.  (Bot.)  Voyez  Sagouier.  (Lem.) 
SAGOUY.  (Mamm.)  L'ouistiti,  petit  singe  d'Amérique,  a 
été  quelquefois  ainsi  nommé.  Voyez  Sagoin.  (Desm.) 

SAGOVIN.  (Mamm.)  Synonyme  de  sagouin  ou  sagoin.  (Desm.) 
SAGR.    (Ornith.)    Nom   arabe    et  générique   des  faucons, 
suivant  Forskal,  lequel  s'écrit  aussi  sakr.  (Ch.  D.) 

SAGRE,  Sagra.  (Entom.)  Fabricius  a  désigné  sous  ce  nom 
un  genre  d'insectes  coléoptères  tétramérés,  de  la  famille  des 
phytophages  ou  herbivores,  pour  y  ranger  quelques  espèces 
étrangères  à  l'Europe  qu'il  a  distraites  du  genre  Alurnus,  dont 
elles  diffèrent  en  effet  par  le  port;  ayant  pour  la  plupart  les 
cuisses  des  pattes  postérieures  fort  grosses,  comprimées  et 
cannelées  pour  recevoir  les  jambes,  qui  sont  arquées. 

Tous  ces  insectes  sont  d'Asie  ou  d'Afrique.  On  suppose  par 
analogie  qu'ils  sont  phytophages  comme  les  donacies  et  les 
criocères.  (C.  D.) 

SAGRE.  (  Ichtliyol.  )  Nom  d'une  espèce  d'Aicun.LAT  que 
nous  avons  décrite  à  la  page  gS  du  Supplément  du  tome  I." 
de  ce  Dictionnaire.  (  H.  C.  ) 

SACRÉE.  (Ichthjol.)  Voyez  Sagre.  (H.  C.) 
SAGREL  GERAD.  (  Ornith.  )  M.  Vieillot  rapporte  que  ce 
nom  est  donné  à  l'émérillon  ,  espèce  de  faucon  ,  par  les  Égyp- 
tiens. (Desm.) 


52  SAG 

SAGRIDES.  (Entom.)  M.  Latreille  a  établi  sous  ce  nom  une 
trii)u  dans  la  familif  des  coléoptères  tétramérés  qu'il  nomme 
eupodes  :  il  y  range  les  sagres  ,  les  mégalopes  et  les  Iridacnes, 
parmi  lesquels  se  trouve  placé  le  criocère  du  cerisier.  (C.  D.) 
SAGRY.  (Ichthjol.)  Nom  oriental  du  Chagrin.  Voyez  ce 
mot.  (H.  C.) 

SAGUASTER.  {Bot.)  Rumph  décrit  sous  ce  nom  le  caryota 
de  Liinœus,  genre  de  Palmier  nommé  aussi  Schunda  pana, 
sur  la  côte  malabare,  suivant  Rhéede.  (J.) 

SAGUEERDRINRER.  {IckthyoL)  Le  prétendu  poisson  vo- 
lant dont  Ruysch  [Collect.  pisc.  amhoin. ,  tom.  i,  pag.  i5, 
n.°  20)  a  parlé  sous  ce  nom,  me  paroit  être  I'Anabas  que 
nous  avons  décrit  dans  le  Supplément  du  tome  II  de  ce  Dic- 
tionnaire. (  H.  C.  ) 

SAGUERUS.  (  Bof.  )  C'est  sous  ce  nom  que  Rumph  désigne 
l'areng,  arenga ,  genre  de  Palmier.  (J.) 

SAGUIN.  {Mamm.)  Voyez  Sagoin.  (Desm.) 
SAGUINUS.  {Mamm.  )  Ce  nom  ,  latinisé  par  M.  Hofimanns- 
egg,  a  été  appliqué  par  lui  à  un  genre  de  singes  américains 
qui  se  rapporte  à  la  fois  au  groupe  des  ouistitis  et  à  celui  des 
tamarins  de  M.  Geoffroy.  (Desm.) 

Sx\HATER.  (Bot.)  Voyez  Sathar.  (J.) 
S  AHER.  {Bot.)  Nom  arabe  duc/Rosurus  ternatus  de  Forskal.  (J.) 
SAHERADE.  {Bot.)  Nom  arabe  du  souchet,  cjperus,  cité 
par  Daléchamps.  (J.  ) 

SAHLBERGIA.  {Bot.)  Necker ,  attribuant  à  tort  au  gar- 
dénia le  caractère  de  fruit  uniloculaire ,  forme  des  espèces  à 
fruit  biloculaire  son  genre  Sahlbergia.  (J.  ) 

SAHLITE.  {Min.)  Espèce  du  genre  Pyroxène.  Voyez  ce 
mot.  (B.) 

SAHOLI.  {Ornith.)  Nom  générique  des  faucons  en  Russie. 
(Ch.  D.) 

SAHOUES- QUANTA.  (Mamm.)  Le  petit  polalouche  de 
l'Amérique  du  Nord,  porte  ce  nom  au  Canada.  (Desm.) 

SAl.  {Bot.)  Nom  brame  du  jasminum  grandijlorum  ,  cité  par 
Rhéede.  Le  mogorium  multijhrumde  M.  deLamarckestnommé 
saw.  (J.  ) 

S  AI  ou  ÇAI.  {Matnm.)  C'est  une  espèce  de  singe  améri- 
cain du  genre  des  sapajous.  (Desm.) 


SAI  33 

SAIBAK.  (Mamm.)  Nom  lapon  du  loup.  (Desm.) 
SAIBLING.  (Ichthjol.)  Les  habitans  du  pays  de  Salzbourg 
donnent  ce  nom  à  l'ombre  qu'on  pêche  dans  leurs  lacs.  Voyez 
Ombre.  (  H.  C.  ) 

SAÏDA  ;  Gadus  saida,  Linn.  {Ichthjol.)  Nom  d'un  poisson 
découvert  par  Lépéchin  dans  la  mer  Blanche ,  au  nord  de 
l'Europe.  De  la  taille  de  sept  à  onze  pouces,  il  a  les  deux 
mâchoires  armées  de  dents  aiguës  et  crochues;  le  palais  garni 
de  deux  rangées,  et  les  os  pharyngiens  hérissés  d'une  multi- 
tude des  mêmes  ostéides;  la  mâchoire  inférieure  plus  avancée 
que  la  supérieure  ;  les  nageoires  dorsales  et  anales  triangu- 
laires; le  quatrième  rayon  de  la  troisième  dorsale,  le  cin- 
quième de  la  première  anale  et  le  second  des  catopes  termi- 
nés par  un  long  filament  ;  la  partie  supérieure  d'une  teinte 
obscure  et  parsemée  de  points  noirâtres;  les  côtés  bleuâtres  ; 
les  opercules  argentées;  le  ventre  blanc  et  le  sommet  de  la 
tête  très-noir.  Sa  nageoire  caudale  est  fourchue. 

On  mange  sa  chair,  quoiqu'elle  soit  peu  succulente.  Il  est 
généralement  rapporté  au  grand  genre  des  Gades.  (H.  C.} 
SAIFF.  [IchthyoL)  Voyez  Vandoise.  (H.  C.) 
saïga  ou  SAIGI.  (Mamm.)  C'est  le  nom  d'une  espèce  de 
ruminant  du  genre  des  Antilopes,  et  aussi,  dit-on,  la  dési- 
gnation du  musc  ou  porte -musc  aux  environs  d'Irkutzk. 
Voyez  Antilope.  (Desm.) 

SAIGNO.  {Bot.)  Garidel  cite  ce  nom  provençal  de  la  masse 
d'eau  ou  massette,  tjpha.  (J.) 

SAIHOBI.  {Ornith.)  Cet  oiseau  est  décrit  par  d'Azara  sous 
le  n.°92.  C'est  la  première  espèce  de  ses  lindos ,  qui  appar- 
tiennent, à  ce  qu'il  paroit ,  à  la  famille  des  tangaras.  Ce 
nom,  qui  signifie  habit  -  bleu ,  n'est  pas  connu  au  Paraguay  et 
vient  du  Brésil.  Cet  oiseau  a  paru  à  Sonnini  être  le  même 
que  le  hanana  ou  fringilla  jamaica,  Linn.  et  Lath.;  mais  sa 
petite  taille  a  empêché  M.  Vieillot  d'adopter  ce  rapproche-, 
ment,  et  il  soupçonne,  que  la  saihobi  est  plutôt  de  l'espèce 
de  son  Habia  a  épaulettes  bleues  ,  Saltaior  cyanopterus ,  qui 
est  décrit  dans  ce  Dictionnaire,  tom.  XX,  p.  194.  (Ch.  D.  ) 
SAIKATJE,  SAIKATSI.  (Bot.)  Noms  japonois  du  cœsalpi- 
niacrista,  suivant  Thunberg.  Il  rapporte  aussi  sous  ce  dern-ier 
nom  un  petit  arbre  qu'il  croît  être  un  fa  gara.  (J.) 
47-  3 


54  SAI 

SAIKILISS.  {Bot.)  Nom  arabe  de  la  berce,  heraelevm,  cité 
par  Mentzel.  (J.  ) 

SAIKILO.  {Bot.)  Nom  brame  du  nepeta  amboinica  de  Lin- 
nseus  fils.  (J.) 

SAILO.  {Bot.)  Nom  brame  de  l'arbre  de  tek,  theha,  cité 
par  Rhéede.  (J.) 

SAILLANT.  {Bot.)  La  radicule  est  saillante,  lorsque,  se 
prolongeant  au-dessous  du  point  d'attache  des  cotylédons, 
elle  les  déborde;  exemples  :  cheiranthus,  genista,  etc.  Le  style 
est  saillant,  lorsqu'il  dépasse  l'orifice  du  périanthe;  exemples: 
fuchsia,  valeriana  rubia,  etc.  (Mass.) 

SAILOR.  {Malacoz.)  Nom  sous  lequel  les  Anglois  désignent 
les  argonautes  et  qui  signifie  navigateur.  (De  B.) 

SAIMIRI.  {Mamm.)  Petit  singe  américain  du  genre  Sagoin. 
Voyez  ce  mot.  (Desm.) 

SAINBOIS.  {Bot.)  Nom  vulgaire  du  daphné  garou.  (L.  D.) 

SAINFOIN;  Hedysarum,  Linn.  {Bot.)  Genre  de  plantes  dico- 
tylédones polypétales,  de  la  famille  des  légumineuses,  Juss., 
et  de  la  diadelphie  décandrie  de  Linnaeus,  dont  les  principaux 
caractères  sont  d'avoir  :  Un  calice  monophylle  ,  quinquéfide ,  à 
divisions  linéaires-subulées,  presque  égales;  une  corolle  papi- 
lîonacée,  à  étendard  grand  ,  à  carène  obliquement  tronquée 
et  beaucoup  plus  longue  que  les  ailes;  dix  étamines  diadel- 
phes;  un  ovaire  supère,  surmonté  d'un  style  subulé,  à  stig- 
mate simple;  un  légume  composé  d'articulations orbiculaires, 
comprimées  et  monospermes. 

Les  sainfoins  sont  des  herbes  ou  des  sous-arbrisseaux  à  feuilles 
ailées  avec  impaire ,  et  à  fleurs  disposées  en  épi  sur  des  pédon- 
cules axillaires.  Ce  genre  seroit  aujourd'hui  très- nombreux 
et  renfermeroit  plus  de  deux  cents  espèces,  s'il  fût  resté  tel 
que  Linné  l'avoit  établi  sous  le  nom  d'Hedysarum  ;  mais  les 
botanistes  modernes  en  ont  d'abord  séparé  ÏOnobrjchis ,  à 
l'exemple  deTournefort  ;  et  depuis,  M.  De  Candolle,  M.  Des- 
vaux et  autres  ont  encore  formé  à  ses  dépens  les  genres  Alhagi, 
Alysicarpus ,  Dicerma,  Desmodium,  Eleiotis,  Lespedeza ,  Taver- 
niera,  Vraria ,  etc.  Après  avoir  éprouvé  tous  ces  démembre- 
mens,  le  genre  Hedjsarum  proprement  dit  ne  comprend  plus, 
dans  le  Prodromus  de  M.  De  Candolle,  que  trente  et  quelques 
espèces. 


SAI  35 

Sainfoin  grandiflore;  Hedysarum  grandijlorum ,  Pall.,  Itin., 
2,  pag.  743,  t;  g.  Les  feuilles,  dans  cette  espèce,  sont  toutes 
radicales,  pétiolées,  longues  de  sept  à  huit  pouces,  composées 
de  onze  à  dix-sept  folioles  ovales,  glabres  en  dessus,  chargées 
en  dessous  d'un  duvet  cotonneux.  Du  milieu  des  feuilles  s'é- 
lève une  hampe  nue  ,  légèrement  cotonneuse,  à  peu  près  égale 
à  leur  propre  longueur,  terminée  par  un  épi  oblong,  com- 
posé de  fleurs  grandes,  de  couleur  jaunâtre.  Les  légumes  sont 
formés  de  deux  à  trois  articulations  ridées  ,  lanugineuses. 
Cette  plante  croît  naturellement  en  Sibérie. 

Sainfoin  obscur  :  Hedysarum  obscurum  ,  Linn.,  5p.,  loSy. 
Jacq.,  FI.  AusL,  tab.  168.  Sa  tige  est  droite,  peu  rameuse, 
glabre  ,  haute  d'un  pied  et  demi  ou  environ,  garnie  de  feuilles 
ailées,  composées  de  neuf  à  quinze  folioles  ovales-oblongues, 
glabres.  Ses  fleurs  sont  d'un  bleu  pourpre  ou  d'un  blanc  jau* 
nâtre,  pédicellées,  pendantes,  disposées  en  longues  grappes 
axillaires  et  redressées.  Les  gousses  sont  lisses,  glabres,  sépa- 
rées en  deux  à  trois  articulations.  Cette  espèce  croît  natu- 
rellement dans  les  Alpes,  en  France,  en  Suisse,  en  Savoie, 
en  Autriche. 

Sainfoin  humble;  Hedjsarum  humile,  Linn.,  Sp.,  io58.  Sa 
racine  produit  plusieurs  tiges  droites  ou  un  peu  étalées,  lé- 
gèrement pubescentes  ou  presque  glabres,  hautes  de  six  à  huit 
pouces,  garnies  de  feuilles  ailées,  composées  de  treize  à  dix- 
sept  folioles  oblongues,  glabres  en  dessus,  légèrement  pubes- 
centes en  dessous.  Ses  fleurs  sont  purpurines,  disposées  en 
épis  ovales,  portés  sur  des  pédoncules  axillaires  ou  terminaux; 
leur  calice  est  hérissé  de  poils  blanchâtres.  Cette  plante  croît 
dans  les  lieux  pierreux  des  montagnes,  dans  le  Midi  de  la 
France  et  en  Espagne. 

Sainfoin  a  bouquets,  vulgairement  Sainfoin  d'Espagne;  He- 
dysarum  coronarium,  Linn.,  5p.,  io58.  Ses  tiges  sont  droites, 
cannelées,  rameuses,  hautes  d'un  pied  et  demi  à  deux  pieds, 
garnies  de  feuilles  ailées,  composées  de  sept  à  neuf  folioles 
ovales,  très-légèrement  velues.  Ses  fleurs  sont  assez  grandes, 
d'jin  beau  rouge,  rarement  blanches ,  disposées  en  un  épi  court , 
sur  des  pédoncules  axillaires  plus  longs  que  les  feuilles.  Les 
gousses  sont  composées  de  quatre  à  cinq  articulations  glabres, 
garnies  Sur  leur  deux  faces  de  tubercules  sailJans  et  presq^ue 


36  SAI 

épineux.  Cette  espèce  croît  naturellement  en  Italie,  en  Bar- 
barie et  dans  quelques-uns  de  nos  départemens  méridionaux. 
On  la  plante  dans  les  jardins  à  cause  de  la  beauté  de  ses 
fleurs.  Dans  quelques  cantons  du  Midi  de  la  France,  et  surtout 
en  Italie,  on  la  cultive  en  grand  comme  fourrage.  Tous  les 
bestiaux  l'aiment  beaucoup,  soit  en  vert,  soit  en  sec. 

Sainfoin  épineux;  Hedjysarum  s'pinosissimum  ,  Linn.,  Spec, 
io58.  Ses  tiges  sont  diffuses,  presque  couchées,  rameuses,  pu- 
bescentes,  hautes  de  six  à  huit  pouces,  garnies  de  feuilles  ai- 
lées, composées  de  quinze  à  dix-neuf  folioles  petites,  ovales, 
souvent  échancrées  à  leur  sommet .  glabres.  Ses  fleurs  sont  mé- 
langées de  pourpre  et  de  blanc,  disposées  en  un  épi  court  et 
presque  en  tête,  sur  un  pédoncule  axillaire,  pubescent,  plus 
long  que  les  feuilles.  Les  gousses  sont  formées  de  deux  à  trois 
articulations  velues,  réticulées  et  armées  de  pointes  courtes. 
Cette  espèce  croît  en  Espagne  et  en  Italie  :  elle  est  annuelle. 
Sainfoin  FRUXiQOEux  ;  Hedysarum  fruticosum,  Linn.  fils,  Sup.y 
333.  Ses  tiges  sont  un  peu  ligneuses,  divisées  en  rameaux  cy- 
lindriques, légèrement  pubescens,  garnis  de  feuilles  ailées, 
composées  de  neuf  à  treize  folioles  linéaires,  obtuses,  pubes- 
centes  en  dessous.  Ses  fleurs  sont  d'une  belle  couleur  purpu- 
rine, peu  nombreuses,  distantes  entre  elles,  pédicellées,  dis- 
posées en  grappes  axillaires.  La  gousse  est  formée  de  trois  à 
quatre  articulations  renflées,  ridées  et  réticulées.  Cette  plante 
croît  en  Sibérie.  C'est  un  très-bon  fourrage  pour  les  chevaux. 
(L.D.) 

SAINO  ou  ZAINO.  (Mamm.)  Nom  du  pécari  dans  quelques 
contrées  de  l'Amérique  méridionale,  selon  d'Acosta.  (Desm.) 
SAINT-GERMAIN.  (jBo^)  Nom  d'une  variété  de  poire.  (L.  DO 
SAINT- GERMER.  {Mamm.)  L'oiseau  ainsi  nommé  dans  le 
département  de  la  Somme,   est  l'œdicnème   ou  courlis- de- 
terre,  clîaradrz  us  adicnemus.  (Ch.  D.) 

SAINT-PIERRE  ou  POISSON  SAINT-PIERRE.  (IchthyoL) 
Voyez  Dorée.  (H.  C.) 

SAINTE-NEIGE.  (Bot.)  Nom  vulgaire  du  chiendent  dans 
quelques  cantons.  (L.  D.) 

SAISONS.  {Phjs.)  Divisions  de  l'année  ,  réglées  sur  le  mou- 
vement apparent  du  soleil.  11  y  a  quatre  saisons,  le  Printemps, 
I'Étb,  l'AuTOMNE  et  THiVER.  (Voyez  ces  mots.) 


SAK  37 

Considérées  sons  le  rapport  météorologique,  les  termes  des 
saisons  n'ont  pas  la  même  précision  que  sous  le  rapport  astro- 
nomique; leurs  époques,  leur  durée,  le  nombre  même,  va- 
rient suivant  les  régions.  Dans  les  régions  polaires  on  ne 
connoit  guère  le  printemps  ;  on  pourroit  même  dire  qu'il  n'y 
a  que  deux  saisons  :  un  hiver  très- long  et  un  été  fort  court. 
Dans  plusieurs  régions  équatoriales  on  ne  distingue  que  la 
saison  des  pluies  et  la  saison  sèche.  Voyez  Température  et 
Vent.  (LC.) 

SAIOU.  (Afflmm.)  Ce  nom  correspond  à  celui  de  sajou, 
(Desm.) 

SAJOR.  (Bot.)  Nom  indien,  cité  par  Rumph  et  Burmann  , 
eu  plukenetia.  Ce  dernier  cite  celui  de  sajor-babi  pour  son 
spermacoce  ocjmoides.  (J.  ) 

SAJOR -CALAFPA-UTAN.  {Bot.)  Nom  malais,  cité  par 
Rumph,  du  cycas  circonalis,  (J. ) 

SAJOR- CODOCK.  (Bot.)  Un  des  noms  donnés  dans  l'ile 
de  Java  ,  suivant  Burmann ,  à  son  ulva  javanica.  Une  arroche, 
qu'il  croit  être  Valriplex  littoralis,  y  est  nommée  sajorcoddak, 
(J.) 

SAJOR -CORPO^LAKI-LyVKI.  (Bol.)  Voyez  Corpoo.  (J.) 

SAJOU.  (Mamm.)  Nom  souvent  employé  pour  désigner  Içs 
Sapajous  (voyez  ce  mot).  Les  noms  de  sajous  barba,  blanc,  gris, 
brun,  cornu ,  fauve ,  à  gorge  blanche,  à  toupet,  trembleur  et  va- 
rié, correspondent  exactement  à  ceux  des  espèces  de  sapajous, 
auxquelles  sont  attribuées  de  pareilles  épithètes.  Le  sajou  de  Pe- 
tiver,  désigné  par  Linné  sous  le  nom  simia  sjrichta,  doit  être 
rayé  des  catalogues  méthodiques;  sa  description  ne  présen- 
tant aucun  caractère  qui  puisse  le  faire  distinguer  des  autres, 
et  sa  figure  étant  très- mauvaise.  Enfin,  il  en  est  de  même  du 
sajou  à  tête  de  mort,  simia  morta ,  Linn, ,  qui  n'a  été  décrit 
que  sur  un  fœtus  ,  conservé  dans  la  collection  de  Séba ,  qui 
lui  attribuoit  une  queue  longue,  nue  et  écailleuse.  (Desm.) 
SAK  EL  GHORAB.  {Bot,)  Nom  arabe  du  itapelia.  aoulan- 
gula  de  Forskal,  (J.) 

SAK-SOK.  {Bot.)  A  Java  on  nomme  ainsi  le  verbesina  lave- 
nia,  suivant  Burmann.  (J.) 

SAKA,  SAKA-WINKÉEpu  SAKÉE-WINKÉE.  {Mamm.) 
Voyez  Saki.  (Des«m.) 


55  SAK 

SAK AICK  -  ALFAR.  (  Bot.  )  Nom  arabe  ,  cité  par  Rauwolf , 
d'une  espèce  d'anémone  à  fleurs  jaunes.  (J.) 

SAKAIF.  (Bot.)  Le  pavot  rouge  est  ainsi  nommé  par  les 
Arabes,  suivant  Mentzel.  (J.  ) 

SAKAKI.  (Bot.)  L'arbrisseau  du  Japon,  cité  sous  ce  nom 
par  Kaempfer ,  paroit  être ,  d'après  la  figure  publiée  par  Banks , 
une  espèce  de  ternslrcemia ,  genre  qui  donne  son  nom  à  la  nou- 
velle famille  des  ternstromiécs ,  établie  par  M.  Mirbel.  (J.) 

SAKALICK.  {Bot.)  Nom  arabe,  cité  par  Rauwolf,  d'un 
pavot,  papaver  argemone ,  qui  est  le  schagelc  des  environs 
d'Alep.  (J.) 

SAKEM.  (Conchjl.)  Nom  donné  par  Adanson  (Sénégal, 
page  ICO,  pi.  7)  à  un  coquillage  de  la  côte  occidentale  d'A- 
frique, que  Bruguière  rapporte  au  buccinum  hœmastomum  de 
Gmelin ,  pourpre  hasmastome  de  M.  de  Lamarck ,  et  que 
GmeJin  croit  à  tort  être  le  murex  mancinella,  Linn.  ;  opinion 
adoptée  par  M.  Bosc.  (De  B.) 

SAKERAN.  (Bot.)  Nom  arabe  de  l'héliotrope  ordinaire  ou 
herbe  aux  verrues,  heliotropium  europœum  ,  suivant  Delile, 
Forskal  la  nomme  herir  et  akrir.  Voyez  aussi  S.ekaran.  (J.) 

SAKHULTON.  (  Ormth.  )  Dans  Ja  Mongolie  ce  nom  est 
donné  au  mâle  de  l'outarde,  à  cause  des  sortes  de  barbes  qui 
garnissent  les  côtés  du  bec  de  cet  oiseau.  (  Desm.) 

SAKl  ;  Pithecia,  Desm.  (  A/amm,  )  Nom  d'un  genre  de  singes 
que  nous  avons  établi,  en  1804,  dans  les  tables  méthodiques 
qui  terminent  la  première  édition  du  Nouveau  Dictionnaire 
d'histoire  naturelle ,  pour  y  placer  les  singes  d'Amérique  à 
queue  de  renard. 

Les  sakis  ont  plusieurs  analogies  avec  les  sapajous,  et  sur-« 
tout  avec  les  sagoins  :  néanmoins  ils  diffèrent  des  premiers 
en  ce  que  leur  queue  n'est  nullement  prenante,  et  des  se- 
conds en  ce  que  cette  queue  est  couverte  de  très-grands  poils, 
au  lieu  de  l'être  de  poils  médiocrement  longs;  et,  de  plus, 
leur  système  dentaire  offre  des  particularités  que  M.  Frédéric 
Cuvicr  a  appréciées  et  que  nous  ferons  bientôt  connoître.  Ils 
ont  aussi  beaucoup  de  ressemblance  ,  et  surtout  dans  leurs 
habitudes  natureHes  ,  avec  le  singe  décrit  par  M.  de  Hum- 
j  'loldt  sous  le  nom  de  douroucouli,  dont  Illiger  avoit  fait  un 
g      enre  sous  le  nom  d'ao/us,  que  M.  F.  Cuvier  a  fort  judicieux 


SAK  39 

«em«nt  changé  en  celui  denocthore  qui  indique  un  caractère 
réel,  tandis  que  le  premier  exprime  une  manière  d'être  (le 
manque  absolu  d'oreilles  externes)  qui  n'existe  pas.  En  effet, 
ce  douroucouli  a  les  yeux  très-grands  et  éminemment  con- 
formés pour  la  vie  nocturne,  tandis  que  ceux  des  sakis  ne 
sont  pas  sensiblement  plus  volumineux  que  les  yeux  des 
sapajous  ,  bien  que  ces  singes  soient,  comme  les  dourou- 
coulis,  éveillés  pendant  la  nuit  '.  Leur  tête  ronde,  comme  celle 
des  sapajous,  ne  permet  pas  de  les  rapprocher  des  alouates, 
dont  l'os  hyoïde  offre,  d'ailleurs,  un  caractère  particulier 
très-apparent  ;  et  ces  mêmes  alouates ,  ainsi  que  les  atèles  , 
ne  pourroient  leur  être  comparés  sous  le  rapport  de  la  forme 
et  de  la  fonction  de  leur  queue,  qui  est  éminemment  prenante 
et  dépourvue  de  poils  à  la  face  inférieure  de  son  extrémité. 
Enfin  leurs  ongles  plats  et  leurs  molaires  à  tubercules  mousses, 
au  nombre  de  six  partout,  les  éloignent  beaucoup  des  singes 
plus  petits  qu'eux,  pourvus  de  griffes  plutôt  que  d'ongles  ,  et 
de  cinq  molaires  à  tubercules  aigus,  qu'on  a  distingués  géné- 
riquement  sous  les  noms  d'ouistitis  et  de  tamarins. 

Dans  les  sakis  le  crâne  est  arrondi,  le  museau  court ,  l'angle 
facial  de  60  degrés  environ;  les  oreilles  qui  sont  de  grandeur 
médiocre,  se  rapprochent,  pour  la  forme,  de  ceilesde  l'homme, 
et  sont  rebordées  ;  la  cloison  des  narines  est  plus  large  que 
la  rangée  des  dents  incisives  supérieures.  A  la  mâchoire  su- 
périeure les  deux  incisives  moyennes  sont  arrondies  par  leur 
bord  inférieur ,  échancrées  à  leur  bord  externe  et  très-forte- 
ment excavées  à  leur  face  interne  ;  les  incisives  latérales  sont 
en  tout  semblables  aux  intermédiaires,  mais  de  moitié  plus 
petites;  les  canines  présentent  une  pointe  aiguë  et  dépassent 
de  peu  la  première  màchelière;  celle-ci,  qui  est  la  première 
et  la  plus  petite  des  fausses  molaires,  a  une  pointe  à  son  bord 

1  Le  NocTHOBE  rouRoucotLi,  Nocthorus  trivii gains ,  a  le  corps  long 
de  9  pouces,  et  la  queue  longue  de  1  pied  2  pouces  et  très-toufiue.  La 
tête  est  ronde;  ses  grands  yeus  sont  presque  coutigus.  Le  ptlage  est 
cendré  en  dessus,  jaune  roux  en  dessous;  trois  lignes  brunes  et  parai' 
lèles  s'étendent  du  front  à  l'occiput;  la  queue  est  grise  et  terminée  de 
noirâtre.  Ce  singe  nocturne  vit  de  fruits,  d'insectes,  et  mange  même  de 
petits  oiseaux.  11  habite  les  forêts  des  bords  du  Cassiquiare  et  du  haut 
Oréuoque. 


4"  SAK 

externe  et  un  talon  à  son  bord  interne;  les  deux  fausses  mo- 
laires qui  la  suivent  sont  d'égale  grandeur,  et  ont  les  formes 
de  la  première  ,  avec  une  crête  qui  borde  leur  face  interne  ; 
les  deux  vraies  molaires  suivantes,  d'égale  grandeur  ,  sont  à 
quatre  tubercules,  dont  les  extérieurs  plus  gros,  et  sont 
bordées  d'une  crête  osseuse  à  leur  face  interne;  la  dernière, 
plus  petite  que  les  deux  précédentes,  a  une  forme  particu- 
lière: elle  présente  deux  crêtes  en  arc  de  cercle  à  son  bord 
interne,  circonscrites  l'une  dans  l'autre,  et  une  qui  la  borde 
extérieurement.  A  la  mâcboire  inférieure  les  incisives  sont 
étroites,  longues,  proclives,  convergentes  par  leurs  pointes, 
et  écartées  des  canines;  la  première  fausse  molaire  n'a  qu'une 
pointe  à  son  bord  externe;  les  deux  suivantes,  une  pointeau 
bord  externe,  et  une  seconde,  mais  un  peu  moins  forte,  au 
bord  interne;  les  trois  dernières  molaires  ont  quatre  tuber- 
cules. Telle  est  du  moins  la  composition  du  système  dentaire 
du  saki  aux  mains  noires  ,  que  M.  F.  Cuvier  a  décrit  commç 
type  du  genre,  et  qui  se  retrouve  presque  identique  dans  les 
autres   espèces, 

La  queue  des  sakis  est  à  peu  près  de  la  longueur  du  corps, 
lâche  et  abondamment  fournie  de  longs  poils  ;  les  pieds  sont 
pentadactyles,  et  leurs  doigts  terminés  par  des  ongles  courts  et 
recourbés. 

On  sait  peu  de  chose  sur  les  habitudes  naturelles  de  ces 
singes,  qui  tous -habitent  la  Guiane  ou  le  Brésil.  On  les  dit 
nocturnes,  et  c'est  ce  qui  les  a  fait  nommer  par  quelques  au- 
teurs, singes  de  nuit.  On  en  compte  maintenant  dix  à  onze 
espèces. 

Saki  couxio:  Pithecia  salanas ,  GeofF.  ,Desm.;  Cebus  satanas , 
Hoffmans.,  ou  Couxio  de  Humboldt,  Rec.  d'obs.  zool. ,  p.3]4, 
pi.  27.  Il  a  le  corps  et  la  tête  longs ,  ensemble,  d'un  pied 
quatre  pouces,  et  sa  queue  a  un  pouce  de  plus.  Sa  face  est 
brune;  sa  bouche  grande,  et  pourvue  de  canines  fortes  et 
anguleuses,  ainsi  que  d'insicives  inférieures  très-étroites  et 
procliyes  ;  les  poils  du  sommet  de  sa  tête  sont  divergens  ,  assez 
longs  et  couvrent  le  front  ;  son  menton  est  garni  d'une  barbç 
très-épaisse  et  d'unç  forme  arrondie,  plus  forte  dans  le  màlç 
que  dans  la  femelle.  Le  premier  a  son  pelage  généralement 
d'up  brun  noir,  ainsi  que  sa  queue  touffue,  et  la  secpnde  2^ 


SAK  41 

îe  sien  d'un  brun  roux.  Les  jeunes  mâles  sont  d'un  gris  brun. 
Ce  singe  habite  les  bords  de  l'Orénoque,  dans  le  grand  Para. 

Le  Saki  capucin  {Pithecia  chiropotes ,  Geoff. ,  Desin.  :  le  Ca- 
ruciN  DE  l'Orénoque,  Simia  cliiropotes,  Humb. ,  Recueil  d'obs. 
zool. ,  pag.  3  1 1)  a  reçu  cette  dénomination  spécifique  tirée  du 
grec  ,  parce  que  ,  suivant  l'observation  de  M.  de  Humboldt, 
ce  singe  ,  lorsqu'il  veut  boire  ,  puise  l'eau  avec  le  creux  de  sa 
main  ,  dont  il  forme  une  sorte  de  godet  ou  de  vase.  Il  ressemble 
au  précédent  par  sa  taille  et  sa  figure  ;  mais  son  pelage  est  d'un 
roux  marron  ,  et  les  poils  du  sommet  de  sa  tête ,  qui  sont  alon- 
gés,  forment  deux  masses  ou  deux  toupets,  un  de  chaque 
côté ,  et  séparés  entre  eux  par  un  intervalle  ;  sa  barbe  est 
touffue  et  assez  alongée  pour  couvrir  une  partie  de  la  poi- 
trine ;  sa  queue,  un  peu  plus  courte  que  le  corps  ,  est  d'un 
brun  noirâtre  ;  les  canines  sont  fortes  et  les  yeux  très-grands 
et  enfoncés.  Les  testicules  du  mâle  sont  de  couleur  pourpre. 

11  a  été  découvert,  par  M.  de  Humboldt,  dans  les  déserts 
du  Haut-Orénoque  ,  au  sud  et  à  l'est  des  cataractes  de  ce  fleuve. 
Ce  célèbre  voyageur  le  représente  comme  un  animal  d'un 
naturel  triste  et  farouche,  doué  d'une  grande  agilité,  et 
qu'il  est  difïicile  d'apprivoiser.  Il  vit  par  paire  et  non  en 
troupe,  comme  la  plupart  des  autres;  sa  voix  est  un  gro- 
gnement sourd  et  rauque.  On  le  rencontre  aussi ,  mais  rare- 
ment, dans  les  parties  delà  Guiane  plus  rapprochées  de  la 
mer  que  celles  que  nous  venons  d'indiquer. 

Le  Saki  a  ventre  roux;  Pilhecia  rufivenler ,  GeofF. ,  Desm. 
Celui-ci  a  été  décrit  par  Buffon  sous  le  nom  de  singe  de  nuit, 
Suppl. ,  tom.  7  ,  pag.  114,  pi.  3i  :  c'est  le  simia  pithecia  de 
Linné.  Sa  taille  égale  celle  des  deux  espèces  précédentes;  sa 
face  est  ronde  ,  rousse-obscure  ou  tannée  ,  et  couverte  de  poils 
très-courts  et  lins  ;  son  museau  est  court  ;  ses  yeux  sont  grands  ; 
les  poils  qui  couvrent  son  corps  et  sa  queue  sont  très-longs, 
et  ont,  sur  les  côtés,  jusqu'à  trois  pouces;  ils  composent  un 
pelage  brun,  lavé  de  roussàtre  en  dessus,  chacun  de  ceux  qui 
couvrent  les  parties  supérieures  étant  d'un  brun  noirâtre 
dans  la  plus  grande  partie  de  sa  longueur  et  marqué  d'un  an- 
neau d'un  blanc  roussâtre  vers  son  extrémité;  ceux  du  des- 
sous du  corps,  à  commencer  de  la  gorge  ,  sont  d'un  roux 
clair,  Les  poils  delà  tète  sont  divergens.  h  partir  du  verlex, 


4*  SAK 

et  forment  une  sorte  de  calotte,  qui  se  termine  sur  le  haut 
du  front  :  il  n'a  point  de  barbe.  C'est  l'espèce  du  genre  la 
plus  anciennement  connue  ;  elle  habite  la  Guiane. 

Le  Saki  MiRiyuouiNA  (Pithecia  miriquouina,  Geoff.,  Desm.) 
est  une  espèce  du  Paraguay  ,  d'abord  décrite  par  d'Azara, 
Essai  sur  l'histoire  naturelle  des  quadrupèdes  du  Paraguay, 
tom.  2  ,  pag.  243.  Son  corps  et  sa  tête,  ensemble,  ont  un 
pied  deux  pouces  de  longueur,  et  la  queue,  en  y  compre- 
nant les  poils  qui  la  dépassent,  a  un  pied  six  pouces.  Sa  tcte 
est  petite  et  presque  ronde,  sans  barbe,  mais  nue  seulement 
sur  les  paupières  et  sur  le  nez  ;  on  remarque  deux  taches 
blanches  au-dessus  des  yeux  ;  les  poils  de  son  front  sont  courts 
et  dirigés  à  droite  et  à  gauche,  avec  une  ligne  de  séparation 
dans  le  milieu.  Les  poils  qui  couvrent  le  corps  sont  trèsr 
doux ,  touffus  et  perpendiculaires  à  la  peau ,  excepté  ceux  de  la 
queue,  qui  sont  obliques;  sur  les  parties  inférieures  ils  sont  de 
couleur  fauve  ou  cannelle,  et  ceux  du  dessus,  dontPensemble 
présente  une  teinte  d'un  gris  brun,  sont  annelés  d'abord  de 
blanc ,  puis  de  noir  au  milieu  ,  et  enfin  terminés  de  blanc. 
Le  scrotum  du  mâle  est  presque  nu.  Les  femelles  et  les  jeunes 
mâles  ne  diffèrent  pas  sensiblement  des  mâles  adultes,  dont 
nous  venons  de  donner  la  description.  D'Azara  n'ajoute  rien 
sur  les  mœurs  de  cette  espèce,  qu'il  dit  habiter  les  bois  de  la 
province  de  Chaco  et  ceux  du  bord  occidental  de  la  rivière 
du  Paraguay. 

Le  Saki  a  moustaches  rousses:  Pithecia  r ujibarh a  ,  Kuhl  ; 
Desm.,  Mamm.,  esp.  88.  Dans  ce  saki  toutes  les  parties  infé- 
rieures du  corps  ,  la  face  interne  des  bras  et  des  cuisses  , 
ainsi  que  le  dessous  des  yeux  ,  sont  d'une  couleur  rousse 
pâle  ;  il  n'y  a  point  d  e  tache  blanche  sur  les  paupières ,  comme 
dans  le  saki  à  ventre  roux.  Toutes  les  parties  supérieures  et 
latérales  sont  couvertes  de  très -longs  poils  d'un  noir  fuligi- 
neux, ayant  chacun  un  anneau  pâle  vers  la  pointe;  la  queue 
est  pointue,  parce  que  les  poils  qui  la  revêtent  vont  succes- 
sivement en  diminuant  de  longueur  depuis  sa  base  jusqu'à 
son  extrémité. 

M.  Kuhl  a  décrit  ce  singe  dans  la  cabinet  de  M.  Temminck, 
où  il  est  noté  comme  venant  de  Surinam. 

Le  Saki  a  tête  jaune:  Pithecia  ochrocephala ,  Kuhl;  Desm., 


SAK  /.S 

Mamm.,  esp.  89.  Ce  saki  est  de  la  taille  du  sakl  yarqué.  Une 
couleur  marron-clair  se  remarque  sur  la  partie  supérieure  du 
corps  et  de  la  queue,  ainsi  que  sur  la  face  externe  des  mem- 
bres ,  et,  dans  ces  parties,  chacun  des  plus  grands  poils  est 
terminé  de  blanc  jaunâtre;  ces  poils  ainsi  terminés  sont  néan- 
moins rares  sur  le  dos,  et  il  n'y  en  a  point  du  tout  à  l'extré- 
mité de  la  quelle.  Les  parties  inférieures  du  corps  et  la  face 
interne  des  membres  sont  d'un  roux  cendré  jaunâtre.  Les 
mains  antérieures  et  postérieures  sont  couvertes  de  poils  d'un 
brun  noir;  ceux  du  tour  de  la  face,  et  principalement  du 
front,  sont  courts  et  d'un  jaune  d'ocre;  le  dessous  des  yeux 
est  de  la  même  couleur  :  une  ligne  moyenne  longitudinale 
divise  les  poils  du  front. 

Cette  espèce  a  encore  été  décrite  par  M.  Kuhl,  d'après  un 
singe  de  Cayenne  qu'il  a  vu  dans  la  collection  de  M.  Temminck. 

Le  Saki  moine  ;  Pithecia  monachus  ,  Geoff. ,  Desm.  Cette  es- 
pèce, présentée  avec  doute  comme  nouvelle  par  M.  GtofFroy, 
qui  lui  a  imposé  le  nom  qu'elle  porte,  pourroit,  ainsi  que  ce 
naturaliste  le  fait  remarquer  ,  avoir  été  représentée  par  Buf- 
fon,  sous  le  nom  iVj arqué ,  Suppl.  7  ,  pi.  3o.  Elle  est  plus  pe- 
tite que  celle  du  saki  à  ventre  roux  ;  son  pelage  est  très- 
touffu,  varié  par  grandes  taches  de  brun  et  de  blanc-jaunâtre 
doré:  chaque  poil  étant  de  cette  dernière  couleur  vers  son 
extrémité,  et  d'un  brun  obscur  à  la  base;  il  n'y  a  point  de 
barbe;  la  face  est  brune;  les  poils  de  la  tête  sont  disposés  en 
rayonnant  de  l'occiput  et  aboutissant  au  vertex ,  ce  qui  rend 
le  front  large  et  découvert;  le  toupet,  le  haut  du  dos,  les 
épaules  et  la  face  externe  des  bras ,  sont  teints  de  jaunâtre , 
ainsi  que  la  queue,  dans  ses  deux  premiers  tiers  ;  la  face  in- 
terne des  bras  et  des  cuisses  est  noire  ;  la  queue  est  à  peu 
près  de  la  longueur  du  corps.  M.  Geoffroy  assigne  le  Brésil 
pour  patrie  à  cet  animal. 

Le  Saki  yarqué:  Pithecia  leucocephala  ,  Geoff.,  Desm.  j 
i'Yarqué  (la  description,  d'après  Delaborde  ,  mais  non  la 
figure),  Buff. ,  Suppl.  7.  Ce  singe,  qui  habite  la  Guiane  ,  a 
dix  pouces  et  demi  de  longueur,  depuis  le  bout  du  nez  jus- 
qu'à l'origine  de  la  queue,  et  cette  partie  n'a  pas  moins  de 
onze  pouces  un  quart,  sans  les  poils  qui  la  dépassent  de 
quinze  lignes  à, son  extrémité.  Son  pelage  C5t  d'un  brun  nnïc 


^4  SAK 

et  assez  fourni  de  poils  sur  les  parties  supérieures  du  corps  ^ 
mais  peu  sous  le  ventre.  Toute  sa  tête  est  couverte  de  poils 
très-courts,  comme  s'ils  avoient  été  tondus;  ceux  de  l'occiput 
sont  bruns,  tandis  que  ceux  du  sommet  de  la  tête  sont  d'un 
blanc  sale  légèrement  teint  de  jaunâtre  ;  enfin  ceux  du  front 
sont  dirigés  ta  droite  et  à  gauche,  avec  une  ligne  moyenne 
qui  les  sépare.  Le  tour  des  yeux,  le  nez  et  les  lèvres  seule- 
ment, sont  nus  et  bruns. 

Les  yarqués,  selon  Detaborde  ,  composent  de  petites  trou- 
pes de  six  à  douze  individus,  qui  fréquentent  plutôt  les  ar- 
bustes bas  et  les  broussailles  que  les  arbres  élevés,  et  qui  sont 
presque  constamment  à  la  recherche  des  ruches  d'abeilles  sau- 
vages, pour  en  prendre  le  miel.  Du  reste,  ces  animaux  ont 
des  habitudes  très-semblables  à  celles  des  sapajous  et  des  sagoins. 

Le  Saki  cacajao  :  Pithecia  melanocephala ,  Geoff.,  Desm.  ;  le 
Cacajao  ,  Simj'a  nielanocephala,  Humboldt,  Rec.  d'obs.  zool.  , 
pag.  3 16,  pi.  29.  Cette  nouvelle  espèce,  qui  habite  les  rives 
du  Cassiquiare  et  du  Rio-Negro  de  la  Guiane ,  est  désignée, 
dans  ces  contrées,  par  les  différens  noms  de  carniri,  cliucuzo 
et  mono-rabon.  La  longueur  totale  de  son  corps,  mesurée  depuis 
la  tête  jusqu'à  l'extrémité  des  pieds  de  derrière  ,  est  d'un  pied 
six  pouces.  Son  pelage  est  d'un  brun  jaunâtre;  cette  même 
couleur  se  voit  aussi  sur  la  plus  grande  partie  de  la  queue, 
qui  est  très- touffu e ,  d'un  sixième  plus  courte  que  le  corps, 
et  d'un  brun  presque  noir  à  son  extrémité;  toutes  les  parties 
inférieures  du  corps  et  la  face  interne  des  quatre  membres 
sont  d'une  couleur  plus  claire  que  les  supérieures;  les  mains 
et  les  pieds  sont  noirs  ;  mais  ce  qui  a  valu  à  cette  espèce  le 
nom  qu'elle  porte  ,  c'est  que  sa  tête  est  couverte  de  poils 
courts,  touffus,  noirs  et  dirigés  en  avant;  son  menton  n'a  pas 
de  barbe. 

M.  de  Humboldt  rapporte  que  les  cacajaos  vont  par  petites 
troupes,  qu'ils  ont  peu  d'agilité  et  que  leur  nourriture  con- 
siste en  fruits,  tels  que  goyaves,  bananes,  etc. 

Le  Saki  aux  mains  noires  ou  gigo  ,  Pithecia  melanochir. 
Nous  l'avions  d'abord  placé ,  dans  notre  ouvrage  intitulé  Mam- 
malogie,  et,  sur  l'autorité  de  M.  Kuhl,  dans  le  genre  Sagoin , 
Callithrix  ;  mais  récemment  M.  F.  Cuvier ,  d'après  l'examen  des 
dents  de  cet  animal ,  l'a  rapporté  au  genre  Saki.  Ce  singe  >  quç 


SAL  45 

M.  de  Lichtenslein  a  nommé  calliihrix  incanescens ,  est  le  Sa- 
GOiN  AUX  MAINS  NOIRES  [CalUthrix  melanochir ,  prince  Maxim., 
Kuhl  ;  Desm. ,  Mamm. ,  p.  88  ,  esp.  81  ;  CalUthrix  incanescens , 
Lichtenstein).  Il  a  la  taille  et  la  stature  du  sagoin  à  masque. 
Son  pelage  est  cendré;  la  partie  postérieure  de  son  dos  et  ses 
lombes ,  ainsi  que  l'extrémité  de  sa  queue ,  sont  d'un  brun  rous- 
sàtre  ;  ses  mains  antérieures  sont  fuligineuses.  Il  est  du  Brésil. 

Enfin,  le  Saki  a  gilet  ,  Pithecia  sagulata,  est  un  animal 
nouveau  ,  dont  M.  Steward  Traill  a  inséré  une  description 
abrégée  et  donné  une  figure  dans  les  Mém.  de  la  Soc.  werné- 
rienne  ,  tom.  3  ,  p.  167.  Il  ne  diffère  guère  du  saki  capucin, 
P.  chiropotes,  que  parce  que  le  dessus  de  son  corps  est  couvert 
de  poils  de  couleur  ochracée,  au  lieu  de  l'être  de  poils  d'un 
roux  marron ,  et  que  sa  barbe  et  sa  queue  sont  d'un  noir  foncé , 
au  lieu  d'être  d'un  brun  noirâtre.  Il  a  aussi  beaucoup  de 
rapports  avec  le  saki  couxio ,  P.  satanas;  mais  sa  description 
est  trop  incomplète  pour  qu'il  soit  possible  de  le  comparer 
avec  ce  singe. 

Selon  M.  Traill,  ce  singe  est  commun  à  Demerary.  (Desm.) 

SAKI-TEKI,  SOKUSA-SO.  {Bot.)  Thunberg  cite  ces  noms 
japonois  du  sambucus  canadensis,  (J.  ) 

SAKIRA.  (Bot.)  Nom  Japonois  du  spirœa  crenata,  cité  par 
Kaempfer.  (J.) 

SAKKA.  (  Ornith.  )  Voyez  Chameau  de  rivière.  (  Ch.  D.  ) 

SAKOKÉ.  {Ornith.)  C'est  le  nom  garipon  du  cassique  ya- 
pou,  cassicus  persicus ,  Linn.  (Ch.  D.  ) 

SAKSOK.  {Bot.)  Voyez  Matra -marelo.  (  J.) 

SAKU-JAKU.  {Bot.)  Nom  japonois  de  la  pivoine  ordi- 
dinaire,  suivant  Kœinpfer.  (J.) 

SAKU-NANGE,  SEKI-NAN.  {Bot.)  Kœmpfer  cite  ces 
noms  japonois  du  grand  rosage  ,  rhododendrum  maximum.  (J.) 

SAKURA.  {Bot.)  Un  des  noms  japonois  du  cerisier  ordi- 
naire, suivant  Kœmpfer.  (J.) 

SAKURO.  {Bot.)  Le  grenadier ,  punica,  est  ainsi  nommé 
au  Japon,  suivant  Kœmpfer.  (J.  ) 

SALA.  {Bot.)  Le  rotang,  calamus,  est  ainsi  nommé  à  Suma- 
tra ,  suivant  Marsden.  (J.) 

SALABA.  (  Ornith.  )  Nom  que  porte  à  Waigiou  le  martin- 
chasseur,  nommé   dacelo  Gaudichaud  par  MM.  Quoy  et  Gai- 


46  SAL 

marcl.  Ce(  oiseau  paroit  se  nommer  salha  a  l'ile  Guébé,  Tune 
des  Moluques.  (Ch.  D. ) 

SALABERTIA.  {Bot.)  Necker  a  voulu  substituer  ce  nom 
à  celui  de  Tapiria,  un  des  genres  d'Aublet  dans  la  famille 
des  térébintacées.  (J.) 

SALABIDO  ou  MELETO.  (  Ichthjol.  )  Voyez  Mélette. 
(H.  C.) 

SALACE,  Salacia.  (Bot.)  Genre  de  plantes  dicotylédones, 
à  fleurs  complètes,  polypétalées ,  de  la  famille  des  hippocraticées , 
de  Inpentandrie  monosjnie  de  Linnaeus,  offrant  pour  caractère 
essenîiel:  Un  calice  fort  petit,  persistant,  à  cinq  divisions;  une 
corolle  à  cinq  pétales;  cinq  anthères  sessiles,  placées  au  som- 
met de  l'ovaire  ;  un  ovaire  supérieur;  un  style  très-court  ;  un 
stigmate.  Le  fruit  n'est  pas  connu. 

Salace  DE  Chine:  5aZacia  c/imensis,  Linn.,  Manf.,  2 gS  ;  Juss., 
Cen.,  424.  Arbrisseau  dont  la  tige  se  divise  en  rameaux  lisses , 
anguleux,  très-élalés,  plus  épais  à  leur  base,  garnis  de  feuilles 
pétiolées,  alternes,  distantes  les  unes  des  autres,  ovales,  très- 
enlières,  aiguës  au  sommet,  lisses  à  leurs  deux  faces,  assez 
semblables  à  celles  du  prunier.  Les  fleurs  sont  produites  par 
des  bourgeons  axillaires;  il  en  sort  plusieurs  pédoncules  sim- 
ples, uniflores,  plus  courts  que  les  pétioles.  Leur  calice  est 
Irès-petit,  à  cinq  divisions  ouvertes,  ovales,  aiguës;  la  corolle 
à  cinq  pétales  un  peu  arrondis,  sans  onglets  ;  les  anthères  sont 
sessiles,  situées  au  sommet  de  l'ovaire,  divisées  en  deux  lobes 
écartées  à  leur  base.  L'ovaire  est  arrondi,  plus  grand  que  le 
calice,  surmonté  d'un  style  court.  Linné  croit  que  le  fruit 
pourroit  bien  être  à  trois  coques  :  M.  de  Jussieu  pense  que  ce 
genre  n'est  peut-être  pas  hermaphrodite,  mais  dioïque  ;  que 
les  étamines  ne  sont  point  situées  sur  le  pistil,  mais  sur  uu 
corps  glanduleux  qui  occupe  le  centre  des  fleurs  mâles.  Quoi 
qu'il  en  soit,  on  ne  pourra  placer  cette  plante  convenable- 
ment que  lorsque  le  fruit  sera  connu.  Elle  croît  à  la  Chine. 

(POIR.) 

SALACIA.  {Bot.)  Ce  genre  de  Linnœus,  appartenant  évi- 
demment à  la  famille  des  hippocraticées,  tient  le  milieu  entre 
Vhippocratea ,  dont  le  fruit  est  capsulaire,  et  le  tontelea  d'Au- 
blet ,  qui  a  son  fruit  en  baie.  Mais  Linnaeus ,  n'ayant  pas  donné 
le  caractère  du  fruit  de  son  genre ,  on  a  dû  être  embarrassé 


SAL  47 

pour  savoir  auquel  il  devoit  être  réuni.  Banks  dît  que  c'est 
la  même  plante  que  le  salacia  cocliinchinensis  de  Loureiro, 
dont  le  fruit  est  une  baie,  suivant  ce  dernier.  Ce  genre  doit 
donc  être  réuni  au  tontelea,  dont  l'auteur  a  le  premier  donné 
un  caractère  plus  complet.  Voyez  Salace.  (J.) 

SALACIA.  {Malacoz.)  Linné,  dans  les  premières  éditions 
du  Systema  naturœ ,  a  employé  ce  nom  pour  désigner  les  ani- 
maux que  l'on  nomme  aujourd'hui  physalis ,  et  qui  dans  les 
dernières  éditions  ont  été  dispersés  dans  les  genres  Holothurie 
et  Méduse.  Voyez  Salacie.  (De  B.) 

SALACIE,  Salacia.  {Poljp.)  Genre  établi  par  Lamouroux 
(Polyp.  flexibles,  page  21a)  dans  l'ordre  des  sertulariées , 
pour  une  seule  espèce  dans  laquelle  les  cellules  cylindriques, 
longues,  verticillées ,  sont  accolées  quatre  à  quatre  sur  un 
polypier  phytoïde,  articulé,  de  substance  cornée,  et  dont  les 
ovaires  sont  ovoïdes,  tronqués  et  fermés  à  certaines  époques 
par  un  opercule  à  zones  concentriques.  Cette  espèce,  nommée 
Salacie  a  quatre  cellules,  S.  tetracjlhara ,  est  figurée  pi.  6, 
fig.  3,  a,  B,  C,  de  l'ouvrage  cité,  et  paroît  provenir  des 
mers  de  la  Nouvelle- Hollande.  (De  B.) 

SALACKAL  ,  SALACKAR.  (  Bot.  )  Nom  du  Culilawan , 
laurus  culilawan ,  dans  l'île  d'Amboine  ,  cité  par  Rumph.  Voyez 

CULILAVAN.  (  J.  ) 

SALACZAC.  {Ornith.)  Le  petit  oiseau  des  Philippines, 
ainsi  appelé  par  Camel,  Transact.  philosoph.,  nomh.  286,  est 
rapporté  aux  martins-pêcheurs,  (Ch.  D.) 

SALADE  ou  LAITUE  DE  CHOUETTE.  (Bot.)  Nom  vulgaire 
de  la  véronique  beccabunga.  ([,.  D.) 

SALADE  DE  CHANOINE.  (Bot.)  C'est  la  mâche  potagère, 
(L.D.) 

SALADE  DE  GRENOUILLE.  [Bot.)  C'est  une  espèce  de  re- 
noncule aquatique.  (  L.  D.) 

SALADE  DE  PORC.  {Bot.)  Nom  vulgaire  de  Vhyoseris  ra- 
dicata ,  Linn.  Voyez  Porcelle.  (Lem.) 

SALADE  DE  TAUPE.  {Bot.)  C'est  le  pissenlit,  leontodon 
taraxacum.  (Lem.) 

SALADELLE.  {Bot.)  La  statice  maritime  porte  ce  nom  en 
J'rovence.  (  L.  D.  ) 

SALAHIÉ.  {Ichthjol.)  Voyez  Salheyeh,  (H.  C.) 


48  SAL 

SALAÏT.  (Min.)  La  même  chose  que  Sahlite  dansHausmann,. 
Voyez  Pyroxène.  (  B.  ) 

SALALEANACONDRATO.  (  Ornith.  )  Ce  nom  ,  ainsi  que 
ceux  de  salalesoamosson  ,  salalebelocha  ,  salalesaramentavaza  , 
sont  compris  dans  la  liste  des  oiseaux  de  Madagascar,  donnée 
par  Flacourt,  page  i65  de  son  Histoire  de  cette  ile ,  mais 
avec  trop  peu  de  renseignemens  pour  les  faire  reconnoitre. 
(Ch.  D.) 

SALAK.  {Bot.)  Voyez  Negil.  (J.) 

SALAM  RUBIN  ou  RUBIS  DE  SALAM.  iMin.)  C'est,  à  ce 
qu'il  paroit,  un  nom  de  lieu  indien  du  corindon  rubis.  (  B.  ) 

SALAMANDRA.  (Erpét.)  Les  anciens  Grecs  et  Romains 
nommoient  ainsi  la  Salamandre.  Voyez  ce  mot  ci- après. 
(H.  C.) 

SALAMANDRE  ,  Salamandra.  (Erpét.)  C'est  sur  le  sol  for- 
tuné de  l'ancienne  Grèce,  au  sein  d'une  nation  savante  et 
guerrière,  dont  l'imagination,  favorisée  par  les  bienfaits  d'un 
heureux  climat,  ajoutoit  encore  aux  merveilles  déjà  si  grandes 
de  la  Puissance  créatrice  ,  que  la  réputation  delà  Salamandre 
a  pris  naissance  ,  et  qu'un  nom  éternel  et  généralement 
adopté  est  devenu  l'attribut  d'un  obscur  reptile,  qui  a  usurpé 
la  célébrité  la  plus  universelle,  et  est  encore  un  des  objets 
de  la  curiosité  de  l'homme. 

Cet  animal,  que  les  grossiers  habitans  de  contrées  moins 
bien  traitées  de  la  Nature  redoutent,  sous  les  noms  ignobles 
de  sourd  et  de  mouron,  comme  un  être  malfaisant,  abhorrent 
et  proscrivent  comme  non  moins  dégoûtant  que  dangereux, 
a  passé  autrefois  et  passe  encore  aujourd'hui ,  aux  yeux  de 
bien  des  gens,  pour  posséder  le  pouvoir  de  braver  la  vio- 
lence du  feu,  le  plus  actif  des  élémens,  d'échapper  à  la  force 
de  son  action,  et  non-seulement  de  sortir  sain  et  sauf  des 
flammes,  mais  encore  de  les  éteindre.  Cependant,  après  avoir 
fourni,  même  à  l'Amour,  des  emblèmes  souvent  plus  brillans 
que  fidèles,  ce  petit  quadrupède  ovipare,  si  privilégié,  si  su- 
périeur en  apparence  à  ceux  de  sa  classe ,  est  tombé  dans 
l'oubli  et  dans  le  mépris,  et,  dépouillé  des  qualités  distin- 
guées dont  on  s'étoit  plu  à  le  revêtir  gratuitement,  il  est 
tellement  avili  qu'on  lui  refuse  même  l'intérêt  qu'il  mérite 
réellement  sous  plus  d'un  rapport  :  preuve  évidente  de  i'im- 


SAL  49 

tnense  influence  de  la  lumière  de  la  Vérité,  lorsqu'elle  se  di- 
rige sur  les  objets  d'une  croyance  arbitraire  ou  de  concep- 
tions absurdes.  On  n'accueille  plus  la  Salamandre ,  on  ne  la 
cite  plus  au  nombre  des  emblèmes  gracieux  de  la  Galanterie, 
des  devises  ingénieuses  de  la  Valeur. 

Ainsi  donc,  cette  Salamandre,  cette  fille  du  Feu  ,  au  corps 
de  glace ,  dont  l'origine  n'étoit  pas  moins  surprenante  que  la 
puissance  ,  qui  devoit  son  existence  au  plus  pur  des  élémens, 
qui  ne  pouvoit  êfcre  consumé  par  lui,  que  des  charlatans  ont 
vantée  comme  propre  à  arrêter  les  progrès  des  plus  violens 
incendies,  que  les  littérateurs  ont  prise  pour  la  base  de  tant 
d'intéressantes  allégories  :  ce  fruit  séduisant  d'une  imagina- 
tion vive  et  exaltée ,  n'est  plus  ,  aux  yeux  des  naturalistes 
de  nos  jours,  ennemis  nés  de  toute  espèce  de  fiction,  qu'un 
reptile  batracien,  qui  appartient  à  la  seconde  famille  de  son 
ordre,  à  celle  que  M.  Duméril  a  nommée  famille  des  Uro' 
dèles  et  dans  laquelle  il  constitue  le  type  d'un  genre  distinct» 
Mais  si  le  Temps  a  dissipé  les  prestiges  de  la  fausse  gloire  de 
la  salamandre ,  s'il  lui  fait  refuser  par  la  Réalité  ce  que 
des  prétentions  chimériques  lui  avoient  accordé  ,  il  a  ac- 
cumulé, d'autre  part,  des  faits  importans  dans  son  histoire, 
et  un  roman  futile  s'est  trouvé  ainsi  remplacé  avec  un 
avantage  marqué  par  une  série  d'assertion»  fondées  sur  la 
vérité. 

Le  genre  des  Salamandres  proprement  dites  est  caractérisé 
ainsi  par  les  erpétologistes  modernes. 

Corps  alongé  et  terminé  par  une  queue  arrondie;  quatre  pattes 
d'égale  longueur,  non  palmées;  branchies  nulles  à  Vétat  adulte; 
tympan  nul  aussi;  mâchoires  armées  de  dents  nombreuses  et  pe~ 
tites;  palais  muni  de  deux  rangées  longitudinales  de  dents  pa- 
reilles; point  de  troisième  paupière;  point  d'ongles  aux  doigts; 
cœur  à  une  seule  oreillette. 

On  distinguera  donc  facilement  ces  reptiles  des  Lézards  ,  qui 
ont  des  ongles  et  un  cœur  à  deux  oreillettes;  des  Tritons, 
qui  ont  la  queue  comprimée;  des  Protées  ,  qui  ont  des  bran- 
chies pendant  toute  leur  vie,  et  des  Sirènes,  qui  n'ont  que 
deux  pattes.  (Voyez  ces  divers  noms  de  genres,  Batraciens 
et  Urodèles.) 
Parmi  les  espèces  de  ce  genre  ,  qui  ne  se  tiennent  dans 
47,  4 


5o  SAL 

Teau  que  pendant  leur  état  de  tctard  ,  qui  dure  peu,  on 
quand  elles  veulent  mettre  bas;  dont  les  œufs  éclosent  dans 
l'oviductus  ;  que  Linnasus  avoit  confondues  avec  les  lézards, 
dans  son  grand  genre  Lacerta,  et  que  l'on  ne  confond  même 
plus  avec  les  salamandres  aquatiques  ou  les  tritons  ,  nous 
citerons  les  suivantes. 

'La  Salamandre  commune:  Salamandra  vulgaris;  Lacerta  sala- 
mandra ,  Linriaeus;  Salamandra  maculosa  ,  Laurenti.  Queue 
presque  cylindrique,  égalant  la  moitié  de  la  longueur  totale 
de  l'animal  et  terminée  en  pointe  obtuse;  flancs  parsemés  de 
tubercules  verruqueux,  desquels  suinte  dans  certains  cas  une 
liqueur  laiteuse,  aniére  et  d'une  odeur  forte;  quatre  doigts 
aux  pieds  de  devant  et  cinq  à  ceux  de  derrière;  tous  ces 
doigts  aplatis,  courts,  séparés  et  sans  ongles;  tête  élargie, 
déprimée,  obtuse,  arrondie  en  dessus;  bouche  très-ample. 
Taille  de  six  à  huit  pouces  au  plus. 

Cette  salamandre  est  entièrement  d'un  noir  sombre,  plus 
livide  en  dessous,  et  irrégulièrement  parsemée  dans  toutes 
ses  parties  de  grandes  taches  d'un  jaune  vif,  inégales,  arron- 
dies. Elle  offre  au-dessus  de  chaque  bras  une  de  ces  taches, 
qui  se  prolonge  sur  les  côtés  du  dos,  et  qui  est  criblée  de 
pores,  comme  les  parotides  des  crapauds  et  de  la  rainette  bi- 
colore. 

L'anatomie  de  ce  reptile  a  été  faite  plusieurs  fois  avec 
succès  ,  et  tout  récemment  le  docteur  Funk  a  publié  à  cette 
occasion  le  fruit  de  ses  recherches  et  de  ses  observations  , 
dans  un  ouvrage  enrichi  de  planches  fort  bien  exécutées. 

Les  faits  principaux  de  cette  anatomie  sont  les  suivans. 
Nous  ne  saurions  les  passer  sous  silence;  ils  sont  trop  impor- 
tans  dans  l'étude  de  la  philosophie  de  la  nature. 

La  composition  de  la  tête  osseuse  ressembler  celle  des  gre- 
nouilles pour  l'arrière  et  le  dessous  du  crâne;  mais  elle  en 
diffère  singulièrement  sous  d'autres  rapports ,  et ,  par  exemple , 
le  crâne  n'offre  point  d'os  en  ceinture  à  sa  partie  antérieure. 
11  n'y  a  d'ailleurs,  comme  dans  les  autres  batraciens,  que 
les  deux  occipitaux  latéraux,  mais  chacun  d'eux  s'unit  inti- 
mement avec  la  partie  analogue  au  rocher. 

I,e  crâne,  presque  cylindrique  ,  est  élargi  en  avant  vers 
la  face,  qui   représente  un  demi -cercle,  et  en  arrière  par 


SAL  5i 

deux  branches   disposées  en  croix  et  conlenant  les  oreilles 
internes. 

Ainsi  que  dans  les  grenouilles,  les  vomers  sont  au  nom- 
bre de  deux.  Ils  donnent  chacun  une  apophyse  gréle ,  qui 
porte  comme  eux  des  dents  palatines ,  malgré  l'assertion 
contraire  de  M.  Rusconi,  dans  ses  Amours  des  salamandres. 
On  remarque,  d'ailleurs,  à  la  paroi  antérieure  et  interne  de 
l'orbite,  un  grand   espace  membraneux. 

Il  existe  aussi,  chez  la  salamandre  terrestre,  deux  fron- 
taux ,  qui  s'articulent  en  avant  avec  les  os  propres  du  nez  et 
latéralement  avec  les  frontaux  antérieurs. 

Les  pariétaux,  aplatis  et  plus  larges  en  arrière,  sont  éga- 
lement au  nombre  de  deux,  et  l'aile  d'Ingrassias  est  rem- 
placée par  un  os  à  part. 

Les  deux  condyles  occipitaux  sont  très -séparés  l'un  de 
l'autre  et  placés  de  chaque  côté  du  trou  occipital. 

Le  rocher  et  l'occipital  latéral  sont  représentés  par  un  seul 
os,  auquel  sont  attachés  le  ptérygoïdien,  le  jugal  et  le  tym- 
panique. 

Les  ouvertures  extérieures  des  narines  sont  très- écartées, 
ce  qui  tient  à  la  largeur  des  apophyses  montantes  des  inter- 
maxillaires. Le  canal  des  fosses  nasales  est  fort  court,  et  aucun 
plancher  ne  concourt  à  séparer  la  cavité  orbitaire  de  la  fosse 
palatine. 

La  partie  dentaire  des  os  maxillaires  se  porte  en  arrière, 
mais  ne  se  joint  ni  au  ptérygoïdien,  ni  au  jugal. 

Le  jugal,  placé  transversalement  sur  le  ptérygoïdien,  n'est 
uni  que  par  un  ligament  à  la  pointe  postérieure  du  maxil- 
laire, et  offre  une  facette  pour  l'articulation  de  la  mâchoire. 

L'os  lacrymal  est  très -petit  et  placé  à  l'angle  externe  du 
frontal  antérieur. 

Les  os  du  nez  forment  une  voûte  au  -  dessus  de  chacune 
des  fosses  nasales,  qui  sont  privées  de  cornets  inférieurs. 

La  mâchoire  inférieure,  de  figure  parabolique,  offre  un 
véritable  dentaire,  formant  la  symphyse  avec  son  congénèrç 
et  portant  les  dents  à  peu  près  comme  dans  la  plupart  des 
lézards.  Le  reste  est  composé,  dans  les  salamandres  adultes, 
d'une  seule  pièce,  qui  double  la  précédente  à  la  moitié  pos- 
térieure de  la  face  interne,  donne  une  crête  coronoïde,  une 


52  s  AL 

proéminence  en  arrière ,  et  porte  le  tubercule  articulaire  ^ 
qui  s'y  soude  intimement. 

Les  deux  mâchoires  sont  armées  de  dents  nombreuses  et 
petites. 

On  compte  quatorze  vertèbres  de  la  tête  au  sacrum  et 
vingt- six  à  la  queue,  selon  M.  Cuvier,  et  quarante- deux 
suivant  MM.  Carus  et  Funk,  ce  que  nos  propres  observations 
nous  ont  démontré  pareillement.  L'atlas  est  articulé  avec  la 
tête  par  deux  facettes  concaves ,  et  avec  l'axis  par  la  face 
postérieure  de  son  corps  ,  concave  aussi.  Toutes  les  vertè- 
bres suivantes  ont  la  face  postérieure  de  leur  corps  convexe  , 
au  contraire. 

Les  apophyses  articulaires  des  vertèbres  dorsales  sont  hori- 
zontales et  réunies  de  chaque  côté  par  une  crête  en  forme 
de  toit  rectangulaire  à  bords  latéraux  un  peu  rentrans,  et 
leurs  apophyses  épineuses  ne  sont  représentées  que  par  une 
légère  arête. 

Les  apophyses  transverses  offrent  à  leur  sommet  deux  tu- 
bercules qui  portent  les  vestiges  des  côtes. 

L'attache  du  bassin  au  rachis  offre  de  nombreuses  diffé- 
rences individuelles.  Quelquefois  c'est  la  quinzième  vertèbre, 
et  d'autres  fois  c'est  la  seizième  qui  porte  celte  partie  du 
squelette. 

En  avant  de  la  symphyse  du  pubis  est  un  cartilage  en  forme 
d'Y,  qui  est  plongé  dans  les  muscles  et  qui  représente  assez 
bien  les  os  marsupiaux  des  didelphes. 

Sous  le  corps  des  vertèbres  caudales,  à  compter  de  la  troi- 
sième ,  on  observe  une  petite  lame  transverse ,  dirigée  obli- 
quement en  arrière  et  percée  d'un  trou  à  sa  base  :  elle  pa- 
roît  remplacer  les  os  en  chevron  des  sauriens. 

Il  n'existe  qu'un  vestige  de  sternum;  encore  est -il  plutôt 
membraneux  que  cartilagineux. 

Les  côtes  sont  si  courtes  qu'elles  semblent  n'être  que  des 
apophyses  transverses  de  vertèbres  ;  n'ayant  qu'un  seul  point 
d'articulation ,  sur  lequel  ils  sont  peu  mobiles.  Ces  os  rudi- 
mentaires  sont  au  nombre  de  douze  de  chaque  côté. 

L'épaule  est  fort  curieuse  par  la  prompte  soudure  de  ses 
trois  os  en  un  seul,  qui  porte  la  fossette  glénoïde  à  son  bord 
postérieur,  qui  envoie  vers  l'épine  un  lobe  quadrilatère  élargi 


SAL  53 

paren.haut,  lequel  est  l'omoplate  ,  et  qui  fournit  à  la  poitrine 
un  disque  arrondi  et  composé  de  la  clavicule  et  de  l'os  co- 
Tacoïdien  ,  séparés  assez  long -temps  par  une  suture. 

Ce  disque  est  constamment  percé  d'un  petit  trou  et  en- 
touré d'une  grande  lame  cartilagineuse  en  forme  de  crois- 
sant, laquelle,  sous  la  poitrine,  se  croise  avec  sa  congénère. 

Le  bord  spinal  de  l'omoplate  est  surmonté  d'un  appendice 
cartilagineux. 

La  tête  scapulaire  de  l'humérus  est  arrondie.  On  observe 
au-dessous  d'elle  une  tubérosité  comprimée  et  obtuse,  et  une 
grosse  apophyse  pointue,  la  première  tournée  en  avant  et 
la  seconde  en  arrière. 

Les  deux  os  de  l'avant-bras  sont  situés  l'un  au-dessus  de 
l'autre. 

Le  carpe  est  composé  de  cinq  os  et  de  deux  cartilages, 
tout  plats,  anguleux  et  disposes  un  peu  à  la  manière  des 
pavés. 

Le  métacarpe  offre  quatre  os  courts,  plats  et  rétrécis  dans 
leur  milieu. 

Les  doigts  sont  au  nombre  de  quatre  seulement  :  le  pre- 
mier n'offre  qu'une  phalange  ossifiée,  le  troisième  en  a  trois, 
et  les  deuxième  et  quatrième  en  présentent  chacun  deux. 

La  tête  du  fémur  est  ovale.  On  observe  à  la  face  interne 
du  col  de  cet  os  une  apophyse  pointue,  tenant  lieu  de  tro- 
chanter;  son  extrémité  tibiale  est  élargie  et  aplatie.  Il  diffère 
en  somme  fort  peu  de  l'humérus. 

Le  tibia,  fort  gros  par  le  haut,  porte  une  tige  grêle,  asse^ 
longue,  et  descend  moins  bas  que  le  péroné,  qui  est  aussi 
gros  que  lui. 

Le  tarse  a  neuf  os,  tous  plats  et  disposés  en  pavé. 

Le  métatarse  est  composé  de  cinq  pièces. 

Les  muscles  de  la  salamandre  ont  été  décrits  avec  soin  par 
le  docteur  Funk;  mais  il  deviendroit  étranger  à  la  nature 
du  Dictionnaire  auquel  nous  coopérons  ,  de  donner  une  myo- 
logie  détaillée  de  ce  reptile,  sur  lequel  il  existe  déjà  plus 
d'une  Monographie  importante ,  que  le  lecteur  pourra  con- 
sulter au  besoin. 

Son  cerveau  est  si  petit  qu'il  n'égale  point  la  moelle  épiniérc 
en  diamètre,  ce  qui  a  été  démontré  par  MM,  Carus  et  Funk. 


H  SAL 

Sa  moelle  vertébrale  est  composée  de  deux  cordons  nerv 
veux,  enveloppés  d'une  membrane  ténue,  et  d'où  sortent 
les  nerfs  spinaux  par  des  racines  un  peu  plus  volumineuses, 
•  Le  système  nerveux  ganglionnaire  n'est  point  encore  bien 
connu ,  quoiqu'il  semble  avoir  été  entrevu  par  M,  Carus. 

Le  globe  de  l'œil  est  pisiforme.  Le  nerf  optique  et  un  muscle 
trijumeau  le  fixent  dans  l'orbite.  La  peau  le  recouvre  telle- 
ment que  la  cornée  seule  est  à  découvert,  ce  qui,  suivant 
l'expression  de  P.  Wurffbain ,  donne  à  l'animal  miruin ,  tor- 
i>um  et  oblusum  vultum. 

Jl  n'y  a  ni  glande,  ni  voies  lacrymales. 

L'épaisseur  de  la  sclérotique  est  irrégulière  ,  inégale. 

La  cornée  est  très- transparente. 

La  chorioïde  est  noire. 

Le  ligament  ciliaire  ,  ou  plutôt  le  ganglion  ciliaire ,  est 
petit  et  étroit. 

L'iris  et  la  pupille  n'offrent  rien  de  particulier. 

Le  crystallin  ,  grand  et  comprimé,  a  pour  centre  un  noyau 
dur  et  sphérique,  comme  chez  les  poissons. 

L'organe  de  la  taction  paroît  peu  délicat.  Celui  de  l'odo- 
rat, au  contraire,  est  très -développé.  Les  nerfs  olfactifs  se 
répandent  dans  une  membrane  muqueuse  grise,  vasculaire, 
iqui  tapisse  des  narines  coniques. 

La  langue  de  la  salamandre  est  courte  et  épaisse.  Elle  est 
fixée  sur  un  os  spécial,  ce  qui  ne  lui  permet  que  peu  de 
mobilité.  Des  cryptes  muqueuses  l'enduisent  continuellement 
d'une  viscosité  abondante. 

L'appareil  de  l'audition  ,  décrit  avec  exactitude  par  Zinn, 
Scarpa  et  M.  Funk  ,  semble  peu  différent  de  ce  qu'il  est  dans 
les  poissons  chondroptérygiens  et  branchiostèges.  Au-dessous 
de  la  peau  et  des  muscles,  on  trouve  dans  la  région  tempo- 
rale une  opercule  cartilagineuse,  non  point  arrondie,  comme 
l'a  figurée  Scarpa,  mais  rhomboïdale  et  encadrée  dans  une 
pièce  osseuse  à  part.  Plus  profondément  est  une  cavité  re- 
vêtue d'une  pulpe  grisâtre,  dans  laquelle  est  pratiquée  une 
loge- pour  un  osselet  rudimentaire  du  tympan,  blanc,  mou, 
crayeux  et  faisant  effervescence  avec  les  acides.  Plus  profon- 
dément encore  est  la  première  cavité  du  vestibule  qui  comr. 
munique  avec  la  cellule  mastoidiennç,  puis  les  trois  canaujç 


SAL  65 

demi -circulaires,  dilatés  de  distance  en  distance,  et  enfin 
deux  cavités  labyrintliiques,  dont  l'une  est  interne  et  ellip- 
tique. 

Le  cœur  du  même  reptile  est  renfermé  dans  un  péricarde 
spécial.  Plus  ou  moins  globuleux  ,  il  n'oft're  qu'une  seule  oreil- 
lette et  un  seul  ventricule.  Sa  couleur  est  rouge.  Une  grande- 
veine  cave,  qui  reçoit  le  sang  des  veines  pulmonaires,  s'ouvre 
dans  l'oreillette  ,  dont  les  parois  sont  beaucoup  moins  épaisses 
que  celles  du  ventricule  qui  donne  naissance  à  l'aorte. 

Le  système  lymphatique  n'est  point  encore  assez  bien  connu 
pour  que  nous  puissions  nous  hasarder  à  en  parler  ici. 

JNous  remarquerons  encore,  pour  terminer  ce  qui  a  rap- 
port au  système  circulatoire  dans  la  salamandre  ,  que  les  glo- 
bules du  sang  de  ce  reptile  sont  ovales-oblongs ,  et  d'un  vo- 
lume en  rapport  avec  celui  des  globules  du  sang  de  l'homme 
comme  12  f  :  1. 

Ses  poumons,  convergens  antérieurement,  divergens  pos- 
térieurement, ont  été  fort  bien  représentés  par  Oligerus  Ja- 
cobaeus,  par  WurfFlDain  et  par  le  docteur  Funk.  Formés  de  pe- 
tits sacs  membraneux,  celluleux  , souvent  partagés  secondaire- 
ment par  des  cloisons  incomplètes  ,  communiquant  tous  les 
uns  avec  les  autres,  ils  sont  parcourus  par  des  bronches  fibro- 
cartilagineuses,  ce  qui  infirme  l'opinion  de  M.  Nitzsch,  qui 
regarde  les  conduits  aériens  de  ces  viscères  comme  à  peine 
visibles,  et  qui  assure  qu'ils  ne  sont  point  cartilagineux.  Ils 
reçoivent  l'air  par  une  trachée-artère  étroite  et  courte. 

Le  foie  est  situé  vers  le  milieu  du  corps  ,  aux  environs  de 
la  pointe  du  cœur;  il  recouvre  presque  les  poumons,  et  dans 
une  salamandre  de  la  taille  de  quatre  pouces  quatre  lignes  . 
il  avoit  dix  lignes  de  longueur  sur  cinq  lignes  et  demie  de 
largeur,  et  se  trouvoit  au  poids  total  du  corps  dans  le  rap- 
port de  un  à  quinze.  Convexe  en  dehors,  concave  en  dedans, 
il  offre  une  figure  irrégulièrement  trapézoïdale  et  est  suspendu 
dans  la  cavité  thoraco -abdominale  par  un  double  repli  du 
péritoine. 

La  bile  est  d'un  vert  de  pré,  cicre  et  amère. 

Les  reins,  situés  de  chaque  côté  de  la  colonne  vertébrale  j 
sont  étroits  en  devant  et  plus  volumineux  en  arrière.  Leur 
couleur  est  rouge  foncé,  et  leur  tissu  est  glandulo-parenchy- 


56  SAL 

mateux  et  évidemment  composé  de  deux  systèmes  dîfférens- 
Xes  uretères  paroissent  ne  point  exister  ;  car,  ainsi  que  l'a 
remarqué  le  docteur  Funk,  les  conduits  fins  et  blanchâtres 
qui  naissent  de  la  substance  tubuleuse,  vont  s'ouvrir  dans  la 
vessie  par  un  orifice  cartilagineux,  et  paroissent  en  tenir  lieu. 
L'absence  de  ces  organes  n'avoit  point  échappé  au  savant 
Rathke;  mais  M.  Rusconi,  le  premier,  remarqua  le  rapport 
établi  entre  eux  et  les  tubes  déférens. 

La  prétendue  vessie  urinaire  ,  que  M.  Carus  a  cru  qu'on 
pouvoit  regarder  comme  l'allantoïde  ,  est  un  sac  membraneux, 
tricuspidaire ,  recouvert  par  le  péritoine  et  par  les  muscles 
de  l'abdomen  ,  attaché  au  foie  par  le  ligament  large  de  la 
veine  hépatique  abdominale  antérieure.  Elle  s'ouvre  dans  le 
cloaque  par  un  orifice  cartilagineux,  et  tient  aux  parois  du 
bassin  et  au  canal  intestinal  par  du  tissu  cellulaire.  Sa  surface 
est  parcourue  par  un  grand  nombre  de  vaisseaux  sanguins  ra- 
mifiés. Peut-être  n'est-elle  qu'un  réservoir  analogue  à  celui 
que  nous  avons  signalé  dans  les  Crapauds  et  les  Grenouilles ,  et 
en  général  dans  les  batraciens  anoures. 

La  peau  de  la  salamandre  terrestre  est  coriace,  ferme  ,  et 
cependant  fine,  lisse  et  recouverte  par  un  épithélium  demi- 
transparent.  Elle  est  parsemée  d'une  multitude  de  granula- 
tions noires  et  jaunes,  et,  surtout  le  long  du  rachis  et  aux 
environs  des  oreilles,  de  quelques  cryptes  lenticulaires,  qui 
versent  à  sa  surface  une  humeur  laiteuse  ,  amère  et  acre  ,  qui 
paroît  avoir  donné  lieu  à  la  fable  qui  veut  que  la  salamandre 
résiste  au  feu  ,  et  que  l'on  a  regardée  pomme  vénéneuse,  mal- 
gré les  observations  exactes  de  Maupertujs  ,  de  Laurenti  et 
de  Lacépède. 

Cette  humeur,  en  tout  cas,  a  une  saveur  tellement  caus- 
tique, que  ,  lorsque,  au  dire  de  Lacépède,  on  en  a  mis  une 
goutte  en  contact  avec  la  langue  ,  on  éprouve  la  sensation 
d'une  sorte  de  brûlure  à  l'endroit  touché. 

Après  avoir  étudié  ainsi,  d'une  manière  générale,  les  ap- 
pareils de  la  locomotion,  des  sensations,  de  la  circulation,  de 
la  respiration  et  des  sécrétions  dans  la  salamandre,  il  ne  pous 
reste  plus  qu'à  présenter  quelques  détails  sur  celui  de  la  di- 
gestion ,  dans  lequel  se  trouvent  comprises  les  diverses  par» 
lies  de  la  bouche,  que  nous  connoissons  déjà. 


SAL  57 

L'œsophage  ne  paroît  point  exister,  à  proprement  parler  ; 
le  pharynx  dégénère  insensiblement  en  un  estomac  fusiforme, 
dont  la  cavité  est  lisse  et  semée  de  cryptes  mucipares,  ce  que 
Zinn  et  Funk  ont  parfaitement  observé. 

Cet  estomac  se  courbe  pour  aboutir  à  un  intestin  de  même 
structure  en  dedans,  muni  dès  l'origine  d'un  mésentère  par- 
couru par  des  vaisseaux  divisés  dichotomiquement,  et  rétréci, 
non  loin  du  cloaque,  par  un  anneau  cartilagineux,  au-delà 
duquel  il  se  dilate  de  nouveau  et  prend  ,  comme  l'estomac, 
une  figure  fusiforme. 

Il  n'existe  point  de  cœcum  ni  d'appendices  cœcales. 

Vers  le  commencement  du  cloaque  on  observe  une  mul- 
titude de  follicules  muqueux ,  disposés  en  manière  de  réseau. 

La  rate,  placée  du  côté  gauche,  a  une  forme  elliptique 
oblongue  ;  elle  touche  antérieurement  au  poumon  et  posté- 
rieurement au  testicule  du  côté  correspondant.  Elle  est  rouge 
et  éminemment  vasculaire. 

Le  pancréas,  irrégulier,  blanchâtre,  ne  diffère  en  rien  de 
ce  qu'il  est  dans  les  autres  animaux. 

Chez  le  mâle ,  les  testicules  sont  placés  le  long  de  la  colonne 
vertébrale,  et  se  trouvent  cachés  parles  poumons,  la  rate  ,1e 
foie,  le  canal  intestinal  et  l'estomac.  Le  plus  souvent  ils  sont 
au  nombre  de  six  et  quelquefois  seulement  de  quatre.  Légè- 
rement comprimés  et  d'un  tissu  granuleux,  ils  sont  unis  entre 
eux  par  un  conduit  vasculaire,  bien  connu  de  Gravenhorst 
et  suivi  dans  toute  son  étendue  par  Rathke. 

Les  vaisseaux  déférens ,  tortueux  et  flexueux  ,  blancs  et 
nacrés,  sont  accompagnés  par  des  appendices glandulo-mem- 
braneuses. 

A  l'orifice  du  cloaque  on  voit  deux  prolongemens  triangu- 
laires ,  que  M,  Carus  regarde  comme  les  branches  du  pénis. 

On  trouve,  en  outre,  dans  le  corps  du  reptile  dont  nous 
écrivons  l'histoire,  des  masses  d'un  tissu  adipeux,  comme 
huileux,  d'une  couleur  jaune,  et  qui  ont  été  connues  de 
Wurfbain  et  d'Oligerus  Jacobaeus.  MM.  Carus  et  Rathke  les 
ont  regardées  comme  devant  servir  à  la  nutrition  de  l'animal 
durant  le  sommeil  d'hiver  ;  mais  rien  n'est  encore  moins 
prouvé.  (Voyez  Sang.) 

J^es  ovaires  apnt  situés  dans  la  femelle  comme  les  testicules 


58  SAL 

dans  le  mâle  ,  et  sont  composés  d'une  multitude  d'ovules 
jaunes,  inégaux  en  volume,  et  recouverts  d'un  beau  réseau 
vasculaire,  issu  de  la  veine  émulgente  moyenne  et  de  l'aorte. 

L'oviducte  est  blanchâtre,  et  son  orifice  infundibuliforme 
est  ouvert  dans  le  péritoine,  entre  le  péricarde,  le  foie  et  les 
poumons. 

Dans  la  salamandre  terrestre  il  n'y  a  point  d'intromission 
de  la  verge  du  mâle  dans  un  vagin  de  la  femelle  ,  il  n'y  a. 
point  de  véritable  coït.  Les  organes  mâles  de  l'accouplement 
manquent  complètement ,  et  l'on  est  porté  à  croire  que  le 
sperme  répandu  dans  l'eau  est  porté  sur  les  ovules  par  l'anus 
de  la  femelle,  comme  l'ont  noté,  du  reste,  Spallanzani  et  les 
professeurs  Cavolini,  Duméril  et  Rusconi. 

C'est  en  France,  en  Allemagne  ,  et  même  à  de  plus  hautes 
latitudes,  comme  au  rivage  du  Pont,  cité  par  Belon ,  et  dans 
lEurope  méridionale,  sur  la  terre  humide,  dans  les  bois  touf- 
fus des  hautes  montagnes,  dans  les  fossés  et  les  lieux  ombra- 
gés, sous  les  pierres  et  les  racines  d'arbres,  dans  les  haies, 
au  bord  des  fontaines,  dans  les  trous  souterrains,  dans  les 
vieilles  masures,  qu'on  trouve  la  salamandre  terrestre  com- 
mune, laquelle  a  été  figurée  par  un  grand  nombre  d'auteurs, 
mais  surtout  par  Latreille  et  par  M.  Funk,  avec  une  exacti- 
tude remarquable. 

Généralement  redoutée,  elle  n'est  pourtant  nullement  dan- 
gereuse, et  l'humeur  laiteuse,  assez  analogue  pour  la  saveur 
et  la  consistance  à  celle  des  euphorbes,  qui  suinte  de  sa  peau 
et  qu'elle  lance  parfois  à  plusieurs  pouces  de  distance,  quoi- 
que nauséabonde,  acre  et  même,  selon  Gesner  ,  dépilatoire, 
n'est  vénéneuse  que  pour  les  très -petits  animaux. 

C'est  probablement  cette  humeur  qui  a  fait  dévouer  la 
salamandre  à  l'anathcme,  quand  on  a  cru,  avec  Pline,  qu'en 
infectant  de  son  venin  presque  tous  les  végétaux  d'une  vaste 
contrée,  elle  pouvoit  donner  la  mort  à  des  nations  entières. 

11  n'est  point  vrai,  comme  on  l'a  constamment  répété  de- 
puis Aristote,  qui  d'ailleurs  ne  connoissoit  presque  pas  ce 
reptile,  que  sa  vie  résiste  à  Faction  du  feu  et  que  celui- cî 
s'éteigne  sur  son  passage. 

Si  on  frappe  la  Salamandre ,  elle  dresse  la  queue  et  semble 
atteinte  de  catalepsie. 


SAL  5ç) 

Elle  s'écarte  peu  du  trou  où  elle  fait  sa  résidence  habi- 
tuelle, comme  j'ai  eu  occasion  de  m'en  convaincre  sur  les 
individus  que  j'ai  pu  observer  en  Normandie  ,  auprès  de 
Rouen,  et  dans  la  Bretagne,  autour  de  Vannes.  Elle  passe 
la  vie  sous  terre,  souvent  au  pied  de  vieilles  murailles;  du- 
rant l'été  elle  craint  l'ardeur  du  soleil.  C'est  seulement  au 
moment  de  la  pluie,  ou  pendant  la  nuit,  qu'elle  se  hasarde  à 
sortir,  et  qu'elle  se  fait  remarquer  par  sa  démarche  lourde  et 
lente.  Stupide  et  sans  courage,  elle  ne  brave  aucun  danger, 
comme  on  l'a  prétendu  :  seulement  elle  semble  n'apercevoir 
jamais  le  péril,  contre  lequel  elle  s'avance  sans  se  détourner 
de  sa  route. 

Elle  vit  de  mouches,  de  vers,  de  jeunes  limaçons,  de  sca- 
rabés,  de  lombi-ics,  de  maillots,  de  clausilies,  de  vitrées,  etc. 
Elle  mange  aussi  de  l'humus. 

Fort  vivace,  elle  succombe  cependant  rapidement  dans  les 
convulsions,  soit  qu'on  la  trempe  dans  le  vinaigre,  soit  qu'on 
l'entoure  de  sel. 

Elle  paroît  sourde  et  ne  redoute  nullement  la  présence  de 
l'homme,  ni  des  animaux  plus  forts  qu'elle,  et  qui,  d'ail- 
leurs, très-généralement,  semblent  la  craindre,  malgré  l'in- 
nocuité de  sa  morsure  ,  que  Matthioli  a  dit  aussi  mortelle 
que  celle  de  la  vipère. 

Jamais  on  ne  l'a  entendu  jeter  aucun  cri. 

Jetée  dans  l'eau ,  elle  cherche  à  en  sortir  immédiatement 
et  vient  à  chaque  instant  respirer  à  la  surface. 

Il  paroît  aussi  que  ,  dans  les  contrées  trop  élevées  en  lati- 
tude, comme  le  dit  Gesner,  les  salamandres  passent  l'hiver 
dans  des  espèces  de  terriers ,  où  on  les  trouve  rassemblées 
et  entortillées  plusieurs  ensemble. 

Sur  terre  la  salamandre  se  roule  souvent  en  spirale,  comme 
l'a  noté  Laurenti. 

Long- temps  on  a  ignoré  son  mode  de  reproduction,  qui 
est,  du  reste,  absolument  analogue  à  celui  des  vipères;  elle 
est  donc  ovovii'ipare  et  reçoit  le  sperme  du  mâle  intérieure^ 
ment.  Maupertuis,  Lacépède  et  un  anonyme  qu'il  cite  dans, 
ses  Supplémens  ,  ont  vérifié  ce  fait,  certifié  d'ailleurs  par  Dra-? 
parnaud.  Les  œufs  éclosent  dans  les  oviductes,  et  les  petits 
viennent  au  dehors  tout  formés.  Ceux-ci,  dont  la  queue  est 


Êo  .  SAL 

comprimée  verticalement,  sont  repliés  en  deux,  au  nombre 
de  huit  à  vingt  dans  chacun  des  cinq  oviductes,  où  ils  se  nour- 
rissent d'un  liquide  particulier  et  d'où  ils  ne  sortent  qu'après 
avoir  subi  toutes  leurs  métamorphoses,  c'est-à-dire,  perdu 
leurs  branchies,  qui  sont  droites  et  arquées,  et  acquis  des 
pieds,  qui  leur  manquaient  d'abord.  Alors  ils  sont  déposés 
auprès  des  mares,  au  nombre  de  quarante  et  même  de  cin- 
quante à  la  fois.  Leur  couleur  est  d'un  noir  uniforme. 

Chacun  des  sacs  de  l'oviductus  est  précédé  d'oeufs  en  grappes. 

Rien  n'est  pluserronné,  en  conséquence  ,  que  l'opinion  qui 
veut  que  la  salamandre  terrestre  soit  privée  de  sexe,  et  que 
chaque  individu  soit  en  état  d"engendrer  seul  son  semblable. 

Remarquons  aussi  que,  dans  les  Alpes,  et  spécialement  dans 
les  cavernes  ou  les  fentes  des  montagnes  d'Etscher  ,  il  existe 
une  variété  de  l'espèce  dont  nous  nous  occupons  ici,  qui  est 
toute  noire  par  dessus  et  jaune  par  dessous,  et  que  Laurenti 
a  décrite  et  figurée  comme  une  espèce  à  part,  sous  la  déno- 
mination latine  de  Salamandra  alra.  C'est  elle  que  les  Autri- 
chiens nomment  Lattermanàl.  Gmelin ,  Lacépède^  Schneider 
et  Latreille ,  ont,  à  son  égard,  émis  l'opinion  que  nous  pro- 
fessons ici,  tandis  que  Sonnini  a  partagé  celle  de  Laurenti. 
Elle  est,  en  tous  cas,  de  nioitié  plus  petite  que  la  salamandre 
ordinaire. 

Gcsner  a  aussi  parlé  d'une  salamandre  des  Alpes,  qui  est 
d'un  brun  livide  sans  aucune  tache  et  qui  se  couvre  d'une 
humeur  laiteuse  dès  qu'on  la  frappe.  Elle  ne  doit  être  qu'une 
simple  variété,  de  même  que  la  Salamandre  Manche  à  queue' 
cylindrique  ,  que  l'on  trouve  dans  le  Padouan,  selon  Lau- 
renti ,  et  que  la  petite  Salamandre  Irune  à  queue  comprimée 
et  qui  habite  aux  environs  de  Vienne,  parmi  les  broussailles 
des  A'allons  humides  ,  non  loin  des  trous  qu'elle  se  creuse  dans 
la  vase,  afin  de  s'y  cacher  au  premier  bruit. 

Dans  les  Mémoires  de  l'Académie  de  Stockholm  pour  l'an- 
née 1787,  Thunberg  a,  sous  l'appellation  de  Lézard  du  Japon, 
décrit  une  variété  de  notre  salamandre  terrestre,  remarqua- 
ble par  sa  teinte  noire ,  par  les  taches  blanches  et  irrégu- 
lières qu'elle  offre  au  dessus  du  corps  et  des  pattes ,  et  par 
la  bande  d'un  blanc  sale  qui  règne  le  long  de  son  dos,  de* 
puis  la  tête  jusqu'à  l'extrémité  de  la  queue.  Elle  habite  l'île 


SAL  6i 

de  Niphon ,  la  plus  grande  de  celles  de  Tempire  du  Japon, 
et  fréquente  les  montagnes  et  les  endroits  pierreux. 

Les  indigènes  lui  accordent  les  mêmes  propriétés  médicales 
qu'au  scinque ,  et  regardent  sa  chair  comme  un  puissant  sti- 
mulant, comme  un  remède  énergique.  Les  boutiques,  aux  en- 
virons de  Jédo,  offrent  en  conséquence  communément  des  sa- 
lamandres de  cette  espèce ,  séchées  et  suspendues  aux  plafonds. 

La  Salamandre  rouge:  Salamandra  rubra,  Daudin.  Teinte 
générale  d'un  rouge  de  sang  luisant  sur  le  dos,  plus  clair  et 
légèrement  orangé  sur  les  flancs;  ventre  marqué  d'une  bande 
longitudinale  large  ,  noirâtre  et  comme  brûlée  ;  toute  la  peau 
parsemée  d'un  grand  nombre  de  verrues  noires  du  volume 
d'une  tête  d'épingle.  Taille  de  cinq  à  six  pouces. 

Ce  reptile,  qui  a  le  dessus  de  la  queue  tranchant  et  sans 
crête,  a  été  découvert  par  Palisot- Beau  vois  sous  des  écorces 
d'arbres,  dans  les  forêts  des  Etats-Unis  d'Amérique. 

La  Salamandre  mortuaire,  Bosc.  Tête  alongée ,  aplatie, 
noire ,  variée  de  gris ,  de  même  que  le  corps,  qui  est  presque 
cylindrique;  ventre  brun,  ponctué  finement  de  gris;  queue 
un  peu  plus  longue  que  le  corps,  presque  cylindrique  ,  noire, 
variée  de  gris,  surtout  à  sa  base;  taille  de  quatre  pouces.- 
mâle  un  peu  plus  petit  que  la  femelle. 

Cette  espèce  se  trouve  en  Caroline,  sous  l'écorce  des  arbres 
pourris,  dans  les  maisons  abandonnées.  On  en  doit  la  con- 
noissance  au  professeur  Bosc. 

La  Salamandre  tachée  de  rouge.  Queue  courte;  dessus  du 
corps  marbré  de  brun  et  de  rouge  ;  dessous  d'une  teinte 
cendrée. 

La  Salamandre  clutineuse.  Queue  longue;  corps  noir  eu 
dessus  et  tacheté  de  blanc,  et  tout  noir  en  dessous. 

La  Salamandre  cendrée.  Queue  assez  longue;  corps  brun, 
taché  de  blanc  en  dessus;  noir  et  taché  de  blanc  également 
en  dessous. 

La  Salamandre  brune.  Queue  médiocre  ;  corps  brun  en  des- 
sus et  blanc  en  dessous,  avec  deux  lignes  de  points  noirs. 

Ces  ..quatre  dernières  espèces  ont  été  décrites  par  M.  J. 
Green,  dans  le  second  volume  du  Journal  de  l'Académie  des 
Sciences  naturelles  de  Philadelphie,  Elles  sont  propres  à  TA- 
mérique  septentrionale.  (H.  C.) 


C2  SAL 

SALAMANDRE.  (Foss.)  On  a  cru  pendant  long-temps  que 
dans  les  carrières  d'Œningen  il  avoit  été  trouvé  des  squelettes 
d'hommes  à  l'état  fossile.  Scheuchzer  en  décrivit  un  dans  les 
Transactions  philosophiques  pour  1 7  26  ,  et  d'autres  naturalistes 
les  regardèrent  comme  des  squelettes  de  silures;  mais  M.  Cu- 
vier  a  comparé  la  figure  donnée  par  Scheuchzer  avec  des 
squelettes  de  salamandres,  et  ayant  reconnu  qu'ily  avoit  entre 
eux  l'analogie  la  plus  frappante,  il  a  pensé  que  ces  squelettes 
avoicnt  appartenu  à  des  salamandres  ou  plutôt  à  des  protées 
de  taille  gigantesque  et  d'espèces  inconnues.  Ossem.  foss.  des 
env.  de  Paris,  tom.  4.  (D.  F.) 

SALAMANDRE  ABDOMINALE.  (Erpét.)  Voyez  Tritox. 
(H.  C.) 

SALAMANDRE BILINÉAIRE.  (Erpef.)  Voyez  Triton.  (H.  C.) 
SALAMANDRE  BRUNATRE.  {Erpét.)  Voyez  Triton.  (H.  C) 
SALAMANDRE  CEINTURÉE.  (Erpét.)  Voyez  Triton.  (H.  C.) 
SALAMANDRE  CRÈTÉE.  {Erpét.)  Voyez  Triton.  (H.  C.) 
SALAMANDRE  ÉLÉGANTE.  (Erpét.)  Voyez  Triton.  (H.  C.) 
SALAMANDRE  FASCIÉE.  (Erpét.)  Voyez  Triton.  (H.  C.) 
SALAMANDRE    GIGANTESQUE,   SALAMANDRE  DES 
MONTS  ALLÉGHANIS  ,  GRANDE  SALAMANDRE  DE  L'A- 
MÉRIQUE SEPTENTRIONALE.  (Erpét.)  Voyez  Triton.  (H.C.) 
SALAMANDRE   LONGICAUDE.    (Erpét.)  Voyez  Triton. 
(H.C.) 

SALAMANDRE  DES  MARAIS.  (Erpét.)  Voyez  Triton. 
(H.C.) 

SALAMANDRE  MARBREE.  (  Erpét.  )  Voyez  Triton.  (H.  C.) 
SALAMANDRE  PALMIPÈDE.  (Erpét.)  Voyez  Triton.  (H.  C.) 
SALAMANDRE  POINTILLÉE.  (Erpéf.)  Voyez  Triton.  (H.  C.) 
SALAMANDRE  PONCTUÉE.  (Erpét.)  Voyez  Triton.  (H.  C.) 
SALAMANDRE  A  QUEUE  PLATE;  Triton  cristatus,  Laur. 
(Erpét.)  Voyez  Triton.  (H.  C.) 

SALAMANDRE  SARROUBÉ.  (Erpét.)  Voyez  Sarroubé. 
(H.  C.) 

SALAMANDRE  A  SINCIPUT  BLANC.  (Erpét.)  Voyez  Tri- 
ton. (H.  C.) 

SALAMANDRE  TRIDACTYLE.  (Erpét.)  De  Lacépède  a 
donné  ce  nom  à  un  reptile  que  le  marquis  de  Nesle  a  trouvé 
sur  le  cratère  même  du  Vésuve,  et  qui  est  remarquable  par 


SAL  65 

ses  doigfs  au  nombre  de  trois  aux  pieds  de  devant,  par  sa 
queue  longue,  flexible  et  déliée,  par  les  écailles  qui  recou- 
vrent son  corps. 

Cet  animal ,  dont  on  n'a  jamais  vu  qu'un  individu  long  de 
deux  pouces  quatre  lignes  et  demie ,  et  à  l'état  de  dessiccation , 
pourroit  bien  ,  comme  le  soupçonne  M.  Bosc  ,  n'être  qu'un 
lézard  altéré  par  son  séjour  sur  un  volcan.  (H.  C.) 

SALAMANDRE  A  VENTRE  ROUGE.  (Erpét.)  Voyez  Tri- 
ton. (H.  C.) 

SALAMANDRES  AQUATIQUES.  (Erpét.)  Voyez  Triton. 
(H.  C.) 

SALAMANDRINO.  (Ichthjol.)  Voyez  Salmerino.  (H.  C.) 

SALAMANGUESA.  (Erpét.)  Voyez  Salamantegua.  (H.  C.) 

SALAMANTEGUA.  (Erpét.)  Un  des  noms  espagnols  delà 
salamandre  terrestre.  Voyez  Salamandre.  (H.  C.) 

SALANDxAP.  (Bot.)  Marsden  cite  à  Sumatra  sous  ce  nom 
une  belle  espèce  de  crinole,  crinium,  à  belles  fleurs  blanches 
odorantes  jcroissant  sans  culture  sur  le  bord  de  la  mer  parmi 
les  herbes  qui  fixent  le  sable  du  rivage.  Il  parle  aussi  d'une 
autre  espèce  congénère,  nommée  pandan-congej ,  dont  la 
fleur  est  plus  grande  et  de  couleur  purpurine  mêlée  de  blanc. 
(J.) 

SALANGANE.  (Omilh.)  Cet  oiseau,  dofit  on  a  déjà  parlé 
au  mot  Hirondelle,  tom.  XXI,  pag.  229  et  suiv.,  se  nomme 
salanga  ou  salangan  aux  Philippines.  (  Ch.  D.) 

SALANGANES  [Nids  de].(  Oraff/i.)  On  connoît  sous  le  nom 
de  nids  de  salanganes,  des  nids  façonnés  par  une  petite  hiron- 
delle des  archipels  d'Asie,  que  les  peuples  orientaux  estiment 
singulièrement,  et  comme  aliment  aphrodisiaque  ,  et  comme 
substance  éminemment  nutritive.  Le  grand  nombre  d'opi- 
nions émises  sur  la  matière  qui  sert  à  les  former,  les  doutes 
qui  existent  encore  sur  ce  sujet,  nous  engagent  à  complé- 
ter par  de  nouveaux  renseignemens  les  excellens  détails  et 
les  utiles  recherches  que  M.  Dumont  a  présentés  à  l'article 
Hirondelle  salangane  dans  le  tom.  XXI  de  ce  Dictionnaire. 
Ces  nids  sont  tellement  estimés  par  les  Chinois,  que  leur 
prix  ^  comme  objet  commercial,  est  excessivement  élevé. 
Aussi  la  cupidité  est-elle  parvenue  à  les  sophistiquer  avec  la 
plus  grande   adresse.   C'est  bien  de  cet   aliment  qu'on  peut 


64  SAL 

dire,  avec  Martial  (liv.  7  ,  épig.  48)  :  Has  vobisepulas  hdlelc, 
lauti ,  nos  ojfendimur. 

Les  nids  de  salanganes  furent  long -temps  connus  sous  le 
nom  de  nids  d'oiseaux ,  nidus  avis ,  et  en  pharmacie  sous  ce- 
lui de  nids  d'alcyons.  Les  Malais  leur  donnent  indifféremment 
les  noms  de  yen'^va,yenika  ou  jens,  suivant  M.  Langlès ,  tandis 
que  l'oiseau  qui  les  forme  se  nomme  lajong-bejond.  Les  Java- 
nais les  nomment  laa-it  ,  et  les  montagnards  de  Sumatra  les 
désignent  sous  la  dénomination  de  walad  et  de  berongdage. 
En  Chine  ,  on  les  appelle  sakoi-pouKa;  dans  l'Inde,  patong  ;  et 
les  Malais  des  Moluquesles  nomment  saroi-lourou-enno. 

Rumphiusa  décrit  l'hirondelle  salangane  sous  le  nom  d'apws 
maritima,  dans  son  Herb.,  6  ,  p.  i83  ,  tab.  jS,  fol.  4.  Mauduit 
en  a  donné  une  longue  description  dans  le  tom.  2  ,  pag.  424, 
de  l'histoire  des  oiseaux  de  l'Encyclopédie  méthodique.  M. 
Duniont  a  réuni  toutes  les  données  des  auteurs  (voyez  l'ar- 
ticle Hirondelle  salangane):  aussi  nous  n'y  reviendrons  pas; 
cependant  nous  indiquerons  .  comme  source  principale  pour 
l'histoire  de  ces  singuliers  nids,  une  notice  spéciale  ,  qu'on 
trouve  imprimée  dans  le  tom.  3  des  Mémoires  de  la  société 
de  Batavia,  et  qu'ont  copiée,  ou  reproduite,  sir  George 
Staunton,  dans  sa  Relation  du  voyage  de  lord  Macartney  en 
Chine  (tom.  2  ,  p.  122  )  ,  et  Sonnerat  (tom.  4  ,  p.  285  etsuiv.) 
de  son  Voyage  aux  Indes  orientales. 

Il  est  reconnu  aujourd'hui  que  plusieurs  espèces  d'hiron- 
delles produisent  ces  nids  gélatineux  ,  et  qu'on  auroit  tort  de 
les  attribuer  à  une  seule  et  unique  espèce.  C'est  ainsi  que  les 
auteurs  qui  ont  décrit  celle  des  îles  de  France  et  de  Bourbon  , 
sous  le  nom  dliirundo  borbonica  esculenta  ,  ont  eu  parfaitement 
raison;  car  j'ai  vu  des  nids  de  cette  espèce  commune  à  Mau- 
rice, qui  m'ont  présenté  la  singularité  d'être  tissés  à  moitié, 
et  alternativement,  avec  de  la  mousse  et  de  la  matière  géla- 
tineuse ,  de  sorte  qu'on  peut  dire  que  cette  hirondelle  man- 
que de  la  matière  nécessaire  pour  leur  entière  confection. 

Quelques  recherches  m'ont  prouvé  qu'on  pouvoit  en  effet 
trouver  dans  l'hirondelle  salangane  cinq  espèces  bien  nettes, 
qui  seroient  les  Hirundo  gelatinosa  ,  borbonica ,  philippina  ,  ma- 
laisia  et  oualanensis.  Ailleurs  nous  établirons  leurs  distinc- 
tions. 


SAL  65 

Vhirundo  gelatinosa,  qui  produit  en  plus  grand  nombre  et 
d'une  qualité  plus  cslimée  les  nids  dits  de  salanganes ,  n'est  pas 
cependant  celle  décrite  par  plusieurs  auteurs.  Les  individus 
que  j'ai  vus  dans  le  pays  m'ont  permis  d'en  tracer  la  diagnose 
suivante:  Front  marron;  tour  des  yeux  noir;  occiput,  dos  , 
croupion,  couvertures  des  ailes  et  de  la  queue  d'un  noir  lus- 
tré ;  pennes  brunes;  gorge  et  devant  du  cou  d'un  marron, 
pâle;  ventre  d'un  blanc  sale;  couvertures  inférieures  de  la 
queue  grises  ,  avec  des  lignes  grises  ,  terminées  par  un  œil 
blanc  sur  chaque  plume  ;  bec  noir  et  uiince;  envergure  ,  huit 
pouces  ,  et  longueur  totale  ,  du  bout  du  bec  à  l'extrémité  de 
la  queue,   trois  pouces  neuf  lignes. 

Les  salanganes  vivent  comme  nos  hirondelles,  dont  elles  ont 
les  habitudes.  Comme  elles,  elles  volent  par  grandes  troupes 
dans  les  temps  chauds,  et  ne  sortent  point  de  leurs  nids  pen- 
dant la  pluie.  Chaque  soir  elles  y  rentrent  avant  quatre  heures; 
la  femelle  pond  deux  ou  trois  œufs,  qu'elle  couve  pendant 
quinze  jours,  et  aussitôt  que  les  petits  sont  envolés  ou  cou- 
verts de  plumes  ,  commence  l'époque  des  récoltes  des  nids  , 
que  les  oiseaux  font  en  deux  mois  ,  et  qu'ils  placent  dans  des 
crevasses  de  rochers  ,  à  l'abri  de  la  pluie ,  et  non  en  terre  , 
comme  l'a  prétendu  Gemelli  Carreri.  L'ennemi  le  plus  redou- 
table de  cette  espèce  d'hirondelle  se  trouve  être  un  milan  , 
qui  en  détruit  une  grande  quantité. 

Les  salanganes  n'existent  que  sous  la  ligne  équinoxiale  , 
entre  les  deux  tropiques,  et  dans  l'intervalle  desgS.'^à  160/ de- 
grés de  longitude  orientale.  On  en  trouve  la  première  variété 
aux  iles  de  France  et  de  Bourbon.  Elles  font  surtout  leurs 
nids  à  Java ,  à  Sumatra  et  à  Bornéo.  On  les  observe  sur  la 
côte  orientale  d'Asie  que  baigne  la  mer  de  Chine  ,  en  Co- 
chinchine,  au  Tonquin  et  à  Camboge.  Les  salanganes  vivent 
encore  aux  Moluques  et  aux  Philippines,  et  enfin  j'en  ai 
retrouvé  une  espèce  égarée  dans  la  mer  du  Sud  ,  à  l'île 
d'Oualan,  parles  160  degrés,  ce  qui  indique,  par  conséquent , 
qu'elle  doit  exister  aussi  sur  les  Carolines,  les  îles  Pelew  et 
les  Mariannes. 

La  forme  de  ces  nids  gélatineux  est  généralement  en  demi- 
sphère  ou  celle  d'une  petite  coupe;  si  elle  varie,  cela  tient 
parfois  à  l'état  de  gêne  que  l'oiseau  aura  éprouvé,  en  les  pla- 
47.  5 


6(r  s  AL 

çant  dans  des  fentes  de  rochers,  pour  leur  donner  la  forme 
régulière  qu'ils  possèdent  le  plus  ordinciirement. 

Ils  sont  composés  d'une  substance  blanche,  hyaline  ou  de- 
mi-transparente ,  dure  ,  consistant  en  filamens  entrecroisés  ou 
aréolaires  ,  mêlés  de  légères  touffes  de  coton  en  dedans  ,  ou 
de  quelques  bribes  de  duvet;  les  filamens  sont  superposés  et 
appliqués  dans  le  même  sens.  A  l'extérieur ,  cette  substance 
a  l'aspect  d'une  gélatine  très- blanche  et  desséchée  par  fila- 
mens soigneusement  accolés.  Ces  nids  parurent,  à  la  première 
vue,  à  l'intendant  Poivre,  ressembler  en  petit  à  des  bénitiers; 
on  ne  peut,  en  effet,  mieux  peindre  leur  forme  générale 
et  la  manière  dont  ils  sont  placés  sur  les  parois  des  cavernes, 
où  ils  sont  abondans. 

Chacun  de  ces  nids  pèse  au  plus  dix  grammes,  suivant  M. 
Sennebier  (Mémoire  autographe,  lu  à  la  Société  d'histoire 
naturelle  de  Genève  par  M.  Maunoir),  et  ce  poids,  dont  je 
me  suis  assuré,  est,  à  quelques  différences  près,  le  même 
pour  tous. 

Les  nids  parfaitement  blancs  sont  les  plus  estimés,  et  l'on 
sait  que  ce  sont  ceux  de  l'année,  tandis  que  les  gris  ont  déjà 
un  degré  prononcé  d'infériorité,  et  que  les  noirs  ou  les 
vieux  laissés  par  oubli  sont  dédaignés.  (  Marsden  ,  History  of 
Sumatra.  ) 

Quelle  est  la  composition  de  ces  nids  P  Les  Hollandois  . 
possesseurs  des  contrées  où  on  les  recueille,  dans  la  sagesse  de 
leur  esprit  mercantile  ,  éloîgnoient  avec  soin  tous  ceux  qui 
auroient  pu,  par  la  justesse  de  leurs  observations  ou  par 
leurs  lumières,  fournir  des  renseignemens  utiles  sur  ce  pro- 
duit, comme  sur  beaucoup  d'autres,  aux  nations  européennes. 
Ils  étoient  loin,  en  effet,  de  considérer  cette  branche  de 
commerce  coaimc  de  peu  d'importance  ,  et  pendant  long- 
temps la  compagnie  hoUandoise  des  Indes  la  fit  valoir  elle- 
même.  Ainsi ,  on  a  pensé  d'abord  que  ces  nids  étoient  formés . 
par  les  salanganes  ,  avec  le  stic  élaboré  et  retiré  de  la  sève 
d'un  arbre  appelé  calambnuc  ;  mais  ensuite  la  connoissance 
plus  positive  des  habiturles  littorales  de  ces  oiseaux,  le  gise- 
menl  des  nids,  qu'on  recueilloil  sur  le  bord  de  la  mer  ,  don- 
nèrent lieu  de  croire  qu'ils  éJoient  le  produit  d'une  nourri- 
ture dont  les  holothuries  (  holothuria  tuhulosa,  priape  marin  ) , 


SAL  67 

quelque  écume  de  la  mer,  le  frai  de  poissons,  les  fucus,  ce- 
lui appelé  edulis  surtout,  étoient  supposés  faire  la  base. 

Thuriberg  (Voyage au  Japon,  tom.  2  ,  p.  ôSj)  avoit appris 
sur  les  lieux  que  ces  nids  étoient  principalement  formés  avec 
la  graisse  qui  nage  sur  la  mer.  et  que  les  salanganes  les  pré- 
paroient  avec  un  jus  gommeux  qui  suinte  de  leur  bec  au 
temps  des  amours.  ' 

Sennebier,  éclairé  par  Tanalyse  chimique ,  affirmoit  que 
leur  composition  éîoit  semblable  aune  gelée  animale  ,  comme 
celle  de  veau,  par  exemple,  mais  plus  solide,  et  qu'elle  étoit 
élaborée  dans  Testomac  même  de  l'oiseau  ,  qui  la  dégorge  , 
l'attache  aux  rochers  et  la  ftiçonne  avec  ses  pattes  en  forme 
de  nid,  en  ayant  soin  de  la  mettre  toujours  bien  à  l'abri  des 
variations  de  l'atmosphère. 

Cette  opinion  de  Sennebier  et  de  Thunberg  a  pour  appui 
les  faits  cités  par  Poivre.  Ce  profond  observateur  trouva  sur 
un  îlot,  près  de  Java,  une  caverne  creusée  sur  le  bord  de  la 
mer,  dont  les  parois  en  étoient  tapissées.  Il  vit  également 
qu'à  cette  époque  (Mars  et  Avril  )  la  surface  de  cette  mer 
étoit  recouverte  de  frai  de  poissons  ,  délayé  et  étendu  comme 
de  la  colle  forte,  depuis  la  pointe  de  Sumatra,  à  l'ouest ,  jus- 
qu'à la  Nouvelle-Guinée,  et  depuis  Java  jusqu'en  Cochinchinc. 
Il  fit  recueillir  de  ce  frai,  le  fit  sécher,  après  l'avoir  isolé  de 
l'eau  de  la  mer,  et  il  lui  offrit  une  identité  parfaite  avec  les 
nids.  Seulement  il  présentoit  une  saveur  fortement  salée  , 
que  n'avoient  point  les  nids,  qui  lui  parurent  au  goût,  fades, 
inviscans  et  sans  odeur  sensible  ;  mais  nous  avons  eu  fré- 
quemment, dans  l'Inde,  l'occasion  de  reconnoître,  au  con- 
traire ,  cette  saveur  salée  dans  les  nids  frais  que  nous  goû- 
tâmes. 

Poivre  dut  alors  conclure  de  ses  observations  que  cette  mn- 
tlère  (le  frai  de  poisson)  étoit  nécessairement  la  base  des  nids 
de  salanganes;  etFourcroy  vint  étayer  cette  idée  par  l'analyse 
chimique. 


i  Pourquoi  ne  pourroit-on  pas  penser  que  ies  salanganes  recueil- 
lent, en  rasant  l'eau  de  la  iner,  une  espèce  d'adipocire  ,  une  vraie  cé- 
tine,  résultat  de  la  décompositioa  des  cctacés  ou  dti  poissons  nom- 
breux qui  habitent  cet  archipel  ? 


G8  S  AL 

Telles  étoient  les  opinions  doininanlcs  sur  la  formation  de 
ces  nids  jusqu'au  moment  où  sir  Staunton  et  Jean  Hooymann 
démontrèrent  que  les  salanganes  ne  font  pas  seulement  leurs 
nids  sur  les  rivages ,  mais  qu'on  en  rencontre  même  au  centre 
de  Java,  à  une  distance  considérable  dans  les  terres.  De  cette 
circonstance  .  sir  Staunton  en  conclut  qu'elles  ne  peuvent  em- 
ployer ,  pour  se  nourrir,  et  encore  moins  pour  former  leurs 
nids ,  et  les  mollusques  et  le  frai  de  poisson.  11  affirme  qu'elles 
vivent  seulemjent  d'insectes,  qu'elles  saisissent  au  vol  au-des- 
sus des  marais,  et  que  c'est  avec  le  résidu  d'un  tel  genre  de 
nourriture  qu'elles  composent  leurs  nids  ;  qu'enfin  il  est  im- 
possible que  cet  oiseau  aille,  souvent  contre  le  vent,  au-des- 
sus des  hautes  montagnes,  à  travers  une  étendue  considérable 
de  terrain,  recueillir,  sur  les  flots,  le  frai  en  question.  Mais, 
pour  répondre  à  plusieurs  des  faits  argués  par  sir  Staunton,  il 
suffit ,  ce  me  semble  ,  d'observer  qu'il  n'y  auroit ,  au  reste  ,  rien 
d'étonnant  qu'une  espèce  d'oiseau  qui  appartient  à  une  fa- 
mille dont  la  plupart  des  individus  sont  conformés  pour  les 
migrations  lointaines ,  franchisse  l'espace  d'une  vingtaine  de 
lieues,  pour  aller  chercher  ,  non  sa  nourriture,  mais  bien  les 
élémens  du  berceau  de  sa  famille.  Qui  niera  ,  peut-être,  que, 
même  sans  se  déplacer,  elle  ne  ti'ouve ,  dans  les  marais  ,  sur 
lesquels  on  l'a  vue  voler  par  habitude,  et  les  insectes  ailés 
qui  font  sa  pâture,  et  la  matière  adipocireuse  qui  constitue 
ses  nids?  On  ne  peut  pas  supposer ,  en  effet,  qu'un  oiseau 
insectivore  puisse  donner  naissance,  parle  résidu  de  ce  genre 
de  nourriture  ,  à  des  produits  tels  que  ceux  des  nids  de  sa- 
langanes; car  ce  fait  seroit  suffisamment  démenti  par  toutes 
les  espèces  du  même  genre  ,  qui  vivent  spécialement  d'insectes, 
et  qui  sont  bien  loin  de  donner  naissance  à  des  matières  d'ap- 
parence même  gélatineuse.  ' 

Voici  ce  qu'on  doit  regarder  comme  le  plus  voisin  de  la  vérité. 


i  L'opinion  de  M.  Lamouroux,  qui  admet  que  le  fucus  edulis  ou  un 
gelidium,  fournissent  seuls  la  matière  élémentaire  des  nids,  ne  doit 
pas  être  adoptée  en  principe  :  car  la  plupart  des  mers,  sur  les  côtes  des- 
quelles les  salanganes  vivent,  ne  possèdent  point  ces  fucus,  dont  la  pa- 
trie est  restreinte  à  l'archipel  d'Asie  ,  et  dont  on  ne  voit  aucune  trace 
dans  les  iles  Carolincs,  et  proche   les  îles  de  France  et  de  Bourbon. 


SAL  «9 

L'hirondelle  salangane  paroît  vivre  essentiellement  d'in- 
sectes ,  quelle  que  soit  sa  position  par  rapport  au  bord  delà 
mer;  mais  au  temps  de  la  ponte  et  successivement,  chaque 
paire,  ordinairement  sédentaire,  appeléepar  cette  prévoyance 
instinctive  que  nous  ne  pouvons  définir  ,  s'élance  vers  les 
lieux  où  elle  doit  trouver  les  matériaux  nécessaires  à  la  cons- 
truction de  son  nid  ,  de  même  que ,  quel  que  soit  i'éloignement 
de  notre  hirondelle  urbaine,  elle  parvient  à  trouver  la  terre 
glaise  qui  doit  façonner  la  demeure  de  ses  petits.  La  salan- 
gane pareillement  recueille,  en  rasant  les  flols,  la  matière 
animale  qui  nage  sur  leur  surface  ,  et  ,  par  un  travail 
viscéral  particulier  ,  qui  dépend  sans  doute  de  l'organisa- 
tion de  son  gésier,  elle  l'épure,  la  débarrasse  des  matières 
hétérogènes,  la  pétrit  à  l'aide  d'un  mucus,  dont  l'analogue 
est  chez  nous  le  suc  pancréatique,  en  forme  un  corps  géla- 
tino-muqueux  ,  visqueux  comme  l'ichthyocoUe ,  dont  il  par- 
tage la  plupart  des  propriétés  ,  et  le  divise  en  filamens  alors 
susceptibles  d'adhérer  entre  eux,  de  s'accoler  avec  exactitude, 
et  ce  sont  ces  filamens  qu'on  a  vus,  au  temps  des  amours, 
pendre  de  leur  bec  ,  et  que  quelques  voyageurs  ont  pris  pour 
un  suc  propre. 

Mais  la  diversité  des  jugemens  portés  sur  ces  nids,  ont  dû 
nécessairement  rendre  plus  obscurs  les  détails  qu'on  possé- 
doit  sur  eux,  et  même  faire  naître  des  doutes  sur  leur  exis- 
tence» réelle.  Aussi  voit-on  Ksempfer  (Hist.  du  Japon  )  affir- 
mer que  ces  nids  n'existent  pas  réellement  dans  l'état  naturel , 
et  qu'ils  sont  entièrement  le  produit  de  l'art.  «  Ils  sont ,  dit- 
«  il  ,  composés  de  polypes  marins  ,  ramollis  dans  une  disso- 
«  lution  d'alun,  et  lavés  jusqu'à  ce  qu'ils  deviennent  trans- 
«  parens.  » 

On  sait  que  parmi  ceux  qui  ont  eu  occasion  de  goûter  de 
ces  nids,  les  uns  leur  trouvent  un  goût  fade  et  insipide,  les 
autres  une  saveur  aromatique  ou  épicée.  En  effet,  cette 
denrée,  si  recherchée  des  Chinois,  a  éveillé  la  cupidité 
de  ce  peuple ,  et  les  moyens  de  sophistication  sont  venus 
aider  et  permettre  les  grandes  consommations  qu'ils  en 
font.  On  ne  doute  plus  aujourd'hui  qu'on  ne  compose,  dans 
ces  contrées,  avec  des  ailerons  de  requin,  le  priapus  et  sur- 
tout la  colle  de  riz ,  des  filamens  assez  semblables  à  une  pâte 


7*  SAL 

de  vermicelle ,  qu'on  aromatise  et  que  l'on  tisse  avec  beau- 
coup d'adresse  en  forme  de  nids  ordinaires.  Il  n'est  pas  dif- 
iicile  ,  dans  tous  les  cas,  de  les  distinguer,  même  au  premier 
examen;  et  leur  saveur,  qui  doit  varier  et  déceler  le  pi'incipe 
qui  la  fournit,  rendra  toute  méprise  impossible.  Ce  qui  peut 
engager  à  se  livrer  à  cette  supercherie,  est  l'insuffisance  des 
nids  naturels,  leur  consommation  étant  prodigieuse,  parce 
qu'elle  est  établie  sur  la  réputation  bien  ou  mal  acquise  de 
leurs  merveilleuses  propriétés. 

pire  combien  les  nids  de  salanganes  sont  estimés  des  peu- 
ples asiatiques,  chez  qui  on  les  recueille  ou  consomme,  ne 
pourra  bien  se  concevoir  que  par  les  sommes  énormes  qu'un 
objet  en  apparence  d'un  si  foible  intérêt,  rapportoit  annuel- 
lement à  la  compagnie  hoUandoise  des  Indes,  qui  s'étoit  em- 
parée du  monopole  de  cette  denrée.  Il  est  d'observation  que 
la  polygamie  qu'autorisent  les  lois  du  mahométisme  ,  de 
Brama,  de  Confucius,  énerve  bientôt  les  nations  qui  y  sont 
soumises;  aussi  rien  n'est  plus  ordinaire,  dans  les  contrées  où 
leur  culte  est  établi ,  que  de  voir  ces  peuples  se  livrer,  par 
tous  les  moyens  que  la  crédulité  peut  enseigner,  à  chercher 
des  recettes  aphrodisiaques  ou  jouissant  de  cette  réputation, 
des  analeptiques,  dont  l'efl'et  est  trop  souvent  inefficace  ,  pour 
ranimer  des  sens  blasés  par  des  jouissances  trop  répétées,  par 
des  excès  énervans  et  destructeurs. 

Le  saJep  des  OrientaJix  n'a  pas  d'autre  fondement  pour  sa 
renommée.  On  peut  lui  adjoindre,  sous  ce  rapport ,  le  fa- 
meux ginseng ,  le  coco  des  Maldives,  etc.  Par  le  fait,  les  nids 
de  salanganes  ne  jouissent  de  tant  de  vogue  que  par  l'assu- 
rance que  les  peuples  qui  en  font  usage,  ont  de  leurs  mer-r 
veilleuses  qualités  pour  soutenir  leurs  forces  physiques  dans 
des  luttes  qui  les  réclament  sans  partage.  On  doit  avouer  ce- 
pendant que  la  faculté  restaurante  spermatopée ,  attribuée 
à  cette  substance,  n'est  pas  chimérique  ,  et  que  l'analogie  qui 
existe  entre  elle  et  l'icbthyocolle,  ou  le  mucilage  animal  dont 
elle  paroît  composée ,  mais  avec  des  qualités  bien  autrement 
supérieures,  doit  nécessairement  la  maintenir  dans  la  haute 
opinion  que  ces  peuples  en  ont  conçue. 

Employés  seuls  ,  ces  nids  ne  pourroient  offrir  qu'un  mets 
fade  et  insipide;  mais,  relevé  par  un  cari,  ou  des  aromates 


SAL  71 

moins  (énergiques,  la  cardamome ,  le  curcuma  ,  le  gingembre, 
ou  seulement  des  épices  fines,  ce  mets  acquiert  une  saveur 
exquise  et  des  propriétés  restaurantes  et  excitantes  prononcées. 
Les  riches  Chinois  et  Cochinchinois ,  qui  les  aiment  avec  pas- 
sion, les  mangent  habituellement  sous  la  forme  culinaire 
suivante.  On  les  nettoie  et  on  les  met  tremper  :  alors  les  fila- 
mens  se  séparent,  se  ramollissent ,  se  gonflent;  puis  on  les 
place  sous  une  volaille  rôtie,  dont  ils  absorbent  le  jus,  en 
s'en  gorgeant.  Ces  procédés,  employés  par  nos  cuisiniers,  à 
une  légère difiTérence  près,  pour  les  viandes  farcies  de  truffes, 
donnent  un  mets  avidement  convoité  des  Européens  établis 
aux  Indes,  et  des  Apicius  chinois. 

La  préparation  la  plus  commune ,  cependant  ,  consiste  à 
faire  cuire  les  nids  de  salanganes,  avec  un  chapon  gras  ou  un 
canard,  dans  un  pot  de  terre  bien  fermé,  pendant  vingt- 
quatre  heures,  et  sur  un  petit  feu.  Cet  aliment  est  encore 
riche  en  principes  nutritifs,  et  est  servi  obligatoirement  dans 
les  repas  d'étiquette  au  Tonquin. 

Enfin  ,  on  en  fait  encore  des  soupes  et  des  bouillons  esti- 
més ,  des  ragoûts  à  la  manière  de  nos  champignons.  M.  Poivre 
eut  occasion  d'en  manger  préparés  de  cette  manière,  et  dé- 
clare les  avoir  trouvés  excellens  ,  surtout  lorsqu'on  les  ar- 
rangeoit  en  potage  avec  le  bouillon  de  bonne  viande. 

D'un  autre  côté,  Thunberg  dit  que  ce  mets  n'a  pas  beau- 
coup de  goût,  que  sa  saveur  est  fade;  mais  qu'il  est  très-nour- 
rissant et  qu'il  se  digère  très-aisément,  et  ce  sentiment  est 
confirmé  par  celui  du  baron  Milius,  qui  s'exprime  ainsi  sup 
le  compte  des  nids  de  salanganes  :  «  Le  nid  d'oiseau  est  une 
a  pâte  transparente,  sans  goût  ni  saveur  quelconque,  dont 
«  on  fait  des  soupes  que  l'on  m'assura  être  excellentes,  mais 
«  que  je  n'ai  pas  trouvées  telles.  ^^  Faut-il  ici  accuser  la  dé- 
licatesse d'un  palais  européen  ,  ou  penser  que  les  nids  n'ë- 
toientpas  accommodés  de  manière  à  pouvoir  plaire,  de  premier 
abord  et  sans  une  habitude  notable,  à  des  goûts  familiarisés 
avec   d'autres  alimens  ? 

En  résumé  ,  ce  genre  de  nourriture  vient  corroborer  les 
faits  avancés  sur  la  diététique  des  climats  chauds.  On  sait  que 
les  fruits,  les  alimens  végétaux,  les  liquides  émulsifs,  convien- 
nent spécialement  dans  les  régions  équatoriales  ;  les  chairs', 


7^  SAL 

les  boissons  fermentées,  dans  le  Nord  ,  et  que  la  nature  ,  en 
mettant  à  notre  disposition  des  moyens  nombreux  d'existence, 
a  encore  voulu  les  varier  à  l'infini. 

Les  propriétés  médicales  des  nids  de  salanganes  sont  loin 
d'être  aussi  inertes  que  le  pense  le  docteur  Geoffroy  (  Dict. 
desscicn.  méd.).  Il  est  certain ,  en  effet,  que,  quelle  que  S(iit 
l'analogie  qu'il  y  ait  entre  eux  et  l'iclilhyocolle,  les  propriétés 
singulièrement  nutritives  qui  les  distinguent,  sont  dans  un  état 
bien  autrement  élaboré  que  celles  que  la  colle  de  poisson 
proprement  dite  seroit susceptible  d'offrir.  En  effet,  l'estomac 
le  plus  délabré  et  qui  réclame  des  alimens  digérés  d'avance, 
pour  ainsi  dire,  n'a  pas  besoin  d'employer  de  contractions 
pour  agir  sur  un  mucilage  éminemment  réparateur  ,  qui  se 
dissout  sans  travail  et  de  lui-même,  et  qui,  en  entier,  four- 
nit aux  bouches  absorbantes  un  chyle  abondant. 

Les  Javanais  se  servent  des  nids  d'oiseaux,  dans  leur  théra- 
pie ,  pour  une  foule  de  cas;  mais,  à  part  leur  juste  réputa- 
tion dans  les  maladies  consomptives,  et  dont  la  plupart  sur- 
tout reconnoissent  chez  eux  l'épuisement  par  excès  des  plaisirs 
vénériens,  il  les  emploient  habituellement,  comme  topiques, 
dans  les  maladies  inflammatoires  locales,  et,  sous  forme  de 
cataplasmes,  contre  l'angine,  quelques  tumeurs,  etc. 

Les  nids  de  salanganes  ,  en  dernière  analyse ,  peuvent  donc 
être  considérés  comme  une  acquisition,  sinon  très -impor- 
tante, du  moins  non  à  dédaigner  dans  cette  longue  série  des 
maladies  chroniques  qui  réclament  un  régime  sévère,  un 
genre  de  nourriture  qui  puisse  ne  pas  fatiguer  des  organes 
malades,  tout  en  leur  transmettant  cependant  les  moyens  de 
réparer  leurs  pertes  et  celles  de  l'économie  en  général,  sans 
aggraver  les  accidens  des  systèmes  lésés. 

Les  nids  de  salanganes  ,  enfin  ,  doivent  surpasser  les  effets 
du  salep  et  des  autres  féciiles  restaurantes  par  l'animalisation 
qui  les  distingue ,  et  doivent  mériter,  tout  aussi  bien  que  tant 
d'autres  produits  plus  insignifians  et  plus  nuisibles,  et  dans 
des  cas  que  l'observation  médicale  fait  connoître  ,  un  rang 
dans  la  pharmacologie  et  une  place  dans  nos  officines. 

La  récolte  des  nids  est  assez  curieuse  pour  mériter  un  ins- 
tant de  fixer  nos  recherches.  Cette  partie  ne  laisse  rien  ^ 
désirer  dans  le  Mémoire  de  sir  Staunton. 


s  AL  73 

Bantam  et  Sumatra  fournissent  peu  de  ces  nids.  Les  lieux 
où  la  récolte  est  considérable ,  sont  Calappa-Nougal  et  Sampia , 
près  de  Batavia  :  aussi  la  compagnie  hollandoise  les  fit  exploi- 
ter long-temps  pour  son  propre  compte;  mais,  voyant  qu'elle 
n'en  retiroit  plus,  dans  les  derniers  temps,  le  même  bénéfice, 
elle  en  vendit  la  ferme  et  se  forma  un  revenu  plus  certain. 
Les  cavernes  des  rochers  de  l'île  Bonnet,  dans  le  détroit  de 
la  Sonde,  sont  tapissées  de  ces  nîds  ;  mais  Java  fournit  au- 
jourd'hui la  plus  grande  partie  de  ceux  qu'on  introduit  dans 
le  commerce.  On  évalue  à  vingt-cinq  quintaux  le  total  des 
récoltes,  et  si  l'on  y  ajoute  maintenant  ceu^x  formés  de  toute 
pièce  ,  on  pourra  juger,  par  la  comparaison  idéale,  combien 
est  grande  la  consommation  de  cette  production,  et  ,  se  rap- 
pelant que  chaque  nid  ne  pèse  guère  plus  de  dix  à  douze 
grammes  ,  combien  cet  archipel  produit  d'hirondelles  sa- 
langanes. 

Trois  montagnes  célèbres  par  leurs  nids  d'oiseaux  sont  si- 
tuées près  deSamarang,  sur  l'Ile  de  Java  ;  on  les  connoit  dans 
le  pays  sous  le  nom  de  Goa.  On  y  remarque  desu rochers  cre- 
vassés,  presque  inabordables  et  la  plupart  très-escarpés.  C'est 
là  que  les  salanganes  viennent  placer  leurs  nids,  à  labri  de 
toute  atteinte  des  intempéries  de  l'atmosphère  et  surtout  de 
la  pluie.  On  a  remarqué,  en  effet,  que  leur  instinct  les  por- 
toit  à  éviter  de  les  placer  même  sur  un  lieu  mouillé,  et  que, 
si  par  hasard  l'humidité  venoit  à  gagner  l'endroit  qu'elles 
avoient  choisi,  elles  l'abandonnoient  aussitôt  et  alloient  plus 
loin  recommencer  leur  ouvrage. 

Ces  nids  sont  adhérens  sur  la  surface  du  rocher.  Ils  sont 
placés  très-près  les  uns  des  autres,  par  rangées  exactement 
parallèles.  Il  n'y  a  aucune  différence  entre  ceux  qu'on  trouve 
sur  les  bords  delà  mer  et  ceux  de  l'intérieur  des  terres;  seu- 
lement ces  derniers  sont  en  plus  petit  nombre. 

Les  Javanais,  dit  sir  George  Staunton,  s'habituent  à  la  re- 
cherche des  nids  dès  leur  enfance,  et  ce  genre  de  profession 
n'est  pas  sans  danger.  Les  cavernes  qui  occupent  le  centre  des 
rochers  sont  immenses,  et  offrent  communément  les  grandes 
nichées  de  ces  oiseaux  à  des  hauteurs  variables  ,  depuis  5o 
pieds  jusqu'à  5oo  ,  par  lignes  symétriques  ,  comme  nous  l'a- 
yons dit  tout-à-l'heure.  Ils  ne  peuvent  ainsi  y  descendre  qu'au 


74  SAL 

moyen  d'échelles  de  cordes  ou  de  bambous,  et  jamais  sans 
qu'ils  n'arrivent  dans  des  lieux  irréguliers  et  dangereux  ,  très- 
oLseurs  en  outre,  puisqu'ils  sont  obligés  de  s'éclairer  avec 
des  torches  résineuses  fiâtes  de  cire  et  de  filaniens  internes 
d'arek  ,  qu'ils  reçoivent  des  mains  de  leurs  bonzes.  Les  grandes 
récoltes  ne  commencent  même  jamais  sans  faire  un  sacrifice  à 
Itur  divinité,  après  avoir  toutefois  parfumé  l'entrée  des  ca- 
vernesavecdu  benjoin,  et  s'être  munis  de  force  prières  pour 
le  succès  de  leur  chasse  et  sa  terminaison  à  bien. 

Les  Cochinchinois  font  la  récolte  des  nids  de  salanganes  en 
Juillet  et  Août;  les  Javanais ,  trois  fois  par  an,  aussitôt  que 
les  petits  sont  envolés,  et  cette  opération  ne  dure  jamais  plus 
d'un  mois.  Aussitôt  qu'elle  est  terminée  ,  les  nids  sont  net- 
toyés,  séchés;  puis  on  les  met  dans  de  petits  paniers,  qu'on 
porte  à  Batavia,  l'entrepôt  général  ,  et  d'où  on  les  expédie 
ensuite  pour  la  Chine. 

On  calcule  que  Batavia  en  exporte  annuellement,  des  iles 
de  l'Est,  mille  picles.  La  picle  valant  vingt -cinq  livres,  le 
nid  pris  pour  une  demi-once,  on  a  été  fondé  à  donner  ce 
calcul  intéressant,  qu'on  devoit  compter  quatre  millions  de 
ces  nids,  lesquels,  à  deux  ou  trois  petits  par  couvée  ,  plus 
le  père  et  la  mère,  donnoicnt  au  total  vingt  millions  de  sa- 
langanes. Long-temps  les  nids  blancs,  d'une  belle  transpa- 
rence, furent  vendus  poids  pour  poids  d'argent.  Sir  Stamford 
Raffles,  gouverneur  de  Java,  dit,  dans  l'histoire  qu'il  a  pu- 
bliée de  cette  lie,  que  la  livre  se  paie  trente  piastres.  Mais 
cette  élévation  de  prix  n'existe  probablement  que  lorsque  les 
récoltes  ont  été  peu  productives. 

Les  nids  dont  la  teinte  est  grise  ont  peu  de  valeur.  Les  noirs 
sont  entièrement  rejetés.  (R.  P.  Lesson.  ) 

SALANGUET.  (Bot.)  Nom  du  chenopodium  maritimum , 
Linn.,  en  Provence.  (Lem.) 

SALANX,  Salanx.  (Ichtli-yol.)  M.  Cuvier  a  désigné  par  ce 
mot  un  genre  de  poissons  malacoptérygiens  abdominaux,  voi- 
sins des  Chauliodes  et  des  Orphies,  et  qui  appartiennent  à  la 
famille  des  Siagonotes  de  M.  Duméril. 

Ce  genre  est  reconnoissablc  aux  caractères  suivans  : 

Pas  de  nageoire  adipeuse  ;  hord  de  la  mâchoire  supérieure 
formé  par  Vinter maxillaire  sans  pédicule:  maxillaires  sans  dents, 


SAL  75 

et  cachés  dans  ^épaisseur  des  lèvres  ;  tête  déprimée }  opercules  se 
reployant  en  dessous  ;  quatre  rayons  plats  aux  ouïes;  mâchoires 
pointues  ,  garnies  chacune  d'une  rangée  de  dents  crochues  ;  l'infé- 
rieure un  peu  alongée  au-delà  de  la  symphyse  par  un  petit  ap- 
pendice qui  porte  des  dents  ;  palais  et  fond  de  la  bouche  entière- 
ment lisses;  aucune  saillie  linguale. 

Ce  genre  ne  renferme  encore  qu'une  seule  espèce.  Elle  est 
nouvelle.  Voyez  Ésoces  et  Siaconotes.  (H.  C.) 

SALAO.  (Bot.)  Nom  donné  par  les  Portugais  du  Malabar 
au  katou  -patsjolti ,  regardé  par  Burmann  comme  variété  du 
crolon  caslaneifolium.  Le  petit  arbre  qu'ils  nomment  salua  fe- 
mea,  et  que  Burmann  croyoit  être  un  calophyllum ,  est  rapporté 
au  tetracera  par  M.  De  CandoUe.  Le  saloins  des  mêmes  auteurs 
est  Vantidesma  syWestris.   (  J.  ) 

SALAR.  {Conchyl.)  Adanson  (Sénég.,  page  97,  pi.  6)  dé- 
crit et  figure  sous  ce  nom  une  espèce  de  cône  que  Bruguière 
rapporte  au  cône  tulipe.  (De  B.  ) 

SALAR.  {Ichthyol.)  Nom  latin  du  Saumon.  Voyez  ce  mot. 
(H.C.) 

SALARIAS  ,  Salarias.  (  Ichthyol.  )  M.  le  baron  Cuvier  a 
donné  ce  nom  à  un  genre  de  poissons  formé  aux  dépens  de 
celui  des  blennies  de  la  plupart  des  ichthyologistes,  apparte- 
nant à  sa  famille  des  gobioides  ,  parmi  les  acanthoptérygiens, 
et  rentrant  dans  celle  des  auchénoptères  de  M.  Duméril. 

On  reconnoit  ce  genre  aux  caractères  suivans  : 

Corps  nu,  alongé  ;  trous  des  branchies  latéraux  ;  yeux  latéraux 
aussi;  catopes  très -petits,  jugulaires  et  composés  seulement  de 
deux  rayons;  une  seule  nageoire  dorsale;  dents  longues,  égales, 
sur  une  seule  rangée,  fort  serrées,  comprimées  latéralement ,  cro- 
chues au  bout,  d'une  minceur  inexprimable ,  en  nombre  énorme 
et  mobiles,  à  la  manière  des  touc}ies  d'un  clavecin;  télé  compri- 
mée obliquement,  très-étroite  vers  le  haut,  large  transversalement 
en  bas;  lèvres  charnues  et  renjlées ;  front  vertical. 

hts  Salarias  différent  donc  des  Uranoscopes  et  des  Batra- 
CHoÏDKs ,  qui  ont  les  yeux  très-verticaux  ;  des  Chrysostromes 
et  des  KuRTEs,  qui  ont  le  corps  ovale  ;  des  Callionymes,  qui 
ont  les  trous  des  branchies  ouverts  sur  la  nuque  ;  des  Gol- 
NELLEs  et  des  Ougopodes  ,  dont  les  catopes  n'ont  qu'un  seul 
rayon;  des  CAtuoMOREs ,  des  Vives  et  de  tous  les  Gades,  chex 


76  SAL 

lesquels  ces  nageoires  en  ont  au  moins  six  ;  des  Blenxjes, 
dont  les  dents  n'offrent  ni  le  même  mode  de  mobilité,  ni 
la  même  minceur;  des  Clinus,  dont  les  dents  sont  disposées 
sur  plusieurs  rangs  ;  des  Opistognathes  ,  qui  les  ont  en  râpe. 
(Voyez  ces  divers  noms  de  genres  et  Auchénoptiïres  dans  le 
Supplément  du  tome  III  de  ce  Dictionnaire.) 

Les  poissons  qu'on  connoit  dans  ce  genre,  viennent  de  la 
mer  des  Indes.  Leurs  intestins,  roulés  en  spirale,  sont  plus 
minces  et  plus  longs  que  dans  les  Blennies  proprement  dits. 

Parmi  eux  nous  citerons  : 

Le  Salarias  quadripenne  :  Salarias  quadripennis ,  Cuvier  ; 
Blennius  gattorugine,  Forskal.  Un  appendice  palmé  aiiprès  de 
chaque  oeil  et  deux  appendices  semblables  auprès  de  la  nu- 
que; dos  rayé  de  brun,  avec  des  taches  claires  et  foncées; 
nageoires  Jaunâtres. 

De  la  taille  de  six  à  sept  pouces. 

Ce  salarias  fréquente  les  eaux  de  la  Méditerranée  et  de 
l'océan  Atlantique.  Sa  chair  est  d'une  saveur  agréable. 

Les  Vénitiens  l'appellent  gattorugine ,  et  les  Arabes  , 
Jcoschar. 

Le  Salarias  de  Scjef  :  Salarias  sujefianus  ;  Blennius  simus. 
Un  très-petit  appendice  non  palmé  au-dessus  de  chaque  œil  ; 
ligne  latérale  courbe;  nageoire  du  dos  réunie  à  celle  de  la 
queue  ;  taille  de  trois  à  quatre  pouces. 

On  doit  à  Sujef  la  connoissance  de  ce  poisson. 

Le  Salarias  sauteur  :  Salarias  saliens  ;  Blennius  saliens , 
Lacép.  ;  Alticus  desuUor,  Commerson.  Nageoires  pectorales 
presque  aussi  longues  que  le  corps,  qui  est  d'un  brun  rayé 
de  noir;  taille  de  deux  pouces  à  deux  pouces  et  demi. 

Ce  poisson  s'élance  avec  agilité,  glisse  et  semble  voler  à  la 
surface  de  la  mer  sur  les  côtes  de  la  Nouvelle-Bretagne  ,  où 
il  a  été  découvert  par  Commerson.   (H.  C.  ) 

SALASSl-PUTl.  {Bot.)  Nom  du  basilic  ordinaire  à  Java, 
suivant  Burmann.  (J.) 

SALAXIS.  (Bot.)  Genre  de  plantes  dicotylédones,  à  fleurs 
complètes,  monopétalées  ,  de  la  famille  des  éricinées  ,  de  l'oc- 
tandrie  monogynie  de  Linnseus,  offrant  pour  caractère  essen- 
tiel: Un  calice  à  quatre  folioles  irrégulières;  une  corolle  cam- 
panulée  ,  à  quatre  divisions;  huit  étamines;  un  stigmate  pelté; 


SAL  77 

une  capsule  presque  en  drupe  ,  à  trois  loges;  une  semence 
dans  chaque  loge. 

Ce  genre,  établi  par  "W'illdenow,  ne  nous  est  connu  que 
par  le  peu  qu'il  en  a  dit  ;  il  en  présente  trois  espèces  , 
savoir  : 

1."  Le  Salaxis  arborescens ,  "Willd.,  Enum.  pi. ,  i  ,  pag.  41  5. 
Arbrisseau  qui  s'élève  à  la  hauteur  d'environ  neuf  pieds  , 
chargé  de  feuilles  ternées,  un  peu  cylindriques,  appliquées 
entre  les  rameaux.  Les  fleurs  sont  latérales,  presque  termi- 
nales, portées  sur  des  pédoncules  pubescens. 

2."  Le  Salaxis  montana ,  très-rapproché  de  l'espèce  précé- 
denle,  a  des  feuilles  ternées,  appliquées  contre  les  rameaux, 
mai*tétragones.  Les  fleurs  sont  latérales,  pi-esque  leîu'nales.: 
leurs  pédoncules  glabres.  Ces  deux  espèces  ont  été  décou- 
vertes à  l'ile  Bourbon  par  M.  Bory-Saint- Vincent. 

3."  Le  Salaxis  abietina,  à  feuilles  linéaires,  étalées,  réiinies 
presque  six  par  six,  mais  seulement  au  nombre  de  trois  sur 
les  rameaux.  Les  fleurs  sont  latérales,  presque  terminales. 
Cette  plante  croît  à  l'ile  Maurice,  où  elle  a  été  recueillie  par 
M.  Bory-Saint-Vincent.  (Poir.) 

SALBANDE.  {Min.)  Transformation  en  françois  du  mot 
allemand  Saalband,  qui  s'applique  à  la  ligne,  surface  ou  tis- 
sure, qui  sépare  un  lilon  de  la  roche  attenante.  Quelquefois 
la  salbande  consiste  en  une  simple  fissure,  assez  plane,  assez 
unie  et  souvent  même  polie.  Les  roches  de  quarz,  comme 
polies  naturellement,  sont  ordinairement  des  parties  de  roches 
ou  défilons  qui  forment  ces  salbandes.  Quelquefois  aussi  elles 
sont  enduites  d'une  couche  mince  d'argile  lithomarge,  qui 
détermine  d'une  manière  sensible  le  plan  de  séparation  du 
filon  et  de  la  roche. 

Il  ne  faut  pas  confondre  ce  mot  avec  Fallband,  qui  s'ap- 
plique particulièrement  au  micaschiste  et  à  Tamphibolite 
pyriteux,  qui,  dans  la  mine  d'argent  de  Kongsberg  en  Nor- 
wége ,  renferment  les  filons  argentifères  les  plus  riches. 
(B.) 

SALDE,  Salda.  (Entom.)  C'est  le  nom  donné  par  Fabricius 
à  un  genre  d'insectes  hémiptères  delà  famille  des  frontirostres 
ou  rhinostomes. 

Ces  espèces  avoient  été  rapportées  au  genre  Acanihie  ou  à 


7»  S  AL 

celui  des  Lygées.  Telles  sont  les  acanthiesdu  zostère,  littorale, 
sylvestre,  etc.  (C.  D.) 

SALDITS.  (Bot.)  Nom  cité  par  Flacourt  d'une  plante  de 
Madagascar,  dont  les  fleurs  rouges  forment  des  panaches  agréa- 
bles. Sa  graine,  prise  a  l'intérieur,  provoque  le  vomissement , 
et  sa  racine,  prise  en  poudre,  l'arrête,  suivant  le  témoignage 
de  l'auteur.  (J.) 

SALDORIJA.  (Bot.)  Nom  qu'on  donne  dans  le  royaume 
de  Murcie,  en  Espagne,  au  satureja  ohovala,  Lagasc.  Cette 
plante  est  employée  à  Valence  pour  assaisonner  les  olives, 
et.  par  suite  de  cet  usage,  elle  y  est  appelée  herbe  aux  olives. 
(Lem.)  ^ 

SkUL.  {Icht]vyol.)'Nom  spécifique  d'un  pomacanthe,  c/iœ- 
toàon  sordidus.  Linn.  Voyez  Pomacanthe.  (H.  C.  ) 

SALÉE.  {Bol.)  Nom  malais  de  la  larmille  ,  coix  lacrjma , 
Linn.  ,  graminée  dont  on  mange  la  graine  dans  les  Indes 
orientales.  Le  salée-outan  est  le  coix  agrestis,  Lour. ,  dont  on 
ne  fait  point  usage.  (  Lem.  ) 

SALÈGRES.  {Min.)  Nom  qu'on  donne,  dit  Valmont  de 
Bomare ,  à  des  pierres  salées  extraites  des  mines  de  sel,  et 
qu'on  suspend  dans  les  étables  à  bœuf  et  à  moutons  pour  être 
léchées  par  ces  animaux. 

C'est  probablement  un  calcaire  argileux  ou  un  gypse  sali- 
fères.  (B.) 

SALEMANDER.  {Erpét.)  Nom  flamand  de  la  salamandre 
terrestre.  Voyez  Salamandre.  (H.  C.) 

SALENGRE.   {Bot.)  Voyez  Olivastre.  (J.) 

SALEP.  {Bot.)  C'est  la  racine  tubéreuse  d'une  espèce  d"or- 
chis,  que  plusieurs  auteurs  croient  être  Vorchis  mascula,  qui 
est  composée  de  deux  petits  tubercules  unis  ensemble.  Elle 
est  indiquée  comme  bonne,  étant  prise  à  l'intérieur,  pour 
rétablir  les  forces  épuisées,  et  on  en  fait  beaucoup  d'usage 
dans  le  Levant,  d'où  elle  nous  est  apportée,  après  avoir  subi 
une  préparation  qui  en  sépare  la  partie  mucilagineuse  et  la 
rend  plus  ferme.  On  a  essayé  de  préparer  de  la  même  ma- 
nière la  racine  à  double  tubercule  de  Yorchis  militaris,  du  sa- 
tyrium  et  de  quelques  autres  genres,  et  l'essai  a  réussi.  On 
prépare  également  la  racine  à  tubercule  simple  et  palmé  de 
quelques  autres,  tel  que  Vorchis  latifolia.  (J. ) 


SAL  79 

SALGEIRA.  (Bot.)  Les  Portugais  de  la  côte  malabare  don- 
nent ce  nom  à  différens  arbres  ou  arbrisseaux  du  Malabar. 
Les  salgeira  sativo ,  major  et  mainato  sont  des  espèces  de  man- 
glier,  rhizophora.  Le  salgeira  fermea  paroit  être  un  œgiceras , 
et  le  salgeira  falzœ  un  lagetta.  Vavicennia  tomentosa  est  nommé 
par  les  mêmes  salgueira.  (J.) 

SALGUEIRA.  (Bot.)  Voyez  Salgeira.  (J.) 

SALHEYEH.  {Ichtliyol.)  Nom  spécifique  d'un  Mormyre. 
Voyez  ce  mot.  (  H.  C  ) 

SALI.  (  Ornith.)  Le  martin-chasseur  à  tête  rousse  est  ainsi 
nommé  aux  îles  Mariannes.  (Ch.  D.) 

SALICAIRE;  Ljthrum,  Linn.  (Bot.)  Genre  déplantes  di- 
cotylédones polypéfales  ,  de  la  famille  des  Salicariées  ou  ly- 
thraires  .  Juss.  ,  et  de  la  dodécandrie  monogjnie  de  Liunœus, 
dont  le  caractère  essentiel  est  d'avoir  :  Un  calice  monophyllc, 
cylindrique,  découpé  à  son  bord  en  douze  dents  alternative- 
ment plus  grandes  et  plus  petites;  une  corolle  de  six  pétales 
insérés  entre  les  dents  du  calice;  douze  étamines  à  filamens 
de  la  longueur  du  calice,  disposés  sur  deux  rangs:  un  ovaire 
supère,  oblong,  surmonté  d'un  style  subulé,  de  la  longueur 
des  étamines,  termine  par  un  stigmate  orbiculaire;  une  cap- 
sule oblongue,  à  deux  loges,  enveloppée  par  le  calice  per- 
sistant, et  renfermant  des  graines  petites  et  nombreuses.  Le 
nombre  des  parties  de  la  fleur  est  très-sujet  à  varier  dans  ce 
genre. 

Les  salicaires  sont  des  plantes  le  plus  souvent  herbacées,  ra- 
rement frutiqueuses,  à  feuilles  entières,  opposées  ou  verticil- 
lées,  ou  quelquefois  alternes;  dont  les  fleurs  sont  disposées 
par  verticilles  rapprochés  en  épi  terminal  ou  parfois  axillai- 
res.  On  en  connoît  une  quinzaine  d'espèces,  dont  les  unes 
croissent  naturellement  en  Europe  ou  en  Asie  ,  et  dont  les 
autres  appartiennent  à  l'Amérique. 

Salicaire  commune  :  Lytlirum  salicaria,  Linn.,  Sp.,  640;  FI. 
Dan.,  tab.  671.  Ses  racines  sont  fît)reuses,  vivaces;  elles  pro- 
duisent une  ou  plusieurs  tiges  quadrangulaires,  un  peu  rou- 
geâtres,  hautes  de  trois  à  quatre  pieds,  simples  inférieurement, 
rameuses  dans  leur  partie  supérieure,  garnies  de  feuilles  alon- 
gée  ,  lancéolées ,  échancrées  en  cœur  à  leur  base,  sessiles,  oppo- 
sées ,  quelquefois  tcrnées  ou  même  quaternées.  Ses  ûeurs  sont 


8o  S  AL 

d'une  belle  couleur  purpurine,  disposées  par  verliciiles  dans 
les  aisselles  des  feuilles  supérieures,  sessiles  ou  portées  sur  de 
très-courts  pédoncules  ,  et  formant  dans  leur  ensemble  un  long 
épi  terminal.  Leur  corolle  est  à  six  pétales,  et  elles  ont  douze 
étamines.  Cette  plante  croît  en  Europe  et  dans  l'Amérique 
septentrionale,  sur  les  bords  des  étangs,  des  rivières  et  des 
fossés  aquatiques.  Elle  passe  pour  vulnéraire  et  astringente, 
mais  à  peine  si  aujourd'hui  elle  est  employée  en  médecine. 
Les  agronomes  la  regardent  comme  nuisant  dans  les  prairies 
à  la  qualité  du  foin,  surtout  lorsqu'elle  y  est  un  peu  multi- 
pliée. Les  habitans  du  Kamtchatka  mangent  ses  feuilles  cuites 
comme  on  fait  ailleurs  des  épinards,  et  ils  boivent  la  décoc- 
tion de  la  plante  en  guise  de  thé;  ils  mangent  aussi  la  moelle 
des  tiges,  crue  ou  cuite,  comme  un  mets  recherché,  et,  met- 
tant fermenter  cette  moelle  dans  de  l'eau  ,  ils  en  font  une  sorte 
de  vin  qu'on  peut  convertir  en  vinaigre,  et  qui  donne  de 
l'eau-de-vie  à  la  distillation. 

Salicaire  effilée;  Lji'tlirum  virgatum ,  Linn.,  5p.,  642.  Ses 
tiges  sont  lisses,  quadrangulaires,  droites,  hautes  de  deux 
pieds  ou  environ,  divisées,  dans  leur  partie  supérieure,  en 
rameaux  effilés  et  garnies  de  feuilles  étroites ,  lancéolées,  pres- 
que ré'récies  en  pétiole  à  leur  base,  opposées  dans  la  partie 
inférieure  des  tiges,  alternes  dans  le  haut.  Ses  fleurs  sont  pur- 
purines, pédiculées,  au  nombre  de  deux  à  trois  dans  les  ais- 
selles des  feuilles  supérieures  et  formant  dans  leur  ensemble 
une  longue  grappe  terminale.  La  corolle  a  six  pétales,  et  les 
étamines  sont  au  nombre  de  douze.  Cette  espèce  est  vivace; 
elle  croit  en  Autriche,  en  Hongrie,  en  Italie,  sur  le  Caucase, 
et  en  Caroline  dans  l'Amérique  du  Nord. 

Salicaire  a  feuilles  linéaires;  Ljthi^um  lineare,  Linn.  Sp., 
641.  Ses  tiges  sont  anguleuses,  filiformes,  droites,  hautes  de 
quinze  à  vingt  pouces,  divisées  en  rameaux  nombreux,  et  gar- 
nies de  feuilles  linéaires,  glabres,  opposées  inférieurement , 
alternes  dans  la  partie  supérieure  des  tiges  et  des  rameaux. 
Les  fleurs  sont  petites,  purpurines  ou  blanches,  disposées  en 
un  long  épi  à  l'extrémité  des  rameaux.  La  corolle  a  six  pé- 
tales, comme  dans  les  précédentes,  mais  il  n'y  a  que  six  éta- 
mines. Cette  espèce  croit  dans  les  lieux  marécageux  de  la  Ca- 
roline et  de  la  Virginie. 


SAL  8i 

SALrcAiRE  A  FEUILLES  d'hyssope;  Ljthrum  hyssopifolia ,  Linn. , 
Sp.,  642.  Ses  tiges  sont  longues  d'un  pied  à  dix-huit  pouces, 
très-ranieuses,  couchées  à  leur  base,  garnies  de  feuilles  linéai- 
res, obtuses  ou  à  peine  aiguës,  le  plus  souvent  toutes  alternes. 
Ses  fleurs  sont  petites,  d'un  pourpre  clair,  solitaires  dans  les 
aisselles  des  feuilles  supérieures;  la  corolle  est  à  six  pétales, 
et  il  n'y  a  que  six  étauiines  :  cette  plante  est  annuelle.  On  la 
trouve  dans  les  lieux  humides  et  inondés,  en  France,  en 
Suisse,  en  Italie,  en  Angleterre,  etc.,  sur  les  côtes  de  Bar- 
barie. 

Salicaire  a  feuilles  de  thvm;  Lythrum  thjmifolia  ^  Linn. ,  5p., 
642.  Cette  espèce  ressemble  beaucoup  à  la  précédente,  mais 
elle  est  en  général  moitié  plus  petite  ;  son  calice  n'a  que  quatre 
dents:  sa  corolle  que  quatre  pétales,  et  il  n'y  a  que  deux  éta- 
mines.  Cette  plante  croit  dans  les  lieux  humides  du  Midi  de 
la  France  et  de  l'Europe;  on  la  trouve  aussi  dans  le  Nord  de 
l'Afrique.  (L.  D.) 

SAIJCARIA.  [Bot.)  Ce  nom  latin  de  la  salicaire,  donné 
par  Tournefort,  et  par  d'autres  avant  lui,  a  été  changé  par 
Linna-us  en  celui  de  Ijtlirum,  qui  a  prévalu.  (J. ) 

SALICARIA.  (Oniith.)  C'est  la  fauvette  des  roseaux,  mo' 
tacilla  salicaria  ,  Gniel.   (Ch.  D.) 

SALICARIÉES  ,  SALICAIRES.  (Bot.)  C'est  sous  ce  nom 
qu'étoit  désigné  primitivement  la  famille  des  plantes  connue 
maintenant  sous  celui  de  lythraires,  provenant  de  son  genre 
principal  Lythrum  de  Linnaeus,  auparavant  Sa/icar/a  de  Tour- 
nefort et  des  anciens.  Ce  choix  a  été  déterminé  pour  éviter 
la  confusion  de  nomenclature  avec  la  nouvelle  famille  des 
ialicinées.  (J. ) 

SALICASTRUM.  (Bot.)  La  plante  que  Pline  nommoit  ainsi 
est,  selon  Anguillara  et  Gesner,  la  douce-amère  ,  so/anum  du/- 
camara;  selon  d'autres  le  taminier.  tamus  communis.   (J.) 

SALICINÉES.  (Bot.)  Famille  de  plantes  établie  pour  placer 
le  saule,  le  peuplier  et  quelques  autres  genres  que  M.  de 
Jussieu  range  parmi  les  amentacées.  (  L.  D.) 

SALICOQUE.  [Crust.)  Ce  nom  est  vulgairement  employé 

sur   les  côtes  septentrionales   et  occidental/es  de   la   France 5 

pour  désigner  les  crevettes  qui  appartiennent  au  genre  Pa- 

lémon  (voyez  Farticle  Malacostracés,  tom.  XXVIIl,  p.  32C, 

47.  6 


82  SAL 

de  ce  Dictionnaire).  M.  Latreille  a  employé  cette  désigna- 
tion au  pluriel,  pour  désigner  une  famille  particulière  de 
crustacés  décapodes  macroures,  dont  ce  même  genre  Palémon 
est  le  type.  11  la  caractérise  ainsi  :  Pattes  indivises,  ou  n'ayant 
au  plus,  et  seulement  dans  un  petit  nombre  d'espèces,  qu'un 
petit  appendice  sétiforme,  inutile  à  la  locomotion  ,  situé  près 
de  leur  base;  pédoncule  des  antennes  latérales  recouvert 
d'une  grande  écaille ,  annexée  à  sa  base  ;  ces  antennes  situées 
au-dessous  des  mitoyennes  ou  insérées  plus  bas.  Les  genres 
compris  dans  cette  famille,  portent  les  noms  de  Pontophile, 
Crangon  ,  Atye ,  Stenope,  Penée  ,  Hyménocère  ,  Gnatho- 
phylle,  Nika  ou  Processe,  Autonomée,  Alphée  ,  Pandale , 
Palémon,    Lysmate  ,  Athanas  et  Pasiphaé.  (Desm.  ) 

SALICOR.  (Bot.)  On  désigne  sous  ce  nom  une  espèce  de 
soude  cultivée  sur  les  bords  de  la  Méditerranée  ,  dans  les  envi- 
rons de  Narbonne.  Marcorelle,  correspondant  de  l'Académie 
des  sciences,  a  donné,  dans  le  cinquième  volume  du  Recueil 
ancien  dessavans  étrangers,  un  long  mémoire  sur  ses  carac- 
tères, sa  culture,  son  exploitation,  ses  produits  et  ses  divers 
usages  :  suivant  lui  c'est  le  kali  majus  cochleato  semine  de  C. 
Bauhin,  qu'il  rapporte  au  salsola  kali  de  Linnaeus.  mais  qui 
est  plutôt  le  salsola  soda  du  même  auteur.  La  qualité  du  pro- 
duit de  cette  plante  est  supérieure,  selon  lui,  à  celle  du 
kali  spinosum  cochleatiim  ou  salsola  Iragus  de  Linnaeus,  connu 
dans  le  pays  sous  le  nom  de  sahovie.  11  dit  encore  qu'on  la 
détériore  quelquefois  par  le  mélange  du  produit  du  salicor- 
nia ,  auquel  quelques  personnes  donnent  aussi  le  nom  ae 
salicor.  On  peut  renvoyer  au  mémoire  de  Marcorelle  ceux 
qui  auroient  intérêt  à  connoitre  le  salicor  plus  en  détail. 
(J.) 

SALICORNE;  Salicornia,  Linn.  {Bot.)  Genre  de  plantes  di- 
cotylédones apétales,  de  la  famille  des  atriplicées,  Juss.,  et  de 
la  monandrie  monogynie  de  Linnaeus,  qui  a  pour  caractères  : 
Un  calice  presque  tétragone  ,  ventru,  entier,  persistant  ;  point 
de  corolle;  une  ou  deux  étamines  à  filamens  subulés ,  plus 
longs  que  le  calice;  un  ovaire  supère,  ovale,  surmonté  d'un 
style  court,  terminé  par  un  stigmate  bifide;  une  seule  graine 
recouverte  par  le  calice  renllé. 

Les  salicornes  sont  des  plantes  herbacées  ou  des  arbustes  à 


SAL  85 

rameaux  opposés,  articulés,  dépourvus  de  feuilles,  et  dont 
les  fleurs  sont  peu  apparentes  ,  sessiles  et  axillaires.  On  en 
compte  une  douzaine  d'espèces.  Les  suivantes  croissent  natu- 
rellement en  France. 

Salicorne herhacée:  Salicorniaherhacea ,  Linn.,  Sp.,  S  ;  Lam., 
lllust.,  tab.  4,  fig.  I.  Sa  racine  est  annuelle;  elle  produit  une 
tige  herbacée,  haute'  de  quatre  k  dix  pouces,  divisée  en  ra- 
meaux charnus,  articulés,  dépourvus  de  feuilles.  Ses  fleurs 
sont  verdàtres,  réunies  trois  ensemble  à  l'aisselle  des  articu- 
lations supérieures,  qui  sont  un  peu  comprimées  latéralement, 
presque  toujours  plus  hautes  que  larges,  et  qui  forment  dans 
leur  ensemble  une  sorte  d'épi  court  et  cylindrique.  Cette 
plante  croit  dans  les  marécages  sur  les  bords  de  l'Océan  et  de 
la  Méditerranée. 

En  Angleterre  et  dans  quelques  autres  contrées  on  fait  con- 
fire dans  le  vinaigre  les  jeunes  rameaux  de  la  salicorne  her- 
bacée, et  on  les  met,  ainsi  préparés,  comme  assaisonnement 
dans  les  salades.  Les  troupeaux  recherchent  la  plante  fraîche 
et  paroissenf  la  manger  avec  plaisir. 

Salicorne  frlitioueIjSE  :  Salicornia  fruticosa ,  Linn.,  Sp. ,  5; 
Lam.,  lllust.,  tab.  4,  fig.  2.  Cette  espèce  diflFère  de  la  précé- 
dente par  sa  tig'e  ligneuse,  plus  élevée;  par  ses  articulations, 
dont  celles  qui  donnent  naissance  aux  fleurs  sont  très-rappro- 
chées  les  unes  des  autres  ,  ordinairement  plus  larges  que 
hautes,  et  par  ses  épis  du  fleurs  plus  alongés.  Dans  cette  plante 
et  dans  la  salicorne  herbacée  le  rebord  des  articulations  laisse 
les  fleurs  à  découvert.  La  salicorne  frutiqueuse  croit  sur  les 
côtes  maritimes  et  méridionales  de  l'Océan  et  de  la  Méditer- 
ranée. 

Les  salicornes  desséchées  donnent  par  incinération,  ainsi 
que  les  soudes  proprement  dites,  cette  substance  alkaline 
connue  dans  le  commerce  sous  le  nom  de  soude,  qui  entre 
dans  la  fabrication  du  savon  ,  et  dont  on  fait  usage  dans  les 
verreries  et  les  buanderies.  (  [..  D.) 

SALICORNIA.  [Bot.)  Voyez  Salicorne.  (L.  D.) 

SALICOT.  (Crust.)  C'est  le  même  nom  que  celui  de  sali- 
coque  sur  quelques  points  des  côtes  de  France.  (Desm.  ) 

SALÏCOTTE.  [Bot.)  C'est  la  soude  commune.  (L.  D.) 

SALIENTIA  [Sauteurs].  {Mamm.)  lliiger  a  donné  ce  nom 


84  SAL 

à  un  ordre  et  à  une  famille  de  mammifères  marsupiaux ,  qui 
comprend  les  deux  seuls  genres  Potoroo ,  Desm. ,  ou  Hjpsi- 
primnus  ,  Hlig.  ,    et  Kanguroo   ou  Halmaturus,  Illig.  (Desm.) 

SALIERNE.  {Bot.)  Nom  languedocien  d'une  variété  à  fruit 
rond  de  l'olivier  ordinaire,  cité  par  Gouan.  (J.) 

SALIGOÏ.  {Bot.)  Nom  vulgaire  de  la  mâcre  flottante. 
{L.D.) 

SALIMORI.  {Bot.)  Adanson  nomme  ainsi  le  cordia  sehestena 
de  Linnseus,  dont  la  corolle,  divisée  ordinairement  en  six 
lobes,  porte  autant  d'étamines.  C'est  le  nom  de  cet  arbre  dans 
l'île  de  Ternate.  (J.) 

SALIN.  {Ichthfol.)  Nom  spécifique  d'un  poisson  du  genre 
Spare  de  Lacépède.  Voyez  Spaue.  (H.  C.  ) 

SALIN.  {Chim.)  C'est  le  résidu  de  l'évaporation  de  la  les- 
sive des  cendres  qui  contiennent  de  la  potasse.  (Ch.) 

SALINDRE.  {Min.)  C'est,  dit  l'abbé  Sauvage,  un  grès  ren- 
fermant des  grains  calcaires.  Kirwan  cite  ce  nom  et  cette 
définition  à  l'occasion  de  son  grès  siliceux.  C'est ,  comme  on 
le  voit,  un  nom  de  localité  d'une  roche  qui  pourroit  bien 
être  un  macigno  molasse.  (B.) 

SALIQUIER.   {Bot.)  Voyez  Cuphea,  tome  XII,  page  226. 

(POIR.) 

SALIS.  {Bot.)  Un  des  noms  arabes  de  la  livèche,  ligusti- 
cum,  citée  par  Mentzel,  d'après  Linnaeus.  (J.) 

SALITE  ou  SALIT.  (Mm.)  C'est  encore  une  autre  manière 
d'écrire  sahlite ,  également  et  indifféremment  employée  par 
M.  Hisinger  et  par  plusieurs  autres  minéralogistes.  Nous  avons 
adopté  sahlite.  Voyez  Pvroxène.  (B.  ) 

SALITRE  ou  SALUER.  {Min.)  C'est  un  des  noms  de  la 
magnésie  sulfatée  ou  Epsomite.  (B.) 

SALIUNCA.  (  Bot.  )  Selon  Daléchamps  ce  nom  étoit  donné, 
du  temps  de  Dioscoride,  au  nard  celtique,  espèce  de  yalé- 
T'mne  ,  valeriana  celtic a.  (J.) 

SALIUS.  {Entom.)  On  trouve  ce  nom,  dans  le  Système  des 
piézates  de  Fabricius,  comme  désignant  un  genre  d'insectes 
hyménoptères,  voisin  des  sphèges  et  dans  lequel  il  n'a  encore 
inscrit  que  trois  espèces:  une  d'Italie,  qui  était  le  pompiius 
sexpunctatus  de  l'Entomologie  systématique,  et  deux  autres 
espèces,  rapportées  de  Barbarie.  (C.  D.) 


SAL  85 

SALIVE.  {Chim.)  Suivant  M.  Berzelius,  la  salive  est  for- 


mée de 


Eau 992,9 

Matière  animale  particulière 2,9 

Mucus 1,4 

Chlorures  de  sodium  et  de  potassium   ...  1,7 

Lactate  de  soude  et  matière  animale.    .    .  0,9 

Soude 0,2 


1000,0. 


M.  Berzelius  ne  nomme  pas  l'espèce  d'animal  dont  il  a  ana- 
lysé la  salive. 

Il  obtient  la  matière  particulière  en  traitant  la  salive 
desséchée  par  l'alcool.  Les  chlorures  et  le  lactate  sont  dis- 
sous ;  la  matière  particulière ,  le  mucus  et  la  soude  ne  le 
sont  pas:  il  enlève  la  soude  au  résidu  au  moyen  de  l'alcool 
mêlé  d'acide  acétique;  puis,  en  traitant  par  l'eau  le  nou- 
veau résidu,  il  dissout  la  matière  particulière,  à  l'exclusion 
du  mucus. 

La  matière  particulière  est,  comme  on  le  voit,  insoluble 
dans  l'alcool  et  soluble  dans  l'eau.  Cette  solution,  évaporée, 
laisse  un  résidu  transparent  ,  qui  se  redissout  dans  l'eau 
froide. 

Cette  solution  n'est  pas  précipitée  par  les  alcalis,  parles 
acides,  par  le  sous -acétate  de  plomb,  le  sublimé  corrosif, 
le  tannin.  Elle  n'est  pas  coagulée  par  une  température  de 
100''. 

Au  mot  Mucus  on  trouvera  les  propriétés  que  M.  Berzelius 
assigne  au  mucus  de  la  salive. 

Suivant  M.  Berzelius,  le  mucus  de  la  salive  contient  du 
phosphore  et  du  calcium.  Lorsqu'il  vient  à  se  déposer  sur 
les  dents,  il  éprouve  une  combustion  ,  qui  donne  lieu  au  lartre 
des  dents,  que  M.  Berzelius  regarde  comme  formé  de 

Phosphates  terreux 79,0 

Mucus  indécomposé 1,0 

Matière  particulière  à  la  salive   ...  1,0 
Matière   animale   soluble    dans   l'acide 

hydrochlorique 7,5. 


86  SAL 

J'avoue  que  je  ne  puis  croire  que  le  phosphate  de  chaux 
ne  soit  pas  tout  formé  dans  le  mucus  de  la  salive.  (Ch.) 
SAl.TX.  {Bol.)  Nom  latin  du  genre  Saule.  (  L.  D.) 
SALREN.  (Bot.)  Les  HoUandois  de  l'Inde  nomment  ainsi 
le  fsjena-camelti-valli  du  Malabar,  dont  la  description,  faite 
par  Rhéede,  a  paru  suffisante  à  Adanson  pour  en  former  un 
senre  de  lésumineuses  sous  le  nom  de  SalTcen:  il  lui  attribue 
•un  calice  tabulé  hémisphérique,  presque  entier;  une  corolle 
papilionacée;  des  étamines  diadelphes;  une  gousse  orbiculaire 
et  monosperme  ;  des  fleurs  en  épis  et  des  feuilles  ternées.  Ce 
genre  n'a  pas  été  adopté.  (J.) 

SALLES.  (Mamm.)  On  a  quelquefois  nommé  ainsi  les 
poches,  placées  de  chaque  côté  de  la  bouche ,  dans  beaucoup 
de  singes  de  l'ancien  continent  et  dans  quelques  rongeurs, 
lesquelles  communiquent  avec  l'intérieur  de  cette  bouche, 
et  sont  plus  généralement  désignées  par  la  dénomination 
d'ahajoues.   (Desm.  ) 

SALLIAN.  (Ornitli.)  C'est  par  erreur  que  dans  l'Histoire 
générale  des  voyages,  tome  14,  page  3i6,  en  parlant  de  cet 
oiseau  de  l'ile  de  Maragnon ,  on  lui  applique  le  nom  de 
touyoïi  ;  il  a  été  reconnu  depuis  que  c'est  le  jabiru ,  mjcleria. 
(Ch.  D.) 

SALMACIS.  {Bot.)  M.  Bory  de  Saint- Vincent  a  donné  ce 
nom  à  divers  êtres  aquatiques  qu'il  considère  comme  végéto- 
animaux  et  qui  ont  été  pris  pour  des  conferves.  Le  salmacis 
fait  partie  de  ses  arthrodiées,  et  se  trouve  placé  après  le 
genre  Tendaridea,  Bory,  et  le  Zjgnema ,  dans  la  division  des 
conjuguées.  Il  comprend  des  espèces  filamenteuses,  caracté- 
risées ainsi  :  Matière  colorante,  disposée  en  filets  parsemés 
de  points  hyalins  et  affectant  les  figures  les  plus  variées,  mais 
toujours  en  spirale  .  jusqu'à  l'instant  où,  par  l'accouplement, 
cette  matière  soblitère ,  passe  des  articles  d'un  filament  dans 
ceux  d'un  autre,  et  forme  dans  chaque  article  une  seule 
gemme.  Les  conferva  jugalis  et  nitida  de  MuUer,  qui  ne  font 
qu'une  seule  espèce,  peuvent  être  considérées  comme  le  t3^pe 
du  genre.  M.  Bory  annonce  qu'un  assez  grand  nombre  d'es- 
pèces élégantes  rentrent  dans  le  salmacis  et  se  confondent 
souvent  dans  le  même  amas  :  elles  sont  difficiles  à  distinguer. 
M.  Gaillon  ramène  à  ce  genre,  sous  le  nom  de  salmacis  qui- 


SAL  87 

nina ,  le  conjugata  portlcalls,  Vaucher,  qui  est  encore  le  con- 
ferva  porlicalis  ,  Decand.  .  le  zygnema  quininum  var.  porticalis , 
Lyngb.,  qu'on  trouve  en  été  à  la  surface  des  eaux  tranquilles. 
On  peut  consulter  sur  la  nature  et  l'existence  de  ces  êtres 
singuliers  les  articles  Nkmazoaires  et  Psychodiaires  de  ce  Dic- 
tionnaire. (Lem.  ) 

SALMARINE,  Salmo  salmarinus.  (Ichth^ol.)  Nom  spécifique 
d'un  saumon  voisin  de  la  truite.  Voyez  Truite.  (H.  C.  ) 

SALMASIA.  (Bot.)  Nom  substitué  par  Necker  à  cejui  de 
lachibota,  un  des  genres  d'Aublel.  (J.) 

SALMBARSCH.  {IchthjoL)  Un  des  noms  allemands  du 
loup  de  mer,  perça  labra.r,  poisson  que  nous  avons  décrit  dans 
ce  Dictionnaire,  tome  XXXIX ,  page  i5o.  (H.  C.  ) 

SALMÉE  ,  Salniea.  (Bot.)  Ce  genre  de  plantes  ,  proposé  en 
]8i3  ,  par  M.  De  Candolle  ,  dans  son  Catalogue  du  Jardin  de 
Montpellier  (pag.  140) ,  appartient  à  Tordre  dcsSynanthérées, 
à  la  tribu  naturelle  des  Hélianthées ,  et  à  noire  section  des 
Hélianthées- Prototypes  ,  dans  laquelle  il  est  immédiatement 
voisin  du  genre  Spilanthcs  ,  dont  il  diffère  principalement  par 
la  forme  et  la  structure  du  péricline,  et  de  notre  genre  Di- 
frichum ,  dont  il  diffère  par  le  péricline  et  le  clinanthe. 

Voici  les  caractères  génériques  que  nous  avons  observés 
sur  trois  espèces  de  Salinca. 

Calathide  obovoïde,  incouronnée,  équaliflore  ,  multiflore, 
régulariflore,  androgyniflore.  Péricline  à  peu  près  égal  aux 
fleurs,  turbiné,  campanule,  ou  subcylindracé;  formé  de 
squames  plurisériécs  ,  régulièrement  imbriquées,  dressées, 
appliquées,  subcoriaces  :  les  extérieures  plus  courtes,  ovales, 
obtuses,  planes;  les  intérieures  notablement  plus  longues, 
oblongues-obovalcs ,  obtuses,  ordinairement  comme  tron- 
quées au  sommet  ,  concaves  ,  embrassantes  ,  analogues  aux 
jquamelles  du  clinanthe.  Clinanthe  axiforme,  plus  ou  moins 
long  et  grêle,  cylindracé,  garni  de  squamelles  analogues  aux 
squames  intérieures  du  péricline,  presque  égales  aux  fleurs, 
oblongues ,  élargies  de  bas  en  haut,  obtuses,  arrondies  ou 
tronquées  au  sommet ,  embrassantes  ,  concaves  ,  carénées , 
subtrinervées  ,  coriaces- membraneuses ,  persistantes.  Ovaire 
comprimé  bilatéralement,  cunéiforme-oblong,  comme  tron- 
qué au  sommet  ,  un  peu  tétragone  ,  lisse,  hérissé  de  longs 


88  SAL 

poils  ou  cils  sur  ses  deux  arêtes,  extérieure  et  intérieure  î 
aigrette  composée  de  deux  squamellulcs  opposées ,  situées  sur 
les  deux  arêtes  de  l'ovaire  ,  égales  ou  inégales,  plus  ou  moins 
longues  et  fortes,  continues  à  l'ovaire  ,  persistantes,  filiformes, 
subtriquètres,  ou  laminées,  aiguës  au  sommet,  plus  ou  moins 
garnies  de  longues  barbellules.  Corolle  à  tube  suffisamment 
distinct,  à  limbe  notablement  plus  long,  ayant  cinq  divisions. 

Nous  avons  fait  cette  description  en  ]8i6  sur  trois  échan- 
tillons de  l'herbier  de  M.  de  Jussieu  ,  où  ils  étoient  réunis 
dans  la  même  enveloppe  et  faussement  étiquetés  Mikania 
Houstonis.  Nous  les  rapportâmes  alors  au  genre  Spilanthes , 
parce  qu'à  cette  époque  nous  ne  connoissions  pas  encore  le 
genre  5û//?ica  de  M.  De  Candolle.  Quoique  nous  ayons  négligé 
d'observer  leurs  caractères  spécifiques  ,  nous  croyons  qu'ils 
appartiennent  à  trois  espèces  distinctes. 

La  première  espèce,  qu'on  pourroit  nommer  grandiceps  , 
est  peut-être  la  Salmeascandens  de  MM.  De  Candolle  etBrown  : 
ses  calathides,  obovoides,  épaisses,  hautes  d'environ  quatre 
lignes  ,  sont  rapprochées  et  portées  sur  des  pédoncules  pres- 
que dressés,  alternes,  courts,  épais,  velus  ;  le  péricline  est 
turbiné  ou  obconique;  l'ovaire,  hérissé  de  longs  poils  sur  ses 
deux  arêtes,  est  glabre  sur  ses  deux  faces;  les  deux  squa- 
mellulcs de  son  aigrette  sont  parfaitement  égales  et  sem- 
blables, subtriquètres,  un  peu  laminées,  atténuées  vers  la 
base  et  vers  le  sommet,  absolument  nues  et  obtuses  sur  la 
face  externe  ou  dorsale ,  très-garnies  de  longues  barbellules 
sur  les  deux  bords  latéraux  ;  le  tube  de  la  corolle  est  presque 
aussi  1  .ng  que  la  partie  indivise  du  limbe;  les  stigmatophores 
sont  larges,  arrondis  au  sommet,  sans  appendice,  glabres; 
je  nectaire  est  très- court. 

La  seconde  espèce,  qu'on  pourroit  nommer  part^/ccps  ,  a  les 
calathides  moins  rapprochées  ,  portées  sur  des  ramifications 
plus  longues,  plus  grêles,  alternes,  étalées,  glabres;  elles  sont 
obovoides  et  n'ont  qu'environ  deux  lignes  et  demie  de  hau- 
teur ;  leur  péricline  est  campanule;  les  ovaires  sont  longs, 
étroits,  hérissés  de  très-longs  poils  sur  les  deux  avêtes ,  his- 
pides  aussi  sur  la  partie  supérieure  des  deux  faces  latérales; 
les  deux  squamellules  de  l'aigrette  sont  inégales .  tilijormes  , 
point  ailées  ni  bordées  d'une  membrane,  mais  très-barbel- 


SAL  89 

luises  sur  presque  toute  leur  surface  et  notamment  sur  le 
dos  :  le  tube  de  la  corolle  est  très-court;  les  stigmatnphores 
sont  à  peu  près  comme  dans  la  S.  grandiceps  ;  le  nectaire  est 
iong. 

La  troisième  espèce,  qu'on  pou rroit  nommer  opposzVf'ceps,  a 
les  calathides  distancées,  portées  sur  des  pédoncules  assez 
longs,  grêles,  glabriuscules,  régulièrement  disposés,  exacte- 
ment opposés,  subdic  ho  tomes,  divergens  ;  elles  sont  obo  voie!  es- 
oblongues,  et  de  la  même  longueur  que  dans  la  ^S.  parvicepi  ; 
le  péricline  est  presque  cylindracé,  un  peu  pubescent;  lo- 
vaire,  l'aigrette,  la  corolle,  le  nectaire  ,  sont  comme  dans  la 
S.  parviceps;  les  stigmatophores ,  à  peu  près  semblables  à  ceux 
des  deux  autres  espèces,  sont  divergens,  arqués  en  dehors, 
linéaires,  très-obtus  au  sommet,  ians  appendice,  glabres. 
Ceîte  troisième  espèce,  très-analogue  à  la  seconde,  s"en  dis- 
tingue par  ses  calathides  opposées  au  lieu  d'être  alternes. 

Selon  M.  R.  Brown  ,  qui ,  dans  ses  Observations  sur  les  Com- 
posées, a  décrit  le  genre  Salmea  ,  les  plantes  de  ce  genre  sont 
des  arbrisseaux  de  l'Amérique  équinoxiale,  le  plus  souvent 
décombens,  à  feuilles  opposées,  indivises,  à  inflorescence 
terminale,  subpaniculée  ou  corymbée,  à  corolles  blancnes, 
à  squamelles  du  clinanthe  persistant  après  la  chute  des  fruits. 
Ce  botaniste  indique  trois  espèces  :  la  scandens ,  qui  est  peut- 
être  notre  grandiceps;  l'hirsuta ,  qui  a  les  stigmatophores  ai- 
gus, et  l'une  des  deux  squamellules  de  l'aigrette  ailée  ou 
bordée  d'une  membrane;  la  curvijlora ,  qui  a  les  deux  squa- 
mellules ailées,  et  le  tube  de  la  corolle  notablement  courbé 
en  dehors. 

M.  Brown  a  bien  senti  les  rapports  qui  rapprochent  le 
genre  Salmea  au  Spilanthes ,  et  que  M.  De  CandoUe  paroit  avoir 
méconnus  :  mais  M.  Kunth  (JVok'.  gen.  etsp.,  tom.4,  p.  208) 
a  tort  de  vouloir  réunir  ces  deux  genres  ,  dont  les  périclines 
ne  se  ressemblent  point  du  tout,  qui  offrent  encore  quelques 
autres  distinctions  génériques,  et  qui  différent  considérable- 
ment par  le  port. 

Le  péricline  des  Salmea  pourroit  presque  être  considéré 
comme  double,  parce  que  les  squames  du  rang  intérieur  sont 
beaucoup  plus  longues  et  d'une  fout  autre  forme  que  celles 
des  deux  ou  trois  rangs  extérieurs  :  cela  peut  excuser  jusqu'à 


9°  S  AL 

un  certain  point  Terreur  des  botanistes  qui  avoient  rapporté 
les  Salmea  au  genre  Bidens.  Mais  ces  deux  genres  ne  se  rap- 
prochent qu'en  apparence  ;  les  caractères  techniques  et  les 
rapports  naturels  s'accordent  pour  les  éloigner  considérable- 
ment. 

Nous  profitons  de  l'occasion  qui  se  présente  pour  décrire 
une  nouvelle  espèce  de  notre  genre  Blainvillea  ,  établi  dans 
ce  Dictionnaire  (  tom.  XXIX,  pag.  493),  et  qui  appartient 
à  la  même  section  que  le  Salmea. 

Blainvillea  Gajana  ,  H.  Cass.  Plante  herbacée  ,  annuelle  , 
à  Jige  dressée  ,  haute,  rameuse,  épaisse,  striée,  un  peu  an- 
guleuse ,  scabre  ,  parsemée  de  poils  courts  et  roides.  Les 
feuilles  sont  irrégulièrement  et  variablement  disposées  ,  les 
unes  étant  opposées,  les  autres  alternes;  leur  pétiole,  sou- 
vent long  de  près  d'un  pouce  et  demi,  porte  un  limbe  sou- 
vent long  de  quatre  pouces  et  large  de  deux  ,  ovale-lancéolé, 
un  peu  acuminé  ,  triplinervé ,  denté  sur  les  bords,  presque 
indenté  en  sa  partie  inférieure,  un  peu  scabre  en  dessus, 
un  peu  pubescent  en  dessous,  parsemé  de  petits  globules 
jaunâtres  .  glanduliformes.  Les  calathides  sont  solitaires  au 
sommet  de  pédoncules  souvent  longs  de  près  de  deux  pouces, 
grêles,  roides,  simples,  droits,  nus,  velus;  chacun  de  ces  pédon- 
cules est  solitaire,  tantôt  dans  la  bifurcation  de  deux  branches, 
quand  les  feuilles  sont  opposées,  tantôt  à  Topposite  d'une 
feuille,  quand  elles  sont  alternes  :  ainsi  le  pédoncule  est  vrai- 
ment solitaire  et  terminal,  mais  immédiatement  accompagné 
à  sa  base  d'une  ou  deux  feuilles,  ayant  chacune  un  bourgeon 
axillaire,  qui,  en  se  développant,  fait  paroître  le  pédoncule 
latéral  ou  né  dans  une  bifurcation.  Chaque  calathide  est 
longue  de  six  lignes,  cylindracéc  ,  discoïde:  son  disque  est 
composé  d'environ  dix  fleurs  régulières,  hermaphrodites;  la 
couronne,  unisériée ,  oITrc  environ  cinq  fleurs  biligulées , 
femelles.  Le  péricline  est  presque  égal  aux  fleurs,  cylindracé, 
irrégulier,  formé  de  huit  à  dix  squames  subbisériées  ,  ap- 
pliquées, à  peu  près  égales  en  longueur,  inégales  en  largeur, 
plus  nu  moins  dissemblables  :  les  extérieures  ovales,  oblongues, 
ou  lancéolées,  membraneuses  -  foliacées  ,  plurinervées  ,  his- 
pides;  les  intérieures  plus  analogues  aux  squamelles  du  cli- 
nanthc.  Le  clinanlbe  est  plan  ,  garni  de  squamelles  presque 


SAL  91 

égales  aux  fleurs,  embrassanfes ,  analogues  aux  squames  inté- 
rieures du  périî  line  ,  oblongues  ,  submembraneuses  ,  pluri- 
nervées  ,  découpées  au  sommet  en  plusieurs  dénis  aiguës. 
Les  fruits  extérieurs  sont  noirâtres,  oblongs ,  triquétres, 
glabres,  hispidules  sur  les  angles,  tronqués  au  sommet,  à 
troncature  surmontée  d'un  col  court  et  très-épais,  triquètre, 
portant  Faigrette  composée  de  trois  squamellules  à  peu  près 
égales,  liliformes  ,  épaisses,  roides  ,  très-adhérentes,  persis- 
tantes, hérissées  de  longues  barbellules  :  entre  ces  trois  squa- 
mellules on  trouve  quelques  rudimens  informes  et  variables 
de  petites  sq'iauiellules  avortées,  membraneuses,  frangées. 
Les  fruits  intérieurs  diffèrent  des  extérieurs  ,  en  ce  qu'ils  sont 
comprimés  bilaléialement ,  au  lieu  d'être  triquétres,  et  que 
leur  aigrette  est  réduite  à  deux  squamellules  sublriquètres, 
correspondant  aux  deux  arêtes  du  fruit,  et  accompagnées  de 
rudimens  membraneux ,  interposés  ;  cependant  quelques  fruits 
intérieurs,  quoique  comprimés  bilatéralement,  sont  un  peu 
triquétres,  et  leur  aigrette  offre  alors  une  troisième  squa- 
mellule  plus  petite,  correspondant  à  l'angle  latéral.  Toutes 
les  corolles  sont  blanches  :  celles  du  disque  ont  le  tube  long, 
grêle,  et  le  limbe  large,  subcampanulé ,  ordinairement  quin- 
qiiélobé  au  sommet  ;  elles  contiennent  des  anthères  incluses, 
noires,  munies  d'appendices  apicilaires  blancs;  les  corolles 
de  la  couronne,  longues  à  peu  près  comme  celles  du  disque, 
ont  aussi  le  tube  long  et  grêle  ;  mais  leur  limbe  est  divisé  en 
deux  languettes,  dont  Textérieure  est  large ,  bi-trilobée  au 
sommet,  et  l'intérieure  un  peu  plus  courte,  étroite,  indivise: 
ces  corolles  ne  contiennent  aucun  vestige  d"étamines  ,  mais 
seulement  un  style  à  deux  stigmatophores.  La  calathide  sèche , 
étant  froissée,  exhale  une  odeur  à  peu  près  semblable  à  celle 
de  l'anis. 

Nous  avons  fait  cette  description  sur  des  échantillons  secs, 
qui  nous  ont  été  libéralement  donnés  par  M.  Gay  :  ils  prove- 
naient de  graines  recueillies  dans  le  Sénégal ,  envoyées  à  cet 
habile  botaniste  sous  le  nom  d\4geratum  ou  de  Bidens ,  et 
semées  par  lui  dans  le  Jardin  du  Luxembourg,  où  ces  échan- 
tillons ont  fleuri  en  Septembre  1826. 

La  BlainvilLca  Gnyana  est  certainement  une  espèce  congé- 
nère .  mais  bien  distincte,  de  notre  Blainyillea  rhomboidea  ^ 


92  .  SAL 

dont  elle  diffère  par  la  tige  moins  velue,  ainsi  que  les  feuilles, 
qui  sont  plus  régulièrement  dentées  ,  les  pédoncules  plus  longs 
et  constamment  solitaires  ,  les  calathides  plus  longues ,  les 
fleurs  du  disque  moins  nombreuses,  les  corolles  de  la  cou- 
ronne biligulécs,  l'aigrette  pourvue  de  rudimens  membraneux 
interposés  entre  les  vraies  squamellules  ,  etc.  Il  est  probable 
que  l'ancienne  espèce,  dont  nous  ignorions  la  patrie  ,  habite 
le  Sénégal ,  comme  l'espèce  nouvelle,  ce  qui  confirme  l'afli- 
nité  que  nous  avons  indiquée  entre  les  deux  genres  Blain- 
villea  et  Lipotriche.  {  H.  Cass.  ) 

SALMÉLINE.  {Ichlhjol.)  Nom  spécifique  d'une  Truite. 
Voyez  ce  mot.  (H.  C. ) 

SALMERIN.  (Ichthyol.)  Voyez  Salmarine.  (  H.C.  ) 

SALMERINO.  (  Ichthjol.  )  Nom  italien  du  Salmarine. 
Voyez  ce  mot.  (H.C.  ) 

SALMIA.  {Bot.)  Willdenow,  dans  son  Hortus  berolinensis , 
emploie  ce  nom  pour  désigner  le  genre  de  la  famille  des 
Aroïdes,  que  les  auteurs  de  la  Flore  du  Pérou  avoient  nommé 
carludovica  et  qui  paroit  mieux  inscrit  par  Persoon  ,  luào- 
via.  Un  autre  salmia  est  celui  de  Cavanilles  ,  appartenant 
aux  asparaginées,  qui  est  le  sanseviera  de  Thunberg  et  de  Will- 
denow.  Plus  récemment  MM.  De  Candolle  et  R.  Brown  ont 
nommé  salmea  un  genre  de  plantes  composées ,  voisin  du  Bi- 
dens.  Voyez  Salmée  ei  Sanseviera.   (J.) 

SALMO.  (  Ichthjol.  )  Nom  latin  du  genre  Truite.  Voyez 
ce  mot.  (H.C.) 

SALMOÏDE.  [Ichtlijol.)  Nom  spécifique  d'un  poisson,  dé- 
couvert par  le  professeur  Bosc ,  qui  l'a  rapporté  au  genre 
Persèque,  et  rangé  par  de  Lacépède  dans  celui  des  Labres. 

Ce  poisson  vient  des  rivières  de  la  Caroline,  où  on  l'ap- 
pelle traut  ou  truite.  Il  atteint  la  taille  de  dix-huit  à  vingt 
pouces,  et  se  prend  à  l'hameçon. 

Sa  chair  est  ferme  et  d'une  saveur  agréable. 

On  donne  aussi  le  nom  de  salinoïde  à  une  espèce  d'HoLO- 
CENTRE.  Voyez  ce  mot.  (H.  C.) 

SALMONCINO.  (Foss.)  Ce  nom  a  été  donné  par  Volta  à 
lin  poisson  fossile  de  Monlefalco,  qu'il  a,  sans  motif,  rap- 
porté à  l'espèce  du  scomber  KLeinii  de  Bloch.  (Desm.) 

SALMONE.  {Ichthjol.)  Voyez  Trute.  (H.  C) 


s  A  L  0'^ 

SALMONEA.  (Bot.)  Vahl  a  voulu  substituer  ce  nom  à  celui 
de  Salomonia ,  donné  par  Loureiro  à  un  de  ses  genres  de  la 
Cochinchine,  appartenant  aux  polygalées.  V.  Salomone.  (J.  ) 

SALMONES.  {Ichthjol.)  M.  Cuvier  a  donné  ce  nom  à  la 
première  famille  de  son  cinquième  ordre  de  la  classe  des 
poissons,  celui  des  malacoptérygiens  abdominaux. 

Cette  famille,  dans  Linnaeus,  ne  formoit  qu'un  grand  genre 
nettement  caractérisé  par  une  première  dorsale,  à  rayons 
mous,  suivie  d'une  seconde ,  petite  et  adipeuse,  c'est-à-dire, 
formée  simplement  d'une  peau  remplie  de  graisse  et  non 
soutenue  par  des  rayons. 

Tous  les  poissons  qui  la  composent,  sont  recouverts  d'écaillés, 
et  ont  de  nombreux  cœcums  et  une  vessie  natatoire. 

Presque  tous  remontent  dans  les  fleuves  et  les  rivières. 

Ils  sont  d'un  naturel  vorace. 

Leur  chair  est,  en  général,  d'une  saveur  agréable. 

La  famille  des  Salmones  est  composée  des  genres  Saumon 
ou  Truite,  Eperlan  ou  Osmère,  Corégone  ou  Ombre,  Argen- 
tine, Characin,  Curimate,  Anostome,  Serra-Salme,  Piabu- 
que,  Tétragonoptère,  Raii  ,  Hydrocyn,  Citharine,  Saurus  , 
ScopÈLE,  AuLOPE,  Serpe,  Sternoptix.  Voyez  ces  différens  mots 
et  Dermoptères.  (H.  C.  ) 

SALMONIA.  [Bot.)  Scopoli  et  Necker  substituent  ce  nom 
à  celui  de  vochisia,  sous  lequel  nous  avions  inscrit  le  vochy 
d'Aublet.  (J.) 

SALOINS.  (Bot.)  Le  mail-ombi  du  Malabar,  antidesma 
sjl^'estris,  est  ainsi  nommé,  suivant  Rhéede,  par  les  Portugais 
qui  habitent  cette  côte.  (J.) 

SALOMONE,  Salomonia.  (Bot.)  Genre  de  plantes  dicotylé- 
dones, à  fleurs  complètes  monopétalées ,  de  la  famille  des 
polygalées,  de  la  monandrie  monogjynie  de  Linnaeus,  offrant 
pour  caractère  essentiel:  Un  calice  à  cinq  divisions;  une  co- 
rolle à  un  seul  pétale,  roulé  en  tube  à  sa  partie  inférieure  ; 
la  lame  à  trois  lobes  ;  uneétamine;  un  ovaire  supérieur;  un 
style  courbé;  une  capsule  (ou  une  siliquep)  à  deux  lo<»^es 
monospermes. 

Salomone  de  Canton  :  Salomonea  cantoniensis ,  Lour. ,  Flor. 
Coch,,  vol.  1,  pag.  18;  Salmonea  cantoniensis ,  Vahl,  Enum. 
pi, ,  1  ,  pag.  8.  Cette  plante  a  des  tiges  herbacées,  annuelles  , 


94  .  S  AL 

droites,  longues  d'environ  six  pouces,  cannelées,  réunies  plu- 
sieurs sur  la  même  racine,  garnies  de  feuilles  mëdtocreuient 
pétiolées,  éparses,  en  forme  de  cœur.^  glabres,  très-entières, 
acunnnécs  au  sommet,  marquées  de  trois  nervures.  Les  fleurs 
sont  violettes  ,  disjiosées  en  un  épi  court,  simple,  droit  et 
teru)in^l.  Leur  calice  est  comprimé,  à  cinq  découpures  courtes, 
subulées,  presque  égales.  La  corolle  est  composée  d'un  seul 
pélalc  en  tube  à  sa  base,  fendu  dans  sa  longueur;  ses  bords 
coniiivcns,  élargis  en  un  limbe  à  trois  lobes  courts,  arrondis; 
celui  du  milieu  plus  long  et  courbé  ea  c-ipuchon;  une  seule 
étamine;  le  filament  court  ,  filiforme,  situé  vers  le  milieu  du 
lobe  le  plus  long,  terminé  par  une  anthère  ovale,  iuclinée, 
cachée  sous  la  partie  letourbée  du  lobe.  L'ovaire  est  un  peu 
arrondi,  comprime,  surmonté  d'un  style  courbé,  renflé  dans 
son  milieu,  plus  court  que  rétamine,  terminé  par  un  stig- 
mate épais.  Le  fruit  est  une  ca|^sule  ou  une  silique  compri- 
mée ,  à  deux  loges ,  rude  au  toucher  ;  chaque  loge  renfermant 
une  semence  comprimée  ,  un  peu  ovale.  Cette  plante  croît  en 
Chine,  aux  environs  de  Canton.  (Poir.) 

SALOMONIA.  {Bot.)  Heister  donnoit  ce  nom  au  genre 
PolYgonalum  de  Tournefort,  dont  on  a  préféré  conserver  la 
dénomination.  Le  salomonia  de  Loureiro  est  un  genre  diffé- 
rent. Voyez  Salomone.  (  Le.m.  ) 

SALONTA.  [Bot.)  Flacourt  cite  à  Madagascar  sous  ce  nom 
une  espèce  d'euphorbe,  qui  se  divise  par  le  haut  en  trois  ou 
quatre  rameaux,  terminés  chacun  par  un  bouquet  de  feuilles 
semblables  à  celles  de  la  lauréole,  du  milieu  desquelles  sor- 
tent des  fleurs  qui  ont  la  couleur  de  chair.  (J. ) 

SALOP.  (Bot.)  Voyez  Salep.  (L.  D.) 

SALOVA.  (Ornith.)  L'auteur  du  Dictionnaire  universel 
des  animaux  dit  que  c'est  une  caille  de  l'Arabie  heureuse. 
(Ch.  D.) 

SALOYAZIR.  {Ornith.)  Carael  dit,  dans  les  Transactions 
philosophiques,  que  ce  petit  canard  des  Philippines  n'est  pas 
plus  gros  que  le  poing,  ce  qui  indique  plutôt  une  sarcelle. 
(Ch.  d.) 

SALPA.  (Malacoz.)  Depuis  long -temps,  sans  doute,  les 
navigateurs  avoient  rencontré  en  haute  mer  des  animaux 
gélatineux,  transparens,   libres  ou  réunis  en  longs   cordons 


s  AL  95 

de  (eu  ,  à  cause  de  leur  faculté  phosphorescente  ,  mais  dont 
il  leur  étoit  difficile  de  se  faire  une  idée  un  peu  exacte, 
tant  ils  s'éloignent  de  la  forme  ordinaii'C;  aussi,  supposé  qu'il 
en  fût  tombé  sous  les  yeux  de  quelque  naturaliste  ancien , 
ce  qui  est  très -probable  ,  ils  avoient  été  relégués  parmi 
cei  purgamenta  maris  ,  c'est-à-dire  ,  dans  cette  section 
extrêmement  nombreuse  où  ils  plaçoient  tous  les  animaux 
qui  ne  rentroient  pas  dans  les  formes  ordinaires.  Cependant 
arriva  le  moment  où  tous  les  corps  de  la  nature  durent  être 
inscrits  dans  le  grand  Catalogue  créé  par  Linné  sous  le  nom 
de  Sjstema  naturœ ,  et  où,  par  conséquent ,  les  naturalistes 
voyageurs  cherchèrent  nécessairement  le  nom  de  tout  ce 
qu'ils  voyoient  ou  leur  en  donnoient  un,  s'il  leur  paroissoit 
évident  qu'ils  n'en  avoient  pas.  Patrick  Browne,  auteur 
de  l'Histoire  naturelle  de  la  Jamaïque,  fut  le  premier  qui 
désigna,  par  une  dénomination  particulière,  les  animaux 
doiu  il  est  question  dans  cet  article,  et  il  eu  fit  un  genre 
sous  le  nom  de  Thalia.  Cependant  Linné,  dans  la  10."  édi- 
tion du  Sjstema  naturœ,  n'adopta  ni  le  genre,  ni  le  nom 
et  les  réunit  avec  ceux  dont  le  même  auteur  anglois  et  dans 
le  même  ouvrage  faisoit  son  genre  Arethusa ,  sous  la  déno- 
mination commune  d'Holothuria,  genre  que  constituoient 
principalement  et  primitivement  les  Actinies  ,  et  dans  sa 
12."  édition  il  y  réunit  des  animaux  tout  aussi  différens, 
c'est-à-dire,  ceux  pour  lesquels  le  nom  d'holothurie  avoit 
été  créé  par  Rondelet  :  c'étoit  un  amalgame  véritablement 
fort  singulier  et  que  Pallas ,  dans  ses  Miscellanœa  zoologica, 
n.°  12,  et  dans  son  Spicilegia,  condamna  avec  juste  raison; 
pour  y  remédier ,  il  proposa  d'abord  de  diviser  les  Actinies 
en  A.  fixes,  pour  les  véritables  Actinies ,  et  en  A.  errantes, 
pour  les  Holothuries,  avec  lesquelles  elles  ont  en  effet  des 
rapports  assez  nombreux,  et  de  conserver  le  nom  d'Holo- 
thuries pour  les  Thalides  de  Browne.  11  en  décrivit  même 
une  sous  le  nom  d'H.  zonaria.  Sur  ces  entrefaites,  Forskal, 
élève  de  Linné,  ayant  eu  l'occasion  d'observer  un  assez 
grand  nombre  de  salpas,  établit  une  tout  autre  distribu- 
tion des  animaux  confondus  par  Linné  sous  le  nom  d'Ho- 
lothuries. En  effet,  il  laissa  ce  nom  au  Vélelles  et  aux 
Porpites.    Il    fit  des    véritables   Holothuries   (  les    H.    libres 


9^  SAL 

de  Pallas  )  ,  son  genre  Fistulaire  ,  des  H.  fixes  du  même 
auteur,  ou  des  Actinies  actuelles,  le  genre  Priapus  ,  et, 
enfin,  créa  de  son  côté  le  genre  Sa!pa ,  dont  le  nom  ,  tiré  du 
grec,  SaATse,  signifie  un  tube,  une  trompette,  pour  dés-gner 
des  animaux  en  tout  semblables  aux  thalides  de  Bro\^'ne,  et, 
par  conséquent,  pour  les  premières  holothuries  de  Linné. 
Cependant,  en  confondant  avec  les  Salpas  de  véritables  Asci- 
dies, c'est  à  lui  réellement  qu'est  dû  le  rapprochement  de 
ces  deux  genres,  établis  par  les  zoologistes  modernes  ,  puisqu'il 
décrivit  avec  ses  Salpas  une  véritable  Ascidie,  sous  la  déno- 
mination de  S.  solitaria.  Gmelin  ,  dans  la  1 3/ édition  du  Sys- 
tema  natiirœ ,  adopta  le  genre  Salpa  de  Forskal.  conservant 
toutefois  les  espèces  de  thalides  de  Browne  dans  son  genre 
Holothurie,  et  doutant,  cependant,  qu'elles  dussent  appar- 
tenir à  ce  genre,  mais  sans  s'apercevoir  le  moins  du  monde 
que  ce  fussent  des  animaux  de  son  genre  Salpa.  Il  fit  plus, 
car  il  adopta  le  genre  Dagjsa,  qui  venoit  d'être  établi  par 
Banks  et  Solander  pour  une  espèce  de  ce  même  genre,  dans 
le  premier  voyage  de  Cook.  A  la  même  époque,  Bruguiére 
imitoit  Forskal  en  séparant  les  Actinies,  les  Vélelles  et  les 
ïhalies  des  Holothuries,  mais  sans  avoir  reconnu  Fidentité  des 
genres  Thalide  de  Browne  et  Salpa  de  Forskal.  Il  n'adopta 
cependant  pas  ce  dernier  nom,  et  lui  substitua  celui  de  Bi- 
phore,  parce  que,  dit -il,  la  dénomination  de  salpa  a  été 
déjà  employée  en  ichthyologie.  Les  zoologistes  françois,  d'a- 
bord M.  Cuvier  et  ensuite  M.  de  Lamarck ,  confirmèrent  les 
distinctions  de  Bruguiére,  et  même  adoptèrent  pour  nom 
françois  du  genre  Salpa  ,  le  mot  de  Biphore,  sous  lequel  ces 
animaux  sont  maintenant  généralement  connus;  mais  ils  ne 
virent  pas  non  plus,  ce  que  Fallas  avoit  aperçu,  que  les  Tha- 
lides de  Browne  étoient  le  même  genre  que  leurs  Biphores; 
en  sorte  qu'ils  firent  le  même  double  emploi  que  Gmelin .  et 
même  plus  évirlent,  puisque,  ayant  séparé  avec  raison  les 
Thalides  de  Browne  des  Holothuries,  ils  en  firent  un  genre, 
qu'ils  placèrent,  l'un  parmi  les  mollusques  gastéropodes,  et 
l'autre  parmi  les  zoophytes.  M.  Bosc  suivit  encore  plus  rigou- 
reusement Bruguiére,  puisqu'il  plaça  toutes  les  divisions  du 
genre  Holothurie  de  Linné  dans  ses  zoophytes,  mais  en  aver- 
tissant toutefois  que  l'organisation   des  Biphores   étoit  plus 


SAL  97 

Voisine  de  celle  des  Ascidies,  et  il  reconnut  nettement  que 
les  Thalides  de  Browne  n'éloient  que  le  même  genre  que  les 
Salpas  de  Forskal. 

M.  Tilésius,  dans  un  travail  fait  sur  une  espèce  commune 
des  côtes  du  Portugal,  ne  connoissant  probablement  pas  l'état 
de  la  science,  voulut  en  faire  une  espèce  de  théthye;  mais 
le  rapprochement  établi  par  M.  Bosc  fut  confirmé  par  M. 
Cuvier  d'une  manière  plus  complète,  ainsi  que  l'identité  des 
genres  Thalia,  Salpa  et  Dagjsa,  par  le  travail  zoologique  et 
anatomique  qu'il  publia  dans  les  Annales  du  Muséum  ,n.°  23  , 
page  36o.  Depuis  ce  temps  ces  difFérens  rapprochemens  ont 
été  généralement  adoptés,  et,  sauf  MM.  de  Lamarck  et  La- 
treille,  qui  ont  cru  devoir  retirer  du  type  des  malacozoaires 
les  ascidiens  et  lessalpiens,  pour  en  former  une  classe  à  la- 
quelle le  premier  a  donné  le  nom  de  tuniciers,  tous  les  zoo- 
logistes placent  ce  genre  dans  le  type  des  animaux  mollus- 
ques et  dans  la  dernière  classe  ou  ordre  qu'ils  y  établissent. 
Nous  allons  montrer  en  effet  combien  leur  organisation  est 
rapprochée  de  celle  des  derniers  genres  de  Malacozoaires 
acéphalophores;  mais  avant  cela  nous  devons  noter  parmi  les 
travaux  dont  ces  animaux  ont  été  l'objet,  le  Mémoire  de  M. 
Everard  Home  sur  le  genre  Dagysa  et  quelques  espèces  nou- 
velles, et  surtout  la  Dissertation  de  M.  de  Chamisso,  natura- 
liste de  l'expédition  russe  faite  autour  du  monde  par  le 
capitaine  Kotzebue  ,  aux  frais  de  l'amiral  Romanzoff,  ainsi 
que  le  chapitre  qui  traite  de  ce  genre  d'animaux  dans  la 
partie  zoologique,  par  MM.  Quoy  etGaimard,  de  l'Histoire  de 
la  circum- navigation  de  la  corvette  l'Uranie,  sous  le  com- 
mandement du  capitaine  L.  de  Freycinet. 

L'organisation  des  biphores  a  été  étudiée  par  plusieurs 
personnes  ;  mais  elle  n'est  pas  encore  bien  connue,  malgré  les 
travaux  de  MM.  Home,  Cuvier,  Savigny,  de  Chamisso,  Van 
Hasselt,  Kuhl,  Quoy  et  Gaimard.  Il  est  vrai  que  le  peu  de 
solidité,  la  transparence  de  tout  leur  tissu,  en  rendent 
l'anatomie  fort  difficile.  Je  vais  rapporter  ce  que  j'en  ai  vu 
moi-même  sur  des  animaux  conservés  dans  l'esprit  de  vin; 
car  je  n'en  ai  jamais  observé  de  frais  et  encore  moins  de 
vivans. 

Le  corps  des  salpas  est  ordinairement  cylindrique  ,  plus  ou 
47.  7 


s8  SAL     ' 

moins  alongé,  le  plus  souvent  tronqué  carrément  aux  deux 
extrémités,  mais  quelquefois  prolongé  d'un  seul  côté  ou  aux 
deux  par  des  appendices  simples  ou  doubles.  Les  faces  laté- 
rales sont  semblables:  mais  il  n'en  egt  pas  de  même  des  deux 
opposées;  l'une  inférieure,  dans  la  position  où  l'animal  nage 
ou  flotte,  est  cependant  le  dos,  et  est  le  plus  souvent  con- 
vexe dans  toute  sa  longueur,  et  sans  ouverture;  tandis  que 
l'autre,  supérieure,  en  présente  deux  très-grandes,  ordinai- 
rement transverses  et  disposées  de  manière  à  s'ouvrir  et  à  se 
fermer  à  la  volonté  de  l'animal  ,  au  moyen  d'espèces  de 
lèvres  mobiles,  dont  nous  décrirons  bientôt  la  disposition. 
On  trouve  encore  à  la  surface  du  biphore  des  organes  fort 
singuliers,  auxquels  on  a  donné  le  nom  de  ventouses  ou  de 
suçoirs,  et  qui,  différemment  placés  dans  chaque  espèce, 
servent  à  retenir  les  individus  les  uns  avec  les  autres  dans  un 
ordre  déterminé  pendant  un  temps  plus  ou  moins  long  de 
leur  existence.  Les  auteurs  qui  ont  écrit  en  latin,  désignent 
ces  organes  par  la  dénomination  de  spiracula. 

La  première  enveloppe  des  salpas ,  quoique  parfaitement 
transparente,  est  presque  cartilagineuse,  gélatineuse,  beau- 
coup plus  épaisse  aux  deux  extrémités,  surtout  à  celle  où  se 
trouve  l'estomac  qu'à  l'autre.  Son  mode  de  connexion  avec 
Linterne  n'est  pas  bien  connu  et  semble  n'avoir  lieu  qu'aux 
bords  des  ouvertures,  et  encore  il  faut  que  cette  connexion 
soit  bien  peu  intime ,  puisque  M.  de  Chamisso  dît  que  cette 
enveloppe  paroît  être  dépourvue  de  vie,  et  qu'il  a  vu  l'animal 
en  sortir  comme  une  épée  de  son  fourreau  et  même  nager 
dans  tous  les  sens  avec  vitesse  :  ce  qui  porte  peu  à  penser 
qu'il  ait  reçu  quelque  blessure  par  cette  séparation.  Il  pa- 
roîtroit  donc  que  cette  première  enveloppe  seroit  formée 
par  une  matière  excrétée. 

La  seconde  enveloppe  pourroit  alors  être  regardée  comme 
la  véritable  peau  :  elle  est  mince,  cependant  assez  résistante  et 
beaucoup  plus  aisée  à  apercevoir,  même  à  l'état  vivant,  que 
la  première-  On  y  reconnoît ,  surtout  après  l'action  de  l'alcool  ; 
un  certain  nombre  de  bandes  transverses,  plus  brunes  que  le 
reste,  qui  forment  souvent  des  anneaux  autour  du  corps,  eî 
que  la  plupart  des  observateurs  ont  regardées  comme  des  es- 
pèces de  muscles  constricteurs.  MM.  Quoy  et  Gaimard  veu- 


SAL  gg 

lent  cependant  que  ce  soient  des  vaisseaux,  et  appuient  cette 
opinion  sur  l'observation  directe  faite  pendant  la  vie  des 
salpas  qu'ils  ont  étudiés.  Toutefois  cela  n'est  pas  probable 
et  M.  de  Chamisso  lui-même  les  considère  comme  des  mus- 
cles. Quoi  qu'il  en  soit ,  car  j'avoue  que  la  structuï*e  de  ces 
bandes  est  assez  différente  de  celle  des  v^éritables  muscles  des 
angles  des  ouvertures,  cette  tunique  intérieure  est  beaucoup 
plus  étroite  que  l'extérieure,  et  l'on  peut  aisément  l'en  sé- 
parer. C'est  à  elle  qu'appartiennent  les  deux  grands  orifices 
que  nous  avons  dit  plus  haut  être  à  l'une  des  faces  du  biphore , 
à  celle  que  nous  avons  regardée  comme  la  face  ventrale. 

L'une  de  ces  ouvertures  ,  beaucoup  plus  grande ,  et  toujours 
la  plus  éloignée  de  ce  qu'on  nomme  le  nucleus,  est  transverse 
et  en  forme  de  grande  gueule  semi-lunaire  ;  elle  est  pourvue 
d'une  sorte  de  lèvre  operculaire ,  formée  par  une  bride  ou 
un  repli  recourbé  en  dedans,  ayant  ses  muscles  particuliers, 
un  à  chaque  angle,  et  elle  sert  à  lïntroduction  de  l'caû 
dans  l'intérieur  de  la  cavité  branchiale.  C'est  l'orifice  incré- 
mentitiel. 

La  seconde  ouverture,  plus  ou  moins  éloignée  de  la  pré- 
cédente, est  quelquefois  à  l'extrémité  d'une  espèce  de  tube 
court,  sans  qu'il  y  ait  d'appareil  valvulaire  à  son  orifice; 
mais  d'autres  fois  il  y  en  a  un  comme  à  la  première.  C'est 
l'ouverture  excrémentitielle. 

Entre  ces  deux  orifices  est  la  cavité  viscérale,  en  forme  de 
long  cylindre,  étendue  de  l'une  à  l'autre,  et  dans  laquelle  se 
trouvent  tous  les  organes  et  les  véritables  orifices  du  canal 
intestinal,  c'est-à-dire  la  bouche  et  l'anus,  ordinairement 
fort  rapprochés  l'un  de  l'autre;  tout  l'appareil  digestif  consf 
tituant  une  petite  masse,  de  couleur  plus  ou  moins  foncée, 
située  à  une  extrémité  du  corps,  et  que  Forskal  a  désignée 
sous  le  nom  de  nucleus. 

La  bouche  forme  un  orifice  arrondi ,  étroit ,  entouré  par 
un  petit  bourrelet  labial ,  qui  m'a  paru  être  lobé  ou  festonné  ; 
peut-être  est- elle  même  quelquefois  pourvue  d'appendices 
labiaux  ,  comme  dans  la  plupart  des  lamellibranches.  En  effet, 
l'organe  que  M.  Savigny  regarde  comme  une  seconde  branchie , 
pourroît  bien  n'être  rien  autre  chose.  Elle  conduit,  après 
un  très-court  œsophage,  dans  un  estomac  subglobuleux,  en- 


loo  SAL 

toiiré  par  une  masse  granulaire,  lobée  d'une  manière  irrë- 
gulière  et  qui  me  semble  être  évidemment  l'organe  hépatique, 
disposé  comme  dans  tous  les  animaux  mollusques  acéphales. 
T/intestin  qui  sort  de  cet  estomac,  est  également  fort  court. 
Il  se  tord  Biir  liii-mcnie  et  vient  s'ouvrir  à  la  face  supérieure 
du  nucléus,  opposée  à  ppii  près  à  la  bouche.  Cet  orifice  se 
trouve  donc  en  rapport  presque  immédiat  avec  celui  de  la 
cavité  viscérale  que  nous  avons  nommée  excrémenliticUc. 

L'appareil  respiratoire  est  formé  par  une  longue  branchie, 
étendue  obliquement  de  l'orifice  extérieur  incrémentitiel  à 
la  bouche  et  composée  de  stries  très-fines,  très- courtes,  en 
forme  de  dents,  tombant  à  angle  droit  sur  le  tronc  vascu- 
laire,  qui  se  prolonge  dans  toute  sa  longueur.  C'est  une  lame 
triangulaire  ,  scalène,  commençant  en  pointe  peu  au-delà  de 
la  grande  ouverture  du  manteau  ,  placée  verticalement  dans 
la  ligne  médiane  et  se  terminant  au  nucléus  par  la  partie 
élargie.  Dans  certaines  espèces  on  reconnoît  assez  aisément 
que  cette  espèce  de  faux  e&t  composée  de  stries  assez  fines, 
sur  deux  plans,  croisées  obliquement  et  terminées  par  une 
série  simple  de  dentelures.  Du  côté  du  corps  est  une  sorte 
de  bronche,  par  le  moyen  de  laquelle  arrivent  sans  doute 
les  vaisseaux,  à  la  branchie.  D'après  M.  Savigny  ce  seroit  une 
sorte  de  sac  non  distinct  de  l'enveloppe  et  ouvert  à  ses 
deux  extrémités  dans  la  grande  cavité  viscérale  ;  l'orifice 
antérieur,  très-petit,  n'étant  entouré  que  par  un  petit  cercle 
vasculaire  ,  et  l'autre,  beaucoup  plus  grand,  laissant  au-' 
dessus  de  lui  la  cavité  viscérale.  Dans  ce  sac  ,  suivant  lui , 
sont  deux  branchies  en  forme  de  feuillets;  l'une,  beaucoup 
plus  étendue,  celle  dont  il  vient  d'être  question,  n'est  fixée 
que  par  ses  extrémités,  et  l'autre,  très-courte,  étendue  de 
la  base  de  celle-ci  au  sillon  dorsal,  est  cependant,  comme 
elle,  complètement  médiane.  Aucun  autre  auteur  n'a  parlé 
de  cette  seconde  branchie ,  que  je  n'ai  pas  vue  non  plus. 

L'appareil  circulatoire ,  assez  mal  connu  jusque  dans  ces 
derniers  temps  ,  puisqu'on  savoit  seulement  la  position  du 
cœur,  a  été  décrit  d'abord  par  M.  Van  Hasselt ,  et  ensuite, 
tout  dernièrement,  par  MM.  Quoy  et  Gaimard  ,  d'une  ma- 
nière en  apparence  beaucoup  plus  complète.  Le  cœur,  fu- 
siforme,  est  situé  au  dos  de  l'animal  et  tout  contre  la  masse 


SAL  loi 

viscérale.  Il  paroît  être  â  nu,  c'est-à-dire,  non  contenu 
dans  un  péricarde.  Par  l'une  de  ses  extrémités,  opposée  au 
nucléus,  il  donne  naissance  à  un  gros  vaisseau,  qui  paroît 
être  l'aorte.  Elle  est  médiane  et  suit  le  sillon  que  nous  avons 
vu  occuper  toute  la  longueur  du  côté  dorsal  de  Fanimal. 
Ce  que  ce  vaisseau  offre  de  plus  remarquable,  suivant  MM. 
Quoy  et  Gaimard  ,  c'est  qu'il  est  triangulaire  ou  triquètrc, 
et  composé  de  deux  parties  adossées,  constituant  ses  parois, 
et  qui  peuvent  être  séparées  l'une  de  l'autre  par  ie  moindre 
contact ,  de  manière  à  donner  lieu  à  une  hémorrhagie. 
Quoi  qu'il  en  soit  de  ce  fait,  qui  sort  de  toute  analogie 
avec  ce  que  nous  connoissons  dans  le  reste  de  la  série  ani- 
male et  qui  est  cependant  aflirmé  par  les  observateurs  cités, 
l'aorte  fournit,  à  droite  et  à  gauche,  à  mesure  qu'elle  s'é- 
loigne du  nucléus,  des  branches  paires  qui  remontent  et  se 
ramifient  dans  le  manteau  de  l'animal.  Parvenue  à  l'extrémité, 
elle  s'y  termine  par  trois  branches,  dont  deux  se  contournent 
autourdel'ouverture  antinucléale  du  biphore  ets'ouvrent  dans 
un  canal  qui  accompagne  la  hranchie  dans  toute  sa  longueur, 
tandis  que  la  troisième  se  place  dans  la  ligne  médiane  de 
la  face  où  sont  percées  les  ouvertures,  et  fournit,  comme 
ie  vaisseau  médian  opposé ,  des  ramifications  pour  le  man- 
teau. Suivant  MM.  Quoy  et  Gaimard  ,  ces  ramifications  . 
qui  partent  du  vaisseau  en  formant  des  espèces  d'X,  au- 
roient  été  prises  cà  tort  pour  des  muscles  par  M.  Cuvier.  Une 
grande  partie  de  ces  ramifications  se  réunissent  vers  le  nu- 
cléus, et  là  forment  des  espèces  de  veines  pulmonaires,  qui 
se  rendent  au  cœur;  en  sorte  que,  d'après  cette  manière 
de  concevoir  le  système  circulatoire  des  biphores ,  MM. 
Quoy  et  Gaimard  pensent  que  chez  ces  animaux  une  partie 
du  sang  subit  l'influence  de  la  respiration  avant  que  d'ar- 
river au  cœur  ,  tandis  qu'une  autre  portion  aussi  consi- 
dérable y  retourne  sans  avoir  été  modifiée  par  elle  ;  résultat 
qu'ils  comparent  à  ce  qu'ils  disent  exister  dans  les  reptiles, 
mais,  comme  l'on  voit,  il  n'est  pas  question  des  veines  dans 
cette  description  du  système  circulatoire  des  biphores  ;  en 
sorte  qu'il  nous  semble  assez  loin  encore  d'être  complètement 
connu.  Les  singularités  qu'il  paroit  présenter,  et  que  nous 
avouons  ne  pas  comprendre,  molgré  les  figures  quç  MM.  Q"oy 


102  SAL 

et  Gaimard  ont  jointes  à  leur  note  publiée  dans  le  Bulletin 
de  la  société  philomatique  ,  Août  1826,  méritent  bien  d'être 
examinées  avec  soin.  En  effet,  il  semble  s'éloigner  beaucoup 
de  tout  ce  qu'on  connoit  dans  les  malacozoaires  et  même  dans 
tous  les  animaux  sans  vertèbres,  où  sa  disposition  est  cepen- 
dant toujours  à   peu  près  la  même. 

Les  organes  de  la  génération  des  biphores  sont,  peut-être, 
encore  moins  bien  connus  que  ceux  de  la  circulation.  M. 
G.  Cuvier  regarde  comme  des  ovaires,  deux  corps  oblongs, 
situés  symétriquement  de  chaque  côté  du  bord  opposé  à 
celui  du  nucléus,  ou  du  bord  ventral,  et  occupant  le  tiers 
médian  de  sa  longueur.  Vus  à  la  loupe  ,  ils  consistent,  dit-il, 
chacun  en  un  cylindre  replié  en  zigzag,  composé  d'une  subs- 
tance grenue.  M.  de  Chamisso,  qui  a  observé  ces  organes 
sur  des  animaux  frais,  dit  ^qu'ils  ont  une  couleur  violette 
pendant  la  vie;  qu'ils  sont  'plus  longs  dans  les  individus  asso- 
ciés que  dans  ceux  qui  sont  solitaires.  Du  reste,  il  ajoute 
qu'il  ne  les  a  observés  que  dans  le  S.  pinnaia,  et  qu'il  n'ose 
conjecturer  quels  peuvent  être  leur  usage.  J'avoue  n'en 
avoir  trouvé  non  plus  de  traces  dans  les  espèces  que  j'ai 
disséquées. 

D'après  MM.  Quoy  et  Gaimard,  le  plus  souvent  un  chapelet 
d'ovaires  entoure  le  nucléus;  mais  il  est  quelquefois  placé 
sur  un  des  côtés  d^ l'animal,  et  alors,  ajoutent- ils,  tous  les 
biphores  sortent  ensemble  et  se  tiennent  pendant  long-temps. 
J'ai,  en  effet,  remarqué  dans  une  espèce,  où  le  nucléus  est 
très-gros,  un  organe  ovale,  de  couleur  brune,  et  qui  m'a 
paru  être  un  ovaire. 

M.  de  Chamisso  dit  que  dans  le  salpapinnata,  l'utérus,  situé 
dans  l'épaisseur  même  des  tégumens  à  la  partie  inférieure  d\i 
corps,  a  une  forme  longitudinale,  pyramidale,  le  sommet 
commençant  au  cœur,  et  qu'il  est  ouvert  parla  base  en  avant 
et  à  la  partie  inférieure  du  corps.  Il  contient  des  fœtus  placés 
sur  deux  rangs.  D'après  cela  il  me  semble  que  l'organe  que 
M.  de  Chamisso  regarde  comme  futérus,  ne  seroit  rien  autre 
que  la  masse  même  des  œufs  ou  des  fœtus. 

Dans  les  individus  solitaires ,  les  fœtus ,  très-petits ,  également 
placés  à  la  partie  inférieure  du  corps  et  enchaînés  en  double 
série  ,  constituent  une  bande  hors  la  menibrane  interne,  par- 


SAL  io3 

faitement  libre  et  attachée  seulement  autour  du  nuclëus.  Plus 
les  fœtus  en  sont  éloignés,  et  plus  ils  sont  avancés. 

Quant  au  système  nerveux  ,  aucun  observateur  n'en  parle  ; 
mais  j'ai  très -bien  vu  un  ganglion  médian,  situé  à  l'origine 
de  la  faux  branchiale,  et  des  angles  duquel  partent  des  fila- 
mens  très-fins,  les  uns  allant  au  pourtour  du  grand  orifice, 
les  autres  se  dirigeant  en  sens  inverse.  Il  se  pourroit  que  ce 
ganglion  ait  été  regardé  tomme  un  oritice  par  quelques 
zoologistes. 

Personne  n'a  fait  non  plus  d'observations  sur  les  sensations 
«lont  ces  animaux  sont  pourvus. 

Les  biphores  flottent  constamment  immergés  à  des  pro- 
fondeurs variables  dans  l'intérieur  de  la  mer;  mais  il  paroît 
qu'en  outre,  soit  libres,  soit  agrégés,  ils  peuvent  se  mouvoir, 
probablement  sans  direction  déterminée,  par  le  moyen  de 
j'eau  qu'ils  font  entrer  dans  leur  manteau  pour  la  respiration 
et  pour  leur  nutrition.  Cette  eau  pénètre  par  l'ouverture 
pourvue  de  lèvres  et  de  valvules,  par  suite  de  la  contrac- 
tion du  manteau  sur  le  fluide  qu'il  contenoit  d'abord  ,  et  elle 
sort  par  l'ouverture  opposée.  Dans  cette  action  alternative , 
que  les  personnes  qui  ont  observé  ces  animaux  vivans  dési- 
gnent parles  noms  de  systole  et  de  .diastole,  il  en  résulte 
que  le  corps  doit  être  porté  en  sens  inverse  de  l'eau  re- 
jetée, c'est-à-dire,  Pouverture  pourvue  de  lèvres  en  avant- 
comme  s'en  sont  assurés  MM.  Bosc  et  Pérou  ,  et,  à  ce  qu'il 
paroit,  tous  les  observateurs  qui  ont  vu  des  biphores  à  la  mer. 
Ce  n'est  cependant  pas  une  ra(ison  pour  faire  de  cette  extré- 
mité plutôt  l'antérieure  que  de  l'autre,  puisque  les  deux 
orifices  du  manteau  ne  sont  ni  la  bouche,  ni  Panus. 

Nous  n'avons  aucune  connoissance  sur  la  digestion  de  ces 
singuliers  animaux  ;  mais  il  est  probable  qu'elle  ne  doit  rien 
offrir  de  bien  différent  de  ce  qui  a  lieu  dans  les  ascidies  ,  et 
qu'elle  doit  se  faire  facilement  à  cause  de  l'état  sous  lequel 
ils  prennent  leur  nourriture.  Il  n'est  pas  probable  que  les 
corps  étrangers,  qu'on  trouve  assez  communément  dans  leur 
cavité  paliéale  ,  puissent  y  être  digérés;  car,  comme  le 
fait  justement  ob^rver  M.  Cuvier,  ce  n'est  pas  là  leur  es- 
tomac. 

La  fonction   de   la  respiration  ne  doit  pas  davantage  dif- 


m  SAL 

férer  ,  puisqu'elle  a  également  lieu  par  l'introduction  de 
J'eau  dans  la  cavité  palléale   qui  contient  la  branchie. 

La  circulation  paroit  être  assez  singulière  ,  d'après  MM. 
Quoy  et  Gaimard.  Les  mouvemens  du  cœur  se  font  en  spirale  , 
ce  qui  a  lieu  par  une  torsion  de  ses  parois,  et  partent  tou- 
jours d'une  des  extrémités.  Si  c'est  celle  qui  touche  le  nucléus  , 
le  mouvement  du  sang  se  fait  dans  l'aorte  et  dans  ses  princi- 
pales ramifications  ;  si  c'est  l'autre  ,  la  marche  du  fluide  a  lieu 
en  sens  inverse.  On  aperçoit,  à  ce  qu'il  paroît,  très-aisément 
]e  cœur  diriger  ainsi  ses  mouvemens  dans  un  sens,  pousser 
le  sang  dans  cette  direction,  les  cesser,  se  contracter,  et 
pousser  le  sang  dans  une  direction  opposée.  Alors  on  volt  ce 
fluide  retomber,  pour  ainsi  dire,  de  son  propre  poids,  pour 
prendre  une  direction  opposée  à  celle  qu'il  avoit  eue  d'abord. 
Mais  comme  les  deux  systèmes  de  vaisseaux  qui  sortent  du 
cœur,  communiquent  entre  eux,  il  arrive,  après  un  certain 
temps,  que  ces  espèces  d'oscillations  envoient  le  sang  dans 
toutes  les  parties  du  corps. 

Ces  mouvemens  du  sang  paroissent  être  d'autant  plus  fa- 
ciles à  apercevoir,  que,  suivant  nos  deux  observateurs,  il 
est  composé  de  petits  grumeaux  blanchâtres,  visibles  à  tra- 
vers les  parois  des  vaisseaux,  quelquefois  d'un  rouge  brun  et 
transparens.  On  aide  encore  à  cette  observation,  en  tenant 
l'animal  verticalement,  le  nucléus  en  bas;  alors,  comme  le 
sang  poussé  dans  l'aorte  est  obligé  de  remonter  contre 
son  propre  poids,  sa  marche  est  beaucoup  moins  rapide,  et 
on  peut  suivre  très -bien  le  mouvement  des  globules. 

Tout  le  reste  de  la  physiologie  des  biphores  nous  est  com- 
plètement inconnu.  Nous  ne  savons  aussi  presque  rien  de 
leur  histoire  naturelle. 

Les  biphores  sont  essentiellement  marins,  et  même  n'ha- 
bitent guère  que  la  haute  luer. 

11  paroît  qu'il  s'en  trouve  dans  toutes  les  mers  des  pays 
chauds  et  même  dans  la  Méditerranée,  sur  la  côte  d'Afrique. 
Je  n'ai  cependant  jamais  entendu  dire  qu'il  y  en  eût  sur 
nos  côtes.  S'il  s'en  trouve  dans  des  mers  un  peu  septentrio- 
nales, il  paroît  qu'ils  y  ont  été  entraînés  par  les  courans  ou 
par  des  tempêtes. 

C'est  dans  la  haute  mer,  à  une  grande  distance  des  côtes,, 


SAL  io5 

que  se  trouvent  les  biphores  quelquefois  en  très-grande  abon- 
dance, soit  solitaires,  soit  réunis  suivant  un  mode  particulier 
pour  chaque  espèce,  de  manière  à  former  de  longs  rubans 
qui  flottent  en  serpentant  à  peu  de  distance  de  la  surface. 

C'est  surtout  pendant  la  nuit  qu'on  les  aperçoit  le  plus 
aisément,  à  cause  de  la  grande  phosphorescence  dont  ils 
jouissent  cà  un  très-haut  degré.  Tous  les  navigateurs  sont  d'ac- 
cord à  ce  sujet,  et  disent  que  les  biphores  enchaînés  font 
alors  l'efifet  singulier  de  longs  rubans  de  feu  entraînés  par 
les  courans. 

Quoiqu'ils  Jouissent  réellement  de  la  faculté  locomotive, 
il  est  extrêmement  probable  qu'ils  sont  le  jouet  des  vagues 
et  des  vents,  qui  les  entraînent  dans  leur  direction.  Cela  me 
paroît  surtout  probable  pour  les  individus  enchaînés,  qui 
agissent  bien  chacun  pour  respirer,  mais  dont  l'action  n'est 
pas  coordonnée  pour  produire  un  effet  déterminé. 

Leur  nourriture  est,  sans  doute  ,  entièrement  animale,  et 
composée  d'animalcules  et  même  de  la  matière  amorphe, 
qui  se  trouvent  en  si  grande  abondance  dans  les  eaux  de  la 
mer,  et  qui,  traversant  la  cavité  de  leur  manteau,  servent 
à  la  fois  à  leur  locomotion,  à  leur  nutrition  et  à  leur  respi- 
ration. 

Les  biphores,  étant  hermaphrodites,  se  reproduisent  in- 
dividuellement, sans  avoir  de  rapports  nécessaires  les  uns  avec 
les  autres. 

Le  produit  de  la  génération,  dont  nous  connoissons  à  peine 
l'organe,  offre  de  grandes  singularités:  d'abord  il  peut  être 
solitaire ,  ou  bien  être  réuni  avec  un  grand  nombre  d'indi- 
vidus semblables  à  lui  ,  et  dont  la  réunion  se  fait  d'une  ma- 
nière constante  et  à  l'aide  de  ces  organes  auxquels  on  a  donné 
le  nom  de  ventouses,  de  suçoirs  ou  de  spiracules. 

Les  fœtus  uniques  ou  solitaires  paroissent  différer  considé- 
rablement de  l'individu  dont  ils  proviennent,  au  point,  di- 
sent MM.  Quoy  et  Gaimard  ,  que,  si  l'on  n'en  étoit  pas  averti, 
on  pourroit  en  faire  des  espèces  distinctes.  Ils  sont  suspendus 
dans  la  cavité  du  manteau  par  une  espèce  de  cordon  ,  que 
M.  de  Chamisso  nomme  un  cordon  ombilical.  MM.  Quoy  et 
Gaimard  parlent  aussi  d'un  pédicule  tenant  à  une  sorte  de 
placenta,  rempli  de  matière  muqueuse.  Au   resty,    comme 


■îo6  SAh 

je  ne  conçois  pas  trop  ce  que  dit  M.  de  Chamisso  à  ce  sujet, 
je  vais  me  borner  à  en  donner  la  traduction. 

Les  espèces  de  ce  genre  se  présentent  sous  une  double  forme , 
une  race  entièrement  dissemblable  à  sa  mère  pendant  tout 
le  cours  de  sa  vie,  produisant  cependant  des  petits,  tous 
semblables  à  celle-ci,  en  sorte  que  telbiphore  qui  diffère  éga- 
lement de  sa  mère  et  de  ses  fils,  est  semblable  à  son  aieul ,  à 
ses  neveux  et  à  ses  frères.  Sous  les  deux  états  le  biphore  est 
androgyne,  à  la  manière  des  mollusques  acéphales,  ou  mieux  , 
complètement  femelle,  et  également  vivipare  ;  mais  sous  l'un 
le  produit  de  la  génération  est  un  animal  solitaire,  multi- 
pare, et  sous  l'autre,  c'est  une  stirps ,  composée  d'individus 
réunis  d'une  manière  déterminée  et  uniparcs. 

C'est  d'après  cette  observation,  entièrement  due  à  M.  de 
Chamisso,  que  chaque  espèce  présente  une  race  solitaire  et 
une  race  agrégée ,  susceptible  également  de  se  reproduire. 

Beaucoup  d'animaux  de  ce  genre  produisent  des  œufs  en- 
chaînés, et  de  chaque  œuf  sort  un  animal  entièrement  sem- 
blable à  ses  parens.-Mais  la  race  solitaire,  au  lieud'œufs,  pro- 
duit des  animaux  enchaînés,  de  chacun  desquels  sort ,  comme 
d'un  œuf,  un  salpa  solitaire,  semblable  à  sa  première  mère  : 
en  sorte  que  l'on  pourroit  dire  que  la  race  solitaire  est  un 
animal  et  que  la  race  enchaînée  n'est  seulement  qu'une  masse 
d'œufs  agrégés  et  vivans.  Aussi  M.  de  Chamisso  voit-il  quel- 
que rapport  entre  cette  singulière  disposition  desbiphores  et 
les  métamorphoses  des  batraciens  et  des  insectes.  Dans  les  bi- 
phores  la  métamorphose  auroit  lieu  par  deux  générations 
successives,  la  forme  se  changeant  par  les  générations,  si  ce 
n'est,  cependant ,  chez  les  races  solitaires.  Ce  qui  sembleroit 
confirmer  cette  opinion  de  M.  de  Chamisso ,  c'est  qu'il  y  a  des 
idifierences  extrêmement  importantes  entre  les  deux  formes 
Ae  la  même  espèce  de  biphore,  et  cela,  non-seulement  dans 
la  forme  extérieure  ,  mais  encore  dans  la  disposition  des  mus- 
cles et  dans  la  position  des  viscères. 

Dans  les  individus  solitaires,  et  par  conséquent  multipa- 
res,  le  corps  n'offre  aucun  des  appendices  ou  protubérances 
propres  à  produire  la  jonction.  Les  orifices  sont  terminaux: 
le  premier  bilabié  ,  à  lèvres  inégales  ,  l'une  grande  ,  infléchie  , 
couverte  par  l'autre  plus  courte  ,  et  le  seccMid  tronqué. 


SAL  107 

Dans  les  races  agrégées  ou  unîpares  il  y  a  en  dlfféiens 
endroits  du  corps,  ce  qui  varie  suivant  les  espèces  des  ap- 
pendices, des  protubérances  ou  des  épines,  à  l'aide  desquelles 
les  individus  s'agrègent  dans  un  ordre  déterminé  ;  alors  les 
orifices  ,  pour,  la  même  raison  ,  sont  diversement  situés,  sou- 
vent d'un  seul  côté,  l'un  étant  très-souvent  oblique. 

Tous  les  individus  d'une  même  agrégation  sont  parfaite- 
ment semblables  en  grosseur  et  en  longueur,  quoiqu'ils  puis- 
sent être  très-différens  sous  ces  rapports  dans  chaque  réunion. 

MM.  Quoy  et  Gaimard  ont  aussi  fait  des  observations  à 
peu  prés  analogues,  quoiqu'ils  n'aient  jamais  vu,  à  ce  qu'il 
paroît,  que  chaque  espèce  puisse  produire  sous  deux  formes 
si  différentes.  Dans  une  espèce,  qu'ils  ont  nommée  B.  bicaudé, 
il  n'y  a,  disent-ils,  qu'un  seul  fœtus,  suspendu  au  côté  droit 
par  un  pédicule  tenant  à  une  sorte  de  placenta,  rempli  de 
matière  muqueuse.  Le  jeune  individu  est  si  bien  développé 
avant  de  sortir,  qu'on  voit  tous  ses  organes,  même  ses  vais- 
seaux et  les  mouvemens  de  son  cœur,  qui  ressemblent,  di- 
sent-ils, à  ceux  de  la  roue  d'un  bateau  à  vapeur.  Sa  forme 
est  toute  différente  de  celle  de  l'individu  qui  le  porte  ,  et  il 
n'a  pas  même  les  deux  longs  appendices  qui  caractérisent  son 
espèce. 

Péron  ,  qui  le  premier  a  observé  l'ovaire  des  biphores  ,  pen- 
soit  que  ces  animaux  sortent  enchaînés,  comme  ils  le  sont 
dans  l'ovaire  ;  mais  qu'à  un  certain  âge  ils  se  séparent  et  que 
tous  les  individus  qui  ont  atteint  toute  leur  grandeur,  sont 
solitaires. 

D'après  ces  diverses  observations ,  il  est  aisé  de  voir  com- 
bien les  espèces  sont  difficiles  à  caractériser,  puisqu'il  faut 
avoir  égard  à  l'âge,  et  surtout  savoir  si  les  individus  étoienf 
agrégés  ou  non;  aussi  M,  de  Chamisso  est -il  obligé,  pour 
chaque  espèce,  de  décrire  un  individu  sous  chaque  état. 

Forskal  avoit  distribué  les  espèces  de  son  genre  Salpa  d'après 
la  considération  de  l'existence  ou  de  l'absence  des  appen- 
dices. 

MM.  Quoy  et  Gaimard  ont  également  eu  recours  à  l'exis- 
tence ou  à  l'absence  de  prolongemens  à  l'une  ou  à  l'autre  des 
extrémités.  J'ai  moi-même  adopté  cette  division  dans  mon 
Manuel   de  malacologie;    mais   c'étoit  évidemment   à   tort, 


'o8  SAL 

puisque  la  même  espèce  est  sans  ou  avec  des  appendices, 
suivant  qu'elle  est  solitaire  ou  agrégée. 

M.  Savigny  paroît  avoir  établi  quelques  divisions  génériques 
parmi  les  biphores ,  autant  qu'on  en  peut  juger  d'après  les 
noms  employés  dans  l'explication  de  la  planche  de  ses  Mé- 
moires sur  les  animaux  sans  vertèbres  qui  leur  est  consacrée; 
mais  j'ignore  sur  quels  caractères. 

Je  conçois  que  la  considération  du  mode  d'agrégation  puisse 
servir  à  l'établissement  de  coupes  naturelles  parmi  les  espèces 
de  biphores,  qui  semblent  être  assez  nombreuses,  surtout 
s'il  faut  admettre  toutes  celles  décrites  par  MM.  Quoy  et 
Gaimard.  Malheureusement  nous  sommes  bien  loin  de  le 
connoitre  pour  toutes  les  espèces.  C'est  cependant  cet  ordre 
que  nous  allons  suivre,  en  tâchant  de  le  faire  concorder 
avec  quelques  autres  caractères. 

A.  Espèces  tronquées  aux  deux  extrémités ,  s'agré- 
geant  circulairement  et  ayant  l'anus  très -éloigné 
de  la  bouche.  (  Cyclosalpa.  ) 

Le  BiPHORE  piNNÉ  :  s.  pinnala,  Linn. ,  Gmel. ,  p.  3 1 29  ,  n.°  2  , 
d'après  Forskal ,  Descript.  anim.,  page  ]i3,  n."  i3;  eticon., 
page  11  ,  tab.  55,  litl.  B,  6,  1,6,2,  copié  dans  l'EncycI. 
méthod.  ,  Vers,  pi.  74,  lig.  7  et  8  ;  Sulpa  eristata ,  Cuv. , 
Mém.,  page  7  ,  fîg.  1  ,  2  et  1 1  :  Salpa  pinnala,  de  Chamisso  , 
Mém.,  fig.  lA  à  il.  Corps  un  peu  alongé ,  à  ouvertures  ter- 
minales, laissant  apercevoir  ,  par  sa  transparence,  de  chaque 
côté  du  dos,  une  ligne  longitudinale  violette,  quatre  fois 
interrompue  dans  les  individus  libres,  continue  dans  les 
agrégés,  qui  sont  en  outre  pourvus  d'une  sorte  d'appen^ 
dice  cunéiforme  ou  d'une  crête  longitudinale  au  bord  infé- 
rieur, servant  à  la  réunion  circulaire. 

Cette  espèce  ,  de  trois  pouces  de  long  environ,  est  l'une 
des  plus  connues  du  genre,  et  se  trouve  en  abondance  dans 
lu  nier  qui  baigne  les  îles  Fortunées  et  dans  la  mer  Médi- 
terranée. C'est  l'individu  agrégé  qui  a  fait  le  sujet  des  re- 
cherches anatomiques  de  MM.  Home  et  Cuvier,  ancienne- 
ment observée  par  Forskal  et  peut-être  même  par  Bro\vne> 
Elle  est  aisément  caractérisée  par  l'existence  de  ce^  siqgulier» 


SAL  lof) 

orgàn«s  du  dos ,  regardés  par  M.  Cuvier  comme  des  ovaires, 
et  qui  ne  se  trouvent  dans  aucune  autre  espèce.  C'est  sur 
elle  que  MM.  de  Chamisso  et  Eschscholz  ont,  pour  la  pre- 
mière fois,  observé  les  grandes  différences  qui  existent  entre 
les  individus  libres  et  ceux  qui  sont  agrégés.  La  masse  qui 
résulte  de  cette  agrégation  et  qui  est  composée  de  huit  à 
quatorze  individus,  ressemble  un  peu  à  une  méduse. 

Le  BiFHORE  semblable;  s.  affinis ,  de  Chamisso,  /.  c,  p.  i  i  , 
n,°  2  ,  ûg.  2  Aa  2  F.  Corps  à  peu  près  de  même  forme,  pourvu 
également  d'un  appendice  cunéiforme  dans  l'état  agrégé, 
mais  constamment  sans  lignes  violettes  dorsales. 

Ce  biphore,  très- rapproché  du  précédent,  puisqu'il  offre 
la  même  disposition  du  canal  intestinal,  de  l'utérus,  dans  les 
individus  solitaires,  le  même  mode  d'agrégation,  n'en  diffère 
que  par  l'absence  des  organes  violets  et  parce  que  dans  les 
individus  agrégés  l'intestin  est  plus  contourné:  il  est  d'ailleurs 
plus  petit  (2  '/^  pouces) ,  et  il  se  trouve  dans  la  mer  Pacifique 
septentrionale,  aux  environs  des  îles  Sandwich. 

Il  faut,  sans  doute,  rapporter  à  cette  section  les  espèces 
de  thalides  de  Browne  ,  puisqu'elles  se  réunissent  aussi  en 
cercle;  peut-être  même  ne  sont-ce  que  des  biphores  pinnés, 
comme  le  pense  M.  de  Chamisso  ;  mais  c'est  ce  qu'il  est  im- 
possible d'assurer,  tant  les  descriptions  et  les  figures  sont  in- 
complètes. 

B.  Espèces  tronquées  aux  deux  extrémités  ;  l'anus 
irès' voisin  de  la  bouche  et  s''as'ré2eant  latérale- 
ment  et  sur  deux  lignes. 

Le  B.  DE  TiLÉsius  ;  5.  Tilesii ,  Cuv. ,  loc.  cit. ,  fig.  3  —  6. 
Corps  cylindrique,  médiocrement  alongé,  tronqué  et  pourvu 
d'une  grande  ouverture  en  forme  de  gueule  à  une  extrémité  , 
nn  peu  atténué  et  prolongé  en  une  sorte  de  tube  à  l'autre; 
une  gibbosité  hérissée  de  tubercules  autour  du  nucléus  ;  les 
muscles  de  la  partie  tubuleuse  pinnalifides. 

M.  Tilésius,  qui  a  décrit  cette  espèce  sous  le  nom  de  tc- 
thys,  dit  qu'à  l'état  vivant  elle  est  transparente,  et  que  de 
loin  elle  paroît  d'un  beau  bleu  de  ciel,  avec  les  reflets  de 
l'iris.  Son  nucléus    est   d'un  rouge  ardent.  Il  l'avoit  observé 


îi^  s  AL 

sur  les  côles  de  Portugal.  J'en  ai  vu  un  très-beau  dessin  dans 
les  porte- feuilles  de  sir  Joseph  Banks,  sous  le  nom  de  médusa 
oblonga,  d'après  un  individu  trouvé  à  l'entrée  de  VEnglish- 
Canal. 

Le  BifHORE  infundibuliforme;  s.  infundibuliformis,  Quoy  et 
Gaimard,  Voyage  de  l'Uranie,  Atlas  zoolog. ,  pi.  74,  fig.  i3. 
Corps  très- grand,  gibbeux,  cartilagineux  et  verruqueux  à 
l'endroit  du  nucléus.  L'une  des  ouvertures  très -large,  en 
forme  de  gueule,  denticulée  sur  les  bords;  l'autre  prolongée 
en  tube  et  infundibuliforme-,  nucléus  rougeàtre  ;  branchie 
très-visible  au   travers  des  tégumens. 

De  l'océan  Indien,  entre  l'ile  de  Bourbon  et  la  Nouvelle- 
Hollande. 

Le  B.  BOSSU  ;  S.  gibba ,  Bosc  ,  Vers ,  tome  2  ,  p.  178,  pi.  xx  , 
fig.  5.  Corps  assez  court,  très -gibbeux  vers  le  nucléus  et 
pourvu  d'une  sorte  de  corne  au-dessus  de  l'ouverture  en 
gueule  fort  large;  l'autre  tubuleuse,  un  peu  en  entonnoir. 

M.  Bosc  ,  quia  observé  cette  espèce  dans  l'océan  Atlantique, 
dit  qu'elle  vit  toujours  solitaire;  ce  qui  veut  dire  qu'il  ne 
l'a  pas  observée  agrégée. 

Le  B.  INFORME;  5.  informis,  Quoy  et  Gaimard,  Voyage  de 
rUranie,  pi.  74,  fig.  8.  Corps  gibbeux,  un  peu  courbé  sur 
lui  -  même  ;  ouverture  antinucléale  grande  ,  rugueuse  et 
plissée. 

Des  îles  des  Papous. 

Le  B.  scdtigère;  5.  scutigera,  Cuv. ,  loc.  cit.,  fig.  /^  et  5.- 
Corps  ovale,  bombé  et  renflé  par  une  sorte  de  plaque  car- 
tilagineuse sous  le  nucléus,  qui  est  presque  médian.  Extré- 
mité à  ouverture  bilabiale,  un  peu  déclive;  Pautre  conique 
et  proportionnément  assez  longue;  bandes  musculaires  peu 
nombreuses;   celles  du  ventre  formant  deux  X. 

Du  voyage  de  MM.  Pérou  et  Lesueur. 

Le  B.  ferrugineux;  S.  ferruginea,  de  Chamisso  ,  loc.  cit., 
fig.  1 0.  Corps  subcylindrique ,  élargi  et  comme  lobé  de  chaque 
côté  du  nucléus,  qui  est  subterminal  et  gibbeux;  ouverture 
antinucléale  terminale  et  bilabiée;  ouverture  nucléale  plus 
grande,  transverse  et  moins  terminale  que  le  nucléus;  fais- 
ceaux musculaires  peu  considérables  ;  quatre  ventraux  courbes, 
rapprochés,  mais  non  en  croix;  deux  paires  de  spiracules; 


SAL  nt 

deux  assez  rapprochées  de  chaque  orifice.  Couleur  transpa- 
rente, avec  une  légère  teinte  ferrugineuse  vers  les  ouver- 
tures; nucléus  de  la  mé>me  couleur,  plus  foncée. 

M.  de  Chamisso  dit  avoir  observé  un  seul  individu  de  cette 
espèce  au  mois  de  Mai  dans  la  mer  Pacifique  équinoxiale. 

Le  BiPHORE  CONFÉDÉRÉ:  S.  confuderala ,  Linn.,  Gmel.,p.  3i3o, 
n.°  6  ,  d'après  Forskal,  loc.  cit. ,  page  ii5,  n.°  35  ,  et  Icon. , 
page  11 ,  tab.  36  ,  A,a ,  copié  dans  l'Enc.  méth.,  Vers,  lab.  yS, 
fig.  2  —  4.  Corps  d'un  pouce  de  long  et  de  la  grosseur  du 
petit  doigt,  hyalin,  mou,  subtétragone,  plus  large  à  l'extré- 
mité nucléale,  qui  est  subtrigone;  ouvertures  terminales; 
nucléus  également  presque  terminal ,  protégé  par  une  gibbo- 
sité  subrigide;  trois  paires  de  spiracules  ,  une  à  l'extrémité 
nucléale ,  une  plus  au  milieu  et  la  troisième  peu  en  dedans 
de  l'extrémité  antinucléale. 

Agrégation  sur  deux  lignes ,  par  Les  côtés  pour  tous  les  in- 
dividus de  chacune,  et  par  les  deux  tiers  de  la  face  dorsale 
ou  ventrale  pour  les  deux  séries. 

Forskal,  le  premier  qui  ait  observé  cette  espèce,  l'a  ren- 
contrée dans  le  détroit  de  Gibraltar  et  dans  l'archipel  Grec , 
autour  de  Cérigo. 

Le  B.  social;  S.  socia,  Bosc,  Vers,  2,  page  180,  tab.  20, 
fig.  r  —  3.  Corps  pentagonal  d'un  pouce  de  long  environ. 
Couleur  de  rouille  aux  deux  extrémités  et  pourvu  de  huit 
ventouses  ou  suçoirs. 

Agrégation  parfaitement  régulière,  et,  à  ce  qu'il  paroît , 
tout- à- fait  semblable  à  celle  de  l'espèce  précédente. 

De  l'océan  Atlantique. 

Le  B.  ocTOFOREjS.  octofora,  Cuv. ,  loc.  cit.,  page  20,  fig.  j , 
et  Savigny ,  Mém. ,  2  ,  tab.  24 ,  fig.  i .  Corps  oviforme ,  un  peu 
alongé,  plus  large  à  l'extrémité  nucléale,  qui  forme  une  pro- 
tubérance très-grande,  demi-sphérique  autour  du  nucléus^ 
ouvertures  assez  petites,  l'une  terminale,  l'autre  assez  avant 
l'extrémité  renflée;  quatre  paires  de  suçoirs  latéraux  ;  deux 
à  une  extrémité  et  deux  à  l'autre;  les  faisceaux  musculaires 
ventraux  formant  deux  X. 

Cette  espèce,  dont  la  taille  varie  de  deux  à  trois  pouces, 
paroit  provenir  du  voyage  de  MM.  Péron  et  Lesueur. 

Le  B.  BLEUATRE;   S.   ccerulesc£ns ,   de   Chamisso,   loc.    cit.. 


Î12  SAL 

fig.  9.  Corps  alongé,  subfusiforme ,  tronqué  à  chaque  exfré* 
mile  et  terminé  par  deux  orifices  presque  égaux;  nucléus 
assez  reculé  et  protégé  par  une  protubérance  cartilagineuse, 
nasiforme;  faisceaux  musculaires  parallèles,  assez  nombreux. 
Couleur  générale  bleuâtre,  surtout  autour  du  nucléus,  qui 
est  lui-même  d'un  bleu  foncé. 

C'est  sur  cette  espèce,  d'un  pouce  et  demi  de  long  et 
trouvée  solitaire  dans  l'océan  Atlantique  équinoxial ,  que 
M.  de  Chamisso  a  observé  pour  la  première  fois  que  ces  ani- 
maux peuvent  quitter  leur  enveloppe  gélatineuse  sans  pa- 
roitre  en  éprouver  aucun  préjudice  dans  leurs  fonctions.  En 
effet,  l'animal  ainsi  sorti  de  sa  gaine,  et  par  conséquent 
beaucoup  plus  mou,  beaucoup  plus  délicat,  ne  se  mouvoit 
pas  avec  moins  de  force  et  de  vigueur  qu'il  ne  le  faisoit  au- 
paravant. M.  de  Chamisso  a  même  trouvé  des  individus  qui 
étoient  privés  de  leur  gaîne  au  moment  où  ils  furent  pris. 
Il  faut,  cependant,  ajouter  qu'ils  le  furent  dans  une  mer 
agitée  et  adhcrens  à  un  câble  lancé  du  navire,  en  sorte  qu'il 
se  pourroit  que  cette  dénudation  fût  artificielle. 

Le  BiPHORE  A  gaîne;  s.  vaginata,  de  Chamisso,  /.  c. ,  fig.  7. 
Corps  médiocrement  alongé,  un  peu  renflé  au  milieu,  à 
coupe  triangulaire,  à  ouvertures  terminales,  sans  gibbosité 
autour  du  nucléus,  qui  est  assez  gros  et  subterminal ,  contenu 
dans  une  gaîne  cartilagineuse,  formée  de  trois  pièces  longi- 
tudinales, deux  latérales  et  une  dorsale,  réunies  entre  elles 
par  trois  lignes  gélatineuses.  Couleur  générale  bleuâtre.  Le 
nucléus  ferrugineux. 

Cette  espèce ,  de  deux  pouces  de  long  et  prise  dans  le  dé- 
troit de  la  Sonde  avec  le  B.  bicorne,  dont  il  sera  parlé  plus 
loin,  offre,  comme  la  précédente,  la  singulière  propriété  de 
se  séparer  de  sa  gaîne  par  la  plus  légère  pression  ou  par  son 
proprepoids,  sans  que  ses  fonctions  en  soientle  moins  du  monde 
lésées.  Mais,  en  outre,  la  gaîne,  privée  de  vie  et  sans  aucun 
mouvement ,  se  partage  aisément  en  ses  trois  pièces  consti- 
tuantes. Du  reste,  dans  cette  espèce,  toute  l'organisation 
paroit  semblable  à  ce  qu'elle  est  dans  les  autres. 

M.  de  Chamisso  ne  l'a  jamais  vue  agrégée,  du  moins  à 
l'extérieur;  car,  dans  l'intérieur  de  la  mère  il  a  observé  les 
fcvtus  formant,   par  leur  disposition  en   double  série,   une 


SAL  ii5 

chaîne  ou  un  double  chapelet  libre  et  flottant,  si  ce  n'est 
au  point  d'origine  au  nucléus,  et  dont  les  individus  éfoient 
d'autant  plus  gros  qu'ils  étoient  plus  éloignés  de  cette  origine. 

Le  BiPHORE  FASCIÉ  :  S.fasciata,  Linn.,  Gmel. ,  p.  3i3o,  n.°  7 
d'après  Forskal ,  loc.  cit.,  page  ii5,  n.°  56.  Corps  ovale-ob- 
long,  d'un  pouce  et  demi  de  longueur,  de  la  grosseur  du 
doigt,  à  orifices  terminaux,  et  cerclé  par  cinq  bandes  mus- 
culaires transverses.  Couleur  hyaline  ;  le  nucléus  ferrugineux, 
marginal  et  entouré  par  une  sorte  de  petit  intestin  filiforme, 
strié  en  travers,  d'abord  courbe,  puis  fortement  crochu  à 
son  sommet. 

De  l'entrée  de  l'archipel  Grec.  Seroit-ce  le  5.  zonaria  mal 
décrit  P 

Le  B.  CYI-INDRIQPE  ;  5.  cjlindrica,  Cuv. ,  loc.  cit.  ,  fig.  8  et  g. 
Corps  alongé,  cylindrique,  coupé  carrément  aux  deux  ex- 
trémités, un  peu  déprimé  et  saillant  au-dessous  du  nucléus, 
qui  est  assez  reculé  ;  orifices  terminaux,  larges  et  transverses» 
presque  égaux  ;  bandes  musculaires  au  nombre  de  onze,  dont 
six  parallèles  ,  les  quatre  autres  courbes  et  rapprochées  dans 
leur  partie  moyenne. 

Cette  espèce  a  été  sans  doute  rapportée  par  MM.  Péron 
et  Lesueur. 

M.  Cuvier  paroît  la  regarder  comme  la  même  que  Vholo- 
ihuria  zonaria  de  Pallas  ;  mais  je  crois  que  c'est  à  tort,  le 
nombre  des  faisceaux  musculaires  de  celle-ci  ne  dépassant 
jamais  cinq  ou  six. 

Le  B.  ALONGÉ;  S.  elongata,  Quoy  et  Gaimard.  Corps  alongé, 
cylindrique,  coupé  carrément  aux  deux  extrémités,  relevé 
d'une  sorte  de  crête  épaisse,  denticulée  sur  ses  deux  bords 
dans  la  région  du  nucléus,  et  cerclé  de  neuf  bandes  trans- 
verses, dont  quatre  fléchies  et  rapprochées  un  peu  dans  le 
milieu.  Orifice  antinucléal,.  subterminal,  et  pourvu  de  deux 
lèvres,  dont  une  operculaire;  orifice  nucléal ,  terminal,  su!  - 
tubuleux,  avec  un  muscle  flabelliforme  ;  nucléus  assez  en  de- 
dans de  cet  orifice  et  peu  considérable. 

Cette  espèce,  que  j'ai  reçue  de  MM.  Quoy  et  Gaimard, 
vient  du  détroit  de  Gibraltar.  J'en  possède  trois  individus 
solitaires.  Elle  est  fort  rapprochée  de  la  précédente.  > 

Le  B.  suBORBicuLAiRE  ;  S,  suborhicularis ,  Quoy  et  Gaimard  ^ 
47.  8 


iU  SAL 

loe.  cit.,  pi.  74,fîg.  5  —  7.  Corps suI)orbiculaire  ,  d'un  pouce 
et  demi  de  long,  sur  un  pouce  de  large,  hyalin  ;  orifices  non 
tout -à- fait  terminaux;  l'antinucléal  médiocre,  mais  plus 
grand  que  Tautre  et  fermé  par  une  crête  mobile. 

Du  port  Jackson. 

C'est  une  espèce  bien  douteuse  et  qui  n'appartient  peut- 
être  pas  même  à  ce  genre;  en  effet  elle  n'en  a  pas  la  forme  , 
et  MM.  Quoy  et  Gaimard  disent  positivement  n'avoir  remar- 
qué aucun  des  organes  des  salpas. 

Le  BiPHonE  ÉCHANCRÉ;  S.  emarginata,  Quoy  et  Gaimard,  loc. 
cit.,  pi.  74,  fig.  11  et  12.  Corps  subcylindrique ,  assez  aiongé. 
élargi  et  comme  tronqué  et  échanoréen  arrière,  avec  une  petite 
pointe  à  chaque  angle  ;  ouverture  antinucléale  terminale. 

De  la  Nouvelle- Guinée. 

MM.  Quoy  et  Gaimard  disent  que  la  partie  postérieure  se 
termine  par  deux  feuillets,  dont  l'adossement  forme  un 
triangle  à  sommet  aigu  et  dont  la  base  constitue  une  échanr 
crure  qui  se  poursuit  par  une  cannelure  régnant  sur  le  tiers 
postérieur  du  corps. 

Le  B.  TRiANGUi.AiRE  ;  S.  triangularis,  id.,  ibid. ,  pi.  74,  fior, 
9  et  10.  Corps  aiongé,  élargi  et  comme  tronqué,  pourvu  de 
trois  angles  denticulés  à  une  extrémité  ,  rétréci  et  arrondi 
à  l'autre:  orifice  antinucléal  terminal;  l'autre  latéral. 

De  la  Nouvelle- Guinée. 

MM.  Quoy  et  Gaimard  ajoutent  à  ce  caractère ,  que  cette 
espèce  offre  deux  parties  :  Tune  triangulaire,  coriace,  den- 
ticulée  sur  les  trois  bords,  formant  une  sorte  de  voûte,  oc- 
cupant toute  la  longueur  de  l'animal,  et  sur  laquelle  se 
trouve  le  nucléus  orangé,  et  l'autre,  molle,  peu  consistante 
et  arrondie.  Sa  longueur  est  d'environ  trois  pouces. 

LeB.  POLYMORPHE  ;  5.  pol/morplia  ,  id.,  ibid.,  pi.  70  ,  lig.  3  et  4. 
Corps  prismatique,  recourbé  sur  lui-même,  de  manière  à  ce 
que  les  orifices,  quoique  terminaux,  sont  très -rapprochés 
l'un  de  l'autre. 

Il  paroît  qu'on  ignore  la  patrie  de  cette  singulière  espèce, 
dont  la  figure  citée  et  la  description  ne  peuvent  guère  don- 
ner une  idée  suffisante.  Ce  biphore  est,  dit-on,  comme  formé 
de  deux  parties  accolées ,  dont  une  plus  courte.  II  est  coriace, 
transparent,   prismatique,  avec  des  arêtes  vives;  les  deux 


SAL  ii5 

ouvertures  sont  terminales,  et  la  cavité  intërieure  est  courbée 
comme  en  siphon  ,  dont  la  plus  longue  branche  serait  en  haut. 
Le  nucléus  est  placé  dans  la  portion  la  plus  courte.  Sa  forme 
prismatique  indique  qu'il  étoit  agrégée. 

Le  BiPHor.F.  rhomboïde;  S.  rhoinboidca  ^  id.  ,  ibid.  ,  pi.  y/,, 
fig.  3  et  4.  Corps  très-petit,  rhomboïdal,  hyalin:  le  nucléus 
bleu.  Agrégation  latérale  sur  deux  lignes  longitudinaits. 

Il  est  malheureux  que  cette  espèce  fort  singulière,  et  quia 
été  trouvée  dans  l'océan  Indien  ,  de  l'ile  Bourbon  à  la  NouA*ellc- 
HoUande,  ne  soit  pas  mieux  connue.  Les  observateurs  cités 
disent  qu'il  faut  l'examiner  avec  soin  pour  voir  les  deux  ou- 
vertures, et  que  les  facettes  varient  de  quatre  à  sept:  ce 
qui  est  bien  singulier  pour  les  salpas  ,  chez  lesquels  tous  les 
individus  d'une  même  espèce  sont  toujours  parfaitement  sem- 
blables. Leur  cohésion  est,  au  reste,  très-foible. 

En  général,  toutes  ces  dernières  espèces  auroicnt  besoin 
d'être  plus  complètement  connues;  sans  cela  il  est  impossible 
de  leur  assigner  une  place  un  peu  certaine. 

C.  Espèces  enllèretnent  subcartilagineuses ^  à  orijices 
suh terminaux  ^  souvent  mucronées  à  une  exti-émité 
au  moins;  agrégation  hilinéaire ;  celle  des  individus 
de  chaque  ligne  par  les  extrémités  ;  celle  des  indi- 
vidus des  deux  lignes ,  par  le  dos. 

Le  B.  zoNAiRErS.  zonaria  ,  Brug.  ;  Holothuria  zonaria,  Linn., 
Gmel.,  page  5142,  n."  18,  d'après  Pallas ,  Spiciieg.  zool. , 
page  26,  tab.  1  ,  fig.  17,  A,B,  C,  copié  dans  TEnc.  méth.,, 
Vers,  tab.  76,  fig.  8  —  10;  de  Chamisso ,  loc.  cit.,  Iî_g.  5. 
Corps  ovale ,  d'un  pouce  à  un  pouce  et  demi  de  long,  mem- 
braneux, assez  roide  ,  pourvu  à  ses  deux  extrémités  d'un 
prolongement  court  et  obtus  à  l'une,  vin  peu  plus  long,  plus 
pointu  et  oblique  à  l'autre  ;  ouvertures  non  terminales  ;  toutes 
deux  d'un  même  côté;  nucléus  au  niveau  de  l'orifice  corres- 
pondant; six  larges  bandes  musculaires  transverses.  Couleur 
hyaline;  ie  nucléus  ferrugineux. 

Les  individus  solitaires  ne  sont  pas  connus. 

Ceux  qui  sont  agrégés,  le  sont  au  moyen  de  trois  osculesj 
deux  terminaux  et  un  au  milieu  de  la  face  dorsale. 


ii6  SAL 

Le  mode  d'agrégation,  observé  et  fort  bien  figuré  par  M. 
de  Chamisso  ,  est  bilinéaire  ;  chaque  ligne  adhérente  à  l'autre 
par  le  dos,  de  manière  à  ce  que  les  orifices  forment  deux 
séries  externes.  Cette  agrégation  paroît  être  assez  solide. 

Cette  espèce,  que  l'on  trouve  dans  la  mer  des  Açores 
assez  communément,  paroit  offrir  beaucoup  de  variations 
dans  la  forme  des  extrémités;  mais  ce  n'est  jamais  entre  les 
individus  d'une  même  agrégation  ,  qui  se  ressemblent  toujours 
complètement.  MM.  Quoy  et  Gaimard  viennent  de  m'en  en- 
voyer plusieurs  individus  sous  le  nom  de  S.  microstoma. 

Le  BiPHORE  POLYCRATIQUE  :  .S.  polj'cratica ,  Linn.,  Gmel., 
p.  3i  5o,  n.°  1 1  ,  d'après  Forskal ,  i.  c. ,  p.  1 16,  n.''4o  ,  et  Icon., 
page  1  2  ,  tab.  36,  F  ,  copié  dans  l'Enc.  méth. ,  Vers  ,  pi.  75, 
£g.  5.  Corps  assez  rigide,  d'un  pouce  et  demi  de  long,  et 
de  la  grosseur  du  petit  doigt,  tronqué  obliquement  aux  deux 
extrémités,  et  pourvu  de  deux  oscules;  ouvertures  non  ter- 
minales; cinq  bandes  musculaires  transverses;  nucléus  glo- 
buleux et  brun. 

Agrégation  comme  dans  l'espèce  précédente:  mais  les  in- 
dividus de  chaque  ligne  beaucoup  moins  serrés  ou  rap- 
prochés. 

Cette  espèce,  que  Forskal  a  observée  au-delà  du  détroit 
de  Gibraltar,  paroît  réellement  être  extrêmement  rappro- 
chée delà  précédente.  Cependant,  comme  le  fait  observer 
M.  de  Chamisso  ,  elle  n'a  pas  le  même  nombre  de  bandes 
musculaires,  et,  d'ailleurs,  la  position  des  orifices  n'est  pas 
tout-à-fait  la  même.  Cependant  Forskal  mérite-t-il  une  con- 
fiance absolue  ?  Quoi  qu'il  en  soit,  cet  auteur  dit  avoir  vu 
des  cordons  longs  de  plusieurs  aunes,  composés  de  cette  es- 
pèce et  se  mouvoir  à  la  manière  des  serpens. 

Le  B.  UNicusPiDÉ  ;  S.  unicuspidata ,  Quoy  et  Gaimard.  Corps 
subcylindrique,  un  peu  déprimé,  contenu  dans  une  gaine 
subcartilagineuse,  tronquée  carrément  à  une  extrémité,  poin- 
tue à  l'autre;  six  bandes  transverses,  larges  et  droites;  orifice 
anlinucléal,  tout-à-fait  terminal ,  grand,  transverse,  à  lèvres 
égales;  orifice  nucléal  assez  petit,  assez  éloigné  de  l'extrémité 
et  fermé  par  une  lèvre  operculiforme  ;  une  paire  de  spiracules 
de  chaque  côté;  nucléus  pyriforme,  contenu  dans  la  pointe 
de  l'enveloppe  cartilagineuse  et  dans  la  direction  du  corps. 


SAL  117 

Je  n'ai  vu  qu'un  seul  individu  de  cette  espèce  fort  singu- 
lière. 

D.  Espèces  tronquées  à  l'état  solitaire  et  pourvues  à 
Vétat  agrégé  d'une  longue  pointe  latérale,  opposée 
à  chaque  extrémité,  d'où  il  résulte  un  système  d'a- 
grégation oblique  sur  un  seul  rang. 

Le  BiPHORE  géant:  s.  maxima,  Linn.,  Gmeî. ,  p.  3 12g,  n.*  i , 
d'après  Forskal,  loc.  cit.,  page  112,  n."  3o  ,  Icon. ,  lab.  35, 
fig.  A,  copié  dans  l'Eue,  méth. ,  pi.  74  ,  fig.  2.  Corps  long 
de  sept  à  huit  pouces  sur  deux  de  large,  subquadrangulaire, 
tout-à-fait  droit,  et  pourvu  à  chaque  extrémité  d'un  appen- 
dice conique,  subulé,  l'un  à  droite  etl'autreà  gauche;  celui 
du  côté  du  nucléus  un  peu  plus  long  que  de  l'autre  ;  ouverture 
antinucléale  très-large  et  transverse;  orifice  nucléal  égale- 
ment très-grand  ,  du  diamètre  d'un  pouce.  Couleur  hyaline; 
nucléus  globuleux,  de  la  grosseur  d'une  noix  et  de  couleur 
festacée  obscure,  enveloppé  d'une  écorce  hyaline;  faisceaux: 
musculaires  longitudinaux,  réticulés  par  des  transversaux. 

Forskal ,  qui  a  observé  cette  espèce  en  différens  endroits 
de  la  mer  Méditerranée,  et  entre  autres  dans  le  détroit  de 
Gibraltar,  dit  qu'elle  se  meut  au  moyen  de  ses  appendices 
et  de  la  systole  et  diastole  de  tout  le  corps. 

J'en  ai  trouvé  une  figure  dans  les  Mémoires  de  l'expédition 
angloise  au  Congo  ,  ce  qui  prouve  que  cette  espèce  existe 
aussi  dans  l'Atlantique,  et,  en  effet,  M.  de  Chamisso  dit 
qu'il  en  a  rencontré  un  individu  auprès  des  îles  Fortunées. 

Aucun  auteur  n'a  observé  cette  espèce  à  l'état  d'agréga- 
tion. (Voyez  plus  loin  le  B.  birostré.  ) 

Le  B.  FDsiFORME  :  S.  fusiforiTiis ,  Cuv. ,  loc.  cit.,  page  23, 
fig.  10;  Salpœ  ma.rimœ  var.  minor ,  Forskal,  loc.  cit.,  fig.  A  1  , 
A  2  ,  copié  dans  l'Enc.  méth.  ,  pi.  74,  fig.  3  —  5.  Corps 
ovale-alongé,  prolongé  à  chaque  extrémité  par  un  appendice 
conique,  qui  lui  donne  la  forme  d'une  navette;  orifices  non 
terminaux  et  tous  deux  à  la  même  face,  et,  à  ce  qu'il 
paroît ,  assez  petits;  nucléus  un  peu  oblique;  bandes  mus- 
culaires au  nombre  de  sept,  dont  les  deux  premières  se  rap- 
prochent et  quelquefois  se  confondent  dans  leur  milieu  et 


^i8  SAL 

les  cinq  autres  de  même,  de  manière  à  circonscrire  un  espace 
circulaire  au  milieu  du  corps. 

D'après  Forskal  et  en  admettant  que  sa  petite  variété  de  la 
S.  géante  soit  bien  la  même  que  le  S.  fusiformis  de  M.  Cu- 
vier ,  cette  espèce  s'agrégeroit  dos  à  dos  et  se  trouveroit  dans 
la  Méditerranée.  Elle  est  toujours  très-petite,  du  moins  cinq 
ou  six  individus  que  m'ont  envoyés  MM,  Quoy  et  Gaimard  , 
n'ont  pas  plus  de  dix-huit  lignes  de  longueur  totale. 

Le  B.  DOUTEUX  ;  S.  dubia,  de  Chamisso,  loc.  cit.,  page  18  , 
lig.  6.  Corps  petit,  de  deux  pouces  un  tiers  de  long  sur  un 
pouee  et  demi  de  large,  pourvu  de  deux  appendices  termi- 
naux, coniques,  égalant  la  moitié  du  corps;  le  nucléal  à 
gauche;  nucléus  entouré  d'un  cartilage  lisse. 

M.  de  Chamisso  a  trouvé  cette  espèce  dans  la  mer  Pa- 
cifique au  Sud  des  îles  Aléoutiennes,  au  mois  de  Septembre, 
et,  à  ce  qu'il  paroît,  à  l'état  d'agrégation,  dont  cependant 
il  ne  parle  pas. 

Le  B.  APRE  ;  S.  aspera  ,  id.  ihid. ,  page  1 4 ,  fig.  4  à  4  E.  Corps 
subcartilagineux,  hérissé  de  petites  épines,  surtout  autour  du 
nucléus  ;  subfusiforme,  même  à  l'état  solitaire,  en  forme  de 
navette  à  l'état  agrégé;  de  la  longueur  de  six  à  sept  pouces 
dans  le  premier  état,  et  seulement  de  quatre  dans  le  second  ; 
ouvertures,  terminales  sur  les  individus  agrégés,  et  ventrales 
sur  les  solitaires;  les  appendices  les  dépassant  assez  en  forme 
de  capuchon,  mais  étant  variables  pour  la  longueur  dans 
les  d-verses  agrégations. 

M.  de  Chamisso ,  qui  a  trouvé  cette  espèce  dans  la  mer  Pa- 
cifiqirte  septentrionale,  aux  environs  des  îles  Kuriles,  con- 
vient n'avoir  pas  observé  suffisamment  les  individus  soli- 
taires; mais  il  lui  a  semblé  qu'ils  ne  différoient  guère  de 
ceux  de  l'espèce  suivante.  La  cavité  intérieure  étoit  large- 
ment ouverte  à  chaque  extrémité;  le  nucléus  étoit  recou- 
vert par  un  cartilage  hérissé  de  petites  pointes,  et  les  fœtus 
étoient  enchaînés. 

Les  individus  agrégés  létoient  d'une  manière  assez  peu 
solide,  pour  qu'il  ait;  été  possible  de  bien  en  apercivoir  le 
mode.  D'après  l'observateur  il  paroitroit  que  la  membrane, 
qui  constitue  le  corps,  est  solidifiée  par  trois  parties  cartilagi- 
neuses :  l'une  plus  épaisse,  hérissée,  qui  protège  le  nucléus; 


SAL  Ï19 

l'aufre,  plus  molle  qui,  née  du  même  appendice,  constitue 
le  côlé  opposé  du  corps,  et,  enfin  ,  une  troisième  tout-à-fait 
molle  qui  forme  l'appendice  antinucléal. 

Dans  quelques  individus  M.  de  Chamisso  a  vu  un  fœtus  de 
deux  à  trois  lignes,  suspendu  dans  la  cavité  du  corps  aux 
environs  du  nucléus  et  attaché  par  un  cordon  ombilical  à  une 
verrue  transparente. 

Le  BiPHORE  raboteux;  s.  runcinata ,  id. ,  ihid. ,  fig.  5,  de 
A  à  1.  Corps  gélatineux  sur  une  face  ,  d'un  côté  cartilagi- 
neux et  septemcariné  de  l'autre  ;  chaque  carène  se  terminant 
du  côté  du  nucléus  par  une  épine  courte  ;  celle  qui  corres- 
pond à  celui-ci  plus  saillante,  échancrée  et  bifurquée;  ori- 
fices terminaux  dans  les  individus  agrégés  et  longuement  dé- 
passés par  des  appendices  terminaux  ,  égalant  presque  le  corps 
dans  les  individus  agrégés;  six  bandes  musculaires  trans- 
verses. 

Cette  espèce,  à  peine  d'un  pouce  et  demi  de  long,  a  été 
rencontrée  dans  l'océan  Atlantique,  auprès  des  iles  Açores. 
Le  cartilage  qui  enveloppe  une  des  faces  des  individus  soli- 
taires seulement ,  leur  forme  une  espèce  de  gaîne,  mais  ne 
peut  cependant  être  enlevé.  Le  mode  d'agrégation  n'a  pas 
été  observé.  Dans  un  individu  solitaire,  prêt  à  émettre  ses 
petits,  ceux-ci  formoient  une  chaîne  qui  sembloit  commencer 
aux  environs  du  cœur  par  deux  fils,  se  prolonger  ensuite 
en  une  lame  pellucide,  extrêmement  délicate,  et  qui,  après 
s'être  rétrofléchie,  étoit  évidemment  composée  de  deux  sé- 
ries de  fœtus,  attachés  par  le  côté;  les  nucléus  tournés  d'un 
même  côté. 

Le  li.  vivipare;  S.  vivipara ,  Péron  et  Lesueur,  Voyage  de 
Baudin,  pi.  3i.  Cette  espèce  n'est  que  figurée  dans  cet  ou- 
vrage. La  description  n'a  pas  été  donnée.  Quant  au  nom  de 
vivipare,  il  ne  lui  convient  pas  plus  qu'aux  autres  espèces. 

Le  B.  BiROSTHÉ;  5.  hirostratus,  Quoy  et  Gaimard  ,  loc,  cit., 
pi.  73,  fig.  9.  Sous  ce  nom  MM.  Quoy  et  Gaimaid  ont  figuré 
un  cordon  de  biphores,  qu'ils  rapportent  au  S.  maxirna  de 
Forskal;  mais  il  me  semble  que  c'est  à  tort,  la  proportion 
ciçs  appendices  étant  toute  différente  et  le  nucléus  autrement 
colore.  Cependant  ils  l'ont  également  observé  dans  la  Médi- 
terranée ,    et  ils  disent    que  dans  l'endroit   où   étoit    cette 


3  20  S  AL 

chaîne,  il  y  avoit  des  individus  solifaires  qui  avoient  jusqu'à 

sept  pouces  de  longueur. 

Le  BiPHORE  cordiforme;  s.  cordiformis ,  Quoy  et  Gaimard. 
Corps  vin  peu  alongé ,  cylindrique,  mou,  renflé  et  arrondi  à 
l'extrémité  nucléale  par  une  masse  gélatineuse,  enveloppant 
lenucléus;  orifice  antinucléal,  subterminal,  bilabié,  transversç 
et  dépassé  par  un  appendice  assez  court  ;  orifice  nucléal 
avant  le  nucléus,  subtubuleux,  ayant  aussi  un  appendice  la- 
téral encore  plus  court  et  collé  contre  la  masse  gélatineuse  ; 
six  bandes  musculaires  étroites,  fléchies  et  rapprochées  deux 
à  deux  dans  le  milieu.  Nucléus  brun  fort  gros. 

La  masse  gélatineuse  qui  enveloppe  son  nucléus,  est  par- 
semée d'un  grand  nombre  de  petits  vaisseaux  blancs. 

Sans  ses  deux  courts  appendices,  ce  biphore  seroit  bien 
voisin  du  B.  ferrugineux. 

Cette  espèce,  dont  l'agrégation  est  bilinéaire ,  m'a  été  en- 
voyée du  détroit  de  Gibraltar, 

E.  Espèces  tronquées  aux  deux  extrémités  ;  à  orifices 
terminaux  ;  une  paire  d' appendices  plus  ou  moins 
longs  à  l'extrémité  nucléale;  agrégation  sur  deux 
rangs,  le  dos  de  l'un  opposé  au  ventre  de  Vautre  , 
le  nucléus  s' élevant  ohliquement  ;  souvent  opposé 
côté  à  côté  et  quelquefois  alternativement,  (Dice- 

ROSALPA.  ) 

Ce  petit  groupe  me  paroît  assez  naturel  et  extrêmement 
aisé  à  distinguer  par  l'existence  d'une  paire  d'appendices  bien 
symétriques,  situés  à  l'extrémité  nucléale  de  l'enveloppe  car- 
tilagineuse, et  par  la  positron  constamment  terminale  de  ses 
ouvertures.  Je  ne  connois  pas  encore  de  figure  du  mode 
d'agrégation  de  ces  espèces  de  biphores,  M.  de  Chamisso  se 
Lornant,  à  l'occasion  du  B.  bicorne,  à  dire  qu'il  s'agrège 
en  double  série ,  les  individus  de  l'une  remplissant  les  in- 
tervalles de  l'autre,  de  manière  à  former  un  double  cha- 
pelet. 

Le  B.  BICORNE;  S.  bicornis  ^  de  Chamisso,  loc,  cit,,  fig.  8  A^ 
Corps  gélatineux  ,  utriculiforme  ou  court,  un  peu  renflé 
au  milieu,    pourvu   de  deux  cornes  coniques  assez   courtes 


SAL  121 

à  V extrémité  nucléale  et  servant  probablement  d'organes 
d'adhésion.  Couleur  hyaline  ;  le  nucléus  jaunâtre. 

Cette  petite  espèce,  de  trois  quarts  de  pouce  de  long  au 
plus,  a  été  trouvée  agrégée  et  formant  de  longs  filamens,  dans 
le  détroit  de  la  Sonde,  ainsi  qu'aux  environs  du  cap  de 
Bonne -Espérance.  M.  de  Chamisso  ne  l'a  donc  vue  qu'à 
cet  état,  et  encore  n'a-t-il  pu  observer  le  mode  d'agréga- 
tion. Il  suppose  cependant  que  les  appendices,  en  forme 
de  tentacules  de  limaçons,  peuvent  y  servir.  Du  reste,  les 
viscères  sont  comme  dans  les  espèces  précédentes.  Il  a  re- 
marqué autour  du  nucléus  un  organe  radié  et  courbé  en 
forme  d'anneau,  assez  semblable  à  la  chaîne  de  fœtus  des  in- 
dividus solitaires ,  mais  qu'il  n'ose  donner  absolument  comme 
la  même  chose,  pensant  que  ce  pourroit  être  aussi  bien  l'ana- 
logue de  ce  que  M.  Savigny  a  regardé  comme  une  seconde 
branchie. 

Comme  M.  de  Chamisso  a  constamment  trouvé  cette  petite 
espèce  de  biphoreavec  leB.  vaginé,  l'une  toujours  agrégée  en 
longues  chaînes,  et  l'autre  toujours  solitaire,  il  a  soupçonné 
que  celle-là  pourroit  bien  être  l'individu  solitaire  de  celui-ci. 

Le  BiPHORE  DÉiMocRATiycE  :  S.  dcmocratica ,  Linn.,  Gmel, , 
pag.  3i  2g  ,  n.°  3  ,  d'après  Forskal,  loc.  cit.,  page  1 13  ,  n."  3;j , 
Icon.,  page  12,  tab.  36,  litt.  G,  copié  dans  l'Enc.  méth. , 
Vers,  pi.  74,  fig.  9.  Corps  ovale,  long  comme  la  largeur  du 
doigt,  subtétragone ,  tronqué  d'un  côté,  pourvu  à  l'autre  de 
deux  soies,  égalant  la  moitié  de  la  longueur  totale,  et  en 
outre  de  trois  paires  d'aiguillons  courts,  servant  probable- 
ment de  suçoirs.  Couleur  générale  bleuâtre.  Nucléus  de  cou- 
leur bleue  à  sa  base  et  entouré  dans  quelques  individus  par 
un  cercle  multiradié  d'un  bleu  plus  pâle. 

Cette  espèce,  qui  paroît  fort  voisine  de  la  précédente, 
comme  le  fait  justement  observer  M.  de  Chamisso  ,  et  qui 
n'en  diffère  essentiellement  que  parle  nombre  des  aiguillons 
courts  de  l'extrémité  nucléale,  a  été  trouvée  en  quantité  in- 
croyable aux  environs  d'iviça  ,  dans  la  Méditerranée.  II  paroît 
qu'elle  n'a  été  observée  qu'à  Tétat  d'agrégation,  qui  est  peu 
solide  et  qui  se  fait  sur  deux  lignes,  par  union  latérale,  sou- 
vent opposées  ,  quelquefois  alternantes  ;  les  nucléus  élevés 
obliçjuoment. 


»22  SAL 

LeBiPHORETRicusriDE  ;  s.  triciispidata,  Quoy  et  Gnimard,  l.  c, 
pî.  jo ,  fîg.  6.  Corps  cylindrique,  assez  court,  d'un  à  deux 
pouces  de  long;  orifice  antinucléal  tout-à-fait  terminal;  Tautre 
avant  rextrémité  nucléale  qui  est  terminée  par  trois  pointes 
coniques,  dont  une  médiane  plus  courte  ;  trois  bandes  muscu- 
laires transverses. 

Du   port  Jafkson. 

Le  B.  DOUBLE-BOSSE  ;  >S.  bigibbosa,  Quoy  et  Gaimard  ,  loc, 
cit.,  pi.  73,  fig.  1.  Corps  alongé  ,  de  trois  pouces  de  long, 
tronqué  aux  d<'ux  extrémités,  verruqueux  en  dessus  comme 
en  dessous,  avec  deux  bosses,  l'une  sous  l'orifice  antinucléal, 
l'autre  sous  le  nucléus,  qui  est  d'un  vert  un  peu  jaunâtre 
sur  le  bord  ;  appendices  grêles,  vermiformes.  De  couleur 
verte  à  l'extrémifé. 

Dans  l'intervalle  des  Marianes  aux  îles  Sandwich  ,  par  58" 
lat.  N. 

Le  B.  GiBBEUx  ;  s.  gibbosa,  id,,  ibid.^  pi.  yS,  fig.  7.  Corps 
assez  alongé, -We  trois  à  quatre  pouces  de  long,  irrégulier, 
couvert  de  gibbosités  verruqueuses  ;  extrémité  antinucléale 
très-renflée;  l'ouverture  en  gueule;  les  deux  appendices  de 
l'extrémité  nucléale  assez  courts  ,  subtentaculaires  et  latéraux. 

Des  environs  des  îles  de  la  Société. 

Le  B.  A  côtes;  S.  costata ,  id. ,  ibid.,  pi.  73,  fîg.  2.  Corps 
de  six  à  huit  pouces  de  long  sur  trois  i  quatre  de  large, 
tronqué  carrément  aux  extrémités  et  cerclé  de  dix-huit  côtes 
transverses,  tombant  sur  une  ligne  médiane  longitudinale, 
un  peu  saillante;  orifices  grands  et  entièrement  terminaux; 
l'antinucléal  à  rebord  épais  et  verruqueux  ;  les  deux  appen- 
dices de  l'extrémité  nucléale  assez  courts,  subconiques  et  de 
couleur  verte  à  l'extrémité:  nucléus  d'un  ronge  orangé,  la- 
téral, et  protégé  par  une  gibbositc  peu  saillante  et  cartilagi- 
neuse. 

Cette  grande  espèce  a  été  prise  dans  le  trajet  de  l'île  Bourbon 
à  la  Nouvelle- Hollande  et  dans  l'hémisphère  nord  par  36" 
de  latifude  entre  les  Marianes  et  les  îles  Sandwich. 

Le  B.  hexagone;  S.  hexagona,  id. ,  ibid.,  pi.  70,  fîg.  3. 
Corps  cylindrique,  de  trois  à  quatre  pouces  de  long,  por- 
tant six  côtes  triangulaires  longitudinales  et  neuf  faisceaux 
musculaires  transversaux  ;  nucléus  orangé. 


SAL  1^5 

Cette  espèce,  dont  la  dénomination  n'est  guère  convenable, 
s'il  est  vrai  qu'elle  soit  cylindrique,  a  été  recueillie  aux  en- 
virons des  îles  Carolines,  par  i3"  latitude  N.  dans  un  en- 
droit où  la  mer  étoit  couverte  de  mollusques  et  de  &oo- 
phytes  de  toute  sorte.  M.  Gaudichaud  ,  qui  l'a  observée,  a  vu 
qu'elle  jouissoit  de  la  faculté  de  se  plisser  longitudinalcment. 

Le  BiPHOHE  LONGUE-Qi'EUE;  S.  longicûuda ,  id.,  ibid,,  fig.  8. 
Corps  cylindroïde  ,  cerclé  de  faisceaux  musculaires  trans- 
verses, et  pourvu  d'une  paire  d'appendices  plus  longs  que  lui. 
Longueur  totale,  deux  pouces. 

Du   port  Jackson. 

Le  B.  lucAUDÉ;  vS.  hicaudata,  Quoy  et  Gaimard ,  Bull,  de  la 
soc.  philom. ,  Août  1 826 ,  fig.  ^  i  ,  A2  ,  A5.  Corps  subcylin- 
drique, médiocrement  alongé  ,  à  ouverture  subterminale^ 
faisceaux  musculaires  formant  deux  X;  prolongemcns  cau- 
diformes,  aussi  longs  que  le  corps. 

Cette  petite  espèce,  sur  la  circulation  de  laquelle  MM. 
Quoy  et  Gaimard  nous  ont  donné  des  détails  que  nous  avons 
rapportés  plus  haut,  a  été  trouvée  dans  la  Méditerranée,  au 
détroit  de  Gibraltar. 

Le  B.  DOUBLE  -  SABKE  ,  S.  hiensis.  Corps  cylindroïde,  un  peu 
plus  renflé  à  l'extrémité  antinucléale ,  qui  est  percée  d'une 
large  ouverture  en  gueule;  deux  longs  appendices  en  forme 
de  sabre  à  l'extrémité  opposée  ;  un  renflement  assez  considé- 
rable sous  le  nucléus;  onze  bandes  musculaires  transverses. 
Couleur  générale  hyaline;  le  nucléus  ferrugineux;  les  appen- 
dices bleus. 

De  la  mer  Atlantique  très-probablement;  car  j'établis  cette 
espèce,  qui  me  paroit  fort  distincte,  d'après  un  assez  bon 
dessin  colorié  des  naturalistes  de  l'expédition  angloise  au 
Congo.  (De  B.  ) 

SALPA  [Salpe].  {Ichthyol.)  Voyez  Sadpe.  (H.  C) 

SALPÊTRE.  (Min.)  Voyez  Nitre.  (B.) 

SALPÊTRE.  (Chim.)  Ancien  nom  du  nitrate  de  potasse. 
(Ch.) 

SALPÊTRE  DE  HOUSSAGE.  (Chim.)  Salpêtre  qu'on  a  re- 
cueilli en  balayant  avec  un  lioussoir  des  surfaces  couvertes 
d'efflorescences  de  nitrate  de  potasse.  Voyez  tome  XXXV, 
page  64.  (Ch.) 


»24  SAL 

SALPÊTRE  TERREUX.  (Chim.)  Dénomination  ancienne 
que  l'on  appliquoit  aux  nitrates  de  chaux  et  de  magnésie, 
qui  accompagnent  le  nitrate  de  potasse  qu'on  trouve  dans  la 
nature.  (Ch.) 

SALPHINX.  (Ornith.)  Gesner  dit  sous  ce  mot,  et  d'après 
jîllien,  que  c'est  un  oiseau  qui  imite  le  son  d'une  trompette, 
ce  qui  indique  Vagami,  quoiqu'il  cite  ensuite  le  pic  noir,  à 
raison  du  bruit  qu'il  fait  en  frappant  du  bec  sur  le  tronc 
des  arbres.  (  Ch.  D.) 

SALPIANTHE,  Salpianthus.  (Bot.)  Genre  de  plantes  dico- 
tylédones, à  fleurs  incomplètes,  de  la  famille  des  njctao-inées  , 
de  la  trïandrie  monogjnie  de  Linnaeus,  offrant  pour  caractère 
essentiel  :  une  corolle  (  calice ,  Juss.  )  ;  le  limbe  plissé ,  à  quatre 
dents;  point  de  calice  :  trois  ou  quatre  étamines  unilatérales: 
un  ovaire  renfermé  dans  la  base  de  la  corolle;  un  style;  un 
stigmate  aigu  ;  une  semence  entourée  par  le  tube  persistant  de 
la  corolle. 

Salpianthe DES  sables:  Salpiantlius  arcnarius,  Humb.  etBonpl., 
PL  œquin. ,  i  ,  pag.  i55  ,  tab.  44;  Kunth.  in  Humb.  et  Bonpl. , 
Nov.  gen. ,  2  ,  pag.  2 1  8  ;  Poir. ,  III,  gen,,  Sup. ,  tab.  906  ;  Boldoa 
lanceolata,  Cavan.  et  Lagasc.  ,  ISoif.  gen.  et  Spec.  diagn. ,  p.  jo. 
Arbrisseau  dont  la  tige  est  grimpante,  visqueuse  ,  sarmenteuse, 
d'une  odeur  désagréable  ;  les  rameaux  inférieurs  cylindriques , 
d'un  rouge  foncé:  les  supérieurs  couverts  d'un  duvet  très- 
court;  les  feuilles  alternes,  ovales,  lancéolées,  aiguës  à  leurs 
deux  extrémités,  pubescentesà  leurs  deux  faces,  longues  d'un 
à  deux  pouces;  les  pétioles  courts,  d'un  rouge  vif.  Les  fleurs 
sont  disposées  en  corymbes  à  l'extrémité  des  rameaux  ;  cha- 
cune d'elles  est  pédicellée;  les  pédoncules  sont  colorés  et  pu- 
bescens;  la  corolle  ,  d'un  beau  rouge  ,  visqueuse  ,  tubulée ,  ovale 
à  sa  base,  est  resserrée  dans  son  milieu,  divisée  à  son  limbe  en 
quatre  dents  droites,  égales,  lancéolées,  aiguës;  les  trois  éta- 
mines sont  portées  du  même  côté,  une  fois  plus  longues  que  la 
corolle,  attachées  sur  une  écaille  à  la  base  de  l'ovaire;  les  an- 
thères droites ,  un  peu  arrondies,  à  deux  loges;  l'ovaire  est 
ovale  ,  aigu ,  convexe  d'un  côté  ,  marqué  de  l'autre  d'un  sillon 
correspondant  aux  étamines;  le  style  est  delà  longueur  des  éta- 
mines; le  stigmate  aigu.  Le  fruit  consiste  en  une  seule  semence 
ovale-arrondie,  rude,  noirâtre, surmontée  d'un  style  persistant, 


SAL  125 

renfermée  dans  la  corolle,  pourvue  d'un  périsperme  central, 
corné  et  blanchâtre,  entouré  par  l'embryon  ;  la  radicule  est 
inférieure.  .Cette  plante  croît  aux  lieux  sablonneux,  d;<iis  le 
Mexique,  près  du   port  d'Acapulco.  (  Poir.  ) 

SALPIENS,  Salpiacea.  {Malacoz.)  Dénomination  employée 
par  M.  de  Blainville,  dans  son  Système  général  de  malacolo- 
gie, pour  désigner  la  seconde  famille  de  l'ordre  des  Hétéro- 
branches,  et  qui  comprend  le  grand  genre  Salpa  de  Forskal 
et  le  Pyroso.me  de  MM.  Péron  et  Lesueur.  Voyez  ces  deux 
mots  et  Particie  MoLi/jsyijES.  (DeJ5.) 

SALPIGLOSSE,  Salpiglossis.  (Bof.  )  Genre  de  plantes  dico- 
tylédones, à  fleurs  complètes,  monopétalées,  en  enîonnoir  , 
établi  par  Ruiz  et  Pavon  (  Prodr.Jlor.  Fer.,  94  ,  lab.  19  )  pour 
une  plante  herbacée  du  Pérou,  de  la  didynamie  angiospermie 
de  Linnaeus,  qui  n'est  encore  connue  que  par  son  caractère 
générique.  Son  caractère  essentiel  consiste  dans  un  calice  à 
cinq  angles,  à  cinq  divisions;  une  corolle  infundibuliforme; 
quatre  étaminrs  didynames  :  le  rudiment  d'une  cinquiènie  ; 
un  ovaire  supérieur;  un  style  plan,  élargi  à  sa  partie  supé^ 
rieure,  muni  de  deux  petites  dents  opposées;  une  capsule  à 
deux  loges,  à  deux  valves;  une  cloison  parallèle  aux  valves, 
sur  laquelle  les  semences  sont  attachées. 

Dans  le  caractère  générique  chaque  fleur  off're  un  calice 
persistant,  d'une  seule  pièce,  à  cinq  découpures  lancéolées: 
les  trois  inférieures  plus  profondes;  une  corolle  très-grande, 
monopétale,  infundibuliforme;  le  tube  grêle,  une  fois  plus 
long  que  le  calice;  Porilice  campanule,  plissé,  anguleux  ;  le 
limbe  à  cinq  lobes  ovales,  inégaux,  échancrés:  le  supérieur 
plus  large;  quatre  étamines  didynames;  les  filamens  subulés  , 
renfermés  dans  le  tube,  insérés  vers  son  milieu;  deux  plus 
courts,  terminés  par  des  anthères  conniventes,  ovales,  à  deux 
loges ,  bifides  à  leur  base  ,  plus  petites  dans  les  deux  étamines 
plus  longues  ;  le  rudiment  d'un  cinquième  filament  situé  entre 
les  deux  plus  longues  étamines;  un  ovaire  supérieur,  ovale; 
un  style  de  la  longueur  des  étamines,  en  lanière,  rétréci  \ers 
sa  base  ,  muni  vers  son  sommet  de  deux  petites  dents  opposées  ; 
un  stigmate  tronqué.  Le  fruit  est  une  capsule  renfermée  dans 
le  calice,  ovale,  à  deux  loges,  à  deux  valves:  chaque  valve 
J)Lfîde  ;   une  cloison  parallèle  aux  valves  ;  les  semences  atta- 


1^6  S  AL 

chées  à  chaque  côté  de  la  cloison  ,  qui  paroit  un  réceptacle 
central  :  ces  semences  sont  nombreuses,  fort  petites  ,  ovales  ou 
arrondies.  (Poir.  ) 

SALPIGTES.  {Ornith.)  Sonnini,  dans  le  Nouveau  Diction- 
naire d'histoire  naturelle,  cite  ce  mot,  comme  un  des  noms 
grecs  donnés  au  roitelet.  (Ch,  D.  ) 

SALPINGUS.  {Entom.)  Nom  donné  par  M.  Gyllenhal  à  un 
petit  genre  de  rhinocères  ou  insectes  coléoptères  rostricornes, 
pour  y  comprendre  quelques  espèces  d'anthribes  de  Fabricius 
ou  de  rhinosimes,  tels  que  le  planirostris  et  roboris.  (C.  D.) 

SALSA.  [Bot.)  Vandelli,  dans  sa  Flore  du  Portugal  et  du 
Brésil,  cite  ce  nom  vulgaire  du  persil.  Il  est  aussi  rapporté 
dans  la  Flore  du  Pérou  ,  d'après  Fcuiliée,  pour  le  genre  Her- 
reria  ,  de  la  famille  des  asparaginécs ,  qui  est  le  Quila  des  Pé- 
ruviens. Voyez  ce  mot.  (J.  ) 

SALSAPARILLA.  (Bot.)  Nom  latin  de  la  salsepareille  ofli- 
cinale.  Sarzaparilla  ,  sarsaparilla  indiquent  encore  la  même 
plante  dans  les  anciens  ouvrages.  Voyez  ci -après  Salsepa- 
reille. (Lem.) 

SALSE-UTAN.  {Bot.)  Nom  malais  du  lithospermum  awhoi- 
nicum  de  Rumph  ,  qui  est  le  coix  agrestis  de  Loureiro  et  de 
"Willdenow.  (J.) 

Sx\LSEPARElLLE,  Smilax.  (Bot.)  Genre  de  plantes  mono- 
cotylédones,  à  fleurs  dioïques,  de  la  famille  des  osparaginées , 
de  la  dioécie  hexandrie  de  I.innaeus,  offrant  pour  caractère 
essentiel:  Dans  les  fleurs  mâles,  une  corolle  (calice,  Juss.)  à 
six  divisions  profondes;  point  de  calice;  six  étamines;  les 
anthères  dressées:  dans  les  fleurs  femelles,  même  corolle;  un 
ovaire  à  trois  loges  monospermes;  un  style  très-court;  trois 
stigmates;  une  baie  à  trois  loges,  à  trois  semences,  souvent  à 
une  ou  deux  par  avortement. 

Les  salsepareilles  forment  un  genre  très-naturel:  toutes  af- 
fectent le  même  port  ,  ce  qui  les  rend  très-difficiles  à  dis- 
tinguer, d'autant  plus  que  les  feuilles  sont  elles-mêmes  très- 
variables  ST.r  la  même  plante.  Les  caractères  les  moins  incons- 
tans  sont  appuyés  sur  la  substance  de  ces  feuilles,  ou  coriaces  , 
très-épaisses,  ou  membraneuses  et  parcheminées,  munies  de 
vrilles  à  la  base  des  pétioles,  sur  le  nombre  et  la  disposition 
des  nervures,  sur  la    présence  ou  l'absence  des  aiguillons, 


SAL  >27 

sur  ies  liges  cylindriques  on  anguleuses,  épineuses  ou  non  épi- 
neuses, sur  les  fleurs  disposées  en  petits  corymbes  ou  ombelles 
axillaires,  quelquis-unes  eu  longues  grappes:  sur  les  proportions 
des  pédoncules;  enfin  ,  sur  la  grosseur  et  la  couleur  des  fruits. 
On  voit  avec  peine  M.  Paulet  critiqueravec  amertume  l'ou- 
vrage de  Stackhouse  sur  Théophraste  (  Illustrationes  Theo- 
phrasfi).  Ici' ,  par  exemple  ,  il  lui  reproche  durement,  comme 
un  défaut  (VatteaLion  et  de  rrjlexion,  d'avoir  pris  le  smilax  de 
Théophraste  ou  le  lierre  de  Cilicie  de  Pline  et  de  Gaza,  pour 
le  smiiax  aspcra ,  Linn.  Il  est  possible,  sans  doute,  que  la  plante 
de  Linné  ne  soit  pas  celle  de  Théophraste;  mais  M.  Paulet, 
lui-même  ,  peut-il  avoir  plus  de  certitude  que  ce  soit  le  smilax 
excelsa,  Linn.,  même  d'après  la  description  de  Théophraste? 
Il  ne  doit  pas  ignorer  que  les  différentes  espèces  de  smilaxsant 
très-variables.  J'ai  trouvé  en  Barbarie  une  nouvelle  espèce, 
le  smilax  mauritanien,  Poir. ,  qui  pourroit  aussi  bien  convenir 
à  la  plante  de  Théophraste  que  le  smilax  excelsa;  mais  il  sera 
toujours  très-indiscret  de  prononcer  d'un  ton  tranchant  sur 
l'identité  des  plantes  de  Théophraste  avec  celles  qui  nous  sont 
connues,  et  très-injuste  de  décrier  d'une  manière  insultante 
l'ouvrage  de  Stackhouse  ,  auquel  les  botanistes  auront  toujours 
Pobligation  d'avoir  entrepris  ce  pénible  travail,  quand  même 
il  lui  seroit  échappé  quelques  erreurs. 

Au  rapport  de  Pline  ,  le  nom  de  ce  genre  est  celui  d"une 
jeune  fille  éprbe  d'amour  pour  Crocus ,  et  qui  fut  changée  en 
cet  arbrisseau.  D'après  Ovide,  son  amant  éprouva  le  même  sort. 

-Et   Crocum   in  par^'os  versum   cum  Smilace  flores 
Prcelereo. 

OviD.,  Metnm.,  lib.   4- 

Salsepareille  piquante  :  Smilax  aspero,  Linn.,  Duham.,  nouv. 
édit.,  284,  tab.  55  ;  Clus. ,  Hist. ,  1  ,  pag.  112,  fig.  2  ,  et  1 1  3  , 
fig.  1,  var.  nigra;  Dodon.  ,  Pempt.  ,  398;  Fuchs,  Eist.,  718  j 
vulgairement  Salsepareille  d'EuROPE,  Liseron  épineux  ,  Liset 
PIQUANT,  Gros  graine,  Gramen  de  montagne,  etc.  Plante  très- 
épineuse,  dure,  sèche,  à  rameaux  anguleux  ,  dont  les  feuilles 
sont  en  cœur,  ovales  ou  lancéolées,  souvent  tachetées  de 
blanc;  les  fleurs  blanchâtres,  petites,   odorantes,  à  six  divi- 

i   Paulet,  Esaïuen,  etc.,  pag.  8. 


Î28  SAL 

sions  rabattues  en  dehors,  disposées  en  grappes  terminales* 
Les  individus  femelles  portent  des  baies  sphériques  rouges  , 
brunes  ou  noirâtres  ,  selon  les  variétés.  Cette  plante  croît 
dans  les  contrées  méridionales  de  l'Europe,  aux  lieux  arides, 
parmi  les  buissons  ,  plus  généralement  le  long  des  côtes  ma- 
ritimes, sur  les  roches  stériles  :  elle  fleurit  dans  l'automne; 
les  fruits  mûrissent  beaucoup  plus  tard. 

Quoique  tout  hérissé  d'épines  ,  d'un  aspect  rude  et  sauvage, 
le  smilax  ne  forme  pas  moins  un  tableau  très-pittoresque  par 
son  aspérité,  par  sa  couleur  d'un  vert  cendré  ,  par  ses  ra- 
meaux en  désordre  ,  qui  le  mettent  en  harmonie  avec  ces 
roches  mélancoliques  contre  lesquelles  viennent  se  briser  les 
flots  d'une  mer  irritée. 

Cette  plante,  quand  le  sol  et  l'exposition  sont  convenables  , 
peut  garnir  les  haies  avec  avantage.  Sa  racine  passe  pour  su- 
dorifique  comme  celle  de  la  salsepareille  officinale,  mais  à 
une  dose  beaucoup  plus  forte  ;  au  reste  ,  des  médecins  éclairés 
par  l'i  xpérience  doutent  aujourd'hui  des  vertus  si  vantées  de 
cette  dernière  plante.  Les  anciens  ont  connu  le  smilax;  il  est 
mentionné  dans  Théophraste ,  Pline  et  Dioscoride.  Si  ce  n'est 
pas  notre  espèce ,  c'en  est  du  moins  une  très-voisine.  D'après 
Pline,  les  feuilles  de  cette  plante  ressemblent  tellement  au 
lierre,  que  le  peuple,  trompé  quelquefois  par  l'apparence, 
en  formoit  des  couronnes  aux  fêtes  de  Bacchus,  ce  qui  pas- 
soit  alors  pour  une  sorte  de  profanation. 

Salsepareille  de  Mauritanie  :  Smilax  mauritanica ,  Poir. , 
Voyag.  en  Barb.  ,  2,  pag.  263;  Desf. ,  FI.  atl. ,  2,  pag.  067. 
Cette  espèce  diffère  de  la  précédente  par  ses  tiges  beaucoup 
plus  élevées  ,  par  ses  feuilles  beaucoup  plus  grandes,  jamais 
tachetées,  rarement  épineuses.  Les  fleurs  sont  odorantes,  dis- 
posées en  grappes:  les  unes  axillaires,  courtes  et  inférieures; 
les  autres  terminales,  très-alongées ,  flexueuses,  un  peu  épi- 
neuses à  leur  base,  et  sur  lesquelles  les  fleurs  sont  disposées 
par  paquets  presque  verticillés  et  distans.  Le  fruit  consiste  en 
une  baie  molie,  globuleuse,  très -lisse,  de  couleur  rouge, 
quelquefois  d'un  jaune  clair,  divisée  en  trois  loges,  et  autant 
de  semences;  quelquefois  une  ou  deux  avortent.  J'ai  recueilli 
cette  plante  en  Barbarie,  sur  les  rochers,  parmi  les  buissons, 
aux  environs  de  la  Calle  et  de  Bonne. 


SAL  129 

Salsepareille  létEvéE:  Sinilax  excelsa  ,  Linn.;  Duham.,  Arb,, 
nouv.  éd.,  tab.  54.  Arbrisseau  grimpant,  dont  les  tiges  sont 
cannelées,  un  peu  anguleuses,  armées  d'aiguillons  presque 
droits,  et  qui  s'élèvent  jusqu'à  la  hauteur  des  plus  grands 
arbres  ;  elles  se  divisent  en  rameaux  longs  et  flexibles.  Les 
feuilles  sont  alternes,  pétiolées ,  ovales,  presque  obtuses, 
minces,  très-grandes,  à  cinq  ou  sept  nervures,  glabres  à  leurs 
deux  faces;  les  pétioles  courts,  supportantdes  vrilles  filiformes. 
Les  fleurs  sont  disposées  en  petits  corymbes  axillaires,  fasci- 
cules et  pédicellés  à  l'extrémité  du  pédoncule  commun.  I/o- 
vaire  est  arrondi:  il  lui  succède  une  baie  globuleuse.  Cette 
plante  croit  dans  le  Levant. 

Salsepareille  de  Ceilan  :  Smilax  Zejdanica ,  Linn.,  Lamk., 
Ill.gen.,  tab.  817,  fig.  2;  Gaertn.,  De  fruct. ,  tab.  16;  China 
amboinensis ,  Rumph.  ,  Amb.  ,  5,  tab.  161:  Kari- Vilandi  ^ 
Rhéed.,  Malab.,  7,  tab.  3i.  Ses  tiges  sont  glabres,  stsiées, 
presque  cylindriques,  un  peu  anguleuses ,  armées  d'aiguil- 
lons,  qui  manquent  quelquefois  sur  les  rameaux.  Les  feuilles 
sont  alternes,  pétiolées,  coriaces,  ovales  ,  échancrées  en  cœur 
à  leur  base:  les  supérieures  ovales,  oblongues;  les  unes  obtuses, 
d'autres  acuminées.  Les  fleurs  disposées  en  petites  ombelles  axil- 
laires ,  supportées  par  un  pédoncule  commun  ,  très-court  , 
et  de  nombreux  pédicellés.  Le  fruit  est  une  baie  noirâtre, 
ovale ,  à  trois  loges.  Cette  plante  croit  à  Ceilan  et  dans  les 
Indes  orientales. 

Salsepareille  officinale:  Smil/ix  salsaparilla ,  Linn. ,  Lamk. , 
Iltustr. ,  tab.  817  ,  lig.  1  ;  Pluken.,  tab.  111,  fig.  2.  Cette  plante 
a  de  très-longues  racines,  composées  de  fibres  nombreuses, 
presque  simples,  très-grêles  ,  fasciculées  ,  d'un  blanc  cendré  , 
entremêlées  les  unes  dans  les  autres  :  elles  produisent  des 
tiges  un  peu  ligneuses,  fort  longues,  glabres  ,  anguleuses, 
roussàtres,  munies  d'aiguillons  droits,  élargis,  assez  forts,  très- 
aigus.  Les  feuilles  sont  glabres,  simples,  alternes,  pétiolées, 
larges  ,  ovales ,  membraneuses  ,  mucronées  ,  échancrées  en 
cœur,  dépourvues  daiguillons,  munies  de  deux  vrilles  capil- 
laires à  la  base  des  pétioles.  Les  pédoncules  sont  simples  ,  axil- 
laires ,  beaucoup  plus  courts  que  les  feuilles,  soutenant  des 
fleurs  blanches  ,  assez  nombreuses,  pédicellées,  réunies  en  om- 
belle. Les  fruits  sont  globuleux,  de  couleur  bleuâtre,  très-sou- 
47-  9 


i3o  SAL 

vent  à  une  ou  deux  semences.  Cette  plante  croît  dans  les 
contrées  méridionales  de  l'Amérique,  au  Mexique,  au  Pérou  , 
dans  le  Brésil  et  la  Virginie. 

Les  racines  de  cette  espèce  et  sans  doute  de  plusieurs  au- 
tres,  sous  le  même  nom,  ont  joui  autrefois  d'une  grande  ré- 
putation comme  un  puissant  sudorifique ,  propre  à  opérer  la  dé- 
puration des  humeurs  ,  à  diviser  et  atténuer  celles  visqueuses; 
c'étoit  en  conséquence  un  spécifique  dans  les  maladies  véné- 
riennes. Ces  remèdes,  qui  paroissent  avoir  eu  quelques  suc- 
cès dans  l'Amérique,  n'ont  pas  aussi  bien  réussi  en  Europe, 
soit  à  raison  de  la  diversité  des  climats,  soit  parce  que  les  ra- 
cines perdent  leurs  propriétés  par  la  dessiccation  et  en  vieil- 
lissant. Au  reste,  l'analyse  n'y  a  trouvé  aucun  principe  très- 
actif,  et  quant  à  la  dépuration  du  sang,  nous  avons  dans- la 
bardane  ,  la  chicorée ,  la  patience  ,  etc. ,  des  remèdes  au  moins 
équivalens,  sans  aller  chercher  dans  un  autre  hémisphère  des 
plantes  d'une  vertu  douteuse.  La  salsepareille  est  un  des  prin- 
cipaux ingrédiens  du  fameux  rob  de  Laffecteur  et  autres  re- 
mèdes très-vantés,  bien  plus  propres  à  favoriser  les  spécu- 
lations des  empiriques  et  des  charlatans,  qu'à  guérir  ou  à  sou- 
lager les  malades.  Cette  plante  a  été  envoyée  en  Europe  par 
les  premiers  Espagnols  qui  ont  habité  le  Pérou. 

Salsepareille  esquine:  Smilax  China,  Linn. ,  Spec.  ;  Pluken., 
Amalth.,  tab.  408,  fig.  i;  FI.  med.,  6,  tab.  Sag.  Cette  espèce 
a  de  grosses  racines  noueuses,  tuberculées,  d'un  brun  rou- 
geâtre  en  dehors,  blanchâtres,  teintes  de  rose  en  dedans: 
elles  produisent  de  très-longues  tiges  glabres,  un  peu  angu- 
leuses, rameuses,  armées,  particulièrement  à  la  base  des 
tiges,  d'aiguillons  courts  et  forts.  Les  feuilles  sont  alternes  , 
pétiolées  ,  ovales,  échancrées  en  cœur  à  leur  base,  obtuses, 
entières,  mucronées,  sans  aiguillons;  les  feuilles  inférieures 
amples,  très-grandes;  les  fleurs  axiilaires  portées  sur  un  pé- 
doncule commun  très-simple,  beaucoup  plus  court  que  les 
feuilles,  divisé  au  sommet  en  un  grand  nombre  de  pédicelles 
capillaires ,  longs  d'un  demi-pouce  et  plus ,  disposés  en  ombelle. 
Les  fruits  sont  de  petites  baies  rouges,  globuleuses,  renfer- 
mant trois,  plus  souvent  une  ou  deux  semences.  Cette  plante 
croît  à  la  Chine  et  au  Japon. 

Les    racines  de  la  squine  sont  employées,  en  médecine, 


SAL  i3i 

comme  sudorifîques,  diurétiques,  propres  à  purifier  le  sang, 
utiles  dans  la  jaunisse,  les  engorgcmens  de  la  rate,  les  obs- 
tructions, les  humeurs  squirreuses,  les  maladies  vénériennes. 
Par  une  contradiction  singulière  ,  qui  n'est  pas  rare  en  mé- 
decine ,  on  a  prétendu  que  son  usage  entretenoit  la  beauté;  et 
c'est  dans  cette  vue  que  les  Égyptiens,  au  rapport  de  Prosper 
Alpin,  l'administrent  en  bains  à  leurs  femmes,  pour  leur 
donner  cet  embonpoint  qui  est  la  qualité  la  plus  recherchée 
dans  les  beautés  de  leur  sérail.  Comment  concilier  cette  as- 
sertion ,  de  donner  de  l'embonpoint,  avec  la  propriété  su- 
dorifique,  qui  lui  est  spécialement  attribuée,  et  qui  la  fait 
figurer  encore  dans  toutes  les  pharmacies,  au  nombre  des 
quatre  bois  ,  sous  le  titre  de  bols  sudorifîques  par  excellence  ? 
Il  n'est  guère  possible  d'ajouter  plus  de  foi  à  toutes  ces  qua- 
lités qu\i  celles  delà  salsepareille  officinale,  dont  d'ailleurs 
elle  se  rapproche  beaucoup  par  sa  nature  chimique  et  par  ses 
foibles  propriétés  médicales.  Les  racines  récentes  sont  un  peu 
résineuses,  leur  saveur  un  peu  acre,  pâteuse;  mais,  étant  sè- 
ches, leur  goût  est  terreux,  légèrement  astringent. 

Des  marchands  chinois  ont  donné  la  vogue  à  cette  plante, 
pour  la  première  fois  ,  en  1 555  :  ils  la  vendoient  alors  ,  sous  le 
nom  defouling,  comme  un  spécifique  contre  les  maladies  vé- 
nériennes, bien  plus  efficace  que  le  gayac.  Les  Espagnols  firent 
lin  si  grand  éloge  de  ses  propriétés  à  l'empereur  Charles- 
Quint,  que  ce  prince  en  fit  usage  de  son  propre  mouvement, 
à  Finsçu  de  ses  médecins,  pour  se  guérir  de  la  goutte,  et 
bientôt  cette  recette  devint  publique  et  en  grande  réputation  : 
elle  n'a  plus  aujourd'hui  qu'une  foible  renommée,  même 
comme  sudorifique  et  diurétique. 

Salsepareille  A  feuilles  de  lavkier:  Smilaxlaurifolia,  Linn., 
Sppc;  Catesb.,  Carol.,  tab.  i5.Cet  arbrisseau  a  des  tiges  grim- 
pantes, cylindriques,  glabres,  médiocrement  striées,  ra- 
meuses; les  rameaux  un  peu  flexueux  vers  leur  sommet.  Les 
feuilles  sont  alternes,  pétiolées,  fermes,  coriaces  ,  glabres  à 
leurs  deux  faces ,  très-lisses,  oblongues ,  lancéolées,  un  peu 
rétrécies  à  leur  base,  médiocrement  acuminées  ou  obtuses  au 
sommet,  assez  semblables  à  celles  du  laurier,  marquées  de 
trois  nervures  :  ces  feuilles  varient  un  peu  selon  leur  âge  ; 
elles  sont  plus  larges  dans  leur  vieillesse,  moins  épaisses.  Les 


i32  SAL 

fleurs  sont  axîllaires,  réunies  en  petites  ombelles;  le  pédoncule 
est  de  la  longueur  du  pétiole  ;  les  pédicelles  sont  plus  courts  ; 
les  fleurs  dioïques;  la  corolle  a  six  divisions  réfléchies  en  de- 
hors; l'ovaire  est  ovale,  les  baies  sont  noirâtres,  globuleuses, 
et  renferment  d'une  à  trois  semences.  Cette  plante  croît  dans 
la  Floride,  la  Virginie  et  la  Basse- Caroline. 

Salsepareille  glauque;  Smilax  glauca ,  Mich. ,  Flor.  lor. 
amer.,  2  ,  pag.  aSy.  Cette  espèce  a  des  tiges  glabres,  médio- 
crement anguleuses,  divisées  en  rameaux  cylindriques,  armés 
d'aiguillons.  Les  feuilles  sont  ovales  ou  oblongues ,  presque 
en  cœur,  entières,  glabres  à  leurs  deux  faces,  acuminées  au 
sommet,  vertes  en  dessus,  de  couleur  glauque  en  dessous, 
marquées  de  cinq  nervures  longitudinales  peu  saillantes.  Les 
fleurs  sont  petites,  disposées  en  ombelles,  soutenues  par  un 
long  pédoncule.  Cette  plante  croît  à  la  Caroline,  dans  les 
forêts.  On  la  cultive  au  Jardin  du  Roi. 

Salsepareille  fausse-squixXE:  Smilax pseudochina,Linn.,  Spec; 
Pluken. ,  Alm.,  tab.  110,  fig.  5;Sloan.,  Jam.hisl.,  1,  tab. 
41 3  ,  fig.  1.  Arbrisseau  grimpant,  dont  les  tiges  sont  cylindri- 
ques, légèrement  striées,  dépourvues  d'aiguillons ,  excepté 
quelques-uns  à  leur  base,  divisées  en  rameaux  nus,  un  peu 
flexueux.  Les  feuilles  des  tiges  sont  grandes,  larges  ,  ovales, 
échancrées  en  cœur  à  leur  base;  celles  des  rameaux  plus 
étroites,  glabres  à  leurs  deux  faces,  entières,  marquées  de 
cinq  nervures  ,  un  peu  acuminées  ,  sans  aiguillons.  Les  fleurs 
sont  disposées  presque  en  grappes  axillaires,  diffuses,  un  peu 
paniculées  ,  composées  de  petites  ombelles  ;  le  pédoncule  com- 
mun cylindrique,  long  d'environ  quatre  pouces,  muni  à  sa 
base  d'une  petite  foliole  très-courte  ;  la  corolle  est  d'un  blanc  un 
peu  verdàtre  ;  les  baies  sont  petites ,  à  deux  ou  trois  semences. 
Cette  plante  croit  dans  la  Caroline  ,  la  Virginie  et  la  Jamaïque. 
Les  tiges  servent  à  faire  des  corbeilles  et  autres  petits  meubles. 

Salsepareille  HÉRISSÉE  :  5m i/ax  ?î07-rida,  Desf. ,  Catal.  liort. 
Par.,  24;  Poir. ,  Encycl. ,  suppl.  Plante  à  tige  grimpante,  de 
couleur  cendrée ,  anguleuse ,  striée ,  presque  tétragone ,  armée 
d'aiguillons  très- nombreux,  droits,  inégaux,  très- piquans, 
d'un  brun  luisant,  subulés;  les  plus  jeunes  très-lins,  un  peu 
courbés ,  beaucoup  plus  nombreux  sur  les  rameaux.  Les  feuilles 
sont  distantes  ,  pétiolécs;  les  inférieures  ovales  .  plus  grandes  j 


s  AL  i33 

entières,  un  peu  aiguè's;  les  supérieures  ovales- oblongues , 
presque  à  trois  lobes:  les  deux  inférieures  arrondies  ,  toutes 
coriaces,  vertes,  glabres  à  leurs  deux  faces,  à  cinq  nervures; 
les  pétioles  presque  longs  d'un  pouce;  les  pédoncules  axil- 
laires,  une  fois  plus  longs  que  les  pétioles,  terminés  par  une 
petite  ombelle  simple  ;  les  pédicelles  plus  longs  que  les  fleurs. 
Cette  plante  croit  dans  l'Amérique  septentrionale.  On  la  cul- 
tive au  Jardin  du  Roi.  (Poia.) 

SALSEPAREILLE  D'ALLEMAGNE.  (Bot.)  Nom  vulgaire 
de  la  laiche  des  sables.  (  L.  D.) 

SALSEPAREILLE  GRISE  ou  DE  VIRGINIE.  (Bot.)  Noms 
de  la  racine  de  Paralie  à  tige  nue,  d'usage  aux  Etats-Unis, 
comme  sudorifique.  Cette  racine  se  distingue  de  la  véritable 
salsepareille  à  sa  couleur  grise ,  quelquefois  pointillée  de 
rouge,  à  son  centre  ligneux  et  à  sa  saveur  un  peu  amère. 
(Lem.) 

SALSES.  (Min.)  On  est  disposé  à  donner  le  nom  de  phé- 
nomènes et  de  terrains  volcaniques  à  tous  ceux  qui  montrent 
des  matières  sortant  avec  une  sorte  de  violence  du  sein  de 
la  terre.  Le  phénomène  l'emporte  suf  son  produit,  et  que  ce 
produit  soit  des  matières  terreuses  fondues  ,  de  Peau  ,  de  la 
boue,  des  vapeurs  ou  du  gaz,  on  attribue  tous  ces  effets  à  la 
même  cause  générale.  Peut-être  n'a -t- on  pas  tort,  si  l'on 
veut  ranger  sous  cette  cause  toute  action  chimique  opérant 
dans  le  sein  de  la  terre  un  dégagement  de  fluides  élasti- 
ques, qui,  en  se  faisant  jour  au  dehors,  produisent  de  forts 
ébranlemens  et  qui  enlraînent  avec  eux  soit  des  matières 
fondues  par  Pacfion  de  la  chaleur,  soit  des  terres  délayées 
dans  l'eau  ,  soit  même  de  Peau  pure  ,  chaude  ou  même  froide  , 
pourvu  qu'elle  paroisse  avec  violence  et  à  différens  inter- 
valles, ce  qui  la  distingue  des  sources  dues  aune  tout  autre 
cause. 

Les  Sai.sf.s,  doni  on  va  faire  connoître  les  phénomènes  ca- 
ractéristiques, ont  donc  été  désignés  sous  le  nom  général  de 
volcans  et  sous  les  noms  spéciaux  de  volcans  de  boue,  volcans 
d'eau ,  volcans  d'air,  volcans  vaseux'.  Mais  ces  phénomènes,  an- 

1  On  les  a  nommés  aussi ,  suivant  les  lieus ,  gorgogli  et  par  corrup- 
tion horhogH ,  dans  les  élau  de  Parme?  et  "bolUtovi  dans  le  Bolonois, 


j34  s  al 

iionçant  une  cause  prochaine  bien  différente  de  celle  qui  pro- 
duit les  terrains  volcaniques  proprement  dits,  doivent  faire 
placer  les  salses  dans  une  autre  classe  de  terrains.  Ils  appartien- 
nent à  ces  terrains  d'épanchemcnt  évidemment  sortis  du  sein 
de  la  terre  et  que  nous  avons  désignés  ailleurs  par  le  nom 
de  terrains  pi iitoniques' ,  nom  qui  exprime  cetle  origine  sans 
exprimer  sa  cause,  et  qui  ne  présente  aucune  idée  hypothé- 
tique ,  puisque  l'une  est  connue,  et  que  l'autre  n'est  que 
présumée. 

Ce  qui  donne  aux  salses  une  assez  grande  importance,  c'est 
que  cette  sorte  de  phénomène  géologique  n'est  pas  restreinte 
à  une  seule  partie  du  globe;  elle  s'est  présentée  avec  les 
mêmes  circonstances  dans  l'Asie  ,  dans  plusieurs  parties  de 
l'Europe  et  en  Amérique.  On  peut  donc  dès  à  présent  les 
décrire  d'une  manière  générale. 

Les  Salses  sont  des  terrains  assez  circonscrits ,  d'où  sortent 
habituellement  et  depuis  long-temps,  mais  avec  des  paroxis- 
mes  très-variés  en  action,  du  gaz  et  de  la  boue  argileuse. 

Ces  terrains  présentent  un  certain  nombre  de  monticules 
d'argile,  résultant  de  la  consolidation  de  la  vase,  lis  sont  ou 
situés  immédiatement  sur  le  sol,  ou  élevés  sur  un  plateau; 
ils  ont  la  forme  de  petits  cônes  percés  et  creusés  en  enton- 
noir vers  leur  sommet. 

11  s'élève,  par  intervalles  plus  ou  moins  longs,  du  fond  de 
ces  entonnoirs,  une  boue  argileuse  grisâtre,  qui  s'épanche 
sur  les  parois  des  cAnes,  les  agrandit  foiblement ,  mais  qui 
s'étend  à  leur  pied  à  une  assez  grande  dislance,  et  augmente 
et  élève  en  plateau  le  sol  qui  les  porte. 

Du  milieu  de  ces  cônes,  et  quelquefois  du  milieu  des  en- 
tonnoirs creusésimmédiatement  dans  le  sol  (Sassuolo),  s'élève 
ou  une  grosse  bulle  qui  soulève  la  boue  avant  de  crever,  ou 
plusieurs  bulles  qui  semblent  faire  bouillir  cette  vase.  Ces 
bulles  sont  dues  à  un  dégagement  de  gaz  hydrogène  qui  n'est 
pas  pur,  mais  qui  est  carboné,  bitumineux,  et  quelquefois 
sulfuré. 

Dans  quelques  cas  ce  gaz  s'enflamme  et  fait  paroître,  au« 

1  Voyez  le  Tal)leaii  des  grands  groupes  de  terrains  à  l'article  Rochïs 
de  ce  Dictionnaire,  pag.  3^.  "■ 


SAL  i35 

dessus  des  salses,  des  flauimes  qui  ne  sont  ordinairement  que 
passagères. 

La  vase  n'est  pas  uniquement  composée  de  matière  terreuse 
principalement  argileuse,  elle  est  accompagnée  presque  tou- 
jours de  bitume  ,  de  naphte ,  de  pétrole  et  souvent  de  selmarin. 
C'est  même  cette  dernière  circonstance  qui  a  fait  donner, 
dans  le  Modénois,  le  nom  de  salses  à  cette  sorte  de  terrain. 
La  température  de  cette  vase,  et  par  conséquent  de  l'eau  qui 
la  délaie,  n'est  pas  supérieure  à  la  température  ordinaire  du 
sol  et. du  lieu,  et  elle  lui  est  même  quelquefois  inférieure. 

Les  paroxismes  de  ces  terrains  consistent  en  une  éruption 
de  vase  beaucoup  plus  abondante,  élevée  quelquefois  en  une 
espèce  de  gerbe  de  soixante  à  soixante -quinze  mètres,  et 
accompagnée  de  siflement,  de  bruit  souterrain  et  de  tremble- 
ment de  terre,  mais  foibles  et  très -limités. 

Ces  paroxismes  ont  lieu  à  des  intervalles  différens  dans  les 
différentes  salses;  quelquefois  ils  sont  très-rares,  d'autres  fois 
ils  paroissent  à  des  intervalles  très -rapprochés. 

Enfin  les  salses  sont  rarement  isolés  dans  un  canton  ,  ils 
sont  au  contraire  assez  multipliés  ,  non-seulement  dans  ce  can- 
ton ,  mais  encore  dans  le  pays  dont  il  fait  partie  :  ainsi  ils 
sont  assez  nombreux  aux  environs  de  Sassuolo  ,  et  assez  ré- 
pandus au  pied  septentrional  de  la  chaîne  des  Apennins. 
,  Les  terrains  dans  lesquels  ils  sont  placés ,  qu'il  ne  faut  pas 
confondre  avec  ceux  d'où  ils  sortent,  paroissent  être  com- 
posés de  calcaire  compacte  gris,  de  marnes  argileuses,  de 
macignos  solides,  et  appartenir  aux  terrains  de  sédiment  in- 
férieurs ou  même  aux  terrains  primordiaux  de  sédiment. 

Quant  aux  terrains  d'où  ils  sortent,  il  nous  est  très-diffi- 
cile d'en  déterminer  la  position  et  la  nature  avec  quelque  vrai- 
semblance; mais  cependant  on  poui'roit  croire  que  leur  source 
n'est  pas  située  au-dessous  des  granités,  ni  même  des  terrains 
primordiaux  de  cristallisation  ,  comme  paroît  être  situé  le 
foyer  des  terrains  volcaniques.  On  peut  présumer,  d'après  les 
phénomènes  de  détails  qu'on  va  reconnoître  et  d'après  leur 
liaison  avec  d'autres  circonstances  géologiques,  que  leur  foyer, 
c'est-à-dire,  les  couches  de  l'écorce  du  globe  dan^  lesquelles 
résident  les  causes  qui  leur  donnent  naissance,  sontplacées  au 
plus  bas  dans  les  terrains  primordiaux  de  sédiment. 


i36  SAL 

Les  fîifférens  phénomènes  particuliers,  que  l'on  va  faire 
connoitre  en  décrivant  succinctement  les  principales  salses 
du  globe,  présenleront  les  bases  de  cette  h3pothése. 

Les  saîses  les  plus  célèbres,  les  mieux  connues  et  les  plus 
nombreuses,  se  trouvent  en  Italie,  au  pied  de  la  pente  sep- 
tentrionale d(s  Apennins,  dans  les  contrées  de  Parme,  Reg- 
gio,  Modène  et  Bologne. 

Qn  compte  au  moins  huit  endroits  désignés  par  les  noms  de 
bourgs  ou  villages  les  plus  voisins  qui  présentent  des  groupes 
de  salses.  Ce  sont,  en  allant  de  Parme  à  Bologne,  celles  de 
Rivalta  et  de  Torre  sur  la  Lenza,  celles  de  Canossa  sur  le 
CrostoUo,  de  Querzuola,  de  Sassuolo  sur  la  Secchia,  de  Ni- 
rano  ,  de  Varana  ou  Délia  Rocca  Santa-Maria,  de  la  Maina 
sur  le  Gorsano,  et  enfin  dans  le  Bolonois,  celles  de  Sassund , 
près  Castel  S.  Petro  et  de  Bergullo ,  près  Imola.  On  doit  re- 
marquer, qu'elles  sont  toutes  situées  sur  le  passage  des  pentes 
septentrionales  des  Apennins  à  la  plaine,  et  sur  une  ligne 
presque  parallèle  à  la  crête  de  cette  chaîne,  dans  cette  partie 
de  ritalie,  c'est-à-dire  qui  se  dirige  comme  celle  du  nord- 
ouest  au  sud-est.  Ces  salses  ont  été  décrites  principalement 
par  Valiisnieri,  Spallanzani  et  M.  Mesnard  de  la  Groye.  La 
plus  remarquable  est  celle  des  environs  de  Sassuolo  ,  petite 
ville  à  environ  quinze  milles  au  S.  E.  de  Reggio ,  et  au  S.  O. 
de  Modène.  C'est  une  des  plus  anciennement  connues  :  Pline 
en  fait  mention,  et  Frassoni  l'a  décrite  en  iC6o. 

Il  paroit  qu'elle  offre,  suivant  les  époques,  des  différences 
très -notables.  Les  auteurs  anciens  l'ont  décrite  comme  for- 
mée de  petits  cratères  vomissant  quelquefois  avec  fracas  des 
pierres,  de  la  fange  et  delà  fumée.  Cependant  tous  ces  phéno- 
mènes se  passent  sur  une  très-petite  dimension  ,  puisque  le 
monticule  s'élève  au  plus  d'un  mètre  ,  et  que  son  ouverture  a 
environ  six  décimètres  ;  le  tout  sur  un  plateau  fangeux  et 
sans  végétation  ,  de  vingt- cinq  à  trente-six  mètres  de  dia- 
mètre. Ils  ont  rarement  beaucoup  d'intensité,  et  la  salse  est 
plus  souvent  dans  l'état  de  tranquillité  où  font  vue  Spallan- 
zani et  M.  Mesnard  de  la  Groye  ;  cette  tranquillité  est  telle 
qu'à  peine  voit-on  se  dégager  de  temps  à  autre  quelques 
grosses  bulles  qui  soulèvent  avec  elles  de  la  boue  grisâtre 
salée  et  sentant  le  bitume. 


SAL  i57 

Les  bulles  et  la  vase  qu'elles  entraînent  se  font  jour  à  tra- 
vers les  fissures  d'un  terrain  solide,  tout  brisé  et  composé  de 
ses  propres  débris.  Il  n'y  a  pas  de  canal  prolongé,  ce  dont 
on  peut  s'assurer  en  essayant  d'enfoncer  un  bâton  dans  un 
de  ces  trous;  il  ■  ]:  inètre  pas  à  quatre  ou  cinq  décimètres  sans 
être  arrêté  par  des  fraginens  de  pierres. 

Ces  roches  sont  des  macignos  solides  tellement  recouverts 
et  enveloppés  de  boue,  qu'on  a  de  la  peine  à  en  reconnoitre 
la  nature  et  à  rechercher  par- là  à  quelle  époque  géologique 
appartient  ce  terrain.  Cette  détermination  néanmoins  ne  laisse 
presque  plus  de  doute.  M.  Mesnard  de  la  Groye  désigne  cette 
roche  sous  le  nom  de  macigno  ,  et  je  l'ai  également  reconnu 
pour  appartenir  à  cette  roche.  On  trouve  sur  le  sol ,  et  comme 
provenant  du  même  terrain  ,  des  pyrites  éparses  et  des  par- 
ties de  lignite. 

La  température  de  la  salse  de  Sassuolo  étoit  de  2  degrés 
au-dessous  de  la  température  de  l'air;  celle-ci  étant  à-t-  lo**  R. 
A  peu  de  distance  de  cette  salse  est  le  mont  Zibio,  cé- 
lèbre parles  sources  de  bitume  pétrole,  qu'il  renferme  et 
qui  sont  un  objet  d'exploitation.  11  est  présumable  que  ce 
combustible,  d,e  nature  organique,  et  les  salses  ont  entre 
eux  de  grands  rapports  dans  leur  position  géognostique. 

Cette  salse,  la  plus  considérable  et  la  plus  célèbre,  appar- 
tient au  Modénois;  mais  ,  en  remontant  les  Apennins,  on  trouve 
dans  le  Parmesan  celles  qui  sont  le  plus  avancées  dans  la  partie 
occidentale  de  cette  chaîne.  Ce  sont  les  salses  de  Rivalta  et  de 
la  Torre,  qui  ont  été  décrites  par  M.  Mesnard  de  la  Groye  et 
que  j'ai  eu  occasion  de  visiter  en  1820.  On  les  connoit  sous 
le  nom  de  bollitori ;  elles  sont  situées  au  sud  de  Monte-Chia- 
rugolo  et  de  Traversedole  sur  la  Lenza.  Les  collines  qui  for- 
ment la  partie  solide  du  terrain  sont  composées  d'un  ma- 
cigno traversé  par  des  veines  de  calcaire  spathique,  séparé 
par  des  lits  de  marne  argileuse  micacée;  vers  la  partie  supérieure 
ces  lils  marneux  ,  plus  puissans  ,  plus  friables ,  renferment  quel- 
ques coquilles  fossiles  appartenant  aux  terrains  de  sédiment 
supérieurs;  mais  à  mesure  qu'on  s'approche  des  salses  et  qu'on 
entre  plus  avant  dans  le  vallon  qui  sépare  les  collines  élevées 
qui  portent  les  villages  de  Torre  et  de  Rivalta,  le  macigno 
devient  plus  solide,  les  couches  en  sont  plus  puissantes,  et 


'33  SAL 

montrent  une  stratification  distincte  et  nette;  mais  elle  n'est 
ni  horizontale,  ni  régulièrement  inclinée:  au  contraire ,  son 
inclinaison  varie  à  chaque  instant,  et  ces  variations  sont 
comme  annoncées  par  les  nombreuses  fissures  perpendicu- 
laires aux  couches  qui  semblent  résulter  de  leur  fracture. 
Enfin ,  on  ne  voit  plus  de  coquilles  ni  dans  les  lits  de  marne 
qui  séparent  ces  couches,  ni  dans  les  espèces  de  cônes  et 
de  coulées  de  boue  qui  recouvrent  presque  toute  la  pente. 

Ces  coulées  ou  épanchemens  de  boue  sont  maintenant  des- 
séchées, et  elles  ne  sont  ramollies  que  par  les  eaux  pluviales  : 
elles  renferment  des  débris  de  macigno  solide  en  grand  nombre, 
du  fer  hydroxidé  compacte  en  espèces  de  plaques,  et  des 
parties  également  tabulaires  de  calcaire  spathique  fibreux, 
qui  semblent  être  des  parties  détachées  des  veines  calcaires 
qu'on  vient  de  mentionner.  Dans  un  grand  nombre  de  points 
on  remarque  des  amas,  couches  ou  veines  d"argile  rougeàtre 
et  des  fragmens  de  macigno  solide,  à  surface  noirâtre,  tels 
qu'ils  se  présentent  dans  les  parties  des  Apennins  où  il  y  a 
du  gaz  hydrogène  en  combustion  permanente,  comme  à  Ba- 
rigazzo,  à  Pietra-Mala,  etc.  Enfin,  le  sol  offre  partout  l'image 
d'un  épanchement  de  vase  ou  de  boue,  qui  auroit  soulevé  et 
brisé,  pour  sortir  du  sein  de  la  terre,  les  roches  stratifiées 
qui,  dans  ce  lieu,  en  formoient  l'écorce,  et  qui  auroit  en- 
traîné avec  lui  les  roches  et  débris  qui  se  voient  pêle-mêle 
dans  ces  amas  de  vase  desséchée.  Les  pierres  noires  et  rou- 
geâtres  semblent  indiquer,  qu'il  a  été  accompagné  long-temps, 
et  sur  un  grand  nombre  de  points,  d'un  dég;igement  abon- 
dant et  continu  de  gaz  hydrogène  en  combustion.  On  recon- 
noît  ici  les  empreintes  et  les  effets  d'un  grand  et  puissant 
phénomène,  dont  il  ne  reste  plus  qu'une  foible  imiige  dans 
les  salses  qui  sont  au  pied  des  collines  de  Torre  et  de  Ri- 
valta. 

En  effet  ces  dernières  n'offrent  que  quelques  petits  cônes 
très-déprimés,  de  quinze  à  vingt  centimètres  d'élévation,  de 
quarante  centimètres  au  plus  de  diamètre,  situés  au  pied  des 
collines  et  au  milieu  d'une  prairie  qu'elles  couvrent  de  boue. 
L'eau  boueuse,  renfermée  dans  leurs  petits  cratères,  présentoit 
un  dégagement  continuel  de  gaz  hydrogène,  brûlant  facile- 
ment: elle  avoit  une  odeur  de  pétrole  et  une  saveur  salée, 


SAL  i3c, 

cgalemOTit  bien  prononcées.  Ce  même  dégagement  de  boue  , 
d'eau  salée  et  de  gaz,  a  lieu  sur  plusieurs  points  de  ce  vallon 
à  fond  plat. 

Il  est  présumahle  que  le  dégagement  de  gaz  vient  de  la 
même  couche  que  celle  qui  renferme  le  bitume  pétrole,  qui, 
au  mont  Zibio,  est  la  partie  dominante  de  l'épanchement. 
C'est  aussi  l'opinion  de  M.  Guidotli  ,  professeur  à  Parme  ,  et 
qui  a  fort  bien  étudié  ces  lieux.  Mais,  en  admettant  cette 
origine,  il  reste  à  déterminer  à  quelle  division  géognostique 
appartient  la  roche  ou  le  terrain  qui  renferme  le  bitume 
et  le  selmarin  ,  et  d'où  se  dégage  le  gaz  hydrogène  ;  nous 
n'aborderons  cette  difficulté  qu'après  avoir  fait  connoître  les 
autres  lieux  où  se  présente  le  même  phénomène. 

Celles  d'Italie,  qui  nous  restent  à  mentionner,  ne  présen- 
tent rien  de  remarquable  et  qui  ne  ressemble  à  ce  qu'on 
vient  de  décrire;  ce  sont: 

1.°  La  salsc  de  Querzuola  ,  près  de  Keggio  ,  décrite  par 
Valisnieri,  et  les  trois  salses  de  Nirano,  décrites  par  Spallan- 
zani; 

2.°  La  salse  Délia  Rocca  Santa-Maria,  décrite  par  M.  Mes- 
nard  de  la  Groye  ; 

5.°  Dans  le  Modénois,  la  salse  de  la  Maina  ,  décrite  d'abord 
par  Spallanzani,  et  ensuite  par  M.  Mesnard  de  la  Groye; 

4."  Dans  le  Bolonois ,  celles  de  Sassuno  près  Castel  S.  Petro , 
et  de  Bergullo  près  d'imola,  décrite  par  M.  Angeli,  médecin 
d'imola.  ' 

Les  mêmes  roches,  les  mêmes  phénomènes,  les  mêmes  ma- 
tières épanchées  ou  dégagées,  prouvent  que  ces  salses  ont  la 
même  origine,  la  même  position  et  la  même  cause. 

La  Sicile  possède,  près  de  Girgenti  (Agrigente),  une  des 
salses  les  plus  célèbres  même  dans  l'antiquité,  et  le  mieux; 
connues  par  la  description  que  Dolomieu  en  a  donnée  sous  le 
nom  de  volcan  d'air  de  Maccaluba  :  on  y  retrouve  toutes  les 
circonstances  particulières  qui  caractérisent  ce  phénomène. 

C'est  une   colline  en  forme  de   cône   tronqué ,  d'environ 


1  M.  Mesnard  de  la  Groye  a  Jonné  un  extrait  très-dét.iiUé  de  cetlf 
description  dans  son  grand  Méijioire  sur  les  salses,  imprimé  dans  le 
Journal  de  physique  ,   i8i8,  t.  86,  p,  253,  343  et  417. 


MO  SAL 

cinquante  mètres  d'élévation,  composé  d'une  boue  épaisse 
et  dénuée  de  toute  végétation,  et  couverte,  dans  certaine 
saison,  d'une  multitude  de  petits  cônes,  ayant  chacun  leur 
cratère  rempli  d'une  boue  liquide  noirâtre  ,  et  agitée  par  un 
dégagement  continu  de  gaz.  Ce  dégagement  d'air  est  quel- 
quefois si  considérable,  que  c'est  à  ce  phénomène  géologique 
qu'il  doit  son  nom  de  volcan  d'air  ;  il  a  lieu  par  paroxismes  si 
violens  dans  certains  momens,  qu'il  élève  la  boue  à  près  de 
cent  mètres,  et  lance  au  loin  des  matières  terreuses  et  pier- 
reuses. 

I.'air  dégagé  est,  suivant  M.  Daubeny ,  un  mélange  de  gaz 
hydrogène  carburé  et  de  gaz  acide  carbonique ,  ce  qui  con- 
cilie l'observation  de  Dolomieu  avec  l'opinion  de  M.  Mesnard 
de  la  Groye.  Il  y  a  également  épanchement  de  vase  argi- 
leuse, bitumineuse  et  salée,  dont  la  température  est  plutôt 
inférieure  que  supérieure  à  celle  de  l'atmosphère.  Le  sol  est 
composé  de  marne  bleuâtre,  que  M.  Daubeny  rapporte  au 
terrain  de  sédiment  supérieur,  et  je  suis  porté  à  admettre 
cette  opinion  ,  qui  n'infirme  pas  ce  que  j'ai  dit  plus  haut  sur 
la  position  des  couches  qui  fournissent  les  matières  origi- 
naires et  qui  donnent  naissance  au  phénomène;  car,  jusqu'à 
ce  qu'on  ai't  établi  d'une  manière  incontestable  qu'il  y  a  eu 
une  formation  ou  dépôt  de  selmarin  dans  le  terrain  d'argile 
plastique,  ou  que  ce  sel  peut  s'y  former,  on  devra  être  porté 
à  attribuer  tous  les  terrains  salifères  non  superficiels  au  seul 
dont  la  position  est  reconnue,  et  qui  peut  s'étendre  depuis 
les  terrains  primordiaux  de  sédiment  jusqu'au  grès  bigarré 
inclusivement. 

Ces  mêmes  phénomènes  se  trouvent  en  Asie,  du  moins  on 
ne  peut  se  refuser  d'y  rapporter  les  faits  décrits  par  Pallas. 

Le  premier  a  été  observé  en  Crimée ,  dans  l'île  de  Taman ,  dans 
le  détroit  entre  la  mer  Noire  et  la  merd'Asof,à  douze  werstes 
(environ  12  kilomètres)  de  la  ville  du  même  nom.  Cette  île  est 
remarquable  par  ses  sources  d'asphalte  et  par  ses  salses,  qu'on 
décrit  ordinairement  sous  la  dénomination  de  volcans  boueux. 
Les  Tatares  donnent  au  lieu  oîi  elles  se  trouvent  le  nom  de 
colline  bleue  ,  Kuhu-obo ,  ce  qui  indique  la  marne  argileuse 
bleuâtre  qui  caractérise  les  salses.  Les  paroxismes  éruptifsde 
celle-ci  so2it.  à  ce  qu'il  paroît,  bien  plus  violens  que  ceux 


SAL  141 

des  salscs  d'Italie.  Le  kuku-obo  est  situé  à  environ  qtiatre- 
vingts  mètres  au-dessus  du  niveau  de  la  mer  :  dans  une  érup- 
tion, qui  eut  lieu  en  1794  ,  on  vit  s'élever  d'abord  avec  beau- 
coup de  violence  une  colonne  de  fumée  épaisse ,  à  laquelle 
succéda  une  gerbe  de  feu  ,  puis  un  épanchement  abondant  de 
vase  chaude,  mais  dont  la  température  n'étoit  pas  assez  haute 
pour  altérer  les  végétaux  qu'elle  entoura.  Cette  vase  couvroit 
des  espaces  de  plus  de  huit  cents  mètres  en  longueur,  sur 
cent  vingt  à  deux  cents  mètres  en  largeur,  et  la  masse  sortie 
dans  cette  éruption  fut  évaluée  à  plus  de  huit  cent  mille  mètres 
cubes.  Cette  vase  bleuâtre  éfoit  parsemée  de  points  de  mica, 
ce  qui  indique  bien  le  terrain  de  macigno  ou  de  traumate, 
où  elle  avoit  pris  naissance.  Or ,  on  sait  que  le  mica  n'est 
abondant  que  dans  ces  terrains  et  dans  ceux  de  molasse,  qui 
appartiennent  aux  sédimens supérieurs.  Il  y  avoit  des  pyrites, 
des  morceaux  de  fer  hydroxidé  brun,  des  efflorescences  sa- 
lines, des  indices  de  certains  bitumes,  etc.  ;  par  conséquent 
tous  les  caractères  des  salses. 

Le  cratère  d'où  ces  matières  étoient  sorties  avoit  environ 
quatre  mètres  de  diamètre. 

MM.  Parrot  et  Engelhardt,  qui  ont  visité  cette  salse  vers 
1812,  ont  vu  deux  bassins  d'environ  seize  mètres  d'ouver- 
ture, remplis  d'une  boue  argileuse,  d'où  s'élevoit  toutes  les 
trente  ou  quarante  secondes  une  grosse  bulle  d'environ  trois 
décimètres  de  diamètre.  La  température  de  l'eau  étoit  de 
~+-  29,*^  4;  celle  de  l'air  étant  de  -|-  29,9.  Le  gaz  qui  se  dé- 
gageoit  n'étoit  ni  combustible,  ni  propre  à  la  combustion 
et  l'eau  foiblement  salée.  On  trouve  dans  le  voisinage  des 
sources  d'asphalte  qui  sortent  d'un  grès  et  d'un  calcaire  schis- 
teux. 

Le  second  lieu  est  connu  principalement  par  la  descrip- 
tion de  Kasmpfer.  Cette  salse  est  située  sur  le  bord  de  la  mer 
Caspienne,  dans  la  presqu'île  d'Okorena ,  et  non  loin  de 
Backu  :  c'étoit,  comme  en  Italie,  etc.,  un  monticule  en  cône 
tronqué,  d'où  s'épanchoit  une  boue  argileuse,  avec  des  pa- 
roxismes  plus  ou  moins  violens  et  accompagnée  d'éjections  de 
Arases  et  même  de  pierres  d'odeur  bitumineuse  ,  et  de  dé- 
gagemens  de  gaz  dont  la  nature  n'a  pas  été  déterminée. 
Une   eau    salée  ,   souvent    assez  limpide  ,   sortoit   de  petits 


342  SAL 

monticules    peu   éloignés   de  la    grande    salse   de  Jugtopai 

Le  troisième  endroit  est  dans  Tile  de  Java  ,  entre  les  dis- 
iricts  de  Grobogan  à  l'ouest,  et  de  Blora  et  Jipang  à  Test.  Il 
a  été  décrit  par  le  docteur  Horsficld,  dans  l'Histoire  de  l'ile 
de  Java  de  sir  Thomas  Stamford  Raffles,  et  rapporté  par  M. 
Mesnard  de  la  Groye  au  phénomène  des  salses.  En  effet,  il 
est  au  centre  d'un  terrain  calcaire  d'où  sort  un  grand  nombre 
de  sources  salées  avec  violence  et  apparence  d'ébullition  ;  il 
se  fait  remarquer  par  une  émission  violente,  interrompue  et 
accompagnée  d'un  bruit  souterrain  d'une  fumée  qui  s'élance 
d'une  espèce  de  grosse  tumeur  de  boue  visqueuse,  noirâtre 
et  bitumineuse.  Lorsque  cette  tumeur,  après  s'être  élevée 
jusqu'à  vingt  et  trente  pieds,  vient  à  crever,  elle  jette  assez 
loin  la  vase  qui  en  forme  l'enveloppe.  Ce  phénomène  se  ré- 
pète très -fréquemment. 

M.  Mesnard  de  la  Groye  rapporte  à  la  même  classe  de  phé- 
nomènes celui  qu'on  a  reconnu  dans  un  ou  deux  îlots  avoi- 
sinant  l'ile  de  Timor  dans  les  Moluques,  On  y  remarque  des 
cavilés  d'où  sortent,  avec  un  murmure  souterrain,  des  érup- 
tions aqueuses  et  boueuses,  qui  forment  des  cônes  d'environ 
sept  mètres  de  hauteur  ,  ouverts  à  leur  sommet  en  une  espèce 
de  cratère  :  la  boue  est  noire,  a  une  odeur  fétide,  quelque- 
fois sulfureuse  et  une  saveur  salée  et  stiptique. 

Enfin,  on  retrouve  encore  ce  phénomène  dans  le  conti- 
nent de  l'Amérique,  et  il  s'y  présente  avec  un  grand  déve- 
loppement. Il  a  été  décrit  par  M.  de  Humboldt  sous  le  nom 
de  volcan  d'air  de  Turbaco  ;  le  sol  et  les  circonstances  du 
phénomène,  susceptibles  d'être  représentés  par  le  dessin,  ont 
été  très-bien  figurés  dans  une  planche  jointe  à  cette  des- 
cription. 

C'est  près  du  village  indien  de  Turbaco,  au  Mexique,  non 
loin  de  Carthagène  des  Indes,  que  se  trouvent  les  salses 
décrites  et  figurées  par  M.  de  Humboldt  ;  les  Créoles  les  nom- 
ment les  petits  volcans.  Le  terrain  de  Turbaco  est  élevé  de 
plus  de  trois  cents  mètres  au-dessus  de  l'Océan.  Les  salses 
sont  situées  à  six  mille  mètres  à  l'est  du  village,  sur  un  ter- 
rain qui  est  élevé  de  quarante  à  cinquante  mètres  au-dessus 
du  sol  de  Turbaco.  Ce  plateau  est  couvert  de  dix-huit  à  vingt 
petits  cônes  de  sept  à  huit  mètres  de  haut  :  ils  sont  formés 


s  AL  «45 

d'une  marne  argileuse  gris-noiràtre  et  portent  à  leur  sommet 
une  ouverture  remplie  d'eau.  Il  se  fait  de  ces  sommets,  à 
certains  intervalles,  un  dégagement  d'air  précédé  d'un  bruit 
assez  fort,  mais  sourd.  M.  de  Humboldt  a  compté  cinq  explo- 
sions en  detix  minutes.  Ces  explosions  sont  quelquefois  accom- 
pagnées d'une  déjection  de  boue  qui  s'épanche  sur  les  parois 
des  cAnes.  L'air  dégagé  seroit  ici,  suivant  M.  de  Humboldt, 
du  gaz  azote  plus  pur  que  celui  qu'on  prépare  dans  les  labo- 
ratoires. 

Le  même  naturaliste  indique  une  salse  à  Cumacatar,  près 
de  Campana,  sur  la  côte  de  Paria.  Elle  donne  lieu  à  de  fré- 
quentes détonations,  quelquefois  accompagnées  de  flammes 
et  d'éjections  boueuses ,  dans  lesquelles  on  reconnoît  du  soufre. 
Elle  se  trouve  entre  le  lac  d'asphalte  de  la  Punta  de  la  Bréa, 
à  l'ile  de  la  Trinité,  et  la  source  de  pétrole  de  Maniquarez, 
près  Punta-Araya. 

On  assure  qu'àMayaro,  dans  l'île  de  la  Trinité  ,  il  y  a  une 
salse  qui  fait  entendre  de  fortes  détonations.  (B.) 

SALSIFICA.  (Bot.)  Les  Italiens,  selon  Daléchamps,  nom- 
ment ainsi  le  tragopogon  crocifolium  de  Linnœus,  qui  est  cul- 
tivé comme  plante  potagère  sous  le  nom  de  ccrciti  ou  salsifî. 
(J.) 

SALSIFIS,  Tragopogon.  {Bot.)  Genre  de  plantes  dicotylé- 
dones, à  fleurs  composées  ,  de  l'ordre  des  senii-flosculeu ses ,  de 
la  sjngénésie  polygamie  égale  de  Linnaeus ,  offrant  pour  ca- 
ractère essentiel:  Un  involucre  ou  un  calice  commun,  com- 
posé de  plusieurs  folioles  alongées  ,  toutes  égales;  des  fleurs 
semi-flosculeuses,  hermaphrodites;  un  réceptacle  nu  et  ponc- 
tué; les  semences  striées  en  long,  prolongées  en  un  long  bec 
droit,  terminé  par  une  aigrette  plumeusc. 

Ce  genre,  depuis  son  établissement  par  Linné,  a  été  divisé 
par  Scopoli ,  qui ,  sous  le  nom  d'wrospermum  ,  en  a  séparé  les 
espèces  dont  les  semences  sont  striées  transversalement,  telles 
que  le  tragopogon  Dalechampii ,  picroides  ,  asperum  ,  etc. 

Salsifis  des  prés  :  Tragopogon  pratensis ,  Linn. ,  Lamk.  ,  I//, 
gen.,  tab.  646,  fig.  2;  Bull.,  Herb.,  209;  Fuchs  ,  Hist.,  821. 
Cette  plante  a  une  racine  charnue,  fusiforme ,  laiteuse, 
ainsi  que  la  tige  et  les  feuilles.  Sa  tige  est  lisse,  cylindrique, 
sijnple  ou  rameuse,  fistuleusej  haute  de  deux  ou  trois  pieds. 


144  S  AL 

Les  feuilles  sont  alternes,  sessiles ,  longues,  étroites,  aiguës, 
très-glabres,  élargies  et  creusées  en  gouttière  vers  leur  base, 
quelquefois  un  peu  ondulées  à  leurs  bords,  traversées  par  une 
nervure  blanche.  Les  fleurs  sont  solitaires  à  l'extrémité  d'un 
long  pédoncule  cylindrique  ;  elles  ont  le  calice  souvent  un  peu 
plus  grand  que  la  corolle,  parfaitement  glabre;  la  corolle 
jaune  ,  un  peu  brune  en  dessous;  les  anthères  brunes.  Les  se- 
mences sont  rudes,  alongées,  un  peu  courbées.  Cette  plante 
est  très -'commune  dans  les  prés  ,  surtout  dans  les  contrées 
tempérées.  J'ai  observé  que  ses  fleurs  s'épanouissoient  le  matin, 
lorsque  le  ciel  n'est  pas  trop  chargé  de  nuages,  et  qu'elles  se 
fermoient  à  midi,  au  moment  de  la  plus  grande  chaleur. 

On  ne  doit  pas  confondre  cette  plante  avec  le  salsifis  noir 
d'Espagne,  qui  est  une  scorsonère  {scorzonerahispanica ,  Linn.), 
que  l'on  cultive  comme  comestible,  ainsi  que  le  salsifis  blanc 
{tragopogon  ponifolium  ,  Linn.).  Celle  dont  il  est  ici  question, 
passe  pour  apéritive  :  elle  est  remplie  d'un  suc  laiteux  très- 
doux.  On  en  mange  les  Jeunes  pousses  dans  le  Nord  ,  ainsi 
que  les  feuilles  et  les  racines,  pourvu  que  ces  dernières  soient 
enlevées  de  terre  avant  la  pousse  des  feuilles.  Leur  goût  ap- 
proche beaucoup  de  celui  du  salsifis  des  jardins  ou  scorsonère 
d'Espagne.  Cette  plante  est  très-bonne  dans  les  pâturages; 
tous  les  bestiaux  la  mangent,  excepté  les  chèvres:  elle  est  in- 
commode dans  les  prés,  parce  qu'elle  sèche  difficilement. 

Salsifis  a  fleurs  changeantes  ;  Tragopogonmutabilis,  Jacq. , 
Icon.,  2,  tab.  20.  Cette  plante  a  des  tiges  droites,  glabres, 
cylindriques,  rameuses  depuis  leur  base  jusqu'à  leur  sommet. 
Les  feuilles  sont  sessiles,  entières,  lancéolées,  acuminées , 
finement  denticulées  ;  les  inférieures  presque  longues  d'un 
pied,  larges  de  deux  pouces.  Les  fleurs  sont  solitaires,  ter- 
minales, légèrement  odorantes.  Leur  calice  est  composé  de 
huit  folioles  lisses ,  verdâtres  ;  les  demi-fleurons  se  développent 
successivement,  varient  dans  leur  longueur,  et  sont  ordinai- 
rement de  couleur  blanche  ,  quelquefois  roses,  avec  des  stries 
plus  rouges;  les  anthères  jaunâtres,  avec  des  stries  brunes  ; 
les  stigmates  jaunes;  les  semences  glabres,  cendrées,  surmon- 
tées d'une  aigrette  pédicellée,  plumeuse,  en  toile  d'araignée, 
avec  cinq  poils  plus  longs.  Cette  plante  croit  dans  la  Sibérie. 

Salsifis  ÉLEVÉ:  Tragopogon  majus?  Jàcq.,FLAust.,  1,  tab.  29; 


SAL  145 

Lamk. ,  Illuslr.  gen.,  646,  fig.  1.  Cette  plante,  rapprochée 
du  tragopogon  pratensis,  a  des  tiges  très  -  élevées  ,  des  feuilles 
roides,  simples  ,  glabres,  entières;  des  fleurs  solitaires  et  ter- 
minales; les  pédoncules  renflés  vers  leur  sommet,  terminés 
par  une  seule  fleur  ;  le  calice  plus  long  que  la  corolle  ;  les  de- 
mi-fleurons arrondis  ,  et  non  tronqués  à  leur  sommet.  Cette 
plante  croît  dans  l'Autriche. 

Salsifis  a  feuilles  ondulées;  Tragopogon  undulatus ,  Jacq. 
Jcon.  rar.,  1,  tab.  ig.  Cette  espèce  a  des  racines  fusiformes 
de  la  grosseur  du  doigt  ;  ses  tiges  sont  droites ,  hautes  de  six  à 
huit  pouces,  revêtues  d'un  duvet  caduc  et  lanugineux,  gar- 
nies de  feuilles  linéaires,  lancéolées,  aiguës,  sessiles,  embras- 
santes ,  rudes  à  leurs  bords  ;  les  inférieures  longues  d'un  pied; 
les  supérieures  plus  étroites  ,  ondulées.  Les  fleurs  sont  termi- 
nales et  solitaires  ;  le  calice  est  composé  de  huit  à  treize  folioles 
de  la  longueur  des  demi-fleurons:  ceux-ci  sont  d'une  couleur 
de  soufre  clair  ;  les  semences  rudes  ,  cendrées  ,  surmontées 
d'aigrettes  plumeuses  ,  médiocrement  pédicellées.  Cette  plante 
croît  dans  l'Asie  ,  sur  le  mont  Taurus. 

Salsifis   a    feuilles    de    poireau  :    Tragopogon  porrifolius 
Linn. ,  Spec;  Camer. ,  Epit, ,  3 1  3  ;  vulgairement  Salsifis  blanc  , 
Salsifis  des  jardins.  Cette  espèce  a  une  racine  blanche  ,  char- 
nue, fusiforme.    Ses  tiges    sont  droites,   hautes   de  deux  ou 
trois   pieds,    lisses,   cylindriques,    fistuleuses,  striées  et   ra- 
meuses.  Les  feuilles  sont  alternes,  embrassantes,  très-alon- 
gées,  un  peu  étroites,  glabres  à  leurs  deux  faces,  très-aiguè's, 
creusées  en  gouttière  à  leur  base,  droites,  entières,  un  peu 
cotonneuses  à  leur  insertion.  Les  fleurs  sont  solitaires,   ter- 
minales ,  supportées  par  de  longs  pédoncules  fistuleux,  très- 
renflés  à  leur  sommet.  Les  calices  sont  glabres  ,  plus  longs  que 
la  corolle,  composés  de  huit  à  dix  folioles  lancéolées,  acu- 
minées.  La   corolle   est  d'un  pourpre  violet  plus  ou  moins 
foncé.  Cette  plante  croît  en  Suisse  et  dans  les   départemens 
méridionaux  de  la  France.  On  la  cultive   dans  les  jardins. 
Ses  racines  fournissent  un  aliment  sain  et  léger;  elles  passent 
pour  diurétiques,  apéritives  et  pectorales.  On  les  croît  infé- 
rieures à  celles  du  salsifis  noir  [scorzonera  hispanica,  Linn.), 
le  plus  généralement  cultivé. 

Salsifis  d'Orient:   Tragopogon  orientalis ,  Linn.,  Spec;  Ca- 
47*  10 


w,6  SAL 

mer.,  Epit.,  5 12.  Quoique  très- rapprochée  du  tragopogon 
pratensis  ,  cette  espèce  en  diffère  par  plusieurs  caractères.  Ses 
tiges  sont  droites  ,  glabres  ,  épaisses,  cylindriques  ,  striées,  ra- 
meuses; les  feuilles  sont  sessiles  ,  alternes,  embrassantes, 
presque  ensiformes,  glabres,  un  peu  ondulées  à  leurs  bords  , 
aiguës  ,  acuminées.  Les  pédoncules  sont  droits  ,  solitaires  , 
terminaux  ,  uniflores,  renflés  vers  leur  sommet  ;  ils  supportent 
une  grande  fleur,  dont  le  calice  est  composé  de  folioles  gla- 
bres, larges,  ovales,  concaves,  longuement  subulées.  La  co- 
rolle est  entièrement  jaune;  les  demi-fleurons  de  la  circon- 
férence sont  plus  longs  que  le  calice;  les  semences  oblongues, 
striées  ,  presque  à  quatre  angles,  un  peu  ailées,  chargées  d'as- 
pérités sur  leurs  angles,  surmontées  d'une  aigrette  luisante, 
un  peu  roussàtre,  supportée  par  un  long  pédicelle  subulé. 
Cette  plante  croît  dans  le  Levant  et  la  Perse. 

Salsifis  a  feuilles  de  safran:  Tragopogon  crocifolius,  Linn. , 
Spec,  ;  Column.,  Ecphr.,   1,  tab.   aoo.  Cette  plante  ,  qui    a 
beaucoup  de  rapports  avec  le  tragopogon  porrifolius ,  s'en  dis- 
tingue par  ses  tiges  beaucoup  plus  basses,  par  les  folioles  de 
son  calice  moins  nombreuses,  rarement  au-delcà  de  cinq;  par 
•les  demi-fleurons  en    bien   plus  petit  nombre.    Sa  racine   est 
grêle  ,  fusiforme  ;  ses  tiges  sont  à  peine  hautes  d'un  pied  :  elles 
sont  glabres,  striées,   fistuleuses  ,   médiocrement  rameuses, 
garnies  de  feuilles  sessiles,  alternes,  longues,  fort  étroites, 
très-aiguës,  se  rapprochant  de  celles  du  safran  ,  glabres,  en- 
tières;  elles  forment  à  leur  base  une  gouttière  remplie  d'un 
duvet  blanc.  Les  fleurs  sont  solitaires,  terminales  ;  le  pédon- 
cule terminal  est  un  peu  renflé  ;  le  calice  plus  long  que  la  co- 
rolle,  à  folioles  étroites,  acuminées;  la  corolle  violette,  un 
peu  jaune  dans  le  centre,  composée  seulement  de  deux  rangs 
de  demi-fleurons.  Cette  plante  croît  en  Italie,  dans  les  dépar- 
temens méridionaux  de  la  France,  aux  environs  de  Montpellier. 
Salsifis  VELU  :   Tragopogon  villosus  ,   Linn.,  Spec;   Pallas , 
Itin.,  2,  pag.  302.  Cette  espèce  se  distingue  aux  poils  blan- 
châtres qui  recouvrent  toutes  ses  parties.  Ses  tiges  sont  droites, 
cylindriques,   très-élevées,  rameuses,  pubescentes  et  velues. 
De  l'aisselle  des  feuilles  sortent  des  rameaux  diff"us  ,  paniculés. 
Les   feuilles  sont  alternes,  sessiles,    fort  longues,  entières, 
étroites,  presque  ensiformes,  acuminées,  velues  à  leurs  deux 


SAL  147 

faces;  les  pédoncules  sont  solitaires,  terminaux,  velus  far- 
inant par  leur  ensemble  une  sorte  de  panicule,  à  cause  du 
grand  nombre  des  rameaux.  Les  fleurs  sont  inclinées  à  l'é- 
poque de  la  floraison  ;  les  calices  légèrement  velus  ,  à  neuf 
folioles  étroites,  alongées,  très-acuminées,  presque  une  lois 
plus  longues  que  la  corolle  :  celle-ci  est  d'un  jaune  pâle 
composée  d'environ  dix-huit  fleurons.  Les  anthères  sont  bru- 
nes ;  les  semences  étroites,  surmontées  d'une  aigrette  plu- 
meuse  ,  longuement  pédicellée.  Cette  plante  croit  en  Espagne 
et  dans  la  Sibérie.  (Foir.) 

SALSIFIS  D'ESPAGNE.  (Bot.)  C'est  la  Scorsonère.  Voyez 
ce  mot.  (  Lem.  ) 

SALSIGRAMME.  (Bot.)  C'est,  selon  M.  Bosc,  un  des  noms 
du  geropogon.  (  Lem.  ) 

SALSILLA.  (Bot.)  Nom  péruvien,  cité  par  Feuillée  ,  de 
V alstroemrria  salsilla  de  Linnseus.    (  J.  ) 

SALSIRORA.  (Bo/.)  Thalius,  dans  sa  Flora  hercfnica,  nom- 
moit  ainsi  le  rossolis.  (  J.  ) 

SALSOLA.  (Bot.)  C'est  le  nom  latin  du  genre  Soude.  (L.  D.) 
,    SALSO VIE.  (Bo£.)  Voyez  Salicor.  (J.) 

SALTATOR.  (Ornith.)  Nom  latin  et  générique  donné  pac 
M.  Vieillot  aux  hahias  de  d'Azara.  (Ch.  D.) 

SALTIGRADES.  (Entom.)  Tribu  d'insectes  aptères  delà 
famille  des  acérés,  fondée  par  M.  Latreille ,  et  dont  soa 
genre  Saltique  est  le  type.  Voyez  ce  mot.  (  Desm.  ) 

SALTIQUE.  (Entom.)  M.  Latreille  a  proposé  ce  nom  pour 
désigner  un  genre  dinscctes  aptères,  delà  famille  des  acérés 
ou  aranéïdes  ,  correspondant  au  genre  Atte  ,  Attus ,  de  M. 
Walckenaër;  telle  est  l'araignée  à  chevron,  que  nous  avons 
décrite  sous  le  n."  54,  et  toutes  celles  dont  les  numéros  pré- 
cèdent ,  dans  les  1  C'  et  1 7.*"  sections  du  genre  Araignée.  Voyez 
ce  mot,  tom.  I.*^",  pag.  345.  (  C.  D.) 

SALUCA.  (Bot.)  Nom  brame,  cité  par  Rhéede,  de  Vamhel 
du  Malabar,  njmphœa  lotus.  (J.) 

SALUI.  (Ornith.)  Nom  arabe  de  la  caille,  coturnix,  qu'on 
écrit  aussi  shaliu.  (Ch.  D.) 

SALUS.  (Ornith.)  Belon  ,  page  357,  donne  ce  nom  latin 
comme  correspondant  à  Vœgithus  d'Aristote ,  en  grec,  pour 
désigner  la  linotte.  (Ch.  D.) 


»48  S  AL 

''SALUTH.  (Ichthyol.)  Nom  suisse  du  mal  ou  siluriis  glanis 
de  Linnaeus.  Voyez  Silure.  (H.  C.  ) 

SALUZ.  (Ichthj^ol.)  Voyez  Sai.utw.  (H.  C.) 

SALVADORE  ,  SaWadora.  {Bot.)  Genre  de  plantes  dicoty- 
lédones, cà  fleurs  complètes,  monopétalées,  de  la  famille  des 
atriplicées  ,  de  la  tétrandrie  monogjnie  de  Linnapus  ,  offrant 
pour  caractère  essentiel:  Un  calice  à  quatre  divisions  ;  une 
corolle  à  quatre  découpures  profondes  ;  un  ovaire  supérieiir; 
le  style  court;  un  stigmate  simple;  une  baie  globuleuse  ,  à 
une  seule  loge  ;  une  semence  revêtue  d'un  arille  calleux. 

SAtVADORE  DE  Perse  :  Salvadova  persica ,  Linn.  ,  Lamk. ,  III. 
gen.,  tab.  8]  :  Roxb.,  Corom. ,  i,  tab.  26;  Ri^'ina  paniculata  , 
Systé  nat.;  Cissus  arborea,  Forsk. ,  Flor.  /Egjpt.  ,  pag.  52  ; 
Emhelia  grossularia ,  Retz,  Obs. ,  4,  pag.  24.  Arbrisseau  à 
tige  glabre  ,  divisée  en  rameaux  opposés  ,  cylindriques  ,  un 
peu  pendans.  Les  feuilles  sont  pétiolées  ,  opposées,  ovales  , 
oblongues,  aiguës  ou  acuminées,  épaisses,  un  peu  charnues, 
glabres,  entières;  les  pétioles  courts.  Les  fleurs  sont  disposées 
en  grappes  terminales,  solitaires,  axillaires,  formant  parleur 
ensemble  une  panicule  étalée.  Les  pédoncules  se  divisent  en 
quelques  rami6cations  étalées  ,  et  soutiennent  de  petites  fleurs 
pédicellées.  Leur  calice  est  glabre,  fort  petit;  ses  divisions  sont 
ovales,  un  peu  obtuses;  sa  corolle  verdàtre  ,  à  quatre  divi- 
sions ovales,  obtuses,  réfléchies  et  roulées  en  dehors,  persis- 
tantes avec  le  fruit;  les  étamines  un  peu  plus  longues  que  la 
corolle;  les  anthères  arrondies;  l'ovaire  un  peu  ovale,  sur- 
monté d'un  style  court.  Le  fruit  est  une  baie  de  la  grosseur 
d'un  pois,  de  couleur  jaune  ou  noirâtre,  renfermant  une  se- 
mence arrondie.  Cette  plante  croît  dans  les  Indes  orientales , 
sur  les  bords  du  golfe  persique  ,  dans  l'Arabie.  D'après 
Forskal ,  les  Arabes  font  grand  cas  de  cette  plante  :  ils  en 
mangent  les  fruits,  lorsqu'ils  sont  parfaitement  mûrs.  Les 
feuilles  passent  pour  résolutives,  étant  appliquées  broyées  sur 
les  tumeurs  et  les  bubons^  elles  jouissent  surtout  d'une  grande 
réputation  comme  contre- poison,  et  ont  été  chantées  à  ce 
litre  par  quelques  poètes  arabes. 

Sai.vadore  a  petites  têtes  ;  Sahadora  capitulafa  ,  Lour.  ,  FI. 
Coch. ,  1  ,  pag.  no.  Arbre  de  médiocre  grandeur,  très-ra- 
meux,  à  feuilles  alternes,  très-médiocrement  pétiolées ,  rudes. 


s  AL  i4y 

ovales  ,  acuminées,  inégalement  dentées  en  scie.  Les  fleurs 
sont  axillaires,  réunies  environ  au  nombre  de  huit  sur  un 
long  pédoncule  commun  ;  elles  ont  le  calice  persistant ,  à  quatre 
ou  cinq  divisions;  point  de  corolle;  quatre  étamines;  les  tila- 
mens  subulés,  réfléchis,  une  fois  plus  longs  que  le  calice  ;  lu 
stigmate  bifide.  Le  fruit  est  une  petite  baie  jaune,  arrondie, 
à  une  seule  loge,  renfermant  une  semence  arillée.  Cette 
plante  croît  dans  les  forêts,  à  la  Cochinchiue.  (Poia.) 

SALVELINE.  (Ichthjol.)  Nom  spéciEque  d'une  Truite, 
Voyez  ce  mot.  (H.  C.) 

SALVERTIA.  (  Bot.  )  Plante  mentionnée  par  M.  Auguste 
Saint- Hilaire  sous  le  nom  de  salverlia  convallariœ  odora  (à 
odeur  de  muguet).  «  Cette  plante  ,  dit  l'auteur,  mérite  si 
«  bien  son  nom,  que,  ayant  fait  revenir  dans  un  verre  d'eau 
«  une  fleur  desséchée  depuis  six  ans,  et  qui  avoit  été  passée 
«  plusieurs  fois  à  la  vapeur  du  soufre,  elle  communiqua 
«  encore  à  l'eau  une  odeur  très-forte  du  muguet.  »  Ce  genre 
est  très- voisin  du  vochisia  et  appartient  à  la  famille  des  vo' 
chisiées  d'Aug.  Saint- Hilaire.  L'étamine  fertile  est  opposée,  à 
un  pétale,  et  les  rudimens  des  autres  étamines  à  deux  autres 
pétales,  comme  dans  le  vochisia,  Voyez  Mém.  du  Mus.,  vol.  9, 
pag.  340.  (  PoiR.) 

SALVIA.  (Bot.)  Nom  latin  du  genre  Sauge.  (L.  D,) 

SALVIFOLIA-ARBOR.  (Bot.)  Le  micocoulier  d'Orient , 
celtis  orientalis ,  Linn. ,  est  figuré  sous  ce  nom  dans  l'Alma- 
geste  de  Plukenet,  tab.  231  ,  fig.  4,  selon  Burmann.  (Lem,) 

SALVINIA.  {Bot.)  Genre  de  la  famille  des  rhizospermes 
ou  marsiléacées ,  établi  par  Michéli,  et  que  Linnaeus  avoit 
confondu  avec  son  Marsilea,  d'où  Adanson,  Jussieu  ,  Lamarck 
et  Hoffmann  l'ont  retiré  avec  raison:  depuis  il  a  été  géné- 
ralement admis.  Dans  ce  genre  curieux  la  fructification,  d'où 
dérive  son  caractère  générique  ,  est  donné  par  des  capsules 
géminées  ,  groupées  quatre  à  dix  ensemble  aux  aisselles  des 
ramifications  des  racines:  chaque  capsule  est  arrondie,  mem- 
braneuse, uniloculaire,  et  contient  une  multitude  de  séminules 
ou  globules  ,  attachées  chacune  à  la  base  par  un  cordon  ombi- 
lical ;  sa  surface  est  hérissée  d'aspérités  ou  petites  houpes  de 
poils  que  plusieurs  botanistes  considèrent  comme  des  éta- 
mines, Michéli,  et  Adanson  après  lui,  ont  cru  apercevoir  des 


i5o  SAL 

fleurs  mâles  dans  les  tubercules  qui  couvrent  les  feuilles  de 
l'espèce  commune  ,  et  qui  sont  terminées  par  un  à  quatre  fila- 
mens  articulés,  qu'ils  ont  pensés  pouvoir  être  des  étamines , 
ce  qui  n'est  nullement  prouvé. 

Les  salvinia  s'éloignent  des  autres  rhizospermes  par  leurs 
feuilles  roulées  en  crosse  à  leur  naissance  ;  par  leurs  cap- 
sules membraneuses  et  uniloculaires.  L'espèce  principale  a 
été  l'objet  des  observations  de  Guettard  ,  Hedwig,  Vaucher 
fils,  Savi,  etc.  M.  Vaucher  fils,  qui  l'a  suivi  dans  sa  germi- 
nation, a  observé  que  les  nombreuses  séminules  qui  sont 
dans  les  capsules,  sont  fixées  par  autant  de  cordons  ombili- 
caux à  un  axe  central;  que  ces  séminules,  dans  l'acte  de  la 
germination,  commencent  par  laisser  échapper  de  leur  som- 
met une  matière  verte  en  masse  tridentée,  qui  se  dilate, 
donne  naissance  à  un  prolongement  radiculaire ,  bifurqué, 
à  branches  écartées;  qu'il  sort  de  la  partie  supérieure,  et 
d'entre  deux  espèces  de  cornes,  une  première  feuille  pé- 
tiolée ,  (assez  grande,  que  M.  Vaucher  considère  comme  un 
cotylédon  :  la  plante  se  développe  ensuite.  (Vauch.,  Ann. 
du  Mus.  hist. ,  vol.  18,  p.  404.) 

Les  salvinia  sont  des  plantes  lacustres  qui  nagent  à  la  sur- 
face des  eaux;  leups  branches,  quelquefois  très-rameuses  et 
enlacées,  sont  garnies  de  frondes  ou  feuilles  planes,  ellipti' 
ques,  ovales  ou  arrondies,  disposées  sur  deux  rangs  opposés, 
dont  la  surface  est  garnie  de  faisceaux  de  soies  qui  la  ren- 
dent raboteuse  ou  âpre  au  toucher,  et  qui,  comme  nous 
l'avons  fait  observer,  ont  été  pris  pour  des  fleurs  mâles.  Ces 
organes  manquent  dans  quelques  espèces. 

Au-dessous  des  feuilles  et  sur  les  branches  ou  racines  nais- 
sent des  faisceaux  de  racines  capillaires,  articulées,  dentelées, 
qui  forment  autant  de  sortes  de  bourse  ,  au  fond  desquels  sont 
logés  les  capsules  en  un  seul  groupe. 

On  connoît  cinq  espèces  dans  ce  genre;  une  seule  est  indi- 
gène, les  autres  sont  exotiques  et  demandent  à  être  exami- 
nées de  nouveau. 

Le  Salvinia  nageant  :  Sali'inia  natans ,  HofiFm. ,  Germ.,  2, 
p.  1;  Lamk. ,  Illust. ,  pi.  863;  Mich.,  Gen.,  pi.  58;  Marsilea 
natans,  Linn.;  Hedw. ,  Theor. ,  pi.  8  ,  fig.  ï — 5  ;  Guett.,Mém.de 
l'acad.dePar. ,  1762,  p.  545,  pi.  29,  fig.  1  ;  Marsilea  salyinioides , 


SAM  i5t 

Neck.  m  Acf.  pal.,  3  ;  Phjs. ,  p.  297  ,  pi.  21.  La  tige  de  cette 
espèce  est  grêle,  flottante,  longue  de  quatre  à  cinq  pouces, 
garnie  de  feuilles  opposées,  nageantes,  planes,  elliptiques, 
à  peine  pëtiolées,  traversées  dans  la  longueur  par  une  ner- 
vure peu  apparente;  leur  surface  est  rude  par  suite  des  nom- 
breux faisceaux  de  soies  qui  les  garnissent:  elles  sont  un  peu 
velues  en-dessous;  les  pétioles  sont  velus,  et  les  capsules  pres- 
que sessilcs  et  agglomérées;  la  racine  principale  est  perpen- 
diculaire, rameuse  et  également  munie  de  fructifications. 
Cette  plante  annuelle  se  trouve  dans  les  eaux  stagnantes, 
en  Italie,  en  Allemagne  et  dans  le  Midi  de  la  France. 

Les  autres  espèces  de  ce  genre  sont  le  Salvinia  lœyîgata,  qui 
se  trouve  en  Colombie  et  découvert  par  MM.  de  Humboldt 
et  Bonpland  ;  le  Salvinia  rotundifolia ,  AVilld.,  rapporté  du 
Brésil  par  Hoffmannsegg  ;  le  Salvinia  hispida,  Willd. ,  men- 
tionné dans  VHortus  berolinensis;  enfin  ,  le  S.  auriculata  d'Au- 
blet,  qui  croît  dans  les  eaux  de  Cayenne.  Cette  dernière  s'é- 
loigne de  ce  genre  par  ses  capsules  bivalves,  portées  sur  des 
pédoncules  rameux  ;  ses  graines  sont  fixées  à  un  placenta 
rameux  :  caractères  qui  pourroient  autorisera  faire  un  genre 
nouveau  de  cette  plante.  Elle  paroît  être  la  même  espèce  que 
le  Salvinia  rotundifolia ,  Willd.  (Lem.) 

SALWEDELIA.  (Bot.)  Genre  établi  par  Bridelaux  dépens 
du  Bryum  de  Linnaeus,  et  qui  n'a  point  été  admis.  (Lem.) 

SAMABRAS.  (Erpétol.)  Nom  arabe  d'une  salamandre  ter- 
restre. Voyez  Salamandre.  (H.  C.  ) 

SAMADERA  (Bol),  Gaertn.,  De  fruct. ,  tab.  i56.  Plante 
qui  ne  nous  est  encore  connue  que  par  son  fruit,  qui,  d'après 
Gœrlner,  est  une  noix  subéreuse  et  ligneuse,  à  demi-courbée 
en  croissant,  comprimée,  lenticulaire  ^  assez  grande,  char- 
gée de  quelques  varices  dans  son  milieu ,  glabre  à  son  con- 
tour, de  couleur  de  paille  ou  d'un  jaune  clair,  un  peu  lui- 
sante. Le  bord  supérieur  est  droit,  épais,  creusé,  dans  sa 
longueur,  d'un  sillon  terminé  vers  son  sommet  par  un  tuber- 
cule oblong;  le  bord  inférieur  arrondi  en  arc  ,  aminci  et 
comprimé;  une  seule  loge  indéhiscente;  une  semence  assez 
grande,  ovale,  presque  en  rein,  très  -  glabre ,  d'un  jaune 
cannelle  ou  un  peu  roussâtre ,  marquée ,  à  son  bord  ex- 
térieur ,  d'une   échancrure   où  se  place  la  radicule  ;  point 


i52  SAM 

de  périsperme.  Ce  fruit  est  originaire  de  l'île  de  Java. 
Ce  genre,  fait  par  Gaertner,  paroît  être  le  même  que  le 
NioLa  de  M.  de  Lamarck,  et  il  est  conservé  sous  ce  nom 
dans  le  Prodromus  de  M.  De  Candolle.  Il  paroit  cependant 
que  Gœrtner  a  l'antériorité.  La  réunion  de  ses  caractères 
semble  le  rapprocher  dessimaroubées;  cependant  M.  De  Can- 
dolle le  place  à   la  suite  des  malpighiacées.  Voyez  Saman- 

DURA.    (POIR.) 

SAMAK-UCHUHAUK.  (Ornith.)  Nom  que  porte,  à  la 
baie  d'Hudson ,  la  grue  brune  de  BuSbn ,  ardea  canadensis., 
Linn.  et  Lath.  (Ch.  D.) 

SAMALEIK.  {Ornith.)  L'oiseau  ainsi  nommé  à  Céram  paroit 
être  le  petit  paradisier  émeraude;  le  même  qu'on  appelle 
toff'ou  à  Ternate,  et  tshakke  aux  îles  Serghiles  près  de  la  Nou- 
velle-Guinée. (Ch.  D.) 

SAMALIE.  {Ornith.)  M.  Vieillot  a  formé  sous  ce  nom  un 
genre  particulier  de  quelques-uns  des  oiseaux,  dont  la  des- 
cription se  trouve  dans  ce  Dictionnaire,  sous  le  mot  Para- 
disier. (Ch.  d.) 

SAMALITO.  (  Bot.  )  Nom  mexicain  du  feus  complicata , 
Kunth,  qui  croît  sur  les  collines  près  de  Guasinthan,  au 
Mexique,  où  il  est  également  nommé  amesquite.  (Lem.) 

SAMANCA.  {Bot,)  A  Java  et  da,ns  des  îles  voisines  on 
nomme  ainsi,  suivant  Rumph ,  son  ariiguria  indica ,  qui  est  la 
pastèque,  cuçurbita  citrullus.  (J.  ) 

SAMANDURA.  {Bot.)  L'arbre  nommé  ainsi  à  Ceilan,  sui- 
vant Hermann,  a  été  rapporté  par  Linnaeus,  dans  son  F/. 
Zeyl'  ,  au  nagam  du  Malabar,  décrit  et  figuré  par  Rhéede, 
qui  est  VHeritiera .  littoralis  d'Aiton  et  Schreber,  que  MM. 
Kunth  et  De  Candolle  rapportent  aux  sterculiniées.  On  réunit 
au  même  genre  le  halanopteris  tothila  de  Gœrtner ,  2 ,  94 , 
t.  99 ,  que  cet  auteur  dit  être  le  tothila  ou  tothija  de  Her- 
mann ,  Mus.  Zeyl.,  48.  Cette  citation,  comparée  à  celle  de 
Linnasus  ,  laisse  des  doutes  sur  l'identité  des  noms  mentionnés 
d'après  Hermann  ;  mais  il  paroît  au  moins  que  les  genres 
d'Aiton  et  de  Gaertner  ne  diffèrent  pas.  On  ajoutera  que 
le  samandura  dont  il  est  ici  question  ,  ne  doit  point  être 
confondu  avec  le  samadera  de  Gœrtner ,  qui  appartient  a,u.^ 
simaroubées.  Voyez  Samadera  et  Heritiera,  (J.) 


SAM  i53 

SAMAR-DABHUS.  (Bot.)  Nom  arabe  du  cyperusfastigiatus 
de  Forskal.  (J.  ) 

SAMARA.  [Bot.)  Genre  de  plantes  dicotylédones ,  à  fleurs 
complètes,  polypétalées,  de  la  famille  des  rhamnées,  de  la  lé- 
trandrie  monogjnie  de  Linnœus ,  offrant  pour  caractère  essen- 
tiel: Un  calice  fort  petit,  persistant,  à  quatre  folioles,  quatre 
pétales  creusés  en  fossette  à  leur  base;  quatre  étamines  ;  les 
filamens  très-longs,  placés  dans  la  fossette  des  pétales;  un 
ovaire  supérieur;  un  style  terminé  par  un  stigmate  en  forme 
d'entonnoir;  un  drupe  monosperme. 

Samara  des  Indes  :  Samara  lœta,  Linn.,  L,amk.,  III.  gen, , 
lab.  74;  Burm.,  Zej4. ,  tab.  3i  ;  Memecylon  umhellatum ,  Flor. 
Zeyl. ,  469.  Très-bel  arbre  des  Indes,  dont  les  rameaux  sont 
alternes,  revêtus  d'une  écorce  blanchâtre,  cendrée,  garnis 
de  feuilles  seulement  à  leur  partie  supérieure,  l'inférieure 
occupée  par  les  fleurs;  ces  feuilles  sont  opposées,  médiocre- 
ment pétiolées,  ovales,  obtuses,  vertes,  glabres  à  leurs  deux 
faces,  entières;  les  fleurs  sont  petites,  placées  au-dessous  des 
feuilles  ;  elles  sont  disposées  en  petits  corymbes  très-rappro- 
chés,  très -nombreux  ,  presque  en  ombelles  très- courtes. 
Chacune  des  fleurs  est  pédicellée  ;  quand  elles  sont  fermées, 
elles  ressemblent  à  de  petits  globules  qui  s'ouvrent  en  forme 
d'étoile  par  un  calice  fort  petit,  à  quatre  découpures  aiguës, 
et  par  une  corolle  à  quatre  pétales  jaunâtres.  Les  étamines 
sont  très-saillantes;  les  filamens  placés  dans  la  fossette  située 
à  la  base  de  chaque  pétale.  Le  fruit  est  un  petit  drupe  glo- 
buleux ,  à  une  seule  semence.  Cette  plante  croit  dans  les 
Indes  orientales. 

Samara  coriace;  Samara  coriacea ,  Swart. ,  Poir. ,  Encycl, 
Arbre  de  vingt  à  trente  pieds,  dont  les  rameaux  sont  alternes, 
lisses,  presque  tétragones ,  garnis  de  feuilles  alternes,  pétio- 
lées, ovales,  lancéolées,  aiguës,  roides,  membraneuses,  très- 
entières,  d'un  vert  foncé,  glabres  à  leurs  deux  faces,  ner- 
veuses, veinées;  les  pétioles  courts.  Les  fleurs  sont  latérales, 
axillaires,  fort  petites,  sessiles ,  blanchâtres,  agglomérées  par 
paquets  nombreux,  très  -  rapprochés.  Les  calices  sont  fort 
petits,  à  quatre  folioles  ovales,  aiguës,  à  peine  longues  d'une 
demi-ligne;  les  pétales  trois  fois  plus  longs  que  le  calice, 
pblongs,  un  peu  aigus;  les  filamens  courts,  insérés  à  la  base 


ï54  '  SAM 

despëtales;  l'ovaire  est  globuleux;  le  style  très-court;  le  stig- 
mate grand,  ovale  :  les  fruits  sont  noirâtres  ,  à  une  seule  loge  , 
de  la  grosseur  d'un  grain  de  poivre.  Cette  plante  est  tres- 
rapprochée  des  mjrsines  et  peut-être  dcvroit  y  être  réunie: 
elle  croit  dans  les  forêts,  sur  les  montagnes  de  la  Jamaïque. 
(PoiR.) 

SAMARA.  (Bot.)  Un  des  noms  du  fruit  de  l'orme  chez  les 
I,atins  et  les  Grecs.  Les  botanistes  l'ont  consacré  a  cette  sorte 
de  fruit.  (Lem.) 

SAMARA.  [IchthjoL)  Voyez  Sammara.  (H.  C.) 

SAMARE.  (Bot.)  Nom  donné  par  Gaertner  au  fruit  (carcé- 
rule)  (le  l'orme.  (Mass.) 

SAMARMAR.  (  Ornith.  )  C'est  ainsi  que  les  Arabes  et  les 
habitans  du  Mogol  et  d'Alep  nomment  le  merle  rose,  turdus 
roseus  ,  Linn.  et  Lath. ,  qu'ils  ont  en  grande  vénération, 
(Ch.  D.) 

SAMARRHICH.  {Bot.)  Voyez  Ramich.   (J.) 

SAMATITO,  AMESQUITE.  (Bot.)  On  donne  ce  nom,  dans 
le  Mexique,  à  un  Gguier,  ficus  complicata  de  la  Flore  équi- 
noxiale.  (J.) 

SAMBAC  (Bot.)  Nom  arabe  d'un  mogori ,  mogorium  sani' 
lac,  dans  la  famille  des  jasminées.  (J.) 

SAMBALI.  [Bot.)  Voyez  Necundo.  (J.) 

SAMBANG-BASSAER.  [Bot.)  Nom  du  conjza  Idrsuta,  dans 
l'île  de  Java.  (  J.) 

SAMBARANA.  (Bot.)  Suivant  Clusius  on  nomme  ainsi, 
dans  le  Malabar,  un  bois  odorant  semblable  au  santal  blanc, 
employé  par  les  habitans  en  fomentation ,  lorsqu'ils  sont  atta- 
qués des  lièvres.  (J.) 

SAMBA YA.  {Bot.)  Nom  malais  d'une  zédoaire  cité  par  C. 
Bauhin.  (  J.  ) 

SAMBE.  {Ornith.)  C'est  le  nom  du  flammant ,  phanicop~ 
terus,  à  Madagascar.  (Ch.  D.  ) 

SAMBEQUIER.  (Bot.)  Nom  provençal  du  sureau,  cité  par 
Garidel.  L'yèble  est  nommé  saupuden.  (J. ) 

SAMBONG.  (Bot.)  Nom  donné,  dans  l'île  de  Bala,  voisine 
de  Java,  à  Vappendix  laciniata  de  Rumph  ,  qui  est  le  potlios 
palmata  de  Linnaeus.  (J.) 

SAMBU.  {Bot.)  En  Provence  et  dans  quelques  autres  par- 


SAM  iS5 

(les  du  Midi  de  la  France  le  sureau  porte  ce   nom.  (L.  D.) 

SAMBUC.  {Bot.)  Gouan  cite  ce  nom  languedocien  du  su- 
reau ,  qui  dérive  évidemment  de  son  nom  lalin  samhucus ,  et 
fournit  une  preuve  de  plus  du  rapport  entre  la  langue  la- 
tine et  les  idiomes  de  quelques  provinces  méridionales  de  la 
France.  L'obier ,  viburnum  opulus,  est  nommé  dans  les  mêmes 
lieux  sambuc-rosa.  (  J.) 

SAMBUCUS.  {Bot.)  Nom  latin  du  genre  Sureau.  (L.  D.) 

SAMBULAGUAN.  {Bot.)  Nom  cité  par  Camelli  d'un  grand 
arbre  des  Philippines,  qui  a  le  bois  rouge,  les  feuilles  com- 
posées, les  fleurs  jaunâtres  et  les  fruits  semblables  à  ceux  da 
rosier.  (J.) 

SAME.  {Jchfhyol.)  Un  des  noms  vulgaires  du  mugil  cephalus 
ou  mulet  de  mer.  Voyez  Muge.  (H.  C.) 

SAMEL.  (  Ornith.)  Le  moineau  commun  ,  fringilla  dômes- 
tica ,  est  ainsi  appelé  en  arabe ,  suivant  Forskal ,  qui  le  nomme 
dans  ses  Descripliones  animalium ,  page  n  ,  passer  salacissimuSt 
(Ch.  d.) 

SAMENO.  {Bot.)  Nom  brame  du  patsjotti  du  Malabar, 
cité  par  Rhéede.  Adanson  en  fait  son  genre  Patsjotti,  qu'il 
rapporte  à  sa  famille  des  onagres,  et  auquel  il  réunit  le  strump- 
Jia  de  Jacquin  ,  genre  américain  qui  rend  cette  réunion  dou- 
teuse. Burmann  fils  ,  dans  sa  Flora  indica,  en  fait,  peut-être 
plus  justement,  une  variété  de  son  acalypha  spicijlora.  (J.) 

SAMENOTTI.  {Bot.)  Nom  brame  du  latou -patsjotti  du  Ma- 
labar, dont  Burmann  fils  fait  une  variété  du  crolon  castanei- 
folium.  (J.) 

SAMERARIA.  {Bol.)  M.  Desvaux,  dans  le  Journal  de  bo- 
tanique ,  vol.  3 ,  pag.  161,  tab.  24 ,  fîg.  6 ,  dans  un  mémoire 
sur  les  plantes  crucifères,  a  établi  ce  nouveau  genre  pour 
une  espèce  de  pastel,  isatis  armena,  Linn. ,  distinguée  des 
autres  par  une  petite  silique  presque  orbiculaire  ,  à  loge 
centrale,  coriace,  tuberculeuse  ,  indéhiscente  ,  monosperme, 
bordée  d'une  large  membrane  foliacée.  Séparer  des  pastels 
une  espèce  qui,  avec  tous  les  caractères  de  ce  genre,  n'offre 
de  différences  que  dans  la  forme  arrondie  et  non  alongée  de 
la  silique  ,  et  dans  la  consistance  de  ses  bords  plutôt  mem- 
braneux que  coriaces,  n'est-ce  pas  convertir  en  caractère 
générique  ce  qui  n'est  qu'une  distinction  spécifique?  De  pa- 


ï55  SAM 

reilles  réformes  peuvent- elles  contribuer  aux  progrès  de  la 
science?  Ce  genre,  adopté  d'abord  par  M.  De  CanHolle,  est 
replacé  par  lui  dans  Ylsatis,  dont  il  caractérise  seulement  une 
section.  (Poir.) 

SAMETHOUNLE.  (Ornith.)  C'est,  dans  Gesner,  le  raie 
d'eau,  rallus  aq^aicus,  Linn.  (Ch.  D.) 

SAMIER.  (  Conchjl.  )  C'est  le  nom  vulgaire  qu'Adanson  a 
donné  (Sénég.,  page  122,  pi.  8)  à  une  coquille  du  geure 
Murex,  M.  Irigonus  de  Gmelin.  (De  B.) 

SAMMAR.  {Bot.)  Nom  arabe  du  juncus  spinosus  de  Fors- 
kal.  (J.) 

SAMMARA.  (Ichtliyol.)  Nom  spécifique  d'un  poisson  ,  rap- 
porté par  Linnaeus  au  genre  Sciène.  Voyez  ce  mot.   (H.  C.) 

SAMME.  [Bot.)  Nom  arabe  du  bromus  poœformis  de  Fors- 
kal.  (J.) 

SAMOCA.  {Bot.)  Geoffroy  cite  ce  nom  portugais  d'un  arbre, 
qui  est  son  celastrus  lusilanicus.  (J.  ) 

SAMOLE;  Samolus ,  Linn.  {Bot.)  Genre  de  plantes  dicoty- 
lédones monopétales,  de  la  famille  des  pr/mu/acees,  Juss.,  et 
de  la  pentandrie  monogjnie  de  Linnaeus ,  qui  offre  les  caractères 
suivans  :  Calice  monophylle  ,  divisé  dans  sa  partie  supérieure 
en  cinq  découpures;  corolle  monopétale,  hypocratériforme, 
à  limbe  partagé  en  cinq  lobes  obtus,  avec  cinq  petites  écailles 
situées  à  la  base  des  échancrures;  cinq  étamines  à  filamens 
courts,  insérés  sur  le  tube  de  la  corolle;  un  ovaire  demi-in- 
fère,  surmonté  d'un  style  filiforme  ,  à  stigmate  en  tête;  une 
capsule  uniloculaire ,  à  cinq  valves,  renfermant  des  graines 
menues,  nombreuses,  attachées  sur  un  placenta  central. 

Les  samoles  sont  des  plantes  herbacées,  à  feuilles  entières, 
alternes  et  à  fleurs  disposées  en  grappe  ou  en  corymbe.  On  en 
connoît  sept  espèces,  dont  une  seule  croît  naturellement  en 
Europe. 

Samole  de  Valérand  ou  Samole  aquatique,  vulgairement 
Mouron  d^eav  :  Samolus  Valerandi,  Linn.,  5p.,  240;  FI.  Dan., 
tab.  198.  Sa  racine  est  fibreuse,  bisannuelle  ou  peut-être  vi- 
vace;  elle  produit  une  tige  droite,  haute  de  huit  à  douze 
pouces,  simple  inférieurement,  légèrement  rameuse  dans  sg. 
partie  supérieure,  garnie  à  sa  base  de  feuilles  ovales,  pétio- 
lées,  glabresj  les  feuilles  supérieures  sont  sessiles.  Ses  fleurs 


SAM  i57 

sont  blanches,  assez  petites,  pëdonculées  et  disposées  en  grappe 
terminale.  Cette  plante  croit  dans  les  lieux  aquatiques  et  sur 
les  bords  des  ruisseaux,  en  Europe,  en  Asie,  en  Afrique  et 
même  en  Amérique.  (  L.  D.) 

SAMOLOÏDE.  {Bot.)  Espèce  de  véronique,  en  usage  en 
guise  de  thé,  en  Angleterre,  selon  Bomare.  (Lem.) 

SAMOI.OÏDES.  (Bot.)  Boerhaave  nommoit  ainsi  le  capra- 
ria  de  Linnaeus.  (  J.  ) 

S4M0LUS.  (  Bot.)  Nom  latin  du  genre  Samole.  Chez  les 
anciens  le  samolus  étoit  une  plante  marécageuse  ,  que  les 
Druides  cueilloient  avec  des  cérémonies  superstitieuses  et 
qu'ils  employoient  pour  guérir  les  bestiaux  de  certaines  ma- 
ladies ;  quoique  les  premiers  botanistes  aient  transporté  ce 
nom  au  samolus  valerandi ,  Linn. ,  ils  n'ont  point  tous  pensé 
que  ce  pût  être  l'ancien  samolus,  lequel  peut  avoir  été  la 
harbarée,  plante  marécageuse,  que  dans  quelques  parties  de 
la  France  on  cueille  avec  des  circonstances  analogues  et  dans 
le  même  but,  le  jour  de  la  Saint- Roch.  (Lem.) 

SAMPACCA.  (Bot.)  C'est  sous  ce  nom  indien  que  Rumph 
décrit  et  figure  plusieurs  espèces  du  genre  Michelia  de  Lin- 
nasus ,  qui  est  le  champaca  du  Malabar;  il  nomme  de  même  le 
liriodendrum  lilifera  de  Linnaeus.  Voyez  Champac.  (J.  ) 

SAMPAGOU.  (Bot.)  Arbrisseau  de  la  Chine,  à  fleurs  plus 
odorantes  que  celles  du  jasmin  ,  mentionné  dans  le  petit  Re- 
cueil des  voyages,  que  l'on  transporte  facilement  en  pot  d'une 
province  dans  une  autre  :  il  n'y  a  pas  dans  ce  recueil  d'autre 
indication  qui  puisse  faire  connoître  son  genre.  (J.) 

SAMPSOS.  [Bot.)  Nom  épyptien  ,  cité  par  Ruellius  et  Adan- 
son,  du  Fccniculum  erraticum  des  anciens,  selinum  carvifolium 
de  Linnœus.  (J.) 

SAMPSUCHOU  ,  SAMPSYCHOU ,  SAMPSUCHUS  et  SAMP- 
SUCUS.  {Bot.)  Noms  que  les  Grecs  ou  les  Latins  donnoient 
à  des  piaules  odoriférantes,  qu'on  présume  avoir  été  notre 
marjolaine  et  quelques  espèces  de  thym.  (LeiM.) 

SAMSAIN.  (  Bot.  )  Nom  arabe  du  sésame  ,  cité  par  Rauwolf. 
Il  est  aussi  nommé  samsan.  On  nomme  encore  le  hêtre  sansan 
à  Constantinople,  suivant  Forskal.(J. ) 

SAMSTRAVADI ,  CAÏPATSIAMBU.  {Bot.)  Noms  malabares 
àe  ïeugenia  racemosa  de  Linnaeus,    maintenant  Stravadium , 


i58  SAM 

genre  distinct ,  rapporté  aussi  à  la  famille  des  myrtées.  C'est 
le  sadapilU  des  Brames.  (J.  ) 

SAMUDRA-TSJOGAM.  {Bot.)  Nom  malabare ,  cité  par 
Rhéede,  d'un  liseron  à  très- grandes  feuilles  en  cœur,  qui 
est  le  convolvulus  nervosus  de  M.  de  Lamarck.  (J.) 

SAMYDA.  {Bot.)  Ce  nom  grec  du  bouleau  a  été  appliqué 
par  Linnaeus  à  un  genre  très  -  différent ,  type  d'une  nouvelle 
famille.  (J.) 

SAMYDE,  Samyda.  {Bot.)  Genre  de  plantes  dicotylédones, 
à  fleurs  incomplètes,  de  la  famille  des  samjdées ,  Vent.,  de 
la  décandrie  monogynie  de  Linneeus ,  offrant  pour  caractère 
essentiel  :  Un  calice  tubulé  ,  persistant ,  coloré  ,  à  cinq  , 
quelquefois  quatre  divisions  inégales  ;  point  de  corolle;  de- 
puis huit  jusqu'à  dix-huit  étamines  courtes  ,  attachées  à  l'ori- 
fice du  tube  du  calice;  les  filamens  larges,  membraneux, 
réunis  en  tube  à  leur  partie  inférieure;  les  anthères  à  deux 
loges,  s'ouvrant  dans  leur  longueur  à  leur  côté  intérieur; 
un  ovaire  sessile ,  supérieur;  un  style;  un  stigmate  en  tête; 
une  capsule  uniloculaire  ,  s'ouvrant  au  sommet  en  trois  ou 
cinq  valves;  les  semences  en  baie,  insérées  sur  les  valves, 
marquées  à  leur  base  d'une  ouverture  ombilicale;  le  péri- 
sperme  charnu;  l'embryon  renversé,  placé  à  la  partie  supé- 
rieure du  périsperme. 

Le  genre  Casearia  ayant  été  oublié  dans  ce  Dictionnaire, 
très  -  rapproché  d'ailleurs  des  Scrnyda  ,  nous  le  plaçons  à 
leur  suite.  Il  en  diffère  particulièrement  par  les  étamines, 
au  nombre  de  huit  ou  dix  ,  quelquefois  six  ,  douze  ou  quinze  ; 
les  filamens  monadelphes  à  leur  base,  et  entre  chacun  d'eux 
une  écaille  courte,  velue  ,  qui  sont  probablement  autant  de 
filamens  stériles;  le  style  quelquefois  trifide  et  à  trois  stig- 
mates; la  capsule  à  trois  ,  quelquefois  quatre  valves  ,  unilo- 
culaire. 

"'  Samyda. 

Samyde  velue;  Samjda  villosa,  Swart. ,  Flor.  Ind.  occid.,  2, 
pag.  768.  Cette  plante  a  des  tiges  droites,  hautes  de  six  à 
sept  pieds;  les  rameaux  étalés,  cylindriques,  pubescens  et 
velus.  Les  feuilles  sont  alternes,  pétiolées  ,  oblongues  ,  un 
peu  acuminées ,  à  peine  denticulées;  molles^  soyeuses;  les 


SAM  169 

nervures  de  la  face  inférieure  chargées  de  poils  bruns.  Les 
fleurs  sont  axillaires,  solitaires,  assez  grandes,  blanchâtres, 
pédonculées.  leur  calice  est  tubulé ,  divisé  à  sa  moitié  supé- 
rieure en  cinq  découpures  oblongues ,  obtuses,  réfléchies, 
vertes  et  pubescentes  à  leur  partie  inférieure,  blanchâtres 
vers  le  sommet  ;  dix  anthères  sont  placées  au  sommet  d'un  tube 
blanchâtre,  à  dix  stries;  l'ovaire  est  ovale  ,  pubescent;  le  style 
épais;  le  stigmate  en  tête,  perforé  à  son  sommet.  Le  fruit 
est  une  capsule  assez  grande  ,  ovale,  pubescente,  coriace  en 
dehors,  à  trois  ou  quatre  valves,  à  une  seule  loge;  les  se- 
mences sont  ovales,  enveloppées  d'une  pulpe  écarlate  ou  d'un 
rouge  pâle.  Cette  plante  croît  sur  les  montagnes,  à  la  Ja- 
maïque. 

Samyde  glabre;  Samyda  glahrata,  Swart.,  loc.  cit.,  p.  y6o. 
Arbuste  de  dix  à  douze  pieds.  Ses  rameaux  sont  lâches,  éta- 
lés, garnis  de  feuilles  alternes ,  pétiolées,  ovales,  oblongues, 
lancéolées,  horizontales,  glabres,  entières,  luisantes  et  d'un 
vert  gai  en  dessus,  parsemées  de  quelques  pores  très-fins;  les 
pétioles  courts.  Les  fleurs  sont  assez  grandes  ,  de  couleur 
Manche,  axillaires,  pédonculées;  les  pédoncules  plus  épais 
et  plus  courts  que  les  pétioles,  munis  à  leur  base  de  deux 
petites  bractées  aiguës.  Le  calice  est  glabre,  tubulé,  un  peu 
campanule,  à  divisions  larges,  épaisses,  lancéolées,  très- 
blanches,  un  peu  réfléchies;  le  tube  des  étamines  court,  in- 
séré au  fond  du  calice,  à  dix  dents,  qui  supportent  autant 
dL'anthères  jaunâtres,  fort  petites.  L'ovaire  est  oblong ,  pu- 
T»escent;  le  style  épais,  cylindrique,  de  la  longueur  des  é(a- 
mines  ;  le  stigmate  en  tête,  presque  à  trois  angles,  perforé 
au  somme!.  La  capsule  est  ovale.  Cette  plante  croît  sur  les 
hautes  montagnes  ,  dans  les  contrées  méridionales  de  la  Ja- 
maïque. 

Samyde  denticulée  :  Samjda  denticulafa,  Linn. ,  Sp.;  Lamk. , 
Jll. ,  tab.  355,  fig.  1  ;  Samyda  dodecandra ,  Jacq. ,  Amer,,  i32, 
Guidonia  ulmifolia  ,  etc.,  Plum.,  Gen.  ,  tab.  24,  et  Icon. , 
tab.  146,  fig.  2.  Arbrisseau  de  trois  ou  quatre  pieds,  dont 
les  rameaux  sont  cylindriques,  pubescens  ;  les  feuilles  al- 
ternes, pétiolées,  lancéolées,  épaisses  ou  ovales- oblongues; 
les  supérieures  plus  étroites,  aiguës,  finement  dentées,  pu-- 
bescentes   en  dessus,    tomenteuscs   en  dessous  3  les  pétioles 


J^o  SAM 

très- courts.  Les  fleufs  sont  axillaires  ,  solitaires;  les  pédon- 
cules courts,  munis  à  leur  base  de  deux  petites  bractées 
brunes,  subulées.  Le  calice  est  oblong,  tubulé,  presque  cam- 
panule, épais,  velu,  d'un  vert  jaunâtre  en  dehors,  blanc  en 
dedans,  à  cijiq  découpures  ovales,  obtuses;  les  filamens,  réu- 
nis en  tube,  portant  dix-huit  anthères  oblongues,  sagittées; 
l'ovaire  est  velu;  le  style  de  la  longueur  des  étamines;  le  stig- 
mate en  tête  convexe ,  verdâtre;  les  baies  sont  coriaces  en 
dehors,  jaunes,  puis  rouges,  uniloculaires,  à  cinq  valves;  les 
semences  entourées  d'une  substance  pulpeuse.  Cette  plante 
croît  à  File  de  Saint-Domingue. 

Samvde  épineuse;  Samjda  spinulosa,  Vent.,  Choix  des  pi., 
tab.  43.  Arbrisseau  remarquable  par  la  beauté  de  son  feuil- 
lage. Ses  tiges  sont  très  -  rameuses ,  d'un  brun  cendré;  les 
feuilles  alternes,  pétiolées ,  ovales- oblongues ,  glabres,  ai- 
guës, longues  de  quatre  à  cinq  pouces  et  plus,  parsemées 
de  petits  tubercules  transparens  ;  les  stipules  pubescentcs, 
lancéolées,  aiguës;  les  fleurs  axillaires ,  réunies  deux  ou  trois 
sur  un  même  tubercule;  les  pédoncules  courts  et  pubescens  ; 
les  bractées  ovales,  aiguës,  plus  longues  que  les  pédoncules. 
Le  calice  est  de  couleur  purpurine  ,  un  peu  velu  ;  les  dix  éta- 
mines sont  monadelphes;  le  fruit  est  globuleux  ,  de  la  grosseur 
d'une  petiteprune ,  glabre  ,  charnu  ,  à  une  seule  loge ,  marqué 
de  quatre  à  cinq  sillons,  s'ouvrant  en  autant  de  valves;  les  se- 
mences sont  arillées  et  pulpeuses.  Cette  plante  croît  à  l'ile  de 
Saint-ïhomas,  dans  l'Amérique. 

**  Casearia. 

Casearia  SAUVAGE;  Casearia  sjdveslris  ,  Swart. ,  Flor.  Ind. 
occid.,  2,  pag.  762.  Arbrisseau  à  tige  glabre,  qui  se  divise 
en  longs  rameaux  effilés  ,  glabres  ,  lâches  ,  cylindriques.  Les 
feuilles  sont  alternes,  pétiolées,  ovales-elliptiques  ou  ovales- 
lancéolées,  à  longue  pointe,  glabres,  minces,  entières,  lui- 
santes, parsemées  de  points  transparens;  les  pétioles  courts. 
Les  fleurs  sont  ramassées  par  paquets  dans  l'aisselle  des  feuilles, 
au  nombre  de  vingt  ou  trente,  toutes  supportées  par  des  pé- 
doncules longs  d'environ  trois  lignes,  simples,  uniflores , 
munis  à  leur  base  de  petites  écailles  sèches,  imbriquées.  Les 
calices  sont  petits,  blanchâtres,  à  cinq  découpures  ovales, 


SAM  i6i 

étalées,  pubescen  tes;  dix  écailles  velues ,  blanchâtres ,  alternent 
avec  autant  d'étamines  ;  les  anthères  sont  blanchâtres ,  en  cœur  ; 
l'ovaire  est  surmonté  d'un  style  à  trois  faces  ,  de  la  longueur 
des  étamines;  le  stigmate  en  tête;  la  capsule  de  la  grosseur 
d'un  grain  de  poivre,  ovale,  rougeàlre,  à  trois  valves.  Cette 
plante  croit  à  la  Jamaïque,  sur  les  montagnes  ,  parmi  les  buis- 
sons. 

Casearia  a  grandes  feuilles  :  Casearia  macrophjlla,  Vahl , 
Ed. ,  2  ,  p.  32  ;  Pitumba  guianensis,  Aubl.,  Guian. ,  u  ,  App.  2g  , 
tab.  385;  Samyda  Pitumba,  Poir. ,  Encycl.  Cette  plante  a  des 
tiges  divisées  en  rameaux  glabres,  cylindriques  ,  marqués  de 
points  grisâtres,  garnis  de  feuilles  fermes,  alternes,  pétiolées, 
épaisses,  coriaces,  percées  de  petits  trous,  longues  de  six 
ou  huit  pouces,  larges  de  trois,  glabres,  ovales-oblongues, 
elliptiques,  légèrement  crénelées  à  leurs  bords,  acuminées, 
d'un  vert  foncé,  pâles  et  un  peu  roussâtres  en  dessous.  Les 
fleurs  sont  réunies  dans  l'aisselle  des  feuilles  en  petits  pa- 
quets; les  pédoncules  courts,  uniflores  ;le  calice  est  petit,  divisé 
en  cinq  découpures  un  peu  velues  en  dehors  ;  les  étamines  sont 
au  nombre  de  dix,  alternes,  avec  des  écailles;  la  capsule  est 
globuleuse  ,  pulpeuse  en  dedans,  de  la  grosseur  d'une  noix  , 
à  une  loge  ,  à  trois  valves.  Cette  plante  croît  à  Cayenoe  et  dans 
plusieurs  autres  contrées  de  l'Amérique  méridionale. 

Casearia  dentée  :  Casearia  serrulata,  Swart. ,  Loc.  cit.,  764; 
Samj'da  niviana,  Poir.,  Enc.  Arbrisseau  chargé  de  rameaux 
glabres,  cylindriques,  élancés,  revêtus  d'une  écorce  blan- 
châtre ou  cendrée  ;  les  ramifications  sont  éparses,  presque  fili- 
formes ,  flexueuses,  striées;  les  feuilles  alternes,  pétiolées, 
étalées,  longues  d'un  pouce  et  demi,  ovales,  lancéolées, 
médiocrement  acuminées  ,  dentées  en  scie  à  leurs  bords  , 
glabres,  luisantes,  nerveuses  et  veinées;  les  pétioles  longs 
d'environ  deux  lignes.  Les  fleurs  sont  petites,  blanchâtres, 
réunies  par  paquets  axillaires  ;  les  pédoncules  très -courts, 
munis  ta  leur  base  de  petites  écailles  membraneuses.  Le  calice 
est  partagé  en  cinq  folioles  ovales,  concaves,  ciliées  à  leurs 
bords;  les  étamines,  au  nombre  de  dix,  alternent  avec  une 
petite  écaille  blanchâtre,  linéaire,  obtuse,  velue;  les  anthères 
sont  ovales,  en  cœur;  l'ovaire  est  ovale,  surmonté  d'un  style 
subulé.  Cette  plante  croît  aux  Antilles,  dans  l'île  INévis. 
47.  11 


ir>3  SAM 

Casearia  hbrisske;  Casearia  hirsutcr,  Swarf. ,  loc.  cit.,  7 5 5. 
Cette  espèce  a  des  tiges  ligneuses,  divisées  en  rameaux  flexi- 
bles, cylindriques,  pubescens.  Les  feuilles  sont  grandes,  al-  > 
ternes,  pétiolées,  ovales,  acuminées,  dentées,  molles,  héris- 
sées, très-velues  en  dessous.  Les  fleurs  sont  réunies  en  petits 
paquets  latéraux.  Leur  calice  se  divise  en  cinq  découpures 
profondes,  ovales,  lancéolées,  blanchâtres,  pubescentes,  ui». 
peu  velues;  les  étamines  sont  au  nombre  de  dix,  alternes, 
avec  autant  d'écaillés  ovales  ,  velues.  L'ovaire  est  surmonté 
d'un  style  trigone,  de  la  longueur  des  filamens ,  terminé  par 
un  stigmate  en  tête.  Les  capsules  sont  uniloculaires.  à  trois 
faces,  à  trois  valves.  Cette  plante  croît  sur  les  montagnes  de 
la  Jamaïque  et  à  la  Nouvelle-Espagne. 

Casearia  a  feuilles  de  houx;  Casearia  ilicifoUa .  Venten. , 
Choix  des  pi.,  tab.  44.  Arbrisseau  qui  s'élève  à  la  hauteur 
d'environ  trois  pieds  ,  sur  une  tige  droite,  garnie  de  rameaux 
touffus,  parsea^.és  de  tubercules  blanchâtres.  Les  feuilles  sont 
pétiolées,  ovales,  oblongues,  souvent  échancrécsà  leur  base, 
sinuées  à  leur  contour,  munies  sur  leurs  angles  de  dents  épi- 
neuses ,  luisantes,  coriaces,  blanches  et  tomenteuses  en  des- 
sous ,  longues  de  quatre  ou  six  pouces ,  larges  de  trois  et  plus; 
les  stipules  sont  subulées,  tomenteuses;  les  fleurs  d'un  rouge 
vif,  disposées  en  bouquets  axillaires.  Le  calice  est  campanule, 
hérissé  de  poils  courts;  six  étamines  monadelphes,  alternent 
avec  autant  d'écaîlles.  La  capsule  est  globuleuse ,  de  la  gros- 
seur d'une  cerise,  glabre,  coriace,  d'un  beau  jaune,  à  trois 
sillons,  à  une  seule  loge  ;  les  semences  sont  a^-illées,  d'un  brun 
clair.  Cette  plante  croit  à  l'île  de  Saint-Domingue. 

Casearia  a  feuili.es  coriaces;  Casearia  coriacea,  Vent.,  /oc. 
cit.,  tab.  45.  Arbre  de  moyenne  grandeur,  de  la  grosseur 
d'un  poirier,  d'un  bois  très-dur,  garni  d'une  cime  touffue;  les 
rameaux  sont  parsemés  de  tubercules  blanchâtres.  Les  feuilles 
sont  pétiolées ,  en  ovale  renversé ,  glabres ,  souvent  échan- 
crées  au  sommet,  coriaces,  luisantes,  très- entières,  longues 
de  trois  ou  quatre  pouces,  larges  d'un  pouce;  les  pétioles 
très-courts  ;  les  stipules  ovales,  aiguës,  membraneuses,  plus 
courtes  que  les  pétioles;  les  pédoncules  axillaires,  peu  nom- 
breux, courts,  uniflores;  les  fleurs  fort  petites,  d'un  blanc 
jaunâtre,  entourées  de  bractées  glabres,  enécailles^  ovales. 


SAM  iC3 

arrondies;  les  huit  étamines  sont  monadelphes,  alternes  avec 
autant  d'écailles;  l'ovaire  est  libre  ,  à  une  loge,  renfermant  un 
grand  nombre  d'ovules  ;  le  style  plus  court  que  les  étamines  ;  un 
stigmate  orbiculaire  ,  comprimé.  Cette  plante  croît  a  Batavia. 

Casearia  a  veuilles  de  tinier  ;  Casearia  tinifolia  ,  Vent. 
loc.  cit.,  tab.  47.  Arbrisseau  de  six  à  sept  pieds;  sa  tige  est 
de  couleur  cendrée;  ses  rameaux  sont  axillaires;  ses  feuilles 
alternes,  pétiolées,  en  ovale  renversé,  quelquefois  échancrées 
au  sommet,  glabres,  d'un  vert  gai,  plus  pâles  en  dessous, 
entières,  parsemées  de  pores  transparens,  longues  d'environ 
quatre  pouces,  larges  de  deux  et  plus;  les  stipules  glabres, 
ovales,  aiguës,  plus  courtes  que  les  pétioles.  I,cs  fleurs  sont 
solitaires,  axillaires,  portées  sur  des  pédoncules  simples,  trois 
fois  plus  longs  que  les  pétioles.  Le  calice  est  velu  en  dehors, 
profondément  divisé  en  cinq  parties;  les  étamines  sont  mona- 
delphes ,  au  nombre  de  douze  ;  l'ovaire  est  glabre  ,  à  une  seule 
loge;  le  style  de  la  longueur  des  étamines;  le  stigmate  en 
tête.  Cette  plante  croit  dans  les  Indes  orientales. 

Casearia  A  feuimës  moli.es  :  Casearia  mollis,  Kunth  in  Humb. 
et  Bonpl.,  No^'.  gen. ,  5,  pag.  565,  tab.  480.  Cette  espèce  a 
des  rameaux  bruns,  cylindriques,  pubescens,  un  peu  flexueux, 
garnis  de  feuilles  alternes,  pétiolées,  elliptiques  ou  oblongues, 
acuniinées,  dentées,  arrondies  à  leur  base,  membraneuses, 
glabres  en  dessus,  brunes  et  tomenteuses  en  dessous,  parse- 
mées de  points  transparens,  longues  de  quatre  pouces  et  plus, 
larges  de  deux.  Les  fleurs  sont  disposées  en  petites  ombelles 
axillaires,  pédicellces,  munies  de  petites  bractées  persistantes 
à  la  base  des  ombelles.  Le  calice  est  blanchâtre,  pubescent, 
à  cinq  découpures  lancéolées,  aiguës;  les  dix  étamines  mona- 
delphes, alternent  avec  autant  d'écaillés  velues,  Linéaires, 
spatulées;  l'ovaire  est  ovale,  pubescent,  terminé  par  le  style; 
il  renferme  environ  vingt-quatre  ovules  ;  le  style  est  pileux  ,  à 
peine  plus  long  que  les  étamines;  le  stigmate  pubescent,  pres- 
que en  tête.  Celte  plante  croit  dans  les  vallées  ombragées  de 
la  province  de  Caracas.  (Poir.) 

SAMYDËES.  (  Bot.  )  Cette  famille  nouvelle  de  plantes  à 
été  d'abord  établie  par  Ventenat  dans  le  volume  de  1807  des 
Mémoires  de  l'Institut.  Elle  a  été  adoptée  plus  récemment 
par  M.  Kunth  ,  dans  son  ouvrage  sur  les  plantes  équinoxiales, 


1.64  SAM 

et  par  M.  De  Candolle,  dans  le  second  volume  de  son  Pro- 
dromus.  Elle  tire  son  nom  du  Samjda  ,  son  premier  genre 
connu.  Les  caractères ,  dont  la  réunion  forme  son  caractère 
général,  sont  les suivans  : 

Un  calice  d'une  seule  pièce  persistant,  ordinairement 
divisé  plus  ou  moins  profondément  en  quatre  ou  cinq  lobes  , 
le  plus  souvent  imbriqués  dans  la  préfloraison.  Pétales  nuls  ; 
étamines  en  nombre  défini  ;  filets  insérés  au  calice,  réunis 
par  le  bas  en  un  anneau,  tantôt  tous  fertiles,  tantôt  alternes 
avec  autant  de  filets  stériles,  plus  courts,  sous  forme  de  lan- 
guettes, souvent  un  peu  velues;  anthères  biloculaires;  un 
ovaire  simple,  libre  et  supère,  uniloculaire,  surmonté  d'un 
style,  terminé  par  un  stigmate  simple  ou  rarement  lobé; 
une  capsule  coriace,  uniloculaire,  polysperme  ,s'ouvrant  en 
trois  à  cinq  valves;  graines  portées  sur  le  milieu  intérieur 
de  chaque  valve,  couvertes  de  trois  tégumens,  dont  l'exté- 
rieur est  charnu;  l'intermédiaire  tesfacé,  et  l'intérieur  mem- 
braneux; un  embryon  renfermé  dans  la  partie  supérieure 
d'un  périsperme  charnu,  et,  conséquemmcnt,  plus  court, 
à  radicule  montante  ou  dirigée  vers  l'attache  de  la  graine, 
à  lobes  foliacés  et  plissés.  Tiges  ligneuses,  plus  ou  moins 
élevées.  Feuilles  alternes,  stipulées,  simples,  souvent  cou- 
vertes de  points  transparens;  pédoncules  axillaires,  accom- 
pagnés d'une  bractée,  tantôt  uniflores,  solitaires  ou  en  fais- 
ceaux, tantôt  plus  rarement  multiflores. 

Les  auteurs  cités  plus  haut  n'admettent  dans  cette  famille 
que  le  genre  Samjda  de  Jacquin  ,  dont  toutes  les  étamines 
sont  fertiles,  et  le  Casearia  du  même  ou  Anavinga  de  M.  de 
Lamarck,  muni  de  languettes  intermédiaires. 

Deux  autres  genres,  aussi  dépourvus  de  pétales,  ont  avec 
ceux-ci  quelque  affinité;  savoir  le  Valentinia  de  Swartz  ,  qui 
a  huit  étamines,  toutes  fertiles,  et  une  capsule  uniloculaire 
un  peu  charnue,  pulpeuse  à  l'intérieur,  s'ouvrant  en  quatre 
yalves  et  contenant  quatre  graines  ,  et  VAquilaria  de  Cava- 
nilles,  dontlesdixétaminessont  portées  sur  un  disque  charnu, 
prolongé  en  dix  lobes  alternes  avec  elles,  mais  dont  la  capsule 
est  biloculaire,  bivalve,  à  loges  monospermes  et  s'ouvraniea 
deux  valves  épaisses,  munies  d'une  cloison  dans  leur  milieu. 
M.  Brown,  dans  son  Mémoire  sur  les  plantes  du  Congo ,  pro— 


S-AM  i65 

posoit  de  faire  de  ce  dernier  genre  le  type  d'une  nouvelle 
famille  des  aquilariées.  Elle  a  été  adoptée  ,  mais  avec  doute, 
par  M.  De  Candolle,  parce  que  le  caractère  de  ce  genre  n'est 
pas  encore  complètement  connu. 

Ce  dernier  rapproche  ,  peut-être  avec  raison  ,  les  samydées 
des  homalinées  de  M.  Brown  ,  dont  elles  diffèrent  par  l'ovaire 
libre;  mais  avec  lesquelles  beaucoup  d'autres  caractères  leur 
sont  communs,  dans  le  nombre  desquels  est  la  périgynie  des 
étamines.  Quoiqu'elles  manquent  de  pétales,  il  les  intercale 
avec  les  homalinées  dans  la  classe  des  péripétalées ,  soit  parce 
qu'elles  n'ont  d'afiinité  avec  aucune  des  familles  réunies  dans 
la  classe  des  apétales  à  étamines  périgynes  ,  soit  parce  que  le 
mélange  de  quelques  apétales  ,  dans  les  classes  des  polypétales, 
a  lieu  quelquefois  sans  contrarier  les  aflinifés,  soit,  enfin, 
parce  que  les  languettes  du  Casearia  pourroient  être  consi- 
dérées comme  tenant  lieu  de  pétales.  Cependant  la  place  dé- 
finitive de  ces  deux  familles  reste  encore  incertaine  et  leur 
classement  entre  les  rhamnées  et  les  térébintacée« ,  fait  par 
M.  De  Candolle,  n'est  pas  plus  définitif  que  celui  de  M. 
Kunth  entre  les  bixinées  et  les  violacées.  Celte  divergence 
entre  deux  auteurs  si  distingués,  prouve  que  l'on  a  besoin  de 
nouvelles  découvertes  pour  établir  la  véritable  affinité  de  ces 
deux  familles  avec  d'autres. 

Dès- lors,  si  l'on  observe  que  toutes  les  classes  présentent 
non  une  série  indivise  de  familles,  mais  plusieurs  groupes  de 
familles,  séparés  par  des  lacunes,  on  trouvera  peut-être 
moins  d'inconvéniens  à  porter  dans  la  classe  des  péri-stami- 
nées  ou  apétales  à  étamines  périgynes,  un  groupe  de  familles 
également  apétales,  mais  à  fruit  polysperme,  comprenant 
d'abord  ces  deux  familles.  Il  seroit  placé  près  des  santala- 
cées  et  des  éléagnées,  qui  ont  un  périsperme,  et  des  thyme- 
lées,  qui  n'en  ont  pas.  Il  seroit  rapproché  de  Vosjris,  for- 
mant une  section  dans  les  santalacées  ou  une  famille  distincte  , 
remarquable,  soit  par  la  pluralité  d'ovules  dans  son  ovaire, 
soit  par  des  écailles  calicinales  intérieures,  alternes  avec  les 
étamines  comme  dans  le  Casearia.  Si,  avec  M.  Kunth,  on 
place  à  la  tête  des  péristaninées  les  cucurbitacées,  qui  ont 
quelques  genres  à  fleurs  hermaphrodites,  et  les  Passiflorées 
(voyez  ce  mot),  à  fleurs  toutes  hermaphrodites,  à  fruit  uni-* 


î66  SAN 

loculairc,  poîysperme  ,  et  à  placentaires  pariéfaux  ;  si  on  les 
faisoit  suivre  par  les  sauiydécs,  pareillement  uniloculaires , 
à  valves  séminifères,  par  les  honialinées  ,  par  les  aquilari- 
nées  et  les  chailletiacées,  non  encore  solidement  établies  et 
placées  par  M.  De  Candolle  à  la  suite  des  précédentes;  si  on 
y  joignoit  encore  les  celtidées,  qin  ont  des  ileurs  polygames, 
conséquemment  en  partie  hermaphrodites,  et  peu  dilïerenfes 
des  chailletiacées ,  on  auroit,  des  aristolochiées  aux  santala- 
cées  ou  aux  éiéagnéés,  une  série  qui  cependant  ne  seroit  pas 
probablement  définitive.  En  adoptant  cette  distribution ,  on 
éviteroit  le  mélange  de  familles  entièrement  apétales,  parmi 
les  classes  de  plantes  polypétales,  mélange  qui  n'a  lieu  que 
pour  des  espèces  et  des  genres  en  petit  nombre.  Ces  propo- 
sitions et  ces  réflexions  ne  sont  mises  ici  en  avant  que  pour 
attirer  sur  ce  point  l'attention  des  botanistes,  et  les  engager 
à  faire  sur  ces  diverses  familles  des  observations  plus  exactes 
et  de  nouvelles  comparaisons.  (  J.  ) 

SAN,  SUGI.  (Bot.)  Noms  japonois  du  citprcssus  japonica, 
cités  par  Kaenipfer.  (J.) 

SAN-HIA.  (Ornith.)  Cet  oiseau  de  la  Chine,  indiqué  par 
Linné  comme  une  espèce  de  coucou,  cuculus  sinensis,  est 
la  pie  bleue  de  ce  pays.  (Ch.D.  ) 

SAN -MARTI.  {Ornith.)  Ce  nom  et  ceux  A'aouss.elhert  et 
à'arnié,  sont  donnés  pçr  les  habitans  du  déparlement  de 
l'Aude  au  martin- pêcheur  d'Europe,  alcedo  ispida.  (Desm.) 

SANA-SANCTA.  {Bot.)  Lobel  cite  ce  nom  indien  du 
tabac,  mentionné  aussi  par  C.  Bauhin.  (J.  ) 

SANAMUNDA.  {Bot.)  Ce  nom,  cité  par  Chisius  pour  un 
sous-arbrisseau  de  la  famille  des  thymélées,  avoit  été  adopté 
par  Adanson  de  préférence  à  celui  de  passerina,  qui  lui  étoit 
donné  par  Linnasus.  (J.) 

SANANHÔ.  (  Bof.  )  Nom  péruvien  du  [ahernœmontana  sa- 
nanho  de  la  Flore  du  Pérou.  (  J.  ) 

SANCHÈZE,  Sancliezia.  {Bot.)  Genre  de  plantes  dicotylé- 
dones, à  fleurs  complètes,  de  la  didjnamie  angiospcrmie  de  Lin-^ 
nacus,  olîrant  pour  caractère  essentiel  :  Un  calice  persistant, 
à  cinq  divisions  inégales  ;  une  corolle  tubulée ,  à  cinq  lobes  ré- 
fléchis ;  les  deux  supérieurs  plus  courts;  quatre  étaminesdidy- 
names,  les  deux  plus  courtes  stériles,  sans  anthères;  un  ovaire 


SAN  167 

«.upérlcur;  un  sfyl^  ;  ""  stigmate  bifide-,  une  capsule  oblon- 
gue,  à  deux  loges,  à  deux  valves  renfermant  des  semences 
planes ,  orbiculaires. 

Sanchèze  a  feuilles  oblongues  :  Sanchezia  ohlonga,  Ruiz  et 
Pav. ,  FI.  per. ,  1  ,  pag.  9,  tab.  8,  fig.  B.  Plante  herbacée, 
dont  les  tiges  sont  droites,  glabres,  rameuses,  hautesdecinq 
à  six  pieds,  légèrement  tétragones.  Les  feuilles  sont  opposées, 
pétiolées,  glabres,  oblongues,  lancéolées,  acuminées;  les  pé- 
tioles courts,  ailés,  connivens  à  leur  base.  Les  fleurs  sont 
disposées  par  verticilles  en  épis  terminaux  ,  solitaires  ou  ter- 
nés;  chaque  verticille  est  muni  d'un  involucre  composé  de  deux 
grandes  folioles  droites,  ovales,  entières,  persistantes,  d'un 
rouge  écarlale  ,  recouvrant  en  entier  les  pédoncules  ,  ainsi 
que  des  bractées  linéaires,  velues,  de  couleur  rouge.  Le  ca- 
lice et  la  corolle  sont  jaunes;  le  premier  est  à  cinq  divisions 
droifes  ,  ovales,  concaves,  échancrées  au  sommet;  la  corolle 
irrégulière;  le  tube  recourbé,  rétréci  à  la  base  et  à  son  ori- 
fice; le  limbe  à  cinq  lobes  ovales,  échancrés,  réfléchis  en 
dehors;  les  supérieurs  un  peu  plus  courts;  les  filamens  des 
étaminessont  liliformes  ,  comprimés ,  velus;  deux  anthères  pen- 
dantes, ovales,  à  deux  loges,  velues,  bifides  à  la  base  et  chaque 
division  prolongée  en  un  appendice  court,  recourbé  en  épe- 
ron; deux  lilamens  stériles,  plus  courts,  subulés,  sans  an- 
thères ;  l'ovaire  est  oblong  ;  le  style  plus  long  que  les  étarnines; 
le  stigmate  àdeuxdivisionsinégales,subulées  ;les  capsules  sont 
oblongues,  acuminées.  Cette  plante  croît  au  Pérou,  dans  les 
terrains  ombragés  et  marécageux. 

Sanchèze  A  FEUILLES  OVALES  ;  S  auchczia  ovata,  Flor.  per.,  loc. 
cit.,  tab.  8,  fig.  C.  Cette  plante  a  des  tiges  droites,  glabres, 
herbacées,  tétragones,  presque  simples  ,  hautes  de  cinq  à  six 
pieds.  Les  feuilles  sont  opposées,  pétiolées,  ovales,  acumi- 
nées, très- entières ,  ouvertes,  veinées,  luisantes  en  dessus, 
pubescentes  à  leur  face  inférieure;  les  pétioles  courts,,  conni- 
vens à  leur  base.  Les  fleurs  sont  réunies  par  verticilles  ses- 
siles,  en  un  épi  terminal;  chaque  verticille  est  entouré  d'un 
involucre  à  deux  folioles  ovales,  aiguës,  concaves,  persistantes, 
de  couleur  rouge,  réfléchies  au  sommet;  les  bractées,  égales  en 
nombre  aux  fleurs,  sont  oblongues,  un  peu  échancrées,  de 
couleur  écarlate.  Le  calice  est  presque    tubulé,  rétréci  à  sa 


ï6S  SAN 

base ,  de  couleur  purpurine  ,  à  cinq  divisions  ;  la  corolle  jaune  ; 
les  filamens  sont  velus  vers  leur  sommet.  Cette  plante  croît 
dans  les  lieux  ombragés  et  marécageux  du  Pérou.  Elle  fleurit, 
ainsi  que  la  précédente,  pendant  tout  l'automne.  (Poir.) 

SANCHITE.  (Bot.)  Voyez  Bladhie.  (Poir.) 

SANGLEZ.  {Ichthyol.)  Nom  provençal  du  Melet.  Voyez  ce 
mot.  (H.  C.) 

SANCONA.  (Bot.)  Un  palmier,  oreodoxa  sancona,  de  la 
Flore  équinoxiale,  est  ainsi  nommé  aux  environs  de  Carlha- 
gène  en  Amérique.  (J.  ) 

SAND-BAARSCH.  {IchthjoJ.)  Nom  que  dans  plusieurs  con- 
trées de  la  Prusse  et  de  la  Poméranie  on  donne  au  Sandat. 
■\'oyez  ce  mot  et  Sandre.  (H.  C.) 

SAND-PIPER.  (Ornith.)  Voyez,  pour  cet  oiseau,  l'article 
Maubèche  de  ce  Dictionnaire,  tome  XXIX,  page  552,  i ." 
alinéa,  et  le  Règne  animal  de  M.  Cuvier,  pag.48c),  où  ce  nom 
est  rapporté  à  la  grande  maubèche  grise,  Iringa  grisea.  Le 
mot  sandpiper  est  cependant  donné  dans  ButTon  comme  un 
des  synonymes  de  la  guignette  dans  le  Yorkshire.  (Ch.  D.) 

SAND-ROUNE.  (Ornith.)  C'est ,  en  norwégien,  Phiron- 
delle  de  rivage,  hirundo  riparia ,  Linn.  (Ch.  D.  ) 

SAND-SULU.  (Ornith.)  Voyez  Digsulu.  (Ch.  D.) 

SAND-VOGEL.  (Ornith.)  Un  des  noms  allemands  de  la 
perdrix  de  mer  ou  glaréole  ,  glareola  austriaca,  Gmel.  (Ch.  D.) 

SANDAL.  (Bot.)  Voyez  Santal.  (Lem.) 

SANDAL,E.  (Coachjl.)  Ce  nom  a  été  donné  long-temps 
par  les  marchands  et  les  auteurs  de  catalogues  aux  coquilles 
qui  constituent  le  genre  Crépidule  de  M.  do  Lamarck.  Voyez 
ce  mot.  (De  B.) 

SANDALINE,  Sandalina.  (Conchyl.)  M.  Schumacher,  dans 
son  Nouveau  système  de  conchyliologie,  a  proposé  ce  nom  à 
lu  place  de  celui  de  Crépidule  et  pour  le  même  genre  de  co- 
quilles. (De  B.) 

SANDALIOLITE.  (Fo.^s.)  Valmont  de  Bomare  assure  que 
c'est  un  madrépore  fossile ,  infundibuliforme  ,  à  pédicule,  et 
comprimé.  Cet  auteur  a  sans  doute  voulu  parler  de  certaines 
caryophyllies  qui  se  trouvent  dans  le  Plaisantin  et  à  Saint- 
Paul -Trois- Châteaux ,  et  qui  ont  la  forme  d'une  calcéole. 

(D.  r.) 


SAN  ifîg 

SANDALMALAM.  (Bot.)  Le  polyanthes  tubenosa  porte  ce 
nom  à  Ceilan  ,  suivant  Hermann.  (J.) 

SANDALUS.  (£nfom.)  Nom  d'un  genre  de  coléoptères  pen- 
tamérés  établi  par  M.  Knoch,  pour  y  ranger  une  espèce  d'A- 
mérique de  la  famille  des  perce-bois  ou  térédyles  qui  a  beau- 
coup de  rapports  avec  les  espèces  du  genre  Panache  de  Geof- 
froy, en  latin  Ptilimis.  (G.  D.) 

SANDAQUA.  (Ornith.)  Sagar  Théodat,  dans  son  Voyage 
au  pays  des  Hurons  ,  dit ,  page  297  ,  que  ces  peuples  nomment 
ainsi  diverses  espèces  d'aigles  aquatiques.  (Gh.  D.  ) 

SANDARAG  et  SANDARAGH.  (Mm.)  Ce  nom,  employé 
par  Théophraste  et  par  Pline  ,  indique,  suivant  Gésius,  de 
Born,  et  la  plupart  des  minéralogistes  modernes,  I'Arsenic 
SULFURE  ROUGE,  qu'on  nommc  maintenant  Réalgar.  Gette 
détermination  paroît  prouvée  par  toutes  les  circonstances  de 
couleur ,  d'aspect ,  de  propriété  odorante  et  vénéneuse ,  que  le 
plus  grand  nombre  des  naturalistes  et  des  érudits  attribuent 
au  minéral  nommé  sandaracha.  (B.) 

SANDARAQUE.  (Bot.)  Résine  extraite  d'un  arbre  de  la 
famille  des  conifères.  On  a  cru  long -temps  qu'elle  étoit  pro- 
duite par  le  genévrier  ordinaire;  mais,  suivant  Broussonet, 
cité  par  M.  Desfontaines,  dans  sa  Flora  atlantica,  elle  découle 
du  thuja  arlicidata  de  ce  dernier,  commun  dans  le  royaume 
de  Maroc,  d'où  elle  nous  est  apportée.  Voyez  Genévrier, 
Thuya.  (J.) 

SANDARAQUE.  {Chim.)  Voyez  Résines  ,  tom.  XLV,  p.  238. 

Ge  mot  a  aussi  été  employé  pour  désigner  les  sulfures  d'ar- 
senic. (  Gh.) 

SANDARÈSE,  Sandaresus  de  Pline.  (Min.),  C'étoit  une 
pierre  qui  avoit  du  rapport  avec  l'anthracite,  c'est-à-dire 
avec  une  pierre  d'un  rouge  de  feu  ;  la  sandarèse  éloit  donc 
rouge  :  en  outre,  on  voyoit  dans  Pintérieur  des  points  brillans 
ainsi  que  de  l'or,  rayonnes  à  la  manière  des  étoiles  et  disposés 
entre  eux  comme  ces  astres;  c'est  du  moins  l'idée  qu'on  peut 
se  former  de  la  couleur  et  des  particularités  de  cette  pierre, 
d'après  la  description  de  Pline.  Il  ne  nous  est  pas  possible 
de  rapporter  ce  minéral  avec  quelque  vraisemblance  à  au- 
cun de  ceux  que  nous  connoissons,  et  ce  seroit  perdre  du 
temps  que  de  se   livrer  à  des  conjectures  sans  appui,  pour 


i7«  SAN 

arriver  à  une  détermination  qui  nous  paroît  impossible  dans 
l'état  actuel  de  la  science.  (B.) 

SANDASTBE,  Sandastros  de  Pline.  (Mm.)  Celle-ci  est  une 
des  nombreuses  pierres  vertes  citées  par  Pline  :  elle  est  de 
couleur  de  pomme  ou  d'huile  verte,  et  peu  estimée. 

On  suppose  que  c'étoit  un  des  silex  verts  auxquels  on  a 
donné  le  nom  de  prase.  (B.) 

SANDAT.  (Iclithyol.)  Nom  spécifique  du  perça  lucioperca 
dcLinnasus,  ou  centropome  sandat  de  Lacépède.  Voyez  Sandre. 
(II.  C.) 

SANDEB.  [Bot.)  Nom  égyptien  de  la  rue,  ruta  graveolcns , 
suivant  Forskal.  Mentzel  cite,  d'après  Matthiole  ,  pour  la  même 
plante  les  noms  sadch  et  sadab.  Le  ruta  chalapensis  est  nommé 
sandeh  par  Delile.  (J.) 

SANDER.  {Ichthjol.)  Nom  livonien  du  Sandat.  Voyez  ce 
mot.  (H.  C.) 

SANDERLING.  (Ornilh.)  Ees  oiseaux,  connus  sous  ce  nom 
et  sous  celui  de  curwillet,  tous  deux  tirés  de  l'anglois,  seroient 
des  maubèches  ,  s'ils  n'étoient  privés  du  doigt  postérieur  ; 
mais  cette  circonstance  a  paru  assez  importante  pour  ne  pas 
se  borner  à  en  faire  une  exception ,  comme  on  en  a  cepen- 
dant des  exemples  chez  les  alcyons  et  les  pics  tridactyles  ;  et 
MM.  Meyer,  Bechstein,  Illiger,  Cuvier,  Vieillot,  Temminck, 
en  ont  formé  un  genre  particulier  ,  auquel  les  uns  ont  donné 
le  nom  de  Calidris,  et  MM.  Bechstein  et  Cuvier,  celui  d^Are- 
naria.  M.  Temminck  ,  qui  avoit  d'abord  adopté  ce  dernier 
nom,  l'a  rejeté,  dans  la  seconde  édition  de  son  Manuel  d'or- 
nithologie ,  par  la  raison  qu'il  est  employé  en  botanique.  S'il 
s'agissoit  de  créer  un  nom  nouveau  ,  cette  considération  se- 
roit  suffisante  pour  écarter  le  mot  arenaria  ;  mais  ce  terme, 
déjà  employé  dans  plusieurs  ouvrages,  a  l'avantage  d'indiquer 
les  lieux  que  l'oiseau  fréquente  le  plus  ordinairement  ;  et  l'on 
n'a  proposé  son  changement  que  pour  y  substituer  calidris  , 
qui  est  assez  généralement  consacré  à  désigner  les  maubèches. 
L'auteur  de  cet  article  croit  donc  devoir  conserver,  ici,  are- 
naria, d'autant  plus  que  ce  genre  est  composé  d'une  seule 
espèce ,  et  que  les  occasions  de  confondre  seront  peu  fré- 
quentes. 

Le  genre   Sanderling  est  caractérisé  par  un  bec  médiocre. 


SAN  171 

droit,  flexible  dans  toute  sa  longueur,  presque  rond,  mais 
un  peu  courbé  et  dilaté  à  la  pointe  ;  des  narines  étroites,  la- 
térales, couvertes  d'une  membrane,  et  situées  dans  un  sillon 
très-prolongé  ;  une  langue  grêle  et  pointue  ;  trois  doigts  tota- 
lenieut  séparés  et  dirigés  en  avant:  le  postérieur  nul;  des  ailes 
médiocres  ,  dont  la  première  rémige  est  la  plus  longue. 

L'oiseau  dont  il  s'agit  étant  plus  connu  sous  son  plumage 
d'été  ,  divers  naturalistes  en  ont  fait  une  espèce  particulière  , 
sous  le  nom  de  charadrius  ruhidus  ,  sanderling  rougeàlre  ;  mais 
comme  en  d'autres  temps  le  plumage  varie  beaucoup  ,  au  lieu 
d'adopter  une  épithète  qui  ne  seroit  applicable  que  dans  une 
saison  ,  on  croit  devoir  préférer  celle  de  M.  Tcmminck  ,  qui 
Va  appelé  sanderling  variable  ,  dénomination  pins  convenable 
aux  divers  états  de  l'oiseau  ,  et  coniprcjiant  les  charadrius 
calidris  et  ruhidus  des  principaux  auteurs.  Ce  sera  donc  ici  l'arc- 
jiaria  variabilis. 

Une  des  planches  les  plus  caractéristiques  que  l'on  ait  de 
cet  oiseau,  est  celle  de  Brisson ,  toni.  5,  n."  20,  fig.  2.  Ouant 
aux  descriptions,  celle  qui  conviendroit  Ip  plus,  en  général, 
a  été  donnée  par  Wiliughby,  liv.  3,  chap.  9  ,  pag.  226.  Aussi 
l'on  se  seroit  borné  à  la  traduire  littéralement,  si  l'on  n'avoit 
cru  devoir  préférer  de  donner  l'anahfsc  de  celle  de  M.  Tem- 
minck,  qui  offre  l'avantage  de  présenter  séparément  les  diffé- 
rences principales  qu'il  a  remarquées  dans  les  âges  divers  et 
dans  les  mues  périodiques. 

Cet  oiseau  ,  dont  la  longueur  est  de  sept  pouces  trois 
lignes,  a,  lorsqu'il  a  subi  la  mue  d'automne  et  en  hiver,  toutes 
les  parties  supérieures  et  les  côtés  du  cou  d'un  cendré  blan- 
châtre ,  avec  un  petit  trait  plus  foncé  au  centre  de  chaque 
plume:  la  face,  la  gorge,  le  devant  du  cou  et  tout  le  dessus 
du  corps,  sont  d'un  beau  blanc  ;  les  rémiges,  blanches  à  leur 
origine,  sont  noires  à  l'extrémité;  les  couvertures  sont  bor- 
dées de  blanc  ;  les  pennes  caudales,  qui  sont  cendrées,  ont 
aussi  la  bordure  blanche  ;  le  bec,  l'iris  et  les  pieds  sont  noirs. 
C'est  alors  le  trijiga  arenaria  ,  Gmel.  ;  ïarcnaria  calidris  et  le 
calidris  grisea  ,  Meyer  ;  la  petite  maubèche  grise  ,  Br.  ;  le  san- 
derling ^  Buff. 

Le  mâle  et  la  femelle  ,  en  plumage  d'été  ou  de  noces,  ont, 
sur  la  face  et  le  haut  de  la   tête,  de  grandes  taches  noires, 


Ï72  SAN 

bordées  de  roux  et  lisérées  de  blanc;  le  cou,  la  poitrine  et 
le  haut  des  flancs  d'un  roux  cendré,  avec  des  taches  noires 
au  milieu  de  chaque  plume,  dont  l'extrémité  est  blanchâtre; 
le  dos  et  les  scapulaires  sont  d'un  roux  foncé,  avec  de  grandes 
taches  noires;  les  couvertures  des  ailes  d'un  brun  noirâtre, 
avec  des  zigzags  roux  ;  les  deux  pennes  du  milieu  de  la  queue 
noires,  avec  une  bordure  d'un  roux  cendré;  le  ventre  et  tout 
le  dessous  du  corps  d'un  blanc  pur. 

Tels  sont  le  charadrius  rubidus ,  Gmel. ,  les  variétés  du  san- 
derling,  Sonnini ,  édit.  de  Buff.,  tom.  22  des  Oiseaux,  pag. 
126,  lesquelles  sont  des  individus  en  mue,  et  l'individu  peint 
dans  l'Ornithologie  américaine  de  Wilson  ,  tom.  7  ,  pi.  63  , 
iig.  3. 

Enfin,  les  jeunes,  avant  la  mue,  ont  le  haut  de  la  tête  , 
le  dos,  les  scapulaires  et  les  couvertures  des  ailes  ,  bordées  de 
jaunâtre  et  variées  de  petites  taches  de  la  même  couleur.  On 
remarque  entre  le  bec  et  l'œil  une  raie  d'un  brun  cendré  ; 
la  nuque,  les  côîés  du  cou  et  de  la  poitrine,  sont  d'un  gris 
clair,  avec  de  fines  raies  ondées;  le  front  ,  la  gorge,  le  de- 
vant du  cou  et  tout  le  dessous  du  corps,  sont  d'un  blanc  pur; 
les  pennes  alaires  et  caudales  et  le  bord  des  ailes  sont  comme 
chez  les  adultes. 

Ces  individus  ont  pour  synonymes  le  charadrius  calidris , 
Gmel.  et  Lath.  ;  Varenaria  vulgaris  et  ïarenaria  grisea  ,  Bechst.  ; 
le  sanderling ,  Lath.,  Sjynops.,  tom.  5,  pag.  197;  la  fig.  20, 
tab.  1 1  de  Naumann. 

Les  sanderlings  se  trouvent  en  Europe,  en  Asie,  dans 
l'Amérique  septentrionale  et,  selon  Latham  ,  à  la  Nouvelle- 
Galles  du  Sud.  Ils  habitent  le  long  des  bords  de  la  mer,  et 
abondent,  au  printemps  et  à  l'automne,  sur  les  côtes  de 
Hollande  et  d'Angleterre  ;  mais  on  ne  les  voit  qu'acciden- 
tellement dans  les  contrées  éloignées  de  la  mer;  et  comme 
ces  oiseaux  ,  qui  éprouvrent  deux  mues  ,  se  voient  le  plus  sou- 
vent sous  leur  plumage  d'été  ou  de  noces,  et  qu'alors  la  cou- 
leur rousse  ou  rougeàfre  est  la  plus  dominante  ,  tandis  qu'en 
hiver  c'est  la  couleur  grise;  il  n'est  pas  étonnant  que  les 
naturalistes  en  aient  fait  une  espèce  particulière,  sous  le  nom 
de  charadrius  ruhidus. 

Les  sanderlings  parcourent  ainsi,  dans  leurs  migrations  pé- 


SAN  175 

riodiques,  une  grande  partie  du  globe  ;  mais  on  ne  les  ren- 
contre qu'accidentellement  le  long  des  fleuves  ,  ce  qui  fait 
présumer  que  leur  nourriture  ne  consiste  qu'en  petits  ver- 
misseaux et  insectes  marins.  La  ponte  se  fait  dans  le  Nord. 
(Ch.  D.) 

SANDHUAL.  (Mamm.)  Ce  nom  est  un  de  ceux  que  les 
Danois  donnent  à  la  baleine  franche.  (Desm.) 

SANDIA-LAGUEN.  (Bot.)  Nom  donné  dans  le  Chili,  sui- 
vant Feuillée  et  les  auteurs  de  la  Flore  du  Pérou,  à  Verinus 
laciniatus  de  Linnasus,  qui,  mieux  examiné,  rentre  dans  le 
genre  de  la  Verveine  sous  le  nom  de  verbena  muUifida.  L'in- 
fusion de  cette  plante  est  vantée  comme  diurétique  ,  apéritive , 
propre  à  faciliter  le  cours  des  urines  et  à  accélérer  l'accou- 
chement. (  J.  ) 

SANDILZ.  [Ichtlijol.)  Nomanglois  de  l'appât  de  vase.  Voyez 
Ammodvte  dans  le  Supplément  du  tome  II  de  ce  Diction- 
naire. (H.  C.) 

SANDIX.  (Mm.)  C'est  plntôt  une  préparation  de  chimie 
technologique  qu'un  minéral  naturel.  Césius,  qui  a  rapporté 
l'opinion  des  auteurs  anciens  sur  le  sandix,  nous  apprend 
que  tous  le  regardoient  comme  une  céruse  rendue  ronge 
par  une  calcination  convenable;  c'étoit  donc  un  oxide  rouge 
de  plomb  ,  ce  que  nous  appelons  maintenant  minium.  Le  san- 
dix étoit  quelquefois  donné  pour  un  sandarach  adultéré.  (B.) 

SANDLOE.  (Ornilh.)  Nom  islandois ,  suivant  Muller,  du 
petit  pluvier  à  collier,  charadrius  hiaticula,  Linn.  (Ch.  D.) 

SANDMAUS.  {Mamm.)  Ce  nom  allemand,  qui  signifie  sou- 
ris de  sable,  a  été  appliqué  au  hamster  sablé,  mus  arena- 
rius,  Pallas.  (Desm.) 

SANDORI,SATTUL.(5of.)  Noms  malais,  cités  par  Rumph, 
de  l'arbre  qui  est  son  sandoncum  ,  le  Hantol  des  Philippines. 
Voyez  ce  mot.  (J.) 

SANDORICUM.  (Bot.)  Voyez  Hantol.  (Poir.) 

SANDRE,  Sandat.  [Ichtlnyol.)  M.  Cuvier  a  distingué  sous 
ce  nom  un  genre  de  poissons,  qu'il  a  séparé  de  celui  des 
Centroi'omes  de  Lacépéde,  et  de  celui  des  Perches  de  Lin- 
uaeus. 

Ce  genre,  qui  appartient  à  la  famille  des  acaathopomes , 
parmi  les  holobranches  du  sous-ordre  des  thoraciques  ou  à  la 


174  SAN 

seconde  tribu  de  la  seconde  section  de  la  quah-iéinc  famille 
des  acanthoptcrygiens,  se  reconnoît  aux  caractères  suivans  : 

Corps  oblong  ,  épais,  comprimé,  écailleux ;  opercules  dente^ 
lées  sans  piquans;  Ute  alépidote  ;  deux  nageoires  dorsales,  denti 
pointues  et  écartées. 

Il  est,  d'après  cela,  facile  de  distinguer  les  Sandres  des 
Centropomes,  des  Ombkines  et  des  Lonchures,  qui  ont  les 
dents  en  velours;  desLuTjANs,  qui  n'ont  qu'une  seule  nageoire 
dorsale,  comme  les  Holocentrf.s  ,  les  Bodians  et  les  Ttenia- 
NOTEs;  des  SciÈNEs,  des  Persèques  et  des  Microptères  ,  qui 
ont  des  piquans  aux  opercules.  (Voyez  ces  divers  noms  de 
genres,  et  Acanthopomes  ,  dans  le  Supplément  du  tome  I/' 
de  ce  Dictionnaire.  Voyez  aussi  Holobranches    et   Thokaci-' 

QUES.  ) 

L'espèce  qui  sert  de  type  au  genre  Sandre,  est  le  Sandat^ 
Sandat  Lucioperca  ,  N.  ;  Perça  lucioperca  ,  Linnaeus  ;  Centropo- 
mus  sandat,  Lacép.  Nageoire  caudale  en  croissant  ;  deux  ori- 
fices à  chaque  narine;  dos  varié  par  des  taches  irrégulières, 
courtes  et  transversales,  d'un  noir  mêlé  de  hlcu  et  de  rou- 
geàtre  ;  ventre  blanchâtre  ;  des  nuances  verdàtres  sur  quelques 
portions  de  la  tête  et  des  opercules;  nageoires  pectorales 
jaunes;  catopes,  anale  et  caudale  ,  d'une  teinte  grise  et  ta- 
chetés d'un  brun  très- foncé;  nageoires  dorsales  d'égale  lon- 
gueur; dents  inégales,  pointues;  écailles  dures  ;  ouverture  de 
la  gueule  grande;  palais  et  pharynx  armés  par  places  de 
quelques  petites  dents;  iris  d'un  rouge  i)run;  œil  comme 
nébuleux. 

Ce  poisson,  qui  atteint  la  taille  de  trois  à  quatre  pieds,  et 
qui  pèse  jusqu'à  vingt  livres  et  même  plus ,  habite  les  eaux 
douces  de  l'Allemagne,  de  la  Hongrie,  de  la  Pologne,  de  la 
Russie,  de  la  Suède  et  du  Danemarck,  et  spécialement  le 
Danube  et  le  lac  Schwalow  en  Saxe.  Il  vit  ordinairement  dans 
les  profondeurs  des  eaux  qu'il  fréquente  et  s'approche  rare- 
ment de  leur  surface.  Il  ressemble  au  brochet  par  les  dimen- 
sions de  son  corps  et  la  forme  de  sa  tête  ,  et  à  la  perche  par 
la  disposition  de  ses  nageoires  dorsales,  la  rudesse  de  ses 
écailles  et  les  dentelures  de  ses  opercules.  C'est  là  ce  qui 
fait  que  la  plupart  des  auteurs  latins  l'ont  désigné  par  le 
»om  de  lucioperca,  que  Linnaeus  Jui  a  conservé. 


SAN  175 

Le  sandat  est  fort  recherché  dans  le  Nord  et  l'Est  de  l'Eu- 
rope, où  il  est  l'objet  d'une  poursuite  particulière  et  où  on 
le  pc'che  avec  atitant  de  soin  que  de  constance  ,  soit  avec 
des  filets,  et  notamnient  avec  des  collerets  ou  petites  seines, 
soit  avec  des  hameçons  et  des  lignes  de  fond.  Il  expire  très- 
vite  si  on  le  retient  hors  de  l'eau,  ou  si  on  le  plonge  dans  un 
vase  rempli  de  ce  fluide  autre  que  celui  des  lacs  ou  des  ri- 
vières qui  l'ont  nourri.  Sa  chair  est  blanche,  tendre,  d'une 
saveur  agréable  et  de  facile  digestion.  Souvent  on  l'cmpa- 
quète  dans  des  herbes  ou  de  la  neige  ;  on  la  sale  ,  on  la  fume , 
et  on  l'envoie  au  loin. 

Le  sandat  croit  très-vîtç  lorsqu'il  trouve  facilement  la  quan- 
tité de  nourriture  dont  il  a  besoin  .  c'est-à-dire,  un  grand 
nombre  de  petits  poissons  et  spécialement  des  éperlans.  qu'il 
dévore  avec  une  avidité  rare,  allaquant  aussi  quelquefois  les 
perchettes  et  les  brochetons,  tandis  que  les  brochets,  les 
perches  et  les  silures  le  dévorent  lui-même  habituellement 
durant  son  premier  âge.  Les  oiseaux  plongeurs  sont ,  du 
reste,  au  nombre  de  ses  ennemis  les  plus  redoutables,  et 
leur  bec  le  poursuit  jusque  dans  les  asylesles  plus  reculés. 
Au  temps  du  frai,  vers  le  nùlieu  du  printfmps,  le  sandaê 
abandonne  ses  retraites  écartées  et  vient  déposer  ses  œufs, 
d'un  jaune  blanchâtre,  très -petits  et  très- nombreux,  sur 
les  broussailles,  les  pierres,  les  pieux,  des  bords  des  lacs  ou 
des  étangs,  où  l'influence  salutaire  des  rayons  du  soleil  les 
fait  éclore. 

Le  perça  asper  de  Fallas  et  de  Gmelin ,  regardé  par  feu  de 
Lacépède  comme  une  simple  variété  du  sandat,  est  un  pois- 
son qui  appartient  au  genre  des  Cingles  (  voyez  ce  mot  ).  Il 
vit  dans  le  Volga  et  dans  d'autres  fleuves  du  bassin  de  lu 
mer  Caspienne. 

Le  Sandre  coro  ,  Sandat  coro.  Dents  petites  et  pointues; 
nageoire  caudale  en  croissant  et  dorée. 

Ce  poisson  fréquente  les  mers  du  Brésil ,  où  il  atteint  la 
taille  de  quinze  à  dix -huit  pouces. 

Sa  chair  est  dure  et  peu  recherchée.  (H.  C.) 

SANDTAL.  {Ornith.)  Un  des  noms  que  porte  en  Norwëge, 
suivant  Muller,  n.°  170,  la  grande  hirondelle  de  mer,  stema 
hiruiido^  Linn.  (Ch.  D.) 


176  SAN 

SANE-KADSURA.  {Bot.)  Nom  japonois  ,  suivant Kœmpfer, 
de  Vuvariii  japonica  de  Thuriberg,  qui  est  maintenant  notre 
Kadiura,  genre  distinct,  de  la  famille  des  anonées.  (J.) 

SANG;  Sanguis  ,  Cruor.  (Pliysiol.  génér.)  On  a  donné  ce 
nom  à  un  liquide  qui  arrose  et  nourrit  toutes  les  parties  des 
corps  animés,  et  plus  spécialement  des  animaux  vertébrés. 

Ce  liquide  varie  considérablement  pour  la  couleur,  la 
consistance,  la  température,  la  composition ,  la  quantité  dans 
les  di\  erses  classes  des  animaux. 

C'est  ainsi  que  l'humeur  incolore,  transparente  ou  laiteuse  , 
qui  parcourt  le  système  vasculaire  des  mollusques,  qui  hu- 
mecte le  parenchyme  nutritif  des  insectes,  qui  s'infiltre  dans  le 
tissu  plus  ou  moins  lâche  du  corps  des  zoophytes,  est  aussi 
véritablement  du  sang  que  le  fluide  rouge  que  le  cœur  fait 
circuler  dans  les  artères  des  mammifères,  des  oiseaux,  des 
reptiles  et  des  poissons,  que  celui  qui  roule  dans  les  veines 
de  ces  animaux. 

Le  sang,  considéré  d'une  manière  générale  ,  est  une  masse 
centrale,  où  affluent  et  d'où  partent  toutes  les  autres  hu- 
meurs de  l'économie.  11  est  le  stimulus  et  l'aliment  de  tous 
les  organes  ,  dont  il  excite  la  vie  et  auxquels  il  fournit  les 
principes  de  la  nutrition.  C'est  de  lui  et  des  liquides  qui 
émanent  de  sa  substance  que  les  parties  solides  des  êtres  ani- 
més tirent  leur  commune  origine.  On  a  donc  eu  raison  de 
dire  qu'il  étoit  une  chair  coulante,  comme  la  sève  des  arbres 
est  un  bois  encore  liquide.  Il  n'est,  en  effet,  comme  l'a  peint 
le  physiologiste  Bordeu ,  dans  un  langage  énergique ,  qu'un 
composé  de  toutes  les  humeurs  animales,  qu'une  dissolution 
de  toutes  les  parties  solides,  qu'un  mucilage  animal  plasti- 
que, bouillonnant,  qui  communique  avec  toutes  les  parties 
du  corps,  qui  reçoit  dans  chaque  grgane  une  modification 
particulière  et  qui  vivifie  une  force  vitale  que  la  mort 
anéantit. 

C'est  à  notre  article  Sj-stème  circulatoire  que  nous  devons 
traiter  de  la  circulation  des  fluides  dans  les  corps  animés; 
ici  la  nature  propre  du  sang  doit  uniquement  nous  occuper. 

Examinons-le  d'abord  tel  qu'il  se  présente  dans  notre  es- 
pèce. 

Le  sang  de  Vhomme  est  un  liquide  d'une  couleur  rouge  ^ 


SAN  17^ 

d'une  odeur  particulière,  comme  alliacée,  d'une  saveur  un 
peu  salée,  nauséeuse;  sa  température  est  celle  du  corps, 
dont  il  est  même  la  partie  la  plus  chaude  :  il  est  visqueux, 
collant,  comme  savonneux  au  toucher ,  et  sa  pesanteur  spé- 
cifique est  environ  io5,  l'eau  pesant  100;  constamment  il  est 
fluide  pendant  la  vie. 

Sa  couleur  primitive  devient  de  plus  en  plus  vive,  à  pro- 
portion de  l'âge  et  du  développement  des  forces  de  l'individu, 
et  s'affoiblit  dans  l'état  de  maladie  et  lors  de  la  décrépitude- 

Beaucoup  de  chimistes  ont  analysé  le  sang  et  ont  cherché 
à  spécifier  les  différences  qui  le  caractérisent  dans  tel  ou  tel 
ordre  de  vaisseaux,  chez  tel  ou  tel  animal;  mais  ils  n'ont 
pu  agir  que  sur  cette  humeur  privée  de  vie-,  leurs  réactifs 
n'ont  porté  que  sur  son  cadavre  inanimé,  et  depuis  le  dix- 
septième  siècle ,  époque  à  laquelle  remontent  les  premières 
expériences  en  ce  genre  sur  les  matériaux  immédiats  de 
cette  humeur,  jusqu'à  Vauquelin  ,  Parmentier,  Deyeux  et 
Fourcroy,  la  chimie  ,  quoique  mise  en  œuvre  par  des  hommes 
d'un  mérite  supérieur,  comme  Lémery,  Hoffmann,  Schwencke, 
Hewson,  Menghini ,  de  Haen  ,  Crawford  ,  n'a  démontré  dans 
le  sang  que  la  présence  du  fer,  de  la  gélatine  ou  plutôt  de 
l'albumine,  de  l'eau,  de  Thydrochlorate  de  potasse,  de  celui 
de  soude,  du  lactate  de  soude,  de  la  chaux,  d'un  principe 
colorant,  etc.;  mais  elle  n'a  pu  déterminer  la  nature  des 
modifications  que  lui  impriment  l'influence  de  l'organisation 
et  l'énergie  des  fonctions  vitales;  elle  n'a  pu  expliquer  pour- 
quoi ,  comme  l'a  démontré  Legallois ,  il  varie  avec  les  organes 
d'où  on  l'a  extrait;  pourquoi  dans  le  jeune  âge  il  est  plus 
séreux,  plus  albumineux  que  dans  la  vieillesse;  pourquoi  il 
est  coagulé  dans  les  veines  par  la  potasse  qu'on  injecte  dans 
ces  vaisseaux,  tandis  que,  hors  du  corps,  le  même  alkali  le 
dissout  au  contraire;  pourquoi  le  sang  d'un  individu  n'est 
pas  mis  impunément  en  circulation  dans  le  système  vasculaire 
d'un  autre  individu  de  la  même  espèce;  pourquoi,  à  son 
égard ,  et  comme  l'ont  prouvé  les  expériences  de  Felice 
Fontana,  le  venin  de  la  vipère  n'agit  pas  sur  lui  de  la  même 
manière,  quand  il  fait  encore  partie  de  l'économie  et  quand 
il  a  été  extrait  du  corps;  pourquoi,  dans  ce  dernier  cas, 
i!  se  coagule  et  se  divise  naturellement  en  deux  portions ^ 
kl'  12 


i78  SAN 

ce  qui  n'arrive  jamais  dans  l'homme  vivant  et  sain  ;  pourquoi 
cetfe  coagulation  est  plus  manifeste  dans  les  maladies  phlo- 
gistiques,  chez  les  individus  robustes  et  exercés  que  dans  l'étal 
ordinaire,  que  cliez  les  personnes  afToiblies  et  cachectiques; 
elle  n'a  pu  déterminer  des  différences  trop  délicates  pour  ses 
instrumens,  et  qui  tiennent  à  ce  que  le  sang  en  circulation 
pendant  la  vie  possède  une  force  vitale  qui  lui  est  propre  , 
à  ce  que  celui  de  l'homme  n'est  pas  celui  de  la  femme,  à 
ce  que  celui  de  la  vieillesse  n'est  pas  celui  de  l'enfance,  à 
ce  que  celui  du  lymphatique  n'est  pas  celui  du  bilieux  ,  à  ce 
que,  en  sortant  de  ses  conduits  naturels,  il  perd  une  sorte 
d'effluve  animé  ,  une  partie  volatile  odorante,  inattaquable 
par  nos  moyens  habituels. 

Ce  qu'il  y  a  de  certain  ,  c'est  que  le  sang,  le  Jluide  nourri- 
cier, tel  qu'il  est  contenu  dans  les  vaisseaiix  delà  circulation, 
non-seulement  peut  se  résoudre  pour  la  plus  grande  partie 
dans  les  élémens  internes  du  corps  animal,  le  carbone,  l'hy- 
drogène ,  l'oxigène  et  l'azote ,  mais  qu'il  contient  déjà  la  fibrine 
et  d'autres  élémens  organiques,  disposés  à  se  contracter  et 
à  prendre  les  formes  de  membranes  ou  de  filamens. 

On  ne  sauroit  disconvenir  pourtant  que  les  recherches  sa- 
vantes des  hommes  habiles  que  nous  avons  citées,  éclairées 
d'ailleurs  par  les  travaux  récens  de  sir  Éverard  Home  et  de 
MM.  Berzelius,  Brnnde ,  Marcet,  Chevreul,  Thénard,  Pfaff, 
Rostock,  n'offrent  un  intérêt  des  plus  grands.  C'est  ce  dont 
nous  prions  le  lecteur  de  se  convaincre,  en  jetant  les  yeux 
sur  l'article  de  ce  Dictionnaire  qui  suit  immédiatement  le 
nôtre,  et  où  M.  Chevreul  a  tracé  un  tableau  exact  et  com- 
plet de  l'état  actuel  de  la  science  à  cet  égard. 

Nous  lui  recommandons  néanmoins,  en  même  temps,  de 
ne  point  oublier  les  écrits  si  instructifs  de  Bordeu ,  qui  a 
considéré  le  sang  plutôt  en  physiologiste  et  en  médecin  qu'en 
chimiste. 

Quoi  qu'il  en  soit,  les  micrographes  ont  fait  sur  cette  hu- 
meur des  observations  dont  voici  le  précis  : 

Le  sang  se  compose  d'un  véhicule  séreux,  dans  lequel  des 
particules  microscopiques  rouges,  décrites  autrefois  par  Leeu- 
wenhoeck,  sont  tenues  en  suspension.  En  général,  on  a  con- 
sidéré ces   corps  comme  des   sphères  marquées  d'un  point 


SAN  179. 

lumineux  dans  leur  centre ,  ou  bien,  comme  étant  percés  et 
par  conséquent  de  figure  annulaire. 

Hewson  a  trouvé  au  contraire  que  les  particules  du  sang 
humain  sont  lenticulaires  :  ce  qu'ont  démontré  les  observa- 
tions importantes  et  nouvelles  de  Béclard  ,  de  MM.  Prévost 
et  Dumas,  et  ce  dont  j'ai  eu  l'occasion  de  me  convaincre  par 
moi-même,  contradictoirement  à  l'opinion  de  Young,  con- 
firmée par  sir  Everard  Home,  qui  ont  pensé  que  l'aplatisse- 
ment étoit  postérieur  à  la  sortie  du  sang  et  dépendoit  de  la 
séparation  de  la  matière  colorante. 

Les  particules  dont  il  s'agit,  sont,  au  reste,  composées 
d'un  globule  central,  blanchâtre,  transparent  et  d'une  en- 
veloppe rouge,  moins  transparente,  ayant  la  forme  d'un 
sphéroïde  déprimé. 

Leur  diamètre  est  d'environ  un  cent-cinquantième  de  mil- 
limètre. 

Tant  que  le  sang  est  contenu  dans  ses  canaux  et  qu'il  y  est 
en  mouvement ,  les  choses  restent  en  cet  état. 

Extrait  des  vaisseaux  qui  le  contiennent,  il  exhale,  pen- 
dant tout  le  temps  qu'il  conserve  sa  chaleur,  une  vapeur 
formée  d'eau  et  d'une  matière  animale  putrescible.  Il  se 
coagule  bientôt,  abandonne  tlu  calorique  et  dégage  beau- 
coup de  gaz  acide  carbonique  ,  lequel  ,  sous  la  pression 
de  l'atmosphère,  occupe  des  canaux  creusés  dans  l'inté- 
rieur du  coagulum,  ou  s'échappe  au  dehors  du  caillot  sous 
le  récipient  d'une  machine  pneumatique,  où  l'on  opère  le 
vide. 

H  ne  convient  point  de  confondre  ce  dégagement  de  va- 
peur et  de  gaz  du  sang  hors  de  ses  vaisseaux  avec  un  pré- 
tendu gaz  que  l'on  a  supposé  circuler  avec  lui. 

Comme  les  chimistes  nous  l'enseignent,  peu  après  la  coa- 
gulation du  sang  en  une  seule  masse  et  son  partage  en  deux 
parties ,  on  voit  le  coagulum  se  resserrer,  exprimer  la  partie 
liquide  du  sérum  et  donner  lieu  à  l'augmentation  de  celui-ci 
jusqu'au  moment  de  la  putréfaction.  Ordinairement  la  sur- 
face supérieure  du  caillot,  se  resserrant  plus  que  le  reste; 
devient  concave,  et  si  on  le  lave  lui-même  sous  un  filet 
d'eau,  en  le  pressant  doucement  et  long-temps,  on  en  en- 
lève la  matière   colorante   et  il  reste  une  masse  fibrineuse 


ï8o  SAN 

blanche,  solide,  élastique,  se  comportant  comme  les  muscles 
sous  rinfluence  du  galvanisme. 

Ainsi  donc,  par  la  coagulation  et  le  lavage,  le  sang  se 
trouve  partagé  en  cruor ,  en  sérum  et  en  fibrine.  • 
Voici  ce  qui  arrive  dans  ces  opérations  : 
Aussitôt  que  le  sang  est  hors  des  vaisseaux,  la  matière 
colorante  des  globules  abandonne  le  noyau  central  de  ceux- 
ci,  qui ,  débarrassés  de  leur  enveloppe,  s'unissent  entre  eux 
et  forment,  comme  Ruysch  Ta  noté  le  premier,  des  filamens 
qui  se  réunissent  en  un  réseau  ou  lacis  dans  lequel  se  trou- 
vent renfermées  la  matière  colorante  et  beaucoup  de  par- 
ticules entières,  non  encore  décomposées  ,  qui  présentent  l'as- 
pect d'une  masse  consistante,  d'un  rouge  noir  à  l'intérieur, 
pourpre  au  dehors ,  tremblante  comme  de  la  gelée  et  plus 
ou  moins  solide  ,  plus  ou  moins  colorée,  ou  qui  constituent 
même  des  espèces  de  membranes. 

C'est  là  ce  qu'on  nomme  proprement  le  caillot,  que  Hunter 
a  regardé  comme  dû  à  un  phénomène  entièrement  vital ,  ana- 
logue à  celui  de  la  réunion  des  plaies  par  première  intention. 
Quand  on  lave  le  caillot ,  l'eau  entraîne  tout  à  la  fois  une 
matière  colorante  libre,  et  les  globules  qui  sont  restés  entiers 
et  qui  contiennent  encore  un  noyau  blanc  dans  leur  intérieur* 
Ces  matériaux  sont,  du  reste,  dans  des  proportions  très- 
variées,  suivant  les  circonstances  d'âge,  de  sexe,  de  consti- 
tution, de  maladie,  etc. 

Dans  l'homme  adulte  et  sain,  les  globules  colorés  font, 
après  leur  dessiccation  ,  un  peu  plus  d'un  huitième  du  poids 
total  du  sang. 

Quand  ,  après  plusieurs  heures  de  repos,  la  masse  épaisse 
du  caillot  a  augmenté  de  densité,  on  reconnoit  qu'elle  est 
plongée  dans  une  humeur  transpareu^e ,   d'un  bleu  jaunâtre 
ou  verdàtre. 
C'est  le  sérum. 

Celui-ci  a  la  saveur,  Todeur  et  le  toucher  du  sang;  il  se 
coagule  à  environ  Gcf -+- o  centig.,  ressemble  alors  au  blane 
d'œuf  cuit,  et  contient  dans  des  vacuoles  une  substance  que, 
plus  d'une  fois,  on  a  prise  pour  de  la  gélatine,  et  qui  paroit 
être  du  mucus. 

Les  parties  constituantes  du  sérum  sont  de  l'eau  ,  de  l'ai-- 


SAN  i3i 

buminc,  de  la  soude  et  des  sels  de  soude,  et,  selon  M. 
Brande ,  ce  liquide  n'est  qu'un  albuminate  de  soude  avec 
excès  de  base,  qui  se  coagule  par  reffet  de  la  neutralisation 
de  la  soude  nécessaire  à  sa  fluidité  ;  ce  qui  explique  com- 
ment ce  phénomène  est  produit  par  Talcool  et  la  plupart  des 
acides  qui  enlèvent  cet  alkali. 

l.e  cruor  du  sang,  ou  la  matière  colorée  obtenue  par  le 
lavage,  est  toujours  un  mélange  de  matière  rouge  libre,  de 
globules  enveloppés  par  elle  et  de  sérum. 

Cette  matière  rouge  libre  est  celle  que  les  chimistes  ont 
nommée  Zoohématinf.  (voyez  pe  mot).  Solublc  dans  l'eau , 
elle  peut  se  diviser  à  l'infini  dans  ce  liquide,  et  au  point 
même  de  traverser  les  filtres.  Un  principe  animal,  en  com- 
binaison avec  le  peroxide  de  fer,  paroît  la  constiluer. 

La  fibrine  du  sang  offre  l'aspect  de  fibres  feutrées  ,  tenaces, 
élastiques,  ayant  au  microscope  l'aspect  et  la  sti-ucture  de  la 
fibre  musculaire,  composées  de  globules  blancs,  semblables 
à  ceux  des  particules  colorées  du  sarg  et  se  résolvant  en 
globules  isolés  avant  de  se  putréfier  dans  l'eau. 

Le  sang  renferme  aussi  une  matière  grasse  ou  huileuse. 

Ce  liquide,  contenu  dans  les  artères,  dans  les  veines  et 
dans  le  cœur,  y  est  dans  un  mouvement  continuel,  qu'on 
appelle  circulation  (voyez  Système  circulatoire).  Il  éprouve , 
dans  ce  mouvement,  des  altérations  constantes  et  régulières, 
qui,  se  balançant  mutuellement,  l'entretiennent  dans  un  état 
moyen  de  composition  ,  et  il  reçoit  de  nouveaux  élémens 
préparés  par  la  digestion  et  l'absorption  intestinale.  Des  mo- 
lécules séparées  des  organes  sont,  en  même  temps,  ajoutées 
à  sa  masse.  Il  est  soumis  ensuite  à  l'action  de  ratinosphère 
dans  les  poumons,  où  il  se  revivifie.  11  est  envoyé  dans  toutçs 
les  parties  ,  où  il  éprouve  un  changement  inverse,  où  il  fournit 
les  matériaux  qui  se  fixent  dans  les  organes,  et  où  il  est  dé- 
pouillé par  les  sécrétions  d'une  partie  de  ses  principes. 

Parmi  ces  altérations,  les  plus  notables  sont  celles  qu'il 
éprouve  dans  les  poumons  ,  où  il  devient  d'un  rouge  vermeil , 
et  dans  tout  le  reste  du  corps,  où  il  acquiert  une  teinte  d'un 
rouge  brun,  et  qui  paroissent  dépendre,  dans  le  premier  cas, 
d'une  absorption  d'oxigène ,  et  dans  le  second,  d'une  for- 
mation de  carbone.  (Voyez  Respiration.) 


iS2  SAN 

Outre  la  matière  nutritive  que  le  sang  distribue  dans  les 
organes,  il  paroît  encore  être  le  véhicule  du  principe  de  la 
chaleur. 

Le  sang,  dans  l'homme,  présente  des  variétés  constantes, 
suivant  les  âges,  les  sexes  et  d'autres  circonstances  :  il  offre 
aussi  des  altérations  accidentelles. 

Dans  le  fœtus,  ce  liquide,  dont  la  couleur  est  très-foncée  , 
n'a  presque  pas  de  matière  coagulable  ,  presque  pas  de  librine. 

Il  en  est  de  même  du  sang  menstruel  de  la  femme. 

Le  sang  veineux  n'est  pas,  il  s'en  faut  de  beaucoup,  le 
môme  que  le  sang  artériel.  Avec  le  chyle  et  la  lymphe  il 
forme  un  fluide  destiné  à  être  élaboré  par  l'acte  de  la  res- 
piration ,  et  qu'il  est  aisé  de  se  procurer  par  l'opération 
de  la  phlébotomie. 

D'un  rouge  brun  ou  noirâtre,  il  a  une  odeur  foible ,  une 
teuipérature  de  Si"  -f-  o  R.  ;  une   pesanteur  spécifique  de 

305l. 

On  n'a  aucun  moyen  de  déterminer  la  quantité  de  sang 
veineux  contenu  à  la  fois  dans  l'économie;  car,  si,  dans  un 
animal  vivant,  on  perfore  les  parois  des  gros  troncs  veineux, 
la  mort  arrivera  avant  l'entier  écoulement  du  liquide  qu'ils 
contiennent,  et  c'est  là  ce  qui  explique  les  nombreuses  va- 
riations observées  à  ce  sujet  dans  les  livres  des  physiologistes, 
les  uns  admettant  en  tout  div-^uit,  et  les  autres  vingt-huit 
livres  de  sang:  mais  ,  assez  généralement,  on  a  dit  qu'il  n'y 
avoit  qu'un  tiers  de  cette  quantité  dans  les  artères  et  que 
les  deux  autres  tiers  étoient  renfermés  dans  les  veines  et  les 
systèmes  capillaires. 

Le  sang  artériel,  vital  et  réparateur,  ressemble  beaucoup, 
physiquement  et  chimiquement,  au  sang  veineux,  appauvri 
et  moins  excité;  mais  il  en  diffère  grandement  par  ses  usages. 

Ces  deux  humeurs,  si  distinctes  pour  le  physiologiste,  of- 
frent peu  de  différences  aux  yeux  du  chimiste.  Le  premier 
a  cependant  une  teinte  rouge  plus  vermeille;  une  odeur 
plus  forte;  une  chaleur  plus  élevée,  d'un  à  deux  degrés; 
une  capacité  pour  le  calorique  plus  prononcée  dans  le  rap- 
port,  selon  M.  Davy  ,  de  903  à  915;  une  pesanteur  spécifi- 
que moins  grande  et  dans  le  rapport,  suivant  le  même  sa- 
vant, de  1049   à  1062;   une  quantité  moindre  de  sérum  et 


SAN  i83 

«ne  disposition  plus  grande  à  la  coagulation.  Pcutvétre  en- 
«ore,  comme  le  pense  le  professeur  Krimer,  de  Bonn,  est-il 
plus  susceptible  de  putréfaction. 

C'est  aussi  dans  ce  sang  qu'on  a  cru  trouver  un  élément 
particulier,  volatil,  odorant,  dissoluble  dans  l'air,  principe 
évident  de  la  fluidité  et  de  la  vitalité  de  l'espèce  d'humeur 
dont  nous  écrivons  l'histoire;  effluve  odorant,  admis  d'abord 
par  Rosa  et  Moscati ,  dont  l'opinion  a  plus  d'une  fois  depuis 
été  adoptée,  mais  que  personne  ne  suit  aujourd'hui,  où  cha- 
cune nie  l'existence  de  ce  gaz  et  le  regarde  comme  une  vola- 
tilisation ,  une  dissolution  par  l'air  d'une  portion  de  la  masse 
sanguine. 

Le  sérum  du  sang  artériel  est  moins  abondant  et  spécifi- 
quement plus  léger  que  celui  du  sang  veineux,  dans  la  pro- 
portion de  10,257  à  10,264. 

Son  caillot  se  forme  plus  tôt  et  est  plus  ferme  que  celui  du 
sang  veineux. 

Les  micrographes  assurent  aussi  qu'il  contient  plus  de  par- 
ticules rouges  :  sur  10,000  parties  il  y  a ,  selon  MM.  Dumas 
et  Prévost,    100  de  ces  particules  de  plus. 

Est-il  nécessaire,  d'ailleurs,  de  rappeler  ici  que  l'état 
chimique  et  physique  du  sang  artériel  offre  mille  et  raille 
variétés,  selon  les  proportions  et  la  nature  des  matériaux 
dont  il  dérive,  selon  l'énergie  avec  laquelle  s'est  opérée  l'hé- 
matose sur  le  chyle  ,  la  lymphe  et  le  sang  veineux  ;  dernière 
condition,  qui  explique  comment,  lorsque  le  chyle  est  trop 
jveu  abondant,  lorsqu'il  est  vicié  par  suite  de  la  mauvaise 
qualité  des  alimens,  le  sang  artériel,  détérioré,  est  appauvri 
et  diminue  de  quantité  ? 

Le  sang  artériel  est  identique  dans  tous  les  vaisseaux  qu'il 
parcourt. 

On  a  dit  vaguement  qu'il  n'en  étoit  point  de  mêiafi  du 
sang  veineux,  qui  doit  différer  de  lui-même  dans  les  diverses 
distributions  du  système  veineux;  ce  que  Legallois  a  cherché 
à  démontrer  en  rappelant  que  les  pertes  faites  par  le  sang 
artériel  dans  les  divers  organes,  variant  comme  les  organes 
eux-mêmes ,  le  sang  doit  varier  dans  la  même  proportion. 

Il  est  aussi  difficile  d'apprécier  à  sa  juste  valeur  la  masse 
du  sang  artériel  que  celle  du  sang  veineux;  car  si  l'on  ouvre 


'84  SAN 

un  des  gros  troncs  du  système  vasculaîre  que  ce  liquide  rem- 
plit, la  respiration  s'embarrasse  et  la  mort  arrive  avant  son 
entier  écoulement.  Voilà  pourquoi  la  plupart  des  expéri- 
mentateurs sont  en  contradiction  sur  ce  point;  pourquoi 
Harvey  a  dit  que  le  poids  total  du  sang  en  circulation  étoit 
le  vingtième  de  celui  du  corps;  Lobb  et  Lower  l'ont  estimé  à 
dix  livres,  en  quoi  ils  ont  été  suivis  par  M.  Krimer;  Quesnay 
l'a  porté  à  vingt-sept  livres  ;  Hoifmann  à  vingt-huit;  d'autres 
à  trente;  voilà  aussi  pourquoi,  le  plus  ordinairement,  dans 
cette  appréciation,  qu'on  a  presque  constamment  rapportée 
à  l'homme  en  particulier  ,  on  n'a  point  distingué  les  deux 
espèces  de  sang  l'une  de  l'autre. 

La  quantité  de  ce  fluide  varie  d'ailleurs  dans  les  divers 
individus  d'une  même  espèce.  Ceux  qui  sont  gras  en  ont 
moins  que  ceux  qui  sont  maigres,  et  ceux  des  climats  chauds 
que  ceux  des  pays  froids. 

Nous  avons  déjà  dit  que  le  sang  des  fœtus  diffère  essen-s 
tiellement  de  celui  de  l'enfant  qui  a  respiré  :  des  essais  tentés 
par  Fourcroy  ont  démontré  ce  fait. 

On  ne  sait  rien  de  positif  sur  les  diflfv^rences  qui  peuvent 
exister  entre  le  sang  de  la  femme  et  celui  de  l'homme. 

Le  sang  de  l'écoulement  menstruel  n'est  identique,  ni 
avec  le  sang  veineux,  ni  avec  le  sang  artériel. 

La  couleur  du  sang  n'est  point  la  même  dans  les  diverses 
classes  du  règne  animal.  11  est  d'un  rouge  plus  nu  moins  vif 
dans  tous  les  vertébrés  ;  mais  il  devient  jaunâtre  ou  blanchâtre 
dans  la  plupart  des  mollusques  et  des  crustacés;  rougeàtre 
dans  plusieurs  annélides;  aqueux  et  transparent  dans  les  ra- 
diaires. 

Le  sang  des  mammifères  n'est  point  très-dissemblable  de 
celui  de  l'homme,  et  les  essais  d'analyses  faits  sur  celui  du 
cheval,  de  l'àne  ,  du  bœuf,  du  mouton,  de  la  chèvre  et  du 
pochon,  n'ont  donné  pour  résultats  que  des  différences  de 
proportion  ,  soit  entre  les  individus  d'une  même  espèce  ,  soit 
çntre  ces  différentes  espèces,  soit  entre  elles  et  la  nôtre. 

Cependant  les  animaux  mammifères  du  Nord,  et  princi- 
palement les  espèces  aquatiques,  comme  les  phoques,  les 
otaries,  les  dauphins,  les  baleines,  les  cachalots,  ont  une 
quantité   de  sang  proportionnément   plus  grande  que  ceux 


SAN  185 

des  pays  chauds,  qui  transpirent  beaucoup  ,  et  que  les  espèces 
terrestres,  qui  absorbent  de  l'eau  en  quantité.  Cette  humeur 
est  aussi,  chez  eux,  plus  noire,  plus  visqueuse,  plus  hydro- 
génée et  plus  chargée  de  carbone. 

Les  carnivores,  qui  boivent  peu  et  se  livrent  à  de  violens 
exercices ,  ont  un  sang  épais  et  peu  abondant  ;  sa  coagulation 
est  fort  prompte. 

Les  animaux  sauvages  ont  un  sang  plus  copieux  et  plus 
riche  en  fibrine  que  les  individus  de  leur  espèce  engraissés 
et  asservis  à  la  domesticité.  Cette  particularité  est  surtout 
évidente  pour  les  ruminans. 

Le  sang  des  rongeurs  est  assez  liquide  ,  parce  que  ,  quoi- 
que ces  animaux  boivent  rarement  et  urinent  beaucoup  ,  ils 
vivent  de  substances  végétales  plus  ou  moins  humides.  Parmi 
eux,  le  loir,  la  marmotte,  le  hamster  et  quelques  autres 
s'assoupissent  en  hiver;  ce  que  Buffon  attribuoit  à  la  froideur 
de  leur  sang;  opinion  manifestement  erronnée  et  détruite 
parSultzer,  Pallas,  Gmelin  etVlcq  d'Azyr,dont  les  recherches 
ont  démontré  que  chez  tous  les  rongeurs  la  température  du 
sang  est  constamment  la  même. 

Dans  les  oiseaux,  le  sang  est  abondamment  chargé  de  fi- 
brine, à  cause,  sans  doute,  de  l'étendue  et  de  l'énergie  de 
la  puissance  respiratrice.  La  même  différence  que  pour  les 
mammifères  caractérise  ce  liquide  dans  les  individus  domes- 
tiques et  dans  ceux  qui  vivent  à  l'état  de  liberté. 

En  général,  le  sang  des  mammifères  et  des  oiseaux,  c'est- 
à-dire,  le  sang  chaud,  est  plus  épais,  plus  coagulable,  plus 
chargé  de  fibrine  que  le  sang  froid  des  reptiles  et  des  pois- 
sons. Il  renferme  une  plus  grande  quantité  de  zoohématine, 
un  plus  grand  nombre  de  globules  microscopiques  et  plus 
de  phosphate  de  chaux. 

Celui  des  serpenset  des  lézards  ne  se  coagule  même  qu'im- 
parfaitement, et  celui  des  tortues  ne  se  concrète  que  sous 
l'influence  du   feu. 

Celui  des  poissons  est  blanchâtre,  pâle,  difficilement  coa- 
gulable aussi,  et  peu  riche  en  caillot.  11  a  une  très-grande 
tendance  à  devenir  huileux. 

Dans  les  mollusques,  le  sang  n'est  qu'une  sorte  de  lymphe 
muqueuse  et  gélatineuse,  et  le  plus  souvent  insipide. 


ï86  SAN 

II  en  est  de  même  dans  les  crustacés,  où,  par  la  dessicca- 
tion, il  prend  l'aspect  d'une  matière  fibreuse. 

Enfin,  les  globules  microscopiques  qui  circulent  avec  le 
sang,  et  dont  l'existertce  ,  niée  parfois,  depuis  Leeuwenhoeck, 
n'est  plus  mise  en  doute  aujourd'hui,  méritent  quelque  at- 
tention de  notre  part,  puisque  leur  forme  varie  dans  les  dif- 
férentes classes  du  règne  animal,  ainsi  qu'il  conste  des  ob- 
servations deHewson,  G.  A.  Magni,  Weiss,  Meistcr,  Schrei- 
ber,  Haller,  Meig ,  J.  A.  Poli,  C.  Sprengel ,  Gruithuisen, 
Autenrieth ,  Haies,  Euler ,  Éverard  Home,  C.  A.  Rudolphi , 
Bauer,  Blumenbach,  Senac ,  Tabar,  Dumas,  Prévost,  J.  Chr. 
Schmidt,  e(c. 

Examinés  hors  du  corps,  ces  globules  sont  plus  ou  moins 
sphériques  dans  l'homme  et  les  mammifères;  lenticulaires 
ou  elliptiques  dans  tous  les  autres  animaux.  Chez  les  batra- 
ciens, ils  sont  tout-à-fait  plats  et  se  plissent  si  on  les  arrose 
d'une  solution  de  sel  commun. 

Ils  diffèrent  souvent  en  volume  les  uns  des  autres  dans  un 
même  animal,  et  Malpighi  en  admettoit  de  trois  ordres. 
Selon  M.  Krimer,  les  globules  du  sang  artériel  sont  plus 
petits  que  ceux  du  sang  veineux. 

D'après  Hevvson ,  ils  sont  plus  volumineux  chez  les  jeunes 
animaux  que  dans  les  adultes. 

La  taille  de  Panimal  ne  paroît  pas  influer  sur  le  volume 
des  globules. 

Dans  plusieurs  mammifères  ils  sont  plus  petits  que  dans 
l'homme.  Souvent  ils  sont  aussi  volumineux,  et  rarement  ils 
le  sont  davantage. 

Comme  dans  l'homme,  chez  tous  les  animaux  ,  chaque  glo- 
bule est  composée  d'une  enveloppe  vésiculaire  et  d'un  noyau, 
qui  se  séparent  l'un  de  l'autre  lors  de  la  putréfaction  du 
sang. 

.  D'après  Sprengel  on  comptecoit  9,000,000  de  ces  globules 
sur  une  surface  d'un  pouce  carré,  et,  chez  l'homme,  le  dia- 
mètre de  chacun  d'eux,  apprécié  au  moyen  du  micromètre 
de  Banks  est  d'j^^  de  pouce,  tandis  que  Senac  et  Tabar  le 
fixent  à  Yr^  i  ^t  qu'Everard  Home  le  porte  tantôt  à  -rhô  y 
tantôt  à  j^ ,  et  même  à  g-^„. 

Certains  physiologistes  ont  attribué  à   chaque  globule  du 


SAN  187 

sang  une  vie  propre.  Le  fait  est  que,  durant  rexîslence  de 
l'animal  ,  ces  particules  exécutent  un  tourhillonnemenL  qui 
dure  encore  plusieurs  minutes  après  que  le  sang  est  sorti  de 
la  veine.  (H.  C.) 

SANG.  (Chim.)  A  l'état  normal  le  sang  des  animaux  ver- 
tébrés, qu'on  a  examiné  sous  le  rapport  de  la  composition 
immédiate,  a  donné  les  résultats  suivans  : 

Composition. 
Albumine. 
Fibrine. 

Hématosint  ou  principe  colorant  rouge  organique.  (Brande.) 
Matière  grasse  du  cerveau.  (Chevreul.) 
Urée.  (  Prévost  et  Dumas.  ) 

Lactate  de  soude  et  matière  extractive.  (Berzelius.  ) 
Sulfate  de  potasse. 

Chlorures  de  sodium  et  de  potassium.  (Rouelle.) 
Soude  plus  ou  moins  carbonatée.  (Haen  et  Rouelle.) 
Phosphates  de  chaux  et  de  magnésie. 
Peroxide  de  fer.  (Menghini.) 

Manière  de  l'analyser. 

(a)  On  abandonne  le  sang  à  lui-même  dans  un  lieu  frais. 
Il  se  prend  en  masse,  et  peu  à  peu  une  matière  solide,  co- 
lorée en  rouge- brun,  appelée  cruor  ou  caillot,  se  sépare 
d'un  liquide  épais,  transparent,  foiblement  coloré  en  jaune, 
appelé  sérum  du  sang. 

(b)  On  prend  le  caillot;  on  le  lave  dans  un  tamis  ou  dans 
un  linge  :  l'eau  entraîne  la  partie  colorante,  et  il  reste  de 
la  fibrine  en  petites  membranes  blanches. 

On  peut  encore  se  procurer  la  fibrine  en  agitant  le  sang, 
récemment  tiré  d'une  veine,  avec  un  petit  balai;  la  fibrine 
s'attache  en  longs  filamens,  qu'on  lave  ensuite  avec  de  l'eau 
pure. 

(c)  La  fibrine  contient  une  quantité  notable  de  matière 
grasse  du  cerveau  ,  qu'on  en  sépare  en  la  faisant  macérer 
dans  l'éther  hydratique.  Celui-ci,  décanté  et  évaporé,  laisse 
la  matière  grasse. 

(d)  Rien  n'est  plus  simple  que  de  constater  dans  le  sérum 


188  SAN 

la  présence  de  Valhumine.  Il  suffit  de  l'exposer  à  la  chaleur 
pour  le  voir  se  coaguler.  En  un  mot,  en  le  traitant  compa- 
rativement avec  du  blanc  d'œuf,  dissous  dans  un  peu  d'eau, 
on  verra  que  les  deux  liquides  se  comportent  de  la  même 
manière. 

(e)  Quand  on  voudra  analyser  le  sérum  ,  on  le  fera  évaporer 
spontanément  à  l'air  ou  bien  dans  le  vide  sec.  On  traitera 
le  résidu  pulvérisé  par  l'éther,  qui  dissoudra  une  nouvelle 
quantité  de  matière  grasse  du  cerveau. 

(/)  On  dissoudra  le  résidu  (e)  dans  un  peu  d'eau;  on  y 
versera  ensuite  de  l'alcool.  L'albumine  sera  précipitée  avec 
du  sulfate  et  du  sous- carbonate  de  soude,  et  le  liquide  re- 
tiendra de  l'urée,  des  chlorures  de  potassium  et  de  sodium, 
et,  suivant  M.  Berzelius,   du  lactate  de  soude. 

(g)  En  lavant  le  résidu  (/)  à  Teau  chaude,  on  dissoudra 
des  chlorures  et  du  sous-carbonate  de  soude,  et,  enfin,  une 
trace  d'albumine  et  de  lactate  de  soude. 

Obsenallon, 

Pour  avoir  l'urée ,  il  faut  prendre  les  précautions  suivantes  : 

On  enlève  d'abord  à  un  chien  un  de  ses  reins;  quinze 
jours  après  on  lui  enlève  l'autre  rein.  L'animal  ne  paroit 
guère  souffrir  qu'au  bout  de  trois  jours;  si  alors  on  le  saigne, 
qu'on  fasse  évaporer  le  sérum  séparé  du  caillot  dans  le  vide 
sec,  qu'on  applique  l'alcool  au  résidu  desséché,  qu'on  éva- 
pore de  nouveau  l'alcool  dans  le  vide,  on  obtiendra  l'urée. 

Cinq  onces  du  sang  d'un  chien  qui  a  vécu  sans  rein  pen- 
♦îant  deux  jours  ,  ont  donné  à  MM.  Prévost  et  Dumas  plus  de 
vingt  grains  d'urée  ;  deux  onces  de  sang  d'un  chat  soumis 
au  même  traitement,  leur  en  ont  donné  plus  de  dix  grains. 

(/))  Quant  à  l'hématosinc,  il  existe  plusieurs  procédés  pour 
l'obtenir. 

Procédé  de  Brande. 

On  agite  le  sang  au  moment  où  on  vient  de  le  tirer 
d'une  veine;  on  enlève  la  fibrine  qui  s'est  séparée;  on  aban- 
donne la  liqueur  à  elle-même  :  peu  à  peu  elle  dépose  une 
Biatière  colorée  en  rouge -brun,  dont  on  sépare  la  liqueur 


SAN  189 

surnageante  par  décantation.  M.  Brande  considère  le  dépôt 
comme  l'hématosine,  contenant  un  peu  d'albumine. 

Voici  les  propriétés  qu'il  lui  a  reconnu  : 

Vue  au  microscope,  elle  parolt  formée  de  globules. 

Elle  produit  avec  l'eau  une  solution ,  qui  ne  se  putréfie  que 
difficilement,  qui  est  rouge  de  sang,  jusqu'à  90*^;  à  partir  de 
cette  température,  elle  se  trouble,  et  la  matière  colorante 
se  dépose  sous  forme  d'un  sédiment  brun.  Il  est  vraisemblable 
que  l'albuminé  est  pour  quelque  chose  dans  cet  efiFet.  L'al- 
cool précipite  l'hématosine  de  sa  dissolution. 

L'acide  sulfurique,  étendu  de  huit  fois  son  poids  d'eau, 
la  dissout  à  chaud  seulement.  L'acide  hydrochlorique ,  les 
acides  acétique,  oxalique,  tartrique ,  citrique,  la  dissolvent 
non-seulement  à  chaud ,  mais  encore  à  froid. 

Ces  solutions  sont  d'un  rouge  cerise  ou  d'un  cramoisi 
foncé  quand  on  les  regarde  par  réflexion,  et  verdàtres  quand 
on  les  regarde  par  transmission. 

Les  alcalis  et  les  sous- carbonates  alcalins  solubles  la  dis- 
solvent en  si  grande  abondance,  que  les  liqueurs  concentrées 
paroissent  opaques. 

L'alumine,  l'oxide  d'étain,  forment  avec  elle  des  laques 
qui  se  décolorent  au  soleil. 

Les  dissolutions  de  mercure  au  minimum  et  au  maxi- 
mum ,  la  précipitent  de  sa  dissolution  aqueuse. 

Elle  colore  le  coton  engallé  en  rouge  solide. 

Elle  est  détruite  rapidement  par  l'acide  nitrique. 

Au  feu  ,  elle  donne  les  produits  des  matières  azotées  et 
un  charbon  qui  ne  contient  qu'une  trace  de  fer. 

Procédé  de  Berzelius. 

On  coupe  le  caillot  en  tranches  minces  ;  on  le  met  à 
égoutter  sur  du  papier  brouillard  ;  on  le  triture  dans  une 
petite  quantité  d'eau  ;  on  coagule  la  solution  ;  on  la  filtre  ; 
la  masse  brune,  coagulée,  est  ensuite  soumise  à  la  presse  et 
ééchée  à  70**;  dans  cet  état  elle  est  insoluble  dans  l'eau.  Si  , 
au  lieu  de  sécher  l'hématosine  à  70*^,  on  la  dessèche  dans 
une  soucoupe  à  ôo**,  elle  est  susceptible  de  se  redissoudre 
dans  l'eau  froide. 

est  d'un  brun  noir. 


.19°  SAN 

Elle  est  insoluble  dans  l'eau,  l'alcool  et  l'éther  hydratique. 
Elle  forme  avec  Tacide  acétique  une   gelée  en  partie  so- 
luble  dans  l'eau  tiède. 

La  solution  se  trouble  par  l'ébullition.  Elle  est  précipitée 
par  les  alcalis,  l'hydro  -  cyanoferrate  de  potasse. 
Elle  est  insoluble  dans  l'acide  hydrochlorique. 
Elle   est  soluble  dans  Tammoniaque.  La   liqueur   est  d'un 
brun  foncé. 

M.  Berzelius  considère  la  nature  de  l'hématosine  comme 
étant  très-analogue  à  celle  de  la  fibrine.  11  pense  qu'elle  est 
composée  de  fer,  de  phosphore,  de  calcium,  de  soufre, 
d'oxigène,  d'azote,  de  carbone  et  d'hydrogène.  Quand  on 
l'incinère,  on  obtient  une  cendre  formée  de 

Oxide  de   fer 5o 

Sous-phosphate  de  fer 7,5 

Phosphates  de  chaux  et  magnésie   .    .        6 

Chaux  pure 20 

Acide  carbonique  et  perte i6,5 

100,0. 
L'hématosine,  préparée  par  le  procédé  de  M.  Berzelius  con- 
tient de  la  matière  grasse  du  cerveau  et  très-probablement  de 
l'albumine. 

Pî^océdé  de  Vauquelin. 

On  écrase  dans  une  terrine  le  caillot  du  sang ,  préalablement 
égoutté  avec  4  parties  d'acide  sulfurique,  étendues  de  8  parties 
d'eau  ;  puis  on  fait  chauffer  à  70  ;  on  filtre  la  liqueur  ;  on  lave 
le  résidu  avec  12  parties  d'eau  chaude  :  on  concentre  à  moitié 
la  liqueur  et  les  lavages;  puis,  en  neutralisant  presque  tout 
l'acide  par  l'ammoniaque,  on  obtient  l'hématosine  sous  la 
forme  d'un  dépôt  de  couleur  rouge  pourpre;  on  décante  la. 
liqueur  surnageante;  on  la  remplace  par  de  l'eau,  et  cela 
jusqu'à  ce  que  le  lavage  ne  trouble  plus  le  nitrate  de  baryte  : 
on  jette  le  tout  sur  un  filtre  ,  et  quand  la  matière  est  égouttée, 
on  la  fait  sécher  dans  une  soucoupe. 

M.  Vauquelin  pense  que  l'albumine  et  la  fibrine  ,  qui  se 
sont  dissoutes  par  l'acide  sulfurique ,  ne  sont  pas  précipitées 
par  l'ammoniaque. 


SAN  191 

L'hématosine ,  p'réparée  par  le  procédé  de  Vauquelin,  est 
d'un  noir  brillant  comme  le  jayet. 

Elle  est  inodore,  insipide. 

Elle  se  délaie  dans  l'eau  sans  s'y  dissoudre.  Lorsqu'elle  est 
en  suspension  dans  ce  liquide ,  elle  paroît  d'une  couleur  rouge 
de  vin. 

Elle  se  dissout  bien  dans  les  acides  et  les  alcalis.  Les  solu- 
tions sont  d'un  rouge  pourpre.  Sa  dissolution  hydroclilorique 
ne  trouble  point  le  nitrate  de  baryîe.  Elle  n'éprouve  aucun 
changement  de  la  part  de  l'acide  gallique  et  de  Thydro-cya- 
noferrate  de  potasse.  Le  tannin  de  la  noix  de  galle  la  préci- 
pite sans  en  changer  la  couleur. 

Elle  donne  à  la  distillation  du  sous-carbonate  d'ammonia- 
que une  huile  rouge- pourpre,  peu  de  gaz  et  un  charbon 
abondant. 

Des  propriétés  du  sang  à  l'état  noT^mal. 

Le  sang  des  artères  diffère  de  celui  des  veines  parJa  cou- 
leur ;  le  premier  est  d'un  rouge  tirant  sur  l'écarlate,  tandis 
que  le  second  est  d'un  rouge  pourpre. 

On  avoit  pensé  que  la  capacité  du  sang  artériel  pour  la 
chaleur  étoit  plus  grande  que  celle  du  sang  veineux  ;  mais  M. 
'J.  Davy  a  trouvé  ces  capacités  sensiblement  égales, 

La  densité  du  sang  artériel  est  un  peu  inférieure  à  celle 
du  sang  veineux;  et  ces  densités  sont  supérieures  à  celle  de 
l'eau. 

Lorsqu'on  examine  le  sang  artériel  et  le  sang  veineux  au 
microscope,  ils  paroissent  formés  de  globules  colorés  en 
rouge  et  d'un  liquide  incolore,  ainsi  que  Leeuwenhoeck  le 
découvrit  le  premier  en  1674.  En  1818,  M.  Home  prouva  que 
ces  globules  sont  formés  d'un  globule  central  de  fibrine  et 
d'une  enveloppe  colorée.  Après  être  sortis  des  vaisseaux ,  les 
globules  de  fibrine  se  séparent  de  leur  enveloppe,  pour 
former  des  fibres  ou  des  membranes  en  s'agrégeant  ensemble. 
M.  Hewson  a  vu  que  les  globules  du  sang  sont  aplatis  et  que 
dans  tous  les  mammifères  ils  sont  circulaires;  tandis  qu'ils 
sont  ovales  dans  les  oiseaux,  et,  en  général,  dans  les  ani- 
maux à  sang  froid  :  nous  disons ,  en  général ,  parce  qu'il  a 


Ï92  SAN 

considéré  les  globules  de  l'anguille,  du  saumon,  de  la  carpe 
et  de  la  vipère  comme  circulaires. 

MM.  Prévost  et  Dumas,  en  182  i  ,  ontconfirmé  ces  résultats, 
sauf  qu'ils  ont  vu  que  les  globules  de  la  vipère  sont  ellipti- 
ques, et  qu'ils  soupçonnent  qu'il  en  est  de  même  des  globules 
de  l'anguille,  du  saumon  et  de  la  carpe. 

Ces  savans  pensent  qu'un  globule  du  sang,  de  forme  cir- 
culaire, se  compose  d'un  sphéroïde  de  fibrine  transparent  et 
d'une  espèce  de  vessie  membraneuse,  colorée  et  aplatie, 
renfermant  le  sphéroïde;  quant  aux  globules  elliptiques,  il 
leur  semble  que  le  sphéroïde  de  fibrine,  qui  est  au  centre, 
est  enveloppé  d'une  substance  qui  lui  donne  la  forme  ovoïde. 
Suivant  les  mêmes  savans,  le  sang  artériel  contient  plus  de 
globules  que  n'en  contient  le  sang  veineux. 

Coagulation  du  sans- 

Le  sang,  tiré  des  vaisseaux  d'un  animal,  est  à  peine  aban- 
donné à  lui-même,  qu'il  se  coagule,  sans  qu'il  y  ait,  suivant 
J.  Davy,  un  dégagement  appréciable  de  chaleur. 

Voici  ce  qui  semble  se  passer  dans  la  coagulation  :  Dès  que 
le  sang  est  en  repos,  l'enveloppe  colorée  d'un  certain  nombre 
de  corpuscules  de  fibrine,  se  sépare  de  ceux-ci;  les  corpus- 
cules, devenus  libres,  s'agrègent  et  forment  une  sorte  de 
réseau,  qui  retient  entre  ses  parties,  1."  les  enveloppes  co- 
lorées des  globules  qui  se  sont  décomposés;  2."  des  globules 
qui  n'ont  éprouvé  aucun  changement;  3.°  le  sérum.  Peu  à 
peu  les  globules  de  fibrine  se  rapprochent  et  une  partie  de 
sérum  s'en  sépare  ,  ainsi  que  nous  l'avons  dit  en  parlant  de 
l'analyse  du  sang.  D'après  cela,  on  conçoit  comment  en 
pressant  le  caillot  au  sein  de  Peau  ,  ou  en  le  malaxant  dans  un 
tamis  de  crin  sous  un  filet  de  ce  liquide,  on  parvient  à  sé- 
parer de  la  fibrine  tout  le  sérum  et  les  parties  colorées  qu'elle 
retenoit  entre  ses  parties. 

MM.  Prévost  et  Dumas  pensent  que  la  partie  colorée  est  gé- 
latineuse ,  transparente,  insoluble  dans  Peau,  dont  elle  peut 
toujours  se  séparer  par  le  repos ,  et  que  ses  parties  ne  peuvent 
s'agréger  ensemble  comme  le  font  les  corpuscules  de  fibrine 
qu'elles  enyeloppoient  j  leur  division  est  telle,  qu'elles  pas- 


SAN  195 

sent  au  travers  des  filtres  :  c'est  ce  qui  a  fait  croire  à  plu- 
sieurs chimistes  que  la  substance  colorante  de  sang  est  so- 
luble. 

MM.  Prévost  et  Dumas  pensent  que  l'hématosine  est  com- 
posée d'une  substance  animale,  qui  peut  être  de  l'albumine 
— I—  du  peroxide  de  fer. 

Du  sang  considéré  dans  les  diverses  classes 
d' animaux  vertébrés. 

Densité  moyenne. 
Sang  de  l'homme..    1,0627   Haller. 
Sang  de  bœuf i,o56     Fourcroy. 

Diamètre  des  globules  circulaires  dans  plusieurs  espèces 
d'animaux. 

Diamètre  réel  en  fractions  du  milliiuètre. 

Callitriche rh  {') 

Homme 

Chien 

Lapin 

Cochon 

Hérisson 

Cochon  d'Inde. 
Muscardin  .... 

Ane 7I7 

Chat ) 

Souris  grise...     | 777 

Souris  blanche    ) 

Mouton \ 

Oreillard I 

Cheval \ -^ 

Mulet I 

Bœuf ; 

Chamois \  _L_ 

Cerf. j '" 

Chèvre Tjj- 

1   M.   Kater   avoit  eu   les   résultats  suivans  : 

Homme -^  de  millimètre. 

Veau ^ 

Souris -—^ 

Raie -rj 

/)7-  i3 


,94  SAN 

Diamètre  des  globules  elliptiques  dans  plusieurs  animaux. 


Orfraie. 
Pigeon  . 

Dinde  . . 
Canard . 


Poulet 


Paon 

Oie 

Corbeau 

Moineau. 

Cliardonneret  .. 


Mésange 

Tortue  terrestre 

Vipère 

Orvet 

Couleuvre  de  Rasomouski 

Lézard  gris 

Escargot 


Salamandre  ceint.  1 
Salamandre  à  crête 


Crapaud  commun 1 

Grenouille  commune , 

Grenouil.  à  tempe  tachetée . 


Lote 

Veron.. . 
DormiUe. 


SAN 


195 


Proportions  des  globules ,  de  l' albumine  et  de  l'eau 
dans  plusieurs  espèces  d'animaux,  et  température 
moyenne  de  ces  animaux ,  suivant  MM.  Prévost 
et  Dumas. 


NOM 

DE    l'  A  N  I  M  A  r.. 


TEMPERATURE 

MOVKNNE. 


10000  parties  de  sang    con 
tiennent 


Pigeon  

Poule    ...... 

Canard '. 

Corbeau  

Héron 

Singe 

Honinie 

Cochon  d'Inde.  . 

Chien 

Chat 

Chèvre 

Veau 

Lapin    

Cheval 

Mouton,  sang  art. 

—     sangvein. 

Truite 

Lote 


42 
42t 

41 

35,5 

39 

38 

57,4 
38,5 

39,^ 


36,8 
38 


Grenouille  > 

Tortue  .   . 
Anguille  .  , 


celle  du   milieu 

ambiant    .  . 
q''  dans  une  eau 

'       de 

a  7  ,5  ...  . 
celle  de  l'air 


i557 
1  671 
1601 
i/,G6 

M,(n 

1280 

1238 

1204 

1020 

912 

gSS 

920 

935 

861 

638 


690 
i5o6 
600 


469 
63o 

847 
664 
592 

779 
869 
872 
655 
843 
834 
8,8 
683 
897 
772 
775 
725 

657 

464 
806 
940 


7974 
7799 
7662 
7970 
8082 
7760 
7839 
7848 
8107 
7953 
8146 
8260 
8379 
8182 
8293 
8364 
8637 

8862 

8846 
7688 
8460 


Voici  comment  ces  déterminations  ont  été  faites. 

(a)  On  a  séparé  le  sérum  du  caillot;  bien  entendu  que 
celui-ci  en  retenoit  une  certaine  quantité. 

(t)  On  a  déterminé,  par  l'évaporation ,  la  proportion  des 
matières  fixes  contenues  dans  le  sérum  séparé  du  caillot  (a) , 
en  supposant  que  la  partie  volatile  n'étoit  que  de  l'eau  pure. 

(c)  On  a  déterminé,  par  le  même  moyen,  la  proportion 
de  l'eau  contenue  dans  le  caillot,  et  d'après  la  quantité  d'eau, 
f>n  a  conclu  la  proportion  du  sérum;  parce  qu'on  a  supposé 


196  SAIN 

que  le  caillot  étoit  formé  de  particules  sèches  et  de  sérum. 
Le  poids  du  sérum,  ainsi  obtenu ,  retranché  du  poids  du  cail- 
lot, donne  le  poids  des  globules. 

Nous  observerons  que,  tout  en  admettant  que  la  propor- 
tion des  globules,  déterminée  d'après  cette  supposition,  ne 
doive  pas  s'élt)igner  beaucoup  de  la  vérité,  cependant  il  ne 
seroit  pas  impossible  que  le  liquide  qui  se  trouve  dans  les 
"lobules  du  sang  fût  tout  différent  du  sérum. 

MM.  Prévost  et  Dumas  concluent  des  observations  consi- 
gnées dans  ce  tableau  : 

1 .°  Que  les  oiseaux ,  dont  la  température  est  plus  élevée  que 
celle  des  animaux  des  autres  classes,  sont  aussi  les  animaux 
dont  le  sang  est  le  plus  riche  en  globules; 

2.°  Que  les  mammifères  sont,  après  les  oiseaux,  les  ani- 
maux dont  le  sang  est  le  plus  riche  en  globules,  et  il  semble- 
roitque  le  sang  des  carnivores  en  contient  plus  que  celui  des 
herbivores; 

3.°  Que  le  sang  des  animaux  à  sang  froid  contient  moins 
de  globules  que  celui  des  animaux  à  sang  chaud. 

Analyse  du  sérum       Analyse  du  sérum 
du  sang  de  l'homme.       du  sang  du  bœuf. 
Berzclius.  Berzelius. 

Eau ^jo5     905 

Albumine  ou  substances  in- 
solubles dans  l'alcool.  .  .     80 79j99" 

Lactate  de  soude  et  matière 

extractive 4 'jj^?-'' 

Chlorures  de  potassium  et  de 

sodium G 2,565 

Soude  carbonatée  et  un  peu 

de  matière  animale.  ...       4 1,620 

Perte o 4,7^0 

Sang  considéj'é  aux  différéns  âges  de  la  vie  d'un 
animal  d'une  même  espèce. 

Le  sang  n'a  point  été  étudié  sous  ce  rapport  d'une  manière 
approfondie.  Fourcroy  a  annoncé  que  le  sang  du  fétus  qui 
n'a  pas  respiré,  contient,  au  lieu  de  fibrine,  une  matière 


SAN  197 

gui  se  présente  à  l'état  d'un  tissu  mollasse,  sans  consistance 
et  comme  gélatineux;  qu'il  ne  devient  pas  rutilant  par  le  con- 
tact de  l'air,  et  qu'il  ne  donne  pas  de  phosphate  à  l'analyse. 

Sang  considéré  dans  deux  individus  de  sexe  différent. 

cor7^espondant  d'âge ,  et  appartenant  à  une  même 

espèce. 

Le  sang  n'a  point  été  étudié  sous  ce  rapport. 
Sang  à  l'état  pathologique. 

Il  n'existe  que  des  observations  détachées  sur  le  sang  consi- 
déré dans  des  animaux  malades,  et  ces  observations  n'ont  été 
faites  que  sur  le  sang  de  l'homme.  Voici  les  résultats  princi- 
paux de  ce  qu'on  sait  à  ce  sujet. 

Sang  inflammatoire. 

MM.  Déyeux  et  Parmentier  ont  vu  que  le  sang  des  pleu- 
rétiques  ,  abandonné  à  lui-même  ,  se  recouvre  d'une  couenne  ; 
qu'il  se  prend  en  un  caillot  mou;  que  le  sérum  chauffé  ne 
présente  point  une  coagulation  consistante. 

Ils  regardent  la  couenne  comme  de  la  fibrine  altérée. 

Sang  de  trois  scor^lutiques  âgés  c?e  29  à  47  ans. 
Les  mêmes  savans  ont  vu  que  le  sang  de  ces  trois  malades 
n'étoit  pas  plus  fluide  que  le  sang  normal;  qu'il  se  coaguloit 
spontanément;  qu'il  avoit  une  odeur  particulière;  que  lesérum 
étoit  moins  susceptible  de  se  coaguler  par  la  chaleur  que  le 
sérum  à  l'état  normal  ;  que  le  caillot  donnoit  de  la  fibrine  par 
le  lavage.  Le  sang  d'un  des  scorbutiques  s'est  recouvert  d'une 
couenne,  mais  moins  épaisse  que  celle  du  sang  inflammatoire. 

Sang  d'individus  attaqués  de  Jièvres  putrides. 

MM.  Déyeux  et  Parmentier  n'ont  aperçu  aucune  différence 
bien  spéciale  entre  le  sang  des  fièvres  putrides  et  le  sang  nor- 
mal ;  car  le  sang  d'un  individu  attaqué  d'une  fièvre  putride 
se  couvroit  de  couenne,  comme  le  sang  inflammatoire;  tan- 
dis que  le  sang  d'un  autre  individu,  atteint  delà  même  ma- 
ladie, n'en  présentoit  pas.  Ils  n'y  ont  pas  remarqué  de  signe 
de  putridité;  enfin,  dans  la  plupart  de  leurs  essais,  le  sérum 
a  paru  se  séparer  difficilement  du  caillot. 


'98  SAN 

Sang  des  diabétiques. 

Rollo  avoit  annoncé  la  présence  du  sucre  dans  le  sang  de 
ces  malades  ;  mais  Wollaston  et  Vauquelin  n'y  en  ont  pas 
trouvé. 

Sang  des  enfans  attaqués  de   V Indui-ation  du  tissu 
cellulaire.  ' 

Le  sang  de  deux  enfans  attaqués  de  celte  maladie,  sans 
l'être  en  même  temps  d'une  ictère,  m'a  présenté  les  propriétés 
suivantes. 

Il  s'est  coagulé  spontanément,  le  caillot  étoit  peu  abondant  ; 
quand  je  l'ai  lavé,  il  m'a  donné  une  fibrine  blanche,  peu  te- 
nace. 

Le  sérum,  séparé  du  caillot,  étoit  presque  incolore  ;  aban- 
donné à  lui-même,  il  s'est  pris  en  totalité  en  gelée. 

Sang  des  enfans  attaqués  de  F  induration  du  tissu 
cellulaire  et  d'une  ictère. 

Lorsqu'on  incise  la  peau  des  enfans  morts  de  cette  mala- 
die ,  on  obtient  un  liquide  Jaune  formé  d'albumine ,  d'un  prin- 
cipe colorant  d'une  couleur  rouge-orangée,  et  d'un  principe 
colorant  vert  ou  peut-être  d'un  principe  colorant  bleu.  Ces 
mêmes  principes  existent  dans  la  bile.  Si  l'on  abandonne  le 
sang  de  ces  enfans  à  lui-même,  il  s'en  sépare  un  caillot  de 
fibrine  et  d'hématosine  ;  le  sérum  a  le  même  aspect,  que  le 
liquide  épanché  dans  le  tissu  cellulaire,  et  il  contient  les 
mêmes  principes  immédiats  que  lui;  et  une  propriété  com- 
mune à  ces  liquides  est  de  se  prendre  en  une  gelée  formée 
d'une  matière  membraneuse  et  d'un  liquide  contenant  la  to- 
talité ou  la  presque -totalité  des  principes  colorans  précités. 

J'ignore  si  le  sérum  des  enfans,  à  l'état  normal,  contient  la 
matière  spontanément  coagulable  que  je  signale  ici  :  dans  le 
cas  où  il  en  seroit  dépourvu,  ou  ,  ce  qui  revient  au  même, 
où  il  en  contiendroit  une  proportion  beaucoup  plus  foible 
que  celle  contenue  dans  le  sérum  des  enfans  attaqués  de  l'in- 

1  Ces  faits  et  les  suivans  font  partie  «l'un  mémoire  lu  à  l'Académie 
des  sciences,  le  4  Août  1823. 


SAN  ïQO 

duration,  et  qu'il  seroit  démontré  que  la  coagulation  s'opé- 
reroit  dans  le  tissu  cellulaire,  il  semble  qu'on  devroit  con- 
sidérer cette  matière  comme  la  cause  de  l'induration  des 
parties  où  le  sérum  s'est  épanché. 

Considérations  sur  la  composition  immédiate  du  sang. 

On  doit  remarquer  comme  un  des  résultats  les  plus  impor- 
tans  que  la  chimie  ait  fournis  à  la  physiologie,  la  découverte 
dans  le  sang  de  la  plupart  des  principes  immédiats  qui  consti- 
tuent une  grande  partie  de  la  masse  des  animaux.  Ainsi  on 
rencontre  dans  ce  fluide  ,  destiné  à  accroître  le  corps  des 
ctres  où  il  circule,  et  à  réparer  les  pertes  qu'il  éprouve  in- 
cessamment :  1.°  la  Jjbrine,  base  des  muscles;  2°  Valbumine, 
un  des  principes  immédiats  de  la  matière  cérébrale  et  d'un 
grand  nombre  de  liquides  non  excrémentitiels  ;  5."  le  phos- 
phate de  chaux;  4.°  le  phosphate  de  magnésie  ;  ces  deux  sels  sont 
la  base  inorganique  des  os;  è.°  Vosmazôme;  6°  la  matière  grasse 
du  cerveau;']."  ïurée,  un  des  produits  excrémentitiels  les  plus 
remarquables.  Enfin  ,  cette  énumération  seroit  incomplète,  si 
on  n'y  ajoutoit  pas  :  1 ."  la  matière  spontanément  coagulable  que 
m'a  présenté  le  sérum  des  enfans  attaqués  de  l'induration  du 
tissu  cellulaire;  2.°  deux  principes  colorans ,  que  le  sang  des 
enfans  attaqués  à  la  fois  de  cette  maladie  et  d'une  ictère,  m"a 
présenté  :  principes  que  j'ai  trouvés  dans  la  bile  de  l'homme 
et  celle  de  plusieurs  mammifères.  ' 

Avant  de  finir  cet  article,  je  ne  crois  pas  inutile  de  faire 
quelques  remarques  sur  la  proposition  que  plusieurs  savans 
ont  avancée  au  sujet  de  l'absence  ou  de  l'existence  de  la  bile 
dans  le  sang  des  ictériques.  MM.  Déyeux,  Clarion  et  Orfila 
disent  avoir  retrouvé  la  bile  dans  le  sang  des  ictériques  :  cette 
proposition  ne  peut  être  admise  dans  l'état  actuel  de  la 
science,  puisqu'aucun  de  ces  auteurs  n'a  prouvé  qu'on  peut 
extraire  de  ce  fluide  tous  les  principes  immédiats  de  la  bile, 

I  En  comptant  ici  la  matière  spontanément  coagulable  parmi  les 
principes  immédiats  du  sang,  je  ne  prétends  parler  que  du  pliénomène 
que  présente  cette  matière,  sans  décider  s'il  appartient  à  un  principe 
particulier,  ou  s'il  résulte  de  l'action  de  quelque  corps  sur  un  prin- 
cipe immédiat  déjà  connu,  par  exemple,  de  l'action  de  quelque  corps 
inorganique  sur  l'albumine. 


:^oo  SAN 

ou  au  moins  ceux  qui  constituent  ce  qu'on  a  appelé  sa  ma- 
tière résineuse  verte.  En  effet,  celte  dernière  matière ,  comme 
je  l'ai  prouvé  en  i8i>4,  n'est  pas  un  principe  immédiat;  elle 
est  formée  de  cholestérine,  d'acides  margarique  et  oléique, 
d'un  acide  particulier  et  de  deux  principes  colorans.  Ce  ré- 
sultat a  dû  me  rendre  plus  difficile  que  mes  prédécesseurs 
relativement  à  la  manière  dont  je  devois  énoncer  les  résultats 
de  mes  expériences  sur  le  sang  des  enfans  ictériques:  je  n'ai 
donc  point  dit  que  j'avois  découvert  la  bile  ou  sa  matière  co- 
lorante verte;  mais  seulement  deux  des  principes  colorans  que  la 
Lile  humaine  et  celles  de  plusieurs  mammifères  m'ontprésentés. 

M.  Ferrus  m'ayant  demandé,  pour  son  article  Ictéricie  du 
IVouveau  Dictionnaire  de  médecine,  un  résumé  de  mes  re- 
cherches sur  le  sang  en  général  et  sur  celui  des  enfans  icté- 
riques en  particulier,  je  lui  remis  une  note  à  ce  sujet,  à  la 
condition  qu'il  la  feroit imprimer  telle  que  je  l'avois  écrite: 
mais  cette  note,  malgré  la  promesse  que  M.  Ferrus  m'avoit 
faite  de  n'y  rien  changer,  a  été  tellement  tronquée  à  l'im- 
pression ,  que  je  déclare  ici  que  le  passage  inséré  sous  mon 
nom,  tome  12,  page  i5  ,  du  Nouveau  Dictionnaire  de  mé- 
decine n'est  pas  de  moi.   (Ch.) 

SANG-DRAGON.  (Bot.)  Le  sang-dragon,  employé  en 
médecine  sous  le  nom  de  résina  sanguis  draconis  ,  est  le  suc 
résineux  obtenu  par  incision  de  plusieurs  plantes  apparte- 
nant à  des  genres  éloignés  les  uns  des  autres,  et  même  à  des 
familles  fort  différentes.  Cette  substance  paroit  ne  pas  avoir 
été  inconnue  aux  anciens,  qui  la  désignent  assez  clairement 
dans  plusieurs  passages  de  leurs  écrits.  La  dénomination  qu'on 
lui  a  attribuée,  provient  peut-être  d'une  idée  chimérique, 
c'est-à-dire,  du  rapprochement  qu'on  a  fait  de  sa  couleur, 
qui  est  d'un  rouge  noir,  avec  celle  du  sang  desséché  du  dra- 
gon de  la  fable. 

Le  sang -dragon  existe  sous  trois  formes  dans  le  commerce 
de  la  droguerie.  Premièrement,  en  olives  enveloppées  dans 
des  feuilles  de  pandanus,  nouées  et  disposées  en  chapelets; 
secondement  ,  en  cylindres  plus  ou  moins  longs  et  aplatis, 
renfermés  dans  des  feuilles  de  palmier;  et  enfin,  en  masses 
plus  ou  moins  informes,  encore  marquées  des  impressions 
des  feuilles  qui  ont  servi  à  les  couvrir.  Le  sang- dragon  en 


SAN  201 

roseau,  ou  de  forme  olivaire ,  é(oit  celui  qu'on  estimoit  le 
plus;  mais,  dans  ces  derniers  temps,  on  est  parvenu  à  le  so- 
phistiquer avec  tant  d'adresse,  qu'il  faut  maintenant  le  sou- 
mettre à  quelques  essais  pour  constater  son  degré  de  pureté. 
Il  arrive  souvent  qu'il  est  mélangé  avec  des  résines  communes  , 
auxquelles  on  a  joint  une  forte  teinture  de  bois  de  Campéche. 

Le  sang -dragon  a  pour  principaux  caractères  physiques 
d'être  opaque  ou  quelquefois  transparent,  lorsqu'il  est  en 
lamelles  minces;  d'être  coloré  en  rouge -brun  foncé,  quand 
il  est  en  masse,  et  rutilant,  lorsqu'il  est  en  poudre.  Sa  con- 
sistance est  fragile  ,  friable  ;  sa  cassure  conchoïde  ,  lisse  et 
luisante.  Son  odeur  est  nulle  ou  légèrement  analogue  à  celle 
du  benjoin,  lorsqu'on  le  brûle.  Aussi  a-t-on  cru  qu'il  de- 
voit  plutôt  être  rangé  parmi  les  baumes  qu'avec  les  résines. 

L'eau  n'a  aucune  action  sur  le  sang-dragon,  mais  il  se  dis- 
sout en  grande  partie  dans  l'alcool  ,  auquel  il  donne  une 
brillante  couleur  rouge.  Sa  saveur  est  nulle  ou  légèrement 
stiptique,  ce  qu'on  attribue  au  tannin  qu'il  contient.  L'eau 
le  précipite  de  la  dissolution  alcoolique. 

Cette  résine  provient:  i."  du  p  ter  oc  arp  us  draco ,  L.,  de  la 
famille  des  légumineuses,  Juss. ,  et  de  la  diadelphie  décandrie 
de  Linné.  Elle  découle  du  tronc  de  cet  arbre,  qui  croit  aux 
Indes  orientales,  et  pour  la  distinguer,  on  la  nomme  sang' 
dragon  oriental.  2.°  Du  pterocarpus  santalinus ,  qui  croît  dans 
l'Amérique  méridionale;  mais  celle-ci  est  moins  abondante 
et  plus  souillée  d'impuretés.  3.°  Du  dracœna  draco  ou  véritable 
dragonnier,  de  la  famille  des  asparaginées  de  Jussieu  ,  et  de 
Vhexandrie  monogynie  de  Linné.  La  résine  sort  du  tronc  de 
ce  végétal  nionocotylédon  ,  spontanément  ou  par  incision, 
sous  forme  de  larmes  très- colorées.  Sa  patrie  n'est  pas  exac- 
tement connue,  et  tout  porte  à  croire  que  c'est  l'Afrique, 
car  c'est  à  tort  que  tous  les  auteurs  indiquent  que  le  sang- 
dragon  provient  des  îles  Canaries.  Le  seul  dragonnier  qu'on 
y  a  connu  ,  existoit  près  à''OrQtava,  et  il  y  avoit  été  introduit 
au  temps  des  Béthencourt,  lorsqu'ils  firent  la  conquête  des 
îles  Fortunées.  Ce  végétal,  qui  avoit  acquis  des  proportions 
monstrueuses,  a  été  rendu  célèbre  par  tout  ce  qu'en  ont 
écrit  les  voyageurs,  qui  alloient  le  visiter  comme  en  pèleri- 
nage; mais  un  orage  l'a  détruit  en  grande  partie  en  1822. 


*02  SAN 

4.°  Du  calamus  draco  de  Willdenow,  variété  du  calamus  i^o- 
tang  de  Linné,  végétai  de  la  famille  des  palmiers,  et  qui  est 
propre  à  presque  toutes  les  îles  de  l'archipel  des  Indes  orien- 
tales. Le  sang-dragon  en  est  obtenu,  suivant  Kaempfer,  en 
soumettant  ses  fruits  à  la  vapeur  de  l'eau  bouillante.  5." 
Enfin,  cette  résine  seroit  encore  obtenue  de  la  racine  d'un 
dalbergia  qui  croît  à  la  Guiane ,  et  d'un  croton  de  l'Amérique 
méridionale. 

On  a  aussi  donné  le  nom  de  sang-dragon  au  suc  astringent 
qui  exsude  abondamment  du  tronc  de  Veucal^yptus  resinifera  de 
la  Nouvelle-Galles  du  Sud  :  c'est  du  moins  sous  ce  nom  que 
l'employoit  le  chirurgien  en  chef  des  établissemens  anglois  de 
Botany-Bay,  dans  les  dyssenteries  chroniques. 

Les  propriétés  du  sang-dragon  ont  été  long-temps  préconi- 
sées comme  d'une  efficacité  réelle  dans  les  hémorrhagies  nom- 
mées anciennement  passives ,  et  comme  un  astringent  précieux. 
De  même  que  les  taches  qui  existent  sur  les  feuilles  de  la  pul- 
monaire avoient  fait  employer  cette  plante  dans  les  affections 
du  poumon ,  de  même  il  est  fort  probable  que  la  couleur  rouge 
du  sang-dragon  l'avoit  fait  choisir  pour  arrêter  les  pertes  san- 
guines. Ses  propriétés  astringentes  sont  à  peu  près  illusoires, 
et  leur  inefficacité  presque  universellement  reconnue. 

L'ancienne  pharmacie  faisoit  entrer  cette  résine  dans  la 
formule  des  pilules  d' alun  teint ,  dans  des  opiats,  et  surtout  dans 
des  poi/drcs  dentifrices.  On  l'administre  en  poudre  ou  en  tein- 
ture depuis  vingt-quatre  grains  jusqu'à  un  demi-gros. 

L'utilité  la  plus  réelle  du  sang-dragon  réside  dans  son  ap- 
plication aux  arts,  et  surtout  dans  la  composition  de  vernis 
très-brillans.  (Lesson.  ) 

Les  Espagnols  du  royaume  de  la  Nouvelle-Grenade,  près  la 
ville  de  Mariquita,  nomment  sang- dragon  le  croton  sangui- 
Jluus  et  le  croton  hibiscifolius  de  la  Flore  équinoxiale,  qui  tous 
deux  laissent  couler  de  leur  tronc,  par  incision,  un  suc  rouge 
semblable  aux  autres  sang-dragons.  (  J.) 

SANG-DE-DRAGON.  {Bot.)  Nom  vulgaire  de  la  patience 
sanguine.  (L.  D.) 

SANG-LERCHE.  (Omith.)  On  appelle  ainsi  en  Alle- 
magne l'alouette  des  champs,  alauda  arvensis ,  Linn.  (Ch.D.) 

SANG  DES  MARAIS.  {Bot.)  Paulet  (Traité  des  champ.. 


SAN  «o5 

2,  p.  227,  pi.  106,  fig.  1)  donne  ce  nom  à  Vagaricus  sangui- 
neus ,  Jacq.  ;  on  le  trouve  aux  environs  de  Paris,  à  Bondi  et 
dans  la  forêt  de  Senart ,  dans  les  endroits  humides.  Il  se  fait 
reconnoître  par  sa  couleur  d'un  beau  rouge  de  sang.  Il  a  deux 
pouces  de  hauteur;  sa  chair  est  un  peu  teinte  de  la  couleur 
de  la  surface.  (Lem.) 

SANG-RINN.  (Bot.)  Nom  que  les  habitans  du  port  Praslin  , 
à  la  Nouvelle -Irlande,  donnent  à  l'arbuste  nommé  scavola 
lobelia,  qui  croît  dans  les  sables  marins  des  rivages  ,  et  qui, 
le  premier,  sert  à  coloniser  les  écueils  formés  par  les  poly- 
piers, lorsqu'ils  sont  élevés  au-dessus  des  vagues.  (Lesson.) 

SANGA-SANGA.  {Bot.)  Nom  du  cjperus  papyrus  ,  L. ,  main- 
tenant Papyrus,  genre  distinct,  dans  l'ile  de  Madagascar.  (J.) 

SANGAM  BOUTILLE.  (Ormf/i.)  Nom  que  le  guêpier  porte 
à  Malimbe.  (Ch.  D.) 

SANGANGOUPI.  (Bot.)  Voyez  Picor.OTi.  (J.) 

SANGAULI.  {Bot.)  Mollien,  dans  le  tom.  2,  pag.  44,  de 
son  Voyage  en  Afrique ,  nomme  ainsi  le  suc  du  fruit  d'un 
arbre,  qui,  mélangé  avec  un  peu  de  farine  de  maïs,  sert 
d'aliment  aux  Nègres  du  Fouta  Diallon.  (Lesson.) 

SANGBOURKESS.  {Malac.)  Les  habitans  du  port  Praslin 
à  la  Nouvelle -Irlande  ,  donnent  ce  nom  à  la  coquille  du  tri- 
dacne  bénitier,  tandis  qu'ils  nomment  l'animal  marenoa.  (Lesson.) 

SANGDROSSEL.  {Ornith.)  Nom  allemand,  suivant  Blumen- 
bach  ,  de  la  grive  proprement  dite  ,  turdus  musicus ,  L.  (Ch.  D.) 

SANGELAPPO.  {Bot.)  Marsden  parle  d'un  petit  arbrisseau 
de  ce  nom  à  Sumatra,  dont  les  feuilles  sont  terminées  par 
une  longue  pointe,  et  les  fleurs  blanches  sans  étamines  ni 
pistil  visible.  11  veut  exprimer  probablement  des  fleurs  neu- 
tres, comme  celles  de  Vhortensia  ou  de  l'obier.  (  J.  ) 

SANGENON.  (  Min.)  C'est ,  suivant  Pline,  une  variété  d'o- 
pale qui  a  reçu  ce  nom  des  Indiens.  Voyez  Opale  et  Silex.  (B.) 

SANGHIRA.  {Bot.)  Flacourt  cite  sous  ce  nom  une  espèce 
d'indigo  de  Madagascar,  employée  comme  spécifique  dans  les 
maladies  pestilentielles.  (  J.) 

SANGLIER.  {Mamm.)  C'est  le  type  sauvage  de  l'espèce  de 
notre  cochon  domestique  d'Europe  ,  mais  non  pas  sans  doute 
de  toutes  les  races  domestiques  des  autres  parties  du  monde. 
C'est  ainsi  que  MM.  Lesson  et  Garnot  ont  considéré  comme 


2o4  SAN 

étant  la  souche  originaire  de  la  race  chinoise  ou  tonquine, 
un  sanglier  non  encore  connu  ,  qu'ils  ont  trouvé  à  la  Nouvelle- 
Guinée  ,  et  dont  ils  ont  publié  la  ligure  dans  la  première  li- 
vraison, planche  8,  de  la  Partie  zootogiqiie  du  voyage  autour 
du  monde,  fait  sur  la  corvette  la  Coquille. 

Cet  animal,  qu'ils  nomment  Cochon  des  Papous,  Sus  pa- 
puensis,  paroît  avoir  un  pied  et  demi  de  hauteur,  mesurée 
au  garrot.  Sa  tête  est  conique  ;  son  groin  médiocrement  gros; 
ses  oreilles ,  qui  n'ont  pas  beaucoup  de  longueur ,  sont  droites 
et  en  forme  de  cornet;  ses  canines,  aussi  petites  que  celles 
de  nos  cochons  domestiques,  ne  sont  nullement  appa- 
rentes au  dehors;  les  six  incisives  supérieures  sont  distantes 
entre  elles  et  la  plus  extérieure  de  chaque  côlé  est  dirigée 
en  arriére ,  tandis  que  la  mitoyenne  est  perpendiculaire 
et  l'intermédiaire  dirigée  obliquement  en  avant;  il  n'y  a 
que  quatre  incisives  inférieures,  qui  sont  proclives;  les  mo- 
laires sont  partout  au  nombre  de  cinq,  et  la  première  d'en 
bas  est  écartée  des  autres.  Le  corps  paroît  couvert  en  dessus 
de  poils  courts  et  d'un  fauve  brun  ,  qui  tire  au  gris-fauve 
très-clair  en  dessous.  La  queue  est  fort  courte  et  droite  ;  les 
jambes  sont  assez  épaisses  et  les  pieds  terminés,  comme  ceux 
des  cochons  proprement  dits,  par  quatre  sabots,  dont  les  deux 
plus  grands  seuls  posent  sur  le  sol.  (Desm.) 

SANGLIER.  {IchtlijoL)  Voyez  Cafros.  (H.  C.) 

SANGLIER  D'AFRIQUE,  SANGLIER  DU  CAP  VERT, 
SANGLIER  D'ETHIOPIE,  SANGLIER  HIDEUX,  SANGLIER 
A  LARGE  GROIN.  {Mamm.)  Ces  noms  ont  été  donnés  à  deux 
mammifères  d'Afrique,  qui  appartiennent  à  l'ordre  des  pa- 
chydermes, et  dont  M.  F.  Cuvier  a  formé,  un  genre  parti- 
culier, sous  le  nom  de  Puacochœre.  Voyez  ce  mot.  (Desm.) 

SANGLIER  D'AMÉRIQUE,  SANGLIER  DU  BRÉSIL ,  SAN- 
GLIER DU  MEXIQUE.  {Mamm.)  Ces  divers  noms  ont  été 
donnés  au  pécari.  Voyez  Cochon,  tom.  IX,  p.  5 18.  (Desm.) 

SANGLIER  DES  INDES  de  Brisson ,  et  SANGLIER  DES 
MOLUQUES  de  plusieurs  auteurs.  {Mamm.)  Dénominations 
attribués  au  babiroussa.  Voy.  CocrîON  ,  tom.  IX  ,  p.  5  1 6.  (Desm.) 

SANGLIER  A  MASQUE.  {Mamm.)  M.  Frédéric  Cuvier  a 
donné  le  nom  de  sanglier  à  masque,  suslarvalus ,  aune  espèce 
de  CocHor-',  qu'il  a  décrite  dans  le  tom.  IX,  pag.  5i5.  (Desm.) 


SAN  2o5 

SANGLIER  DE  MER.  {ïchlhjol.  )  Voyez  Capriscus  et  Porc 

MARIN.    (H.  C.) 

SANGORI.  {Bot.)  Nom  bi'auie  du  bomhax pentandrum  ,  L.  (J.) 
SANGSAM  ou  SEMSEM.  (Bot.)  C'est  le  nom  égyptien  de 
]a  graine  de  sésame,  sesamum  orientale  ,  que  les  Arabes  ap- 
pellent aussi  djjl-djjlan ,  tandis  que  Thuile  qu'on  en  retire  se 
nomme  ssaljth.  Les  Persans,  suivant  Langlès  ,  Itin.  de  Char- 
din ,  tom.  4,  pag.  85  ,  donnent  au  sésame  le  nom  de  gund- 
jeyd,  et  à  l'huile  celui  de  cliyrbahht.  Ils  couvrent  avec  cette 
graine  ,  suivant  Sonnini  (  Itin.,  tOm.  2,  pag.  260)  ,  des  pe- 
tits pains  qui  acquièrent  une  saveur  de  noisette  qui  leur 
plaît  beaucoup.  On  en  fait  aussi  du  tahiné ,  sorte  de  friandise 
composée  d'un  mélange  de  miel  ,  de  jus  de  citron  et  d'huile 
de  sésame.  Ce  végétal  paroit  indiqué  par  Hérodote  {Lib.  1  ) ,  Pline 
{lib.  18,  cap.  10),  etDioscoride  (  lib.  1.,  cap.  12).  (Lesson.) 
SANGSUE,  Hirudo.  (Entom.)  Groupe  d'animaux  du  type 
des  entomozoaires  ou  animaux  articulés  ,  de  la  classe  des 
apodes  de  M.  de  Blainville ,  de  celle  des  vers  à  sang  rouge 
de  M.  Cuvier,  et  des  annélides  de  M.  de  Lamarck  ,  établi 
comme  genre  par  Linné,  et  dont  les  zoologistes  modernes 
tels  que  MM.  Oken,  de  Blainville,  de  Lamarck,  Savigny, 
font  aujourd'hui  une  petite  famille  sous  la  dénomination 
de  Sanguisugaires,  ou  mieux  d'KmuDiNÉs,  Hirudinea;  car  il 
s'en  faut  de  beaucoup  que  tous  ces  animaux  se  nourrissent 
de  sang.  Elle  est  aisément  caractérisée  par  Palongement  et 
l'aplatissement  plus  ou  moins  considérable  du  corps  formé 
d'un  nombre  variable,  mais  toujours  très-grand,  d'anneaux 
ou  d'articulations  étroites,  sans  traces  d'appendices  locomo- 
teurs ,  et  constamment  pourvu  ,  à  l'extrémité  postérieure ,  d'un 
disque  musculaire  servant  de  ventouse  ;  bouche  antérieure 
souvent  au  fond  d'un  disque,  véritablement  en  ventouse; 
anus  non  terminal  et  dorsal  ;  appareil  de  la  génération  composé 
des  deux  sexes  sur  le  même  individu,  ayant  ses  orifices 
rapprochés  dans  la  première  moitié  de  la  face  ventrale. 

Définie  ainsi,  la  famille  des  hirudinés,  comprend  non- 
seulement  les  sangsues  proprement  dites,  et  qui  en  effet 
sucent  le  sang  de  tous  les  animaux  qu'elles  peuvent  atteindre  , 
mais  encore  beaucoup  d'autres  vers  qui  se  nourrissent  d'une 
tout  autre  manière   et  qui  présentent  des  différences    con- 


2o6  SAN 

cordantes  dans  l'organisation  ;  nous  en  connoîtrons  en  effet 
qui  se  rapprochent  beaucoup  des  néréides,  d'autres  des  lom- 
brics, d'autres  des  planaires,  et  même  quelques-uns,  suivant 
nous,  ont  été  confondus  avec  les  lernées  ou  les  épizoaires. 

Les  anciens  paroissent  n'avoir  connu  que  les  espèces  les 
plus  communes;  Aristote  n'en  fait  cependant  pas  mention, 
et  ces  animaux  n'étoient  pas  encore  employés  en  thérapeuti- 
que du  temps  d'Hippocrate  ;  Pline  les  désigne  très-bien  sous 
le  nom  àliirudines  et  de  sanguisugœ ,  en  en  distinguant  deux 
espèces.  La  sangsue  de  mer  est  très-bien  indiquée  parBelon, 
Rondelet  et  tous  les  auteurs  d'histoire  naturelle  de  la  renais- 
sance des  lettres.  Depuis  lors  Linné,  dans  sa  Faune  de  Suède, 
augmenta  le  nombre  des  espèces  de  ce  genre  ;  de  manière  que  , 
dans  la  douzième  édition  du  Systema  naturœ ,  il  fut  porté  à 
luit;  MuUer  en  décrivit  cinq  ou  six  autres;  en  sorte  que 
Gmelin ,  dans  son  édition  du  Systema  naturœ,  en  fît  monter 
le  nombre  total  à  quatorze,  toutes,  si  ce  n'est  une,  d'Europe. 
Depuis  lors  Shaw,  MM.  Leach ,  Dutrochet,  Savigny  en  ont 
fait  connoître  quelques  espèces  nouvelles. 

Cependant  l'introduction  des  nouvelles  méthodes  zoolo- 
giques a  nécessité  que  ces  différentes  espèces  de  sangsues 
fussent  examinées  avec  soin ,  ce  qui  a  permis  de  les  partager 
en  plusieurs  petites  coupes  génériques. 

M.  Oken  est  évidemment  le  zoologiste  qui  a  l'initiative; 
quoique  M.  de  Blainville  ait  été  conduit  de  son  côté,  et  au 
même  temps  à  peu  près  ,  à  proposer  les  mêmes  subdivisions 
que  M.  de  Lamarck  a  adoptées  de  ses  manuscrits. 

M.  Leach  avoit  aussi  déjcà  établi  un  genre  avec  les  espèces 
marines,  et  M.  Dutrochet  un  autre  avec  une  espèce  presque 
terrestre. 

Aune  époque  un  peu  plus  récente,M.  Savigny  fit  également 
l'examen  du  genre  Hirudo  de  Gmelin,  et  proposa  aussi  les 
mêmes  divisions  génériques,  dont  il  ne  crut  cependant  pas 
devoir  adopter  les  dénominations  ;  mais  il  augmenta  le  nombre 
des  espèces  qu'il  porta  à  dix-huit ,  dont  une  d'Egypte. 

Un  auteur  anglois,  M.  Johnson,  étudia  aussi  les  sangsues 
de  son  pays  et  créa  le  genre  Glossopore ,  déjà  établi  sous 
d'autres  noms  par  les  zoologistes  du  continent. 

Enfin ,  un  auteur  italien ,  M.  Caréna ,  fit  aussi ,  de  son  côté , 


SAN  207 

une  monographie  des  espèces  du  genre  Hirudo  ,  qui  se  trou- 
vent en  Piémont;  mais  il  ne  crut  pas  devoir  les  répartir  en 
diff'érens  genres. 

L'intérêt  et  l'importance  des  sangsues  médicinales  pour 
la  thérapeutique,  et  surtout  dans  ces  derniers  temps,  ont 
fait  qu'on  ne  s'est  pas  borné  à  distinguer  les  espèces  de  ce 
genre  d'une  manière  purement  zoologique  et  systématique  ; 
aussi  déjà  le  nombre  des  personnes,  qui  se  sont  occupées  de 
l'étude  de  leur  organisation,  est -il  considérable. 

Méry  et  Morand  le  père,  anciens  membres  de  l'Académie 
des  sciences  de  Paris,  me  semblent  avoir  pris  l'initiative. 
Mais,  depuis  eux,  l'anatomie  de  la  sangsue  médicinale  a  été 
successivement  étudiée  par  Durondeau  ,  Thomas,  Bibiena , 
Vitet,  Spix,  Home,  Bojanus,  Kuntzmann,  et  par  MM.  Virey, 
Dutrochet,  Johnson,  Huzard  fils. 

Malgré  cela  ,  je  ne  crois  pas  qu'elle  soit  encore  complète, 
et  les  différences  d'opinion  sur  plusieurs  points  sont  très- 
grandes  et  même  réellement  assez  singulières,  comme  nous 
allons  le  voir  tout  à  Pheure. 

Une  autre  partie  de  l'histoire  des  sangsues,  qui  avoit  éga- 
lement été  fort  négligée  jusque  dans  ces  derniers  temps,  et 
que  leur  grande  cherté  et  même  la  difficulté  de  s'en  pro- 
curer pour  les  besoins  de  la  médecine,  a  forcé  d'étudier,  est 
leur  mode  de  reproduction  et  de  conservation.  M.  Lenoble , 
médecin  de  Versailles  ,  paroit  être  le  premier  qui  ait  rap- 
pelé que  les  sangsues  médicinales  formoient  une  sorte  de 
cocon,  à  peu  près  comme  Bergmann  l'avoit  observé  pour 
une  autre  espèce,  TH.  octoculata  ou  H.  vulgaris:  sa  Notice  sur 
les  sangsues  parut  à  Versailles,  en  1821.  M.  P.  Rayer  publia, 
en  1824,  un  mémoire  fort  intéressant  sur  ce  sujet,  intitulé: 
Observations  sur  le  développement  des  œufs  de  plusieurs 
espèces  ovipares,  appartenant  au  genre  Hirudo.  MM.  Ber- 
trand, Guyon  ,  Achard  et  plusieurs  autres,  se  sont  occupés 
du  même  objet,  ou  des  moyens  de  conserver  et  même  de  faire 
propager  les  sangsues;  en  sorte  qu'aujourd'hui,  parle  con- 
cours de  tous  les  observateurs  que  nous  avons  cités ,  il  nous  sera 
possible  de  donner  une  sorte  de  monographie  complète  de 
ce  genre  sous  le  triple  rapport  anatomique,  physiologique  et 
zoologique.  C'est  ce  que  nous  allons  faire  avec  quelques  dé- 


2o8  SAN 

tails  ,  vu  l'importance  du  sujet,   en  prenant  pour  type  la 
sangsue  médicinale  ,  qui  est  de  beaucoup  la  mieux  connue. 

Anatomie  des  sanosues. 

o 

Le  corps  d'une  sangsue,  dans  un  état  de  reptation  et  d'ex- 
tension modérée  ou  médiocre,  estalongé,  un  peu  déprimé, 
plus  convexe  en  dessus  qu'en  dessous,  s'atténuant  insensible- 
ment en  avant  et  beaucoup  moins  en  arrière,  où  il  est  ar- 
rondi; il  en  résulte  que  son  plus  grand  diamètre  est  vers  le 
tiers  ou  le  quart  postérieur.  Il  est  formé  d'un  nombre  un 
peu  variable,  mais  cependant  dans  des  limites  assez  rappro- 
chées, d'anneaux  ou  d'articulations  bien  régulières,  bien 
égales,  séparées  par  des  interstices  un  peu  plus  étroits  et  sub- 
linéaires. L'extrémité  antérieure  est  obtuse  ,  quoique  sub- 
anguleuse. Dans  l'état  d'inaction  elle  présente  un  grand  orifice 
ovale,  déprimé,  oblique,  parce  que  des  deux  lèvres  la  supé- 
rieure, composée  d'anneaux  incomplets,  avance  sensiblement 
plus  que  l'inférieure,  formée  par  le  bord  du  premier  anneau 
complet,  sans  qu'il  y  ait  d'étranglement  bien  marqué  au-delà  ; 
en  sorte  qu'il  n'y  a  pas  de  ventouse  distincte,  quoique  ces  lè- 
vres en  fassentla  fonction.  Sur  les  premiers  anneaux  on  observe 
avec  plus  ou  moins  de  facilité  des  points  noirs,  qu'on  a  décorés 
du  nom  d'yeux ,  mais  qui  en  sont  tout  au  plus  des  rudimens 
bien  imparfaits.  Ils  sont  au  nombre  de  cinq  paires  bien  régu- 
lièrement disposés  en  un  fer  à  cheval,  à  branches  longues 
et  serrées.  Dans  tout  le  reste  du  dos  on  n'aperçoit  que  des 
pores  muqueux  assez  irréguliers;  et,  enfin,  tout-à-ftiit  en  ar- 
rière, une  ouverture  beaucoup  plus  évidente,  parfaitement 
médiane  pour  l'anus.  La  face  ventrale  du  corps  présente  vers 
le  premier  quart  de  sa  longueur  deux  grands  orifices  mé- 
dians, à  quelque  distance  l'un  de  l'autre,  dont  l'antérieur 
sert,  comme  nous  le  verrons,  de  sortie  à  l'organe  mâle,  et 
le  postérieur  est  l'organe  femelle  de  l'appareil  générateur  ; 
dans  toute  sa  longueur  on  voit  sur  cette  face  inférieure 
du  corps  des  pores  latéraux  assez  renflés  ou  tuberculeux , 
rangés  par  paires,  une  de  cinq  en  cinq  anneaux;  enfin,  à 
l'extrémité  postérieure  est  un  disque  musculaire  parfaitement 
circulaire,  un  peu  concave,  formant  une  sorte  de  ventouse. 
J'ai  remarqué  aussi  quelquefois  que  chaque  anneau  est  pour- 


SAN  809 

vu  de  chaque  c6té  d'un  petit  tubercule  peu  saillant,  rétrac- 
lile  ;  rudiment  sans  doute  d'appendice,  mais  dans  lequel  ie 
n'ai  jamais  pu  apercevoir  de  soies  ;  aucun  auteur  n'en  a  fait 
mention  ,  du  moins  à  ma  connoissance. 

L'enveloppe  des  sangsues  est  molle  dans  toutes  ses  parties  et 
dans  toutes  les  directions,  au  point  que  l'animal  peut  aisé- 
ment passer  de  la  forme  semi  -globuleuse  à  une  forme  sub- 
linéaire. La  peau  proprement  dite  est  adhérente  dans  tous  ses 
points,  et  même  presque  confondue  avec  le  tissu  contractile 
sous-jacent.  On  peut  y  distinguer  un  épiderme,  ou  mieux 
une  sorte  de  vernis  extrêmement  mince  ,  appliqué  sur  un  pie- 
mentum  assez  épais,  granuleux,  coloré  de  manière  diverse. 
Le  derme  lui-même  est  assez  peu  épais,  adhérent,  subtuber- 
culeux ,  à  cause  du  grand  nombre  de  cryptes  ,  dont  il  est 
parsemé,  ce  qui  lui  donne  un  aspect  poreux.  On  a  remar- 
qué que  chaque  anneau,  séparé  des  autres  par  une  rainure 
assez  profonde,  est  lui-même  partagé  en  deux  par  un  pli 
transverse  ,  sur  lequel  tombent  des  fissures  longitudinales 
nombreuses. 

Les  cryptes  de  la  peau  sont  plus  grands,  plus  développés  de 
chaque  côté  du  ventre,  de  cinq  en  cinq  anneaux,  et  forment 
une  saillie  ou  tubercule  assez  considérable,  percé  d'un  grand 
pore.  Ce  sont  ces  organes  que  M.  Thomas  a  nommés  des  bourses 
muqueuses,  et  qu'il  a  regardés  comme  des  espèces  de  poumons, 
on  ne  sait  réellement  pas  pourquoi,  puisqu'ils  ne  contiennent 
jamais  d'air ,  et  qu'ils  sont  remplis  de  la  même  mucosité  qui  se 
trouve  dans  tous  les  autres  cryptes  du  reste  de  la  peau,  et 
d'ailleurs  leur  position  n'a  rien  d'analogue  à  celle  des  organes 
respiratoires.  Voici  la  disposition  que  je  leur  ai  reconnue  . 
dans  toute  la  longueur  de  la  sangsue,  de  chaque  côté  du 
canal  intestinal,  dans  l'intervalle  des  sinus  de  l'estomac,  où 
ils  existent  en  connexion  immédiate  avec  le  grand  vaisseau 
latéral,  on  voit  une  série  d'organes  composés  d'une  partie 
que  je  regarde  comme  sécrétoire  ,  et  d'une  vésicule  ou  bourse 
servant  de  vésicule  de  dépôt.  La  partie  sécrétoire  a  la  forme 
d'un  petit  intestin,  de  couleur  opaline,  replié  sur  lui-même 
et  atténué  à  chaque  extrémité  ;  par  l'une,  qui  est  interne 
et  qui  touche  presque  le  testicule  dans  les  endroits  où  ces 
organes  sont  en  connexion  ,  arrivent  les  vaisseaux  sanguins , 
47.  U 


SAN 

et  par  l'autre  se  fait  la  communication  avec  la  bourse.  Celle- 
ci  est  plus  postérieure  et  un  peu  plus  interne,  placée  au  bord 
externe  de  la  bande  cellulaire,  qui  accompagne  le  système 
nerveux;  elle  touche  la  peau.  Ses  parois  sont  minces  :  elle 
est  donc  entièrement  creuse  et  elle  s'ouvre  par  le  grand 
pore  de  la  peau. 

Je  crois  m'étre  bien  assuré  que  ces  organes  n'ont  aucun 
rapport  réel  avec  la  partie  mâle  de  l'appareil  générateur, 
comme  le  pense  M.  Spix;  mais  je  n'en  crois  pas  davantage 
que  ce  soient  des  organes  de  respiration,  comme  l'a  dit  M.  Tho- 
mas. Ils  sont  au  nombre  de  dix  -  huit  de  chaque  côté ,  ce  qui 
répond  assez  bien, aux  pores  muqueux  qu'on  voit  de  cinq  en 
cinq  anneaux. 

Cette  peau  si  molle,  si  contractile  des  sangsues,  est  très- 
probablement  le  seul  organe  des  sens  qu'on  puisse  leur  re- 
connoitre. 

Je  ne  vois  en  effet  aucun  appendice  ,  aucune  cavité  qu'on 
puisse  regarder  comme  le  siège  de  l'olfaction. 

Il  peut  très-bien  exister  un  organe  du  goût,  probablement 
dans  les  espèces  de  lèvres  qui  précèdent  les  tubercules  den- 
tifèrcs;  mais  il  est  encore  impossible  de  l'assurer. 

On  remarque,  comme  nous  Tavons  dit  plus  haut,  à  la  face 
supérieure  des  premiers  anneaux  du  corps,  des  points  noirs 
formés  par  de  très-petites  calottes  creuses,  qui  ont  en  effet 
quelque  ressemblance  apparente  avec  les  yeux  lisses  ou  stem- 
mates  des  hexapodes  ,  et  encore  mitux  avec  des  organes  sem- 
blables qui  existent  dans  les  néréides;  mais  sont-ce  réellement 
des  yeux?  C'est  ce  dont  je  doute  beaucoup;  puisqu'en  effet 
ils  paroissent  n'en  avoir  ni  la  structure ,  ni  les  usages.  M.  Spix 
dit  que  ce  ne  sont  très -probablement  que  des  glandes  der- 
miques, du  moins  dans  la  sangsue  des  poissons;  mais  je  ne 
suis  pas  de  cette  opinion.  M.  Caréna  les  décrit  comme  des 
trous  ovales,  percés  dans  la  peau,  et  remplis  par  une  mem- 
brane d'un  bleu  très- foncé.  Ces  organes  sont  réellement  assez 
profondément  situés  dans  le  tissu  contractile.  Ils  semblent 
formés  chacun  par  une  petite  cupule  noire,  ayant  un  orifice 
plus  étroit  à  la  surface  de  la  peau,  et  d'une  consistance  assez. 
ferme.  Examinés  attentivement  au  microscope,  je  n'ai  pu  y 
apercevoir  ni  vaisseaux  ni  nerfs;  mais  seulement  une  sorte  de 


SAN 

membrane  assez  épaisse,  subgranuleuse  et  de  couleur  noire. 
Toujours  est- il  qu'ils  ont  une  disposition  fixe  dans  chaque 
espèce,  ce  qui  a  servi  à  les  distinguer. 

Quant  à  l'organe  de  l'audition,  la  place  des  sangsues  dans 
la  série  animale  ne  permet  pas  d'admettre  qu'il  puisse  exister 
chez  ces  animaux. 

L'appareil  locomoteur  consiste  en  sa  partie  active  seule- 
ment, et  encore  est-elle  presque  entièrement  confondue  avec 
la  peau  qui  la  recouvre;  ainsi,  c'est  à  tort  que  quelques  au- 
teurs ont  admis  que  chaque  anneau  du  corps  est  soutenu  par 
une  bande  cartilagineuse.  Je  ne  connois  rien  de  cette  nature 
dans  toute  l'organisation  des  sangsues.  La  fibre  contractile  a 
un  aspect  satiné,  luisant,  comme  dans  la  plupart  des  autres 
entomozoaires. 

La  partie  distincte  du  système  musculaire  forme  donc 
une  couche  médiocrement  épaisse  à  la  face  interne  de  la 
peau,  dans  toute  son  étendue,  mais  un  peu  plus  épaisse  en 
dessous  qu'en  dessus.  Cette  couche  est  composée  de  deux 
plans;  l'externe,  formé  de  fibres  circulaires  ou  transverses, 
est  beaucoup  plus  mince  que  l'interne:  celui-ci  est  au  con- 
traire assez  épais  et  surtout  en  dessous  :  on  voit  aisément 
qu'il  est  entièrement  composé  de  fibres  longitudinales,  fas- 
ciculées,  dont  les  plus  externes  se  terminent  d'un  anneau 
à  l'autre,  tandis  que  les  internes  ont  une  étendue  beaucoup 
plus  considérable.  On  remarque  en  outre  des  faisceaux  de 
fibres  transverses  en  dedans  du  plan  formé  de  fibres  longi- 
tudinales et  qui ,  nés  au  dos  par  une  partie  élargie,  se  portent 
de  chaque  côté  de  la  ligne  ventrale,  les  sinus  de  l'estomac 
s'interposant  à  leur  terminaison;  ce  qui  produit  autant  de 
brides  transverses  qu'il  y  a  de  ces  sinus  ou  cœcums. 

A  l'extrémité  antérieure  du  corps  ces  deux  plans  de  fibres 
semblent  pour  ainsi  dire  se  confondre,  et  il  en  résulte  un 
tissu  contractile  non  distinct  de  celui  du  derme  et  qui  cons- 
titue les  deux  lèvres  ou  les  bords  de  l'ouverture  antérieure, 
susceptible  alors  de  prendre  toutes  les  formes. 

A  l'extrémité  postérieure  il  y  a  aussi  une  sorte  de  confu- 
sion des  deux  plans  de  fibres  musculaires;  mais  elles  pren- 
nent une  nouvelle  disposition  particulière.  En  effet,  les  libres 
longitudinales  j  rapprochées  à  cause  de  l'absence  des  viscères. 


3Î2  SAN 

partent  d'un  point  central  pour  s'irradier  à  la  circonférence 
du  disque  ,  que  nous  avons  dit  terminer  le  corps  de  la  sang- 
sue; tandis  que  les  fibres  circulaires  conservent  leur  dispo- 
sition ordinaire.  II  en  résulte  un  véritable  disque,  dont  le 
milieu,  ainsi  que  les  lèvres  ou  les  bords  peuvent  s'appliquer 
sur  les  corps  étrangers. 

L'appareil  de  la  digestion  est  à  peu  près  comme  dans  les 
autres  entomozoaires  apodes  et  en  général  comme  dans  la  plu- 
part des  chélopodes,  c'est-à-dire  qu'il  n'y  a  pas  de  lacune  évi- 
dente et  séreuse  entre  l'enveloppe  extérieure,  sensible  etloco- 
motrice  ,  et  celle  qui  constitue  le  canal  intestinal.  On  remarque 
même,  au  contraire,  que  ces  deux  parties  sont  réunies  entre 
elles  par  des  brides  celluleuses  et  vasculaires  nombreuses,  qui 
passent  de  l'une  à  l'autre,  et  qui  peuvent  ainsi  produire  des 
espèces  d'étranglemens,  et  par  suite  une  série  de  poches  ou 
de  dilatations  de  l'intestin,  comme  cela  va  être  dit  tout  à 
l'heure. 

J'ai  déjà  fait  remarquer  que  l'extrémité  antérieure  des 
sangsues  présente  une  ouverture  plus  ou  moins  considé- 
rable, conduisant  dans  une  cavité  quelquefois  conformée  en 
ventouse.  Au  fond  de  cette  cavité  prœorale  existe  un  repli 
labial,  composé  de  trois  lobes  peu  distincts,  assez  étroits,  deux 
latéraux,  et  un  ventral,  laissant  entre  eux  un  espace  trian- 
î^ulaire,  dont  le  sommet  est  en  dessus.  C'est  dans  cet  espace 
que  l'on  aperçoit  saillir  plus  ou  moins  les  tubercules  denti- 
fères.  Ces  tubercules  sont  en  même  nombre  que  les  replis  la- 
biaux, mais  dans  un  ordre  inverse,  un  supérieur  et  antérieur  , 
médian ,  et  deux  latéraux  et  inférieurs.  Leur  forme  est  sub- 
lenticulaire;  ils  sont  placés  de  champ,  de  manière  que  la 
partie  libre  de  leur  tranchant,  très  -  obtus  ,  converge  vers 
l'axe  longitudinal  du  corps  ,  et  que  la  partie  adhérente  est 
confondue  avec  la  couche  contractile  de  l'enveloppe  exté- 
rieure. Ils  ont  un  aspect  d'un  blanc  jaunâtre  et  luisant,  et  sem- 
blent être  en  effet  d'un  tissu  plus  dense  ,  plus  serré  que  le  reste 
de  la  couche  contractile  dont  ils  font  partie  ,  ou  dont  ils 
sont  du  moins  une  dépendance.  Je  les  regarde  comme  entiè- 
rement contractiles,  quoiqu'on  remarque  à  leur  base  dorsale 
un  faisceau  musculaire  plus  distinct  qui  fait  partie  de  la 
couche  longitudinale,  se  prolongeant  sous  l'œsophage,  et  en 


SAN  2i3 

outre  une  autre  bride  transverse  bien  visible,  surtout  entre 
les  deux  tubercules  inférieurs.  C'est  sur  le  tranchant  fort 
mousse  cependant,  qu'on  peut  voir,  à  l'aide  d'une  loupe 
d'assez  court  foyer,  une  double  série  de  dents  cornées,  ex- 
trêmement fines.  Quelquefois  elles  le  sont  tellement,  surtout 
quand  la  sangsue  n'a  pas  macéré  quelque  temps  dans  l'esprit 
de  vin  ,  qu'il  est  presque  impossible  de  les  apercevoir.  Au 
milieu  de  l'espace  compris  entre  la  racine  interne  des  tuber-i 
cules  dentifères,  est  un  orifice  rond,  extrêmement  petit  et 
couduisant  dans  le  canal  intestinal. 

J'ai  déjà  dit  plus  haut  que  celui-ci  n"est  pas  libre  et  flot- 
tant dans  la  cavité  viscérale;  en  effet  ses  parois  sont  ad- 
hérentes par  leur  face  externe,  presque  immédiatement  à 
la  gaine  musculaire,  au  moyen  d'une  couche  de  tissu  cellu- 
laire, d'un  aspect  spongieux,  de  couleur  brun -foncée,  et 
qui  pourroit  bien  être  considérée  comme  hépatique.  Quoi 
qu'il  en  soit,  le  canal  intestinal  a  ses  parois  fort  minces,  tant 
la  couche  musculaire,  dont  les  fibres  transverses  sont  plus 
évidentes  que  les  longitudinales,  est  peu  épaisse.  La  mem- 
brane muqueuse  ne  l'est  guère  moins  ;  elle  forme  souvent  des 
plis  longitudinaux  peu  marqués.  Ils  le  sont  bien  davantage 
dans  toute  la  longueur  de  l'œsophage,  qui  est  fort  court,  et 
dont  les  parois  sont  distinctes;  d'où  il  résulte  des  espèces  de 
colonnes  charnues,  en  forme  de  crêtes  très-basses;  peut-être 
ces  espèces  de  crêtes  sont- elles  réellement  produites  par  de 
petits  corps  bvales,  glanduleux,  entremêlés  aux  fibres  muscu- 
laires. Au-delà  commence  l'estomac,  qui  s'étend  presque  jus- 
qu'au sixième  postérieur  de  la  longueur  totale  du  corps.  Ce 
qu'il  offre  de  plus  singulier,  c'e^t  que,  dans  les  sangsues  qui  se 
sont  gorgées  de  sang,  on  trouve  qu'il  est  divisé  par  desétran- 
glemens  en  un  nombre  assez  considérable,  quoique  un  peu  va- 
riable, de  poches  latérales,  déforme  le  plus  ordinairement  sig- 
moïde  :  ces  poches  ,  que  quelques  auteurs  ont  regardées  comme 
des  estomacs  et  qui  me  semblent  produites  par  les  brides  trans- 
verses, musculaires  et  celluleuses  ,  passant  de  la  peau  du  dos  au 
canal  intestinal  ou  même  à  l'enveloppe  ventrale  et  augmentanè 
d'abord  insensiblement  d'étendue  pour  diminuer  ensuite  un 
peu  ,  sont  au  nombre  de  onze  paires  ,  suivant  MM.  Dutrochet  et 
Johnson  ;  de  treize  suivant  Vitet;  de  douze  d'après  MM.  Curle^i 


^U  SAN 

et  Jacqnemin,  qui  dît  avoir  examiné  plus  de  cent  individus 
sous  ce  rapport;  de  sept  à  huit  au  moins,  selon  M.Huzard  fils. 
Suivant  ce  que  j'ai  vu  sur  des  sangsues  dont  l'estomac  étoit 
complètement  vide  ,  état  où  il  doit  être  étudié ,  plutôt  que  dans 
l'état  de  distension  énorme  comme  on  le  fait  ordinairement, 
ce  viscère  présente  un  grand  nombre  de  plis  longitudinaux  , 
qui  convergent  ou  se  rapprochent  à  l'entrée  des  sinus.  Outre 
ces  sinus,  dont  la  profondeur  varie,  il  y  en  a  de  beaucoup 
plus  petits  entre  eux.  A  l'endroit  où  cet  estomac  se  termine 
il  se  continue  à  droite  et  à  gauche  en  une  vaste  poche  qui 
s'étend  jusqu'à  l'extrémité  du  corps,  en  en  occupant  toute 
la  largeur  et  sans  que  ses  parois  soient  plus  séparées  de  la 
peau  que  le  reste  de  l'estomac;  aussi  y  aperçoit-on  également 
des  étranglemens  formés  parles  fibres  musculaires  transverses; 
c'est  ce  qu'on  a  nommé  descœcums.  L'intestin  proprement  dit 
est  fort  court;  on  y  peut  cependant  distinguer  deux  parties, 
une  première  plus  large,  à  parois  plus  épaisses,  plus  rouges, 
et  dans  lesquelles  les  replis  de  la  muqueuse  se  croisent  obli- 
quement d'une  manière  assez  singulière.  Sa  communication 
avec  l'estomac  se  fait  par  un  orifice  extrêmement  étroit,  de 
même  que  celui  qui  se  trouve  entre  cette  première  partie 
et  la  dernière  ou  rectum.  Celle-ci  va  en  eff'et  tout  directe- 
ment à  l'anus  ,  qui  est  fort  petit,  quoique  très-distinct  et 
percé  dans  le  dernier  anneau  du  corps,  à  sa  face  dorsale. 

Aucun  auteur  n'a  parlé  de  foie  ou  d'organe  hépatique 
dans  la  sangsue;  cependant  je  ne  serois  pas  éloigné  de  regar- 
der comme  tel  un  système  celluleux  d'un  brun  foncé,  qui 
tapisse  extérieurement ,  en  forme  de  membrane ,  la  plus  grande 
partie  de  l'intestin  et  surtout  l'estomac.  11  m'a  cependant  paru 
vin  peu  plus  accumulé  ou  lobé  en  dessous  qu'en  dessus.  11  forme, 
de  chaque  côté  du  cordon  nerveux ,  une  sorte  de  couche  ou 
de  bande  assez  épaisse ,  dont  la  continuation  avec  la  partie 
supérieure  semble  être  interrompue  par  les  organes  de  l'ap- 
pareil muqueux. 

L'appareil  respiratoire,  suivant  moi  et  beaucoup  d'autres 
observateurs,  n'existe  pas  d'une  manière  spéciale  dans  les 
sangsues  ;  cependant  M.  Thomas  a  décrit  comme  tel  des  espèces 
de  petites  bourses,  situées  de  chaque  côté  du  ventre  et  dont 
j'ai  décrit  les  orifices  et  la  structure  plus  haut,  en  parlant  de 


SAN  2i5 

l'extérieur  de  ranimai.  Il  admet  que  ces  petites  poches,  toujours 
remplies  par  un  fluide  blanchâtre,  muqueux  ,  reçoivent  dans 
leurs  parois  une  grande  quantité  de  vaisseaux.  J'avoue  n'avoir 
vu  que  ce  que  j'ai  indiqué,  en  parlant  de  l'enveloppe  con- 
tractile de  la  sangsue,  et  que  je  pense  appartenir  à  l'appareil 
crypteux. 

L'appareil  circulatoire  des  sangsues  est  considérable  et  très- 
compliqué  ;  il  se  compose  toujours  ,  comme  dans  tous  les 
animaux  sans  vertèbres  articulés  ou  non,  d'un  système  ren- 
trant ou  veineux  et  d'un  système  sortant  ou  artériel;  mais 
dans  ces  animaux  il  n'y  a  jamais  de  cœur  proprement  dit. 

Le  système  veineux  est  formé  de  deux  très -gros  vaisseaux 
à  parois  minces,  distinctes,  situés  en  dessous  de  chaque  côté 
du  corps  ,  entre  le  canal  intestinal  et  la  couche  longitudi- 
nale des  mtisclcs  de  l'enveloppe  extérieure.  Ces  vaisseaux  , 
qui  sont  évidemment  plus  gros  au  milieu  qu'aux  extrémités, 
reçoivent  dans  tout  leur  trajet  un  grand  nombre  de  branches 
transverses,  dont  les  unes  reviennent  du  tissu  même  de  l'ani- 
mal, et  dont  les  autres  proviennent  du  vaisseau  du  côté 
opposé  ,  d'où  il  résulte  que  ces  deux  grosses  veines  et  leurs 
ramifications  forment  un  réseau  à  larges  mailles  au  dos  de  la 
sangsue. 

Vers  l'extrémité  antérieure  ces  deux  veines  se  continuent 
en  branches  qui  se  recourbent  en  dessus  et  viennent  se  réunir 
dans  la  ligne  médiane  et  dorsale  à  un  vaisseau  plus  petit ,  mais  à 
parois  un  peu  plus  épaisses,  placé  dans  une  gouttière  longitu- 
dinale creusée  dans  toute  la  longueur  de  l'intestin.  C'est  l'aorte, 
de  laquelle  naissent  ensuite  à  angle  droit*des  deux  côtés  les 
vaisseaux  qui  doivent,  par  leurs  ramifications,  porter  le  sang 
dans  toutes  les  parties  du  corps  de  l'animal  j  mais  surtout  aux 
parois  du  canal  intestinal. 

M.  Spix  et  quelques  autres  auteurs  ont  envisagé  le  système 
circulatoire  d'une  manière  très-diflTérente ,  puisque  ce  que 
je  regarde  comme  les  troncs  veineux,  ils  en  font  des  artères, 
et  qu'au  contraire  ils  pensent  que  le  vaisseau  médiodorsal 
est  une  veine;  mais  ma  manière  de  déterminer  le  genre  des 
gros  vaisseaux  de  la  sangsue  est  établie  sur  le  fait  que  dans 
tous  les  animaux,  et  dans  tous  les  anostéozoaires  sans  excep- 
tion, l'artère  est  unique,  médiane,  dorsale,  et  que  les  veines 


^^t.  SAN 

sont  inférieures  et  doubles.  M.  Spix  admet  aussi  qu'il  y  a  une 
communication  entre  les  veines  et  le  vaisseau  dorsal  dans 
toute  la  longueur  du  corps  ;  c'est  ce  qui  est  possible ,  mais  c'est 
ce  que  Je  n'ai  pas  vu ,  et  M.  Thomas  le  nie  positivement. 

L'appareil  reproducteur  est  aussi  très-compliqué  dans  ce 
genre  d'animaux;  d'abord  ,  parce  que  les  deux  sexes  existent 
sur  chaque  individu,  et  ensuite  parce  que  chacun  d'eux  est 
très -développé. 

Le  sexe  femelle  se  compose  de  plusieurs  parties,  toutes 
accumulées,  à  peu  de  distance  de  l'orifice  génital  postérieur, 
qui  lui  appartient.  Ce  sont  d'abord  deux  ovaires  ovalaires  ou 
subglobuleux,  placés  en  avant  de  l'orifice;  de  chacun  d'eux 
nait  un  oviducte  très -court;  mais  par  sa  réunion  à  son  con- 
génère, il  résulte  un  canal  unique,  dirigé  d'avant  en  arrière  , 
et  qui  va ,  en  se  recourbant ,  se  terminer  à  l'extrémité  d'une 
masse  ovale  ;  cette  masse  forme  un  gros  mamelon  dirigé 
d'arrière  en  avant,  et  saillant  presque  tout  entier  dans  une 
poche  ou  espèce  de  matrice  à  parois  distinctes,  muqueuses,  con- 
tractiles, et  dont  le  col  se  prolonge  jusqu'à  l'orifice  extérieur. 

Le  sexe  mâle  est  encore  plus  compliqué  et  beaucoup  plus 
étendu  :  il  est  formé  d'un  organe  sécréteur  complexe,  d'un 
canal  excréteur  avec  épidydyme;  et  enfin  d'un  organe  exci^ 
tateur  avec  sa   gaîne. 

L'organe  sécréteur  se  compose  d'une  série  de  petites  masses 
globuleuses  blanches  ,  placées  les  unes  k  la  suite  des  autres  , 
de  chaque  càté  du  canal  intestinal  entre  les  sinus  de  l'esto- 
mac, contenues  dans  le  tissu  cellulaire  sous- dermique ,  mais 
certainement  sans,  adhérence  avec  la  peau.  J'en  ai  compté 
six  sur  un  individu  pris  dans  l'acte  d'accouplement,  que  j'ai 
disséqué  au  mois  de  Mai  1820;  mais  il  paroît  qu'il  y  en  a 
bien  davantage  :  M.  Spix  en  décrit  et  figure  neuf,  comme  M, 
Everard  Home.  Chaque  petite  masse  n'est  rien  autre  chose 
qu'une  vésicule  blanche,  à  parois  fort  minces,  et  contient  un 
fluide  blanchâtre  très  -  expansible.  Chacune  d'elles  fournit 
un  petit  canal  blanc,  comme  grésillé,  qui  se  joint  bientôt  à 
un  canal  commun,  situé  au  côté  externe  de  la  série  et  qui 
s'avance  directement  ,  mais  jen  faisant  cependant  beaucoup 
de  sinuosités,  d'arrière  en  avant.  Quelques  auteurs,  entre 
autres  MM.  Spix  et  Home,  pensent  qu'avec  ce  canal  déférenf 


SAN  217 

66  (rouve  aussi  en  communication  une  autre  série  d'espèces  de 
vésicules,  recourbées,  tortillées,  placées  à  son  côté  externe, 
ef  qu'ils  regardent  comme  des  vésicules  séminales;  mais  il 
me  semble  que  ces  prétendues  vésicules  ne  sont  que  les  or- 
ganes sécréteurs  des  cryptes  cutanés,  que  nous  avons  décrits 
plus  haut;  et  en  effet  elles  existent  dans  toute  la  longueur 
du  corps,  en  avant  comme  en  arrière,  et  M.  Spix  lui-même 
en  décrit  et  figure  qui  n'ont  aucune  connexion  avec  le  canal 
déférent.  Quoi  qu'il  en  soit,  ce  canal ,  parvenu  vers  la  région 
génitale,  son  diamètre  diminue  d'une  manière  sensible,  et  il 
entre  en  connexion  avec  une  masse  ovalaire  blanche  ,  qui 
semble  formée  par  les  circonvolutions  serrées  de  ce  canal, 
de  manière  à  imiter  la  disposition  des  circonvolutions  céré- 
brales des  mammifères;  c'est  sans  doute  ce  qui  aura  porté 
Vitct  à  en  faire  un  cerveau.  De  cette  masse  sort  un  canal 
distinct,  collé  contre  elle  et  qui  se  termine  à  la  racine  de  la 
gaine  de  l'organe  excitateur.  Cette  gaîne  ,  considérable  et 
fort  longue ,  se  dirige  en  arrière  dans  sa  première  moitié  ; 
puis  d'arrière  en  avant  dans  la  seconde;  ces  deux  parties, 
collées  l'une  contre  l'autre  et  vers  l'endroit  où  sont  les  ovaires, 
l'extrémité  donne  issue  à  l'organe  excitateur.  Celui-ci,  fort 
long  ,  grêle  et  cylindrique  dans  une  grande  partie  de  son 
étendue,  claviforme  à  son  extrémité,  sort  par  l'orifice  géni- 
tal antérieur,  probablement  par  la  contraction  de  la  gaîne, 
qui  m'a  paru   d'un  tissu  muscuLiire. 

Ce  que  je  A^ens  de  dire  sur  l'appareil  générateur  de  la 
sangsue  médicinale,  diffère  beaucoup  de  ce  que  l'on  trouve 
dans  les  ouvrages  de  plusieurs  observateurs;  mais  je  répète  que. 
j'ai  eu  l'heureuse  occasion  de  disséquer  une  sangsue  prise  dans 
l'acte  d'accouplement  et  où  par  conséquent  toutes  les. parties 
étoient  dans  leur  plus  grand  état  de  développement,  en  sorte 
que,  sans  assurer  d'une  manière  positive  que  je  ne  me  suis  pas 
trompé ,  cependant  je  crois  être  assez  près  de  la  vérité  dans  un 
point  d'anatomie  que  je  reconnois  être  très  -  difficile.  Au 
leste,  sur  ce  point  je  suis  presque  entièrement  d'accord  avec 
-M.  Thomas. 

Le  système  nerveux  de  la  sangsue  est  à  peu  de  chose  près 
ce  qu'il  est  dans  les  lombrics  et  dans  tous  les  entomozoaires. 
r'acc  sur  la  ligne  médiane  abdominale  dans  le  tissu  cellu- 


2i8  SAN 

laire,  qui  sépare  l'Intestin  de  la  couche  musculaire  sous- cu- 
tanée, il  est  composé  d'une  certain  nombre  de  ganglions  pla- 
cés a  la  file  et  fournissant,  outre  les  cordons  de  communi- 
cation en  avant  tt  en  arrière  des  uns  avec  les  autres ,  des 
filets  transverses  pour  l'enveloppe  extérieure.  Le  nombre  de 
ces  ganj;lions  paroit  varier  d'une  manière  notable;  puisque 
Vilet  dit  en  avoir  observé  vingt -huit,  tandis  que  MM.  Man- 
gili,  Cuvier  et  Kuntzmann  n'en  comptent  que  vingt-trois, 
MM.  Spix  et  Bojanus  que  vingt-quatre,  et  M.  Johnson  que  vingt- 
deux.  Cette  différence  tient-elle  à  la  grandeur  ou  au  nombre 
d'anneaux  de  la  sangsue,  ou  mieux,  à  ce  que  les  derniers,  fort 
petits,  sont  souvent  difficiles  à  compter?  C'est  ce  que  je  ne 
Toudrois  pas  assurer.  Quoi  qu'il  en  soit,  le  premier  ganglion, 
heauconp  plus  gros  et  autrement  conformé  que  les  autres, 
est  imuiédiatement  dans  la  lèvre  inférieure.  Outre  les  filets 
qu'il  fournit  aux  parties  environnantes  ,  il  en  sort  de  chaque 
côté  un  gros  cordon  qui  se  continue  avec  un  ganglion  cé-> 
phalique  ou  épilabial ,  à  peine  plus  gros  que  lui  et  qui  donne 
les  nerfs  de  la  lèvre  supérieure.  Chacun  des  ganglions  suivans 
est  de  forme  lozanj^ique  ;  les  angles  antérieurs  et  postérieurs 
fournissent  le  double  cordon  qui  continue  le  système  nerveux 
le  long  du  ventre,  et  des  angles  extérieurs  sortent  les  tilets 
extrêmement  uns,  qui  vont  se  distribuer  aux  parties.  Enfin, 
le  dernier  ganglion  ,  sensiblement  plus  gros  que  les  antipé- 
nullièmes,  qui  sont  devenus  de  plus  en  plus  petits,  au  point 
d'être  souvent  très-peu  apparens,  fournit  ceux  qui  se  retident 
au  disque  postérieur.  Tout  le  cordon  nerveux  et  les  ganglions 
intermédiaires  aux  terminaux  sont  enveloppés  par  une  toile 
cclluleuse  presque  noire,  du  moins  dans  la  sangsue  médicinale. 
Ce  tissu  m'a  paru  presque  entièrement  vasculaire. 

Physiologie  des  sangsues. 

D'après  ce  qu'il  a  été  dit  de  la  partie  sensible  et  protec- 
trice de  l'enveloppe  cutanée,  il  me  semble  évident  que  les 
sangsues  ne  doivent  apercevoir  les  corps  que  par  un  con- 
tact immédiat;  mais,  par  compensation,  le  sens  du  toucher 
est  chez  elles  extrêmement  délicat;  aussi,  au  moindre  attou- 
chement elles  se  contractent  d'une  manière  tout-à-fait  remar- 


SAN  =19 

quable.  La  mollesse  de  leur  corps  dans  toutes  ses  parties,  et 
surtout  celle  du  péristome  ,  formant  la  ventouse  antérieure, 
pourroit  en  outre  faire  croire  à  la  perception  de  la  forme 
des  corps,  s'il  y  avait  une  partie  centrale  du  système  ner- 
veux. 

Quoique  nous  n'admettions  dans  les  sangsues,  ainsi  que 
chez  les  animaux  de  la  même  classe  que  la  sensation  du  tou- 
cher, quelques  auteurs  ont  supposé  qu'elles  jouissoient  de 
toutes  les  sensations  spéciales. 

Pour  l'odorat  on  a  donné  comme  preuve  de  son  existence 
dans  ce  genre  d'animaux,  que,  mis  dans  une  atmosphère 
imprégnée  d'une  substance  odorante,  acide  ou  alcaline,  ils 
s'agitoient,  se  contractoient  et  donnoientaussi  des  signes  d'une 
véritable  sensation  ;  mais  ce  ne  sçnt  évidemment  que  des  symp- 
tômes d'une  irritation  perçue  dans  tous  les  points  de  la  peau  , 
comme  cela  peut  avoir  lieu  dans  tous  les  animaux  dont  la  peau 
est  molle  et  avec  un  épiderme  très-mince.  C'est  à  cela  même 
qu'est  dû  le  moyen  de  faire  tomber  des  sangsues  attachées  à 
la  peau  d'un  animal,  en  répandant  sur  elles  une  certaine 
quantité  de  poudre  irritante  ,  comme  du  sel  de  cuisine  ou 
du  tabac;  mais  ce  ne  peut  être  une  véritable  odoration;  et 
d'ailleurs  des  expériences  contradictoires  de  M.  Derheims 
prouvent  que  des  sangsues  mises  pendant  trois  jours  dans  des 
vases  qui  contenoient  du  musc  ,  du  castoréum  ,  de  l'assa- 
fœtida  ,  de  la  valériane  ,  de  l'ail  pilé  ,  n'en  ont  éprouvé  aucun 
effet  délétère. 

Il  est  assez  difficile  peut-être  de  leur  refuser  le  sens  du 
goût ,  s'il  est  bien  vrai  que  l'usage  de  mettre  un  peu  de  lait 
ou  d'eau  sucrée  aux  endroits  où  l'on  veut  faire  mordre  des 
sangsues  médicinales,  soit  établi  d'après  une  réussite  cons- 
tante, ce  qui  ne  me  paroit  pas  hors  de  doute.  On  peut  faire 
la  même  observation  sur  la  préférence  que  semblent  avoir 
les  sangsues  pour  telles  ou  telles  personnes.  Le  fait  est-il  cer- 
tain P  et  ensuite  a-t-il  été  analysé  d'une  manière  suffisante, 
pour  assurer  que  ce  soit  à  la  saveur  du  résidu  de  la  transpi- 
ration à  la  surface  de  la  peau,  ou  à  celle  même  du  sang, 
qu'est  dû  ce  fait  que  les  sangsues  mordent  très-bien  sur  un 
individu  et  point  ou  très-difficilement  sur  un  autre?  Les  ex- 
périences de  M.  Derheims,  dans  lesquelles  ii  a  réussi  à  faire 


320  SAN 

sucer  à  des  sangsues,  appliquées  à  des  éponges  qui  en  étoient 
imbibées,  une  quantité  notable  non  -  seulement  de  lait, 
d'huile,  et  même  d'eau  gommeuse  très  -  épaisse  ,  préparée 
avec  une  décoction  de  coloquinte,  semblent  prouver  réelle- 
ment que  le  sens  du  goût  est  à  peu  près  nul  chez  ces  animaux. 

Pour  appuyer  l'existeuce  de  la  sensation  de  la  vision  dans 
les  sangsues,  on  a  non-seulement  donné  des  observations  di- 
rectes d'après  lesquelles  les  sangsues  évitent  les  obstacles  qu'on 
leur  oppose;  mais  on  s'est  appuyé  sur  un  fait  de  leur  orga- 
nisation ,  en  admettant  que  les  points  noirs  ,  qui  ^'observent 
d'une  manière  constante  sur  les  premiers  anneaux  de  leur 
corps,  sont  des  yeux.  Malheureusement,  quoique  la  dispo- 
sition de  ces  organes  ait  réellement  quelque  chose  qui  rap- 
pelle les  yeux  stemmatiques  des  araignées  et  des  scorpions,  qui 
sont  évidemment  d^s  organes  de  vision,  il  n'est  rien  moins 
que  certain  qu'ils  en  aient  la  structure,  et  c'est  la  chose  im- 
portante. 11  me  semble  plus  probable  que  ce  sont  des  rudi- 
mens  d'organes  analogues  à  ceux  qui  existent  dans  les  néréides 
et  qu'on  a  aussi  décoré  du  nom  d'yeux,  sans  autre  raison  que 
celle  tirée  de  leur  place.  Quant  à  l'assertion  que  les  sangsues 
évitent  les  obstacles,  cela  ne  m'a  jamais  paru  évident,  et  il  m'a 
semblé  au  contraire  qu'elles  s'appuient  sur  tous  les  corps  sub- 
mergés indifféremment;  cependant  il  faut  convenir  qu'elles 
se  dirigent  très-bie-n  vers  la  lumière,  comme  on  le  voit  eu 
les  conservant  dans  des  bocaux  de  verre,  et  qu'elles  arrivent 
assez  subitement  sur  les  membres  plongés  dans  l'eau  d'un 
homme  ou  d'un  animal,  pour  quelquefois  devenir  très-dan- 
gereuses. Par  quel  moyen  ont-elles  été  averties  de  la  présence 
de  cette  proie? 

La  vision  paroît  encore  plus  probable  que  l'audition  ;  car , 
quoiqu'il  y  ait  des  auteurs  qui  aient  attribué  ce  sens  aux  sang- 
sues, parce  qu'une  grande  commotion,  produite  autour  d'un 
vase  isolé  où  on  les  conserve  ,  les  fait  contracter  quelquefois, 
il  est  évident  que  c'est  un  choc  général  qu'elles  éprouvent 
et  non  une  véritable  audition. 

Ainsi,  en  définitive,  il  se  peut  que  les  sangsues  jouissent 
du  sens  du  goût;  mais  pour  la  vision,  elles  sentent  tout  au 
plus  l'action  de  la  lumière ,  coiniae  les  hydres  vertes ,  c'est- 
à-dire  ses  rayons  calorifiques. 


SAN  22, 

Le  mode  de  locomotion  des  sangsues  sur  un  sol  résistant 
est  assez  remarquable,  au  point  de  leur  être  presque  entiè- 
rement particulier.  En  effet,  s'il  a  quelque  chose  de  celui 
des  chenilles  ,  que  l'on  a  à  cause  de  cela  nommées  arpen- 
feuses,  en  ce  qu'elles  font  des  espèces  d'enjambées  et  qu'il 
n'y  a  jamais  que  les  deux  extrémités  du  corps  qui  touchent 
le  sol ,  l'une  après  l'autre  ;  il  y  a  aussi  de  véritables  différences. 
Chez  les  chenilles,  les  deux  extrémités  s'attachent  ou  se  cram- 
ponnent sur  le  sol  au  moyen  des  pieds  en  avant  et  de  tuber- 
cules en  arrière  ;  tandis  que  dans  les  sangsues  c'est  à  l'aide 
des  disques  terminaux,  en  fixant  d'abord  le  postérieur,  et  en 
traînant  et  en  racourcissant  tout  le  corps,  ce  qui  est  le  con- 
traire pour  les  chenilles.  La  sangsue  ,  supposée  dans  l'état 
de  repos  et  alors  constamment  fixée  par  la  partie  postérieure 
contracte  tout  ou  partie  de  son  corps,  dans  une  direction 
quelconque  et  l'alonge  aussi  proportionnellement  et  d'une  ma- 
nière tout-à-fait  remarquable ,  par  la  contraction  transverse 
de  tous  les  anneaux  et  le  rapprochement  de  leurs  fissures.  Elle 
se  fixe  alors  au  moyen  de  la  ventouse  antérieure,  détache  la 
postérieure,  se  contracte  suivant  sa  longueur  et  par  consé- 
quent se  raccourcit,  rapproche  cette  extrémité  de  l'autre,  la 
fixe  et  recommence  ensuite  la  même  manœuvre.  L'élongation 
du  corps  est  produite  par  le  rétrécissement  de  la  couche  mus- 
culaire transverse  ,  et  son  raccourcissement  par  la  contrac- 
tion des  faisceaux  longitudinaux  ,  et  comme  cette  contraction 
peut  se  faire  dans  différens  points  du  corps,  il  en  résulte 
toutes  les  variations  de  forme  que  l'on  peut  remarquer  dans 
ces  animaux.  Jamais  cependant  elles  ne  rampent  à  la  manière 
des  lombrics  et  encore  moins  comme  les  planaires,  quoiqu'il 
arrive  quelquefois  que  le  ventre  frotte  ou  se  traîne  sur  le  sol 
dans  le  moment  où  le  disque  de  l'extrémité  postérieure  se 
rapproche  de  la  ventouse  antérieure. 

Dans  ce  mode  de  locomotion  les  sangsues  marchent  avec 
■une  assez  grande  rapidité  et  peuvent  s'éloigner  assez  promp- 
tement  du  point  de  leur  départ. 

Elles  peuvent  aussi,  par  le  même  mécanisme,  se  glisser 
entre  deux  obstacles,  ce  à  quoi  elles  sont  disposées  par  la 
grande  quantité  de  mucosité  qui  sort  de  toutes  les  parties  de 
leur  corps,  mais  probablement  bien  davantage,  sans  doute. 


222  SAN 

des  bourses  muqueuses  abdominales.  Le  point  d'appui  n'est 
pas  alors  la  ventouse  seulement,  mais  bien  l'anneau  où  porte 
la  pression  ;  les  anneaux  se  contractent  fortement  dans  la  di- 
rection transversale,  et  le  corps,  pour  s'alonger,  s'avance 
entre  les  obstacles  et  glisse  ainsi  successivement  jusqu'à  la 
ventouse  postérieure,  qui  alors  se  détache,  si  elle  est  fixée, 
»t  l'animal  s'échappe. 

Cette  adhérence  des  sangsues  aux  corps  solides  par  leur 
disque  postérieur  ,  et  qui  est  souvent  assez  forte  pour  résister 
à  un  poids  de  dix  onces ,  comme  l'a  expérimenté  M.  Thomas, 
n'est  réellement  pas  due  à  la  pression  atmosphérique,  comme 
on  le  croit  généralement,  mais  bien  à  un  contact  très-im- 
médiat de  tous  les  points  du  disque  qui  s'est  épanoui,  en 
glissant  sur  la  surface  du  corps.  Elle  a  lieu  aussi  bien  sous  le 
récipient  de  la  machine  peumatique  qu'à  l'air  libre,  et  l'on  ne 
peut  aisément  détacher  une  sangsue  qu'en  glissant,  et  non  en 
tirant  directement.  L'adhérence  par  le  disque  antérieur  pour- 
roit  être  d'abord  d'une  autre  nature,  c'est-à-dire  être  pro- 
duite par  la  pression  de  l'air;  mais  il  est  certain,  que  lors- 
qu'elle est  complète,  elle  se  fait  également,  pour  le  contact 
immédiat,  des  lèvres  évasées.  Au  reste  une  sangsue,  privée 
artificiellement  de  ses  deux  disques,  peut  encore  marcher  par 
le  même  mécanisme,  mais  avec  beaucoup  plus  de  peine  et 
de  lenteur.  Elle  peut  également  mordre  et  sucer  dans  le 
vide. 

Les  sangsues  nagent  aussi  assez  bien  et  peuvent  ainsi  s'éle- 
ver ou  descendre  dans  l'eau  où  elles  sont  immergées;  mais 
alors  elles  le  font  comme  tous  les  animaux  à  corps  très-alongé 
ou  vermiforme.  Elles  s"alongent  en  effet  assez  fortement  et 
par  des  flexions  et  des  redressemens  successifs  plus  ou  moins 
rapides  dans  le  sens  vertical  ou  sur  le  côté  plat  du  corps; 
elles  se  dirigent  et  même  s'élancent  d'une  manière  trés- 
prompte. 

Quelquefois  elles  parviennent  encore  plus  rapidement  à  leur 
but,  celui  d'atteindre  le  fond  du  réservoir  où  elles  habitent; 
pour  cela  elles  se  contractent  le  plus  possible,  se  ramassent, 
puis  se  détachent  entièrement;  alors  elles  tombent  comme 
une  masse  inerte. 

Les  sangsues,   comaie   nous  allons  le  voir  tout  à  l'heure, 


SAN  225 

se  nourrissent  de  différentes  substances;  mais  celles  qui  le 
font  de  substances  animales,  les  prennent  à  l'état  liquide  ou 
à  l'état  solide.  Malgré  cette  différence  ,  le  mode  de  déglutition 
est  à  peu  près  le  même,  et  se  fait  non-seulement  par  la  con- 
traction successive  des  fibres  transverses  de  l'estomac,  mais 
aussi  par  celle  de  l'enveloppe  cutanée.  Prenant  notre  exem- 
ple dans  les  véritables  sangsues,  dont  la  bouche  est  armée  de 
mamelons  dentifères ,  voici  comme  les  choses  m'ont  paru 
se  passer.  L'animal,  après  avoir  pris  son  point  d'appui  à  l'aide 
du  disque  postérieur,  cherche  quelquefois  assez  long -temps 
l'endroit  qu'il  doit  mordre  ,  mais  sans  intention  évidente  : 
il  y  applique  ses  lèvres,  dont  il  forme  d'abord  une  espèce 
de  ventouse.  Si  la  sangsue  veut  y  sucer  le  sang,  elle  avance 
toute  la  masse  buccale,  en  évase  les  lèvres  intérieures,  érige 
et  redresse  les  trois  tubercules  denlifères  qui  portent  les  cro- 
chets, en  les  endurcissant  par  une  forte  contraction  de  tout 
leur  tissu  musculaire.  Far  les  alternatives  ou  légères  intermit- 
tences de  cette  contraction  des  trois  tubercules,  ce  qui  pro- 
duit la  douleur  quelquefois  assez  vive  de  la  morsure  des 
sangsues,  il  résulte  une  action  combinée  de  pression  et  de 
frottement  du  bord  garni  de  crochets,  à  la  manière  d'une 
roue  dentée,  et  par  suite  une  petite  plaie  qui,  traversant 
répiderme,  arrive  jusqu'au  réseau  A^asculaire  et  peut-être 
au-delà,  d'où  la  sortie  du  sang  par  la  rupture  des  petits  vais- 
seaux. Tel  est ,  suivant  moi  ,  le  mécanisme  de  celte  mor- 
sure ,  qui  ne  peut  être  comparée  à  rien  de  ce  que  l'on  con- 
noit  dans  le  reste  de  la  série  animale,  et  qui  permet  d'ex- 
pliquer non -seulement  la  forme  trilinéaire  de  la  plaie,  mais 
encore  pourquoi  il  arrive  assez  souvent  qu'elle  est  accom- 
pagnée d'irritation  et  d'inflammation.  En  effet,  c'est  plutôt 
une  déchirure  analogue  à  celle  que  feroit  une  scie  très-fine, 
qu'une  simple  coupure.  Une  fois  la  plaie  formée,  le  sang, 
accumulé  d'abord  en  petite  quantité  dans  la  cavité  praebuc- 
cale,  est  ensuite  chassé  dans  l'œsophage  par  la  contraction 
du  péristome  qui  la  forme  :  dès  qu'il  y  a  aussi  assez  de 
sang  dans  cet  œsophage  si  étroit  pour  le  distendre,  il  agit 
sur  lui  et  commence  ensuite  la  déglutition  ,  qui  est  conti- 
nuée dans  toute  l'étendue  de  l'estomac,  non -seulement 
comme  il  a  été  dit  plus  haut,  par  l'action  de  ses  fibres,  mais 


224  SAN 

essentiellement  par  la  contraction  des  fibres  annulaires  de  iâ 
peaii ,  au  point  qu'en  coupant  la  sangsue,  le  sang  s'écoule 
continuellement  par  l'extrémité  coupée.  C'est  ce  que  l'on 
voit  manifestement  par  les  ondulations  du  corps,  à  mesure 
que  le  sang  accumulé  dans  les  parties  antérieures  de  l'esto- 
mac a  besoin  d'être  chassé  dans  les  parties  postérieures  ;  il 
en  remplit  ainsi  tous  les  sinus,  qu'il  convertit  enfin  en  de 
véritables  poches  latérales  ou  cœcums  par  son  accumulation. 
Quand  enfin  ,  celle-ci  est  parvenue  au  point  que  le  tiraillement 
prodiiit  par  cette  cause,  est  devenu  douloureux,  l'animal 
cesse  d'adhérer  et  tombe  presque  hors  d'état  de  se  mouvoir. 
Lorsqu'à  cette  époque  on  ouvre  l'animal ,  on  trouve  que  le 
sang  qui  remplit  l'estomac ,  ses  sinus  et  ses  cœcums  posté- 
rieurs, n'a  pas  le  moins  du  monde  pénétré  dans  l'intestin , 
dont  l'orifice  pylorique  est  extrêmement  étroit. 

Si  l'ingestion  est  si  rapide  dans  les  sangsues,  au  point  que 
souvent  en  une  demi  -  heure  elles  sont  gorgées  assez  pour 
en  mourir,  il  n'en  est  pas  de  même  de  la  digestion.  En  effet , 
on  a  fait  l'observation  qu'il  faut  plus  d'un  an  pour  que  tout 
ce  sang  ait  complètement  disparu.  Il  reste  cependant  tou- 
jours liquide  et  ne  perd  qu'assez  peu  de  sa  couleur  ;  tandis 
que  sur  l'animal  mort,  il  se  condense  en  une  masse  solide, 
et  de  couleur  d'un  brun  rouge,  quelquefois  presque  noir. 
Les  fécès  qui  résultent  de  cette  digestion  sont  excessivement 
peu  abondans  et  ne  consistent  qu'en  de  très-petits  filamens, 
que  l'animal  rend  quelquefois  par  l'anus. 

Dans  les  sangsues  qui  ne  se  nourrissent  pas  de  sang,  mais 
qui  avalent  des  animaux  tout  entiers,  nous  verrons  que  l'ou- 
verture de  la  bouche,  la  forme  de  l'œsophage,  celle  de  l'es- 
tomac, de  l'intestin  et  même  de  l'anus,  sufHsent  pour  mon- 
trer que  la  déglutition,  la  digestion  et  même  la  défécation 
doivent  être  tout  différentes. 

Nous  avons  vu,  en  traitant  de  l'organisation  des  sangsues, 
que  nous  ne  reconnoissons  pas  chez  elles  d'organe  spécial  de 
respiration.  Si  donc  l'on  admet,  et  cela  paroit  indubitable  ,  que 
ces  animaux  agissent  sur  l'air  atmosphérique  de  la  même  ma- 
nière que  ceux  qui  sont  évidemment  pourvus  de  cet  appa- 
reil, il  faudra  reconnoitre  que  cette  action  se  fait  à  travers 
la  peau,  ce  que  l'on  conçoit  très- bien,  tant  le  système  vas- 


SAN  225 

ciilaire  qui  s'y  rend  est  considérable.  Il  faut  cependant  que 
les  sangsues  n'éprouvent  pas  un  grand  besoin  de  respirer, 
puisqu'on  en  a  vu  vivre  un  temps  assez  long  dans  les  fluides, 
comme  de  l'huile,  qui  ne  contiennent  pas  d'air  en  dissolu- 
tion, ou  même  sous  la  cloche  pneumatique. 

L'absorption  n'en  est  pas  moins  très-active  chez  elles;  aussi 
meurent- elles  en  vingt-quatre  heures,  quand  on  les  met 
dans  un  vase  qui  contient  des  matières  animales  en  putré- 
faction, ou  toute  autre  substance  irritaute. 

D'après  cette  absence  d'organe  spécial  de  respiration  dans 
les  sangsues,  il  me  paroît  évident  que  le  fluide  récrémenti- 
tiel,  ou  le  sang,  doit  être  à  peu  près  identique  dans  tout  le 
système  vasculaire  ,  et  c'est  en  effet  ce  qui  pai^oit  être.  Ce 
sang  est  d'un  gris  rougeàtre  dans  les  vaisseaux  veineux,  comme 
dans  l'artère  dorsale.  M.  Derheims  assure  cependant  le  con- 
traire, admettant  que  celui  du  vaisseau  dorsal  est  d'une  cou- 
leur plus  intense  que  celui  des  vaisseaux  latéraux.  D'après  le 
même  observateur,  le  sang  des  sangsues,  quoique  rouge,  dif- 
fère beaucoup  de  celui  des  animaux  vertébrés,  puisqu'il  ne 
contient  que  des  atomes  de  fibrine. 

Sa  marche  doit  être  sans  doute  une  véritable  circulation, 
c'est-à-dire  que,  pris  dans  les  radicules  veineuses,  il  doit  se 
porter  dans  les  troncs  latéraux  pour  passer  de  là  dans  levais- 
seau  dorsal,  d'oîi  ensuite,  par  ses  ramifications,  il  est  dirigé 
vers  tous  les  points  du  corps  où  nous  l'avons  pris;  mais,  comme 
il  n'y  a  pas  d'organe  d'impulsion  ou  de  cœur  véritable ,  il 
est  évident  que  l'on  doit  plutôt  reconnoître  une  sorte  d'os- 
cillation ou  de  balancement  dans  les  sangsues,  qu'une  circu- 
lation évidente;  c'est  ce  qui  peut  expliquer  le  dissentiment 
des  observateurs,  dont  les  uns  admettent  que  les  gros  vais- 
seaux latéraux  ont  une  systole  et  une  diastole,  comme  M.Tho- 
mas, qui  dit  avoir  observé  sept  à  huit  pulsations  par  minute, 
tandis  que  d'autres  nient  ce  double  mouvement.  Dans  la 
sangsue  vulgaire,  qui  est  transparente,  M.  Caréna  assure 
que  les  vaisseaux  se  vident  et  se  remplissent  alternativement. 

La  nutrition  dans  les  sangsues  paroît  être  extrêmement 
lente,  ce  qui  est  en  rapport  avec  la  lenteur  de  leur  digestion 
et,  comme  nous  le  verrons  plus  loin  ,  avec  le  peu  de  rapidité 
de  leur  accroissement. 

-il-  i5 


226  SAN 

N'ayant  reconnu  aucun  organe  auquel  il  fût  possible  de  sup- 
poser ta  fonction  de  la  dépuration  uririaire,  nous  sommes  forcés 
d'admettre  que  cette  fonction  n'existe  pas  dans  les  sangsues. 
Il  n'en  est  pas  de  même  de  l'exhalation  cutanée;  en  effet, 
outre  la  grande  quantité  du  fluide  muqueux  ,  fournie  par 
les  cryptes  et  les  appareils  de  ce  nom;  il  semble  que  tous 
les  points  de  la  peau  transudent  la  mucosité  utile  à  leur  lo- 
comotion ,  et  propre  à  résister  à  l'action  de  l'eau  ou  de  l'air. 
Quant  à  la  reproduction  partielle,  nous  ne  connoissons 
aucune  expérience  qui  puisse  faire  admettre  que  ces  ani- 
maux soient  susceptibles  de  reproduire  quelques  parties  qui 
leur  auroient  été  enlevé  s  artificiellement.  Une  sangsue  étant 
coupée  en  deux  tronçons ,  tous  deux  vivent  pendant  un  temps 
assez  long,  l'antérieur  plus  que  le  postérieur;  mais  ni  l'un 
ni  l'autre  ne  peuvent  se  com^léler. 

Pour  la  reproduction  complète,  naturelle,  il  paroit  cer- 
tain que  tous  les  individus  peuvent  sécréter  les  deux  subs- 
tances, dont  l'action  de  l'une  sur  l'autre  doit  produire  un 
jeune  sujet  vivant.  Il  paroit  également  certain  qu'il  faut 
qu'elles  proviennent  d'individus  différens  pour  agir  l'une  sur 
l'autre,  et  que,  par  conséquent,  l'hermaphrodisme  n'est  pas 
suffisant.  Je  suis  également  fort  porté  à  admettre  que  toutes 
les  sangsues  sont  ovipares;  mais  cela  n'est  pas  absolument 
certain  :  je  ne  crois  pas  qii'on  connoisse  encore  l'état  des 
œufs,  ni  du  fœtus  de  l'animal,  au  moment  oii  ils  sont  sor- 
tis de  l'organe  sécréteur.  D'après  ce  que  nous  savons  sur 
ce  qu'on  a  nommé  le  cocon  des  s;mgsues  médicinales,  il  pa- 
roit que  ce  n'est  d'abord  qu'une  masse  gélatineuse  ,  conte- 
nant dans  son  intérieur  les  œufs  ou  leurs  germes,  et  offrant 
peu  à  peu  à  l'extérieur,  probablement  par  la  dessiccation  et 
le  retrait  de  cette  matière  muqueuse,  l'aspect  d'un  réseau; 
mais  les  œufs  sont- ils  pondus  à  la  fois;  ce  qui  est  probable  ? 
reçoivent  -  ils  l'action  du  fluide  spermatique,  avant  d'être 
rejetés,  et  surtout  avant  d'être  entourés  de  la  substance  qui 
constituera  le  réseau  du  cocon?  C'est  ce  que  nous  ignorons 
encore  aujourd'hui  et  ce  qu'il  sera  assez  difficile  de  savoir, 
ces  animaux  ne  voulant  jamais  s'accoupler  sous  nos  yeux, 
c'est-a-dire  dans  les  bocaux  ,  où  nous  pouvons  cependant  les 
garder  si  long -temps  en  boa  état  de  santé.  Nous  savons  néan- 


SAN  227 

moins ,  d'après  les  observations  et  les  expériences  de  M. 
Achard  ,  qu'à  la  Martinique  les  sangsues  médicinales  qu'on 
y  transporte  de  Frynce  rendent  d'abord  un  corps  ovoïde,  de 
la  grosseur  d'un  noyau  d'olive,  ayant  la  couleur  du  tissu 
musculaire  enveloppé  d'une  pellicule  extrêmement  mince, 
que  le  moindre  attouchement  détruit,  et  recouverte  au  mo- 
ment de  sa  sortie  d'une  iKive  d'un  blanc  de  neige;  c'est  cette 
bave  qui,  en  se  desséchant,  prend  la  consistance  et  l'aspect 
d'une  éponge  iine ,  offrant  à  la  loupe  des  mailles  de  forme 
hexagone,  formées  par  des  filamens  s'entrelaçant  dans  tous 
les  sens.  Au  bout  de  vingt- cinq  jours,  l'une  des  extrémités 
s'alonge  en  mamelon  et  l'on  voit  en  sortir  les  jeunes  sang- 
sues. Elles  sont  alors  couleur  de  chair,  transparentes  ,  grosses, 
à  peu  près  comme  une  forte  corde  de  violon,  et  longues  de 
trois  centimètres  environ  dans  leur  plus  grande  extension. 

De  l'histoire  naiurelle  des  sanosues. 

o 

Malgré  le  peu  de  connoissances  que  nous  avons  encore  sur 
la  distinction  des  espèces  de  sangsues,  il  me  semble  qu'il  en 
existe  dans  toutes  les  parités  du  monde.  Les  voyageurs  ,  il  e%t 
vrai,  plus  que  les  observateurs,  en  citent  de  toutes  les  ré- 
gions de  l'Europe:  il  s'en  trouve  certainement  dans  les  deux 
Amériques.  L'Afrique,  Fx^sie  occidentale  et  orientale,  l'ar- 
chipel Indien  ,  en  contiennent  aussi  ;  en  sorte  que  l'on  peut 
dire  que  ce  genre  d'animaux  est  répandu  sur  toute  la  sur- 
face du  globe,  dans  les  pays  chauds,  comme  dans  les  pays 
froids  et  à  toutes  les  hauteurs. 

Ce  groupe  d'animaux  est  essentiellement  aquatique  ou  vit 
constamment  dans  l'eau  ;  il  y  a  cependant  quelques  espèces 
qui  en  sortent  assez  fréquemment,  et  même  une  qui  paroît 
n'y  aller  jamais. 

Le  plus  grand  nombre  des  espèces  aquatiques  est  d'eau 
douce;  maison  en  connoit  déjà  plusieurs  qui  vivent  dans  la  mer. 

Ces  animaux  paroissent  éprouver  leur  plus  grande  activité 
pendant  le  jour,  et  surtout  lorsque  la  température  est  élevée. 
La  nuit,  ils  restent  fixés  aux  végétaux  immergés,  ou  s'enfon- 
cent un  peu  dans  la  vase  ,  et  demeurent  dans  une  immobilité 
qui  indique  un  véi'itable  sommeil,  dont  on  peut  les  tirer  par 
l'action  d'une  vive  lumière.  On  avoit  cru  ^\^c  l'approche  des 


228  SAN 

tempêtes  leur  faisoit  éprouver  une  grande  agitation  ,  au  point 
qu'on  pourroit  s'en  servir  comme  d'une  espèce  de  baromètre 
vivant;  mais  tout  ce  qui  a  été  avancé  à  ce  sujet,  n'a  pu  être 
confirmé  par  une  observation  plus  exacte.  On  dit  cependant, 
que  dans  certaines  parties  de  la  France,  et  entre  autres  aux 
environs  de  Bourbonne -les- bains ,  les  habitans  de  la  cam- 
pagne n'ont  pas  d'autres  baromètres  qu'une  caraflTe  d'eau  , 
contenant  quelques  sangsues  avec  un  peu  de  terre  au  fond, 
et  même  une  échelle  en  bois  graduée,  pour  juger  par  le  de- 
gré d'élévation  ou  d'abaissement  des  sangsues,  celui  du  beau 
ou  du  mauvais  temps. 

Le  froid  dans  nos  climats  les  engourJit  plus  ou  moins,  et 
alors  elles  s'enfoncent  dans  la  vase  ou  se  cachent  sous  les 
pierres  pour  passer  la  mauvaise  saison.  11  paroît  même  qu'elles 
peuvent  être  complètement  gelées  sans  perdre  la  vie:  M.  Du- 
buc  l'aîné  dit  en  effet  en  avoir  vu  ,  gelées  depuis  un  mois, 
revenir  à  la  vie,  en  faisant  fondre  la  glace  avec  précaution. 

Toutes  les  sangsues  doivent  redouter  éminemment  la  sé- 
cheresse, comme  les  lombrics.  En  effet,  si  elles  se  trouvent 
portées  dans  les  lieux  arides  et  trop  éloignées  d'une  flaque 
d'eau,  elles  épuisent  bientôt  toute  la  matière  liquide  qu'elles 
contiennent  pour  combattre  cette  sécheresse  ,  et  elles  meu- 
rent desséchées  et  ramassées  sur  elles-mêmes. 

L'eau  et  la  chaleur  sont  ce  qu'il  leur  convient  le  mieux; 
mais  la  nature  de  l'eau  ne  paroît  pas  encore  indifférente. 
Certaines  espèces  se  trouvent  en  effet  constamment  dans  des 
eaux  vives  et  courantes,  et  d'autres  dans  des  eaux  stagnantes 
et  quelquefois  même  assez  malpropres. 

La  plupart  du  temps  en  repos  et  fixées  sur  les  corps  sub- 
mergés, elles  ne  se  mettent  en  mouvement  que  pour  cher- 
cher leur  nourriture  ,  ou  l'individu  dont  elles  ont  besoin  pour 
se  reproduire.  Nous  avons  exposé  plus  haut  leurs  différens 
modes  de  locomotion,  qui  ne  laisse  pas  que  d'être  assez  vifs 
pendant  toute  la  durée  de  la  saison  favorable. 

La  nourriture  des  sangsues  paroît  être  le  plus  communé- 
ment animale.  On  dit  cependant  que  quelques  espèces  sont 
phytophages  et  qu'elles  sucent  les  plantes-,  ce  qui  me  paroît 
fort  peu  probable.  Je  croirois  plus  volontiers  qu'elles  peuvent 
sucer  le  limon  gras  ou  la  vase  qui  se  trouve  souvent  dans  les 


SAN  229 

lieux  qu'elles  habitent.  Nos  espèces  les  plus  connues  se  nour- 
rissent, quand  elles  peuvent,  du  sang,  ou  mieux  des  humeurs 
en  général,  des  animaux  vertébrés,  et  même  des  humeurs 
des  animaux  sans  vertèbres,  comme  des  limaçons  ,  des  lim- 
nées,  des  planorbcs  ,  qu'elles  sucent  par  un  mécanisme  qui 
a  été  exposé  plus  haut  ;  mais  quelques-unes  avalent  des 
lombrics,  des  nais,  des  larves  d'insectes  et  même  des  pla- 
naires et  des  lininées  ou  autres  mollusques.  Cela  est  certain 
pour  la  sangsue  noire  ,  d'après  les  observations  de  M.  Caréna  et 
de  M.  Huzard  fils,  et  surtout  pour  la  sangsue  de  Dutrochet; 
aussi  leur  bouche,  leur  estomac  et  leur  anus  présentent -ils 
une  toute  autre  disposition  que  ces  mêmes  organes  dans  les 
véritables  sangsues.  On  dit  aussi,  que  celles-ci  s'attaquent 
les  unes  les  autres,  surtout  quand  un  individu  à  jeun  ea 
rencontre  un  autre  bien  gorgé  de  sang;  mais  ce  fait  est-il  bien 
certain?  et  supposé  même  que  cela  ait  lieu  dans  nos  réser- 
voirs, en  est -il  de  même  à  l'état  de  liberté  ? 

Ces  animaux  paroissent  supporter  la  diète  pendant  un  temps 
extrêmement  long,  du  moins  si  nous  en  jugeons  d'après  les 
individus  que  les  pharmaciens  conservent  dans  leurs  oflicines. 
On  en  a  vu  en  effet  qui  ont  ainsi  vécu,  avec  la  simple  précau- 
tion de  les  changer  d'eau  de  temps  en  temps  ,  pendant  plusieurs 
années.  Quoiqu'en  aient  dit  quelques  personnes  ,  la  disposition 
de  leur  bouche  ,  l'occlusion  complète  de  l'œsophage  ne  permet- 
tent pas  de  croire  qu'elles  y  suppléent  en  prenant  des  animal- 
cules microscopiques,  qui  existent  toujours  dans  l'eau.  Au  reste 
cette  facilité  que  les  sangsues  ont  de  supporter  l'abstinence 
est  tout-à-fait  très  en  rapport  avec  la  lenteur  de  leur  digestion. 

Les  sangsues  ne  s'attachent  jamais  qu'à  des  animaux  vivans. 
On  a  essayé  plusieurs  fois  d'en  faire  mordre  sur  des  cadavres, 
ou  même  sur  du  sang  mort  ou  extrait  d'un  animal  vivant  j 
mais  toujours  sans  succès,  du  moins  d'après  M.  Derheims, 
qui  a  fait  des  expériences  positives  à  ce  sujet.  Cependant, 
il  est  certain  qu'on  en  trouve  souvent  sur  les  cadavres  des 
animaux  submergés,  et  même  que  l'on  se  sert  de  ce  moyen 
pour  s'en  procurer.  Lorsqu'elles  ont  été  depuis  long -temps 
à  jeun,  alors  elles  tombent  avec  avidité  sur  le  malheureux 
animal  qui  vient  dans  la  mare  qu'elles  habitent,  et  l'on 
a  vu  des  exemples  d'hommes,  et  surtout  d'enfans  et  de  bes- 


^5o  SAN 

tiaux,  qui  en  ont  été  la  victime  ,  tant  elles  sont  quelque- 
fois abondantes  dans  certaines  flaques  d'eau  des  prairies. 

L'a  croissenient  des  sangsues  se  fait  très-lentement.  D'après 
une  note  qu'a  bien  voulu  uie  communiquer  M.  Tinel-Héraut, 
pharmacien  de  Dieppe,  qui,  depuis  1819,  s'est  occupé  avec 
suite  de  l'éducaticm  de  la  sangsue  médicinale,  des  individus 
de  deux  ans  après  leur  sortie  du  cocon  étoient  encore  assez  loin 
d'égaler  en  grandeur  une  sangsue  ordinaire  de  trois  pouces  de 
long.  Combien  alors  leur  auruit-il  fallu  de  temps  pour  devenir 
aussi  grands  qu'un  individu  que  possède  M.  Huzard  fils,  et  qui  a 
sept  à  huit  pouci  s  de  long  dans  l'alcool.  Au  reste ,  peut-être  les 
sangsues  sont- elles  dans  le  cas  des  liirves  dhexapodes  et  leur 
grosseur  est- elle  proportionnelle  à  la  quantité  de  nourriture 
qu'elles  ont  pu  se  procurer. 

On  ignore  au  juste  à  quel  âge  elles  sont  en  état  de  se  re- 
produire. C'est  à  l'époque  du  mois  de  Mai,  dans  nos  climats, 
que  l'accouplement  a  lieu  ;  tous  les  individus  qui  y  sont  aptes 
montrent  alors  un  renflement  assez  considérable  dans  l'espace 
compris  entre  les  orifices  de  l'appareil  générateur,  ce  qui  est 
un  peu  comme  dans  les  lombrics. 

Quoique  M.  Thomas  et  plusieurs  autres  personnes  aient  cru 
que  ces  animaux  androgynes  se  fécondoient  eux-mêmes,  ce 
qu'on  pourroit  concevoir  en  remarquant  que  l'organe  exci- 
tateur est  évidemment  beaucoup  plus  long  que  l'espace  com- 
pris entre  les  deux  orifices,  il  est  certain  que  cela  n'a  pas 
lieu  et  que  les  deux  individus  se  placent  l'un  à  côté  de  Tau- 
tre,  ventre  à  ventre  et  tête  à  queue.  J'ai  trouvé,  une  seule 
fois  il  est  vrai,  deux  individus  ainsi  accouplés;  leur  organe 
excitateur  pénétrant  réciproquement  dans  loritice  vaginal, 
et  plusieurs  personnes  ont  fait  la  même  observation. 

La  durée  de  l'accouplement  nous  est  entièrement  inconnue. 

Nous  ignorons  également  après  combien  de  temps  l'organe 
femelle  se  débarrasse  du  produit  de  la  génération. 

Ce  que  l'on  sait  assez  complètement  depuis  un  petit 
nombre  d'années  ,  c'est  que  nos  sangsues  médicinales  dé- 
posent,  comme  Bergmann  l'avoit  observé  il  y  a  long- temps 
pour  la  sangsue  vulgaire,  une  masse  ovalaire  en  forme  de 
cocon  de  vers-a-soie,  composée  d'un  matière  gélatineuse, 
formant  capsule  à  l'extérieur  et  contenant  dans  son  intérieur 


SAN  23i 

un  nombre  plus  ou  moins  considérable  d'œufs  ,  d'où  doivent 
soKtir  les  jeunes  sangsues.  Les  paysans  bretons  connoissent, 
à  ce  qu'il  paroit,  ce  fait  depuis  long-temps,  et  font  multi[)lier 
les  sangsues  dans  des  lieux  où  il  n'y  en  avoit  p;is  ,  en  y  plaçant 
de  ces  cocons.  Les  sangsues  vulgaire  et  bioculée  pondent  un. 
cocon  proportionnel  à  leur  taille,  lisse  et  enduit  d'une  ma- 
tière gluante,  qui  sert  à  l'attacher  aux  feuilles  des  plantes 
aquatiques  ou  à  quelque  autre  corps  immergé  ;  mais  les 
sangsues  médicinales  font  d'abord  un  cocon  beaucoup  plus 
gros,  que  l'animal  place  dans  une  cavité  conique,  creu- 
sée sans  doute  par  lui  dans  la  terre  des  rives  de  la  mare. 
Ce  que  ce  cocon  offre  de  plus  singulier,  c'tst  qu'il  est  en- 
veloppé par  une  couche  comme  spongieuse  et  qui  semble 
formée  par  l'anastomose  d'un  grand  nombre  d'assez  gros  fila- 
mens  irrégulièrement  disposés,  séparés  par  des  interstices  par- 
faitement libres. 

D'après  ce  que  nous  a  appris  M.  Rayer,  dans  un  mé- 
moire fort  intéressant  sur  les  œufs  des  sangsues,  publié  en 
1824  dans  le  Journal  de  pharmacie,  la  véritable  capsule, 
située  au-dessous  du  tissu  spongieux  ,  offre  à  chaque  extré- 
mité de  son  grand  diamètre  un  petit  tubercule  d'un  tissu 
plus  ferme  que  la  membrane,  d'un  byun  Jaunâtre,  peu  trans- 
parent, et  faisant  saillie  dans  son  intérieur.  C'est  à  leur  place 
que  se  forme  un  orifice,  rarement  aux  deux  extrémités  à  la 
fois,  et  par  où  sortent  les  jeunes  sangsues. 

A  l'époque  où  les  cocons  viennent  d'être  pondus,  il  paroît 
que  le  tissu  spongieux  n'existe  pas  encore,  ce  qui  permet  de 
croire  que  sa  formation  est  due  à  une  sorte  de  retrait  de  la 
matière  muqueuse  abondante  qui  recouvroit  la  capsule.  Quoi 
qu'il  en  soit ,  à  cette  même  époque  il  est  souvent  difficile 
d'apercevoir  les  œufs ,  qui  sont  en  nombre  un  peu  variable 
(6-i5),  et  disposés  d'une  manière  régulière  dans  l'inté- 
rieur, mais  surtout  de  voir  leur  développement,  comme  il 
paroît  que  cela  est  aisé  pour  la  sangsue  vulgaire.  D'après  les 
observations  de  M.  Rayer  les  petites  sangsues  contenues 
dans  leur  capsule  sont  d'autant  plus  rouges  et  moins  alon- 
gées  qu'elles  sont  plus  nouvellement  écloses  :  elles  sont  colo- 
rées de  très- bonne  heure  et  l'on  aperçoit  déjà  la  différence 
qui  existe  sous  ce  rapport  entre  les  sangsues  grises  et  les  sang- 


^02  SAN 

sues  vertes.  Arrivées  au  développement  convenable,  elles 
sortent  de  la  capsule  par  rorifice  polaire,  traversent  le  tissu 
spong'eijx,  dans  lequel  elles  peuvent  encore  se  mettre  quel- 
que temps  à  Tabri ,  et  deviennent  complètement  libres.  Alors 
ellesnagenl  déjà  avec  la  plus  grande  facilité  ,  et  peuventmême 
vivre  et  s'accroître  dans  de  Teau  filtrée  ,  quoique  des  individus 
adultes,  au  bout  de  quelques  mois  ,  y  perdent  de  leur  poids. 

Le  nombre  des  petites  sangsues  qui  sont  produites  dans 
chaque  cocon,  ne  paroît  pas  aller  au-delà  de  seize;  et  par 
conséquent,  s'il  n'y  a  qu'une  ponte  chaque  année  ,  ce  qui 
paroît  probable,  sans  que  cependant  nous  puissions  l'assu- 
rer, la  multiplication  des  sangsues  ne  doit  pas  être  aussi  con- 
sidérable qu'on  pourroit  le  croire  au  premier  abord. 

ISous  ignorons  complètement  la  durée  naturelle  de  la  vie 
des  sangsues  et  combien  de  temps  elles  conservent  la  faculté 
de  se  reproduire.  Ce  qu'il  y  a  de  certain,  c'est  que  ,  outre 
la  grande  destruction  qu'en  font  plusieurs  animaux,  et  entre 
autres  les  oiseaux  aquatiqnes,  elles  meurent  souvent  par  mil- 
liers, lorsque  l'eau  des  lieux  qu'elles  habitent  vient  à  se  cor- 
rompre par  la  grande  quantité  de  substances  animales  en 
putréfaction  qu'elle  peut  contenir ,  et  surtout  pendant  les 
grandes  chaleurs. 

Mais  la  diminution  des  sangsues  dans  notre  Europe  ,  et  sur- 
tout dans  les  parties  les  plus  peuplées,  tient  à  ce  que  les  étangs 
ou  masses  d'eau  qui  leur  sont  nécessaires,  et  dans  lesquelles  se 
peuvent  rencontrer  toutes  les  circonstances  favorables  pro- 
pres à  leur  conservation  et  à  leur  propagation  ,  diminuent 
tous  les  jours  de  nombre  et  d'étendue,  et  surtout  à  l'énorme 
quantité  de  ces  animaux  employée  d'après  les  prescriptions  de 
la  nouvelle  théorie  médicale  de  l'irritation,  la  saignée  locale 
étant  devenue  le  moyen  thérapeutique  par  excellence  ;  sans  cela 
les  sangsir  es  étoient  plutôt  nuisibles  qu'utiles  à  l'espèce  humaine, 
puisqu'elles  s'attachent  souvent  à  nos  animaux  domestiques, 
aux  canards,  etc.  ;  mais  depuis  leur  grande  vogue  en  médecine 
elles  sont  devenues  d'une  très- grande  utilité,  et  par  consé- 
quent elles  ont  dû  être  recherchées  avec  soin  dans  les  lieux 
où  elles  vivent  encore  en  grande  abondance ,  pour  être  trans- 
portées dans  ceux  où  elles  n'existent  pas,  ou  du  moins  sont 
pssez  rares,   et  où  la  population  est  très -nombreuse.  Aussi 


SAN  233 

maintenant  ces  animaux  sont-ils  devenu  l'objet  d'un  commerce 
considérable,  et  les  pharmaciens,  qui  tout  naturellement  ont 
dû  les  regarder  comme  un  sujet  de  leur  domaine,  se  sont 
occupés  avec  zèle  des  moyens  îion-seulement  de  les  conserver 
dans  des  espèces  de  magasins  plus  ou  moins  étendus,  mais 
encore  de  les  transporter  souvent  à  des  distances  considérables, 
et  même  de  les  faire  propager  sous  leurs  yeux  ,  en  sorte  que 
maintenant  ce  sont  des  animaux  presque  domestiques  et  qui 
entrent  dans  l'économie  rurale. 

La  Russie,  la  SuèYlc,  la  Norwége ,  la  Hongrie,  la  Bohème, 
et  tous  les  états  de  l'Allemagne,  la  Hollande,  l'Italie  et  l'Es- 
pagne, produisent  assez  de  sangsues  pour  leur  consommation-, 
mais  il  paroît  qu'il  n'en  est  pas  de  même  en  France  et 
surtout  en  Angleterre ,  où  une  sangsue  coûte  quelquefois 
une  guinée.  Dans  ce  pays  cela  tient  à  ce  que  les  sangsues  s'y 
trouvent  en  petite  quantité;  mais,  dans  la  France,  cela  est 
plutôt  dû  à  l'emploi  démesuré  que  les  médecins  en  ont  fait 
depuis  quinze  ou  vingt  ans.  Nous  voyons,  en  effet,  dans  les 
Tableaux  si  intéressans  de  statistique  de  la  ville  de  Paris, 
publiés  par  les  ordres  de  M.  de  Chabrol,  préfet  de  la  Seine, 
que  le  nombre  de  sangsues  entrées  dans  cette  ville  ,  dans 
l'année  1826,  monte  à  trois  cent  mille  seulement  pour  les 
hôpitaux  de  Paris.  Nos  colonies  d'Amérique  paroissent  aussi 
manquer  de  sangsues  médicinales,  et  sont  obligées  d'en  tirer 
d'Europe;  c'est  ce  qui  a  donné  lieu  à  une  nouvelle  branche 
de  commerce.  On  tire  les  sangsues  de  l'Espagne,  de  PAUe- 
magne,  de  la  Hongrie  :  on  les  met  dans  des  espèces  de  réser- 
voirs, où  elles  se  propagent,  et  on  les  expédie  pour  PAngle- 
terre  et  même  pour  l'Amérique. 

La  récolte  des  sangsues  médicinales  ne  demande  pas  beau- 
coup desoins.  Des  hommes,  des  enfans,  les  vont  chercher,  les 
jambes  nues,  dans  les  endroits  où  il  s'en  trouve,  et  prennent 
celles  qui  nagent  ou  qui  s'attachent  à  eux.  Quelquefois  ils 
emploient  des  appâts,  comme  des  cadavres  d'animaux,  laissés 
pendant  la  nuit ,  et  ils  ramassent  chaque  malin  celles  qui 
s'y  sont  accumulées.  Un  pot  fermé  ou  un  sac  mouillé  leur 
sert  pour  les  rassembler. 

Le  choix  des  sangsues  n'est  pas  indifférent,  non  pas  qu'il  y 
en  ait  dont  la  morsure  soit  plus  dangereuse  que  celle  d'au- 


234  SAN 

très  individus  ;  mais  parce  qu'on  confond  souvent  avec  la 
sangsue  médicinale  une  autre  espèce  qui  ne  mord  point, 
comme  M.  Huzard  fils  Ta  fait  voir  dans  un  mémoire  ex  pro- 
fessa. Il  faut  donc  bien  distinguer  ces  deux  espèces.  Il  paroit 
aussi  que  les  indi\idus  qui  vivent  dans  les  ruisseaux  d'eau 
courante  sont  préférables  aux  autres,  qu'ils  sont  plus  vifs  et 
mordent  plus  promptement.  On  préfère  aussi  ceux  qui  n'ont 
pas  été  pris  sur  les  appâts. 

L'art  de  conserver  les  sangsues  que  l'on  a  recueillies  dans 
les  mares  et  les  étangs,  paroît  n'être  pas  fort  difficile,  puis- 
qu'il consiste  à  les  mettre  dans  une  quantité  suffisante  d'eau , 
que  l'on  a  soin  de  renouveler  fi-équemment ,  surtout  en  été 
pendant  les  chaleurs.  Cependant  on  remarque  que  quefque- 
fois  elles  périssent  en  très-grand  nombre,  soit  par  les  varia- 
tions atmosphériques,  soit  par  des  maladies  auxquelles  elles 
sont  sujettes,  et  qui  sont  souvent  difficiles  à  prévoir  et  par 
conséquent  à  prévenir. 

M.  Cresson  ,  qui  s'est  le  plus  occupé  des  moyens  de  conser- 
ver les  sangsues  dans  les  officines  ,  recommande  de  ne  pas 
mettre  au-delà  de  deux  cents  sangsues  pour  six  pintes  d'eau  , 
de  changer  l'eau  une  fois  par  semaine  en  hiver,  deux  en  été, 
et  de  deux  jours  l'un  dans  les  grandes  chaleurs,  en  ayant  grand 
soin  de  tenir  le  vase  bien  propre,  et  d'enlever  la  matière  mu- 
queuse qui  se  dépose  sur  ses  parois  et  les  individus  morts. 
Il  ajoute  qu'il  faut  mettre  le  vase  qui  renferme  les  sangsues 
dans  un  lieu  frais,  à  l'abri  des  rayons  solaires,  et  d'employer 
de  l'eau  à  la  même  température,  la  plus  voisine  possible  de 
zéro,  les  grandes  variations  de  chaleur  étant  ce  qu'il  y  a  de 
plus  nuisible  pour  ces  animaux. 

Plusieurs  personnes  ont  recommandé  en  outre  de  mettre 
dans  leau  quelque  substance  qui  puisse  servir  à  leur  nourri- 
ture; ainsi,  en  Allemagne,  il  paroit  qu'on  y  dissout  une  cer- 
taine quantité  de  cassonade.  M.  Bertrand  a  proposé  de  leur 
donner  un  peu  de  sang;  mais  tout  cela  bien  inutilement. 

Voici  un  autre  procédé  que  recommande  M.  Derheims.  11 
les  met  dans  un  réservoir  assez  petit,  puisqu'il  est  creusé 
dans  du  marbre,  et  de  forme  oblongue.  A  l'une  des  extré- 
mités de  ce  bassin,  et  vers  le  milieu  de  sa  hauteur,  est  assu- 
jettie une  tablette  mince  de  la  même  substance,  sur  laquelle 


SAN  235 

on  met  une  couche  de  mousse  forfemenl  comprimée  par  de 
petits  cailloux.  Au  fond  du  bassin  on  dépose  aussi  une  couche 
i)eaucoup  plus  épaisse,  composée  de  mousse,  de  tourbe,  de 
charbon  de  bois,  et  on  la  comprime  aussi  par  quelques  pe- 
tits cailloux.  On  remplit  le  bassin  d'eau  de  manière  à  ce 
que  le  lit  de  mousse  de  la  talilette  soit  seulement  humecté; 
et  on  recouvre  le  tout  d'une  toile  de  crin  à  mailles  serrées 
et  qui  est  maintenue  horizontale  à  l'aide  de  petits  poids  , 
de  manière  à  ce  que  les  sangsues  ne  puissent  s'échapper.  Un 
robinet  placé  convenablement  sert  à  changer  l'eau  quand 
cela  est  convenable.  On  a  soin  aussi  de  rciiouveler  de  temps 
en  temps  la  mousse. 

Par  ce  procédé  les  sangsues  peuvent  ,  en  traversant  la 
mousse,  se  débarrasser  de  la  mucosité  qui,  dans  les  temps 
orageux  surtout,  recouvre  leur  corps  et  est  la  cause  la  plus 
habituelle  de  leur  mort  dans  la  domesticiié.  L'emploi  du 
charbon  prévient  la  putréfaction  de  cette  matière  animaMK 
laissée  dans  l'eau,  et  paroit  empêcher  son  action  délétère 
sur  les  sangsues.  11  faut  par  conséquent  avoir  grand  soin  d'en- 
lever les  individus  morts.  Quant  au  bassin  de  marbre  ,  quoi- 
qu'il soit  préférable  à  un  baquet  ou  tout  autre  vase  en  bois, 
il  peut  aisément  être  remplacé  par  un  vase  de  terre  vernissée 
ou  de  faïence. 

M.  Achard  ,  pharmacien  à  la  Martinique,  a  proposé  un 
moyen  de  conservation  encore  meilleur,  puisque  non-seu- 
lement les  sangsues  vivent  frès-bien,  mais  peuvent  se  repro- 
duire en  domesticité.  Pour  cela,  dans  une  très-grande  cuve 
en  bois,  autour  et  au-dessus  de  laquelle  il  a  établi  des  ou- 
vertures grillées,  il  a  mis  au  fond  une  couche  d'argile  en 
consistance  de  pâte  molle  ,  et  dans  l'eau  dont  il  l'a  recou- 
verte jusqu'à  deux  mille  sangsues.  Les  jeunes  individus  qui 
y  sont  nés  lui  paroissoicnt  pouvoir  être  employés  pour  mordre 
au  bout  d'un  an. 

Enfin,  plusieurs  pharmaciens  françois,  entre  autres  M.  Le- 
noble,  de  Versailles,  et  les  personnes  qui  en  font  commerce 
en  grand  ,  ont  entrepris  de  parquer  pour  ainsi  dire  les  sang- 
sues ,  en  les  mettant  dans  de  petites  pièces  d'eau  de  leurs 
jardins,  oij  elles  peuvent  à  la  fois  se  nourrir  et  se  reproduire 
aisément. 


^36  Sk-^ 

Le  (ransport  des  sangsues  se  fait  dans  des  sacs  qu'on  en- 
tretient soigneusement  mouillés,  quand  le  voyage  ne  doit 
durer  que  quelques  jours;  mais  quand  il  doit  être  plus  long, 
on  a  recours  à  des  barils  pleins  d'eau  et  percés  en  dessus. 
C'est  ainsi  qu'on  en  envoie  en  Angleterre. 

Les  sangsues  conservées  dans  des  vases  d'une  capacité  peu 
considérable  et  entassées  en  grande  quantité,  sont  sujettes  à 
différentes  maladies  qui  ont  été  encore  peu  étudiées;  mais  il 
paroît  aussi  qu'elles  s'attaquent  les  unes  les  autres.  C'est  du 
inoi:iS  ce  qu'assurent  plusieurs  observateurs,  et  entre  autres 
M.  Vauquelin;  tandis  que  d'autres  disent  absolument  le  con- 
traire. C'est  donc  une  double  raison  d'employer  de  grands 
vases  pour  conserver  les  sangsues  et  de  ne  les  y  mettre  qu'en 
nombre  tel  qu'elles  puissent  s'y  mouvoir  aisément,  sans  se 
rencontrer  trop  souvent. 

Dans  un  ouvrage  de  la  nature  de  celui-ci,  nous  ne  de- 
vons pas  entrer  dans  les  détails  techniques  sur  l'emploi  du 
moyen  thérapeutique  fourni  par  les  sangsues,  c'est  un  sujet 
qui  regarde  exclusivement  la  médecine;  mais  comme  il  arrive 
souvent  que  les  sangsues  peuvent  accidentellement  mordre 
une  personne  ou  un  animal,  il  ne  sera  pas  déplacé  de  dire 
quelque  chose  sur  les  accidens  qui  peuvent  en  résulter  et 
sur  les  moyens  d'y  remédier. 

La  morsure  des  sangsues,  souvent  douloureuse  par  la  rai- 
son que  nous  en  avons  donnée  plus  haut,  est  quelquefois 
suivie  d'irritation  assez  forte  pour  déterminer  une  véritable 
inflammation  et  par  conséquent  du  gonflement,  de  la  rou- 
geur, et  par  suite,  de  la  suppuration  ,  surtout  si  l'on  a  appli- 
qué à  la  fois  un  grand  nombre  de  sangsues  dans  un  petit 
espace.  On  a  attribué  cela  à  l'espèce  de  sangsue  ;  mais  c'étoit 
probablement  à  tort;  car  il  n'y  a  réellement  qu'une  espèce 
de  sangsue  qui  puisse  être  employée  pour  extraire  du  sang  , 
celle  à  laquelle  on  donne  le  nom  de  sangsue  médicinale;  la 
sangsue, noire  ne  pouvant  mordre,  comme  l'a  démontré  M. 
Huzard  fils.  Quanta  la  véritable  sangsue  de  cheval,  H.  san- 
guisuga,  Linn.,  il  paroît  cependant  que  sa  morsure  est  plus 
forte;  mais  c'est  ce  qui  n'est  pas  encore  hors  de  doute. 

On  a  aussi  supposé  que  les  phénomènes  pouvoient  être 
attribués  à  ce  que  la  morsure  avoit  été  faite  par  des  sangsues 


SAN  237 

qui  avoient  déjà  servi.  Mais  cela  est  également  douteux.  D'a- 
hord  il  est  certain  que  beaucoup  de  marchands  de  sangsues  en 
vendent  qui  ont  déjà  mordu  plus  ou  moins  long -temps  au- 
paravant ,  et  il  l'est  encore  davantage  que  des  particuliers 
en  conservent  toujours  de  précaution,  et  que  ce  sont  souvent 
des  individus  qui  ont  servi  déjà  plusieurs  fois,  sans  que  ce- 
pendant il  arrive  aucun  accident  de  leur  morsure. 

Quelques  auteurs  ont  dit  que  des  accidens  éfoient  occa- 
sionés  par  la  morsure  des  sangsues,  lorsqu'on  les  arrachoit  de 
A-^ive  force  ,  et  que  cela  éloit  dû  à  ce  que  les  dents  restoient  dans 
la  peau  :  si  l'on  entend  par  là  les  mamelons  dentifères,  le 
fait  est  faux,  ils  ne  peuvent  être  arrachés;  si  l'on  entend  les 
denticules,  cela  se  peut  concevoir  davantage,  mais  leur  effet 
n'en  est  pas  moins  fort  hypothétique. 

Il  faut  donc  croire  que  l'inflammation,  produite  quelque- 
fois par  la  morsure  des  sangsues,  tient  à  la  difliculté  qu'a  eu 
l'animal  de  mordre,  aux  essais  nombreux  qu'il  aura  faits, 
quelquefois  à  la  nature  même  de  la  peau  du  sujet,  et  peut- 
être  aussi  à  la  matière  muqueuse  plus  ou  moins  altérée,  con- 
servée dans  le  disque  buccal  et  introduite  dans  la  plaie.  Je 
ne  serois  pas  même  étonné  que  les  sangsues,  prises  sur  des 
cadavres  dans  l'eau,  produisissent  plus  d'accidens  que  les  au- 
tres par  leur  morsure. 

Pour  éviter  ce  petit  accident,  ou  du  moins  pour  en  préve- 
nir les  suites  presque  toujours  peu  graves  ,  les  médecins  savent 
qu'il  suffit  d'appliquer  un  cataplasme  émollientsur  les  plaies, 
surtout  quand  elles  sont  rapprochées  ;  car  alors  l'inllamuiatiou 
locale  est  plus  à  redouter. 

Un  accident  beaucoup  plus  grave,  puisqu'on  a  vu  la  mort 
s'en  suivre,  c'est  la  continuité  de  l'écoulement  du  sang  après 
la  chute  de  la  sangsue.  Ordinairement,  peu  de  temps  après 
qu'elle  a  eu  lieu,  le  sang  qui  couloit  par  la  plaie  s'arrête 
peu  à  peu,  se  coagule  dans  l'ouverture,  et  l'hémorrhagie  est 
arrêtée,  à  moins  que,  pour  l'empêcher,  on  ait  soin  de  bai- 
gner la  plaie  avec  un  linge  fin  ou  une  éponge  fine,  imbibés 
d'eau  tiède,  comme  les  médecins  le  recommandent  le  plus 
ordinairement;  mais  il  arrive  quelquefois  que  le  sang  conti- 
nue à  couler,  surtout  si  c'est  au  cou  que  l'application  des 
sangsues  a  eu  lieu.  Alors  on  est  obligé  d'appliquer  quelque 


238  SA^^ 

poudre  absorbante  ou  styplique  ,  comme  du  lycopode,  de 
l'alufi  ou  même  de  la  colophane.  On  peut  aussi  avoir  re- 
cours à  une  substance  absorbante  par  elle-même,  comme 
de  l'amadou ,  dont  on  a  enlevé  l'épiderme  seulement  ou  qu'on 
a  saupoudré  d'alun;  de  la  charpie,  que  l'on  comprime  et  fixe 
sur  la  plaie  à  l'aide  d'un  bandage  approprié,  ou  même,  ce 
qui  estsouvent  préférable,  du  doigt:  quand  ces  moyens,  unis 
à  une  position  convenable,  ainsi  qu'au  repos  le  plus  com- 
plet, ne  réussissent  pas,  on  est  obligé  d'employer  le  baume 
de  Commandeur  ou  la  cautérisation  par  le  i'er  rouge  (l'extré- 
mité d'une  clef,  par  exemple,  peut  très -bien  être  employée 
à  cela),  ou  à  l'aide  du  nitrate  d'argent.  Par  ce  procédé  on  est 
toujours  sûr  de  réussir. 

La  petite  cicatrice  qui  résulte  de  la  morsure  d'une  sangsue , 
et  qui  ressemble  à  une  étoile  à  trois  branches  triangulaires, 
disparoît  au  bout  de  quelques  mois  dans  les  jeunes  sujets; 
mais  reste  quelquefois  toute  la  vie  chez  les  individus  plus 
âgés,  surtout  quand  la  suppuration  a  eu  lieu. 

Quant  à  la  foiblesse  singulièrement  remarquable,  qui  suit 
constamment  l'emploi  trop  réitéré  de  la  saignée  par  les  sang- 
sues, foiblesse  qui  ne  dépend  pas  autant  de  la  quantité  du 
sang  que  de  sa  qualité,  et  qu'il  faut  attribuer,  sans  aucun 
doute  ,  à  ce  que  le  sang  soutiré  par  ces  animaux  n'est  pas  du 
sang  veineux  circulant ,  mais  bien  du  sang  oscillant  et  com- 
pris dans  les  tissus  au  moment  oîi  il  va  servir  à  la  nutrition  , 
il  est  évident  que  le  temps  seul  et  des  circonstances  favora- 
bles,  jointes  à  l'emploi  des  Ioniques,  peuvent  y  remédier. 

Comme  il  arrive  aussi  quelquefois,  à  ce  qu'il  paroît,  que 
des  sangsues  s'introduisent  par  accident  dans  les  ouvertures 
du  corps  et  que  l'on  craint  qu'elles  ne  donnent  lieu  à  des 
hémorrhagics  mortelles,  on  recommande  différens  procédés 
pour  y  remédier.  Le  plus  simple  est  de  les  saisir  avec  une 
pince  qïiand  on  le  peut.  Dans  le  cas  contraire  il  faut  avoir 
recours  à  la  déglutition  ou  à  l'injection  d'eau  salée  ou  vinai- 
grée, ou  même  de  vin,  qui,  suivant  M.  Double,  a  la  pro- 
priété de  les  tuer.  Si  elles  sont  descendues  dans  l'estomac,  il 
est  aisé  de  voir  qu'il  faut  avoir  recours  aux  vomitifs.  Si  par 
accident  elles  avoient  pénétré  dans  les  voies  aériennes,  ce 
qui  me  paroît  fort  dillicile ,  il  faudroit  employer  des  fumi- 


SAN  209 

gâtions  légèrement  irritantes,  et  peut-être  de  bonne  heure 
avoir  recours  à  la  trachéotomie. 

Tout  ce  que  nous  venons  de  dire  de  général  sur  les  sang- 
sues doit  être  appliqué  presque  exclusivement  à  la  sangsue 
médicinale,  et  par  conséquent  nous  nous  bornerons  à  en  faire 
connoître  tout  à  l'heure  les  caractères  spécifiques.  Elle  seule, 
et  ses  nombreuses  variétés,  ainsi  que  le  véritable  H.  sangui- 
siiga,  en  admettant  qu'elle  en  soit  distincte,  paroi t  suscep- 
tible de  mordre  et  de  tirer  du  sang,  quoi  que  quelques  au- 
teurs en  aient  dit.  Pour  les  autres  espèces,  nous  renvoyons 
à  chacune  d'elles  pour  en  connoître  l'histoire. 

Noys  avons  déjà  fait  observer  plus  haut  qu'il  existe  des 
espèces  de  ce  groupe  dans  toutes  les  parties  du  monde  et  dans 
tontes  les  eaux  douces  ou  salées  ;  malheureusement  nous 
ne  connoissons  encore  que  d'une  manière  peu  suffisante  les 
espèces  d'Europe,  toutes  les  autres  n'étant  qu'indiquées  dans 
les  voyageurs.  11  en  résulte  que  le  nombre  d'espèces  inscrites 
dans  nos  catalogues  est  beaucoup  moins  grand  sans  doute  que 
celui  des  espèces  qui  en  existent  réellement. 

La  distinction  zoologique  des  sangsues  a  été  commencée 
par  Muller;  MM.  Oken,  H.  de  Blainville,  et  surtout  Savigny 
ont  cherché  à  faciliter  la  connoissance  des  espèces  de  ce 
groupe,  en  y  établissant  des  sections  génériques  qui  peuvent 
jusqu'à  un  certain  point  être  admises,  puisque  les  différences 
caractéristiques  concordent  assez  bien  avec  des  différences 
dans  les  mœurs  et  les  habitudes.  Nous  allons  cependant  les 
réunir  toutes  sous  la  dénomination  de  sangsues;  mais  aupa- 
ravant indiquons  les  organes  qui  fournissent  les  meilleurs  ca- 
ractères. 

IjCs  parties  dont  les  caractères  distinctifs  doivent  être  tirés 
sont  les  suivantes: 

Le  corps  ,  en  totalité  ,  dont  la  forme  cylindrique  ,  ou 
mieux  ,  à  coupe  circulaire  dans  un  certain  nombre  d'espèces, 
se  déprime  de  plus  en  plus,  de  manière  à  ce  que  le  ventre 
est  constamment  plat  dans  d'autres. 

Le  nombre  des  articulations  ou  des  anneaux  dont  le  corps 
est  formé:  quoique  ce  nombre  varie  un  peu,  c'est  dans  des 
limites  assez  rapprochées,  pour  que  cette  considération  ne 
soit  pas  sans  quelque  importance.  Pour  faire  ce  compte  ,  iî 


^4o  SAN 

m'a  semblé  qu'il  falloit  négliger  les  plis  de  la  lèvre  supérieure, 
souvent  difficile  à  distinguer  ,  et  commencer  du  bord  de  la 
lèvre  inférieure ,  ce  qui  est  toujours  fort  aisé. 

La  distinction  plus  ou  moins  tranchée  des  articulations  an- 
térieures du  reste  du  corps,  pouvant  former  une  ventouse  , 
dans  le  fond  de  laquelle  est  la  bouche. 

La  position  et  le  développement  proportionnel  de  la  ven- 
touse anale,  qui  peut  être  terminale ,  c'est-à-dire  verticale  , 
ou  bien  être  horizontale. 

Le  nombre  et  la  disposition  des  points  noirs  ou  pseudo-ocu- 
laires,  considération  quiparoit  être  d'une  fixité  remarquable. 
Malheureusement  elle  est  quelquefois  d'une  assez  diflicile 
application. 

La  forme  de  la  cavité  prœorale ,  le  développement  plus  ou 
moins  considérable  des  tubercules  ou  mamelons  dentifères  et 
la  grandeur  proportionnelle  de  l'orifice  œsophagien. 

L'anus,  dont  la  position  et  surtout  la  forme  et  la  grandeur 
proportionnelle,  dont  on  peut  très-bien  se  servir  pour  pré- 
juger l'espèce  de  nourriture. 

Les  orifices  de  l'appareil  génital,  dont  la  position  ,  plus  ou 
moins  reculée,  à  compter  de  la  lèvre  inférieure  ,  est  complè- 
tement fixe  ,  de  même  que  le  nombre  d'articulations  com- 
prises entre  les  deux  orifices. 

Quant  à  la  couleur,  elle  me  paroît  être  trop  variable  pour 
qu'on  puisse  le  moins  du  monde  s'en  servir  comme  propre  à 
fournir  des  caractères  spécifiques. 

Les  tubercules,  dont  le  corps  est  quelquefois  hérissé,  sur- 
tout sur  les  individus  conservés  dans  l'esprit  de  vin,  oii  ils 
sont  toujours  plus  ou  moins  contractés,  ne  me  paroissent  que 
rarement  pouvoir  être  employés  a  fournir  de  bons  caractères. 

A.  Espèces  qui  sont  poin^vues  de  branchies.  (  G.  Bran- 
CHIOBDELLA,  Rudolplii  ;  Bp.anchellia,  Savigny  ;  Po- 
LYDORA,  Oken.  ) 

La  Sangsue  de  Menzies  :  H.  branchiata,  Menz.,  Transact. 
Linn.  Societ.,  tome  i,  page  i88,  tab.  17,  fig.  3.  Corps 
déprimé,  alongé,  d'un  pouce  de  long  à  peu  près,  finement 
annelé  ,  atténué  en  avant,  dilaté  en  un  disque  en  arrière, 


SAN  241 

pourvu,  dans  une  partie  de  son  étendue,  de  sept  paires  de 
soies  molles,  un  peu  branchues  et  transparentes;  couleur 
blanchâtre,   translucide. 

Cette  singulière  espèce  de  sangsue  a  été  trouvée  en  grande 
abondance,  adhérente  à  des  tortues,  dans  l'océan  Pacilique  , 
entre  les  tropiques. 

La  Sangsue  de  Rudolphi:H.  Rudolphii  •  Brandi.  Torpedinis, 
Savigny,  Syst.  des  annél.  ,  pag.  109,  n.°  1.  Corps  alongé, 
déprimé,  formé  de  quarante -neuf  anneaux  peu  distincts, 
dont  les  treize  premiers  constituent  une  sorte  de  col;  le  14.^ 
et  les  suivans  jusqu'au  35.',  portant  une  paire  de  branchies 
en  forme  de  feuillets  demi-circulaires;  ventouse  orale,  bien 
distincte  et  beaucoup  moins  grande  que  l'anale,  et  contenant 
trois  points  saillans;  quatre  paires  de  points  pseudo-oculaires, 
disposés  sur  une  ligne  transverse  :  les  orifices  de  l'appareil  «géné- 
rateur situés  aux  21."  et  24.'' anneaux;  couleur  brun-noiràtre. 

Cette  espèce  a  été  trouvée  sur  la  torpille,  dans  la  Méditer- 
ranée ,  par  M.  Rudolphi  et  par  M.  d'Orbigny ,  sur  les  bords 
de  l'Océan.  Elle  a,  comme  la  précédente,  douze  à  quinze 
lignes  de  long. 

B.  espèces  cylindro-coniques ,  ^^furvues  de  ventouses 
également  distinctes  et  teinninales ,  satis  mamelons 
à  la  bouche,  sans  points  pseudo-oculaires.  (G.  Pon- 
TOBDELLA  ,  Lcacli. ;  Albione,  Savigny.) 

L'organisation  des  espèces  de  ce  genre  n'a  pas  encore  été 
examinée  suflisamment.  Ce  que  je  puis  assurer,  c'est  qu'elles 
n'ont  pas  de  points  oculaires,  ni  de  tuberculesdentifères;  quant 
à  l'estomac,  il  m'a  paru  qu'elles  ont  des  poches  à  peu  près 
comme  les  véritables  sangsues.  U  est  donc  probable  qu'elles  se 
nourrissent  de  sang  comme  celles-ci  Ces  espèces  de  sangsues, 
au  contraire  des  autres,  meurent  en  une  heure  ou  deux,  si  on 
les  met  dafis  de  l'eau  de  puits  ou  dans  toute  autre  eau  douce, 
à  moins  qu'on  y  fasse  dissoudre  une  certaine  quantité  de 
sel,  comme  l'a  expérimenté  J.  B.  Batarra. 

La  Sangsue  épineuse;  H.  muricata,  Linn.  Corps  cylindro-co- 
jiique ,  très-atténué  en  avant ,  composé  d'un  nombre  un  peu  va- 
riable d'anneaux  hérissés  de  tubercules  épineux,  sépai-és  de 
47-  i'^ 


242  SAN 

trois  en  trois  par  un  anneau  plus  petit;  la  ventouse  ovale  ayant 
à  son  bord  six  paires  de  petites  verrues  molles  et  très-peu  sail- 
lantes; les  orifices  de  l'appareil  delà  génération  situés  entre  le 
ïy.*  et  le  18/  et  entre  le  20/  et  le  21."  anneaux;  couleur 
cendré -verdàtre  :  quelquefois  irrégulièrement  tachetée  de 
brun. 

Cette  espèce,  qui  atteint  jusqu'à  quatre  pouces  de  long  , 
est  commune  dans  toutes  nos  mers,  où  elle  s'attache  aux 
poissons  et  surtout  aux  raies. 

La  Sangsue  spinuleose  :  H.  spinulosa;  Pontobdella  spinulosa  , 
Leacb.,  Miscellan.  ZooL,  tom.  1 1  ,  pag.  j2,  tab.  68,  fig.  1  et  2. 
Corps  cylindro-conique,  hérissé  de  tubercules  peu  nombreux 
et  aigus. 

Cette  espèce  ne  diffère  très-probablement  pas  delà  précé- 
dente, comme  le  pense  M.  Savigny ,  qui  la  réunit  en  effet, 
à  l'H.  tnurlcata  de  Linné.  Elle  se  trouve  communément  dans 
les  mers  de  l'Ecosse  et  de  l'Angleterre  septentrionale,  atta- 
chée aux  raies  ,  d'où  le  nom  de  suce-raies  [shate-sulcer)  que  lui 
donnent  les  Anglois.  M.  Leach  fait  observer  que  dans  le  jeune 
âge  les  spinules  sont  disposées  en  rangées  très-irrégulières  , 
mais  que  dans  les  indnidus  plus  âgés  elles  sont  bien  plus 
irrégulièrement  éparseS^et  qu'elles  s'effacent,  surtout  quand 
l'animal  s'est  gorgé  de  sang. 

La  S.  VERHUQUEUSE  :  H.  verrucafa;  Pont,  verrucata,  Alh.  ver- 
rucata,  Sav.  ;  Leach,  loc.  cit.  ,  p.  11  ,  tab.  64;  H.  piscium  , 
Baster  ,  Opusc.  subs.,  tom.  1  ,  liv.  2  ,  p.  gô,  tab.  10,  fig.  2  , 
cop.  dans  l'Encycl.  méth.  ,  pi.  53  ,  lig.  5.  Corps  en  massue, 
couvert  de  grosses  verrues  disposées  en  anneaux;  ceux-ci  iné- 
gaux :  les  plus  grands  séparés  par  trois  petits. 

M.  Leach  ,  en  établissant  cette  espèce  ,  ajoute  l'observation 
de  Baster,  que  ,  dans  son  H.  piscium  ,  les  verrues  ou  tuber- 
cules varient  considérablement  de  formes;  aussi  ,  suis-je  en- 
core fort  porté  à  croire  que  ce  n'est  qu'une  variété  de  la 
sangsue  épineuse. 

La  S.  AHÉOLÉE  :  H.  areolata;  Pont,  areolata,  Leach  ,  loc.  cit. , 
pag.  10,  tab.  65.  Corps  de  même  forme  que  dans  les  précé- 
dentes, composé  d'articulations  assez  régulières,  égales  et  non 
tuberculeuses,  du  moins  en  avant,  aréolées  en  arriére,  pro- 
bablement par  le  rapprochement  des  tubercules  aplatis. 


SAN  H^ 

Oh  ignore  la  patrie<ie  cette  espèce  de  sangsue  ,  qui  a  été 
donnée  à  la  Société  liniiéenne  de  Londres  par  sir  Jos.  Banks. 
Je  suppose  que  la  disposition  aréolaire  que  la  figure  citée 
indique,  est  due  à  la  compression  des  tubercules  serrés  les 
uns  contre  les  autres. 

La  SA^GsuE  lisse  ;  H.  Icei^is,  Planch,  des  sangsues,  n.°3.  Corps 
en  longue  massue,  très-atténué  en  avant,  et  se  renflant  peu  à 
peu  jusque  tout  auprès  de  l'extrémifé  postérieure,  lisse,  et 
même  sans  articulations  distinctes;  ventouses  terminales:  la 
postérieure  fort  petite;  l'antérieure  assez  peu  considérable, 
sans  traces  de  verrues  tentaculaires ,  ni  de  points  pseudo-ocu- 
laires; orifices  des  organes  de  la  génération  très-antérieurs, 
au  premier  sixième  environ;  anus  fort  petit;  couleur  d'un 
brun  roussâtre. 

Je  possède  ,  dans  ma  collection  ,  la  sangsue  sur  laquelle 
j'établis  cette  espèce.  Elle  m'a  été  donnée  par  M.  Paretto,  de 
Gênes.  Elle  a,  dans  son  état  de  conservation  dans  l'esprit  de 
vin,  plus  d'un  demi-pied  de  long.  Je  n'oserois  garantir  sa  cou- 
leur, ni  peut-être  même  son  état  complètement  lisse,  parce 
qu'il  me  semble  qu'elle  a  été  un  peu  altérée. 

La  S.  A  bandelettes;  H.  viUala,  de  Chamisso  et  Eysenhardf ., 
De  anim.  è  class,  vertn.,  Acad.  Leopold.  Cari,  des  Naturforsch., 
lom.  2  ,  part.  2  ,  pi.  24  ,  fig.  4.  Corps  déprimé ,  lisse ,  de  cou- 
leur brune  en  dessus ,  avec  environ  trente-six  stries  transverses 
rapprochées  deux  à  deux,  blanc  en  dessous,  avec  des  points 
de  la  couleur  du  dos. 

D'après  la  figure  que  les  auteurs  cités  donnent  de  cette 
espèce  ,  elle  seroit  très-remarquable  par  la  beauté  de  sa  colo- 
ration. Malheureusement  leur  description  est  incomplète  :  ils 
se  bornent  à  dire  qu'elle  paroît  voisine  de  la  S.  indienne  de 
Linné,  et  qu'elle  en  diffère  par  l'état  lisse  du  corps,  et  par 
un  moindre  nombre  de  stries  transverses.  Elle  a  été  observée 
par  M.  de  Chamisso  dans  le  port  de  l'île  Unalascha. 

La  S.  indienne;  H.  indica,  Linn.,  Gmel.,  p.  SogS  ,  n.°  1. 
Corps  déprimé,  brun,  avec  cent  stries  transverses  ou  annu- 
laires, larges,  élevées  et  hérissées  de  lubercuks. 

Voilà  malheureusement  à  quoi  se  borne  la  caractéristique 
donnée  par  Gmelin  ,  pour  cette  espèce ,  qui  existe  dans  la  mer 
des  Indes. 


^44  SAN 

C.  Espèces  cylindriques ,  composées  (Varticulalidns 
peu  distinctes ,  terminées  paî^  des  ventouses  obliques , 
très-grandes  et  aplaties  ;  bouche  petite ,  sans  tuber- 
cules dentif  ères  ;  huit  points  pseudo-oculaires.  (G.  Pis- 
cicoLA  ou  IcHTHYOBDELLA,  de  Bl.  ;  Hœmocharis  j  Sav.) 
La  Sangsue  GÉoMÈraE:  H.geometra,  Linn.  ;  H. piscium  ,  lànn., 

Gmel.  .  I».  3097 ,  n.°  8  ;  Rosel ,  Ins. ,  tom.  5  ,  p.  1 99  ,  tab.  62  ; 
cop.  daiis  l'Encycl.  mélhod.  ,  pi.  5i  ,  fig.  12  —  19;  Hœmo- 
charis piscium  ,  Savigny  ;  Piscicola piscium,  de  Lamk.  Corps  de 
dix  a  douze  lignes  de  long,  grêle,  un  peu  atténué  en  avant, 
lisse;  ventouse  antérieure  de  moitié  plus  petite  que  l'autre, 
portant  des  points  pseudo- oculaires  au  nombre  de  quatre 
paires,  suivant  M.  Savigny;  mais  les  points  de  chacune  presque 
réunis,  de  manière  à  neparoitre  que  quatre  ;  ventouse  anale 
très-grande ,  non  bordée  ;  orifices  des  organes  de  la  génération, 
aux  17."  et  20/  anneaux;  couleur  d'un  blanc  jaunâtre  ,  fine- 
ment poinlillée  de  brun  ou  cendrée  ,  avec  une  chaîne  dorsale 
élargie  en  taches  de  chaque  côté  ,  plus  claire  que  le  fond  ;  deux 
lignes  de  gros  points  bruns  sur  les  côtés  du  ventre;  des  rayons 
bruns,  avec  des  mouchetures  noirâtres  sur  la  ventouse  anale. 
Celte  espèce,  que  je  n'ai  pas  vue,  se  trouve  dans  les  eaux 
douces  d'Europe  ,  attachée  aux  poissons  et  surtout  aux  cy- 
prins. Elle  se  meut  à  la  manière  des  chenilles  arpenteuses  ;  sa 
couleur  est  assez  variable.  La  position  des  orifices  générateurs, 
telle  que  je  l'ai  rapportée,  e-^.*  déterminée  par  M.  Savigny, 
qui  compte  les  anneaux  de  la  lèvre  supérieure.  (Voyez  plus 
loin  la  S.  céphalote.  ) 

D.  Espèces  subcylindriques ,  formées  d'un  très-grand 
nojnbre  d'articulations  peu  distiîictes  ;  bouche 
grande  ,  sans  tubercules  dentifères  ;  anus  très  - 
grand  et  semi-lunaire  ;  ventouse  postérieure  sub- 
terminale  ;  orijices  de  la  génération  dans  un  ren- 
flement annulaire.  (G.  TrochetiAj  Dutroch.  ;  Geoe- 

DELLA  ,  de  Bl.) 

L'unique  espèce  de  sangsue  qui  constitue  ce  groupe  est  vé- 
ritablement fort  remarquable,  et  semble  faire  le  passage  aux 


SAN  *45 

lombrics.  Son  corps,  subcylindrique  en  avant,  un  peu  dé- 
primé et  élargi  en  arrière,  est  également  convexe  en  dessus 
comme  en  dessous.  L'espace  où  s'ouvrent  les  orifices  de  l'ap- 
pareil de  la  génération  est  renflé,  et  forme  un  anneau  circu- 
laire assez  prononcé.  Le  nombre  des  articulations  du  corps 
est  extrêmement  considérable  ,  et  le  paroît  encore  davan- 
tage par  les  plis  irréguliers  dont  chacune  d'elle  est  traversée. 
L'extrémité  postérieure  est  terminée  par  une  ventouse  mé- 
diocre, oblique  ou  inférieure.  L'antérieure  présente  une  ou- 
verture assez  grande,  transverse  ,  bordée  par  deux  lèvres, 
dont  la  supérieure,  obtuse  ,  déborde  beaucoup  l'inférieure  ; 
mais  il  n'y  a  pas  de  ventouse  proprement  dj^te.  La  bouche  se 
présente  au  fond  de  cette  ouverture  ,  qu'elle  semble  continuer 
sans  rétrécissement  :  on  n'y  remarque  aucun  indice  des  tuber- 
cules dentifères  que  nous  verrons  dans  la  seclion  suivante, 
mais  bien  l'origine  de  trois  sillons,  ou  cannelures  profondes, 
qui  se  prolongent  dans  toute  la  longueur  de  l'œsophage  ,  deux 
en  haut,  et  une  médiane  en  bas  ou  sur  la  ligne  ventrale. 
L'estomac  ne  commence  qu'assez  au-delà  du  renflement  gé- 
nérateur: il  ne  forme  aucune  poche  latérale  ,  mais  seulement 
d'espace  en  espace  il  oflVe  des  rétrécissemens  ou  bourrelets 
assez  sensibles  ,  d'abord  quatre  plus  distans  et  ensuite  trois 
plus  rapprochés  ;  on  voit  de  semblables  bourrelets  dans  une 
partie  de  l'intestin  où  les  plis  longitudinaux  de  la  muqueuse 
sont  plus  fins  et  plus  rapprochés  que  dans  celle  qui  la  pré- 
cède. Vient  ensuite  une  dernière  portion  d'intestin,  courte 
et  toute  droite  ,  plus  large  en  avant,  se  rétrécissant  peu  à  peu 
en  arrière,  et  dans  lequel  les  plis  très-épars  de  la  membrane 
muqueuse  sont  comme  frisés  ou  crépus.  L'anus,  qui  termine 
cet  intestin  ,  est  remarquable  par  sa  grandeur,  proportionnel- 
lement, surtout  avec  celui  des  véritables  sangsues.  Il  est  semi- 
lunaire,  obliquement  ouvert  en  arrière. 

Les  autres  parties  de  l'organisation  de  cette  espèce  de 
sangsue  ne  diflerent  pas  moins  de  ce  que  nous  avons  décrii 
plus  haut  dans  la  sangsue  médicinale ,  qui  nous  a  servi  de 
type. 

INous  ne  coniioissons  encore  qu'une  espèce  dans  cette  sec.» 
tion,  que  M.  Huzard  fils,  d'après  l'indication  de  M.  Duméril, 
A  confondu  à  tort  avec  l'H.  san^uisuga  de  Linné,  dont  nous 


M6  SAN 

allons  parler  tout  à  l'heure  ,  quoique  celle-ci  s'en  rapproche 
plus  que  les  véritables  sangsues;  c'est 

La  Geobdella  deDutrochet:  H.  Trochelii;  Trochefiaviridis , 
Dutrochet,  Bull,  par  la  Soc.  philoin. .  et  de  Lauiarck ,  Anim, 
sans  vert.,  tom.  5  ,  page  292.  Corps  de  deux  à  trois  pouces  de 
long,  épais,  de  couleur  verte  en  dessus,  jaunâtre  en  dessous. 

Elle  a  été  découverte  par  M.  Dutrochet,  dans  le  départe- 
ment d'Indre-etrLoire  ,  où  il  paroit  qu'elle  est  assez  abondante. 

E.  Espèces  alongées,  suhcylindjnques ,  ou  peu  dépri- 
mées,  formées  d'anneaux  nombreux ^  égaux,  assez 
longs  et  bien  réguliers  ;  ventouse  antérieure  peu 
distincte ,  bilahiée  ;  cinq  paires  de  points  pseudo- 
oculaires ,  dont  trois  très-rapprochées  dorsales  sur 
le  premier  anneau  ,  et  deux  latérales  plus  isolées  ; 
bouche  très-grande,  pourvue ,  à  l'entrée  de  l'œso- 
phage, de  trois  plis  hijides  :  un  supérieur  et  deux 
latéraux  inférieurs  ;  anus  fort  grand  et  semi-  lu- 
naire ;  orifices  des  organes  de  la  génération ,  le 
premier  entre  le  24.''  et  le  ib."  anneau  ;  le  second 
entre  le  29.'  et  le  3o.^  (Genre  Pseudobdeilla  ,  de  Bl.) 

Cette  division  ries  sangsues  est  établie  sur  une  espèce  très- 
commune  aux  environs  de  Paris,  et  sur  laquelle  M.  Huzard  a 
fait  un  travail  spécial ,  pour  la  comparer  avec  la  sangsue 
oflicinale.  Tous  les  détails  anatomiques  qu'il  a  donnés  sont 
précieux;  mais,  suivant  nous,  c'est  à  tort  que,  suivant 
l'exemple  de  M.  Carcna ,  il  l'a  regardée  comme  identique 
avec  la  sangsue  de  cheval,  décrite  sous  ce  nom  par  M.  Sa- 
vigny  ,  et  placée  avec  elle  par  ce  naturaliste  dans  son  genre 
Bœmopis.  Pendant  long- temps  il  m'a  été  impossible  de  faire 
concorder  la  description  que  M.  Savigny  donne  des  tuber- 
cules dentifères  de  sa  sangsue  de  cheval ,  avec  ce  que  M.  Hu- 
zard dit.  et  ce  que  j'ai  vu  moi-même  de  la  bouche  de  l'espèce 
qu'il  a  désignée  aussi  sous  ce  nom  ;  mais  comme  celui-ci  a  eu 
l'extrême  complaisance  de  me  donner  plusieurs  individus  de 
cette  espèce  ,  celui  même  dont  il  a  fait  figurer  le  canal  in- 
testinal j  ainsi  que  la  sangsue ,  qu'il  a  regardée  comme  une 


SAN  24y 

simple  variété  de  la  sangsue  médicinale,  à  laquelle  il  donne 
le  nom  de  sangsue  noire  ,  je  me  suis  bientôt  rendu  compte  de 
cette  grande  différence  dans  la  description  de  lu  bouche  ,  en 
reconnoissant  que  cette  sangsue  noire  de  M.  Huzard  est  la  vé- 
ritable sangsue  de  cheval  de  M.  Savigny,  et  la  sangsue  de 
cheval  de  celui-là,  la  sangsue  noire,  hœmopis  nigra,  de  celui- 
ci,  dont  il  n'aura  pas  examiné  comparativement  la  bouche  , 
et  que  la  forme  seule  de  son  corps,  en  effet  parfaitement 
semblable  ,  lui  aura  fait  placer  dans  le  même  genre.  D'après 
cela,  j'établis  une  division  pariiculière  pour  cette  espèce 
de  sangsue,  qui  offre  un  assez  grand  nombre  de  rapports  avee 
la  S.  de  Dutroihet,  pour  que  M.  Huzard  ait  cru  que  c'étoit 
la  même,  s'il  n'avoit  fait,  le  premier,  l'observation  que 
son  appareil  digestif  est  tout  autrement  conformé  que  celui 
des  sangsues  proprement  dites.  En  effet,  d'abord,  les  tuber- 
cules de  la  bouche  sont  toujours  beaucoup  plus  petits  ,  quoi- 
qu'offrant  absolument  la  même  disposition  ,  c'est-à-dire  que 
l'un  est  médio-dorsal  et  les  deux  autreslatéraux  ;  mais  ,  comme 
le  fait  justement  observer  M.  Huzard  ,  ce  sont  plutôt  les  extré- 
Tnités  un  peu  renflées  des  plis  longitudinaux  de  l'œsophage  ; 
aussi  cojivergent- ils  moins  que  les  tubercules  dcntiféres  des 
sangsues.  Les  crochets,  ou  dents,  paroissent  aussi  avoir  une 
autre  disposition  et  être  beaucoup  moins  nombreux.  Suivant 
M.  Huzard  fils,  les  dents  forment  sur  la  mâchoire  une  petite 
bande  saillante  ,  divisée  dans  sa  longueur  par  un  sillon  unique , 
et  dans  sa  largeur  par  d'autres  sillons,  qui  lui  ont  paru  être 
au  nombre  de  huit  ou  neuf,  en  sorte  que  cette  bande  seroit 
formée  de  dix-huit  ou  vingt  mamelons  plus  gros  que  les  dent5 
delà  sangsue  médicinale,  et  en  même  temps  plus  obtus.  M. 
Caréna  dit  qu'il  y  en  a  quatorze  sur  chaque  rang  ou  vingt- 
huit  en  tout.  Quant  à  moi ,  j'avoue  n'avoir  jamais  pu  voir  ces 
denticules  sur  les  individus  que  j'ai  observés,  et  cependant 
avec  une  assez  forte  loupe;  aussi  je  crois  pouvoir  assurer  qu'il 
n'y  en  a  pas.  Quoi  qu'il  en  soit,  l'orifice  buccal  ou  œsopha- 
gien est  très-grand,  en  comparaison  de  ce  qu'il  est  dans  les 
véritables  sangsues;  l'œsophage  ne  l'est  pas  moins:  il  est  aussi 
sensiblement  plus  long,  et  les  plis  longitudinaux  de  la  mu'p 
queuse  y  sont  beaucoup  plus  marqués.  L'estomac  n'en  est 
qu'une  continuation,  et  ne  s'en  distingue  que  parce  que  ces 


24S  SAN 

plis  y  sont  moins  évidens;  il  est  aussi  beaucoup  moins  dilaté 
que  drins  les  sangsues  ordinaires,  et  surtout,  quoiqu'il  soit 
compris  entre  des  faisceaux  de  fibres  musculaires  transverses, 
il  ne  présente  aucun  étranglement ,  comme  des  sinus  ou  po- 
ches que  nous  avons  décrites  dans  celles-ci.  Vers  le  tiers  pos- 
térieur du  corps,  au  point  où  il  va  se  changer  en  intestin,  il 
est  pourvu,  à  droite  et  à  gauche,  d'un  cœcum  étroit,  qui  est 
bridé  par  une  lame  de  fibres  musculaires  transverses ,  ce  qui 
très-probablement  l'aura  caché  aux  yeux  de  M.  Huzard,  qui 
n'en  parle  pas.  L'intestin,  d'abord  fort  large,  presque  autant 
que  l'estomac  ,  diminue  un  peu  de  diamètre,  pour  se  ter- 
miner à  l'anus ,  que  nous  avons  dit  être  fort  grand. 

Ainsi ,  l'appareil  digestif  de  ces  sangsues  diffère  notablement 
de  celui  des  espèces  ordinaires.  Le  reste  de  l'organisation 
présente  aussi  quelques  différences ,  quoique  moins  considé- 
rables. Je  n'ai  pas  observé  ce  singulier  appareil ,  que  M.Thomas 
a  regardé  comme  respiratoire,  et  que  Je  pense  plutôt  appar- 
tenir à  l'appareil  crypteux.  Le  système  circulatoire  est  toujours 
formé  des  deux  grosses  veines  latéro -infères  et  de  l'artère 
inédio-dorsale.  L'appareil  de  la  génération,  quoique  construit 
sur  le  même  plan  que  dans  la  sangsue  médicinale ,  offre  ce- 
pendant au  moins  des  proportions  différentes.  Il  y  a  toujours 
neuf  paires  de  testicules  globuleux,  communiquant  successi- 
vement par  un  court  Crinal  particulier  avec  le  canal  déférent 
commun.  L'épididyme  a  ses  (lexions  moins  serrées  ;  il  est 
beaucoup  moins  blanc.  L'organe  excitateur  est  proportion- 
nellement plus  long  :  il  en  est  de  même  de  la  matrice,  com- 
parativement avec  les- ovaires.  Je  n'ai  pas  trouvé  non  plus 
que  le  système  nerveux  fût  exactement  semblable  ;  il  y  a  , 
en  effet,  un  moins  grand  nombre  de  ganglions,  puisque  le 
nombre  total  ne  dépasse  pas  vingt.  Les  antérieurs  et  surtout 
les  postérieurs  sont  bien  plus  distincts  et  plus  serrés  que  ceux 
du  milieu  du  corps.  Les  filets  qui  en  naissent  m'ont  même 
paru  être  plus  nombreux  ,  et  sortir  immédiatement  au  nombre 
de  deux,  en  patte  d'oie. 

Mais  toutes  ces  différences  dans  l'organisation  seroient  peut- 
être  encore  peu  importantes  ,  si  elles  ne  concordoient  pas 
avec  des  dissemblances  dans  les  mœurs.  Les  sangsues  de  cette 
section  sont  en  effet  à  deini  terrestres:  elles  sortent  fréquem- 


SAN  2^'9 

ment  de  l'eau  et  vont  se  cacher  sous  les  pierres  qui  se  trou- 
vent aux  environs  des  mares  et  des  étangs  qu'elles  habitent. 
11  paroit  que  c'est  pour  y  chercher  les  lombrics  ou  vers  de 
terre,  dont  elles  font  leur  principale  nourriture.  C'est  en 
core  à  M.  Huzard  fils  que  nous  devons  cette  observation. 
Ayant  remarqué  que  ces  sangsues,  de  quelque  manière  qu'on 
s'y  prenne,  refusent  constamment  de  mordre  à  la  manière 
des  sangsues  ordinaires,  il  lui  vint  l'idée  de  mettre  dans  le 
vase,  où  il  en  conservoit,  des  vers  de  terre;  aussitôt  que, 
par  le  simple  contact  ,  elles  en  furent  averties  ,  elles  se 
portèrent  sur  ces  vers  avec  une  vitesse  surprenante,  les 
saisirent  avec  leur  ouverture  buccale,  et  les  engloutirent  de 
manière  à  en  faire  disparaître  jusqu'à  deux  pouces  de  long. 
Elles  peuvent  aussi  les  prendre  par  la  moitié  du  corps  ,  et  alors 
elles  les  avalent  en  une  seule  fois,  les  deux  moitiés  rappro- 
chées. Il  paroît  qu'elles  se  mangent  également  les  unes  les  au  très, 
et  qu'elles  se  nourrissent  aussi  d'animaux  vertébrés,  puisque 
M.  Huzard  a  trouvé  dans  le  rectum  d'individus  qu'on  lui 
avoit  apportés,  des  corps  durs,  de  nature  cornée  ou  os- 
seuse, et  des  vertèbres  et  opercules  de  poissons,  probable- 
ment d'épinoches. 

Jeneconnois  encore  d'une  manière  certaine  qu'une  espèce 
dans  cette  section;  c'est: 

La  Sangsue  noire  :  H.  nigra;  Hœmopis  nigra,  Savigny  ,  loc. 
cit.,  pag.  1)6;  IL  sanguisuga  ,  Caréna,  loc,  cit.,  tab.  x[ , 
fig.  7;  H.  vorax ,  Johnson;  la  S.  de  cheval,  H.  vorax;  Hu- 
zard fils,  Mém.,  pi.  2,  fig.  16  et  fig.  17  (ce  qui  est  un 
peu  plus  douteux).  Corps  subcylindrique,  grêle,  alongé  , 
sublombriciforme ,  composé  de  quatre-vingt-quatorze  anneaux, 
bien  séparés  et  égaux:  points  pseudo-oculaires,  noirs  et  bien 
distincts;  couleur  noire  en  dessus,  cendré-noirâtre  en  des- 
sous, suivant  M.  Savigny  et  moi,  et  d'après  M.  Huzard,  va- 
riable en  dessus  du  noir  foncé  au  vert  clair  et  au  vert  grisâtre  , 
et  dans  ce  cas  quelquefois  avec  de  petites  mouchetures  brunes, 
ofiTrant  un  peu  l'aspect  débandes  longitudinales,  toujours  plus 
claire  en  dessous  et  souvent  maculée  de  brun. 

M.  Huzard,  en  rapportant  cette  espèce  bien  distincte  de 
sangsue  à  celle  que  Linné  a  nommée  H.  sanguisuga,  avoit  sans 
doute  été  entraîné  à  cela  par  l'exemple  de  M.  Caréna,  qui, 


25o  SAN 

le  premier,  l'avoit  parfaitement  caractérisée,  sans  cependant 
avoir  fait  connoître  les  ditférences  de  son  estomac;  ceiui-ci 
décrit  cependant  les  uiameloTJs  de  la  bouche  un  peu  autre- 
ment que  ne  le  fait  M.  Huzard ,  et  surtout  très -différem- 
ment de  ce  que  j'ai  vu  moi-même;  en  sorte  que,  comme  il 
ajoute  qu'elle  est  plus  aplatie  que  la  sangsue  médicinale,  ce 
qui  est  tout  le  contraire  de  ce  qui  a  lieu  pour  la  sangsue 
noire,  on  pourroit  encore  avoir  quelques  doutes,  si  M.  Ca- 
réna ne  donnoit  à  son  H.  sanguisuga  les  mêmes  habitudes 
d'avaler  des  lombrics,  comme  M.  Huzard  l'a  observé  pour  sa 
sangsue  de  cheval.  lia  également  vu  qu'elle  maiige  en  outre 
beaucoup  d'autres  animaux  aquiitiques,  comme  des  larves 
d'insectes  et  même  des  chenilles.  Elle  est  si  vorace  qu'il  a 
remarqué  une  de  ces  sangsues  chercher  à  avaler  un  lombric 
qui  avoit  traversé  le  corps  d'une  autre  sangsue  et  qui  lui  sor- 
toit  en  partie  par  l'anus.  M.  Caréna  avoit  également  essayé 
inutilement  de  se  faire  mordre  par  cette  espèce  de  sangsue, 
et  cependant  il  paroit  admettre  que  ses  morsures  doivent 
être  douloureuses  et  causer  de  l'inflammation. 

C'est  cette  espèce  que  l'on  trouve  fréquemment  aux  en- 
virons de  Paris  dans  les  mares  de  Gentilly.  J'en  avois  depuis 
long-temps  dans  mes  portefeuilles  une  description  anatomique 
sous  le  nom  de  sangsue  noire.  C'est  aussi  bien  certainement  celle 
dont  nous  devons  une  bonne  distinction  à  M.  Huzard  ;  mais  qu'il 
a,  suivant  moi,  confondue  à  tort  avec  la  véritable  sangsue 
de  cheval,  qui  se  trouve  dans  la  section  suivante.  11  paroît 
en  effet  que,  comme  celle-ci,  la  sangsue  noire  se  trouve 
quelquefois  dans  le  commerce  mêlée  avec  la  sangsue  offici- 
nale, ainsi  que  le  prouve  le  fait  rapporté  par  M.  Huzard  d'une 
distribution  de  sangsues  à  l'HrStel-Dieu,  qui  n'étoit  composée 
que  de  cette  espèce.  On  la  distingue  très -aisément  dei 
bonnes  sangsues  par  la  grandeur  et  la  forme  de  son  anus, 
et  parce  que ,  mise  dans  la  main ,  elle  ne  se  ramasse  pas  en 
forme  d'olive,  comme  le  font  celles-là. 

La  Sangsue  de  la  Martinique,  H.  martinicensis.  Corps  subdé- 
primé, médiocrement  alongé,  composé  de  quatre-vingt-deux 
anneaux  assez  peu  distincts  ;  ventouse  antérieure  labiale  ,  mé- 
diane, à  lèvresiipérieure  arrondie  et  papilleuse  ;  ventouse  pos- 
térieure fort  large;  ouverture  buccale  assez  grande  et  sans  ma?' 


SAIN  :^5» 

melons  dentifères  ;  anusmédian  ;  orifice  des  organes  de  la  géné- 
ration entre  le  vingt-unième  etlevingt-deuxième  anneau  pour 
le  premier,  et  entre  le  vingt-sixième  et  le  vingt-septième  pour 
le  second  :  couleur  foute  noire  en  dessus,  comme  en  dessous. 

J'ai  défini  cette  espèce  d'après  trois  individus  de  la  col- 
lection de  M.  Huzard  fils,  et  qui  provenoient,  à  ce  qu'il  m'a 
assuré  ,  de  la  Martinique.  Le  plus  gros  avoit  environ  un  pouce 
et  demi  de  long  sur  quatre  lignes  de  large;  mais  il  étoit  évi- 
demment très -contracté  et  très  -  dur  par  la  substance  coa- 
gulée qui  remplissoit  son  estomac  et  qui  sembloit  être  du 
sang.  Je  n'ai  pu  voir  aucune  trace  de  mamelons  dentifères, 
mais  bien  un  orifice  buccal  arrondi,  beaucoup  plus  grand 
que  dans  les  sangsues  ordinaires.  La  lèvre  supérieure  étoit 
comme  lobée  ou  digitée  à  sa  circonférence.  L'estomac  avoit 
un  grand  nombre  de  poches  latérales  aussi  distinctes  que  dans 
les  véritables  sangsues.  Les  deux  cœcums  terminaux  étoient 
également  assez  grands,  mais  le  rectum  avoit  un  diamètre 
évidemment  plus  considérable.  La  ventouse  postérieure  ho- 
rizontale étoit  aussi  bien  plus  large  que  celle  des  sangsues 
médicinales,  en  sorte  qu'en  joignant  les  différences  du  nom- 
bre total  des  anneaux  et  de  la  terminaison  des  organes  de  la 
génération,  il  me  semble  que  c'est  une  espèce  distincte,  in- 
termédiaire aux  pseudobdelles  et  aux  hippobdelles.  Je  n'ai 
pu  voir  la  disposition  des  points  pseudo- oculaires. 

Seroit-ce  la  même  espèce  que  celle  dont  a  parlé  M.  Achard 
et  dont  il  est  question  dans  la  section  des  espèces  douteuses? 

F.  Espèces  à  corps  alongé ,  suhcylindrique  ou  peu  dé- 
primé, composé  d' anneaux  nombreux ,  égaux  et 
réguliers;  cinq  paires  de  points  pseudo-oculaires ,  peu 
distinctes,  trois  très-rapprochées  sur  le  premier  an- 
neau, les  deux  autres  latérales  et  plus  isolées;  bouche 
petite ,  pourvue  de  trois  tubercules ,  portant  deux 
rangs  de  denticules plus  nombreuses  ;  anus  médiocre , 
orijice  des  organes  de  la  génération  comme  dans  la 
section  suiçante.  (G.  Hœmopis,  Savigny;  Hippob- 
DELLA,  de  B.) 
J'ai  dit  à  l'article  de  la  sangsue  noire  de  la  section  pré- 


aSa  SAN 

eédente  la  raison  pour  laquelle  je  la  séparois  delà  section  quî  va 
noiisoicuper.  En  eilet,  l'organisation  de  la  véritable  sangsue  de 
cheval  est  tellement  rapprochée  de  celle  des  sangsues  médici- 
nales, que  M.  Huzard  l'a  regardée  comme  n'étant  qu'une  simple 
variété  de  celles-ci.  Ce  qui  l'aura  induit  en  erreur,  c'est  sans 
doute  qu'il  n'aura  eu  égard  qu'a  l'estomac,  qui,  en  effet, 
présente  les  mêmes  poches  ou  sinus  latéraux  que  dans  les 
bonnes  sangsues,  quoique  peut-être  moins  grandes.  Le  nom-r 
bre  m'en  paroit cependant  moindre,  puisque  je  n'en  ai  trouvé 
que  dix  de  chaque  côté,  la  première  paire  étant  très-petite; 
les  cœcums  sont  aussi  moins  grands,  moins  dilatés,  au  con- 
traire de  l'iniestin,  dont  l'orifice  terminal  est  évidemment 
plus  orand  que  dans  les  sangsues  ordinaires.  Je  n'ai  d'ailleurs 
pas  remarqué  de  différences  dans  le  reste  de  l'organisation; 
mais  peut-être  n'y  ai-je  pas  encore  regardé  avec  assez  de  soin. 
Les  points  noirs,  pseudo-oculaires,  m'ont  cependant  encore 
paru  moins  marqués,  et  peut-être  même  avec  une  autre  dispo- 
sition. 

Les  espèces  que  M.  Savigny  rapporte  à  cette  section  ,  sont , 
en  en  retirant  sa  sangsue  noire  : 

La  Sangsue  de  cheval:  H.  sanguisorba  ,  Savigny,  loc.  cit., 
pag.  )  i5;  de  Lamarck,  loc.  cit. ,  tom.  6  ,  pag.  291  ,  n.°  2  ;  H. 
sangsuisuga,  Linn. ,  Gmel.,  pag.  SogS ,  n."  5  ;  Miiller  ,  Hist. 
verm. ,  tom.  1 ,  part.  2  ,  pag.  3g  ,  n."  168;  Bosc  ,  Vers,  tom.  1  , 
pag.  246  ,  n.°  3.  Corps  quelquefois  de  six  pouces  de  long  ,  formé 
de  quatre-vingt-dix-huit  anneaux  un  peu  carénés,  en  comptant 
les  trois  de  la  lèvre  supérieure;  points  pseudo-oculaires,  peq 
distincts;  mamelons  buccaux  blancs,  acmés  de  neuf  doubles 
denticules  noirâtres.  Les  orifices  de  la  génération,  le  pre-r 
mier  entre  le  27."  et  le  28.'',  et  le  second  entre  le  52.*'  et  Iç 
55.'"  anneau  ,  suivant  la  manière  de  compter  de  M.  Savigny  ;  et 
entre  le  24.*  et  le  28."  pour  le  premier,  et  entre  le  29."  et 
le  3o.*,  suivant  la  mienne.  Couleur  noir- verdàtre  en  des- 
sus, vert- jaunâtre  en  dessous,  maculée  de  brun  sur  les  côtés 
et  souvent  sur  le  dos;  la  ligne  latérale  d'un  jaune  plus  clair, 
surtout  dans  les  Jeunes  individus. 

Celte  espèce  est,  suivant  M.  Savigny,  très -commune  dans 
les  eaiix  douces  de  toute  l'Europe.  11  ajoute  que  sa  morsure 
produit  des  plaies  très-douloureuses.  C'est  ce  que  nous  ern-f 


SAN  s!^3 

pêche  de  croire  avec  MM.  Caréna  et  Huzard  ,  que  ce  soit  cer- 
tainement la  même  espèce  que  la  sangsue  qu'il  a  nommée  H. 
torax,  et  que  nous  avons  observée  nous-mêmes,  et  cela  d'au- 
tant mieux,  que  Linné  dit  de  son  H.  sangiiisuga,  qu'elle  est  si 
vorace,  si  avide  de  sang,  que  neuf  individus  suffisent  pour 
faire  mourir  un  cheval  exsangue.  Or,  tout  cela  ne  peut 
convenir  à  la  sangsue  des  environs  de  Paris,  qui  a  ses  ma- 
melons très-peu  prononcés,  et  qui  ne  se  nourrit  pas  de  sang. 
Il  faut ,  au  reste ,  faire  l'observation  que  VHirudo  sanguisuga  de 
Linné  est  trop  incomplètement  caractérisée  pour  dire  au 
juste  ce  que  c'est. 

La  Sangsce  es  decil  :  H.  luctuosa;  Hœmopis  lu  duo  sa ,  Sav,, 
loc.  cil.,  pag.  iiG.  Corps  long  de  douze  à  quinze  lignes, 
cylindrique  ,  composé  du  même  nombre  d'articulations  que 
celui  de  la  précédente;  yeux  très-visibles  ;  mamelons  buccaux 
très-forts;  couleur  noire  avec  quatre  rangées  de  points  plus 
obscurs  en  dessus,  noirâtres  en  dessous. 

Cette  espèce,  des  environs  de  Paris,  n'est  évidemment 
qu'un  jeune  Age  de  l'espèce  précédente  ,  comme  le  prouve  la 
transparence  de  la  ventouse. 

La  S.  LACERTiNE  :  H.  lucertina ;  Hœmopis  lacertina,  Savig. , 
loc.  cit.,  pag.  1 17.  Corps  de  la  même  longueur  et  ayant  le  même 
nombre  d'anneaux  que  dans  l'espèce  précédente:  de  cou- 
leur brune  en  dessus,  avec  deux  rangées  flexueuscs  de  points 
noirs,  inégaux  ;  deux  plus  gros  et  plus  intérieurs,  alternant 
régulièrement  avec  trois  plus  petits  et  plus  externes;  le  ventre 
brun-clair. 

C'est  encore  suivant  moi  une  variété  de  la  S.  de  cheval. 

G.  Espèces  alongées ,  sensiblement  déprimées ,  à  louche 
bilabiée ,  pourvue  de  trois  mamelons  dentijères ,  bien 
évidens  ,  et  portant  cinq  paires  de  points  noirs 
pseudo-oculaires  ;  anus  extrêmement  petit.  (G.  San- 
guisuga, Savignj,  Jatro^della;  de  B.) 

Ce  sont  les  espèces  de  cette  section  qui,  étant  le  mieux 
connues  et  les  plus  communes,  nous  ont  servi  à  étudier  l'or- 
ganisation générale  de  tout  le  groupe  des  hirudinés.  Nous 
allons  donc  nous  borner  à  caractériser  les  espèces  ou  mieux, 


254  SAN 

à  ce  qu'il  me  semble,  les  variétés  de  la  sangsue  médicinale^ 
qui  en  est  le  type. 

La  Sangsue  médicinale  :  H.  medicinalis  ,  Linn.,  Gmel.  j 
p.  3095,  n.°  2;  Millier,  loc.cit.,  n."  167  ,  pag.  87  ;  G.  Cuvier, 
Kègne  anim.,  tom.  2  ,  pag.  523;  de  Lamarck,  L  c,  pag.  290, 
n.°  1  ;  Sans,uisiiga  ojficinalis ,  Savigny  ,  loc.  cit.,  png.  ii/f.  La 
S.  OFFICINALE,  Huzard ,  Mém.  journ.  de  pharm. ,  Mars  1825, 
planche  5,  Cg.  18,  19,    20. 

Corps  long  de  trois  à  quatre,  cinq  et  même  six  pouces, 
composé  de  quatre-vingt-quatorze  anneaux,  bien  distincts, 
et  garnis  de  petits  mamelons  obtus,  latéraux.  Orifices  de  la 
génération,  le  premier  entre  le  24.*  et  le  26.*  anneau,  le 
second  entre  le  29.*'  et  le  oo.";  couleur  extrêmement  va- 
riable, pour  le  fond  de  la  robe,  qui  peut  être  vert- clair, 
vert- grisâtre  ,  et  même  d'un  noir  plus  ou  moins  foncé;  mais 
toujours  ornée  de  bandes  longitudinales  plus  ou  moins  évi- 
dentes. Ce  sont  ces  différences  qui  peuvent  servir  à  établir 
les  variétés  suivantes  : 

A.  La  S.  MÉDICINALE  GRISE;  H.  med.  griseu.  Le  fond  gris, 
plus  ou  moins  obscur,  avec  quatre  bandes  bien  distinctes, 
deux  de  chaque  côté,  outre  une  bande  de  couleur  moins 
foncée  que  le  fond ,  bordée  elle-même  de  noir  ou  de  brun 
séparant  le  dos  du  ventre  qui  est  entièrement  maculé  de 
noir. 

B.  La  S.  MÉDICINALE  VERTE  :  H.  sanguisuga  officinalis  ,  Sa- 
vigny ;  Hirudo  provincialis ,  Caréna;  Huzard,  loc.  cit.,  pag.  3 , 
fîg.  20.  Fond  d'un  vert  plus  ou  moins  clair,  avec  six  bandes 
de  couleur  très- variable;  les  latérales  supérieures,  quelque- 
fois décomposées  en  taches  assez  régulières;  ventre  vert -jau- 
nâtre, sans  aucune  tache. 

M.  Savigny  qui  fait  une  espèce  distincte  de  cette  variété, 
ajoute  que  les  six  yeux  antérieurs  sont  très-saillans ,  et  parois- 
sent  très-propres  à  la  vision. 

Je  rapporte  à  cette  variété  de  la  sangsue  médicinale  non- 
seulement  l'H.  provincialis  de  M.  Caréna,  comme  l'a  fait  M. 
Huzard,  mais  encore  son  H.  medicinalis.  En  effet,  le  natura- 
liste piémontois  ne  donne ,  pour  distinguer  ces  deux  sangsues, 
que  des  différences  de  couleur  extrêmement  peu  iuportantes. 
Celle-ci  étant  d'un  vert  toncé,  avec  trois  paires  de  raies  rous- 


SAN  255 

sâires  de  chaque  côté  du  dos;  rintermédiaire  étant  décom- 
posée eu  taches,  tandis  que  celle-là  est  d'un  vert  clair,  avec 
trois  lignes  longitudinales  brunes,  tachetées  de  noir.  Or,  ces 
différences  n'indiquent  t'es- probablement  que  des  variétés 
locales;  en  effet,  la  première  vient  de  toutes  les  eaux  du  Pié- 
mont ,  et  l'autre  des  environs  de  Marseille  et  de  Toulon  ,  d'où 
on  l'exporte  pour  l'emploi  de  la  médecine  à  Grenoble  et  dans 
le  Piémont. 

C.  La  Sangsue  médicinale  marquetée;  H.  rnedicinalis  testel- 
lata,  Huz.,  Z.  c. ,  fig.  18.  Fond  ordinairement  d'un  très-beau 
vert,  quelquefois  très-foncé,  orné  de  séries  de  points  noirs, 
régulièrement  disposés  de  cinq  en  cinq  anneaux.  Cette  variété , 
qui  est  très-grosse,  se  trouve,  dit  M.  Huzard,  assez  communé- 
ment mêlée  avec  les  sangsues  médicinales  dans  le  commerce. 
Il  présume  qu'elle  vient  de  New-York  dans  les  Ëtats-Unis. 

D.  La  S.  MÉDICINALE  NOIRE;  H.  meàicinalis  Tiigra.  Fond  en- 
tièrement noir  en  apparence;  mais  offrant  cependant,  quand, 
on  l'examine  attentivement,  des  traces  de  bandes  longitu- 
dinales. C'est  cette  variété  que  M.  Huzard  est  porté  à  regar- 
der comme  la  véritable  sangsue  de  cheval ,  ou  du  moins  celle 
qu'on  accuse  de  s'attacher  aux  jambes  des  chevaux  et  des 
bœufs,  au  point  de  les  exsanguer,  dont  nous  avons  fait  la 
sangsue  de  cheval,  H.  sanguisuga,  de  M.  Savigny. 

E.  La  S.  MÉDICINALE  COULEUR  DE  CHAIR  ;  H.  iTied.  camca.  Cou- 
leur générale  entièrement  rose  ou  couleur  de  chair,  sans  in- 
dices, des  bandes  plus  colorées. 

Cette  variété  a  été  observée  par  M.  Guillez,  pharmacien 
de  Paris,  qui  m'a  dit  en  avoir  conservé  un  individu  bien 
vivant  pendant  plus  de  trois  ans,  et  qui  étoit  couleur  de 
chair  dans  sa  moitié  antérieure,  de  couleur  ordinaire  dans 
l'autre  moitié. 

La  sangsue  médicinale  a  été  observée  dans  toutes  les  parties 
de  l'Europe,  essentiellement  dans  les  eaux  stagnantes,  il  pa- 
roit  qu'elle  ne  diffère  guère  que  dans  la  couleur  et  le  sys- 
tème de  coloration.  On  dit  qu'elle  se  trouve  aussi  dans  l'Amé- 
rique septentrionale;  mais  est-il  absolument  certain  que  ce 
soit  la  même  espèce  ?  C'est  ce  que  je  ne  voudrois  pas  assurer. 

Quoi  qu'il  en  soit,  cette  sangsue  habite  essentiellement  les 
eaux  douces  et  stagnantes,  dont  elle  sort  fort  rarement.  Quel- 


^^6  SAN 

ques  auteurs  disent  cependant  qu'elles  le  fait  pendant  la  nuit , 
et  qu'elle  se  glisse  dans  l'herbe  humide  pour  aller  atta- 
quer les  animaux  qui  paissent  ou  qui  sont  couchés;  mais  cela 
me  paroît  fort  douteux,  et  jamais  je  n'ai  entendu  les  habi- 
tans  des  vallées  de  la  Mormandie,  où  l'on  nourrit  beaucoup 
de  vaches  et  de  bœufs,  se  plaindre  que  ces  animaux  aient  été 
mordus  et  sucés  par  des  sangsues  hors  de  l'eau. 

C'est  vraisemblablement  la  seule  espèce,  avec  la  sangsue 
de  cheval  dans  nos  pajs,  qui  soient  organisées  pour  mordre 
et  tirer  du  sang  des  animaux,  puisqu'elles  seules  ont  de  véri- 
tables mamelons  dentifères. 

Elle  dépose  ses  cocons  dans  des  trous  de  forme  conique, 
qu'elle  creuse  elle-même  dans  la  terre  sur  le  bord  des  ruis- 
seaux et  des  mares.  Ces  cocons  paroissent  d'abord  entourés 
d'une  sorte  de  bave  blanchâtre,  et  c'est  cette  bave  qui,  en  se 
desséchant ,  se  convertit  en  une  espèce  de  réseau  muqueux 
à  mailles  peu  serrées,  enveloppant  le  cocon  proprement  dit. 
Ce  que  nous  avons  rapporté  plus  haut  en  traitant  de  l'his- 
toire natuvelle  des  sangsues,  appartient  presque  entièrement 
à  cette  espèce,  et  nous  y  renvoyons. 

La  Sangsue  médicinale  deVerbano;  H.  Verhano,  Caréna, 
k'C.  cil. ,  lab.  1 1  ,  fig.  6.  D'un  vert  sombre  en  dessus  ,  avec  des 
bandes  brunes  transverses,  nombreuses,  terminées  par  une 
tache  ferrugineuse,  d'où  la  réunion  constitue  de  chaque  côté 
une  ligne  longitudinale  interrompue.  Le  ventre  vert,  peu  ou 
point  tacheté. 

Cette  variété,  qui  est  également  employée  en  médecine 
sur  les  bords  du  lac  Majeur,  où  elle  se  trouve,  ne  paroît 
nous  offrir  d'autres  différences  avec  la  sangsue  médicinale 
que  dans  la  couleur.  M.  Caréna  dit  en  effet  que  son  corps 
est  composé  du  même  nombre  d'anneaux  que  celui  de  ses  H. 
medicinalis  et  provincialis. 

La  S.  grandleuse:  H.  granulosa;  Sanguisuga  granulosa,  Sa- 
vigny ,  loc.  cit.,  p.  ii5.  Corps  formé  du  même  nombre  d'an- 
neaux que  dans  l'espèce  précédente,  mais  hérissés,  dans  leur 
contour,  d'un  rang  de  tubercules  assez  serrés;  couleur  géné- 
rale d'un  vert  brun  ,  avec  trois  bandes  longitudinales  plus 
pbscures  sur  le  dos.  Des  eaux  douces  de  Pondichéry ,  où  elle 
est  employée  par  les  médecins. 


SAN  257 

Je  possède  trois  ou  quatre  individus  d'une  variété  de  sangsue 
médicinale,  chez  lesquels  les  anneaux  sont  aussi  garnis,  dans 
toute  leur  moitié  supérieure  ,  de  tubercules  bien  évidens.  Je 
crois  cependant  qu'elle  n'est  pas  étrangère  et  que  c'est  une 
sangsue  grise  très-contractée. 

H.  Espèces  sensiblement  dépinmées ,  pourvues  de  quatre 
paires  de  points  pseudo-oculaires  et  de  trois  tuber- 
cules buccaux,  sans  denticules  à  leur  bord.  (Genre 
Bdella  5  Savigny.  ) 

La  Sangsue  du  Nit  :  H.  nilotica,  Savigny ,  loc.  cit.,  p.  ii3; 
Egypte,  Annél.,  pi.  5  ,  fig.  4.  Corps cyîindro-conique,  sensible- 
ment déprimé,  composé  de  quatre-vingt-dix-huit  articulations 
égales,  un  peu  carénées  sur  les  côtés;  ventouse  orale  de  dix 
anneaux,  et  quatre  à  cinq  fois  plus  petite  que  l'anale,  avec 
un  canal  triangulaire  très-profond  sous  la  lèvre  supérieure  ; 
points  pseudo-oculaires  peu  distincts,  au  nombre  de  huit^ 
six  disposés  sur  une  ligne  semi-circulaire;  les  deux  autres  plus 
écartés.  Les  orifices  de  la  génération  ,  le  premier  entre  le  27." 
et  le  28.^  anneau:  le  second  entre  le  32."  et  le  55.*  Couleur 
brun-marron  en  dessus;  d'un  roux  vif  en  dessous. 

Cette  espèce,  dont  je  n'ai  vu  que  la  figure,  a  été  observée 
par  M.  Savigny  dans  les  environs  du  Caire;  mais  il  paroît 
qu'elle  se  trouve  dans  toutes  les  eaux  douces  de  l'Egypte,  où 
les  Arabes  la  nomment  alalc.  Elle  paroît  de  la  grosseur  de 
notre  sangsue  noire  ,  à  laquelle  elle  ressemble  un  peu  par  la 
forme  de  ses  anneaux. 

Quant  à  la  division  générique  que  M.  Savjgny  en  forme  ,  il 
est  évident  qu'elle  est  bien  peu  tranchée  ,  puisqu'elle  ne  porte 
guère  que  sur  le  nombre  des  points  noirs  de  l'extrémité  an- 
térieure. Je  dois  aussi  faire  observer  que,  dans  le  nombre 
des  anneaux  du  corps  et  dans  la  situation  des  orifices  de  la 
génération  ,  j'ai  suivi  M.  Savigny,  qui  comprend  ceux  de  la 
lèvre  supérieure.  La  figure  excellente,  qu'il  en  a  donnée, 
présente  une  erreur  grave,  en  ce  qu'elle  indique  un  organe 
excitateur,  sortant  de  chaque  orifice  de  l'appareil  généra- 
teur. 

47»  »7         ' 


^58  SAN 

I.  Espèces  alongées ,  déprimées ,  composées  d' anneaux 
nombreux  égaux , peu  distincts;  bouche  très-grande, 
sans  ventouse  distincte;  anus  assez  grand,  semi-lu- 
naire; quatre  paires  de  points  pseudo- oculaires  : 
les  deux  premières  formant  un  arc  semi-circulaire 
sur  le  premier  anneau;  les  deux  autres  latérales  et 
Iransverses.  Orijîces  de  la  génération,  le  premier  au 
3o/  anneau;  le  second  entre  le  32/  et  le  33/  (G. 
HeluOj  Oken;  Erpobdella,  de  Bl.,  deLamk.;  Ne- 
PHELis ,  Savigny.  ) 

Les  espèces  de  cette  section  étant  beaucoup  plus  minces  , 
plus  transparentes,  plus  molles  ,  craignent  bien  davantage  le 
contact  de  l'air  atmosphérique:  aussi  ne  sortent-elles  pas  vo- 
lontairement de  l'eau  qu'elles  habitent.  C'est  sur  l'espèce  la 
plus  commune  que  le  célèbre  chimiste  Bergman  a  fait,  le 
premier,  l'observation  qu'elle  pondoit  une  espèce  de  cocon  , 
servant  à  envelopper  les  œufs,  et  d'où  sortoient  les  jeunes 
sangsues  au  bout  d'un  certain  temps.  Plusieurs  personnes ,  et 
entre  autres  M.  le  docteur  Rayer,  ont  confirmé  ce  fait.  Elles 
ont  vu  que  ce  cocon  diffère  de  celui  des  sangsues  médicinales , 
parce  qu'il  est  toujours  lisse  et  qu'il  est  adhérent. 

Je  n'ai  pu  faire  l'anatomie  complète  delà  sangsue  vulgaire, 
tant  son  tissu  est  peu  résistant;  mais  ce  que  j'ai  vu  de  son  or- 
ganisation ne  m'a  offert  qu'un  très-petit  nombre  de  différences, 
avec  ce  qui  existe  dans  les  véritables  sangsues,  et  surtout  avec 
les  espèces  de  la  division  des  Hippobdelles.  Cependant  l'œso- 
phage est  beaucoup  plus  long,  puisqu'il  se  prolonge  jusqu'aux 
orifices  delà  génération;  outre  les  plis  longitudinaux  extrême- 
ment fins  qui  le  sillonnent,  il  offre  trois  sillons  ou  cannelures 
beaucoup  plus  larges  et  plus  profondes  :  une  médiane  supé- 
rieure ,  et  deux  latérales  infères.  A  leur  origine  est  une  pe- 
tite bride  membraneuse  ou  labiale,  en  dehors  de  laquelle  est 
un  sinus  bien  distinct;  mais  il  n'y  a  réellement  aucune  trace 
de  mamelons.  L'estomac  proprement  dit  est  court  et  n'occupe 
que  le  tiers  médian  de  la  longueur  totale  ;  ses  parois  sont  ex- 
cessivement minces  ,  lisses  ,  et  il  n'offre  aucune  trace  de  sinus; 
mais  il  est  toujours  bridé  d'espace  en  espace  par  des  fibres 


SAN  269 

musculaires  transverses.  L'intestin  ,  non  séparé  de  l'estomac 
par  un  rétrécissement ,  est  large  ,  et  la  muqueuse  forme  de 
légers  plis  irréguliers  et  comme  anastomosés.  11  m'a  semblé 
qu'il  y  a  une  paire  de  cœcums ,  comme  dans  la  sangsue  noire. 
Du  reste,  l'intestin  se  termine  à  un  anus  assez  large.  L'appa- 
reil générateur  présente  aussi  quelques  différences;  ainsi,  les 
ovaires  sont  plus  éloignés  de  la  matrice  et  peut-être  plus  con- 
sidérables ;  les  masses  que  nous  avons  regardées  comme  des 
épididymes,  dans  la  sangsue  médicinale  ,  et  qui  ont  un  aspect 
cérébrilorme  ,  sont  ici  beaucoup  plus  éloignées  de  l'organe 
excitateur  et  ne  sont  plus  que  des  renflemens  évidens  et  seu- 
lement très -flexu eux,  auxquels  aboutissent  les  canaux  défé- 
rens,  et  d'où  sortent  les  canaux  éjacula leurs  qui  sont  très-fins. 

La  Sangsue  vulgaire:  H.  vulgaris  ,  Linn.,  Gmel. ,  p.  Sogô  , 
n.°/n  Erpohdella  vulgaris,  de  BI.  et  de  Lamk.,  Z.  c,  tom.  5, 
pag.  296,  n.°  1  ;  H.  octoculata,  Bergman.  Act.  Stockh.,  ijSj , 
lab.  6,  fig.  5  —  8;  Nephelis  tessellata,  Savigny,  Z.  c. ,  p.  117. 
Corps  alongé,  très-déprimé,  de  vingt  à  vingt-quatre  lignes  de 
long,  composé  de  cent  deux  anneaux  environ,  de  couleur 
extrêmement  variable  ,  ordinairement  noirâtre  ou  brune  , 
avec  ou  sans  taches  fauves  ou  brunes. 

Les  différences  nombreuses  que  cette  espèce  de  sangsue , 
que  l'on  trouve  communément  dans  toutes  les  eaux  douces 
de  l'Europe,  présente  dans  sa  couleur  et  dans  son  s^^stème 
de  coloration,  ont  servi  à  M.  Savigny  pour  établir  les  es- 
pèces suivantes  : 

La  S.  ROUSSE:  H.  rutila;  Neph.  rutila,  Savigny,  loc.  cit.,  p. 
118.  Corps  de  douze  à  quinze  lignes  de  long,  très-déprimé, 
de  cent  anneaux  environ ,  de  couleur  rousse  ,  avec  quatre 
rangées  dorsales  de  points  bruns. 

La  S.  TESTACÉE  :  H.  testacea;  Neph.  testacen,  id.,  ihid.  Corps 
long  de  dix  à  douze  lignes,  presque  cylindrique,  de  cent  an- 
neaux environ,  de  couleur  testacée,  sans  taches. 

La  S.  CENDRÉE:  H.  testacea;  Neph.  testacea,  id. ,  ihid.  Corps 
long  de  douze  à  quinze  lignes,  un  peu  plus  déprimé  que  dans 
l'espèce  précédente  ,  de  cent  anneaux  environ  et  de  couleur 
cendré-clair. 

Mais  nous  les  regardons  comme  n'étant  que  de  simples  va- 
riétés, ainsi  que  le  pensoit  Bergmann  ,  delà  S.  vulgaire.  On  la 


26o  SAN 

rencontre  presque  constamment  sur  les  plantes  aquatiques, 
rampant  quelquefois  à  la  manière  des  planaires.  Elle  se  nour- 
rit de  petits  mollusques  aquatiques,  ainsi  que  de  monocles  et 
autres  entoniostracés. 

Linné,  dans  son  Iter  Gothland.  ,  pag.  1 8 1  ,  et  depuis  dans  sa 
Fauna  suecica ,  n."  726  ,  avoit  fait  une  espèce  de  son   genre 
Coccus  avec  le  cocon  de  cette  espèce,  sous  la  dénomination  de 
Cocciis  aqitaticus ,  tout  en  doutant  si  ce  ne  seroit  pas  Tœuf  ou 
l'ovaire  de  quelque  animal  aquatique,-  mais  plus  tard,  pro- 
bablement depuis  le  travail  de  Bergmann ,  il  en  a  parlé  après 
la  définition  de  son  H.  octoculata.  Voici  Textraildes  observa- 
tions curieuses  de  M.  Caréna  sur  le  développement  de  ces 
sangsues.  Depuis  le  8  Juin  il  avoit  un  certain  nombre  d'indi- 
vidus de  cette  espèce  dans  un  vase  de  cristal.  Le  1 7,  il  vit  collé 
contre  les  parois  un  cocon  qui  venoit  d'être  pondu  depuis 
peu.  Une  sangsue  se  promenoit  dessus,  paroissant  l'explorer 
partout  avec  sa  bouche,  et  en  pressant  dessus  pour  le  compri- 
mer et  le  faire  adhérer  davantage,  ce  qu'elle  répéta  plusieurs 
fois  avec  vivacité,  jusqu'à  ce  qu'elle  eut  fait  disparoilre  un 
gros  pli,  qui  sans  doute  pouvoit  nuire  au  développemt  nt  des 
petits.  La  coque  ,  coriace,  ovale  et  très-aplatie,  a  deux  lignes 
et  demie  sur  une  et  demie  de  large;  sa  couleur  est  d'un  vert 
jaunà're,  si  ce  n'est  aux  extrémités,  qui  sont  marquées  d'une 
petite   tache  noire  ou   brune  ,  l'une  étant   ronde  ,  avec  un 
point  blanchâtre  au  centre;  l'autre  étant  prolongée   en  un 
petit  pédoncule.  Toute  la  circonférence  est  bordée  par  une 
petite  lisière  transparente,  subciliée,  et  par  laquelle  se  fait 
l'adhérence  au  corps.  Le  même  jour  on  aperçut  à  l'intérieur 
douze  petits- grains  ronds  et  isolés,  irrégulièrement  disposés 
et  de  couleur  un  peu  plus  claire  que  l'enveloppe.  Dix  seu- 
lement grossirent  en  peu  de  jours  et  parurent   comme  écu- 
meux  eu  dedans.  Le  sixième  jour  c'étoient  déj<à  des  petits  vi- 
vans  et  se  mouvant  les  uns  sur  les  autres,  quoique  leur  corps 
ne  parût  qu'une  masse  oblongue,  chagrinée  et  d'un  vert  jau- 
nâtre.   Le   dixième  jour,    chaque    petit,    considérablement 
grossi,  paroissoit  entouré  d'une  substance  transparente  ,  dé- 
bordant de  chaque  côté  et  se  prolongeant  fort  en  avant;  le 
douzième ,  on  voyoil  distinctement  la  ventouse  et  les  yeux , 
comme  dans  l'adulte,  mais  roussàtres.  Le  dix -septième  jour 


SAN  261 

on  commença  à  apercevoir  les  trois  troncs  vasculaires.  Cepen- 
dant la  coque  étoit  devenue  de  plus  en  plus  bombée,  et  de- 
puis le  moment  où  les  petites  sangsues  se  mouvoient,  elles 
ne  passoient  pas  devant  les  extrémités  sans  y  donner  un 
coup  de  tête,  ce  qui  produisit  peu  à  peu  un  enfoncement, 
et  enfin  une  ouverture  à  chacune.  Alors  elles  essayèrent  de 
sortir  :  le  vingt- unième  jour  la  première  s'échappa;  le  vingt - 
deuxième  cinq  autres  la  suivirent,  et  enfin  ,  le  vingt-troisième  , 
toutes  étoient  sorties  et  nageoient  ou  rampoient  aux  envi- 
rons; elles  avoient  alors  trois  lignes  de  long,  et  la  grosseur 
d'un  (il  ordinaire.  Quelques-unes  sont  rentrées  sans  doute 
accidentellement  dans  leur  cocon,  mais  en  sont  ressorties 
quelque  temps  après. 

La  Sangsue  atomaire;  H.  atomaria  ,  Car.,  l.  c. ,  tab.  12  , 
fig.  16.  Corps  sans  doute  plus  grand  que  dans  la  sangsue  vul- 
gaire, deux  pouces  de  long  sur  deux  à  trois  lignes  de  large, 
de  couleur  de  chair  ou  pâle  sur  les  bords,  le  dessus  pres- 
que entièrement  brun,  moucheté  de  points  blanchâtres,  for- 
mant dans  la  contraction  de  petites  lignes  transverses  et  em- 
pêchant en  avant  de  bien  distinguer  les  poinis  pseudo-ocu- 
laires. 

Cette  sangsue,  que  M.  Caréna  a  trouvée  dans  plusieurs  lacs 
du  Piémont,  011  la  sangsue  vulgaire  abonde,  ne  me  semble 
cependant  en  différer  que  par  la  couleur  et  n'en  être  qu'une 
variété. 

La  S.  marquetée:  H.  tessellata,  Linn. ,  Gmel.,  p.  SogS,  n.° 
1 1  ;  Muller ,  Hist.  verm.,  1  ,  p.  2  ,  pi.  4,5  ,  n.°  jyô.  Corps alongé 
ou  ovale,  de  dix-huit  lignes  de  long  ,  avec  huit  points,  sur 
une  double  série  longitudinale:  couleur  cendrée ,  ornée  de 
taches  orangées  ou  blanches  en  dessus,  les  bords  marquetés  de 
taches  blanches  ou  en  partie  grises  ou  en  partie  orangées.  Le 
ventre  gris,  avec  deux  taches  médianes  rondes  blanches. 

Suivant  Muller  ,  cette  espèce  seroit  rare  dans  les  ruisseaux. 
Je  serois  encore  assez  porté  à  la  regarder  comme  une  variété 
de  la  S.  vulgaire,  si  la  disposition  des  yeux  n'étoit  diffé- 
rente. Muller  ajoute  que  la  femelle,  comme  si  foutes  les  es- 
pèces de  sangsues  n'étoicnt  pas  androgynes,  est  quelquefois 
remplie  de  trois  cents  petits,  ce  qui  me  paro'it  un  peu  dou- 
teux. 


262  SAN 

K.  Espèces  ovales ,  peu  alongées ,  convexes  en  dessus , 
planes  en  dessous^  composées  d'un  giand  nombre 
d'anneaux  étroits,  égaux,  assez  distincts  pour  que 
les  bords  soient  denticulés ;  orijice  buccal  marginal, 
en  forme  de  grand  pore ,  donnant  issue  à  une 
trompe  rétractile,  armée  d'un  anneau  corné  en  tar- 
rière;  anus  médiocre;  points  noirs  pseudo-oculaires 
lien  distincts  en  nombre  variable;  ventouse  pos- 
térieure très-petite  ;  orijices  des  organes  de  la  géné- 
ration fort  rapprochés  ,  le  premier  au  quart  anté- 
rieur du  corps.  (Genres  Erpobdella  ,  de  BI.  et  de 
Lanik.  ;  Clepsine,  Sav.  ;  Glossoporej  Johnson;  Glos- 

SOBDELLAj  dC   Bl.  ) 

L'organisation  des  espèces  de  sangsues  qui  entrent  dans 
cette  section,  et  dont  la  peau  est  plus  sèche  et  nullement 
visqueuse ,  paroit  différer  assez  notablement  de  celle  des 
autres  sections.  D'abord,  l'œsophage  forme  une  saillie  dans  la 
cavité  buccale,  et  cette  saillie,  plus  ou  moins  extensible,  est 
garnie,  dans  sa  circonférence  ,  par  un  anneau  corné,  cylin- 
drique, à  bords  tranchans,  et  percé'dans  son  centre;  le  reste 
de  l'œsophage  est  long,  un  peu  flexueux,  et  occupe  le  tiers 
antérieur  de  la  longueur  du  corps.  Vient  ensuite  un  estomac 
pourvu  latéralement  de  cinq  paires  de  lobes  ou  cœcums  , 
croissant  du  premier  au  dernier,  et  tous  dirigés  en  arrière. 
Au-delà  est  une  autre  partie  de  l'intestin,  qui  est  aussi  pour- 
vue de  quatre  paires  de  lobes  plus  grêles  et  dirigés,  au  con- 
traire, d'arrière  en  avant,  surtout  pour  leur  dernière  paire  : 
leur  couleur  et  leur  état  grenu  me  les  ont  quelquefois  fait 
regarder  comme  des  lobes  hépatiques.  Enfin  ,  le  rectum ,  assez 
court,  se  porte  à  un  anus  assez  grand.  Je  n'ai  pas  encore  étudié 
le  reste  de  l'organisation  de  ces  sangsues  :  on  peut  seulement 
faire  remarquer  que  leur  dos  offre  deux  rangées  de  tubercules 
poreux,  souvent  très- sensibles  ,  et  que  les  faisceaux  muscu- 
laires longitudinaux  et  transverses  sont  très-distincts. 

Ces  petits  animaux  ne  quittent  jamais  l'eau  ,  quoique  ce- 
pendant, par  la  contraction  et  par  sa  rudesse  leur  enveloppe 


SAN  265 

paroisse  un  peu  crusfacée  ;  ils  vivent  constamment  fixés  sur 
les  tiges  des  plantes  aquatiques,  dont  peut  -  être  ils  prennent 
les  sucs.  En  effet,  la  disposition  en  tarière  de  leur  trompe, 
et  l'observation  de  Daudin  que  sa  sangsue  pulligère  dégorge 
une  matière  brunâtre,  quand  en  la  sépare  de  la  tige  où  elle 
repose,  viennent  à  l'appui  de  cette  opinion.  Elles  ne  nagent 
jamais,  mais  leur  marche  est  assez  prompte  par  les  grandes 
enjambées  qu'elles  font. 

Bergmann  ,  et,  depuis,  M.  le  docteur  Rayer,  nous  ont  ap- 
pris que  la  S.  bloculée  pond  aussi  ses  œuls  dans  des  cocons, 
ce  qui  fait  supposer  qu'il  en  doit  être  de  même  des  autres 
espèces. 

La  Sangsue  aplatie:  H.  complanata,  Linn.,  Gmel.,  p.  Sogy, 
n.°  G;  Muller,  /.  c. ,  i,  2  ,  p.  47  i  n*"  i?^  ;  H.  sexoculata,  Bergm., 
Act.  Stockh.,  1767  ,  tom.  6,  tig.  12 — 14,  cop.  dans  l'EncycI. 
méth.,  pi.  5i  ,  fig.  ao  et  21  ;  H.crenata,  Kirby,  Trans.  linn. 
Soc,  t.  2,  p.3i8,  tab.  29;  Erpobdella  complanata ,  deLamk. , 
loc.  cit.,  p.  296;  Clepsine  complanata ,  Savigny  ,  loc.  cit.,  pag. 
i2o.  Corps  ovale  de  six  à  huit  lignes  de  long  sur  trois  ou 
quatre  de  large  ,  subcrustacé  ,  composé  de  soixante-dix  an- 
neaux crénelant  fortement  les  côtés;  points  pseudo-oculaires, 
au  nombre  de  quatre  paires,  rangées  l'une  après  l'autre  ;  ven- 
touse postérieure  très-petite;  les  orifices  des  organes  de  la  gé- 
nération ,  le  premier  entre  le  21.''  et  le  22.*  anneau,  suivant 
moi;  entre  le  2  5.*  et  le  26.*",  suivant  M.  Savigny  :  le  second  deu>; 
anneaux  après.  Couleur  cendré-grisàfre  ou  verdàtre  en  dessus  , 
avec  deux  rangées  de  petits  points  blancs  saillans  ,  séparés 
chacun  par  deux  points  bruns. 

Cette  espèce,  qui  se  trouve  communément  dans  toutes  les 
eaux  douces  d'Europe  ,  varie  un  peu  en  couleur:  mais  ce 
qu'elle  offre  de  plus  remarquable,  c'est  qu'elle  est  souvent 
assez  transparente  pour  laisser  voir  la  forme  du  canal  intes- 
tinal. 

Je  possède  un  individu  de  cette  espèce,  qui,  dans  l'état  de 
rétraction ,  dans  l'alcool  ,  a  plus  de  dix  lignes  de  long  sui' 
près  de  quatre  lignes  de  large. 

La  S.  hyaline:  H.  hjalina,  Linn.,  Gmel.,  p.  0097  ,  n."  7, 
d'après  Muller,  loc.  cit. ,  p.  49?  n-"  176  ;  H.  heteroclyta  ,  Linn. , 
Syst.  nat. ,  12  ,  2  ,  p.  1080  ,  n.°  7  ;  Trembley,  Polyp.,  tom.  7  , 


^^4  SAN 

£g.  7.  Corps  ovale  de  sept  lignes  de  long,  pellucide,  à  bonis 
entiers,  avec  quatre  à  six  points  noirs  pseudo-oculaires;  cou- 
leur fauve,  variée  de  points  brunâtres,  formant  des  stries 
longitudinales  très-fines,  serrées,  et  d'autres  transverses,  plus 
distantes. 

Des  mêmes  lieux  que  la  précédente  ,  dont  elle  n'est  sans 
doute  qu'une  variété  d'âge. 

Muller  dit  que  la  mère  porte  une  centaine  d'œufs  sphéri- 
ques  verts,  entourés  d'un  anneau  pellucide  ,  desquels  sortent 
des  petits  ,  fauves  à  la  première  portée  ,  et  verts  à  la  seconde. 

La  Sangsue  liséée:  H.  lineata  ,  Linn. ,  Gmel.,  L  c. ,  p.  3096, 
n."  10;  d'après  Muller,  Venn. ,  1,  2  ,  p.  Sg  ,  n."  169.  Corps 
alongé,  gris,  avec  quatre  lignes  longitudinales  noires;  si.M 
points  pseudo-oculaires  très-noirs,  disposés  transversalement 
en  une  série  double. 

Muller  dit  que  cette  espèce,  qu'il  a  trouvée  au  premier 
printemps  dans  les  marais,  est  rare;  qu'elle  a  seize  lignes  de 
long  et  qu'elle  est  annelée  de  sillons  serrés. 

Je  n'ose  assurer  que  cette  espèce  soit  distincte  et  qu'elle 
appartienne  à  cette  section. 

La  S.  SwAMPiNE  ;  H.  sivampina,  Bosc,  Vers  ,  tom.  i  ,  p.  247. 
pi.  8,  fig.  5.  Corps  dilaté,  sillonné  transversalement,  rugueux 
sur  le  dos;  cinq  points  noirs  pseudo-oculaires  ;  couleur  verte  , 
variée  de  brun ,  avec  des  taches  blanches  sur  la  tête  ,  la  queue 
et  les  côtés;  le  ventre  d'un  gris  brillant. 

Il  est  fort  douteux  que  cette  espèce  de  sangsue  ,  que  M. 
Bosc  a  observée  dans  les  marais  de  l'Amérique  méridionale  , 
n'ait  que  cinq  prétendus  yeux  ,  ces  points  étant  toujours  dis» 
posés  par  paires. 

La  S.  CLOPORTE  ;  H.  oniscus  ,  Planch.  des  sangsues,  fig...  Corps 
ovale  ,  de  dix  à  douze  lignes  de  long  sur  cinq  de  large  dans 
l'état  de  contraction,  très-bombé  en  dessus,  plat  en  dessous, 
composé  de  soixante  -  deux  anneaux  denticulant  le  bord; 
bouche  très-petite,  à  la  partie  supérieure  d'une  ventouse  an- 
térieure oblique  ;  ventouse  postérieure  assez  grande;  orifices 
des  organes  de  la  génération  :  l'antérieur  entre  le  21  et  le  22 
anneaux  ;  le  postérieur  trois  anneaux  après;  couleur  d'un 
brun  verdàtre  uniforme  dans  l'esprit  de  vin. 

Cette  grande  espèce,  qui  m'a  été  envoyée  de  l'Amérique 


SAN  265 

septentrionale  par  M.  Lesueur ,  ne  diffère  peut-être  pas  de 
la  précédente  ;  mais  c'est  ce  que  je  ne  puis  assurer. 

Le  Sangsue  bioculée  ;  H.  bioculata,  Linn.,  Gmel.,p.  3096; 
d'après  Muller  ,  Le,  p.  40  ,  n.°  170  ;  Bergman,  Act.  Slockh., 
lySy,  n.°  4,  tab.  6 ,  fig.  9  —  11,  cop.  dans  l'Encycl.  niéth. , 
pi.  5i  ,  fig.  9  —  11  ;  Erpobdella  bioculata  de  Lamk.,  loc.  cit., 
p.  296,  n.°  2;  Clepsine  bioculata,  Savigny  ,  loc.  cit.,  p.  119, 
Corps  ordinairement  assez  alongé  ,  de  neuf  à  dix  lignes  delong 
sur  une  à  deux  de  large,  transparent,  subgélatineux,  com- 
posé de  soixante-dix  anneaux;  deux  points  pseudo-oculaires 
seulement,  mais  très-visibles  ;  une  trompe  souvent  saillante  à 
la  bouche;  les  orifices  delà  génération  très- rapprochés  :  le 
premier  entre  le  25."  et  le  26,"  anneau;  le  second  entre  le 
27. •■  et  le  28.''  Couleur  d'un  blanc  laiteux  ou  d'un  gris  livide  , 
parsemé  de  quelques  petites  taches  roussàtres. 

Cette  petite  espèce  de  sangsue  ,  qui  se  trouve  communé- 
ment dans  les  mêmes  lieux  que  la  S.  aplatie,  laisse  aussi 
quelquefois  apercevoir  l'estomac  avec  ses  cœcums.  Il  y  a  long- 
temps que  Bergman  a  remarqué  qu'elle  porte  pendant  quel- 
que temps  ses  petits  attachés  sur  son  corps,  après  qu'ils 
sont  éclos.  Cela  est  cependant  assez  difficile  à  concevoir,  d'a- 
près ce  qu'on  sait  par  les  observations  de  Bergmann  lui-même 
et  de  M.  le  docteur  Rayer,  que  cette  sangsue,  comme  les 
sangsues  médicinales,  pond  des  cocons.  Quoi  qu'il  en  soit, 
les  deux  faits  sont  certains;  mais  l'est-il  également  que  les  jeu- 
nes sangsues  trouvées  sur  un  grand  individu,  sont  ses  petits  ? 
ou  bien  cet  animal  seroit-il  ovipare  dans  un  temps  et  vivipare 
dans  un  autre  ?  C'est  une  question  que  nous  ne  pouvons  ré- 
soudre.-  car  M.  Caréna  nous  apprend,  qu'il  a  trouvé  plu- 
sieurs petits  de  son  H.  bioculata,  attachés  au  ventre  d'espèces 
diEférentes,  comme  de  VH.  cowplanata,  vulgaris  et  de  son  H. 
cephalota. 

M.  le  docteur  Rayer  nous  apprend  que  les  cocons  de  cette 
espèce  sont  sphériques  ,  entièrement  noirs  ,  enduits  d'une  sorte 
de  vernis  gluant,  à  l'aide  duquel  ils  sont  attachés  aux  plantes 
aquatiques.  Ils  ont  à  peu  près  deux  lignes  de  diamètre  ;  la 
petite  sangsue,  quand  elle  en  sort,  a  à  peu  près  la  même 
longueur,  et  M.  Caréna,  au  contraire,  nous  assure  qu'elle 
est  vivipare,   et  qu'à  la  fin  de  Juillet  il  a  trouvé  un  grand 


âS6  SAN 

Bombre  d'individus  qui  contenoient  des  œufs  ou  qui  portoient 
leurs  petits  attachés  au  ventre  ;  mais  alors  son  H.  bioculata 
ne  seroit-il  pas  l'H.  pulligera  de  Daudin  P 

La  Sangsue  pulligère  ;  H.  pulligera,  Daudin ,  Mém.  et  Notes, 
p.  19,  pi.  1,  fig.  1  ,  2  et  3.  Corps  alongé,  cylindrique,  de  neuf 
lignes  au  plus  de  long;  de  couleur  blanche,  avec  une  tache 
cendrée  brunâtre  à  l'ouverture  de  la  bouche. 

Cette  espèce,  que  Dandina  trouvée  dans  un  étang  de  Saint- 
Sauveur  ,  près  Bray  sur  Seine,  est  très -probablement  la 
même  que  la  précédente ,  comme  le  pense  M.  Savigny  :  en 
effet,  elle  a  la  même  habitude  de  porter  ses  petits  attachés 
sons  son  ventre,  à  l'aide  de  leur  disque  postérieur.  Malheu- 
reusement Daudin  ne  dit  rien  de  ses  yeux,  quoiqu'il  parle  de 
l'H.  iiocu/afa  de  Muller.  Il  ajoute  que  ,  dans  ces  deux  espèces, 
les  œufs  sont  nombreux  et  enveloppés  dans  l'un  des  anneaux 
de  l'abdomen;  qu'ils  éclosent  ensuite  dans  l'ovaire  ,  et  que  les 
petits  s'échappent  successivement  au  dehors. 

La  S.  BICOLORE;  H.  bicolor ,  Daudin  ,  loc.  cit.,  p.  aa  ,  fig.  4, 
5  et  6.  Corps  oblong,  un  peu  comprimé,  long  de  six  lignes 
au  plus,  de  couleur  brune,  avec  les  deux  extrémités  blanches. 

Cette  espèce,  que  nous  ne  plaçons  dans  cette  section  qu'a- 
vec doute  ,  car  il  se  pourroit  que  ce  fût  un  jeune  âge  de  la 
S.  vulgaire,  dont  elle  paroit  avoir  les  habitudes ,  a  été  trouvée 
dans  différens  endroits,  comme  à  Beauvais  ,  dans  la  rivière  du 
Therain  ,  ainsi  que  dans  la  Seine.  Daudin  dit  positivement 
n'avoir  pu  lui  reconnoître  d'yeux  ,  pas  plus  qu'à  la  précé- 
dente. 

La  S.  céphalote;  H.  cephalota ,  Caréna,  loc.  cit.,  tab.  12, 
fig.  19.  Corps  alongé,  subconvexe  en  dessus,  de  couleur  va- 
riée de  brun,  de  jaune  et  de  verdâtre,  avec  cinq  lignes 
longitudinales  de  taches  blanches ,  ponctiformes  pour  les 
quatre  séries  latérales,  et  carrées  ou  transverses  pour  la  mé- 
diane; le  ventre  jaunâtre. 

Tous  les  autres  caractères  que  M.  Caréna  attribue  à  cette 
espèce  ,  comme  la  distinction  de  la  ventouse  antérieure  ou 
de  la  tête,  d'oîi  il  a  tiré  le  nom;  la  grandeur  de  la  ventouse 
postérieure ,  et  même  un  peu  le  système  de  coloration ,  appar- 
tiennent à  l'H.  piscium  de  MuUer;  en  sorte  qu'on  pourroit 
être  porté  à  penser  que  ce  n'en  est  qu'une  variété;  mais  le 


SAN  e<57 

nombre  des  points  pseudo-oculaires  ,  et  Surtout  l'ouverture 
de  l'organe  femelle  au  sixième  anneau  ,  permettent  quelques 
doutes. 

Quoi  qu'il  en  soit,  voici  quelques  détails  de  mœurs  ou 
d'habitudes  que  M.  Caréna  nous  fournit.  Cette  petite  sang- 
sue ,  qui  a  l'habitude  de  se  rouler  un  peu  à  la  manière  des 
cloportes,  est  presque  continuellement  en  mouvement;  elle 
ne  nage  jamais;  elle  s'accroche  habituellement  avec  son 
disque  postérieur,  et  balance  son  corps  en  tout  sens  pen- 
dant long -temps,  ou  le  tient  roide  et  immobile;  et  cela 
elle  le  peut  faire  aussi  aisément  en  prenant  son  point  d'ap- 
pui à  la  surface  de  l'eau  qu'à  celle  des  corps  submergés;  elle 
peut  même  marcher  en  arpentant  et  renversée ,  en  appliquant 
alternativement  ses  deux  disques  comme  à  la  surface  d'un 
corps  solide. 

Elle  est  vivipare,  et  c'est  en  Juin  et  Juillet  qu'elle  se  re- 
produit. M.  Caréna  a  remarqué  dans  un  individu  quatorze 
œufs,  qui,  peu  de  jours  après,  se  changèrent  en  petits,  se 
remuant  lentement  avec  un  mouvement  vermiculaire.  On 
pouvoit  reconnoître  les  anneaux,  le  disque  et  les  quatre 
points  noirs  pseudo-oculaires  sur  un  fond  blanc.  Le  lende- 
main tous  les  petits  étoient  sortis  et  adhéroient  avec  leur 
disque  au  ventre  de  leur  mère.  Cinq  jours  après  un  d'eux, 
s'en  étoit  détaché ,  et  le  surlendemain  il  n'y  en  avoit  plus 
aucun  qui  lui  fûtadhérent.  Ces  jeunes  sangsues,  du  reste,  res- 
semblent tout-à-fait  à  leur  mère,  si  ce  n'est  qu'elles  n'ont 
pas  les  points  ni  les  taches  transverses  blanches  du  dos. 

La  Sangsl'e  trioculée;  H.  trioculata,  Caréna,  /.  c,  tab.  12, 
iig.  22.  Corps  très-petit  (trois  lignes  et  demie  sur  une  ligne 
de  large),  convexe  en  dessus,  très-concave  en  dessous,  com- 
posé d'anneaux  visibles  seulement  à  la  loupe;  trois  points 
pseudo- oculaires  seulement,  formant  un  triangle  dont  le 
sommet  est  en  avant  :  couleur  d'un  blanc  grisâtre  ,  translu- 
cide, parsemé  de  très -petits  points  verdàtres. 

Cette  espèce  ou  cette  simple  variété  de  l'H.  bioculata ,  s'il 
est  vrai,  comme  le  dit  M.  Savigny,  que  les  points  pseudo- 
oculaires  varient  en  nombre  dans  celle  -  ci ,  a  été  trouvée 
dans  les  lacs  d'Avigliana.  Malgré  sa  petitesse,  elle  est  adulte, 
puisque  un  individu  a  multiplié  sous  les  yeux  de  M.  Caréna, 


^68  SAN 

et  les  jeunes  avoient  le  même  nombre  et  la  même  dis- 
position de  points  noirs.  Du  reste,  les  phases  du  dévelop- 
pement des  cinq  œufs  aperçus  au  bout  de  dix  jours  d'obser- 
vations, ont  été  à  peu  près  semjjlables  à  ce  qui  a  été  observé 
pour  l'H.  vulgaris.  Deux  jours  après  leur  apparition  ils  sont 
deventis  moins  ronds  qu'ils  n'étoient ,  et  une  seule  partie, 
en  forme  de  croissant,  avoit  conservé  la  couleur  vert- pâle 
qu'ils  avoient  d'abord ,  le  reste  étant  blanchâtre  et  transpa- 
rent. Le  lendemain  ,  la  partie  verte  étoit  partagée  en  segmens  ; 
trois  jours  après,  les  jeunes  sangsues  mieux  formées,  laissant 
voir  les  trois  points  noirs,  et  se  remuoient  sans  cesse  dans  le 
ventre  de  la  mère  ;  le  septième  jour  il  y  eut  doute  si  elles 
étoient  encore  à  l'intérieur,  à  cause  de  leur  transparence;  le 
huilième  tous  les  individus  r foi ent  certainement  extérieurs  ,  at- 
tachés à  leur  mère ,  dont  ils  se  sont  séparés  peu  à  peu  jusqu'au 
trente-septième  jour,  où  il  n'y  en  avoit  plus  aucun  d'adhé- 
rent. Mais,  ce  qu'il  y  a  de  plus  remarquable,  c'est  qu'aussi- 
tôt que  la  mère  eut  été  abandonnée  de  tous  ses  petits,  elle 
sortit  de  l'eau,  ce  qu'elle  n'avoit  jamais  fait  jusque-là,  et  y 
mourut  dans  un  degré  de  contraction  considérable.  Un  aulie 
individu,  qui  étoit  dans  le  même  vase  et  qui  n'avoit  pas  pro- 
duit, sortit  au  même  instant,  semblant  roder  avec  inquié- 
tude autour  de  son  camarade  ou  de  sa  femelle;  car  M.  Ca- 
réna met  en  doute  si  dans  cette  espèce,  qui  est  vivipare,  les 
sexes  ne  seroient  pas  séparés,  ce  qui  est  extrêmement  peu 
probable. 

La  Sangsue  verte;  H.  viridis ,  Shaw ,  t.  i  ,  p.  gS,  tab.  i  , 
et  pag.  95,  tab.  7. 

Corps  oblong,  un  peu  acuminé  aux  deux  extrémités  ,  sur- 
tout en  arrière  ,  d'un  huitième  de  pouce  de  longueur  et 
quelquefois  moins;  deux  yeux  sur  l'extrémité  élargie  :  cou- 
leur d'un  beau  vert  de  gazon,  avec  une  bande  transparente 
tout  autour  et  le  centre  brun  foncé. 

Ce  petit  animal,  très-probablement  des  eaux  douces  d'An- 
gleterre, appartient- il  véritablement  aux  sangsues?  ne  sc- 
roit-ce  pas  une  planaire?  Shaw  dit  qu'au  bout  de  peu  de 
jours  de  conservation  dans  l'eau  ,  il  vit  dans  l'intérieur  de 
son  corps  paroitre  cinq  à  six  œufs  proportionnellement  très- 
gros. 


SAN  2^9 

L.  Espèces  parasUes,  c'est- à -dire  vivant  fixées  à  la 
même  place  sur  les  animaux.  (Epibdella,  de  Bl.) 

La  Sangs' E  de  l'hippoglosse:  H.  hippoglossi ,  Linn.,  Ginel., 
pag.  3og8  ,  n."  14  ;  d'après  Mullcr,  ZooL  Dan..  2,  tab.  64, 
fîg.  1  —  4  ,  copiée  dans  TEncycl.  méthod.  ,  pi.  5  1  ,  fig.  1 1  — 
14;  Baster  ,  Opu<icul.  suhsc,  2,  p.  i3y,  tab.  8  ,  fig.  11  ;  Oth. 
Fabr. ,   Faun.  Groenl.,  p.   002  ,  tab.  1  ,  fig.  8. 

Corps  ovale,  déprimé,  transparent ,  plus  élroit  en  avant, 
sans  anneaux  distincts,  pourvu  antérieurement  d'une  petite 
ventouse  en  forme  de  tête  triangulaire,  et  postérieurement 
d'un  large  disque  hémisphérique,  lisse  en  dessus  et  garni  en 
dessous  de  plusieurs  séries  de  tubercules  convergens  vers  le 
centre,  et  en  outre  d'une  paire  de  petits  crochets  postérieurs 
et  de  deux  pointes  vers  le  milieu  :  couleur  blanchâtre. 

Cette  singulière  espèce  de  sangsue  est  assez  transparente 
pour  que  Muller  ait  donné  quelques  détails  sur  son  organi- 
sation ,  qui  paroît  être  assez  compliquée.  On  y  reconnoît  ai- 
sément les  deux  grands  vaisseaux  latéraux,  offrant  un  grand 
nombre  de  ramifications  ;  dans  la  bande  moyenne,  en  avant, 
une  paire  d'organes  globuleux  d'un  blanc  de  craie,  compris 
entre  dtux  canaux  flexueux;  au  milieu  est  encore  une  autre 
paire  d'organes  orbiculaires,  placés  en  travers  et  remplis  de 
petits  points,  peut-être  les  ovaires,  à  ce  que  suppose  Mul- 
ler. Quant  à  l'estomac  et  aux  orifices  du  canal  intestinal,  il 
n'en  parle  pas. 

Cet  animal  a  été  trouvé  sur  le  pleuronecfe  hippoglosse^ 
adhérant  très-fortement  au  moyen  des  tubercules  et  des  cro- 
chets dont  son  disque  est  pourvu. 

Je  n'ose  assurer  que  ce  soit  absolument  la  même  espèce  que 
celle  décrite  et  figurée  par  Othon  Fabricius,  loc.  cit.;  quoi- 
que cela  soit  probable,  du  moins  sa  description  et  sa  figure 
diffèrent  beaucoup  de  celles  de  Muller.  D'abord  il  la  décrit 
dans  un  ordre  inverse,  comme  l'avoit  déjà  fait  Baster,  pre- 
nant pour  la  tête  la  partie  fixée,  et  pour  la  queue  la  partie 
libre.  Voici  au  reste  Fextrait  de  ce  qu'il  en  dit  :  Cet  animal, 
long  de  quatre  lignes  et  demi  sur  deux  de  large ,  est  très-plat, 
submembraneux,  lisse  et  de  couleur  blanche;  il  est  composé 
de  deux  lamelles  ou  disques  :  Fun  ,  antérieur,  plus  petit. 


«70  SAN 

concave ,  orbiculaire ,  plus  inférieur  et  presque  sessile  ;  l'autre 
deux  fois  plus  grand,  plat  et  ovale- oblong.  Dans  le  milieu 
du  premier  et  en  dessous  est  un  pore  d'orifice,  au-devant 
duquel  sont  des  points  scabres ,  serrés,  et  deux  éminences 
linéaires,  assez  dures,  denficulées,  obliques,  se  réunissant 
vers  la  bouche  ,  à  l'aide  desquelles  l'animal  s'attache  à  sa 
proie  i  l'autre  lamelle  se  prolonge  en  un  appendice  court, 
plat  et  conique.  Dans  son  milieu  sont  quatre  verrues  orbicu- 
laires,  subcrustacées,  blanches,  deux  disposées  en  travers  et 
deux  l'une  après  l'autre. 

Othon  Fabricius  a  trouvé  cette  sangsue  parasite  également 
sur  la  peau  de  l'hippoglosse ,  fixée  par  le  disque  et  se  mou- 
vant dans  le  reste  du  corps;  en  sorte  que,  en  ajoutant  ce 
qu'il  dit,  que,  quand  on  la  détache,  l'extrémité  se  fléchit  vers 
l'autre,  il  est  aisé  de  voir  que  c'est  une  sangsue  voisine  de 
celles  de  la  section  précédente. 

C'est  ici,  suivant  moi,  que  doit  être  placé  dans  une  sec- 
lion  particulière  l'animal  dont  M.  de  Laroche  a  fait  un  genre 
distinct  et  auquel  il  a  donné  le  nom  de  Poljstoma  ;  parce 
que,  l'ayant  trouvé  fixé  par  l'extrémité  postérieure  de  son 
corps  élargi  et  pourvu  de  six  paires  de  crochets ,  il  les  a  con- 
sidérés comme  autant  de  bouches. 

C'est  également  ici,  ou  dans  la  famille  des  hirudinés,  que 
l'on  doit  placer,  suivant  nous,  l'animal  observé  et  figuré 
pour  la  première  fois  par  Lamartinière,  dont  M.  Bosc  a  fait 
son  genre  Capsale  et  que  M.  Cuvier  a  nommé  Tristoma ,  dé- 
nomination adoptée  par  M.  Rudolphi ,  qui  en  fait  à  tort  un 
entozoaire  proprement  dit.  (Voyez  Tristome,  où  nous  don- 
nerons les  nouvelles  observations  qui  ont  été  faites  sur  cet 
animal  depuis  l'impression  du  mot  Capsale.) 

M.  Espèces  molles  ,  sans  articulations  distinctes. 
(Genre  Malacobdella,  de  Bl.) 

La  Sangsue  grosse  :  H.  grossa,  Linn.,  Gmel.,  pag.  SogS , 
n.°  i3;  d'après  Muller ,  Zoolog.  Dan.,  i,  pag.  69,  n.°  27, 
tab.  2  1  ,  fig.  1  —  5,  copiée  dans  l'Encycl.  méthod.,  pi.  62  , 
fig.  6  —  10. 

Corps  ovale,  un  peu  alongé  ,  atténué;  obtus  ou  comme 


SAN  ^71 

tronqué  et  bifide  en  avant  ;  ventouse  postérieure  médiocre 
et  dépassant  le  corps  :  couleur  d'un  blanc  jaunâtre,  quel- 
quefois orné  de  lignes  transverses  très-fines. 

Cette  espèce  de  sangsue  est  transparente  à  la  manière  des 
planaires;  elle  se  trouve,  à  ce  qu'il  paroît,  dans  le  manteau 
des  mollusques  bivalves  marins,  du  moins  Muller  l'a  trouvée 
dans  la  venus  exoleta,  et  j'en  ai  rencontré  un  individu  dans 
une  mye  tronquée.  Elle  a  dix  à  douze  lignes  de  long  sur  cinq 
à  six  de  large.  Dans  la  figure  que  Muller  a  donnée  de  la 
sienne,  le  canal  intestinal  fait  d'assez  fortes  inflexions,  et  il 
se  termine  à  un  anus  placé  comme  dans  tous  les  hirudi- 
nés  ;  mais  dans  l'animal  que  j'ai  observé  il  étoit  beaucoup 
moins  flexueux.  Du  reste,  il  étoit  également  accompagné  à 
l'intérieur  d'une  grande  quantité  de  grains  oviformes,  que 
Muller  paroit  regarder  comme  de  véritables  œufs,  dont  il 
porte  le  nombre  à  plus  de  mille,  nageant  dans  une  humeur 
gélatineuse. 

N.  Espèces  douteuses. 

La  Sangsue  de  Ceilan  ,  H.  ceylanica.  M.  Bosc  parle  d'une  sang- 
sue de  ce  pays,  de  la  longueur  et  de  la  grosseur  d'une  épin- 
gle, de  couleur  rouge  tachetée,  vivant  hors  de  l'eau  dans 
les  bois  humides,  se  fixant  sur  les  animaux  et  sur  l'homme 
même ,  quelquefois  en  assez  grand  nombre  pour  faire  périr 
des  personnes  endormies;  en  sorte  que  c'est,  dit-on,  un  fléau 
pour  cette  île. 

La  S.  DU  Japon;  H.  japonica,  Krusenst. ,  Voyage  autour  du 
monde,  pi.  65.  Cette  espèce ,  de  couleur  jaune,  pointillée  de 
rouge,  est,  dit-on,  de  la  grosseur  d'un  œuf  de  poule,  quand 
elle  est  contractée. 

La  S.  CHINOISE,  H.  sinica.  Assez  petite  sangsue,  qui  paroît 
être  entièrement  noire,  et  qui  est  employée,  comme  che2 
nous,  pour  les  saignées  locales. 

Je  ne  puis  rien  dire  autre  chose  de  cette  espèce  de  sang- 
sue, dont  une  figure  assez  grossière  existe  dans  l'Encyclopé- 
die japonoise,  accompagnée  d'un  article  dont  M.  Abel  Ré- 
musat  a  bien  voulu  me  donner  la  traduction  de  vive  voix.  Il 
en  résulte  que  les  Chinois  distinguent  plusieurs  espèces  de 
sangsues,  les  unes  de  mer,  les  autres  d'eau  douce  et  même 


272  SAN 

de  ferre,  et  qu'ils  emploient  celles  d'eau  douce  aux  mêmes 
usages  que  nous.  Pour  cela  ils  en  mettent  un  certain  nombre 
dans  un  morceau  de  bambou  et  l'appliquent  sur  la  tumeur 
ou  la  partie  malade ,  comme  nous  le  faisons  avec  un  verre. 

La  Sangsue  d'Egypte  ;  H.  œgjptiaca.  M.  Larrey ,  dans  son  ou- 
vrage intitulé  Campagnes  chirurgicales,  parle  d'une  sangsue 
commune  dans  les  flaques  d'eau  qui  existent  dans  le  désert 
qui  sépare  l'Egypte  de  la  Syrie.  Malheureusement  il  n'en 
donne  pas  de  description ,  et  il  se  borne  à  dire  qu'elle  étoit 
fort  petite  et  qu'elle  occasiona  des  accidens  fort  graves  sur 
un  grand  nombre  de  soldats  qui  burent  de  ces  eaux  sans  pré- 
caution. 

La  S.  DE  LA  Martinique,  H.  martinicensis.  M.  Achard,  Journ. 
de  pharm.,  tom.  lo,  p.  296,  dit  qu'il  y  a  à  la  Martinique, 
et  probablement  dans  les  autres  îles  de  l'archipel  Américain, 
une  petite  sangsue  qui  n'a  rien  de  commun  avec  la  sangsue 
médicinale  ;  en  effet ,  des  essais  faits  avec  elle  par  les  méde- 
cins, ont  montré  qu'elle  ne  mord  pas  sur  la  peau  de  l'homme. 
Est-ce  la  même  que  celle  qui  a  été  décrite  plus  haut  sous  le 
même  nom,  et  dont  M.  Huzard  fils  possède  trois  individus? 

La  S.  DU  HÉRON,  H.  ardeœ.  M.  Guyon  a  donné,  dans  la 
Revue  encyclopédique  du  mois  de  Janvier  1822  ,  la  descrip- 
tion d'une  très -petite  espèce  de  sangsue  indigène  de  la  Ja- 
ma'ique  ,  et  qui  se  retrouve  fréquemment  sous  les  paupières 
et  dans  les  fosses  nasales  du  crabier  des  montagnes  {ardea  vi- 
rescens).  Je  ne  l'ai  pas  vue.  M.  Huzard  dit  qu'elle  a  à  la  partie 
postérieure  de  l'estomac  deux  cœcums,  comme  dans  la  sang- 
sue médicinale.  Seroit-ce  encore  la  même  que  la  précédente 
et  dont  j'ai  donné  plus  haut  la  description? 

La  S.  DES  ÉTANGS,  H.  stagnalis.  M.  Derheims,  dans  une  His- 
toire naturelle  et  médicale  des  sangsues,  publiée  en  1825, 
désigne  sous  ce  nom  une  espèce  de  sangsues  de  France,  qu'il  dit 
beaucoup  ressembler  à  la  sangsue  noire,  mais  dont  elle  diffère 
parce  qu'elle  est  d'une  couleur  moins  foncée,  que  son  ventre 
est  cendré  et  paroît  noir  ,  quand  l'animal  est  contracté.  Il 
ajoute  que  ses  mouvemens  dans  l'eau  sont  d'une  vivacité 
extraordinaire,  et  qu'elle  se  tord  quand  elle  change  de  di- 
rection ,  ce  qu'il  regarde  comme  lui  étant  particulier.  Il  pa- 
roît qu'elle  n'est  pas  très-commune  et  qu'elle  se  trouve  plus 


SAN  273 

spécialement  dans  les  marais  de  la  Bretagne.  Ne  seroit-ce  pas 
le  véritable  H.  sanguisuga  ? 

Le  même  auteur  parle  d'une  autre  sangsue,  que  l'on  trouve 
dans  le  Nord  de  l'Ecosse,  où  elle  est  nommée  Horse-Leach 
ou  sangsue  de  cheval ,  extrêmement  grosse  ,  plutôt  terrestre 
qu'aquatique,  dont  le  corps  est  presque  cylindrique,  très- 
muqueux,  d'un  brun  très-foncé  sur  le  rentre  et  sur  le  dos. 
Ne  seroit-ce  pas  la  sangsue  de  Dutrochet? 

M.  Durand  ,  qui  s'est  beaucoup  occupé  des  sangsues  sous 
le  rapport  commercial,  et  qui  paroit  être  le  premier  qui  ait 
eu  ridée  d'en  transporter  de  Hongrie  en  France,  a  dit  en 
avoir  rencontré  deux  espèces  nouvelles  dans  ce  pays,  dont 
une,  suivant  lui,  seroit  pourvue  d'appendices;  malheureu- 
sement il  ne  les  a  pas  rapportées,  en  sorte  qu'il  est  impossible 
de  rien  décider  à  ce  sujet. 

Enfin,  il  paroît  que  plusieurs  auteurs  ont  donné  le  nom. 
de  sangsues  à  de  véritables  planaires ,  qui,  quoique  assez  voi- 
sines, en  diffèrent  cependant  d'une  manière  notable  par  l'ab- 
sence totale  du  disque  postérieur.  Ainsi  M.  Caréna  s'est  assuré 
positivement  que  VH.  alpina,  décrit  comme  une  espèce  nou- 
velle par  le  docteur  Dona,  dans  lés  Mémoires  de  l'Académie 
de  Turin,  vol.  5,  p.  199,  et  que  quelques  auteurs,  comme 
l'abbé  Ray,  ont  admise  ,  n'est  rien  autre  chose  que  le  planaria 
lorva  de  Muller  et  de  Gmelin.  (DeB.  ) 

SANGSUE  VOLANTE.  (A/amm.)  On  a  quelquefois  désigné 
ainsi  le  phyllostome  vampire  ,  parce  qu'il  suce  le  sang  des  ani- 
maux endormis ,  après  avoir  écorché  leur  peau  à  l'aide  des 
papilles  cornées  qui  garnissent  sa  langue.  (Desm.) 

SANGUIFICATION.  {Phvsiol.  générale.)  Voyez  Systèsje  cir- 
culatoire. (H.  G.) 

SANGUILLO.  (Ornith.)  Cet  oiseau,  de  la  grosseur  d'une 
pie,  que  Pétiver  a  trouvé  dans  les  environs  de  Madras,  et 
que  Rai  a  décrit  dans  son  Sjnopsis ,  page  197,  n.°  21  ,  est 
cité  par  Mœrhing  comme  synonyme  de  son  genre  Ficedula , 
page  42  de  sa  Méthode.  Il  en  est  aussi  fait  mention  dans  le 
Dictionnaire  des  animaux  de  La-Chesnaye-des-Bois.  (Ch.  D.) 

SANGUIN.  {Bot.)  Nom  vulgaire  d'un  cornouiller,  cornus 
sanguinea.  C'est  le  sangui  des  Languedociens,  selon  Gouan  ;  la 
snnguina   des  Provençaux,  suivant  Garidelj  le  sanguen  cité 
A7'  18 


•274  SAN 

par  Cësalpîn  dans  l'Étrurie.  Le  sanguino  des  Portugais  estraLi- 
terne,  suivant  Grisley.  (.T.) 

SANGUINALIS.  {Bol.)  On  trouve  sous  ce  nom  ancien,  dans 
Daléchamps,  la  pesse  d'eau  ,  hippuris,  qui  y  est  indiquée  comme 
astringente.  La  renouée  ordinaire  a  été  aussi  nommée  san- 
guinalis.   (J.) 

SANGUINARIA.  {Bot.)  Genre  de  plantes  dicotylédones, 
à  fleurs  complètes,  polypétalées,  de  la  famille  àes  papavéra- 
cées,  de  la  polyandrie  morwgyaie  de  Linnaeus,  offrant  pour 
caractère  essentiel:  Un  calice  caduc,  à  deux  folioles;  huit 
pétales,  les  alternes  plus  étroits;  un  grand  nombre  d'étamines 
insérées  sur  le  réceptacle;  les  anthères  simples;  l'ovaire  su- 
périeur; point  de  style;  un  stigmate  en  tête,  persistant,  à 
deux  sillons;  une  capsule  uniloculaire  ,  à  deux  valves  cadu- 
ques; un  réceptacle  persistant,  sur  lequel  sont  attachées  de 
chaque  côté  des  semences  nombreuses. 

Sangdinaria  du  Canada  :  Sanguinaria  canadensis  ,  Linn.  , 
Spec;  Lamk.,  III.  gen.,  tab.  449;  Dillen. ,  Elth. ,  tab.  202, 
iig.  025  et  326;  Moris.,  Hist. ,  2 ,  n."  3  ,  tab.  1 1  ,  fig.  1  ;  vul- 
gairement    la     GRANDE     CÉLANDINE  5     la     BeAUH ARNOISE.     PctitC 

plante,  d'un  aspect  assez  agréable,  munie  de  racines  épaisses, 
tubéreuses,  horizontales,  qui  poussent  inférieurement  des 
filamens  capillaires  et  roussàtres.  Du  sommet  de  la  racine 
sort  une  feuille  radicale,  qui  enveloppe  les  fleurs  avant  leur 
développement,  comme  une  spathe,  et  qui  elle-même  est 
enveloppée  à  sa  base  par  plusieurs  gaines  membraneuses,  très- 
minces.  Cette  feuille  est  presque  ronde  et  en  forme  de  capu- 
chon ,  profondément  échancrée  à  sa  base,  lobée  et  sinuée  à 
son  contour ,  glabre,  d'un  vert  noirât<'e  en  dessus,  d'un  blanc  . 
bleuâtre  en  dessous,  traversée  par  des  nervures  très-ramifiées 
et  rougeâtres;  le  pétiole  glabre,  comprimé,  élargi,  long  de 
trois  ou  quatre  pouces. 

Les  fleurs  sont  blanches,  solitaires,  supportées  par  une 
îiampe  grêle  ,  plus  longue  que  les  feuilles.  Le  calice  est  com- 
posé de  deux  folioles  ovales,  concaves,  plus  courtes  que  la 
corolle;  les  pétales  sont  au  nombre  de  huit,  oblongs,  obtus, 
très- ouverts;  quatre  intérieurs  alternes,  plus  étroits;  l'ovaire 
oblong,  aigu  ,  termiaé  par  un  stigmate  sessile ,  épais,  à  deux 
sillons  profonds.  Le  fruit  est  une  capsule  ovale,  oblongue, 


SAN  275 

rétrëcie  à  sa  base,  acuminée  au  aommet,  couronnée  par  le 
stigmate  persistant;  une  seule  loge  à  deux  valves,  qui  s'écar- 
tent ,  tombent  et  laissent  à  découvert  les  semences  attachées 
des  deux  côtés  à  un  placenta  qui  répond  au  bord  des  valves. 

Cette  plante  contient  un  suc  rougecltre  ,  qui  s'écoule  de 
toutes  ses  parties,  lorsqu'on  la  brise.  Elle  croît  au  Canada, 
et  dans  plusieurs  autres  contrées  de  l'Amérique  septentrio- 
nale. Les -fleurs  varient  de  grandeur  et  se  doublent  quelque- 
fois. On  la  cultive  au  Jardin  du  Roi.  (Poir.) 

SANGUINARIA.  (  Bot.)  Ce  nom  a  été  donné  par  les  anciens 
à  quelques  plantes  astringentes  ,  propres  à  arrêter  les  crache- 
mens  ou  écoulcmens  de  sang;  par  Gesner  et  Lobel  à  la  re- 
nouée , poljgonum  diiculare ;  par  d'autres  au  plantain  corne-de- 
cerf,  plantago  coronopus;  par  Tragus  au  géranium  sanguineum. 
Linnaeus  l'a  appliqué  à  une  plante  papavéracée ,  qui  rend  ua 
suc  rouge  et  que  Sarrazin  avoit  nommée  belhamosia.  (J.) 

SANGUINARIA.  {Mamm.)  Famille  de  mammifères  carnas- 
siers, dans  la  méthode  d'IUiger,  qui  correspond  à  celle  des 
carnivores  digitigrades  de  M.  Cuvier.  (Desm.) 

SANGUINE.  (Min.)  On  donne  ce  nom,  chez  les  marchands 
de  crayons  à  dessiner  et  de  couleur,  au  crayon  d'un  rouge 
de  brique  tirant  sur  celui  du  sang.  Ce  n'est  point  une  héma- 
tite ,  comme  le  disent  plusieurs  minéralogistes  :  la  sanguine ,  qui 
se  taille  facilement,  qui  laisse  sur  le  papier  une  trace  rouge 
très- colorée  et  très -nette,  n'a  ni  la  texture  fibreuse  ni  la 
dureté  de  l'hématite.  C'est  bien,  comme  ce  minerai,  un  fer 
oligiste;  mais  il  a  ce  qu'on  appelle  la  texture  terreuse  et  com- 
pacte :  on  peut  le  désigner  méthodiquement  par  le  nom  de 
fer  oligiste  sanguine.  Voyez  Fer  oxidé  compacte.  (B. ) 

SANGUINELLA.  (Bot.)  Nom  cité  par  Daléchamps,  d'après 
Matthiole,  du  pamassia  ,  qui  croit  dans  les  lieux  humides. 
(J.) 

SANGUINELLE.  {Bol.)  Nom  vulgaire  du  cornouiller  san- 
guin. (L.  D.) 

SANGUINEN.  (Mamm.)  Ce  nom  équivaut  à  celui  de  sa- 
goin  ,  employé  pour  désigner  de  petits  singes  américains. 
(Desm.) 

SANGUINOLAIRE,  Sanguinolaria.  (Conehjl.)  Genre  de  co- 
quilles bivalves  pyloridées.  établi  par  M.  de  Lamarck,  tora.  5, 


■^7^  SAN 

pag.  609,  des  Anim.  sans  vert.,  pour  un  assez  petit  n'ombre 
d'espèces  de  solen  de  Liniiœus,  et  que  nous  avons  caractérisé 
ainsi  :  Animal  inconnu;  coquille  ovale ,  un  peu  alongéc,  ordi- 
nairement très- comprimée  ,  à  peine  bâillante,  équivalvc, 
subéquilalérale  ,  également  arrondie  aux  deux  extrémités, 
sans  indice  de  carène  postérieure;  charnière  formée  par  une 
ou  deux  dents  cardinales,  rapprochées  sur  chaque  valve;  li- 
gament saillant,  bombé;  deux  impressions  musculaires  arron- 
dies, distantes,  réunies  par  une  impression  palléale  étroite 
et  fortement  sinueuse  ou  rentrée  en  arrière. 

D'après  ces  caractères,  il  est  évident  que  ce  genre,  dont  le 
nom  a  été  tiré  de  l'espèce  la  plus  commune,  dont  la  couleur 
est  rouge,  ne  dj,ffère  réellement  pas  de  certaines  espèces  de 
solen,  dont  les  deux  bords  ne  sont  nullement  parallèles.  On 
ne  connoit  absolument  rien  sur  l'animal  des  sanguinolaires; 
mais  les  traces  qu'il  a  laissées  sur  la  coquille  ne  permettent 
pas  de  douter  de  sa  grande  ressemblance  avec  celui  des 
solens  ovales  et  à  sommet  médian  ,  dont  j'ai  formé  les  genres 
Solécurte  et  Solételllne. 

Les  quatre  espèces  de  sanguinolaires  vivantes  ,  carac- 
térisées par  M.  de  Lamarck,  sont  toutes  des  mers  des  pays 
chauds. 

La  Sanguinolaire  soleil  -  couchant  :  Solen  occidens  ;  Solen 
occidens,  Gmel.,  p.  3228,  n."  21;  Encycl.  méthod.,  pi.  226, 
fig.  2  ,  a,  b.  Grande  coquille  de  près  de  quatre  pouces  de 
long,  sur  deux  pouces  de  haut,  subelliptique  ,  un  peu  renflée  , 
à  sommets  un  peu  protubérans ,  striée  dans  sa  longueur ,  radiée 
et  maculée  de  blanc  et  de  rouge. 

C'est  une  coquille  extrêmement  rare ,  dont  on  ignore  en- 
core la  patrie. 

La  S.  rosée:  s.  rosea^  Solen  sanguinolentus ,  Gmel. ,  p.  0227  . 
n."  17  :  Chemn.,  Conch.,  6,  tab.  7  ,  IJg.  5C.  Coquille  beaucoup 
plus  petite  que  la  précédente,  ovale,  suborbiculaire  ,  peu 
convexe  ,  avec  des  sîries  d'accroissement  assez  marquées  :  de 
couleur  blanche,  plus  ou  moins  rouge  vers  les  natèces. 

Cette  espèce,  commune  dans  les  collections,  vient  des  mers 
de  la  Jamaïque. 

La  S.  LIVIDE;  5.  livida ,  de  Laink. ,  loc.  cit..  p.  5ii  ,  n.°  5. 
Coquille  d'envûron  deux  pouces  de  long,  mince,  semi-orbi- 


SAN  277 

çiilaire,  lisse,    de   couleur  violette ,  avec  trois  rayons  blan- 
châtres à  l'extrémifé  antérieure. 

De  la  baie  des  Chiens  marins,  dans  la  Nouvelle- Hollande , 
d'après  MM.  Péron  etLesueur. 

La  Sanguinolaire  ridée  :  .S.  rugosa^  de  Lamk.  ,  /oc.  cit. 
p.  5ii  ,  n."  4;  Venus  dejlorala ,  Gmel.  Coquille  assez  solide, 
ovale,  un  peu  ventrue,  quelquefois  de  trois  pouces  de  long, 
sur  deux  de  haut,  rugueuse  par  des  stries  s'irradiant  du 
sommet  à  la  circonférence  :  de  couleur  blanchâtre,  violette 
en  avant,  d'un  noir  violet  sur  les  nymphe*. 

Cette  espèce  vient  des  niers  de  rindeetdc  celles  de  IWmé- 
rique. 

M.  de  Lamarck  cite  comme  variété  pouvant  être  distinguée 
comme  espèce,  une  coquille  de  sa  collection,  qui  est  rose  en 
dehors,  sans  rayons.  (Du  B. ) 

SANGUINOLAIRE.  [Foss.)  On  connoit  peu  d'espèces  de 
ce  genre  à  l'état  fossile. 

Sanguinolaire  de  Lamarck  -.Sangtiinolaria  Lamarckii ,  Desh., 
Foss.  des  env.  de  Paris  ,  tom.  j.'' ,  p.  73  ,  pi.  10,  fig.  i5  —  ig. 
Coquille  ovale,  subtrigone  ,  inéquilatérale,  bâillante  aux  deux 
extrémités,  comme  dans  la  sanguinolaire  rose,  à  valves  noa 
parfaitement  égales,  dont  les  crochets  sont  petits,  à  peine 
saillans,  et  le  corselet  profond  ,  présentant  des  nymphes 
enfoncées.  La  surface  est  ccniverte  de  légères  stries  qui  pro- 
viennent des  accroissçmens.  Il  sç  trouve  sur  la  valve  droite 
deux  petites  dents,  dont  l'une  est  bilide ,  et  sur  la  valve 
gauche  deux  dents  divergentes,  entre  lesquelles  on  voit  un 
espace  triangulaire  occupé  par  les  deux  dcn  (s  de  l'autre  valve. 
La  coquille  est  très-aplatie.  Longueur,  dix  lignes;  largeur, 
quatorze  lignes.  Fossile  d'Acy,  département  de  FOise,  au- 
dessus  de  la  craie. 

Sanguinolaria  HoUnvi'ajysii  ,  Sow.  ,  Min,  conch,  ,  tora.  2  , 
pag.  i33,  tab,  169,  Coquille  déprimée  .  inéquilatérale  ,  ovale, 
portant  des  stries  qai  proviennent  de  ses  accroissemens  ;  à 
côté  antérieur  élargi.  Longueur,  un  pouce;  largeur,  plus  de 
trois  pouces.  Fossile  de  Bricklesome  -  Bay ,  en  Angleterre. 
M.  Deshayes  pense  que  cette  espèce  dépend  plutôt  du  genre 
Psammobie  que  de  celui  des  Sanguinolaires. 

Sanguinolaria  compressa,  Sow.,  hc.  cil. ,  tum.  5  ,  pag.  qi  ,. 


^78  SAN 

lab.  462.  Coquille  comprimée,  deux  fois  plus  large  que  longue, 
très-lisse.  Le  côté  antérieur  est  un  peu  tronqué;  deux  légères 
élévations  viennent  de  chaque  côté  aboutir  au  sommet.  Lon- 
gueur, sept  lignes;  largeur,  quatorze  lignes.  Fossile  de  Bar- 
ton-ClilF,  en  Angleterre,  dans  une  couche  qui  représente 
celle  du  calcaire  coquillier  ,  où  on  le  trouve  avec  le  murex 
lartonensis  ,  Sow.  (  D.  F.  ) 

SANGUINOLE.  {Bot.)  C'est  une  variété  de  pêche.  (  L.  D.) 

SANGUINOLENT.  (Ichthjol.)  Nom  spécifique  d'un  Spare;. 
Voyez  ce  mot.  (H.  C.  ) 

SANGUISORBA.  (Bot.)  Voyez  Sanguisorbe.  (L.  D.) 

SANGUISORBE;  Sanguisorba,  Linn.  {Bot.)  Genre  de  plantes 
dicotylédones  apétales,  de  la  famille  des  rosacées,  Juss.,  et 
de  la  tétrandrie  monogjynie  de  Linneeus ,  dont  les  principaux 
caractères  sont  :  Un  calice  monophylle,  à  quatre  divisions 
ovales,  colorées;  point  de  corolle;  quatre  étamines  à  filamens 
capillaires,  beaucoup  plus  longs  que  le  calice,  terminés  par 
des  anthères  arrondies;  un  ovaire supère ,  surmonté  d'un  style 
filiforme  ,  terminé  par  un  stigmate  en  tête  ;  une  ou  deux 
graines  coniques,  renfermées  dans  le  calice  persistant,  qui 
s'est  durci  et  forme  une  sorte  de  capsule  turbinéc. 

Les  sanguisorbes  sont  des  plantes  herbacées,  à  racines  vi- 
vaces,  à  feuilles  ailées  avec  impair,  et  à  fleurs  serrées  en  épi 
ovale  ou  cylindrique  au  sommet  de  la  tige  et  des  rameaux. 
On  en  connoît  six  espèces,  dont  une  croit  naturellement  en 
Europe. 

Sanguisorbe  officinale,  vulgairement  Pimprenelle  des  mon-» 
TAGNEs  :  Sanguisorba  officinalis,  Linn.,  Spec,  169;  FI.  Dan.  ^ 
■Jab.  97.  Ses  tiges  sont  droites,  anguleuses,  un  peu  rameuses, 
hautes  de  deux  à  trois  pieds,  garnies  de  feuilles  alternes,  pé- 
tiolées,  composées  de  onze  à  treize  folioles  ovales,  opposées, 
dentées  en  leurs  bords,  glabres  et  d'un  beau  vert  en  dessus, 
d'un  vert  glauque  en  dessous.  Ses  fleurs  sont  petites,  rou^ 
geàtres,  sessiles  à  l'extrémité  d'un  long  pédoncule  commun, 
et  disposées  en  épi  ovale.  Cette  plante  croit  en  France  et  en 
Europe,  dans  les  prés  et  le;  pâturages. 

Sangi-iisorbe  du  Canada;  Sanguisorba  canadensis,  Linn.,  Sp,, 
169,  Ses  tiges  sont  droites,  cylindriques,  striées,  légèrement 
velues j  hautes  de  deuï  à  trois  pieds,  garnies  de  feuilles  ai- 


SAN  373 

lées,  composées  de  onze  à  treize  folioles  ovales-oblongues  ou 
lancéolées,  dentées  en  scie,  longuement  pétiolées,  presque 
alternes,  vertes  en  dessus,  plus  pâles  en  dessous.  Ses  fleurs 
sont  d'un  vert  blanchâtre,  disposées,  au  sommet  des  tiges 
et  des  rameaux,  en  un  épi  cylindrique,  long  de  deux  à  trois 
pouces.  Cette  espèce  est  originaire  du  Canada  :  on  la  cultive 
au  Jardin  du  Roi  à  Paris.  (  L.  D.) 

SANGUISUGA.  {Entom.)  Nom  latin  du  genre  Sangsue  dans 
le  système  de  distribution  méthodique  des  espèces  du  grand 
genre  Hirudo  de  Linné  ,  par  M.  Savigny,  et  qui  comprend  en 
effet  les  sangsues  médicinale  et  ofUcinale.  Voyez  Sangsue. 
(De  B.) 

SANGUISUGES  ou  ZOADEI.GES.  {Enfom.)  Ces  noms,  dont 
le  premier  signifie  suce-sang,  et  le  second  suceurs  d'animaux  , 
ont  été  donnés  par  nous  à  une  famille  d'insectes  hémiptères 
qui  comprend  les  véritables  punaises  des  lits,  les  mirides ,  les 
réduves,  etc.  (voyez  Zoadrlges)  ;  car  ce  sont  les  noms  tirés  du 
grec  que  nous  adoptons  de  préférence  en  françois,  les  autres 
noms  ne  devant  servir  que  comme  des  synonymes  latins  que 
nous  avons  francisé  seulement  par  la  terminaison.  (C.  D.) 

SANICLE;  Sanicula,  Lînn.  {Bot.)  Genre  de  plantes  dicoty- 
lédones polypétales,  de  la  famille  des  ombellifères.  Juss. ,  et 
de  la  pentandrie  digjnie  de  Linnaeus  ,  dont  les  principaux 
caractères  consistent  en  :  un  calice  très-petit,  presque  entier  ; 
une  corolle  de  cinq  pétales  réfléchis;  cinq  étamines  à  filamens 
plus  longs  que  la  corolle,  surmontés  d'anthères  arrondies  j 
un  ovaire  infère,  chargé  de  deux  styles  subuiés,  réfléchis,  à 
stigmates  aigus;  deux  graines  hérissées,  convexes  d'un  côté, 
planes  de  l'autre,  et  accolées  ensemble. 

Les  sanicles  sont  des  herbes  vivaces ,  à  feuilles  palmées  ou 
digitées,  dont  les  fleurs  sont  disposées  en  ombelles,  compo- 
sées d'un  petit  nombre  de  rayons  munis  à  leur  base  d'une 
collerette  tournée  d'un  seul  côté,  etdontles  ombellules,  pres- 
que sessiles,  sont  munies  d'une  collerette  partielle  formée  de 
plusieurs  folioles  enveloppant  l'ombellule  en  entier.  On  n'en 
connoît  que  trois  espèces;  une  d'elles  est  indigène  de  l'Eu- 
rope, elles  deux  autres  croissent  dans  l'Amérique  septentrio- 
nale. 

Sakicle  d'Europe,  vulgairement  Sanicf.f  communej  Samcir 


^3o  SAN 

MALE;  Sanicula  europœa,  Linn.,  Sp.  Bôg.  Sa  racine  est  fibreuse , 
brunâtre;  elle  produit  une  ou  plusieurs  tiges  simples  ou  à 
peine  rameuses,  hautes  de  dix  à  quinze  pouces,  nues  dans 
toute  leur  longueur,  garnies,  seulement  à  leur  base,  de  plu- 
sieurs feuilles  radicales,  longuement  pétiolées ,  glabres,  lui- 
santes et  d'un  vert  assez  foncé  en  leur  face  supérieure,  plus 
pâles  en  dessous,  découpées  profondément  en  cinq  lobes  den- 
tés, incisés,  élargis  et  trifides  à  leur  sommet.  Ses  fleurs  sont 
blanches  ,  petites  ,  disposées  en  ombellules  globuleuses  ;  les 
rayons  de  l'ombelle  générale  ne  sont  qu'au  nombre  de  quatre 
à  cinq.  Cette  plante  croît  en  France  et  dans  le  reste  de  l'Europe, 
dans  les  bois  et  les  lieux  ombi-agés. 

La  sanicle  a  une  saveur  légèrement  amère  et  un  peu  acerbe. 
C'est  une  plante  qui  a  joui  de  ia  plus  grande  réputation  en 
médecine;  on  l'a  regardée  jadis  comme  une  panacée  univer- 
selle ,  et  comme  telle- on  l'employoit  dans  une  multitude  de 
maladies.  Elle  a  été  appelée  sanicula,  du  verbe  latin  sanare, 
guérir,  parce  qu'on  la  regardoit  alors  comme  un  remède 
propre  à  guérir  tous  les  maux,  et  c'est  par  allusion  aux  pro- 
priétés merveilleuses  dont  on  la  croyoit  douée,  de  même 
que  la  bugle ,  autre  plante  à  laquelle  on  attribuoit  aussi  de 
grandes  vertus ,  qu'on  a  fait  jadis  les  deux  mauvaises  rimes 
suivantes  : 

Qui  a  la  bugle  et  la  sanicle, 
Fait  aux  chirurgiens  la  uique. 
Les  mf'decins  modernes,  qui  ont  révoqué  en  doute  les  pro- 
priétés extraordinaires  qu'on  avoit  supposées  appartenir  à  la 
sanicle,  ont  entièrement  abandonné  cette  plante,  et  elle  ne 
figure  plus  aujoîird'Jiui  que  dans  les  vulnéraires  suisses,  que 
l'on  appelle  encore  thé  suisse  ou  Falltrank,  mélange  de  plantes 
sèches,  dans  lequel  le  peuple  et  les  gens  peu  éclairés  ont  seuls 
conservé  |u:lque  confiance.  La  composition  de  ces  vulnéraires 
varie  d'ailleurs  autiint  qu'il  y  a  d'individus  employés  a  les  re- 
cueillir. On  y  voit,  en  général,  figurer  des  véroniques,  beau- 
coup de  labiées  et  quelques  composées.  (  L.  D.) 

SANICLE  FEMELLE.  (Bot,)  Nom  vulgaire  de  l'astrance. 
(L.  D.) 

SANICLE  DE  MONTAGNE.  '7;û/.)  C'est  la  benoîte  et  l'as. 
Irancçniajeuxe.  (L.  D.J 


SAN  281 

SANICULA.  (Bot.)  Ce  nom  latin  de  la  sanicle  a  été  aussi 
donné,  par  C.  Bauhin  et  d'autres  auteurs,  au  pinguicula ,  à 
des  primula  ,  des  saxifrages,  à  un  mitella ,  à  un  verhascum  et 
à  Yheuchera.  Voyez  Sanici.e.   (J.) 

SANIDIN.  (Mm.)  M.  Nose,  dans  son  ouvrage  intitulé  Études 
minéralogiques  sur  les  montagnes  du  Bas- Rhin,  a  proposé  de 
donner  ce  nom  à  la  variété  de  felspath  qui  est  disséminé  en 
cristaux  assez  volumineux  et  presque  toujours  agrégés,  dans  le 
trachyte  du  Drachenfels,  du  Mont-d'or,  et  dans  les  pumites 
et  même  les  téplirincs  d'autres  contrées  d'origine  volcanique. 
Cette  variété  avoit  été  désignée  avant  lui  par  le  nom  de 
Felspath  vitreux  ,  et  il  paroît  que  par  la  composition  elle 
appartient  au  felspath  de  potasse.  Nous  l'avons  déjà  décrite 
sous  ce  nom.  Voyez  Felspath.  (B.) 

SANILUM.  (Bot.)  Nom  égyptien  de  la  scammonée  ,  cité 
par  Ruellius  et  Mentzel.  (  J.  ) 

SANKI.  {Erpét.)  Nom  japonois  de  la  tortue  de  terre.  Voyez 
Tortue.  (H.  C.) 

SANKIRA.  (Bot.)  La  squine,  smilax  China,  est  ainsi  nom- 
mée au  Japon,  suivant  Kaempfer.  (J.) 

SANKITS.  (Bot.)  Un  des  noms  japonois  du  bladhiajaponica 
de  Thunberg.  (  J.  ) 

SANKOU  NAGOU.  {Erpét.}  C'est  le  nom  d'une  variété  de 
Naja,  décrite  dans  ce  Dictionnaire  ,  tome  XXXIV.  page  i36. 
(H.  C.) 

SANNIO.  (Ornith.)  Cet  oiseau  de  la  Nouvelle-Zélande  est 
un  grimpereau  vert,  dont  la  figure  se  trouve  au  Manuel 
d'histoire  naturelle  de  Blumenbach  ,  page  ^ocj  de  la  traduc- 
tion françoise  ,  et  sous  le  n.°  64  des  grimpereaux,  dans  les 
Oiseaux  dorés  de  MM.  Audebert  et  Vieillot.  (Ch.  D.) 

SANPIÉRÉ.  {Ichthjol.)  Nom  marseillois  du  poisson  Saint- 
Pierre.  Voyez  Dorée.  (H.  C.) 

SANPRIGNANO.  (Bot.)  Nom  provençal  de  la  jusquiame 
ordinaire,  cité  par  Garidel.  (J.  ) 

SANPUDEN.  (Bot.)  Voyez  Sameequier.  (J.) 

SANQUALIS.  (Ornith.)  Il  paroit,  d'après  ce  que  Pline  dît 
de  cet  oiseau,  liv.  lo,  chap.  7,  que  les  anciens  augures  le 
nourrissoient  à  Rome  pour  les  sacrifices,  et  que  c'étoil  un 
aigle  de  mer.  (  Ch.  D,} 


^82  SAN 

SANQUr-KOUMONG.  (Bot.)  C'est  à  Java  le  nom  d'une 
espèce  d'oxalide  ou  surelle.  (Le.m.) 

SANRESANRI.  {Bot.)  Flacourt  parle  d'une  herbe  de  ce  nom 
A  Madagascar,  dont  la  racine,  adaainisfrée  avec  un  mélange 
de  gingembre,  passe  pour  un  bon  aphrodisiaque.  Cette  con- 
formité de  A^ertu  avec  le  salep  peut  faire  présumer  que  c'est 
une  espèce  d'orcJiis.  (J.) 

SANS  TACHE,  Immaculatus.  (Ichthjol.)  Nom  spécifique 
d'un  Synbranche.  Voyez  ce  mot.  (H.  C.) 

SANSARAI.  (Ornith.)  Nom  égyptien  d'une  espèce  de  ca- 
nard. (Ch.  D.) 

SANSEVIERA.  {Bot.)  Genre  de  plantes  monocotylédones , 
à  fleurs  incomplètes  ,  de  la  famille  des  asparaginées  ,  de- 
Vheiandrie  monogynie  de  Linnaeus  ,  offrant  pour  caractère 
essentiel  :  Une  corolle  (calice,  Juss. )  monopétale;  le  tube 
filiforme  ;  le  limbe  à  six  divisions  réfléchies  en  dehors;  point 
de  corolle;  six  étamines  insérées  à  la  base  du  limbe  ;  l'ovaire 
supérieur  surmonté  d'un  style,  d'un  stigmate;  une  baie  à 
une  seule  semence. 

Ce  genre  ,  qui  d'abord  faisoit  partie  des  aletri's  ,  en  a  été 
séparé  par  Thunberg ,  à  cause  de  son  fruit,  qui  est  une 
baie  monosperme  ,  et  non  une  capsule  à  trois  loges  poly- 
spermes.  11  faut  y  rapporter  les  espèces  suivantes  : 

Sakseviera  en  thyrse:  Sanseviera  thjTsiflora ,  Thunb. ,  Prodr., 
65;  Willd, ,  Spec,  2,  page  lôg;  Alelris  guineensis ,  Jacq., 
Hort.,  tab.  84;  Lamk. ,  III.  gen. ,  tab.  207;  Comm. ,  Hort., 
a  ,  page  Bg,  tab.  21  ;  Prœl. ,  84,  tab.  55.  La  racine  de  cette 
plante  produit  des  feuilles  toutes  radicales,  droites,  longues 
de  deux  ou  trois  pieds,  larges  de  quatre  pouces,  planes,  ua 
peu  contournées,  légèrement  concaves  dans  leur  partie  in- 
férieure, d'un  vert  foncé,  parsemées  de  taches  d'un  blanc 
verdàtre,  qui  font  paroître  ces  feuilles  tigrées  comme  une 
peau  de  serpent.  Les  fleurs  naissent  sur  une  hampe  épaisse, 
cylindrique,  ferme,  de  la  longueur  des  feuilles,  garnie,  dan« 
sa  partie  inférieure  ,  de  membranes  spathacées ,  aiguës  :  elles 
forment  sur  cette  hampe ,  dont  elles  occupent  les  deux  tiers, 
un  très-bel  épi  un  peu  lâche,  de  couleur  blanche.  Ces  fleurs 
sont  disposées  trois  ou  quatre  ensemble,  par  petits  bouquets 
épars  :  elles  ont  une  corolle  grêle,   longue  d'un  pouce  et 


SAN  =83 

demi,  ayant  ses  découpures  linéaires,  réfléchies,  roulées  en 
dehors;  des  étamines  très- longues,  très -saillantes;  le  style 
fort  long;  le  stigmate  simple  et  petit.  Cette  plante  croît  en 
Afrique,  dans  la  Guinée. 

Sanseviera  de  Ceilan  :  Sanseviera  zejlanica,  Willd.,  Spec, 
2,  page  iSg;  Roxb.,  Corom.,  2  ,  page  ^(3  ,  tab.  184;  Sanse- 
viera  œthiopica?  Thunb. ,  Prodr.  ;  Aletris  zeylanica  ,  Lamk. , 
Enc.  ;  Salmia  spicata,  Cav. ,  le.  rar. ,  3  ,  tab.  246  ;  Aletris  hja- 
cinthoides,  Linn.,  Spec.  ,  2  ;  Aloe  hjyacinthoides ,  Linn.  ,  Spec, 
I  ;  Comniel.,  Hort. ,  2,  tab.  21  ;  Pluk.,  Almag. ,  tab.  266, 
fig.  6  ;  Liriope  spicata  ,  Lour. ,  FI.  Coch.,  248  ,  var.  fô ^  Lamk., 
loc.  cit.;  Kata-Kapel ,  Rhéed. ,  Malab.,  1 1  ,  tab.  42  ;  Sanseviera 
lanuginosa,  Willd.,  loc.  cit.  Cette  espèce,  quoique  très-rap- 
prochée  de  la  précédente,  en  est  assez  bien  distinguée.  Ses 
feuilles  sont  également  radicales,  panachées  de  vert  et  d'un 
blanc  verdàtre  ;  mais  elles  ont  constamment  leur  dos  marqué 
de  lignes  longitudinales  ou  d'espèces  de  nervures  vertes,  ca- 
ractère qui  ne  se  trouve  point  dans  l'espèce  précédente.  D'ail- 
leurs les  feuilles  de  la  plante  dont  il  s'agit  ici  sont  comme 
de  deux  sortes  :  les  intérieures  sont  plus  longues,  étroites, 
très-pointues,  canaliculées  dans  toute  leur  longueur,  con- 
vexes postérieurement  et  charnues  ;  les  extérieures  plus 
courtes,  plus  aplanies  et  moins  épaisses. 

Une  variété,  dont  Willdenow  a  fait  une  espèce  (sanseviera 
lanuginosa) ,  d'après  la  figure  publiée  par  Rhéede  ,  a  des  feuilles 
fort  étroites  ,  canaliculées ,  charnues  et  marquées  de  lignes  lon- 
gitudinales ;  mais  ces  lignes  ,  selon  Rhéede ,  sont  lanugineuses  ; 
les  fleurs  d'un  blanc  rougeàtre  ;  elles  naissent  sur  une  hampe 
plus  longue  que  les  feuilles  et  sont  disposées  deux  ou  trois  en- 
semble par  petits  bouquets  épars,  formant  un  bel  épi  dans  la 
partie  supérieure  de  la  hampe.  Les  étamines  ne  sont  presque  pas 
plus  longues  que  les  divisions  de  la  corolle.  Ces  plantes  crois- 
sent dans  les  lieux  sablonneux  de  l'Inde  et  à  Ceilan.  (PoiR.) 

SANSIO,  SJO,  JAMMA-SANSIO.  (Bot.)  Noms  japonois 
du  fagara  piperita  ,  suivant  Kœmpfer.  11  rapporte  aussi  le  nom 
de  sansio  ^our  le  phjsalis  angulata.  (J.) 

SANSOGNO,  SANSOUGiNE.  {Mamm.  et  Ornith.)  Ces  noms 
languedociens  sont  donnés  aux  parties  charnues  ou  aux  déve* 
loppemens  de   peau    qui  pendit  sous  la  tête  et  sur  le  cou 


284  SAN 

des  animaux,  telles  que  le  fanon  du  bœuf,  les  appendices 
qu'on  voit  sur  quelques  chèvres,  les  caroncules  charnues  de 
la  base  du  bec  des  coqs  et  poules,  etc.  On  les  nomme  aussi 
pendils.  (  Desm.) 

SANSON.  (Bot.)  Nom  du  hêtre  à  Constantinople ,  suivant 
Forskal.  (J.) 

SANSONNET.  (Omith.)  Voyez  Étourneau.  (Ch.  D.) 

SANSOO.  {Bot.)  Voyez  JosiA.  (J.) 

SANSOVINIA.  {Bot.)  Ce  genre  de  Scopoli,  fait  sur  le  sta- 
phylea  indica  de  Burmann  ,  est,  selon  Linnasus,  congénère  de 
ïaquilicia  dans  la  famille  des  méliacées.  (J.  ) 

SAINSSOUFÉ.  {Omith.)  On  lit,  dans  le  Nouveau  voyage 
autour  du  monde  de  F.  Pages,  tome  2,  page  075,  que  les 
Mexicains  font  avec  des  plumes,  arrachées  aux  oiseaux  morts 
avec  de  fines  pincettes,  et  attachées,  avec  une  colle  très- dé- 
liée, au  vélin,  au  papier  ou  sur  la  toile,  des  tableaux  si  par^p 
faits,  qu'on  les  prend  pour  de  véritables  peintures,  et  que, 
parmi  les  oiseaux  qui  Iburnissent  ces  belles  couleurs ,  le  sans- 
soufé  ou  sans -soudé  (cinq  cents  voix)  tient  le  premier  rang, 
(Ch.  D.) 

SANSUN.  {Ichthjol.)  Nom  spécifique  d'un  Caranx.  Voyez 
ce  inot.  (H.  C. ) 

SANT.  {Bot.)  Voyez  IIorg  ,  Schack.  (J.) 

SANTA  CATHERINA.  {Omith.)  Voyez  Durballa.  (Ch.  D.) 

SANTA  MARIA.  {Omilh.)  L'oiseau  décrit  par  Cettî ,  p.  99  , 
sous  le  nom  d'ucce/Zo  santa  Maria,  est  le  martin  -  pêcheur 
commun,  alcedo  ispida,  Linn.  (Ch.  D.) 

SANTAE-.  {Bot.)  Ce  nom  désigne  trois  sortes  de  bois  qu'on 
apporte  des  Indes.  Le  santal  blanc  est  produit  par  le  santa- 
lum  album,  Linn.  (voyez  Santai.in);  le  santal  rouge  est  donné 
par  le  pterocarpus  santaUnus,  Linn.  (voyez  PrÉROCARrE);  le 
santal  citrin ,  qui  paroit  être  le  cœur  du  santalum  album, 
Linn.,  déjà  cité. 

Il  y  a  encore  le  faux  santal  :  c'est  l'écorce  de  l'aralia  racc- 
inosa,  qu'on  substitue  au  vrai  santal  ou  santal  blanc  dans 
l'Inde.  (Lem.) 

SANTALACEES.  (Bo/.)  Cette  famille  de  plantes,  établie 
par  M.  Brown  dans  son  Prodromusjlorœ  iVovdf  Hollandiœ,  doit 
faire -partie  de  la  classe  des  péri -staminées  ou  dicotylédones 


SAN  285 

apétales,  à  ëtarnhies  insérées  au  calice.  Ell^  est  formée  de 
plusieurs  genres  auparavant  confondus  dans  la  famille  des 
éléagnées,  maintenant  subdivisée  en  éléagnées,  myrobolanées, 
osyridées  et  santalacées.  Les  motifs  qui  ont  déterminé  celte 
division  sont  consignés  dans  les  articles  des  trois  premières 
de  ces  familles,  déjtà  mentionnées  dans  ce  recueil,  et  princi- 
palement dans  celui  des  osyridées,  auquel  on  renvoie  pour 
éviter  des  répétitions.  Les  santalacées  tirent  leur  nom  du  San- 
talum  ,  genre  décrit  auparavant  comme  polypétale  et  placé 
dans  une  famille  éloignée,  mais  reconnu  plus  récemment 
apétale  et  ramené  parmi  les  péri-staminées.  Le  caractère  géné- 
ral de  cette  famille,  rédigé  par  l'auteur,  est  composé  de  la 
réunion  des  suivans. 

Un  calice  supère,  adhérant  à  l'ovaire  qu'il  déborde  par 
•son  limbe,  à  quatre  ou  cinq  divisions,  valvaires  dans  la  pré- 
floraison, au  bas  desquelles  sont  insérées  autant  d'étamines  à 
filets  distincts  et  à  anthères  biloculaires.  Corolle  nulle.  Ovaire 
simple,  supère  non  adhérent,  uniloculaire ,  contenant  un 
ou  deux  ovules  pendans  au  sommet  du  placentaire  central, 
et  surmonté  d'un  seul  style  terminé  par  un  stigmate  ordinaire- 
ment lobé.  Le  fruit  est  une  petite  noix  nue  ou  revêtue  d'un 
brou  ,  ordinairement  monosperme  par  suite  d'avortement. 
L'embryon  cylindrique  ,  dicotylédon  ,  à  radicule  montante , 
occupe  le  centre  d'un  périsperme  charnu.  Les  tiges  sont  li- 
gneuses, plus  ou  moins  élevées,  souvent  très -basses,  rare- 
ment herbacées.  Les  feuilles,  alternes  ou  presque  opposées, 
sont  simples,  souvent  très  -  petites  ,  en  forme  d'écailies.  Les 
fleurs  sont  petites,  axillaires  au  terminales,  solitaires,  ou  en 
épi  ,  ou  en  ombelle. 

Les  genres  rapportés  à  cette  famille  par  M.  Brown  sont  le 
Q uinchamalium ,  le  Thesium ,  leLeptomeria  et  le  Choretrum  de  cet 
auteur;  le  Fusanus,  nommé  Colpoon  par  Bergius;  le  Santalum, 
dont  le  Sirinm  est  congénère.  Il  place  à  la  suite  ,  mais  avec 
doute,  son  Anthobolus  eiVExocarptis  de  M.  Lablllardière.  M. 
■Kunth  y  joint  le  Cervantesia  de  la  Flore  du  Pérou.  Ces  trois 
genres  ont,  comme  les  santalacées,  un  embryon  renversé,  à 
radicule  montante,  renfermé  dans  Taxe  d'un  périsperme: 
mais  ils  diffèrent  principalement  par  l'ovaire  ,  qui  est  libre, 
ejitièrement  dégagé  du  calice ,  et  ils  pourroient  donner  lieu 


^86  SAN 

à  la  formation  dune  nouvelle  famille  voisine  ,  dont  les 
éléagnées  ,  qui  ont  aussi  l'ovaire  libre  ,  seroient  distin- 
guées par  l'embryon  à  radicule  descendante  et  l'absence  du 
'périsperme. 

Outre  les  genres  rapportés  plus  haut  à  ces  deux  familles, 
on  trouve  encore  dans  la  même  section  primitive  VOsjris  et 
leisyssa,  qui  ont  de  l'atHnité  avec  les  santalacées  par  leur 
ovaire  adhérent,  leur  embryon  périsperme  et  à  radicule  mon- 
tante ,  l'insertion  périgyne  des  étamines  et  l'absence  de  la 
corolle.  ]\Iais  VOsjris  a  les  fleurs  dioïques ,  un  calice  trifide 
et  chargé  seulement  de  trois  étamines;  un  ovaire  unilocu- 
laire ,  contenant  trois  ovules;  le  fruit  monosperme  par  avor- 
lement;  l'embryon  s'écartantde  l'axe  du  périsperme,  suivant 
l'observation  de  M.  Gœrtner  fils.  Ces  différences  ont  motivé  pro- 
bablement l'omission  de  ce  genre  dans  les  santalacées  par  M. 
Brown.  Dans  Tintention  d'attirer  sur  lui  l'attention  des  bota- 
nistes, nous  avons  présenté  quelques  vues  sur  une  famille  à 
faire  sous  le  nom  d'OsYRioÉEs  (voyez  ce  mot) ,  à  laquelle  on 
pourroit  associer  le  Njssa,  ayant  beaucoup  d'affinité  avec  les 
santalacées,  mais  un  peu  diff'érent,  selon  M.  Brown  ,  probable- 
ment à  cause  de  ses  fleurs  polygames,  qui  le  rapprochent  de 
ÏOsjris.  Si  quelque  observateur  s'ojccupe  de  ces  genres  ,  on  lui 
proposera  de  voir  si  le  Pjrularia  de  Michaux,  le  Nannodea  de 
33anks  et  de  M.  Gasrtner  fils,  VOctariitum  de  Loureiro,  ont 
avec  eux  quelque  afiînité,  et  de  déterminer  aussi  celle  que 
peut  avoir  le  Mioschilos  de  la  Flore  du  Pérou  avec  les  véri- 
tables éléagnées.  Enfin  ,  en  reconnoissant  que  le  conocarpus 
racemosa  de  Linnœus  ou  laguncularia àeM.  Gœrtner  fils  appar- 
tient aux  myrobolanées  et  sert  de  transition  entre  elles  et 
les  combretacées,  il  conviendra  de  vérifier  si  le  conocarpus 
erecta,  très-diS"érent  par  son  port  et  par  d'autres  caractères, 
devra  être  séparé  et  devenir  peut-être  le  type  d'une  nou- 
velle famille.  (J.) 

SANTALIN,  Santalum.  (Bol.)  Genre  de  plantes  dicotylé- 
dones, a.  fleurs  incomplètes,  de  la  famille  des  onagres,  Juss., 
{santalacées,  Rob.  Brown),  de  la  tétrandrie  monogjnie  de  Lin- 
nseus,  offrant  pour  caractère  essentiel  :  Un  calice  persistant, 
urcéolé,  à  quatre  divisions;  point  de  corolle  ?  quatre  écailles  à 
l'orifice  du  calice;  quatre  étamines  insérées  sur  le  calice;  ua 


SAN  28f 

ovaire  inférieur,-  un  style;  un  stigmate  à  trois  lobes;  une  baie 
il  trois  loges,  couronnée  par  les  divisions  du  calice. 

Sous  les  noms  de  santalum  et  de  sirium ,  Linné  avoit  établi 
deux  genres,  que  M.  de  Lamarck  croît  non -seulement  de- 
voir être  réunis  en  un  seul ,  mais  même  appartenir  à  la  même 
plante,  à  laquelle  il  a  conservé  le  nom  de  sirium.  La  diffé- 
rence qui  existoit,  selon  Linné,  entre  le  sirium  et  le  santa- 
lum,  consistoit  en  ce  que,  dans  ce  dernier,  la  fleur,  outre 
quatre  écailles  alternes  avec  les  divisions  du  calice,  avoit 
encore  uue  corolle  fort  petite,  insérée  sur  les  divisions  du 
calice.  M.  de  Lamarck  n'admet  point  l'existence  de  cette 
corolle,  et  comme  d'ailleurs  les  caractères  sont  les  mêmes 
dans  les  deux  genres,  il  s'ensuit  que  la  même  plante  a  été 
décrite  sous  deux  noms  différens. 

Je  suis  très-porté  à  croire  que  ces  deux  botanistes  ont  vé- 
ritablement observé  ce  qu'ils  annoncent  l'un  et  l'autre,  et 
quoique  leurs  opinions  paroissent  contradictoires  ,  qu'elles 
ont  cependant  la  vérité  pour  base.  Des  observations  que  j'ai 
faites,  il  y  a  très -longtemps,  sur  le  calice  et  la  corolle,  me 
paroissent  justifier  celle  de  ces  deux  savans.  Il  existe  un  grand 
nombre  de  plantes,  qui,  privées  de  corolle  en  apparence, 
ont  souvent  un  calice  fort  épais  ,  coloré  surtout  en  dedans 
et  même  à  ses  bords,  et  dont  les  divisions  ,  minces  à  leur 
contour,  sont  beaucoup  plus  épaisses  et  vertes  dans  leur  mi- 
lieu, comme  on  peut  le  remarxjuer  dans  beaucoup  d'espèce^ 
de  polygonum ,  etc. 

S'il  étoit  possible  d'enlever  cette  pellicule  intérieure,  co- 
lorée, qui  déborde  les  folioles  du  calice,  pourroit-on  ne  pas 
y  reconnoitre  une  véritable  corolle,  faisant  corps  avec  le  ca- 
lice, et  qui,  quelquefois,  peut  exister  sans  être  soudée  avec 
le  calice.  Dans  ce  cas,  nous  aurons  le  santalum  et  le  sirium, 
qui  sera  parfaitement  la  même  plante,  l'une  avec  la  corolle 
libre ,  l'autre  avec  cette  même  corolle  faisant  corps  avec  le 
calice. 

Remarquons  de  plus  que,  d'après  Linné,  les  pétales,  dans 
le  santalum ,  sont  appliqués  sur  les  divisions  du  calice  et  non 
alternes  :  ce  qui  confirme  ce  que  j'ai  dit  plus  haut. 

S.vNTALm  A  FEUILLES  DE  MYRTE:  Santalum  mjrtifoUum,  Enc. , 
Lapik.  ,  m.  gen.,  tab.  74;  Santalum  alhum,    Linn. ,    S^st.;  Si- 


288  SAI^ 

rium  myrtifolium ,  Linu. ,  Mant.  •  Roxb.  ,  Corom.,  i  ,  inLi.  2; 
Breyn.,  Icon.,  94,  tab.  5,  fig.  1  ;  Sanlalum  album,  Rumph  , 
Amb.,  2  ,  lab.  1 1.  Arbre  qui  a  l'aspect  d'un  myrte  et  dont  les 
tiges  se  divisent  en  rameaux  étalés,  roides,  glabres,  droits, 
presque  cylindriques,  articulés.  Les  feuilles  sont  opposées, 
pétiolécs,  tendres,  lancéolées,  glabres,  entières,  vertes  en 
dessus,  glabres  en  dessous,  rétrécies  et  un  peu  obtuses  à 
leurs  deux  extrémités,  assez  larges,  longues  d'environ  deux 
pouces.  Les  fleurs  sont  petites,  axillaires  ;  elles  forment  une 
sorte  de  tige  à  l'extrémité  d'un  pédoncule  commun,  beau- 
coup plus  court  que  les  feuilles  ,  médiocrement  ramifié.  Le 
calice  est  glabre,  entier,  à  quatre  dents  aiguës  ,  aussi  lon- 
gues que  le  tube,  muni  à  son  orifice  de  quatre  écailles  un 
peu  épaisses,  barbues,  alternes  avec  les  dents  du  calice; 
l'ovaire  est  ovale  ,  couronné  par  un  disque  convexe ,  sur- 
monté d'un  style  filiforme  ,  de  la  longueur  des  étamines  ,  ter- 
miné par  un  stigmate  k  trois  lobes,  courts  et  obtus.  Le  fruit 
est  une  baie  ovale,  à  trois  loges,  couronnée  par  les  dents 
du  calice.  Cette  plante  croît  dans  les  Indes  orientales. 

Le  bois  de  cet  arbre  est  connu  dans  le  commerce  sous 
le  nom  de  santal  blanc.  11  est  pesant,  solide,  d'une  couleur 
pâle  ,  médiocrement  odorant;  il  se  fend  difîicilement.  On  lui 
préfère,  pour  les  parfums,  le  santal  citrin,  qui  appartient 
à  une  autre  plante,  et  le  santal  rouge.  On  nous  l'apporte  de 
File  de  Timor  et  de  Solor.  (Poir.) 

SANTALINE.  {Chim.  )  Principe  immédiat  du  bois  de  santal 
Tou^e  {pterocarpus  santalinus) ,  obtenu  par  M.  Pelletier  en  trai- 
tant ce  bois,  réduit  en  morceaux  minces,  par  l'alcool  bouil- 
lant et  en  faisant  évaporer  la  solution  à  siccité. 

Propriétés. 

La  sanlaline  est  solide,  rouge. 

Elle  se  fond  environ  à  loo*^. 

Elle  n'est  que  très-peu  soluble  dans  l'eau ,  même  à  ehaud. 

Elle  se  dissout  bien  dans  Falcool,  Péther  hydra tique,  dans 
l'acide  acétique,  dans  les  solutions  alcalines  de  potasse,  de 
soude  et  d'ammoniaque. 

Les  huiles  volatiles  de  lavande  ,  de  romarin  ,  dissolvent 
une  petite  quantité  de  sanfaline. 


SAN  289 

Les  huiles  grasses  ne  la  dissolvent  pas. 

La  solution  alcoolique  précipite  l'hydrochlorate  d'étain  eu 
une  laque  d'un  beau  pourpre,  elles  sels  de  plomb  en  une 
Jaque  violette. 

La  solution  acétique  est  très  -  astringente  ,  elle  précipite  la 
gélatine. 

Le  chlore  la  détruit;  il  la  convertit  en  une  matière  rési- 
neuse jaune,  retenant  de  l'acide  hydrochlorique. 

L'acide  sulfurique  concentré  la  réduit  en  charbon. 

L'acide  nitrique  la  dissout,  la  décompose  en  matière  jaune 
amère,  en  acide  oxalique,  etc. 

Elle  se  décompose  à  la  distillation,  en  donnant  les  produits 
des  matières  résineuses  non  azotées.  (Ch.) 

SANTALOIDES  de  Linnaeus,  (Bot.)  C'est  le  connarus  sarf 
taloides  de  Vahl ,  et  le  kalavel  d'Adanson.  (Lem.) 

SANTALUM.  (Bot.)  Voyez  Santaun.  (Lem.) 

SANTAN.  (Bot.)  Nom  japonois  du  lilium  pomponium,  sui- 
vant Kaempfer.  (J.) 

SANTÉ.  (Crust.)  Les  crevettes  de  mer  ou  salicoques  sont 
ainsi  nommées  dans  les  environs  de  Saintes,  selon  M.  Bosc. 
C'est  notre  palaemon  squille.  (Desm.) 

SANTENU.  {Bot.)  Nom  brame  du  pala  du  Malabar,  alsto- 
nîa  de  M.  Rob.  Brovvn ,  genre  de  la  famille  des  apocinées 
(J.) 

SANTIA.  {Bol.)  Ce  genre  de  graminées,  fait  par  M.  Savi, 
est  le  même  que  le  poljpogon  de  M.  Desfontaines.  (J.  ) 

SANTILITE.  {Min.)  Nouveau  nom  donné,  sans  motif  et  sans 
autorité,  à  une  variété  de  quarz  hyalithe  qui  ne  mérite  aucun 
nom  spécial ,  et  qui  a  cependant  déjà  reçu  les  noms  de  fîorite , 
d'amiatite ,  etc.  On  a  prétendu  dédier  cette  variété  au  doc- 
teur Santi,  dePise,  qui  paroît  avoir  fait  connoître  le  premier 
les  exemples  de  ce  quarz,  qu'on  rencontre  en  Toscane.  Voyez 
Quarz.  (B.) 

SANTOLINE,  Santolina.  {Bot.)  Ce  genre  de  plantes  ap- 
partient à  l'ordre  des  Synanthérées ,  à  notre  tribu  naturelle 
des  Anthémidées,  à  la  section  des  Anthémidées-Prototypes, 
et  au  groupe  des  Santolinées  ,  dans  lequel  nous  l'avons  placé 
entre  les  deux  genres  Diotis  et  Lasiospermum.  (Voyez  notre 
tableau  des  AjsTHéMiDÉEs,  tom.  XXIX,  pag.  179.) 
47'  39 


ago  SAN 

Voici  les  caractères  génériques  du  Santolina,  tels  que  nou5 
les  avons  observés  sur  plusieurs  espèces  de  ce  genre. 

Calathide  subglobuleuse  ,  incouronnée,  équaliflore  ,  multi- 
flore,  régulariflore  ,  androgyniflore.  Péricline  convexe  ou 
subhémisphérique,  inférieur  aux  fleurs;  formé  de  squames 
paucisériées,  irrégulièrement  imbriquées,  appliquées,  ovales, 
oblongues,  ou  lancéolées,  coriaces,  la  plupart  munies  d'une 
bordure  scarieuse.  Clinanthe  large,  convexe  ou  presque  hé- 
misphérique ,  garni  de  squamelles  inférieures  aux  fleurs, 
demi-embrassantes  ,  oblongues,  comme  tronquées  au  sommet, 
suhcoriaces.  Ovaires  oblongs,  épaissis  de  bas  en  haut,  angu- 
leux, sublétragones,  glabres,  ayant  Taréoleapicilaire  oblique- 
antérieure  ;  aigrette  nulle.  Corolles  à  tube  long,  tiès-arqué 
en  dehors,  ayant  la  base  un  peu  rabattue  ou  prolongée  in- 
férieurement  en  un  petit  anneau  qui  ceint  le  sommet  de 
l'ovaire;  limbe  à  cinq  divisions  portant  chacune,  derrière 
le  sommet,  une  énorme  bosse  calleuse,  ou  corne  courte, 
épaisse  ,  arrondie. 

Nous  avons  remarqué  que ,  dans  la  Sanlolina  chamcpcyparis- 
sus,  les  fleurs  extérieures  ou  marginales  avoient  souvent  la  co- 
rolle à  quatre  divisions  et  les  étaminesdemi-avortées:  mais  cela 
n'est  qu'accidentel.  Dans  la  Santolina  rosmarinifolia  les  filets 
des  étamines  sont  laminés  ,  très-larges  et  même  un  peu  co- 
héreus. 

On  connoit  une  douzaine  d'espèces  de  Santolines  ;  mais  il 
suffit  de  décrire  ici  celle  qui  est  le  type  du  genre  ,  et  qu'on 
cultive  dans  quelques  jardins. 

Santoune  petit-cyprès  :  Santolina  chamœcj'parissus ,  Linn., 
Sp.  pi. ,  pag.  1 179  ;  Willd.  ,  Sp.  pi. ,  tom.  3  ,  pag.  1797  ;  San- 
tolina incana ,  Lam.  et  Decand. ,  Flore  franc.  ,  tom.  /\ ,  p.  200. 
C'est  un  petit  arbuste  en  touffe  ou  buisson,  dont  la  racine 
produit  plusieurs  tiges  ligneuses,  grêles,  hautes  d'environ  un 
pied  et  demi,  ram.euses  ,  cylindriques,  cotonneuses,  blan- 
châtres ;  ses  feuilles  sont  nombreuses  ,  persistantes ,  coton- 
neuses ,  presque  tétragones,  étant  formées  d'un  axe  nu  à  sa 
base,  garni  du  reste  de  quatre  rangées  de  dents  obtuses;  les 
calathides  ,  composées  de  fleurs  jaunes,  sont  solitaires  au 
sommet  de  pédoncules  terminaux,  presque  nus;  leur  péri- 
cline est  pubescent. 


SAN  :29i 

Cette  plante,  connue  sous  les  noms  de  Garderohe,  Citron- 
nelle, Auronne  femelle,  Petit-Cyprès^  se  trouve  sur  les  col- 
lines sèches  rlu  [.angiiedoc  et  de  la  Provence,  où  elle  fleurit 
en  Juillet  et  Août.  On  la  cultive  dans  quelques  jardins,  soit 
cornme  plante  d'ornement,  soit  à  raison  des  propriétés  éco- 
nomiques et  médicinales  qu'on  lui  attribue:  son  odeur  forte 
éloigne  ,  dit-on  ,  les  teignes  et  les  vers  des  vétemens  de  laine; 
ses  feuilles,  acres  et  amères  ,  passent  pour  être  stomachiques, 
vermifuges,  diaphorétiques ,  diurétiques,  etc.  On  la  multi- 
plie de  marcottes  et  de  boutures,  mais  elle  craint  la  gelée  et 
doit  être  placée  à  l'exposition  la  plus  chaude,  ou  même  abritée 
durant  l'hiver. 

Le  groupe  des  Santolinées  comprend  les  Anthémidées  à 
clinanlhe  garni  de  squamelles  et  à  calathide  non  radiée. 
Dans  notre  tableau  des  Anthémidées  (tom.  XXIX,  pag.  179) 
ce  groupe  étoit  composé  des  sept  genres  Hjmenolepis ,  Atlia- 
nasia  ,  Lonas  ,  Diotis  ,  Santolina  ,  Lasiospermum  ,  Anacyclus  : 
mais,  ayant  subi  quelques  changemens  depuis  la  publicatioa 
de  ce  tableau  ,  il  se  trouve  aujourd'hui  composé  des  dix 
genres  Hjmenolepis ,  Athanasia ,  Lonas,  Morysia,  Diotis,  San- 
tolina ,  ISablonium ,  Lyonnetia ,  Lasiospermum  ,  Marcelia,  Le  vrai 
genre  Anacyclus ,  ayant  la  calathide  ordinairement  radiée , 
est  éliminé  du  groupe  des  Santolinées,  et  placé  à  la  tête  du 
groupe  des  Anthémidées- Prototypes  vraies,  immédiatement 
avant  V Anthémis ,  en  sorte  qu'il  se  trouve  à  la  suite  du  Mar- 
celia, qui  termine  les  Santolinées.  (H.  Cass.) 

SANTOLINOÏDES.  {Bot.)  Ce  genre  de  plantes,  fait  par 
Michéli,  est  la  santolina  alpina  de  Linngeus.  Vaillant  donnoit 
le  même  nom  au  genre  qui  est  maintenant  V  Anacyclus  de 
Linnœus  ,  voisin  de  la  santoline  et  de  la  camomille,  anthenis. 
Il  a  été  encore  donné,  par  un  autre,  aux  espèces  de  santoline 
herbacées.  (  J.  ) 

SANTONICUM.  (Bot.)  Deux  espèces  de  santoline  {santolina 
squarrosa  et  chamiecyparissus ,  Linn.  )  sont  désignées  sous  ce 
nom  par  Valerius  Cordus.  (Lem.) 

SANTOR.  {Ichthyol.)  Nom  danois  du  Sandat.  Voyez  ce 
mot.  (H.  C.) 

SAN-TSl.  {Bot.)  Plante  de  la  Chine,  citée  dans  le  petit 
Recueil  des  voyages,  plus  estimée  que  le  ginseng  par  les  mé~ 


292  SAN 

decins  chinois ,  qui  l'emploient  pour  toutes  les  pertes  de  sang» 
(J.) 

SANVx\LT.  (  Bot.  )  Nom  brame  du  pœru  du  Malabar  , 
espèce  de  doHc,  dolichos  catiang.  (J.) 

SANVITALIE,  Sanvitalia.  {Bot.)  Ce  genre  de  plantes, 
établi  en  1792,  par  M.  de  Lamarck  ,  dans  le  Journal  d'his- 
toire naturelle  (tom.  3,  pag.  176),  appartient  à  l'ordre  dea 
Synanthérëes ,  à  la  tribu  naturelle  des  Hélianthées,  et  à  notre 
section  des  Hélianthées-Prototypes.  Voici  ses  caractères  ,  tels 
que  nous  les  avons  observés  sur  des  individus  vivans  ,  cul- 
tivés au  Jardin   du  Roi. 

Calathide  radiée  :  disque  multiflore,  régulariflore,  andro- 
gyniflore  ;  couronne  unisériée  ,  liguliflore  ,  féminiflore.  Péri- 
cline  à  peu  prés  égal  aux  fleurs  du  disque,  irrégulier;  formé 
de  squames  subbisériées  ou  paucisériées ,  inégales,  imbriquées, 
appliquées  :  les  extérieures  plus  courtes ,  mais  surmontées 
d'un  grand  appendice  étalé,  foliacé;  les  intétieures  obovales, 
tantôt  surmontées  d'une  petite  pointe  ,  tantôt  absolument 
privées  d'appendice.  Clinanthe  conique  ,  élevé  ,  garni  de 
squamelles  inférieures  aux  fleurs,  demi- embrassantes  ,  ob- 
longues,  submembraneuses.  Fleurs  du  disque:  Ovaire  des  fleurs 
extérieures  comprimé  bilatéralement ,  obovale-oblong,  à  ai- 
grette nulle  ,  à  surface  régulièrement  cannelée  par  de  nom- 
breuses côtes  longitudinales,  parallèles,  tuberculées  ou  hé- 
rissées de  gros  poils  courts  papilliformes  ;  ovaire  des  fleurs 
intérieures  privé  de  côtes  et  de  tubercules  ,  mais  pourvu 
d'une  bordure  aliforme  sur  ses  deux  arêtes  ,  et  portant  une 
aigrette  de  deux  petites  squamellules  inégales  ,  courtes  , 
grêles,  filiformes,  nues.  Corolle  articulée  sur  l'ovaire,  à  tube 
aussi  large  que  le  limbe,  cylindracé ,  vert,  hérissé  de  longs 
poils  subulés ,  charnus  ;  limbe  plus  long  que  le  tube  ,  cylin- 
dracé ,  coloré  (rouge-brun  ) ,  glabre  ,  à  divisions  étalées,  semi- 
ovales,  un  peu  papillées  sur  la  face  intérieure.  Étamines  à 
filet  greffé  à  la  partie  inférieure  seulement  du  tube  de  la 
corolle;  anthère  noirâtre,  munie  d'un  appendice  apicilaire 
cordiforme  ,  et  de  deux  appendices  basilaires  courts ,  polli- 
nifères  ,  libres  entre  eux,  mais  greffés  avec  ceux  des  anthères 
voisines.  Style  à  deux  stigraatophores  divergens,  arqués  en 
dehors,  demi-cylindriques p  ayant  la  face  extérieure  convexe; 


SAN  293 

Mabriuscule ,  la  face  intérieure  plane,  stigmalique  ,  unie, 
comme  veloutée  ,  sans  bourrelets,  ni  papilles  sensibles  ,  et  le 
sommet  surmonté  d'un  appendice  semi-conique,  très-court, 
à  base  large,  à  face  externe  hérissée  de  collecteurs  piliformes. 
Fleurs  de  la  couronne:  Ovaire  triquétre  ,  portant  une  aigrette 
de  trois  sqnamellules  (deux  latérales,  une  intérieure),  abso- 
lument continues  a  l'ovaire,  étalées,  épaisses,  subtriquètres, 
lisses,  spinifornies.  Corolle  parfaitement  continue  à  l'ovaire, 
à  tube  nul,  à  languette  subcordiforme. 

On  ne  connoit  qu'une  seule  espèce  de  ce  genre. 

Sanvitalie  COUCHÉE  :  Sanvitalia  procumbens ,  Lam.  ,  Journ. 
d'hist.  nat. ,  tom.  2,  pag.  176;  lllustr.  gêner.,  tab.  686;  San- 
vitalia  villusa  ,  C  van. ,  Icon.  et  descr.  pi.  ,  tom.  4,  pag.  3o-, 
Lorentea  atropurpurea  ,  Orteg.  ,  Decad.  4.  C'est  une  plante 
mexicaine ,  herbacée  ,  annuelle  ,  à  tige  étalée  ,  diffuse  ou 
couchée,  rameuse,  brune,  à  feuilles  opposées,  pétiolées, 
ovales,  pointues,  très-entières  ou  dentées,  trinervées,  ve- 
lues, d'un  vert  sombre,  à  calathides  solitaires,  pédonculées 
ou  sessiles,  terminales  et  axillaires,  ayant  la  couronne  d'un 
beau  jaune  doré  et  le  disque  brun. 

Cette  plante  ayant  été  envoyée  par  M.  Gualteri  au  Jardin 
botanique  de  Paris,  M.  de  Lamarck  la  décrivit,  en  1792, 
dans  le  Journal  d'histoire  naturelle  ,  comme  un  nouveau 
genre  ,  sous  le  nom  de  Sanvitalia ,  qui  probablement  lui  avoit 
été  donné  par  M.  Gualteri,  et  qui,  selon  Ventenat  (Tabl.  du 
règne  vég. ,  tom.  2  ,  pag.  629)  ,  désigne  une  famille  de  Parme. 
Quelques  années  après,  M.  de  Lamarck  inséra  dans  ses  Illus- 
trationes  generum  une  ligure  delà  même  plante,  qui  pendant 
ce  temps  là  fleurissoit  dans  le  Jardin  de  Madrid,  où  Cava- 
nilles  la  décrivoit  comme  un  nouveau  genre.  Mais  avant  de 
publier  sa  description  ,  ce  botaniste  ayant  vu  sa  plante  figurée 
dans  les  Illustrationes  de  M.  de  Lamarck,  sous  le  nom  de  San- 
vitalia ,  adopta  ce  nom  générique  dans  le  4.''  volume  de  ses 
Icônes  et  descriptiones ,  publié  en  1797.  Cependant,  comme  les 
figures  des  Illustrationes  ne  portent  que  des  noms  génériques, 
sans  dénominations  spécifiques,  et  comme  Cavanilles  ne  con- 
noissoit  point  le  Journal  d'histoire  naturelle  ,  il  nomma  la 
plante  Sanvitalia  villosa  au  lieu  de  Sanvitalia  procumbens  ,  et  il 
proclama  hautement  que     si  M    de  Lamarck  étoit  l'auteur 


^94  SAN 

du  nom  générique ,  lui  Cavanilles  ëtoit  l'auteur  du  caractère 
du  genre  et  de  sa  description,  ajoutant  que  sa  figure  du  San- 
vilalia.  dessinée  sur  un  individu  vivant,  étoit  plus  complète 
que  celle  de  M.  de  Lamarck.  Dans  le  même  temps  Orlega  pu- 
blioit  la  même  plante  ,  comme  un  nouveau  genre  ,  sous  le  nom 
de  Lo7-entea  atropurpurea ,  dan&  sa  4.*  décade,  qui  a  paru  en  1797. 

Il  résulte  de  cet  exposé  historique  ou  chronologique,  que 
M.  de  Lamarck  doit  être  considéré  comme  le  véritable  au- 
teur du  genre  dont  il  s'agit,  et  que  la  plante  qui  le  constitue 
doit  conserver  son  premier  nom  ,  générique  et  spécifique,  de 
San\>ifaUa  procumbens. 

Les  caractères  génériques  du  Sanvitalia,  tels  que  nous  les 
avons  tracés  dans  cet  article  d'après  nos  propres  observa- 
tions .  offrent  plusieurs  particularités  fort  remarquables.  Les 
ovaires  d'une  même  calathide  se  présentent,  suivant  leur  si- 
tuation ,  sous  trois  formes  très-différentes  :  ceux  de  la  cou- 
ronne sont  triqu^tres  et  portent  une  aigrette  de  trois  squa- 
mellulesspiniformes,  d'où  résulte  une  analogie  apparente  avec 
notre  Pinardia  {  tom.  XLI,  pag.  40);  les  ovaires  extérieurs 
du  disque  sont  comprimés,  privés  d'aigrette  ,  et  régulière- 
ment cannelés  ,  comme  ceux  des  Flaveria  et  Broiera;  les  ovaires 
intérieurs,  comparables  à  ceux  du  Ximenesia,  ne  sont  point 
cannelés,  mais  bordés  ou  ailés,  et  munis  d'une  aigrette  de 
deux  petites  squamelluies  filiformes  et  nues.  Les  corolles  de 
la  couronne  ne  sont  point  articulées  sur  l'ovaire,  mais  par- 
faitement continues  avec  lui,  comme  celles  des  Zinri;fl,  et  leur 
tube  est  nul.  Les  corolles  du  disque  semblent  avoir  quelque 
analogie  avec  celles  des  Anthémidées.  Les  filets  des  étamines 
ne  sont  greffés  qu'à  la  partie  inférieure  du  tube  de  la  co- 
rolle, comme  dans  les  Anthémidées.  Les  deux  bourrelets  stig- 
matiquessont  entièrement  confluens,  de  manière  à  ne  former 
qu'une  seule  lame  indivise  sur  la  face  intérieure  des  stigma- 
tophores.  Enfin  ,  le  port  et  toutes  les  apparences  extérieures 
attirent  la  Sanvitalie  dans  la  section  des  Rudbéckiées ,  tandis 
que  les  caractères  des  ovaires  intérieurs  du  disque  et  de  leur 
aigrette  la  fixent  dans  la  section  des  Hélianthées-Prototypes. 
Ainsi ,  le  Sanvitalia  est ,  comme  le  Tithonia,  un  genre  ambigu, 
démontrant  l'intime  alliance  qui  existe  entre  ces  deux  sections. 

Ceci  nous  fournit  l'occasion   de  confirmer  une  conjecture 


SAN  29» 

que  nous  avions  émise  (tom.  XXXV,  pag.  278),  en  disant  que 
VHelianthus  tubœformis  de  Jacquin  étoit  probablement  une 
seconde  espèce  de  Tithonia,  et  qu'il  falloit  la  nommer  Tilho- 
nia  tubceformis.  Cette  conjecture  n'étoit  fondée  que  sur  des 
ressemblances  extérieures,  et  sur  une  mauvaise  figure  du  fruit, 
grossièrement  représenté  dans  VHortus  schœnbrunnensis.  Mais, 
plus  récemment,  nous  avons  examiné,  dans  l'herbier  de  M. 
Desfontaines,  un  échantillon  d'He//anf/iu5  tubœformis,  et  en 
le  comparant  à  un  échantillon  de  Tithonia  tagetijlora,  nous 
avons  reconnu  ,  1.°  que,  dans  ces  deux  plantes,  le  pédoncule 
est  épais,  renflé,  fistuleux  ;  2.°  que  la  structure  du  péricline 
est  absolument  semblable  dans  l'une  et  dans  l'autre;  3."  que 
les  squamelles  du  clinanthe  et  les  fleurs  de  la  couronne  offrent 
la  même  analogie;  4.°  que,  dans  ÏHel.  tubœformis ,V aigrette 
est  stéphanoïde,  membraneuse,  très -irrégulièrement  décou- 
pée et  lacérée,  munie  d'une  longue  squamellule  filiforme, 
barbellulée;  5.°  que  dans  cette  même  plante  les  corolles  du 
disque  sont  cylindracées,  à  tube  très-court,  à  base  du  limbe 
velue.  Malheureusement  la  calalhide  que  nous  avons  analysée 
n'étoit  qu'à  moitié  fleurie,  trop  comprimée,  et  ravagée  parles 
insectes,  ce  qui  nous  a  empêché  d'observer  suffisamment  et 
de  décrire  exactement  toutes  ses  parties.  Nous  regrettons  sur- 
tout de  n'avoir  pas  pu  bien  reconnoître  la  forme  tétragone  des 
ovaires,  parce  qu'ils  étoient  trop  jeunes,  entièrement  aplatis 
et  collés  ensemble  ou  avec  les  squamelles,  par  l'action  de  la 
presse.  Quant  au  clinanthe,  il  nous  a  paru  être  plan,  tandis 
que  celui  du  vrai  Tithonia  est  conique  ;  mais  nous  avons  lieu 
de  croire  que  ,  dans  ces  deux  plantes,  l'élévation  du  clinanthe 
ne  se  manifeste  qu'à  une  époque  tardive.  En  résumé,  sauf  la 
forme  du  clinanthe  et  celle  des  ovaires,  qui  restent  plus  ou 
moins  douteuses,  il  y  a  conformité  parfaite  ou  extrême  ana- 
logie dans  tous  les  caractères  génériques  des  deux  plantes  que 
nous  comparons.  Peut-on  encore  hésiter  à  rapporter  l'HeZian.- 
ihus  tubœformis  au  genre  Tithonia?  (H.  Cass.  ) 

SANZENELAHÉ ,  SANZENÉ  VAUÉ.  (Bot.)  A  Madagascar 
on  nomme  ainsi,  selon  Flacourt,  un  bois  qui  a  une  forte 
odeur  de  cumin  et  dont  les  fleurs  sont  très- recherchées  par 
les  abeilles.  Leshabitans  emploient  ce  bois  comme  vulnéraire 
et  fébrifuge.  (J.) 


«96  SAO 

SAOGOUK.  (Ornilh.)  On  appelle  ainsi,  en  Norwége ,  le 
torcol  ,  yunx  torquilla,  Linn.  (Ch.  D.) 

SAOÙACOU.  (Ornith.)  Voyez  Savacou.  (Ch.  D.  ) 

SAOUARI.  (Bot.)  Le  genre  de  ce  nom,  fait  par  Aublet, 
a  été  depuis  long-temps  réuni  par  nous  au  pekea  du  même 
auteur.  C'est  le  même  que  le  rhizobolus  de  Gœrtner,  et  plus 
récemment  on  a  reconnu  que  c'est  encore  le  caryocar  de  Lin- 
nasus.  (J.) 

SAOUBIA.  (Bot.)  Nom  languedocien  de  la  sauge  officinale, 
selon  Gouan.  (J.  ) 

SAOUKENO.  (Ichthjol.)  Sur  le  littoral  languedocien  de 
la  Méditerranée  on  donne  ce  nom  à  la  jeune  dorade.  Voyez 
DoRAnE.  (H.  C.) 

SAOUZE.  (Bot.)  Nom  languedocien,  cité  par  Gouan,  du 
salix  viteUina.  (  J.  ) 

SAP.  (Bot.)  Nom  vulgaire  du  sapin  dans  la  Provence,  sui- 
vant Garidel.  (J.) 

SAPAHAKA-APOLLl.  {Bot.)  Nom  galibi  du  triplaris  ame- 
ricana  d'Aublet,  observé  par  lui  dans  la  Guiane.  (  J.  ) 

SAPAJOU  ou  SAJOU.  [Mamm.)  Erxlebcn  a  fondé,  sous 
le  nom  de  Ce.'bus,  un  genre  particulier  de  singes  du  nouveau 
continent,  auquel  on  a  appliqué  la  dénomination  françoise 
de  Sapajou  ou  de  Sajou.  Ce  genre  des  Sapajous  éloit  caracté- 
risé surtout  par  la  propriété  préhensile  de  la  queue  des  ani- 
maux qu'il  renfermoit,  et  ce  caractère  le  distinguoit  des  cal- 
lithrix  du  même  auteur,  dont  la  queue  est  toujours  lâche  et 
non  prenante.  Le  genre  Sapajou,  ou  Cebus,  se  composoit  donc 
primiiivement  de  singes  que  nous  nommons  maintenant  aloua- 
tes,  atèles  et  sapajous  proprement  dits.  Celui  des  Callithrix 
renfermoit  les  sakis  ,  les  sagouins  et  les  ouistitis. 

Nous  avons  déjà  traité  de  tous  les  callithrix  d'Erxleben  , 
aux  articles  Sagoin  ,  page  9,  Ouistiti,  page  17  ,  et  Saki, 
page  38  de  ce  volume.  Les  précédens  comprennent  l'histoire 
des  Alodates  et  des  Atèles  ,  dans  l'ordre  alphabétique  de 
leurs  noms  ;  conséquemraent  il  ne  nous  reste  plus  à  faire 
connoitre  que  les  sapajous  proprement  dits  pour  terminer 
la  description  des  singes  américains:  c'est  la  tâche  que  nous 
allons  remplir. 

Les  sapajous  sont  des  singes  de  taille  un  peu  au-dessous  de 


SAP  297 

la  moyenne,  qui  sont  gënëralement  connus  sous  le  nom  de 
singes  capucins  ,  et  qu'on  élève  de  préférence  à  tous  autres  , 
à  cause  de  la  douceur  de  leur  caractère  et  du  moins  de  pétu- 
lance de  leurs  mouvemens.  On  les  reconnoît  d'abord  par  la 
forme  ronde  de  leuf  tête,  souvent  couverte  d'une  calotte  de 
poils  plus  foncés  en  couleur  que  ceux  du  reste  du  corps  et 
ensuite  par  leur  longue  queue,  toujours  recourbée  à  l'ex- 
trémité et  en  dessous,  et  formant  ainsi  le  crochet.  Leur 
voix,  qui  est  un  petit  cri,  a  de  la  ressemblance  avec  celle 
d'un  oiseau. 

Comme  tous  les  singes  américains,  ils  ont  les  narines  for* 
écartées  l'une  de  l'autre  et  ils  manquent  de  callosités  et  d'aba- 
joues ;  comme  toutes  les  espèces  frugivores  de  ceux-ci,  ils 
ont  six  molaires  à  chaque  côté  des  mâchoires,  au  lieu  de 
cinq,  qu'on  trouve  dans  tous  les  singes  de  l'ancien  monde  et 
dans  les  espèces  insectivores  de  l'Amérique  méridionale,  telles 
que  les  ouistitis  et  les  tamarins. 

Leur  tête  est  dépourvue  des  crêtes  qui  caractérisent  plusieurs 
genres  de  singes  de  l'ancien  continent  et  les  alouates  parmi 
ceux  du  nouveau;  et  ils  n'ont  pas,  comme  ces  derniers,  le 
crâne  pyramidal ,  la  mâchoire  inférieure  excessivement  haute 
et  le  corps  hyoïde  transformé  en  un  vaste  tambour  osseux  ; 
leur  angle  facial  est  d'environ  soixante  degrés;  leur  museau 
est  court;  leur  front  un  peu  prééminent;  leurs  yeux,  médio- 
crement ouverts,  sont  ceux  d'animaux  diurnes,  et  présentent 
ainsi  quelques  différences  avec  les  yeux  des  sakis,  et  notam- 
ment du  nocthore  douroucouli;  leurs  oreilles  sont  arrondies; 
ils  ont  le  corps  assez  mince  ,  et  leurs  bras  et  jambes  sont  alon- 
gés  ,  mais  beaucoup  moins  que  les  mêmes  parties  dans  les 
atèles,  dont  ils  ne  présentent  pas  l'excessive  maigreur.  Leurs 
mains  des  membres  antérieurs  sont  toujours  complètes,  c'est- 
à-dire  pourvues  d'un  pouce  alongé  et  opposable  aux  autres 
doigts,  lequel  manque  ou  n'est  que  rudimentaire  dans  les 
singes  précédens.  Ils  ont  les  ongles  généralement  courts  et 
demi -convexes. 

Le  caractère  de  la  queue,  longue,  musculeuseet  prenante, 
est,  ainsi  que  nous  l'avons  dit,  commun  aux  atèles  ,  aux 
alouates  et  aux  sapajous;  mais  la  queue  des  sapajous  diffère  de 
celle  des  animaux  des  deux  autres  genres,  en  ce  qu'elle  est 


=98  SAP 

velue  dans  toute  son  étendue  et  non  pourvue  d'une  place  dé- 
nudée et  semblable  à  la  peau  du  dessous  d'un  doigt,  vers  son 
extrémité. 

Le  système  dentaire  des  sapajous  ne  diffère  point  sensible- 
ment de  celui  des  Ateles  ,  des  Alouates  et  des  Sagoins  pro- 
prement DITS,  aux  articles  desquels  nous  renvoyons,  pour 
n'en  pas  répéter  la  description.  Nous  nous  bornerons  à  dire 
ici  que  leurs  quatre  incisives  sont  aplaties  et  que  les  supé- 
rieures ont  plus  de  largeur  que  les  inférieures;  que  leurs  ca- 
nines sont  quelquefois  assez  saillantes  au-dessus  des  autres 
dents  e(  surtout  dans  les  màles;  et  que  leurs  molaires  ,  dont 
la  couronne  est  garnie  de  tubercules  mousses  ,  présentent 
quelques  légères  différences  avec  celles  des  Sakis  (voyez  cet 
article)  et  n'ont  pas  de  pointes  saillantes  comme  celles  des 
ouistitis. 

Le  poil  de  ces  animaux  est  généralement  assez  court,  doux  , 
non  luisant,  et  n'offre  point  les  couleurs  vives  et  variées  qui 
sont  un  attribut  de  celui  des  sagoins.  Ses  teintes  restent  tou- 
jours dans  les  limites  du  brun  plus  ou  moins  foncé  et  du  gris. 

Comme  tous  les  autres  singes  de  l'Amérique  méridionale  , 
c'est-à-dire  des  Guianes ,  du  Para,  du  Brésil  et  du  Paraguay, 
les  sapajous  forment  de  petites  troupes  qui  voyagent  de 
branche  en  branche  sur  les  arbres  des  A'^astes  forêts  des  pays 
que  nous  venons  de  nommer,  vivant  de  fruits,  et  mangeant 
aussi  des  insectes  et  des  œufs  d'oiseaux,  lorsqu'ils  rencontrent 
des  nids. 

Dans  ces  derniers  temps  on  a  beaucoup  multiplié  les  es- 
pèces de  ce  genre  ,  et  nous  soupçonnons  que  plusieurs  d'entre 
elles  ont  été  établies  sans  fondement;  mais ,  comme  nous  n'a- 
vons pas  à  notre  disposition  les  moyens  de  réaliser  notre  con- 
jecture ,  nous  serons  obligés  d'admettre  ici  toutes  celles  qu'on 
a  distinguées. 

Le  Sapajou  robuste,  ou  Mico  brun  {Cebus  robustus,  Desm., 
Mamm. ,  esp.  60) ,  est  une  des  espèces  nouvellement  fondées  par 
le  prince  de  Neuwied  ,  qui  nous  paroissent  le  plus  susceptible 
d'être  admises  définitivement.  C'est  un  singe  dont  la  longueur 
totale  de  la  tête  et  du  corps,  ensemble,  est  d'un  pied  sept  à 
huit  pouces,  et  dont  la  queue  est  longue  d'un  pied  cinq 
pouces.  11  a  la  tête  ronde  et  forte  ,  la  face  brunâtre  ,  les  joues 


SAP  :^9î, 

garnies  de  très-petits  poils  gris,  les  canines  très -fortes  dans 
l'adulte,  les  incisives  égales  entre  elles  aux  deux  mâchoires, 
mais  les  supérieures  d'un  tiers  plus  larges  que  les  inférieures; 
les  poils  du  sommet  de  la  tête  bruns  et  s' avançant  sur  le  front , 
où  ils  forment  un  angle  arrondi;  le  haut  des  tempes  nu  ;  une 
ligne  de  poils  bruns  entourant  la  face  et  se  portant  de  cha- 
que côté  de  la  tache  brune  du  sommet  de  la  tête  jusque  sous 
le  menton,  qui  est  de  la  même  couleur,  à  l'exception  de  sa 
pointe,  où  il  y  a  des  poils  gris;  le  derrière  du  cou  brun  , 
comme  le  vertex  ;  les  épaules ,  les  bras  ,  le  dessous  du  cou  et  la 
poitrine  couverts  de  poils  d'un  jaunâtre  qui  est  plus  clair  sur 
la  face  externe  des  bras  qu'ailleurs;  les  avant-bras,  les  mains 
antérieures,  les  cuisses,  les  jambes  et  les  mains  postérieures 
revêtus  de  poils  d'un  brun  foncé,  dont  la  pointe  est  légère- 
ment dorée  ;  le  dos  brun ,  avec  une  ligne  moyenne  plus  foncée 
principalement  sur  les  lombes  ;  le  dessous  du  cou  et  le  ventre 
d'un  roux  marron  ;  la  queue  dun  brun  cendré. 

Les  femelles  et  les  jeunes  individus  mâles  différent  seule- 
ment des  mâles  adultes  ,  tels  que  celui  que  nous  venons  de 
décrire,  par  une  teinte  plus  claire  des  poils  des  parties  in- 
férieures du  corps. 

Ce  singe,  commun  au  Brésil,  ne  dépasse  pas  le  Rio-Doce 
vers  le  midi. 

Le  Sapajou  sajou  (  Cebus  apella,  Desm. ,  Mamm.,  esp.  Gi  ; 
Simia  appella ,  Linn.;  le  Sajou  brun,  Buff".,  Hist.  nat. ,  tom. 
i5  ,  pi.  4  )  est  l'espèce  la  plus  anciennement  connue  et  celle 
que  l'on  voit  d'ordinaire  en  Europe.  11  n'a  guère  qu'un  pied 
de  long  ,  et  sa  queue  a  un  pied  deux  pouces.  Il  a  la  tête 
ronde;  le  pelage  généralement  brun,  la  plupart  des  poils 
étant  de  cette  couleur  et  ayant  la  pointe  ou  la  dernière  par- 
tie de  leur  longueur  d'un  brun  fauve;  le  dessus  du  front  et 
le  sommet  de  la  tête  d'un  brun  noir  foncé  ;  le  dessus  du  cou 
et  du  dos,  les  lombes,  la  face  supérieure  de  la  queue,  d'un 
bout  à  l'autre,  d'un  brun  noirâtre;  les  côtés  du  corps  ,  le 
dessous  et  les  côtés  de  la  queue ,  les  avant-bras,  les  cuisses  , 
les  jambes  et  les  quatre  pieds  ,  mêlés  de  brun  ,  de  noir  et  de 
jaunâtre  ;  la  partie  externe  des  bras  d'un  brun  mêlé  de  jaunâtre 
moins  clair  que  dans  le  sapajou  robuste;  les  poils  du  tour 
de  la  face  souvent  un  peu  plus  foncés  que  les  autres.  Les 


3oo  SAP 

deux  incisives  intermëdiaires  supérieures  plus  larges,  plus 
plates  et  moins  pointues  que  les  latérales;  les  incisives  infé- 
rieures plus  étroites  et  les  latérales  d'entre  elles  plus  longues 
que  les  intermédiaires. 

Selon  le  prince  Maximilien  de  Neuwied ,  le  sajou  brun  ha- 
bite la  Guiane  françoise  et  la  terre  ferme ,  mais  non  pas  le 
Brésil. 

Les  individus  de  cette  espèce  qu'on  apporte  en  Europe  , 
n'ont  pas  la  pétulance  des  guenons  et  des  macaques,  et  pa- 
rnissent  susceptibles  de  prendre  de  l'attachement  pour  les 
personnes  qui  les  soignent,  et  de  l'aversion  pour  celles  qui 
les  tourmentent.  Leur  adresse  est  extrême  ,  et  dans  tous  leurs 
mouvemens  ils  emploient  leur  queue  ,  tant/St  comme  un  ba- 
lancier pour  conserver  l'équilibre  ,  tantôt  comme  un  crochet, 
comme  une  main  ,  pour  saisir  les  moindres  saillies  qui  peu- 
vent leur  servir  de  points  d'appui.  Depuis  quelques  années, 
on  voit  dans  les  rues  de  Paris  plusieurs  de  ces  animaux  ,  dres- 
sés par  de  jeunes  Savoyards ,  monter  sur  les  façades  des  mai- 
sons, jusqu'au  troisiènie  étage,  pour  recueillir  des  aumônes  , 
en  se  servant  de  leurs  quatre  mains  et  de  leur  queue,  avec 
lesquelles  ils  s'attachent  aux  conduits  des  gouttières,  aux 
rampes  des  croisées,  aux  rainures  qui  séparent  les  pierres  de 
taille,  aux  cordes  des  lanternes,  etc. 

Les  sapajous  sont  lubriques,  et  s'attachent  généralement  à 
des  personnes  de  sexe  opposé  au  leur;  ils  sont  sales  et  fri- 
leux; silencieux  pour  l'or'iinaire,  et  faisant  entendre  seule- 
ment de  temps  à  autre  un  petit  sifflement,  mais  élevant  la 
voix,  qui  devient  glapissante  ,  lorsqu'ils  sont  contrariés  ,  et 
prononçant  alors  d'une  manière  articulée  quelques  syllabes 
tien  distinctes,  telles  que  celles-ci:  pi,  ca ,  rou  .-  pi  ca  rou  , 
etc.  Ils  ont  quelquefois  produit  en  France. 

Sapajou  gris:  l  ebus  griseus  ,Desm.,  Mamra. ,  esp.  62  ;  Sajou 
GRIS  de  BuflTon  ,  Hist.  nat.,  tom.  i5,  pi.  5.  Il  est  de  la  taille 
du  sapajou  sajou.  Son  pelage  est  généralement  d'un  brun 
fauve  mêlé  de  grisâtre  en  dessus,  et  d'un  fauve  clair  en  des- 
sous; le  sommet  de  la  tête  est  noirâtre;  la  face  est  en  par- 
tie brune  et  en  partie  rougeàtre  ;  les  poils  du  tour  du  visage 
sont  d'un  gris  blanchâtre:  il  y  en  a  de  fauves  sur  les  joues, 
et  ceux  du  milieu,  parmi  ces  derniers,  ayant  une  pointe 


SAP  Soi 

noirâtre,  forment  une  petite  bande  de  cette  couleur  de  cha- 
que câté;  le  menton  n'a  pas  de  barbe;  la  face  externe  des 
bras  et  des  cuisses  et  la  première  partie  de  la  queue  sont  du 
même  brun  fauve  mêlé  de  gris,  qui  existe  sur  le  dos;  le  reste 
de  la  queue  eat  d'un  gris  mêlé  de  noirâtre  ;  les  quatre  mains 
sont  noirâtres. 

La  plus  grande  ressemblance  se  fait  remarquer  entre  le 
sajou  brun  et  cette  espèce,  qui  ne  paroit  guère  en  différer 
que  par  la  teinte  plus  grisâtre  de  son  pelage  et  la  couleur 
plus  foncée  de  ses  avant -bras.  Ce  dernier  caractère  la  rap- 
proche de  la  suivante,  avec  laquelle  même  M.  Geoffroy  l'a- 
voit  réunie,  mais  qui  en  diffère  néanmoins  par  la  présence 
d'une  barbe  sous  le  menton  ,  qui  lui  manque  complètement. 

M.  Frédéric  Cuvier  a  décrit  et  figuré  ,  sous  le  nom  de 
sajou  gris  (Mamm.  lith.,  12.*  livraison),  un  jeune  singe  qui 
a  de  la  ressemblance  avec  celui  que  nous  avons  décrit  ci-des- 
sus, d'après  Buffon  ;  mais  qui  s'en  distingue  cependant  par  du 
blanc  sur  le  cou  et  la  poitrine,  sur  le  haut  des  bras  et  sur  la 
face  antérieure  de  l'avant-bras. 

Le  Sapajou  barbu  de  M.  Geoffroy  (  Cehus  larlatus,  Desm. , 
Mamm.,  esp.  63),  décrit  par  Audebert  comme  une  variété 
du  sapajou  saï,  est  encore  de  la  même  taille  que  les  deux  pré- 
cédens,  et  ses  formes  sont  très-semblables  aux  leurs.  Les  ca- 
nines du  mâle  sont  très-grandes  ,  et ,  dans  tous  les  individus 
que  nous  avons  observés,  les  incisives  sont  égales  entre  elles, 
tant  les  supérieures  que  les  inférieures,  mais  les  premières 
sont  beaucoup  plus  larges  que  les  dernières;  la  face  est  nue, 
obscure,  avec  quelques  petits  poils  jaunes,  épare  sur  son  mi- 
lieu ;  les  poils  du  front  et  du  vertex  sont  courts  et  dirigés  en 
arrière,  de  couleur  jaune  de  paille;  ceux  de  Tocciput  sont 
bruns;  les  poils  du  côté  extérieur  des  joues  et  ceux  du  men- 
ton sont  beaucoup  plus  longs  que  les  autres,  touffus,  un  peu 
crépus  ,  et  forment  une  barbe  rousse,  qui  manque  aux  sapa- 
jous bruns  et  gris;  la  poitrine  et  le  ventre  n'ont  que  peu  de 
poils  de  couleur  rousse;  toutes  les  parties  supérieures  sont,  au 
contraire  ,  bien  fournies  de  poils  longs,  moelleux,  d'un  rous- 
sàtre  teint  de  gris  pâle,  ce  qui  est  dû  à  ce  que  chacun  d'eux, 
généralement  de  la  première  couleur,  est  terminé  par  la  se- 
conde; les  extrémités  postérieures  et  la  queue  sont  d'un  roux 


302  SAP 

châtain,  parce  que  le  gris  y  est  moins  abondant  ;  le  poil  du 
dessus  des  mains  est  un  peu  plus  brun  que  celui  des  bras. 
Dans  les  jeunes  individus  le  pelage  est  d'un  gris  jaunâtre  li- 
vide, plus  foncé  en  dessus  qu'en  dessous. 

Un  individu  d'un  blanc  légèrement  lavé  de  jaunâtre,  qui 
paroît  se  rapporter  à  cette  espèce,  avoit  d'abord  et-'  distingué 
par  M.  Geoffroy  sous  le  nom  de  Sapajou  blanc,  Cebus  albits. 
M.  Kuhl  a  aussi  regardé  comme  variété  de  ce  même  singe  un 
sapajou  tout  blanc,  avec  le  dessus  de  la  tête  et  les  patles 
postérieures  teintes  d'un  gris  roussàtre  pâle. 

M.  de  Humboldt  ne  considère  pas  cette  espèce  et  la  précé- 
dente comme  étant  différentes  de  celle  du  sajou  brun. 

Le  Sapajou  ou  Sajou  a  pieds  dorés  (Cebus  chrjsopus,  F. 
Cuv.,  Mamm.  lith.,  5i.^  livraison)  est  un  singe  qui  ne  peut 
être  rapproché  que  du  sapajou  gris,  du  sapajou  barbu,  du 
sapajou  fauve  ou  du  sapajou  ouavapavi.  La  belle  couleur 
dorée  de  ses  quatre  pieds  le  distingue  également  de  tous.  Sa 
tête  est  très-grosse  ;  sa  face  couleur  de  chair,  un  peu  tannée  et 
entourée  d'un  cercle  de  poils  blancs  ;  son  vertex  et  son  occiput 
sont  d'un  brun  grisâtre  ;  la  partie  moyenne  de  son  dos  est  de  la 
même  couleur;  les  côtés  des  épaules  et  ses  flancs  sont  d'un  gris 
jaunâtre  très-doux  à  la  vue  ,  et  les  parties  inférieures  du 
corps  blanches;  sa  queue,  de  la  couleur  du  dos  à  son  ori- 
gine et  en  dessus,  est  terminée  de  blanc.  11  est  de  l'Amérique 
méridionale. 

Sapajou  fauve  :  Cebus  fulvus ,  Desm. ,  Mamm. ,  esp.  67  ;  Cebus 
Jlavus ,  Geoff. ;  Simiaflava,  Schreb. ,  tab.  3i,  B.  Il  est  inter- 
médiaire, pour  la  taille,  au  sapajou  brun  et  au  sapajou  saï. 
Sa  tête  est  assez  petite;  sa  face  nue,  mais  parsemée  de  petits 
poils  grisâtres  très-Hns;  le  vertex  et  l'occiput  sont  d'un  gris 
fauve,  passant  au  brun  très-clair;  des  poils  jaunâtres  assez 
rares  sont  répandus  sur  le  front  et  en  avant  des  oreilles;  toutes 
les  parties  supérieures  du  corps  sont  d'un  fauve  seulement 
un  peu  plus  foncé  sur  le  milieu  du  dos  que  sur  les  flancs  ; 
tout  le  dessous  est  de  la  même  couleur,  mais  peu  poilu;  la 
queue ,  qui  est  longue  comme  le  corps,  est  couverte  de  poils 
fins,  d'un  fauve  brunâtre  en  dessus  et  d'un  fauve  très-clair 
en  dessous  ;  les  membres  ont  leur  extrémité  légèrement  plus 
foncée  que  leur  base.  Un  jeune  individu  de   cette    espèce 


SAP  3o5 

avoît  le  dessus  de  la  iête  roux,  le  milieu  du  dos,  la  queue 
et  les  membres  d'un  roux  châtain,  avec  le  reste  du  pelage 
jaune. 

Cette  espèce  est  du  Brésil. 

Le  Sapajou  ouAVAPAVide  M.  de  Humboldt  {Cehus  alhifrons , 
GeofF.  :  Desm.,  Mauini. ,  esp.  62)  est  un  singe  que  M.  de  Hum- 
boldt (Rec.  d'obs.  zool. ,  p.  023)  a  rencontré  en  grandes  trou- 
pes dans  les  environs  des  cascades  de  TOréncque,  près  de 
Maipures  et  d'Atures.  Il  est  de  la  taille  du  sapajou  brun.  Son 
pelage  est  grisâtre  ,  plus  clair  sous  la  poitrine  et  le  ventre  , 
plus  foncé  sur  les  extrémités,  qui  sont  d'un  brun  jaunâtre; 
le  sommet  de  la  tête  est  d'un  gris  tirant  sur  le  noir  ;  le  front 
et  les  orbites  sont  d'un  beau  blanc  ;  le  reste  de  la  face  est 
d'un  gris  blanchâtre  ;  les  yeux  sont  bruns  et  très-vifs:  les 
crtilles  rebordées  et  poilues;  la  queue  est  de  la  longueur  du 
corps,  cendrée  en  dessus,  blanchâtre  en  dessous  et  d'un  brun 
noir  à  l'extrémité.  M.  de  Humboldt  dit  de  ce  sapajou  qu'il  est 
doux ,  agile  et  peu  criard. 

Sapajou  coiffé  ou  Sapajou  trembleur  :  Cehus  frontatus ,  Kuhl- 
Desm.,  Mamm.,  esp.  64;  Singe  a  queue  touffue  ?  Edw.,  Glan., 
p.  3i2;  Simia  trépida,  Linn.;  Cehus  trepidus ,  GeoflF.  Encore 
de  la  taille  du  sapajou  brun,  celui-ci  est  particulièrement 
car'.ctérisé  par  la  disposition  des  poils  de  son  front  et  la 
teinte  de  brun  noir  presque  uniforme  de  son  pelage.  Il  a  la 
tête  médiocrement  grosse  ;  la  face  obscure,  nue,  parsemée, 
autour  de  la  bouche,  de  petits  poils  blancs;  les  poils  de  son 
front  sont  très-serrés,  relevés,  d'un  noir  presque  pur,  et 
cette  couleur  se  répand  aussi  de  chaque  côté  de  la  tête  ,  en 
formant  une  bande  étroite  qui  passe  sous  le  menton.  Les  poils 
des  parties  supérieures  du  corps  sont  d'un  brun  noir,  qui  de- 
vient plus  obscur  sur  les  extrémités  que  partout  ailleurs;  le 
dessous  du  cou  et  de  la  poitrine  sont  peu  garnis  et  or»t  une 
teinte  moins  foncée;  les  mains  antérieures  sont  couvertes  de 
poils  très-fins  d'un  blanc  grisâtre;  la  queue  est  d'un  brun 
très-foncé  dans  toute  sa  longueur  et  terminée  de  noir. 

Le  Sapajou  ou  Sajou  nègre  de  Buffon  ,  Hist.  nat. ,  Suppl.  , 
tom.  7  ,  pi.  28  (Cehus  niger,  GeofF.  ;  Desm. ,  Mamm.  ,  esp.  65), 
est  de  la  taille  du  sapajou  brun,  et  M.  de  Humboldt  le  re- 
garde comme  une  simple  variété  de  ce  singe.  11  a  le  pelage 


3o4  SAP 

d'un  brun  foncé  ;  la  face  nue  et  noire,  avec  quelques  poiis 
bruns  épars  ;  les  poils  du  haut  du  front  relevés,  quelques-uns 
d'entre  eux  étant  jaunâtres,  ainsi  que  ceux  de  la  partie  pos- 
térieure des  joues;  il  n'y  a  point  de  poils  blancs  à  l'entour  de 
la  bouche,  comme  dans  le  précédent  ;  les  mains  et  la  queue 
sont  entièrement  noirs. 

Sapajou  varié  :  Cebus  variegatus  ,  Geoff,  ;  Desm.  ,  Mamm. , 
esp.  66  ;  Simia  variegala,  Humb. ,  Rec.  d'obs.  zool. ,  esp.  17. 
Toujours  de  la  taille  des  précédens,  ce  sapajou  a  la  face  d'un 
brun  livide  ,  parsemée  de  petits  poils  épars,  grisâtres  ;  les 
poils  du  sinciput  de  longueur  égale  ,  nombreux  ,  et  perpen- 
diculaires à  la  tête,  mêlés,  par  place,  de  noir,  surtout  vers 
le  front,  où  cette  dernière  couleur  forme  des  taches  assez 
variées;  le  tour  des  oreilles  grisâtre  ;  les  côtés  de  la  tête  bru- 
nâtres; les  poils  du  menton  peu  nombreux  et  gris;  le  dessus 
du  dos  d'un  gris  mêlé  de  roussâtre  et  de  noir,  provenant  des 
couleurs  dont  les  poils  sont  annelés;  quelques-uns  de  ceux-ci 
ayant  la  pointe  dorée;  les  parties  postérieures  légèrement  la- 
vées de  brun;  la  face  externe  des  bras  d'un  gris  blanchâtre; 
les  avant-bras  d'un  gris  noirâtre,  ainsi  que  les  extrémités  pos- 
térieures, en  entier,  et  la  queue.  Le  pelage  est  doux  et  un 
peu  laineux. 

Sapajou  LUNULE:  Cebus  lunatus,  Kuhl  ;  Desm.,  Mamm.,  esp. 
69.  Ce  singe  ,  dont  les  dimensions  sont  semblables  à  celles  du 
sajou  brun  ,  a  été  distingué  spécifiquement  par  M.  Kuhl ,  d'a- 
près l'examen  d'un  individu  conservé  dans  la  collection  de 
l'académie  de  Heidelberg.  Son  pelage  est  généralement  noi- 
râtre ;  sa  tête  et  ses  pai-ties  antérieures  sont  noires;  ses  joues 
sont  marquées  chacune  d'une  tache  blanche  en  croissant,  qui 
joint  le  sourcil  à  l'angle  de  la  bouche  du  même  côté. 

Sapajou  a  poitrine  jaune  :  Cebus  xanthosternos ,  pr.  Maxim, 
de  Nçuw. ;  Desm.,  Mamm.,  esp.  70.  Ce  singe,  trouvé  parle 
prince  Maximilieu  de  Neuwied  au  Brésil,  entre  le  lô.*^  de- 
gré 3o  minutes  latitude  sud,  et  le  fleuve  Belmonte ,  est  un 
peu  plus  grand  que  le  sapajou  cornu.  Son  pelage  est  châtain, 
avec  le  dessous  de  son  cou  et  sa  poitrine  d'un  jaune  roussâtre 
très-clair;  sa  face  et  son  front  sont  d'un  blanc  jaunâtre;  une 
ligne  de  poils  noirs  ou  d'un  gris  brun  entoure  la  face;  la 
queue  est  très-robuste;  les  membres  sont  musculeux  et  noirs. 


SAP  3o5 

Sapajou  ou  Sajou  cornu:  Cebus  fatuellus ,  GeofF.  ;  Desm. , 
Mamm. ,  esp.  7 1  ;  Sajou  cornu  ,  Buff. ,  Hist.  nat. ,  Suppl, ,  tom. 
7,  pi.  29;  Simia  fatuellus ,  LInn.  Ce  singe  a  quatorze  pouces 
de  longueur  et  sa  queue  en  a  autant.  Il  est  surtout  caractérisé 
par  deux  forts  pinceaux  ou  aigrettes  de  poils  noirs  placés  aux 
deux  côtés  du  front ,  dirigés  vers  le  haut  et  formant  un  angle 
entre  eux.  La  tête  est  oblongue  ;  le  museau  épais,  couvert  de 
poils  d'un  blanc  sale;  les  oreilles  sont  grandes  et  nues  ;  les 
poils  de  la  base  et  des  cAtés  du  front,  ceux  des  joues,  sont 
blanchâtres,  avec  quelques  nuances  de  fauve;  ceux  de  l'oc- 
ciput sont  noirs,  comme  les  aigrettes  du  front,  mais  moins 
longs,  et  s'étendent  pour  former  une  pointe  sur  l'extrémité 
du  cou  ;  le  dos  est  d'un  roux  marron ,  mêlé  de  brun  et  de  gri- 
sâtre ,  ainsi  que  la  face  externe  des  cuisses ,  dont  l'intérieure 
est  grisâtre;  la  ligne  de  l'épine  est  marquée  par  une  bande 
longitudinale  plus  foncée,  et  qui  s'étend  depuis  le  cou  jus- 
qu'à l'origine  de  la  queue;  cette  dernière  partie  est  couverte 
de  poils  noirs;  les  lianes  ont  des  poils  fort  longs  et  leur  cou- 
leur est  d'un  fauve  foncé  ,  qu'on  retrouve  aussi  sous  le  ventre  ; 
les  bras,  depuis  l'épaule  jusqu'au  coude,  et  une  partie  de  la 
poitrine  sont  d'un  fauve  jaunâtre  plus  clair  que  le  dos  et  les 
flancs;  les  poils  du  dessus  des  pieds  et  des  mains  sont  noirs. 

M.  de  Humboldt  pense  que  ce  sapajou  ne  diffère  pas  spé- 
cifiquement du  sapajou  brun  ;  mais  nous  ne  partageons  pas 
son  opinion. 

Cette  espèce  a  été  trouvée  à  la  Guiane  françoise. 

Sapajou  a  toupet:  Cehus  cirrifer ,  Geoff.  ;  Desm.,  Mamra. , 
esp.  72.  Il  est  de  la  taille  du  sapajou  brun,  ou  même  un  peu 
plus  grand,  et  la  longueur  de  sa  queue  est  égale  à  celle  du 
corps.  Il  a  la  tête  grosse,  courte  et  ronde;  la  face  brunâtre 
et  parsemée  de  petits  points  blanchàtr^es  ;  les  poils  du  front 
et  du  sommet  de  la  têtt  d'un  noir  brun,  formant  un  toupet 
très-relevé  et  dirigé  obliquement  en  arrière;  les  parties  pos- 
térieures des  joues  d'un  blanc  sale  jaunâtre  ;  les  côtés  de  la 
tête  brunâtres;  le  menton,  le  dessous  du  cou  et  les  autres 
parties  inférieures  du  corps  couverts  de  poils  d'un  brun  rous- 
sâtre  ;  le  dos  d'un  brun  châtain  foncé  ;  les  extrémités  des 
quatre  membres  et  la  queue  d'un  brun  marron  tirant  sur  le 
noir;  la  face  externe  des  bras  et  le  dessus  du  cou  légèrement 
47.  20 


oo6  SAP 

lavés  de  roussâtre  :  le  poil  est  partout  bien  fourni  ,  doux  et 
moelleux. 

Sapajou  sa'I -.Cebus  capucinus,  GeoiF.:  Desrn.  ,  Mamm. ,  esp. 
73;  Saï,  Buff. ,  Hist.  nat. ,  tom.  i5,pl.  S;  Simia  capucina  , 
Linn.  C'est,  après  le  sapajou  brun,  l'espèce  la  plus  ancien- 
nement distinguée.  Il  est  un  peu  plus  grand  que  ce  singe  , 
et  sa  queue  est  dans  les  mêmes  rapports  de  grandeur  que  la 
sienne,  c'est-à-dire  qu'elle  dépasse  un  peu  en  longueur  celle 
du  corps. 

Le  sai,  dont  le  nom  se  trouve  aussi  écrit  çay  dans  les  des- 
criptions des  voyageurs,  a  la  tête  petite,  arrondie;  le  museau 
gros  et  court;  le  bord  des  orbites  saillant  du  côté  interne; 
les  oreilles  grandes  et  nues;  la  face  pâle,  parsemée  de  très- 
petits  poils  noirâtres;  les  poils  du  sommet  de  la  tête  assez 
courts,  à  l'exception  de  ceux  du  vertex  et  du  haut  de  l'occî'^ 
put,  qui  sont  de  couleur  noire  et  qui  forment  une  calotte 
de  cette  couleur,  bien  marquée,  tous  les  autres  étant  d'un 
gris  blanc  ;  une  ligne  noire  de  poils  descendant  de  la  calotte 
noire  du  sommet  de  la  tête ,  traversant  le  front  dans  son  mi- 
lieu et  venant  s'arrêter  à  la  racine  du  nez  ;  les  poils  des  côtés 
du  front,  des  joues,  des  épaules  et  de  la  face  externe  des  bras, 
d'un  gris  pâle;  la  face  interne  de  ceux-ci  plus  foncée  ;  une 
ligne  brune  à  la  face  postérieure  des  avant-bras  ;  le  dessus  du 
corps  et  les  flancs  d'un  gris-brun  assez  uniforme;  la  face  ex- 
terne des  cuisses  aussi  brune  et  plus  foncée  que  l'interne , 
mais  ayant  la  pointe  des  poils  qui  la  recouvrent  d'un  jaune 
pâle;  les  pieds  et  les  mains  d'un  brun  obscur;  la  queue 
brune. 

L'espèce  du  saï  a  été  regardée  cemme  douteuse  par  plu- 
sieurs naturalistes,  et  notamment  par  M.  G.  Cuvier,  qui  la 
rapportoit  à  l'espèce  du  sajou  brun.  Néanmoins  elle  en  diffère 
pour  le  moins  autant  que  la  plupart  de  celles  qui  ont  été 
distinguées  dans  ces  dernières  années;  et  son  caractère  prin- 
cipal consiste  dans  les  teintes  de  son  pelage  plus  grises  et 
plus  prêtes  de  passer  à  l'olivâtre  que  celles  du  sajou  brun, 
qui  tirent  principalement  au  brun  ;  dans  l'absence  de  là 
ligne  brune  qui  entoure  la  face  de  ce  dernier;  dans  la  ligne 
brune  qui  descend  jusqu'à  la  base  du  nez,  et  dans  la  couleur 
gris- clair  du  front,  des  joues  et  des  épaules. 


SAP  3o7 

Le  saï  est  d'un  naturel  doux  et  timide  ;  il  fait  souvent  en- 
tendre un  petit  cri  plaintif,  qui  lui  a  valu  la  dénomination 
de  singe  pleureur  ,  par  laquelle  il  a  été  désigné  quelquefois. 
Il  est  facile  à  apprivoiser,  et  a  d'ailleurs  toutes  les  habitudes 
naturelles  du  sajou  brun.  11  répand  une  odeur  musquée  par- 
ticulière. Sa  patrie  est  la  Guiane. 

Sapajou  a  gorge  blanche  :  Cebus  liypoleucus,  GeofF. ,' Desm., 
Mamm. ,  esp.  74  ;  Saï  a  gorge  klanche  ,  Buff. ,  Hist.  nat. ,  tom. 
i5  ,  pi.  g.  Il  est  un  peu  plus  petit  que  le  précédent.  Dauben- 
ton  le  représente  assez  fidèlement  en  disant  qu'il  a  la  tête 
ronde  ;  le  museau  gros  et  court  ;  les  yeux  grands;  les  oreilles 
amples;  le  nez  élevé  à  sa  racine;  la  face  pâle  et  presque  entiè- 
rement nue;  les  poils  du  front,  des  tempes  ,  des  joues,  des 
oreilles  ,  du  menton  ,  du  dessous  et  des  côtés  du  cou,  de  la 
partie  antérieure  de  l'épaule,  de  la  face  externe  des  bras  et 
du  milieu  de  la  poitrine ,  d'un  blanc  sale  et  jaunâtre;  la  face 
interne  des  bras  et  des  cuisses  avec  des  poils  blancs  et  des 
poils  noirâtres  ,  et  tout  le  reste  du  pelage  ,  c'est-à-dire  le 
dessus  de  la  tête  et  du  cou  ,  le  dos  ,  les  flancs,  le  ventre  et 
les  extrémités  des  membres  d'un  brun  foncé,  qui  passe  au 
noir  sur  la  queue. 

Quelques  individus  ont  la  partie  blanche  du  front  plus 
étendue  que  les  autres,  et  plusieurs  ont  les  parties  brunes  du 
pelage  variées  de  teintes  grises.  Il  paroît  que  c'est  à  cette 
espèce  qu'il  faut  rapporter  le  singe  dont  M.  de  Humboldt  a 
donné  la  description  ,  sous  le  nom  de  cari  blanco  de  Rio-Sinu. 
(Desm.) 

SAPAJOU  COirFÉ.  [Mamm.)  Le  singe  qu'on  a  désigné 
vaguement  sous  ce  nom,  paroît  être  la  guenon  à  camail  de 
Bufl'on  ,  dont  lUiger  a  fait  le  type  de  son  genre  Colohus. 
(Desm.) 

SAPAJOU  FOSSILE.  (Erpét.)  Des  ossemens  fossiles  mal  dé- 
terminés ont  été  regardés  comme  venant  d'un  sapajou  ou 
d'une  guenon,  bien  qu'ils  appartinssent  à  un  reptile  saurien 
du  genre  Monitor  de  M.  Cuvier.  (Desm.) 

SAPAN.  {Mamm.)  Mammifère  du  genre  des  Polaîouches 
ou  écureuils  volans.  (Desm.) 

SAPANQUE.  (Bot.)  Nom  de  pa)^s  du  Stjioceras  Kunthia- 
num,  décrit  dans  le  ]Soi>a  gênera  de  M.  Kunth,  genre  de  1» 


3o8  SAP 

famille  des  euphorbiacées ,  lequel   croît  au  bas  du  mont  Tu- 

guraga,  dans  la  province  de  Quito  en  Amérique.  (J.) 

SAPENOS.  (Min.)  C'est,  suivant  Pline,  une  des  variétés 
de  Paméthyste,  d'un  bleu  plus  clair  que  le  Sacondios,  autre 
variété  de  cette  pierre.  Voyez  ce  mot.  (B.) 

SAPERDE,  Saperda.  (Entom.)  C'est  le  nom  d'un  genre  d'in- 
sectes coléoptères  tétramérés  ou  à  quatre  articles  à  tous  les 
tarses,  de  la  famille  des  lignivores  ou  xylophages. 

Ce  nom  de  saperde,  quoique  tiré  du  grec  1ct7ripS)7ç ,  a  été 
J)ris  au  hazard  parmi  les  noms  des  animaux;  c'est  celui  d'un 
poisson  cité  par  Athénée,  dans  son  Deipnosophiston  ,  comme 
étant  Pun  des  meilleurs  de  ceux  que  Pon  pêchoit  dans  le  lac 
Méotide  :  cette  étymologie  n'est  donc  d'aucune  importance. 

Mais  si  le  nom  de  saperde  est  insignifiant,  le  genre  qu'il 
désigne  est  très-naturel  et  parfaitement  établi,  et  il  est  facile 
de  le  caractériser  ainsi  qu'il  suit  ;  Corps  alongé,  convexe, 
presque  cylindrique  ;  à  élytres  d'égale  largeur  ;  corselet  ar- 
rondi, plus  long  que  large,  sans  épines. 

Usera  facile,  avec  ces  caractères  et  en  consultant  la  planche 
18  de  Patlas  de  ce  Dictionnaire,  de  distinguer  les  saperdes, 
dont  nous  avons  fait  représenter  lÉne  espèce  sous  le  n.°  5 ,  de 
tous  les  autres  genres  que  comprend  la  même  famille  des  xy- 
lophages. 

Ainsi  les  trois  genres  Rhagie,  Lepture  et  Molorque  ont  les 
élytres  rétrécis  ou  raccourcis  ,  tandis  qu'ils  sont  d'égale  lar- 
geur dans  les  autres  genres;  mais,  parmi  ceux-ci,  les  Priones, 
les  Capricornes  et  les  Lamies  ont  le  corselet  muni  latérale- 
ment d'une  ou  de  plusieurs  épines;  tandis  que  le  seul  genre 
des  Callidies  en  est  privé  comme  les  saperdes;  mais  celles-ci 
ont  constamment  leur  corselet  alongé  et  cylindrique,  tandis 
qu'il  est  ou  globuleux  ou  circulaire  ,  plus  ou  moins  aplati 
dans  le  genre  Callidie. 

I)'aillcurs  les  mœurs  des  saperdes  et  leurs  métamorphoses 
sont  absolument  les  mêmes  que  celles  de  tous  les  coléoptères 
que  nous  avons  nommés  lignivores;  leurs  larves  se  développent 
dans  Pintérieur  des  tiges,  et  surtout  dans  les  branches  et  les 
troncs  des  arbres  encore  vivans ,  sur  lesquels  elles  détermi- 
nent des  tubérosités,  qui  sont  surtout  très-remarquables  sur 
les  peupliers. 


SAP  3o9 

On  trouve  les  insectes  parfaits  sur  les  branches  des  arbres 

et  sur  les  fleurs,  principalement  sur  celles  des  corymbiféres 

des  ombellifères  et  des  synanthérées. 

Nous  allons  en  décrire  quelques  espèees. 

1.  Saferde  CHAGRiNiîE,  Sûpcrda  carcliarias. 

C'est  la  lepture  chagrinée  de  Geoifroy,  n.°  i ,  pag.  208.  Oli- 
vier l'a  figurée  sur  la  planche  68  ,  n."  22  ,  de  son  ouvrage  sur 
les  coléoptères. 

Car.  D'un  cendré  jaunâtre  ponctué  de  noir;  antennes  arif 
nelées,  à  peu  près  de  la  longueur  du  corps. 

C'est  une  des  plus  grandes  espèces  du  genre.  On  la  trouve 
sur  les  troncs  des  trembles  et  des  peupliers. 

2.  Saperre  linéaire,   5.  linearis. 

Car.  Noire  ;   cylindrique  ;  à  pattes  et  bord  extérieur   de» 
élytres  de  couleur  jaune  rousse. 
On  la  trouve  sur  les  noisetiers. 

3.  Saferde  CYLINDRIQUE,  S.  cjUndrica, 
C'est  la  lepture  ardoisée  de  Geoffroy. 

Car.  D'un  noir  cendré;  à  bases  des  cuisses  et  jambes  anté- 
rieures d'un  roux  jaunâtre. 

Sa  larve  se  développe  dans  la  moelle  des  branches  des  pru- 
niers et  des  poiriers. 

4.  Sapebde  du  peuplier  ,  s.  populnea. 

Car.  Noire;  antennes  annelées  ;  corselet  à  lignes  longitudi- 
nales et  élytres  à  points  jaunes. 

Sa  larve  se  développe  dans  la  moelle  des  branches  du  peu- 
plier noir,  et  y  forme  des  tumeurs  dans  lesquelles  il  est  facile 
de  l'observer,  en  les  fendant  sur  leur  longeur. 

5.  Saperde  du  chardon,  s.  cardui. 

C'est  l'espèce  que  nous  avons  fait  figurer  sur  la  planche  18 
de  l'atlas  de  ce  Dictionnaire,  sous  le  n.°  5. 

Car.  Noire,  mais  couverte  d'un  duvet  jaunâtre  ;  antennes 
annelées  ;  trois  lignes  sur  le  corselet  en  long  et  l'écusson 
jaunes. 

Comme  son  nom  l'indique,  on  la  trouve  sur  les  fleurs  de 
chardon. 

6.  Saperde  échelle,  S.  scalaris. 

Olivier  en  a  donné  une  très-bonne  figure  sous  la  pi.  C8, 
n."  1 ,  Cg.  7. 


3io  SAP 

Car.  Elytrcs  noirs  ,  à  taches  arrondies  et  ligne  suturale 
dentée,  jaunes;  antennes  annelées. 

On  trouve  beaucoup  d'autres  espèces  de  ce  genre  aux  en- 
virons de  Paris.  (C.  D.) 

SAPHAN.  (Mamm.)  Le  saphan  de  l'Écriture  sainte  paroît 
être  le  daman  et  non  la  gerboise,  comme  Pavoit  pensé  le 
voyaj;eur  ShavV.  (Desm.) 

SAPHAN-RACHA.  (Ornith.)  L'oiseau  qui,  suivant  de 
Maillet ,  poric  ce  nom  à  Alep  ,  est  le  rachama  ,  ou  petit  vau- 
tour blanc  à  ailes  noires,  vultur  percnopterus ,  Linn.(CH.  D.) 

SAPHIR.  (  Orniih.  )  Nom  donné  à  une  espèce  d'oiseaux- 
mouches.  (Ch.  D.) 

SAPHIR.  (Mm.)  Le  nom  de  saphir  n'est  plus  usité  que  dans 
îe  commerce  des  pierres  fines,  car  les  minéralogistes  l'ont  à 
peu  près  abandonné  en  même  temps  qu'ils  ont  réuni  dans  la 
même  espèce  le  corindon  des  Indiens,  le  saphir  des  joailliers 
et  lémeril  du  commerce.  Les  saphirs  qui  ne  sont  que  de  sim- 
ples variétés  de  corindon,  ont  donc  été  déjà  décrits  à  l'article 
CoraNDON  de  ce  Dictionnaire  ;  aussi  ce  n'est  qu'en  raison  du 
rôle  important  qu'ils  jouent  dans  la  joaillerie  que  nous  allons 
les  rappeler  ici  sous  leurs  anciennes  dénominations,  qui  sont 
encore  exclusivement  employées  dans  le  commerce. 

Les  vrais  saphirs,  c'est-à-dire  ceux  qui  fout  partie  de  l'es- 
pèce corindon,  raient  tous  les  corps  de  la  nature,  excepté  le 
diamant,  et  ils  ne  perdent  que  aSpourioo  de  leur  poids  dans 
i"eau.  Ces  deux  seuls  caractères  suffisent  pour  les  distinguer 
d'avec  plusieurs  autres  substances  auxquelles  on  avoit  appli-^ 
que  ce  même  nom  de  saphir. 

Les  saphirs  blancs  et  les  saphirs  bleus,  par  leur  dureté  et  le 
brillant  éclat  qui  en  est  la  suite,  et  par  la  vivacité  de  leurs 
teintes,  se  placent  immédiatement  après  le  diamant,  surtout 
quand  ils  sont  d'un  volume  tant  soit  peu  remarquable. 

Un  saphir  bleu  barbeau,  du  poids  de  sixkarats,  a  été  payé 
en  vente  publique,  1760  fr.;  un  autre  bleu  indigo,  du  poids 
de  six  karats  et  trois  grains,  a  été  vendu  i5oo  fr. 

L'un  des  plus  beaux  saphirs  connus  est  celui  qui  a  fait 
partie  de  la  collection  du  Muséum  d'histoire  naturelle,  et  qui 
fut  échangé  avec  un  marchand  nommé  Weiss.  Cette  pierre, 
qui  n'étoit  ni  taillée  ni  polie,  avoit  la  forme  d'un  cube  lé- 


SAP  Su 

gércmcnt  rhomboidaî ,  dont  les  côtés  avoient  (rois  centimètres. 

Les  saphirs  reçoivent  un  poli  parfait  :  on  les  taille  en  Eu- 
rope avec  de  la  poussière  de  diamant,  et  on  les  polit  avec  de 
l'émeril,  qui  n'est  lui-même  qu'une  espèce  de  grès  de  saphir. 
Quelques  lapidaires  sont  dans  l'usage  de  tailler  cette  gemme 
sur  des  roues  de  plomb,  imbibées  d'émeril  et  d'eau,  mais  la 
roue  de  cuivre  et  l'égrisée  sont  généralement  préférées  ,  parce 
que  l'on  risque  beaucoup  moins  d'étonner.  Dans  l'Inde,  on 
scie  les  saphirs  avec  un  archet  enduit  d'un  espèce  d'émeril 
blanc,  qui  y  porte  le  nom  de  corind  ou  de  corum,  et  qui  n'est 
encore  qu'une  variété  de  notre  corindon. 

Les  joaillers  parviennent  quelquefois  à  modifier  la  couleur 
des  saphirs  qui  sont  trop  foncés,  en  les  chauffant  avec  pré- 
caution; mais  il  arrrive  aussi  quelquefois  que  l'effet  est  con- 
iraire  et  qu'ils  se  chargent  d'avantage  au  lieu  de  s'éclaircir. 

Les  saphirs  proprement  dits  du  commerce  qui  appartien- 
nent à  l'espèce  corindon,  sont: 

i.°Le  saphir  blanc,  dont  le  prix  n'est  élevé  que  lorsqu'il  est 
d'un  certain  volume,  et  qu'il  est  parfiàtement  incolore;  sou- 
vent il  est  légèrement  lavé  d'une  teinte  de  bleu  tendre. 

2.°  Le  saphir  bleu  clair  (saphir  femelle  des  lapidaires),  dont 
la  teinte  est  claire  et  peu  agréable  à  l'œil. 

3."  Le  saphir  bleu  barbeau ,  qui  présente  une  teinte  veloutée 
des  plus  brillantes. 

4.°  Le  saphir  indigo  (saphir  mâle  des  lapidaires);  nuance 
extrêmement  riche,  mais  parfois  trop  chargée. 

5.°  Le  saphir  girasol.  Cette  pierre  transparente  ou  légère- 
ment laiteuse  lance  des  reflets  rouges  et  bleus,  semblables  à 
ceux  du  quarz  girasol,  et  qui  suivent  les  différentes  positions 
que  l'on  donne  à  la  pierre. 

6.°  Le  saphir  chaiojant.  Il  présente  des  reflets  nacrés  sur 
un  fond  bleu, 

7."  Le  saphir  astérie  ou  étoile  (saphir  de  chat  des  lapidaires). 
Cette  jolie  variété,  d'un  bleu  clair  assez  vif,  présente,  quand 
elle  est  taillée  en  cabochon,  des  reflets  à  six  rayons  qui  rap- 
pellent l'image  d'une  brillante  étoile  sur  un  ciel  d'azur. 

8.°  Les  saphirs  polichrômes ,  qui  réunissent  deux  ou  trois 
couleurs,  sont  des  pierres  de  pure  fantaisie  qui  n'ont  pas  une 
valeur  reçue  dans  le  commerce,  mais  ils  ont  contribué  à  dé- 


5i2  SAP 

montrer  delamaiiièrelaplus  évidenle  que  les  saphirs,  les  rubis 
et  les  topazes  d'Orient  appartiennent  à  la  seule  et  même  espèce, 
puisque  la  nature  les  a  souvent  réunis  dans  la  même  pierre. 
Ces  variétés  de  saphirs  viennent  de  difTérens  points  des 
Indes  orientales,  et  particulièrement  de  Pile  de  Ceilan  où 
on  les  trouve  dans  le  sable  de  certaines  rivières. 

Parmi  les  pierres  que  Ton  nomme  saphirs,  fort  mal  à  pro- 
pos, nous  citerons  le  saphir  du  Brésil  qui  est  une  tourma- 
line bleue;  le  saphir  d'eau,  qui  est  une  dichroïte,  et  le  sa- 
pare,  qui  est  le  disthène.  Ce  dernier  en  a  imposé  pendant 
quelque  temps,  parce  qu'il  est  d'un  très-beau  bleu  et  qu'il 
prend  assez  d'éclat  quand  ou  le  taille  en  cabochon.  La  seule 
différence  du  poids  de  ces  pierres,  pesées  dans  l'air  et  pesées 
dans  l'eau,  eût  pu  sufiire  par  en  démontrer  la  différente  na- 
ture; car  un  saphir  de  loo  grains  en  pèse  encore  76  dans 
l'eau,  tandis  qu'une  tourmaline,  du  même  poids  dans  lair» 
ne  pèse  plus  dans  l'eau  que  71  ,  le  disthène  que  69,  et  le  di- 
chroïte que  62.  On  ne  sauroit  trop  recommander  l'emploi  de 
ce  caractère,  tant  il  est  simple  et  décisif.  (Brard.) 

SAPHIRIN.  (  Mm.  )  Ce  nom  ,  au  masculin  ,  a  été  appliqué 
à  deux  minéraux  différens  : 

]."  Par  M.  Nose,  à  ces  grains  bleus  cristallins  qui  se  trou- 
vent disséminés  dans  les  laves  (téphrines,  pumites,  etc.)  des 
bords  du  Rhin,  principalement  de  Laach ,  et  qu'on  a  décrit 
sous  le  nom  de  Hauyne. 

2."  A  la   cordiérite  (dichroïte)  de  Bohème.  (B.) 
SAFHIRINE.  {Min.)  Ce  nom,  au  féminin,  a  été  donné  a 
deux  minéraux  très-différens: 

1."  A  une  variété  de  silex  agate  calcédoine,  d'un  bleu  pur, 
mais  peu  intense,  et  qui  est  assez  estimé  à  cause  de  cette  cou- 
leur: elle  se  présente  quelquefois  avec  la  forme  cristalline 
primitive  du  quarz.  (Voyez  Silex  agate.) 

2.°  A  un  minéral  du  Groenland,  découvert  par  M.  Gie- 
secke  et  analysé  par  M.  Stromeyer, 

La  3AFHrRiNE  du  Groenland  est  d'une  couleur  bleue  de  sa- 
phir,  mais  pâle  et  tirant  au  verdâtre  ;  elle  a  une  texture 
imparfaitement  grenue  et  même*  un  peu  lamelleuse.  Elle  est 
transparente,  raie  le  verre;  sa  pesanteur  spécifique  est  de 
3,42  ;  elle  est  ipfusible. 


SAP  3i3 

M.  Stromeyer  y  a  reconnu  les  principes  suivans  : 

Alumine 63,  ii 

Silice 14,51 

Magnésie 16, 85 

Chaux 00, 58 

Protoxide  de  fer  .     .     .  05,92 

Oxide  de  manganèse.     .  oo,53 

Perte  par  calcination.     .  00,49 

99»77- 

Elle  se  trouve  en  petites  masses  engagées  dans  un  mica- 
schiste de  Fiskeraes  en  Groenland. 

Cette  pierre  a,  au  premier  aspect,  quelque  analogie  avec 
la  cordiérite  ;  mais  elle  en  diffère  par  sa  plus  grande  pesan- 
teur et  par  la  proportion  de  ses  principes  composans.  (B.) 

SAPHNINA.  (Ornith.)  M.  Vieillot  dit  que  c'est  le  nom 
arabe  de  la  tourterelle  des  bois.  (Desm.) 

SAPHTIO.  {Bot.)  Nom  égyptien  de  la  jusquiame,  suivant 
Mentzel.  (J.) 

SAPIN;  Abies,  Tournef.  (Bol.)  Genre  de  plantes  dicoty- 
lédones apétales,  delà  famille  des  com/cres,  et  de  la  monoécie 
monadelphie ,  Linn. ,  dont  les  fleurs  sont  unisexuellcs ,  por- 
tées sur  le  même  individu,  et  qui  présentent  les  caractères 
suivans  :  Fleurs  mâles  dépourvues  de  calice  et  de  corolle  . 
composées  seulement  d'étamines  nues,  presque  sessiles,  dis- 
posées et  imbriquées,  sur  un  axe  commun,  en  un  chaton  ar- 
rondi ou  oblong  ,  et  formées  chacune  de  deux  anthères,  s'ou- 
vrant  par  leur  face  inférieure  :  fleurs  femelles,  ayant  chacune 
un  calice  en  forme  d'écaillé  onguiculée,  qui  porte  à  sa  partie 
interne  deux  ovaires,  terminés  chacun  par  un  stigmate  bifide, 
et  qui  est  munie,  à  sa  partie  postérieure,  d'une  bractée  mem- 
braneuse, oblongue,  entière  ou  à  trois  pointes.  Après  la  flo- 
raison les  écailles  qui  tiennent  lieu  de  calice  ,  prennent  de  l'ac- 
croissement, deviennent  coriaces,  et,  par  leur  disposition  im- 
briquée et  en  spirale  autour  d'un  axe  commun  ,  elles  forment 
un  cône  ovoïde  ou  oblong;  chacune  d'elles  est  creusée  en 
dedans  et  à  sa  base  pour  loger  deux  petites  noix  monospermes , 
osseuses,  surmontées  d'une  aile  membraneuse. 

Les  sapins  sont  de  grands  arbres  à  feuilles  éparses,  soli* 


Î5i4  SAP 

taires,  toujours  vertes,  plus  rarement  caduques,  dépour- 
vues de  gaine  particulière  à  leur  base.  On  en  connoît  dix- 
huit  espèces,  parmi  lesquelles  plusieurs  présentent  un  grand 
intérêt,  à  cause  de  leur  bois  et  des  produits  résineux  qu'on 
en  retire. 

*  Feuilles  toutes  solitaires. 

Sapin  ÉLEVÉ  :  Ahies  excelsa,  Poir. ,  Dict.  enc.,  6,  p.  5i8; 
Pinus  ahies,  Linn. ,  Sp.  1421.  Cette  espèce  est  un  arbre  qui 
s'élève  très-droit  jusqu'à  cent  vingt  pieds  et  plus  de  hauteur, 
en  acquérant  à  sa  base  trois  pieds  de  diamètre  et  même  da- 
vantage. Ses  rameaux  sont  disposés  par  verlicilles  irréguliers, 
ouverts  à  angle  droit,  et  ils  forment  dans  leur  ensemble  une 
belle  pyramide.  Ses  feuilles  sont  linéaires,  quadraiigulaires, 
pointues,  d'un  vert  sombre,  rapprochées  les  unes  des  autres 
tout  autour  et  le  long  des  rameaux,  articulées  sur  un  petit 
renflement  particulier  de  l'écorce.  Les  fleurs  mâles  forment 
des  chatons  épars  çà  et  là  le  long  des  rameaux,  longs  de 
six  lignes  ou  à  peu  près ,  pédoncules  et  munis  à  leur  base 
d'une  rosette  d'écaillés  scarieuses,  arrondies,  imbriquées; 
leurs  anthères  sont  terminées  par  une  crête  arrondie.  Les 
fleurs  femelles  forment  de  petits  chatons  solitaires  à  l'extré- 
inité  des  jeunes  rameaux.  Les  fruits  qui  leur  succèdent,  sont 
des  cônes  pendans  ,  longs  de  quatre  à  six  pouces ,  cylindriques , 
verdâtres  ou  quelquefois  d'un  rouge  vif  dans  leur  jeunesse, 
et  roussàtres  dans  leur  maturité;  leurs  écailles  sont  échan- 
crées  au  sommet.  Le  sapin  élevé  croît  naturellement  sur 
les  montagnes  de  l'Europe  et  de  l'Asie;  on  le  trouve  en 
France,  dans  les  Alpes,  les  Pyrénées,  les  Vosges,  etc.  Il  est 
connu  sous  les  difiTérens  noms  de  sapin  gentil,  faux-sapin, 
épicéa,  pesse  ,  pinessc .  serente,  etc.  Les  propriétés  de  cet  arbre 
étant  à  peu  près  les  mêmes  que  celles  du  sapin  commun, 
on  n'en  parlera  pas  maintenant ,  mais  on  réunira  plus  bas  tout 
ce  qui  aura  rapport  à  ces  deux  espèces. 

Samn  blanc  :  Abies  alha  ,  Mich.  ,  FI.  boréal,  amer.,  2, 
page  207;  Mich.,  Arb.  forest.  de  PAmér. ,  1,  page  i33, 
t.  12  ;  Pinus  alha,  Willd.,  Sp.,  4,  page  007.  Le  sapin  blanc  , 
qu'on  nomme  encore  quelquefois  sapinette  blanche,  épinette 
hlancliëy  ressemble  assez  à  Pespèce  précédente.  Sa  tige  et  ses 


SAP  5i5 

rameaux  forment  de  même  une  pyramide  très-régulière,  mais 
qui  a  moins  d'élévation  ;  car  la  hauteur  de  cet  arbre  excède 
rarement  cinquante  pieds,  même  dans  son  pays  natal.  Ses 
feuilles  sont  aussi  moitié  plus  courtes,  d'un  vert  plus  pâle 
et  comme  bleuâtres.  Les  chatons  mâles  ne  diffèrent  pas  sen- 
siblement dans  les  deux  espèces;  mais  les  cônes  sont  très- 
différens  dans  le  sapin  blanc  :  ils  n'ont  que  vingt  à  trente 
lignes  de  longueur,  et  ils  sont  d'ailleurs  beaucoup  plus  nom- 
breux, épars  le  long  des  rameaux  ou  placées  à  leur  extré- 
mité ,  solitaires  ou  opposés  et  quelquefois  verticillés  par  six 
à  huit  ensemble.  Leurs  écailles  sont  parfaitement  arrondies, 
nullement  échancrées  à  leur  sommet.  Les  graines  n'ont  que 
quatre  lignes  de  hauteur,  y  compris  l'aile  qui  les  surmonte. 
Le  sapin  blanc  croît  naturellement  dans  le  Canada  et  le 
Nord  des  États-Unis,  et,  selon  le  témoignage  de  M.  Ferry, 
que  j'aurai  encore  occasion  de  citer  plus  bas,  il  se  trouve 
aussi  en  Sibérie,  quoique  Gmelin  et  Pallas  n'en  aient  rien 
dit.  Il  est  cultivé  en  France  depuis  environ  cinquante  ans. 

Dans  le  Nord  de  l'Amérique,  où  le  sapin  blanc  est  indi- 
gène, on  emploie  son  bois  à  faire  des  solives,  des  planches; 
mais  on  s'en  sert  en  général  bien  moins  que  de  celui  du  sa- 
pin noir,  qui  est  d'une  meilleure  qualité.  La  partie  fibreuse 
de  ses  racines  ayant  beaucoup  de  flexibilité  et  de  force 
lorsqu'elle  a  été  macérée  dans  l'eau  ,  on  la  dépouille  par  ce 
moyen  de  Fécorce  qui  la  recouvre;  on  la  fend  en  brins, 
ayant  moitié  de  la  grosseur  d'une  plume  à  écrire,  et  on  les 
emploie  ainsi  préparées  pour  coudre  ensemble  les  morceaux 
de  l'écorce  de  bouleau,  dont  on  se  sert  pour  construire  des 
canots  en  Canada.  Les  coutures,  ainsi  fixées,  sont  ensuite 
frottées  et  enduites  avec  de  la  résine  de  sapin  baumier,  afin 
de  les  rendre  imperméables  à  l'eau.  M.  Michaux  assure  que 
ce  n'est  point  avec  les  rameaux  de  cette  espèce  qu'on  fa- 
brique en  Amérique  la  bière  de  spruce  ,  comme  l'ont  dit 
Duhamel  et  plusieurs  autres;  mais  qu'on  évite  au  contraire 
de  les  y  employer,  parce  que  ses  feuilles  répandent,  lors- 
qu'on les  froisse,  une  odeur  désagréable  qui  se  communique 
à  la  liqueur. 

En  France,  on  plante  le  sapin  blanc  dans  les  parcs  et  les 
grands  jardins  comme  arbre  d'ornement.   11  a  un   port  élé- 


5ie  SAP 

gant,  surfout  à  l'âge  de  quinze  à  trente  ans.  Son  feuillage 
est  d'une  teinte  assez  claire  et  sujette  à  varier;  ce  qui  a 
fourni  aux  pépiniéristes  roccasion  de  distinguer  deux  variétés 
dans  cette  espèce,  la  sapinetfe  blanche  proprement  dite  ou 
la  sapinette  .nrgentée,  et  la  sapinette  bleue;  l'une  et  l'autre 
font  un  agréable  contraste  dans  les  jardins  avec  la  teinte 
plus  foncée  des  autres  sapins. 

Sapin  noir  :  Abies  nigra,  Poir. ,  Dict.  enc. ,  6,  page  620; 
Mich.,  Arb.  forest.  de  l'Amer.,  1  ,  page  120,  tab.  11; 
Pinus  nigra,  WiHd.,  Sp.,  4.  page  5o6.  Cet  arbre  a  de  grands 
rapports  avec  le  sapin  élevé,  et  particulièrement  avec  le  sa- 
pin blanc;  il  s'élève  dans  son  pays  natal,  lorsqu'il  croit  dans 
les  vallons  dont  le  sol  est  humide,  noir  et  profond,  à 
soixante-dix  et  quatre-vingts  pieds,  en  formant  à  son  sommet 
une  pyramide  très -régulière.  Ses  feuilles,  disposées  comme 
dans  les  deux  espèces  précédentes ,  sont  moitié  pins  courtes 
que  dans  la  première  et  d'un  vert  plus  foncé  que  dans  la 
seconde.  Ses  fleurs  mâles  ne  présentent  aucun  caractère  qui 
puisse  servir  à  les  faire  distinguer  de  celles  du  sapin  blanc  ; 
mais  ses  cônes  diffèrent  beaucoup  de  ceux  de  ce  dernier: 
ils  sont  environ  moitié  plus  courts,  ovales,  rétrécis  à  leur 
sommet,  d'une  couleur  rougeàtre  ou  violeMe,  surtout  dans 
leur  jeunesse,  et  alors  pendans  ou  légèrement  inclinés  vers 
la  terre;  mais,  le  plus  souvent,  redressés  à  l'époque  de  leur 
maturité. 

Le  sapin  noir,  encore  connu  sous  les  noms  de  sapin  double, 
(Vépinette  noire,  A'épineUe  a  la  bière,  croit  naturellement  dans 
le  Canada  et  les  parties  septentrionales  des  États-Unis  d'A- 
périque.  Apporté  en  France  à  peu  près  à  la  même  époque 
que  le  sapin  blanc,  il  est  cependant  beaucoup  moins  répandu 
que  celui-ci  dans  les  jardins  et  les  pépinières,  quoique  sous 
le  rapport  de  l'utilité  il  lui  soit  bien  préférable. 

Le  bois  de  sapin  noir  réunit  la  force,  l'élasticité  et  la  lé- 
gèreté, trois  qualités  importantes;  aussi  est -il  très- estimé 
dans  son  pays  natal  ,  et  les  Anglois  lui  donnent  même  la 
préférence  sur  le  sapin  élevé.  Les  Américains  en  font  d'ex- 
cellens  mâts  de  hune,  de  très-bonnes  vergues,  et  ils  le  font 
encore  entrer  dans  quelques  autres  parties  des  constructions 
navales.  On  en  fait  aussi  des  solives,  des  planche*,  qui  ser- 


SAP  5.7 

vent  pour  dinerens  ouvrages  de  menuiserie ,  des  caisses  d'em- 
ballage, des  barils  pour  mettre  le  poisson  salé,  etc.  Le  sa- 
pin noir  n'est  pas  assez  résineux  pour  en  retirer  de  la  ré- 
sine et  pour  être  exploité  avantageusement  sous  ce  rapport. 
Comme  bois  de  chauffage,  il  fait  un  feu  qui  pétille  beau- 
coup. Eu  Amérique  on  prépare  avec  ses  jeunes  rameaux, 
bouillis  dans  l'eau  ,  une  sorte  de  bière  ,  connue  sous  le  nom 
de  bière  de  spruce.  On  ajoute  à  la  décoction  de  la  mélasse 
ou  du  sucre  brut,  et  en  laissant  fermenter  le  tout  convena- 
blement, on  obtient  une  boisson  salutaire  et  très-utile  danj 
les  voyages  de  long  cours  ,  par  l'avantage  qu'elle  a  d'être 
bonne  contre  le  scorbut,  et  même,  à  ce  qu'on  assure,  de. 
pouvoir  prévenir  cette  maladie. 

Sapin  du  Canada  :  yibies  canadensis,  Mich.,  FI.  bor.  amer.  ^ 
2,  page  206;  Mich.,  Arb.  forest.  de  l'Amer.,  1,  page  137  , 
t.  i5;  Pinus  canadensis,  Lien.,  Sp. ,  1421.  Ce  sapin  est  un 
grand  arbre,  qui,  dans  son  pays  natal,  s'élève  à  la  hauteur 
de  soixante  à  quatre-vingts  pieds,  et  qui  acquiert  à  sa  base 
six  à  neuf  pieds  de  circonférence.  Ses  feuilles  sont  linéaires, 
planes,  obtuses,  longues  de  cinq  à  six  lignes,  persistantes, 
luisantes  et  d'un  vert  gai  en  dessus,  d'un  vert  plus  pâle 
ou  légèrement  blanchâtre  en  dessous,  éparses ,  mais  dispo- 
sées de  manière  qu'elles  paroissent  être  placées  sur  deux 
rangs  opposés  de  chaque  côîé  des  rameaux.  Les  fleurs  mâles 
sont  réunies  sur  des  chatons  axillaires ,  très-courts  et  arrondis. 
Les  femelles  sont  situées  à  l'extrémité  des  rameaux,  et  il 
leur  succède  de  petits  cônes  ovales,  d'une  couleur  rougeâtre 
ou  cendxée,  pendans,  composés  d'un  petit  nombre  d'écaillés 
imbriquées,  entières  et  arrondies  en  leurs  bords.  Cet  arbre 
croît  naturellement  dans  le  Canada  et  dans  les  parties  sep- 
tentrionales des  États-Unis.  Il  se  plaît  dans  les  endroits  frais, 
sur  les  bords  des  torrens  et  sur  le  penchant  des  collines.  Les 
Américains  le  connoissent  sous  le  nom  d'hemlock  spruce,  et 
les  François  du  Canada  sous  celui  de  pérusse. 

Le  sapin  du  Canada  est  de  tous  les  arbres  résineux  de 
l'Amérique  septentrionale  celui  dont  le  bois  est  le  plus 
mauvais.  Il  manque  de  force  et  ne  dure  que  très -peu  de 
temps  lorsqu'il  est  exposé  aux  injures  de  l'air.  Le  plus  grand 
avantage  qu'on  en  retire  dans  son  pays  natal,   c'est  d'em- 


3i8  SAP 

ployer  son  écorce  pour  le  tannage  des  cuirs.  Ce  n'est  que 
comme  arbre  d'ornement  que  ce  sapin  peut  être  cultivé  en 
France.  Il  a  un  port  agréable  dans  sa  jeunesse  ;  mais  sa  forme 
devient  moins  belle,  à  mesure  qu'il  avance  en  âge.  On  peut 
en  faire  des  rideaux  de  verdure  et  autres  décorations  dans 
les  parcs  et  les  grands  jardins,  parce  que,  de  même  que  l'if, 
on  peut  le  tailler  aux  ciseaux. 

Sapin  commun  :  Ab'ws  vulgaris,  Poir. ,  Dict.  enc,  6,  p.  5i4j 
Pinus  picea,  Linn. ,  >p. .  1420.  Le  sapin  commun  ou  sapin  ar- 
genté,  ou  tout  simplement  le  sapin,  est  un  grand  arbre,  dont 
la  tige  acq'ùprt  par  le  bas  neuf  à  dix  pieds  de  circonfé- 
rence,'et  s'élève  bien  droite  à  la  hauteur  de  cent  à  cent 
vingt  pieds:  ses  branches  sont  ouvertes,  étalées  horizontale- 
ment ,  peu  étendues  si  on  les  compare  à  la  hauteur  de  l'arbre , 
et  disposées  par  verticilles  assez  réguliers;  ses  feuilles  sont  li- 
néaires, planes,  coriaces,  persistantes,  obtuses  ou  échancrées 
à  leur  sommet,  d'un  vert  foncé  et  luisantes  en  dessus,  blan- 
cliàtres  ou  glauques  en  dessous,  éparses  quant  à  leur  inser- 
tion, mais  dirigées  de  chaque  côté  des  rameaux  sur  deux 
rangs  opposés.  Les  fleurs  mâles  forment  des  chatons  isolés 
dans  les  aisselles  des  feuilles,  mais  très-rapprochés  les  uns 
des  autres  et  disposés  en  grand  nombre  vers  l'extrémité  des 
rameaux.  Chacun  de  ces  chatons  est  porté  sur  un  pédoncule 
de  deux  à  trois  lignes  de  longueur,  muni  à  sa  base  d'un  fais- 
ceau d'écaillés  roussâtres.  Les  anthères  se  composent  de  deux 
loges  renflées  à  leur  extrémité  et  surmontées  d'un  petit  pro- 
longement, terminé  par  deux  dents  très -courtes.  Les  tleurs 
femelles  forment  des  chatons  presque  cylindriques  ,  rou- 
geàtres,  disposés  au  nombre  d'un  à  trois  vers  l'extrémité  des 
rameaux.  Ces  chatons  sont  redressés  vers  le  ciel,  ainsi  que 
les  cônes  qui  leur  siiccèdent,  et  qui  sont  formés  d'un  grand 
nombre  d'écaillés  planes,  coriaces,  arrondies  en  leurs  bords, 
rétrécies  à  leur  base,  imbriquées  et  serrées  les  unes  sur  les 
autres,  accompagnées,  sur  leur  dos  et  à  leur  base,  d'une 
bractée  oblongue,  terminée  en  pointe  aiguë,  dont  les  trois 
quarts  sont  cachés  entre  les  écailles;  à  la  base  interne  de  ces 
dernières  sont  deux  graines  assez  grosses,  d'une  forme  un 
peu  irrégulière,  environnées  et  surmontées  d'une  aile  mem- 
braneuse. Le  sapin  croit  naturellement  sur  les  montagnes  de 


SAP  3i9 

l'Europe;  on  le  trouve  en  France,  dans  les  Alpes,  les  Pyré- 
nées, les  Vosges;  il  est  indiqué  en  Suisse,  en  Allemagne, 
en  Ecosse,  en  Suède,  en  Russie  et  en  Sibérie.  Il  fleurit  en 
Avril,  en  Mai,  et  même  dès  la  fin  de  Mars,  selon  qu'il  est 
plus  au  midi  ou  plus  au  nord.  Ses  fruits  mûrissent  dans  le 
courant  d'Octobre,  et  les  graines  tombent  spontanément  par 
terre  dans  le  mois  suivant,  entraînées  par  les  écailles  qui  se 
détachent  alors  de  leur  axe  commun. 

Le  sapin  élevé  ou  sapin  pesse,  et  plus  vulgairement  la  pesse, 
est  le  picea  des  Latins.  Linné,  au  lieu  d'adopter  les  noms 
consacrés  par  les  anciens  pour  la  pesse  et  pour  le  sapin,  a 
changé  et  transporté  les  noms  de  l'un  à  l'autre,  en  apj)elant 
pinus  picea  le  vrai  sapin,  dont  on  ne  retire  pas  la  poix, 
et  en  donnant  le  nom  de  pinus  ahies.  à  celui  qui  la  fournit. 
Ce  changement  a  causé  beaucoup  de  confusion  dans  la  no- 
menclature et  a  produit  plusieurs  erreurs;  aussi  avons- nous 
cru  devoir,  à  l'exemple  de  quelques  auteurs  modernes,  ré- 
tablir les  noms  des  anciens. 

Pline  appelle  picea,  l'arbre  auquel  on  donne  maintenant 
le  nom  de  sapin  élevé  ou  de  pesse.  Les  anciens  l'employoient 
dans  les  funérailles.  Il  étoit  d'usage  d'en  suspendre  une  branche 
à  la  porte  des  maisons  dans  lesquelles  il  y  avoit  un  mort,  et 
le  bois  étoit  employé  tout  vert  pour  les  bûchers. 

Le  sapin  commun  ,  ouïe  sapin  proprement  dit ,  étoit  désigné 
chez  les  anciens  sous  le  nom  iVahies.  Les  Romains  employoient 
son  bois  pour  la  charpente  des  maisons  ,  et  ils  l'estimoient  sur- 
tout pour  la  construction  des  vaisseaux.  C'est  ce  qui  a  fait 
dire  à  Virgile  : 

Casus  abies  visura  marinas. 

Et  à  un  autre  poète  latin  : 

^pta  fretis  abies 

Pline  fait  mention  d'un  sapin  qui  servit  à  faire  le  mât  d'ua 
vaisseau  sur  lequel  l'empereur  Caligula  fit  apporter  d'Egypte 
à  Rome  un  obélisque  qui  fut  élevé  dans  le  cirque  du  mont 
Vatican. 

Les  forêts  de  sapin,  lorsqu'elles  sont  bien  aménagées,  se 
repeuplent  d'elles-mêmes  par  les  graines  que  les  vieux  arbres 
produisent  en  grande  quantité.  La  recrue  est  souvent  si  épaisse , 


320  SAP 

surtout  dans  les  lieux  frais  où  il  y  a  beaucoup  de  terre  meuble 
et  pas  trop  de  vieux  arbres,  que  les  jeunes  pieds  se  touchent 
et  se  soutiennent  les  uns  parles  autres;  mais,  à  mesure  que 
les  jeunes  sapins  grossissent,  les  plus  vigoureux  étouffent  les 
plus  foibles.  II  pourroit  être  ulile  de  couper  ces  derniers  et  de 
les  enlever ,  afin  de  les  empêcher  de  gêner  à  l'accroissement  des 
autres;  mais  cela  ne  se  pratique  généralement  pas.  Il  convient 
d'ailleurs  de  faire  observer  que ,  si  on  enlevoit  les  jeunes  arbres 
qui  périssent  étouffés  par  ceux  qui  poussent  avec  plus  de  vi- 
gueur, il  ne  le  faudroit  faire  que  lorsque  ces  derniers  ont 
déjà  assez  de  force  ;  car,  en  général,  il  ne  faut  rien  couper 
dans  les  sapinières  naissantes.  Lorsque  les  sapins  commencent 
à  acquérir  une  certaine  grosseur  et  que  leur  tige  s'élève 
beaucoup  en  hauteur,  ils  perdent  les  branches  inférieures, 
qui  se  dessèchent  et  tombent  en  même  temps  qu'il  se  forme 
un  bourrelet  à  l'endroit  de  leur  implantation  sur  le  tronc, 
et  c'est  ce  qui  occasionne  les  nœuds  que  l'on  voit  plus  par- 
ticulièrement dans  les  tiges  des  jeunes  sujets. 

Tous  CCS  arbres  s'élèvent  d'abord  lentement  dans  les  pre- 
mières années  :  ce  n'est  que  lorsqu'ils  ont  six  ans  et  plus 
qu'ils  commencent  à  pousser  assez  vite,  et  le  temps  de  leur 
vie  où  ils  croissent  le  plus  rapidement,  est  entre  douze  et 
trente  ans.  Ils  grandissent  alors  de  deux  à  trois  pieds  chaque 
année.  Il  ne  faut  guère  que  cinquante  ans  au  pin  sauvage 
pour  devenir  un  bel  arbre  et  propre  à  être  employé;  il  en 
faut  cent  au  sapin  et  presque  autant  à  la  ])esse.  Cette  der- 
nière, qui  d'abord  s'élance  plus  rapidement  et  prend  en  peu 
de  temps  beaucoup  d'élévation,  ne  grossit  pas  si  prompte- 
ment  que  le  sapin.  L'un  et  l'autre  viennent  d'ailleurs  mieux 
en  groupe  qu'isolés  ou  mêlés  avec  d'autres  arbres. 

Les  sapins,  et  surtout  les  pesses,  peuvent  assez  facilement 
être  transplantés  pendant  leur  jeunesse;  mais,  pour  réussir 
dans  cette  transplantation,  il  faut,  autant  que  possible,  qu'ils 
soient  arrachés  en  motte,  et  dans  tous  les  cas  éviter  de  mu- 
tiler ou  de  retrancher  aucune  partie  des  branches  et  des 
racines. 

Les  sapins,  une  fois  coupés  ,  ne  fournissent  jamais  de  re- 
jets. Ce  n'est  donc  que  par  les  graines  qu'on  peut  les  multi- 
plier. Nous  venons  de  parler  de  la  reproduction  naturelle  de 


SAP  321 

ces  arbres,  telle  qu'elle  se  fait  spontanément  dans  les  forêts. 
Quant  aux  semis  en  pépinières,  les  soins  a  leur  donner  étant 
absolument  les  mêmes  que  ceux  qui  sont  nécessaires  pour  les 
pins ,  nous  renvoyons  à  ce  qui  a  été  dit  à  ce  sujet  au  tome  XLT, 
page  2  5.  Il  faut  seulement  avoir  la  précaution  de  recueillir 
de  bonne  heure  les  graines  du  sapin  ;  car  si  l'on  n'a  pas  le 
soin  de  les  faire  récolter  dés  les  premiers  jours  de  l'automne, 
elles  tombent  bientôt  et  sont  perdues ,  à  moins  qu'on  ne  les 
fasse  ramasser  à  terre  ;  mais  cela  est  plus  long  et  plus  difli- 
cile  que  de  faire  cueillir  les  cônes  avant  que  leurs  écailles 
aient  commencé  à  se  détacher.  Les  cônes  de  la  pesse  ne  lais- 
sent pas  échapper  leurs  graines  aussi  promptement  ;  mais  il 
est  toujours  bon  qu'ils  soient  cueillis  avant  l'hiver. 

On  peut  tailler  la  pesse  avec  les  ciseaux  et  le  croissant, 
et  lui  donner  par  ce  moyen  diverses  formes.  Autrefois,  ainsi 
façonnée  au  gré  du  jardinier,  elle  servoit  à  l'ornement  des 
parcs  et  des  grands  jardins;  mais  aujourd'hui  on  n'aime  plus 
que  les  arbres  soient  mutilés,  on  préfère  les  laisser  croître 
en  liberté,  et  l'on  trouve  avec  raison  qu'ils  ont  un  port  beau- 
coup plus  beau.  La  pesse  peut  perdre  sa  flèche  ou  branche 
terminale  sans  que  cela  nuise  à  son  accroissement.  Le  plus 
souvent  une  pousse  collatérale  remplace  la  pousse  terminale 
qu'un  accident  quelconque  avoit  rompue  ou  détruite.  Il  n'en 
est  pas  de  même  du  sapin  :  une  fois  qu'il  a  perdu  le  sommet 
de  sa  tige,  il  se  couronne  et  cesse  de  croître  en  hauteur. 
En  revanche,  on  peut  lui  retrancher  beaucoup  de  ses  branches 
inférieures,  trop  vigoureuses  et  qui  absorbent  la  sève  au  dé- 
triment de  la  cime. 

Les  sapins  peuvent  braver  les  froids  les  plus  rigoureux ^ 
mais  les  grandes  sécheresses,  causées  par  les  ardeurs  de  l'été, 
leur  sont  très-nuisibles.  L'été  de  i8o3,  qui  a  été  très-sec,  a 
fait  périr,  dans  les  Vosges ,  des  forêts  entières,  exposées  au 
midi. 

Dans  les  pays  de  plaines  on  coupe  à  la  fois  tous  les  bois 
d'une  sapinière ,  et  on  la  resème  ensuite  ;  mais  cela  n'est 
pas  praticable  dans  les  pays  de  montagnes,  surtout  lorsqu'elles 
sont  d'une  nature  sablonneuse  et  d'un  terrain  mouvant.  Dans 
les  Vosges,  où  il  y  a  de  vastes  forêts  de  sapins,  on  est  dans  l'u- 
sage de  couper  ces  arbres  isolément  par-ci  par-là, en  ayant  soin. 
47.  ^1 


322  SAP 

d'abattre  ceux  qui  ne  prennent  plus  d'accroissement  ou  qui  ont 
quelques  défauts.  Cette  manière  de  jardiner  les  sapinières,  les 
nettoie,  et  facilite  leur  repeuplement,  surtout  lorsqu'on  a  le 
soin   de  n'abattre  les  arbres  qu'après  les  avoir  ébranchés. 

L'époque  la  plus  favorable  pour  l'exploitation  de  ces  forêts 
est  la  montée  de  la  sève  au  printemps,  et  la  fin  de  l'été.  Le 
bois  de  la  meilleure  qualité  est  toujours  celui  qui  est  coupé 
lorsque  l'arbre  est  le  plus  chargé  de  résine.  On  a  soin ,  aussi- 
tôt que  les  arbres  sont  abattus,  de  les  dépouiller  de  leur 
écorce ,  aPn  qu'ils  se  dessèchent  plus  promptement ,  qu'ils 
se  conservent  mieux,  et  enfin  parce  que  cette  écorce,  qui 
est  inutile  au  bois  de  travail,  est  employée  pour  le  chauffage 
et  fait  un  excellent  combustible.  Si  on  négligeoit  de  dé- 
pouiller le  bois  de  son  écorce  ,  surtout  celui  des  arbres  abattus 
au  mois  de  Mai  et  au  mois  d'Août,  ce  bois  se  piqueroit , 
comme  disent  les  forestiers,  c'est-à-dire  qu'il  seroit  attaqué 
par  les  vers  de  différens  insectes,  et  alors  il  perdroit  beaucoup 
de  sa  valeur;  il  pourroit  même  n'être  plus  dans  le  cas  d'être 
débité  pour  les  différens  usages  auxquels  il  est  propre. 

Le  bois  du  sapin  et  celui  de  la  pesse  sont  employés  pour  les 
constructionset  pour  divers  ouvrages.  Celui  du  premier  étant 
le  plus  commun,  c'est  celui  dont  on  se  sert  principalement. 
On  le  préfère  d'ailleurs  pour  tous  les  ouvrages  qui  demandent 
de  la  force,  parce  qu'il  a  plus  de  nerf.  La  partie  ligneuse 
de  ces  arbres  est  formée  par  des  faisceaux  de  fibres  longitu- 
dinales de  deux  sortes  ;  les  unes  dures  et  d'une  couleur  fauve, 
les  autres  tendres  et  blanches.  Plus  ces  dernières  sont  étroites, 
plus  le  grain  du  bois  est  beau  et  solide.  La  nature  de  l'expo- 
sition et  du  sol  contribue  beaucoup  à  donner  aux  arbres  ces 
bonnes  qualités. 

Pour  la  charpente  des  maisons,  pour  la  mâture  des  vais- 
seaux, pour  les  échafaudages,  le  sapin  et  la  pesse,  par  la 
longueur  et  la  rectitude  de  leur  tronc,  sont  d'un  usage  avan- 
tageux. Placés  de  travers,  ils  ne  sont  pas  sujets  à  se  tour- 
menter comme  le  chêne. 

Le  sapin  dure  long-temps  dans  Teau  et  sous  la  terre ,  et 
cela  le  rend  très-propre  à  faire  des  pilotis.  Dans  les  pays 
où  il  est  commun,  les  jeunes  arbres,  de  six  pouces  de  dia- 
mètre ou  environ ,  sont  employés  par  les  charrons  pour  faire 


SAP  323 

les  brancards  des  chariots.  Avec  des  tiges  plus  minces  on 
fabrique  diverses  pièces  de  charronages,  entre  autres  des 
échelles  de  différentes  longueurs,  dont  les  échelons  sont  éga- 
lement fait  avec  des  branches  de  sapin,  et  qui  unissent  la 
souplesse  à  la  résistance.  Avec  les  jeunes  pesses  et  les  jeunes 
sapins  on  fait  de  longues  perches,  qui  servent  à  étendre  le 
linge  ou  à  faire  des  palissades,  des  clôtures,  etc.  On  en  fait 
aussi,  pour  différens  outils,  des  manches  que  leur  légèreté 
fait  rechercher.  Aussi,  lorsque  toute  la  France  s'arma  de 
piques,  en  coupa-t-on  des  milliers  dans  les  forêts  de  sapin, 
et  particulièrement  dans  celles  des  Vosges.  Mais  ce  n'est  pas 
de  nos  jours  seulement  que  le  sapin  a  servi  à  faire  des  armes 
meurtrières  ;  les  anciens  l'employoient  pour  faire  des  javelots, 
comme  il  le  paroit  par  ce  passage  de  Virgile  : 

Cuju.i   apertum 
j4di'ersi  longn   trnnsi^erberat  abiete  pectus. 

Le  sapin  et  la  pesse,  refendus  en  planches,  s'emploient  dans 
toutes  sortes  de  constructions  et  de  meubles,  tels  que  ba- 
teaux ,  cloisons,  plafonds,  planchers,  parquets,  lambris, 
boiseries,  armoires,  caisses,  tables,  etc.;  mais  les  menuisiers 
préfèrent  en  général  le  premier  de  ces  bois,  parce  qu'il  est 
plus  fort  et  se  coupe  mieux.  Les  luthiers,  au  contraire, 
n'emploient,  pour  les  instrumens  à  corde,  que  la  pesse,  qui  se 
fend  bien,  qui  a  le  grain  très-blanc,  et  dont  le  bois  a  sur- 
tout l'avantage  de  transmettre  le  mieux  les  sons,  c'est-à-dire 
de  rendre  le  ton  le  plus  haut,  lorsqu'on  frappe  ou  qu'on  parle 
à  une  des  extrémités  de  ses  fibres  longitudinales.  Aussi,  c'est 
avec  des  tablettes  très -minces  de  pesse  qu'on  fait  toutes  les 
tables  sonores  des  violons,  des  basses,  des  forté-pianos,  des 
harpes,  etc.  C'est  encore  plus  particulièrement  avec  la  pesse 
que  l'on  fabrique  la  boisselerie  légère,  si  commune  en  Lor- 
raine, commebaquets, seaux,  boitesde  toute  forme  etdetoute 
grandeur.  Les  habitans  de  quelques  cantons  des  Vosges  s'oc- 
cupent presque  exclusivement  de  la  fabrication  de  cette  bois- 
selerie ,  qui  se  transporte  jusque  sur  les  côtes  de  l'Océan  et 
de  la  Méditerranée,  où  elle  s'embarquoit  autrefois  pour  le* 
colonies.  'Toutes  les  petites  boites  plates  et  rondes,  dans 
lesquelles  les  confiseurs  de  la  capitale  et  d'une  partie  de  la 


32/,  SAP 

France  mettent  leurs  dragées  et  leurs  confitures  sèches,  souê 
en  bois  de  pesse,  et  la  consommation  qu'on  en  fait,  sous  ce 
seul  rapport,  est  très- considérable. 

Dans  les  Vosges,  en  Franche-Comté  et  ailleurs,  la  plupart 
des  maisons  dans  les  campagnes,  à  Fexception  de  celles  des 
gens  riches,  sont  recouvertes  en  planchettes  de  pesse  ou  de 
sapin. 

Comme  bois  de  chaufTage,  celui  du  dernier  de  ces  arbres 
est  préférable,  parce  qu'il  dure  plus  long-temps  au  feu,  et 
que  celui  de  pesse  brûle  plus  vite,  et  qu'il  dégage  moins  de 
chaleur.  Le  charbon  fait  avec  du  bois  de  sapin  ,  est  très- 
léger,  et  on  l'estime  raoiti-é  moins  que  celui  de  hêtre  et  de 
charme  ;  celui  fait  avec  les  branches ,  vaut  d'ailleurs  mieux 
que  celui  fait  avec  le  tronc. 

Outre  les  propriétés  et  les  usages  du  bois  de  pesse  et  de 
sapin,  ces  arbres  fournissent  encore  plusieurs  produits,  tels 
que  la  térébenthine,  l'essence  de  celle-ci,  la  colophane, 
la  poix  blanche,  le  noir  de  fumée,  etc. 

La  térébenthine  se  retire  du  sapin  par  le  moyen  de  cornets 
de  fer-blanc  ou  de  cornes  de  bœuf,  dont  la  pointe  est  tran- 
chante et  ouverte,  et  dont  le  fond  est  fermé.  Des  hommes 
exercés  à  ce  genre  de  travail  grimpent  sur  les  arbres,  et  ils 
plongent  la  pointe  de  leur  instrument  dans  les  vésicules  ou 
ampoules  qui  se  forment  sous  l'épiderme  de  l'écorce  pen- 
dant le  temps  de  la  sève ,  h  mesure  qu'ils  en  rencontrent. 
La  térébenthine  s"éc»ule  dans  le  cornet,  et  lorsque  celui-ci 
est  rempli,  ils  le  vident  dans  un  vase  d'une  plus  grande  ca- 
pacité, communément  dans  une  bouteille,  qu'ils  portent  at- 
tachée à  leur  ceinture.  La  saison  favorable  pour  faire  cette 
récolte  est  l'été.  Les  sapins  ne  commencent  à  fournir  de  la 
térébenthine  que  lorsqu'ils  ont  neuf  à  dix  pouces  de  circon- 
férence ,  et  ils  cessent  d'en  donner,  lorsqu'ils  ont  environ 
trois  pieds  de  tour  :  à  cette  époque  leur  écorce  devient  trop 
épaisse  pour  permettre  aux  vessies  de  se  former,  où  l'on  n'en 
rencontre  plus  qu'au  sommet  de  l'arbre,  où  il  seroit  trop 
difficile  et  trop  dangereux  d'aller  les  chercher.  Lorsque  la 
térébenthine  est  recueillie,  on  ne  lui  fait  subir  d'autre  pré- 
paration que  de  la  filtrer,  afin  de  la  débarrasser  des  corps 
étrangers  qui  peuvent  y  être  laêlés.  La  térébentbin©iTetirée 


SAP  325 

du  sapin  est  connue  dans  le  commerce  sous  le  nom  de  téré- 
benthine de  Strasbourg ,  parce  que  les  habitans  des  Vosges  et 
de  la  forêt  Noire  vont  la  vendre  dans  cette  ville.  Elle  reste 
toujours  liquide,  ayant  la  consistance  d'un  sirop  épais;  elle 
est  gluante,  blanchâtre,  transparente;  son  odeur  est  trè^- 
pénétrante;  enfin  sa  saveur  est  un  peu  acre  et  amère. 

La  térébenthine  entre  dans  les  vernis  communs;  mais  elle 
est  peu  employée.  Son  huile  essentielle,  qui  est  le  produit 
de  la  distillation  ,  connue  dans  le  commerce  sous  le  nom 
d'essence  de  térébenthine,  est  d'un  usage  bien  plus  considé- 
rable :  c'est  elle  qui  sert  aux  peintres  pour  rendre  leurs 
couleurs  plus  coul^intes ,  plus  siccatives,  et  aux  vernis^curs 
pour  dissoudre  les  résines  concrètes.  La  belle  térébenthine 
de  sapin  donne  à  la  distillation  un  quart  de  son  poids  d'es- 
sence,  et,  lorsque  l'opération  est  finie,  il  reste  dans  la  cu- 
curbife  une  résine  concrète  appelée  colophane.  Les  joueurs 
de  violon  s'en  servent  pour  frotter  leurs  archets,  et  on  en 
fabrique  des  vernis.  Les  chirurgiens  en  font  usage  pour  sau- 
poudrer les  premiers  plumasseaux  ou  bourdonnets  qu'ils  ap- 
pliquent après  l'amputation  des  membres.  Cettcsubstance,  ainsi 
que  la  térébenthine  et  son  essence,  entrent  dans  la  composition 
de  plusieurs  onguens  et  emplâtres.  Quant  à  l'essence  de  térében- 
thine, elle  est  employée  en  médecine,  soit  à  l'intérieur,  soit 
à  l'extérieur.  On  l'a  administrée  avec  avantage  contre  le 
taenia,  la  sciatiqne,  l'épilepsie,  le  catarrhe  des  membranes 
muqueuses  des  voies  urinaires.  Les  urines  des  personnes  qui 
en  font  usage,  contractent  une  odeur  de  violette.  L'art  vé- 
térinaire fait  également  usage  de  l'essence  de  térébenthine  j 
soit  à  l'intérieur,  en  la  faisant  entrer  dans  plusieurs  breu- 
vages qu'on  administre  aux  bétes  à  cornes,  soit  en  l'appli- 
quant pour  dessécher  les  plaies  des  chevaux  et  pour  les  guérir 
de  la  gale. 

On  donne  le  nom  de  poix  blanche  ou  de  poix  jaune,  ou 
encore  de  poix  de  Bourgogne,  au  suc  résineux  que  produit 
la  pesse,  et  ce  suc  découle  naturellement  de  toutes  les  fentes 
qui  se  trouvent  à  l'écorce  de  cet  arbre;  mais  on  l'obtient  en 
plus  grande  abondance  en  faisant ,  du  côté  du  midi ,  de  légères 
entailles  à  l'écorce  et  aux  premières  couches  ligneuses  ;  en- 
tailles  qu'on   rafraîchit  tous  Içs  quinze  jours,   en   rccql(a?jl 


5:^6  SAP 

la  résine  qui  a  coulé  d'abord  fluide  et  blanche,  et  qui,  en 

se  condensant  à  l'air ,  est  devenue  jaunâtre. 

La  récolte  de  la  poix,  comme  celle  de  la  térébenthine,  se 
fait  en  été  par  des  enfans  et  des  hommes  qui  ne  s'occupent  à 
rien  autre  chose  pendant  toute  cette  saison.  Ils  sont  très-agiles 
pour  grimper  jusqu'à  la  cime  des  arbres,  armés  d'une  serpe 
pour  faire  ou  rafraîchir  les  entailles  ,  et  d'un  racloir  pour  grat- 
ter et  recueillir  la  poix,  qui  s'est  échappée  des  entailles  faites 
préalablement,  et  qu'ils  mettent  dans  unsac  ou  dans  une  boite, 
dont  ils  sont  munis.  Comme  cetle  résine  est  unie  à  des  débris  de 
hois,  d'écorce  et  de  feuilles,  on  la  fait  fondre  dans  de  grandes 
chaudières,  et  lorsqu'elle  est  liquéfiée,  on  la  verse  dans  des 
sacs  de  toile,  on  l'exprime  au  moyen  d'une  presse,  et  elle  est 
reçue  dans  des  boîtes  ou  barils.  Souvent  la  poix  est  si  abon- 
dante entre  l'écorce  et  le  bois  sur  les  arbres  que  l'on  a  entaillés 
et  où  l'on  a  négligé  de  la  récolter,  qu'elle  s'y  amasse  en 
g;randes  lames  et  qu'on   l'obtient  très- pure. 

Dans  les  pays  où  fon  récolte  beaucoup  de  poix  blanche, 
on  conserve  les  résidus  qui  sortent  de  la  presse  ou  qu'on 
trouve  au  fond  des  chaudières,  pour  en  faire  du  noir  de  fu- 
mée. Pour  cette  opération  on  construit  un  cabinet  exactement 
fermé,  si  ce  n'est  qu'on  pratique,  au  milieu  de  la  partie  su- 
périeure ,  une  ouverture  que  l'on  couvre  d'un  cône  ou  cornet 
de  toile.  A  quelque  distance  de  ce  cabinet  ou  bâtit  un  four, 
,dont  l'intérieur  y  communique  par  un  tuyau  de  cheminée. 
Vn  ouvrier  allume  dans  le  four  uue  petite  quantité  des  rési- 
dus dont  il  vient  d'être  question  ,  et  il  a  le  soin  d'entretenir 
la  combustion  de  moment  en  moment  par  de  nouvelles  ma- 
tières. La  résine,  en  brûlant,  forme  beaucoup  de  fumée, 
qui  passe,  par  le  tuyau  de  communication,  dans  le  cabinet, 
où  elle  se  porte  de  préférence  dans  le  cône  de  toile,  et  où, 
enfin,  elle  se  rassemble  et  se  condense  en  une  sorte  de  suie. 
Lorsqu'on  juge  que  le  cône  est  suflisammcnt  rempli  de  fuli- 
ginosités,  on  fait  battre  la  toile  en  dehors  avec  des  baguettes 
pour  faire  tomber  le  noir  de  fumée  dans  la  partie  inférieure 
du  cabinet,  et  il  n'y  a  plus,  après  cela,  qu'à  le  ramasser 
pour  le  mettre  dans  des  barils. 

La  poix  s'emploie  dans  les  pharmacies  pour  la  compo- 
sition de  plusieurs  onguens   et   emplâtres.    Elle    sert   d'ail- 


SAP  327 

leurs  à  divers  usages  dans  la  marine  et  dans  les  arts» 
Dans  les  pays  du  Nord,  on  fabrique  une  sorte  de  bière  en 
faisant  fermenter  dans  de  l'eau  les  feuilles  de  la  pesse,  et 
dans  ceux  où  l'on  manque  de  chênes ,  on  fait  quelquefois  ser- 
vir son  écorce  an  tannage  des  cuirs. 

Dans  les  cantons  où  les  forêts  de  sapin  sont  très-communes, 
les  habitans  des  campagnes  qui  vivent  dans  le  voisinage  de 
ces  forêts,  expriment  une  huile  des  graines  de  cet  arbre,  et 
ils  s'en  servent  pour  s'éclairer;  mais  ils  sont  obligés  d'em- 
ployer à  cet  effet  des  lampes  qui  n'ont  qu'une  très-petite 
ouverture  pour  laisser  passer  la  mèche,  parce  que  cette  huile 
est  très -résineuse  et  qu'elle  s'enflammeroit  infailliblement  si 
le  récipient  n'étoit  pas  couvert  et  s'il  communiquoit  avec  la 
flamme.  Cette  huile  a  une  odeur  désagréable  et  brûle  en  dé- 
gageant beaucoup  de  fumée.  Elle  a,  dit -on,  la  faculté  de 
détruire  la  vermine  :  il  suffit  d'en  faire  des  frictions  sur  la 
peau. 

Sapin  baumier  :  Abies  lalsainea  ,  Mill. ,  Die  t.,  n."  3;  Pinus 
balsamea,  Linn. ,  Sp.,  1421.  Le  sapin  baumier,  encore  connu 
sous  les  noms  de  sapin  argenté  et  de  baumier  de  Giléad ,  a  de 
grands  rapports  avec  notre  sapin  commun  ;  car  il  a  le  même 
port,  le  même  feuillage  ;  les  fleurs  et  les  fruits  sont  disposés 
de  la  même  manière  ;  mais  il  forme  un  arbre  beaucoup  moins 
élevé;  ses  étamines  sont  chargées  d'une  petite  crête,  qui  n'a 
le  plus  souvent  qu'une  dent;  enfin  les  bractées  qui  accom- 
pagnent les  écailles  des  cônes  sont  ovales  ,  au  lieu  d'être 
alongées;  elles  se  séparent,  d'ailleurs  ,  des  cônes,  ainsi  que  les 
graines,  lors  de  la  parfaite  maturité,  avec  la  même  facilité 
que  dans  le  sapin  d'Europe.  Cet  arbre  croit  naturellement  dans 
les  régions  froides  de  l'Amérique  septentrionale;  et  d'après 
une  note  que  m'a  communiquée  M.  Ferry,  très- versé  dans 
l'étude  de  l'histoire  naturelle,  qui  a  habité  et  qui  a  voyagé 
pendant  quelques  années  dans  plusieurs  parties  de  l'empire 
de  Russie,  il  croît  aussi  en  Sibérie,  quoique  Pallas  et  Gmeliu 
n'en  aient  rien  dit,  parce  qu'ils  l'ont  pris,  l'un  et  l'autre, 
pour  le  sapin  commun,  et  que  les  Russes  donnent  à  ces  deux 
arbres  le  même  nom  de  pichta.  Mais,  selon  M.  Ferry,  le 
baumier  de  Sibérie,  qui  ne  diffère  pas  de  celui  du  Canada, 
est  facile  à  reconnoître  par  son  odeur,  la  petitesse  de  ses 


3.8  SAP 

cônes,  comparés  à  ceux  du  sapin  ordinaire.  Les  Sibériens 
n'en  font  aucun  usage  dans  les  constructions;  mais  ils  aiment 
beaucoup  son  odeur,  et  plusieurs  d'entre  eux  en  parfument 
leurs  habitations,  M.  Ferry,  lui-même,  dit  avoir  eu  plusieurs 
fois  recours  à  ce  moyen  pour  corriger  l'air  de  ses  logemens , 
et  s'en  être  bien  trouvé. 

Sous  tous  les  rapports  le  baumier  est  inférieur  à  notre  sapin 
commun  et  ne  mérite  d'être  cultivé  en  France  que  comme  ar- 
bre d'ornement.  Il  fournit  dans  son  pays  natal  une  sorte  de  té- 
rébenthine ,  connue  dans  les  pharmacies  sous  le  nom  de  baume 
hlanc  du  Canada  ou  de  baume  de  Giléad ,  quoique  le  vrai  baume 
de  Giléad  soit  produit  par  un  arbre  très-différent.  Cette  téré- 
benthine n'est  que  peu  employée  en  médecine,  parce  qu'elle 
n'a  pas  de  propriétés  particulières  et  qu'on  peut  facilement  la 
remplacer  par  celle  du  mélèze  ou  du  sapin. 

^''^  Feuilles  solitaires  sur  les  jeunes  rameaux , 
fasciculées  sur  les  autres. 

Sapin  mélèze;  Abiei  larix,  Lamk. ,  IlL,  t.  ySS,  fig.  2.  (Voyez 
Mélèze  d'Europe  ,  tome  XXIX,  page  609.) 

Sapin  a  branches  pendantes;  Abies  pendula,  Poir. ,  Dict, 
enc. ,  6,  page  614.  (Voyez  Mélèze  a  branches  pendantes, 
tome  XXIX,  page  ôiy.) 

Sapin  a  petits  fruits;  Abies  microcarpa,  Poir.,  Dict.  enc, 
6,  page  614.  (Voyez  Mélèze  a  petits  fruits,  tome  XXIX, 
page  517.) 

Sapin  cèdre;  Abies  cedrus ,  Poir.  ,  Dict.  enc,  6,  page  5 10. 
(Voyez  Cèbre  du  Liban,  tome  VII,  page  358.  ) 

Nous  allons,  d'ailleurs,  profiter  de  ce  que  cet  arbre  se 
trouve  rappelé  ici  dans  Fordr e  des  espèces  du  genre  Sapin, 
pour  corriger  une  erreur  que  nous  avons  faite  en  indiquant, 
d'après  le  témoignage  de  Pallas,  le  cèdre  comme  se  trouvant 
en  Sibérie.  A  ce  sujet  nous  croyons  devoir  rapporter  ici  la 
jiote  de  M.  Ferry  (que  nous  avons  déjà  eu  occasion  de  citer, 
en  parlant  du  sapin  blanc  et  du  baumier  de  Giléad),  qu'il  a 
bien  voulu  nous  communiquer,  il  y  a  déjà  quelques  années, 
sur  l'espèce  de  Sibérie  que  nous  avions  cru  être  le  cèdre  du 
Liban. 

«  J.' arbre  de  Sibérie,  nous  écrit  M.  Ferry,  auquel  Pallas, 


SAP  329 

donne  le  nom  de  cèdre  ,  est  le  pin  cembro.  Ses  propriétés, 
son  lieu  natal ,  sa  végétation  et  la  culture  qui  lui  convient , 
en  un  mot,  tout  ce  qui  concerne  cet  arbre,  diffère  tellement 
de  ce  qui  appartient  au  cèdre  du  Liban  ,  que  je  crois  néces- 
saire de  rétablir  la  vérité  et  de  l'appuyer  de  preuves  et 
de  témoignages  qui  ne  laisseront  aucun  doute....  Je  n'ai 
pas  lu  l'original  en  langue  russe  du  voyage  de  Pallas,  non 
plus  que  la  traduction  allemande,  d'après  laquelle  on  nous 
a  donné  une  traduction  Françoise;  mais  Pallas  avoit  l'ha- 
bitude de  désigner,  autant  qu'il  le  pouvoit ,  les  objets  par 
leur  nom  vulgaire,  ainsi  qu'on  le  remarque  principalement 
dans  ses  Descriptions  mjnéralogiques.  Or,  les  Russes  d'Eu- 
rope et  d'Asie  donnent  au  pin  cembro  le  nom  de  cèdre, 
ou,  comme  ils  le  prononcent  et  l'écrivent,  hedr.  Ses 
amandes,  qui  forment  une  petite  branche  de  commerce 
pour  les  Sibériens,  se  vendent  dans  tout  l'empire  sous  le 
nom  de  noisettes  de  cèdre,  et  les  fruits  du  coudrier,  que  la 
partie  orientale  de  l'empire  fait  venir  de  Kasan,  y  porte 
le  nom  de  noisettes  de  Kasan.  Le  pin  cembro  ,  qui  a  franchi 
ses  limites  naturelles  et  que  l'on  commence  à  cultiver  dans 
la  Russie  d'Europe,  y  porte  partout  le  nom  de  cèdre. 
Ainsi  Pallas,  selon  son  habitude,  lui  aura  conservé  ce  nom, 
et  si  le  traducteur  allemand  l'a  fait  passer  dans  sa  langue 
sans  tenir  compte  des  observations  précédentes,  l'erreur 
du  traducteur  françois  est  devenue  inévitable. 
«  Mais  opposons  Pallas  lui-même  aux  erreurs  qui  qnt  pu 
se  glisser,  soit  dans  la  relation  de  ses  voyages ,  soit  dans 
les  traductions  qu'on  en  a  faites.  S'il  eût  en  effet  trouvé 
en  Sibérie  une  plante  aussi  remarquable  que  le  cèdre  du 
Liban,  il  ne  l'auroit  pas  omise  dans  sa  Flura  rossicfi.  Or, 
il  n'en  dit  pas  un  mot;  ce  qui  annonce  que  cet  arbre  ne 
se  trouve,  ni  en  Crimée,  ni  sur  le  revers  septentrional 
du  Caucase  ,  lieu  visité  avec  soin  par  l'auteur;  mais  à 
l'article  Piniis  cembra  on  trouve  un  résumé  exact  et  com- 
plet de  tout  ce  qu'il  a  dit,  dans  ses  Voyages,  sur  le  pré- 
tendu cèdre....  Enfin  j'ai  vu  avec  M.  Sokoloff',  l'un  des 
collaborateurs  de  Pallas,  une  plantation  de  ces  prétendus 
cèdres,  à  la  forge  impériale  de  'V^erchnotagnilski ,  dont 
Pallas  a  parlé  dans  ses  Voyages  :  ce  sont  des  pins  cembro.  U 


53o  SAP 

«  est  donc  hors  de  doute  que  par  ce  nom  de  cèdre  Pallas 
«  n'a  jamais  désigné  un  autre  arbre  que  le  pin  cembro.  * 
(L.  D.) 

SAPINDEES.  {Bot.)  Cette  famille  de  plantes,  tirant  son 
nom  du  sapindus  ,  appartient  à  la  classe  des  hypopétalées  ou 
dicotylédones  polypétales  à  étamines  insérées  sous  le  pistil. 
Elle  est  très-naturelle  et  présente  le  caractère  général  formé 
de  la  réunion  des  suivans. 

Calice  à  quatre  ou  cinq  sépales  ou  d'une  seule  pièce  à 
quatre  ou  cinq  divisions  profondes.  Quatre  ou  cinq  pétales  à 
préfloraison  imbriquée ,  insérés  sous  un  disque  hypogyne ,  cor- 
respondans  aux  divisions  du  calice  ou  quelquefois  en  nombre 
différent ,  tantôt  munis  à  leur  onglet  d'une  écaille  interne  con- 
formée en  pétale,  tantôt  sans  écailles  et  quelquefois  charges 
de  poils  sur  le  milieu  de  leur  surface  intérieure  :  rarement 
ces  pétales  manquent  entièrement.  Etamines  à  filets  distincts, 
insérées  sous  le  bord  du  disque  ,  ordinairement  au  nombre 
de  huit,  quelquefois  de  celui  des  pétales,  rarement  plus  ou 
moins.  Ovaire  simple,  porté  sur  le  disque  dont  les  bords 
sont  souvent  relevés,  surmonté  d'un  à  trois  styles  et  autant 
de  stigmates.  Fruit  drupacé  ou  capsulaire  ,  à  trois  loges  ordi- 
nairement monospermes,  dont  une  ou  deux  avortent  quel- 
quefois. Graines  couvertes  en  partie  d'une  arille,  attachées  au 
ias  de  l'aùgle  intérieur  de  leur  loge.  Embryon  sans  péri- 
sperme,  à  radicule  ordinairement  recourbée  sur  les  lobes 
q*ui  sont  aussi  courbés,  rarement  droite  ainsi  que  les  lobes. 
Tiges  herbacées  ou  plus  ordinairement  ligneuses  et  quelquefois 
grimpantes.  Feuilles  alternes,  simples  ou  plus  souvent  com- 
posées. Inflorescence  non  uniforme. 

Cette  famille  peut  être  divisée  en  trois  sections,  caractéri- 
sées par  la  présence  ou  l'absence  de  pétales  simples  ou  dou- 
bles. 

La  première  section  ,  dans  laquelle  les  pétales  paroissent 
doubles,  étant  munis  d'une  écaille  intérieure,  réunit  les 
genres  Cardiospermum ,  Un^illea  de  M.  Kunth  ;  Serjania  de 
Plumier;  PauUinia ,  Akeesia  de  M.  de  Tussac  ou  Btighia  de 
M.  Kœnig  ,  peu  différent  du  précédent;  Kcclreuleriade  M.  Lax- 
mann  ;  Dimeresia  de  M.  Labillardiére  ;  Talisia  et  Matayha 
d'Aublet;  Jporetica  de  Forster,  réuni  par  quelques  auteurs 


SAP  33i 

à  VOrnitrophe,  mais  distinct  par  ses  pétales  intérieurs  et  de- 
vant peut-être  attirer  à  lui  le  Pometia  de  Forster,  et  quel- 
ques Schmidelia  nouveaux,  indiqués  comme  ayant  des  pétales 
doubles. 

Dans  la  seconde  section,  distinguée  par  des  pétales  sim- 
ples, dénués  d'écaillés  intérieures,  doivent  être  placés  les 
genres  Oniitrophe  de  Commerson  ,  auquel  on  réunit  VALlo- 
■phyllus  et  le  Schmidelia  de  Linnaeus,  le  Gemella  de  Loureiro  , 
le  Cominia  de  P.  Browne  ,  et  le  Kabbe  de  Hermann  ou  Rhus 
Cobbe  de  Linna;us;  Sapindus,  Euplioria  de  Commerson,  dont 
le  Scjtalia  de  Gœrtner  et  le  Dimocarpus  de  Loureiro  sont 
synonymes,  et  dont  le  Nephelium  de  Linnaeus  est  congénère; 
Thouinia  de  M.  Poiteau  ;  Toulicia  d'Aublet;  Melicocca,  dont 
on  ne  peut  séparer  le  Schleichera  de  Willdeno^v,  quoique 
apétale;  Cupania,  dans  lequel  sont  confondus  le  Trigonis  de 
Jacquin  ,  le  Molinœa  de  Commerson  ,  et  le  Guioa  de  Ca- 
vanilles  ;  Tina  de  Schulze  ou  Gelonium  de  M.  du  Petit- 
Thouars,  peut-être  encore  congénère  du  précédent;  Hjpe- 
late  de  P.  Browne;  Cossignia  de  Commerson. 

La  troisième  section  renferme  les  genres  apétales  Dodonœa, 
Stadmannia  de  M.  de  Lamarck,  Amirola  de  M.  Persoon ,  ou 
Lagunoa  de  la  Flore  du  Pérou. 

On  laisse  à  la  suite  de  ces  sections  les  genres  suivans,  qui 
ont  avec  la  famille  quelque  affinité,  mais  dont  les  caractères 
ne  sont  pas  assez  connus  r  Ejstathes  de  Loureiro  ,  Alectrioti 
de  Gœrtner,  Enourea  d'Aublet  ,  et  d'après  M.  De  Candolle 
son  Ratonia ,  le  Pedicetlia  de  Loureiro,  le  Racaria  d'Aublet, 
et  le  Valentinia  de  Swarfz,  qui  a  peut-être  plus  d'affinité  avec 
les  samydées.  (J.) 

SAPINDUS.  {Bot.)  Voyez  Savonnier.  (Poir.) 

SAPINETTE.  (Bot.)  On  donne  ce  nom  à  trois  espèces  de 
sapin  de  l'Amérique  septentrionale.  (L.  D.) 

SAPINETTE.  (Mollusq.)  Il  paroit  qu'on  donne  quelquefois 
cette  dénomination  aux  anatifes ,  probablement  à  cause  de 
la  forme  des  appendices  articulés  et  ciliés  de  ces  animaux , 
qui  ressemblent  un  peu  aux  branches  des  sapins.  (De  B.) 

SAPINOS.  (Min.)  Voyez  Sapenos.  (B.) 

SAPOESSI.  (Bot.)  Nom  brame  de  ïarislolochia  indica,  cité 
par  Rhéede.  (J.) 


532  SAP 

SAPONACÉES.  {Bot,)  Ventenat  désignoit  ainsi  les  Sapin- 
t>ÉEs.  Voyez  ce  mot.  (  Lem.) 

SAPONAIRE;  Saponaria,  Linn.  {Bot.)  Genre  de  plantes 
dicotylédones  polypétales,  de  la  famille  des  carjophjllées , 
Juss.,  et  de  la  décandrie  diandrie,  Linn.,  dont  les  principaux 
caractères  sont  les  suivans  :  Calice  monophylle,  tubulé,  à 
cinq  dents  ,  nu  à  sa  base;  corolle  de  cinq  pétales,  à  onglets 
étroits  et  de  la  longueur  du  calice,  terminés  par  un  limbe 
élargi  et  obtus;  dix  étamines  à  filamens  subulës;  un  ovaire 
arrondi  ou  oblong,  surmonté  de  deux  styles  à  stigmates  aigus  ; 
une  capsule  alongée,  à  une  seule  loge,  contenant  des  graines 
nombreuses,  attachées  à  un  placenta  central. 

Les  saponaires  sont  des  plantes  herbacées,  à  feuilles  en-^ 
tières,  opposées,  et  à  fleurs  disposées  en  corymbe  terminal, 
ou  solitaires  dans  les  aisselles  des  feuilles.  On  en  connoit  dix- 
sept  espèces,  dont  la  plus  grande  partie  croit  naturellement 
en  Europe. 

Saponaire  officinale,  vulgairement  Savo^mère;  Saponaria 
officinalis,  Linn.,  Sp.  684.  Ses  racines  sont  alongées,  noueuses, 
rampantes,  blanchâtres,  vivaces.  Elles  produisent  plusieurs 
tiges  cylindriques,  droites,  articulées,  hautes  d'un  pied  et 
demi  à  deux  pieds,  garnies  de  feuilles  ovales -lancéolées, 
sessiles  ou  presque  sessiles ,  opposées,  glabres  comme  toute 
la.  plante,  marquées  de  trois  nervures  longitudinales.  Ses 
fleurs  sont  blanches  ou  d'une  couleur  rose  très-claire,  dis^ 
posées,  à  l'extrémilé  des  tiges  et  des  rameaux,  en  faisceaux 
corymbiformes.  Elles  ont  une  odeur  agréable  et  paroissent  en 
Juillet  et  Août.  On  en  cultive  dans  les  jardins  une  variété 
à  fleurs  doubles.  Cette  plante  croit  dans  les  haies,  les  buis^ 
sons  et  sur  le  bord  des  champs ,  en  France  et  dans  une  grande 
partie  de  l'Europe. 

La  saponaire  a  une  saveur  légèrement  amère  :  elle  passe 
pour  apéritive  et  résolutive;  on  l'emploie  en  médecine  dans 
les  maladies  cutanées,  les  affections  vénériennes,  les  rhuma-r 
tismes,  les  engorgemens  des  viscères,  etc.  On  fait  indiffé-r 
remment  usage  des  racines,  des  tiges,  des  feuilles  ou  des 
sommités  fleuries ,  et  c'est  en  décoction  qu'on  les  prépare. 
Celte  décoction  est  mucilagineuse  et  elle  donne  une  écume 
assez  semblable  à  celle  de  l'eau  de  savon  ;  mais  M.  Bosc  ne 


SAP  355 

croit  pas,  comme  on  l'a  prétendu,  que  cette  décoction  puisse 
servira  enlever  les  taches  du  linge  ou  des  étoffes,  comme  fait 
le  savon.  Les  besliaux  ne  mangent  point  la  saponaire. 

Cette  plante  n'est  point  délicate  sur  la  nature  du  terrain , 
et  elle  se  multiplie  avec  la  plus  grande  facilité  par  ses  ra- 
cines traçantes;  souvent  même  elle  devient  incommode  pour 
les  autres  espèces  qui  sont  dans  son  voisinage,  parce  que,  si 
on  n'a  pas  le  sqin  de  veiller  à  cç  qu'elle  ne  se  propage  pas 
trop  ,  elle  ne  tarde  pas  à  envahir  beaucoup  d'espace.  Elle 
mérite  d'ailleurs  par  la  beauté  de  ses  fleurs  et  leur  agréable 
odeur,  qu'on  en  plante  quelques  pieds  toutes  les  fois  qu'on 
a  un  jardin  d'une  certaine  étendue. 

Saponaire  a  fleurs  jaunes;  Saponaria  lutea,  Linn.,  Sp.  585. 
Sa  racine  est  une  souche  ligneuse  ,  qui  produit  des  feuilles 
nombreuses,  linéaires,  glabres,  ramassées  en  gazons  épais. 
Du  milieu  de  ces  feuilles  s'élèvent  plusieurs  tiges  légère- 
ment velues,  hautes  de  deux  à  trois  pouces,  simples,  garnies 
seulement  de  deux  à  trois  couples  de  feuilles,  et  terminées 
par  un  petit  cgrymbe  serré,  formé  de  cinq  à  huit  fleurs 
jaunes,  dont  le  calice  est  hérissé  de  poils  nombreux.  Cette 
espèce  croît  dans  les  fentes  des  rochers  des  Alpes  de  la 
Suisse  et  du  Piémont.  Lapeyrouse  l'indique  aussi  dans  les 
Pyrénées. 

Saponaire  des  vaches;  Saponaria  vaccaria ,  Linn.,  Spec. , 
585.  Sa  tige  est  droite,  cylindrique,  haute  d'un  pied  à  dix- 
huit  pouces,  simple  inférieurement,  rameuse  dans  sa  partie 
supérieure,  garnie  de  feuilles  lancéolées,  sessiles  et  connées 
à  leur  base ,  d'un  vert  glauque.  Ses  fleurs ,  d'un  rouge  vif,  plus 
rarement  blanches,  sont  portées  sur  des  pédoncules  grêles  à 
l'extrémité  des  tiges  et  des  rameaux,  et  disposées  en  une  sorte 
de  panicule  lâche.  Les  calices  sont  renflés ,  pyramidaux  et  à 
cinq  angles  saillans.  Cette  plante  croît  dans  les  champs  parmi 
les  moissons,  en  France,  en  Allemagne,  en  Suisse,  etc.  Les 
bestiaux  et  surtout  les  vaches  l'aiment  beaucoup  et  la  man- 
gent avec  avidité. 

Saponaire  ocymoïde  ;  Saponaria  ocjmoides,  Linn. ,  Spec. ,  585  ; 
Jacq. ,  FI.  Aust.,  app.  ,  tab.  2 5.  Ses  tiges  sont  divisées  dès 
leur  base  en  rameaux  nombreux ,  dichotomes ,  couchés ,  longs 
de  huit  à  dix  pouces,  pubesceos,  garnis  de  feuilles  ovales^ 


334  SAP 

rétrécies  à  leur  base,  ciliées  en  leurs  bords.  Ses  ileurs  sont 
purpurines  ou  quelquefois  blanches,  portées  sur  des  pédon- 
cules velus,  ainsi  que  les  calices,  et  disposées,  dans  la  partie 
supérieure  des  rameaux,  en  une  sorte  de  corymbe  ou  de  pa- 
nicule  lâche.  Cette  espèce  croît  naturellement  sur  les  rochers 
dans  le  Midi  de  la  France,  de  l'Europe  et  en  Barbarie.  (L.  D.) 

SAPONARIA.  {Bot.)  On  a  donné  ce  nom  latin  à  un  genre 
de  plantes  dont  quelques  espèces,  battues  dans  l'eau,  y  dé- 
posent une  matière  savonneuse ,  que  l'on  peut  employer 
comme  remède  fondant  et  comme  utile  pour  lessiver  le  linge 
ou  les  laines.  (Voyez  Saponaire.  )  Quelques  espèces  de  gjpso- 
pliila,  jouissant  des  mêmes  propriétés,  ont  aussi  recule  même 
nom  dans  quelques  lieux  méridionaux,  ainsi  qu'un  arbre, 
sapindus  saponaria,  dont  les  graines  fournissent  la  même  sub- 
stance. (J.  ) 

SAPONELLE.  (Foss.)  On  croit  que  c'est  à  une  espèce  d'échi- 
nide  fossile  et  de  forme  ronde,  à  laquelle  Luid  a  donné  ce 
nom.  Lit.  brit. ,  n."  1687.  (D.  F.) 

SAPONIÈRE.  (Bot.)  C'est  la  saponaire.  (L.  D.) 

SAPONIFICATION.  (C/iim.)  Ce  mot  a  deux  acceptions;  il 
désigne  :  1.°  l'opération  par  laquelle  ,  au  moyen  d'une  base 
salifiable  et  de  certains  corps  gras  non  acides,  on  obtient 
des  corps  gras  acides;  2.°  le  phénomène  que  présentent  des 
corps  gras  non  acides,  lorsqu'ils  acquièrent  l'acidité  sous  l'in- 
fluence d'un  alcali.  Dans  les  arts ,  c'est  toujours  par  l'opération 
que  nous  venons  de  définir  qu'on  se  procure  le  savon  ;  mais 
si  l'on  en  faisoit,  en  unissant  à  la  potasse  ou  à  la  soude  les 
acides  stéarique  ,  margariqne  et  oléique  ,  qui  constituent 
essentiellement  tous  les  savons  dont  on  fait  usage,  il  ne  fau- 
droit  pas  donner  à  cette  dernière  opération  le  nom  de  sapo- 
nificafion,  puisqu'elle  ne  consiste  qu'à  unir  simplement  des 
acides  avec  des  alcalis. 

Les  corps  gras  non  acides,  susceptibles  d'éprouver  la  sapo- 
nification ,  sont: 

1."  La  cétine,  susceptible  d'être  changée  par  les  alcalis  en 
acides  margariqne  et  oléique,  et  en  éthal. 

2."  La  stéarine  de  mouton  ,  susceptible  d'être  changée,  dans 
les  mêmes  circonstances,  en  glycérine  et  en  acides  stéarique, 
margarîque  et  oléique. 


SAP  535 

3."  et  4.°  La  stéarine  d'homme  et  l'oléine,  susceptibles  de 
donner  les  mêmes  produits  que  la  précédente,  excepté  l'acide 
stéarique. 

5.°,  6.°  et  7."  La  phocéninc  ,  la  butirine,  l'hircine,  suscep- 
tibles de  donner,  dans  les  mêmes  circonstances,  delà  gly- 
cérine, de  l'acide  oléique  et  un  ou  plusieurs  acides  gras  vo- 
latils. 

J'ai  démontré  que  la  saponification  des  corps  précédens  a 
lieu  sans  le  contact  de  l'oxigène  ;  qu'il  suffit,  pour  l'efTec tuer, 
d'exposer  à  une  certaine  température  les  corps  gras  saponi- 
fiables,  avec  de  Feau  et  les  bases  salifiables  suivantes:  la  soude, 
la  potasse,  la  baryte,  la  strontiane,  la  chaux,  l'oxide  de  zinc 
et  le  protoxide  de  plomb. 

La  magnésie  n'opère  la  saponification  qu'avec  la  plus  grande 
difficulté;  et  si  l'ammoniaque  l'opère,  ce  n'est  qu'avec  une 
lenteur  extrême  ,  au  moins  quand  les  matières  sont  préser- 
vées du  contact  de  l'oxigène. 

J'ai  démontré  qu'il  ne  se  produit  pas  d'acide  carbonique, 
ni  d'acide  acétique,  quand  les  corps  gras  précités  sont  sapo- 
nifiés, et  en  outre,  que  l'on  retrouve  dans  les  acides  gras  et 
la  glycérine  ou  l'éthal  d'une  saponification,  tous  ies  élémens 
des  corps  gras  saponifiés  ;  plus  de  l'oxigène  et  de  l'hydrogène, 
dans  le  rapport  où  ces  élémens  constituent  l'eau. 

J'ai  démontré  en  outre  que  la  potasse  ou  la  soude  ne  peu- 
vent saponifier  que  la  quantité  de  graisse  capable  de  fournir 
la  proportion  d'acides  gras  nécessaires  pour  neutraliser  ces 
alcalis.  (Ch.) 

SAPONOLITHE.  (Min.)  Nom  scientifique  que  M.  Fischer 
a  donné  à  la  pierre  très- onctueuse,  qu'on  nomme  si  impro- 
prement savon  de  montagne,  Seifenstein,  etc.  Voyez  Stéatite 
et  Argile  smectite.  (  B.  ) 

SAPOTA.  {Bot.)  Ce  nom,  donné  par  Plumier  au  sapotillier 
des  Antilles,  a  été  changé  sans  raison,  par  T.innaeus,  en  celui 
d''achras.  Il  est  employé  seulement  pour  désigner  la  famille 
des  sapotées,  dont  ce  genre  fait  partie.  (J.) 

SAPOTE-BORACHO.  {Bot.)  Le  lucuma  salicifolium  est  ainsi 
nommé  dans  le  Mexique  ,  suivant  M.  Bonpland.  Dans  Fîle 
de  Cuba  on  nomme  sapote  de  coulevra ,  le  lucuma  serpentaria 
de  la  Flore  équinoxiale.  Le  sapote  negro  est  un  plaqueœinier. 


556  SAP 

diospjros  ohtusifolia  de  Willdenow.  M.  Kunth  cite  aussi  le 
nom  péruvien  de  sapote  à  son  Matisia  cordata,  genre  de  sa 
famille  des  bombacées.  (J.) 

SAPOTÉES.  (Bol.)  Famille  de  plantes  qui  tire  son  nom  du 
sapotillier  ,  sapota  de  Plumier,  achras  de  Linna?us  :  elle  ap- 
partient à  la  classe  des  hypocoroliées  ou  dicotylédones  à  co- 
rolle monopétale,  insérée  sous  l'ovaire.  Son  caractère  général 
est  formé  de  la  réunion  des  suivans. 

Calice  d'une  seule  pièce  ,  persistant,  infère,  non  adhérent  à 
l'ovaire ,  divisé  à  son  limbe  en  plusieurs  lobes  imbriqués  dans  la 
préfloraison  ,  quelquefois  accompagné  d'écaillés  extérieures. 
Corolle  hypogyne,  monopétale,  régulière,  divisé  en  autant  de 
lobes.  Etamines  à  filets  distincts,  insérées  au  tube  de  la  co* 
roUe,  tantftt  en  nombre  double  de  celui  de  ses  lobes,  et  alors 
toutes  fertiles,  tantôt  en  nombre  égal,  opposées  alors  à  ces 
lobes  et  séparées  alternativement  par  autant  de  languettes 
représentant  des  filets  d'étamines  stériles  (dans  Vomphalocar' 
pum  ces  etamines  sont  plus  nombreuses,  et  rassemblées  en  fais- 
ceaux entre  chaque  languette  et  devant  chaque  lobe).  Ovaire 
simple,  supère  ,  non  adhérent,  à  plusieurs  loges,  remplies 
chacune  d'un  seul  ovule  attaché  au  bas  de  la  loge  ;  style 
simple  ;  stigmate  ordinairement  non  divisé.  Fruit  charnu  , 
quelquefois  couvert  d'une  croûte  solide,  multiloculaire  ,  à 
loges  monospermes ,  dont  plusieurs  avortent  souvent  (quel- 
quefois toutes,  à  l'exception  d'une).  Graines  couvertes  d'un 
tégument  presque  osseux,  lisse  et  luisant ,  excepté  à  leur  om- 
bilic, placé  sur  le  côté  inférieur  et  intérieur,  tantôt  arrondi , 
tantôt  plus  étroit  et  alongé.  Périsperme  charnu,  existant  or- 
dinairement ,  manquant  quelquefois.  Embryon  à  radicule 
courte,  descendante,  à  lobes  plans  et  beaucoup  plus  grands, 
épaissis  quand  il  n'y  a  pas  de  périsperme,  minces  quand  il 
existe,  recouvrant  alors  l'embryon.  Plantes  remplies  d'un 
suc  laiteux.  Tiges  ligneuses,  s'élevant  en  arbrisseaux  ou  en 
arbres.  Feuilles  alternes,  simples ,  à  bords  ordinairement  en- 
tiers. Pédoncules  uniflores,  solitaires  ou  en  faisceaux  aux  ais- 
selles des  feuilles. 

On  rapporte  à  cette  famille  les  genres  Sideroxjlum,  Sersa- 
Tisia  de  M.  Brown,  peu  différent  du  précédent;  Bumelia  de 
Swartz  ;  Bassia  et  son  congénère  Madhuca   de  Hamilton  et 


SAP  357 

Boxburg;  Mimusops ,  auquel  VImbricarîa  de  Cointnerson  est 
réuni;  Chrysophjllum,  Lucuma  ,  Acliras  ou  Sapota  de  Plumier- 
Omplialocarpum  de  Beauvois. 

Un  des  caractères  principaux  de  cette  famille  très- natu- 
relle,  est  tiré  des  étamines,  en  nombre  double  de  celui  des 
lobes  de  la  corolle  et  alors  toutes  fertiles,  ou  en  nombre  éeal 
et  opposées  à  ces  lobes,  alternes  avec  des  languettes  repré- 
sentant des  filets  d'étamines  stériles.  L'absence  de  ces  lan- 
guettes dans  le  manglilla  (caballeria  delà  Flore  du  Pérou  ou 
scleroxylum  de  Willdenow),  qui  n'a  que  cinq  étamines,  a  dé- 
terminé M.  Kunth  à  reporter  ce  genre  dans  les  ardisiacées, 
famille  voisine,  qui  est  dépourvue  de  ces  langueties.  Il  y  a 
renvoyé  également  le  Jacquinia,  qui  en  est  dépourvu,  mais 
dans  lequel  la  corolle  est  divisée  en  dix  lobes,  dont  cinq  in- 
térieurs ,  plus  petits  et  alternes  avec  les  étamines,  mais  dans 
un  plan  plus  extérieur,  auroient  peut-être  quelque  simili- 
tude avec  des  languettes;  d'où  il  suit  que  le  Jacjuiniaj  dont 
le  port  est  <l'ailleurs  différent  de  celui  des  sapotées.  pourroit 
servir  de  point  de  transition  de  cette  famille  aux  ardisiacées. 
Mais,  pour  fixer  défînilivement  les  idées  sur  ce  classement 
des  deux  genres,  il  faudra  vérifier  s'ils  ont  l'embryon  fili- 
forme, flexueux,  à  radicule  plus  longue  que  les  lobes,  placé 
presque  transversalement  au  milieu  du  périsperme,  comme 
dans  les  ardisiacées,  ou  s'il  est  conformé  et  disposé  comme 
dans  les  sapotées.  Les  mômes  observations  devront  être  faites 
sur  le  Nfcterisition  de  la  Flore  du  Pérou,  que  M.  Kunth  réu- 
nit aux  sapotées,  quoique  dénué  de  languettes,  et  que  par 
cette  raison  nous  avions  rapproché  du  Mjrsine  dans  les  ardi- 
siacées. 

Les  arbres  qui  ont  fourni  les  fruiéf  du  calvaria  ,  du  ros- 
tellaria  et  du  vitelaria,  ligures  par  M.  Gaertner  CJs,  paroissent 
appartenir  plus  certainement  aux  sapotéfs. 

A  la  suite  de  cette  famille  on  citera  avec  doute  les  genres 
Rapanea  d'Aublet,  Othera  de  Thunberg,  Cj'rta  de  Loureiro, 
et  Xjstris  de  Schreber,  dont  l'affinité  a  besoin  d'être  vérifiée 
par  un  nouvel  examen.  (J.  ) 

SAPOTILLIER,  Achras.  (Bot.)  Genre  déplantes  dicotylé- 
dones, à  fleurs  complètes,  monopétalées,  de  la  famille  des 
sapotées,  de  Vhexandrie  monogjnie  de  Linnseus,  offrant  pour 

47»  23 


338  SAP 

caractère  essentiel  :  Un  calice  à  six  folioles,  placées  sur  un 
double  rang;  une  corolle  campanulée ,  à  six  divisions;  six 
écailles  échancrées,  placées  à  l'orifice  de  la  corolle  ,  ainsi  que 
les  six  étamines  ;  un  ovaire  supérieur,  surmonté  d'un  style 
plus  Ion"  que  la  corolle  et  d'un  stigmate  obtus.  Le  fruit  est 
une  pomme  globuleuse,  charnue,  à  douze  loges;  autant  de 
semences  comprimées,  avec  une  cicatrice  longitudinale. 

Plusieurs  réformes  ont  été  établies  dans  ce  genre  depuis 
Linné.  M.  de  Jussieu  en  a  retranché  VAchras  mammosa  , 
dont  il  a  formé  le  genre  Ldcuma  (voyez  ce  mot).  D'autres 
espèces  de  sapotilliers  ont  été  reportées  dans  le  Bumelia  de 
Swartz  (voyez  Bumélie).  La  principale  différence  entre  ces 
oenrcs  consiste  particulièrement  dans  le  nombre  des  parties 
de  la  fructification. 

Sapotillier  commun:  Achras  sapota,  Linn.,  Spec,  Lamk.  ; 
Jll.  gen. ,  lab.  255;  Brown,  Jam.,  tab.  19,  fig.  3;  Sloan., 
Jam.  Hist.  2,  tab,  169,  fig.  2.  Arbre  fort  élégant,  qui  dis- 
tille de  son  écorce  un  suc  blanc ,  tenace  et  visqueux  ;  son 
tronc  varie  de  hauteur,  selon  les  localités;  il  s'élève  depuis 
dix  jusqu'à  cinquante  pieds  de  haut;  son  bois  est  blanc;  son 
ccorce  brune;  il  se  divise  en  rameaux,  réunis  en  une  belle 
cime;  les  plus  jeunes  sont  épais,  un  peu  charnus,  garnis  de 
feuilles  alternes,  éparses,  pétiolées,  épaisses,  ovales,  lancéo- 
lées, entières,  aiguës  à  leurs  deux  extrémités,  longues  de 
quatre  à  cinq  pouces  sur  environ  deux  pouces  de  large,  gla- 
bres à  leurs  deux  faces ,  luisantes  en  dessus.  Les  fleurs  sont 
éparses,  solitaires,  axillaires ,  pédonculées,  blanchâtres,  ino- 
dores :  elles  varient  dans  leur  forme,  selon  que  la  floraison 
est  plus  ou  moins  avancée.  Les  folioles  du  calice  sont  ovales, 
concaves,  aiguës;  la  corolle  est  monopétale,  plus  longue  que 
le  calice  ;  son  tube  campanule,  à  six  divisions  planes  ,  presque 
ovales,  avec  autant  d'écaillés  à  l'orifice,  échancrées  à  leur 
sommet  ;  les  six  étamines  sont  insérées  à  l'entrée  de  la  co- 
rolle ;  les  filamens  courts  et  subulés  ,  un  peu  courbés;  l'ovaire 
est  arrondi,  comprimé  à  ses  deux  extrémités  ;  il  lui  succède 
une  pomme  assez  grosse,  globuleuse,  mais  variable  dans  sa 
forme,  divisée  en  douze  loges,  renfermant  autant  de  se- 
mences, dont  plusieurs  avortent. 

Cet  arbre  croît  dans  plusieurs  contrées  de  l'Amérique  mé- 


SAP  539 

ritîionale  ,  mais  il  se  trouve  particulièrement  à  la  Jamaïque, 
au  milieu  des  forêts.  Ses  fruits  sont  assez  recherchés  •  ils  ont 
une  saveur  douce,  mais  un  peu  fade.  On  les  sert  en  Amérique 
sur  foutes  les  tables.  Il  faut,  pour  les  trouver  plus  agréables 
attendre  qu'ils  commencent  presque  à  se  pourrir.  Beaucoup 
d'oiseaux  et  autres  animaux  en  sont  ti;ès-friands.  L'écorce  de 
l'arbre  passe  pour  astringente  et  bonne  pour  couper  la  fièvre. 

Sapotillier  découpé:  Achras  dissecta ,  Linn. ,  Suppl, ,  210- 
Manil-kara,  Rhéed.,  Malab.,  4,  tab.  sS,  vulgairement  Bois  de 
NATTE.  Arbre  d'une  grandeur  médiocre.  Son  tronc,  d'où  dé- 
coule une  liqueur  onctueuse  et  inodore,  est  revêtu  d'une 
écorce  d'un  vert  noirâtre.  Il  se  divise  en  longues  branches 
latérales ,  diffuses  et  en  rameaux  épars ,  garnis  de  feuilles 
alternes,  pétiolées  ,  très- épaisses  ,  coriaces  ;  les  unes  ovales 
d'autres  un  peu  oblongues,  luisantes,  glabres  à  leurs  deux 
faces,  obtuses,  très- entières,  rétrécies  à  leur  base  à  ner- 
vures fines,  très-rapprochées,  traversées  en  dessous  par  une 
c6te  épaisse  :  froissées  entre  les  doigts,  elles  donnent  une 
liqueur  laiteuse,  acre  et  visqueuse.  Les  fleurs  sont  situées  à 
l'extrémité  des  rameaux  sur  de  longs  pédoncules  pubescens 
striés,  épars  entre  les  feuilles.  Le  calice  est  composé  de  six 
folioles  aiguës,  lanugineuses,  de  couleur  purpurine,  ainsi 
que  la  corolle.  Les  fruits  ont  la  couleur,  la  forme  et  la  gros- 
seur d'une  olive  verte  ;  ils  fournissent  une  liqueur  visqueuse. 
Leur  chair,  quand  ils  sont  mûrs,  est  d'une  saveur  douce 
acidulée.  Elle  excite  l'appétit  et  facilite  la  digestion.  Cette 
plante  croit  dans  la  Chine,  aux  îles  Manilles.  On  la  cultive 
au  Malabar  et  dans  plusieurs  autres  contrées  de  l'Inde.  Ses 
feuilles,  pilées,  broyées  avec  du  gingembre  et  autres  plantes 
aromatiques,  sont  employées  à  l'extérieur  dans  les  paralysies. 

Sapotillier  a  fleurs  sessiles;  Achras  sessilis ,  Poir. ,  Enc. 
Très-belle  espèce,  dont  les  rameaux  sont  fort  épais;  l'écorce 
rugueuse ,  épaisse.  Les  feuilles  sont  alternes  ou  éparses ,  fort 
amples,  coriaces,  pétiolées,  oblongues,  rétrécies  en  coin  à 
leur  base ,  obtuses,  arrondies,  quelquefois  un  peu  échan- 
créesau  sommet,  glabres,  luisantes,  entières,  traversées  par 
une  côte  saillante  avec  des  nervures  latérales,  fines,  dis- 
tantes, très -simples,  dont  l'intervalle  est  occupé  par  des 
veines  agréablement  réticulées.  Les  fleurs  sont  éparses  entre 


34à  SAP 

les  feuilles,  vers  l'extrémité  des  rameaux,  assez  riombreuse^ , 
sessiles,  ou  à  peine  pédicellées,  solitaires.  Le  calice  est  un 
peu  pubescent,  de  couleur  brune.  Cette  espèce  croit  à  Tlsle- 
de- France.  Sa  corolle  et  ses  fruits  n"ont  pu  être  observés. 
(PoiR.) 

SAPPARE.  {Min.)  Nom  que  de  Saussure  a  donné  à  la  pierre 
nommée  aussi  cyanite  ,  et  ensuite  Disthène  par  Haiiy  (voyez 
ce  mot).  Tl  a  appliqué  ce  nom  ,  qui  est  dans  l'Inde  synonyme 
de  saphir,  au  disthène  du  Saint-Gothard,  à  cause  de  la  belle 
couleur  bleue  qu'il  possède  quelquefois.   (B.  ) 

SAPPARITE.  (Mm.)  M.  de  Schlotheim  a  décrit  sous  ce 
nom  un  minéral  qui  paroit  avoir  quelque  analogie  avec  le 
disthène,  que  de  Saussure  avoit  nommé  sappar. 

Il  est  d'un  bleu  assez  intense,  avec  un  éclat  chatoyant  ar- 
gentin. Ses  cristaux  dérivent  d'un  prisme  quadrilatère  rec- 
tangulaire. Ils  sont  divisibles  assez  facilement  et  assez  nette- 
ment dans  le  sens  longitudinal;  mais  la  division  transversale 
présente  une  cassure  inégale,  passant  à  l'écailleuse.  11  est 
transparent,  d'une  foible  dureté;  il  ne  peut  rayer  le  verre: 
sa  poussière  est  d'un  gris  blanchâtre  clair. 

Ce  minéral  vient  du  Pégu  ou  de  Ceilan  :  il  s'est  trouvé  en- 
gagé dans  une  druse  de  spinelle  octaèdre. 

Il  est  difficile ,  d'après  des  caractères  si  vagues  et  si  incom- 
plets ,  de  dire  si  ce  minéral  est  une  espèce  particulière  ou 
une  simple  modification  de  disthène.  (Leonhard,  Taschenb., 
1809,  p.  127,  tiré  du  magasin  des  naturalistes  de  Berlin,  1, 
3o5.)(B.) 

SAPROLEGMIA.  (Bot.)  Dans  le  Bulletin  des  sciences  na- 
turelles pour  18:^4,  page  48  ,  ce  nom  est  donné  au  Sairoleg- 
NiA ,  décrit  ci-après.  (Le.m.) 

SAPROLEGNIA.  {Bot.)  Ce  genre,  de  la  famille  des  algues, 
formé  sur  quelques-unes  de  ces  plantes  confondues  avec  les 
conferves,  et  dont  les  naturalistes  sont  portés  à  faire  un  règne 
intermédiaire,  a  été  établi  par  Nées  et  Wiegmann;  il  forme 
avec  Vjichlya  {Hj^'dronema ,  Car.  )  et  le  Pjythium  de  Wiegmann , 
jNées ,  etc.,  un  groupe  ou  appendice  des  Leptomites  de  l'ordre 
àesBafrachospermes,  de  la  cohorte  des  Hydrophyces,  c'est-à-dire 
des  Algues,  dans  la  nouvelle  classification  de  Pries.  Ce  grou- 
pement avoit  été  établi  avant  Pries  par  M.  Carus  dans  ses 


SAP  341 

Observations  sur  les  genres  d'Algues  et  de  Moississures  qui 
croissent  sur  les  animaux  morts  et  sous  Feau.  (Not-,  Act.acad, 
nat.  cur.  ,  vol.  2  ,  p.  495.  )  Les  caractères  du  saprolegnia  sont 
ceux-ci  :  Plantes  mucides,  à  filamens  cloisonnés,  et  sporidies 
ou  globules  sortant  en  série  de  leur  loge  respective,  simples, 
douées  de  mouvemens  et  s'éparpillant  ensuite.  Ce  g(>nre  a 
quelque  analogie  avec  le  Tiresias  de  Bory  de  Saint- Vincent, 
et  le  Proliféra  de  Vaucher  :1e  Conferva  ferax  de  Gruithuisen 
en  fait  partie.  (Lem.) 

SAPROMA,  Gatinette,  Saprome.  {Bot.)  Nouveau  genre  de 
la  famille  des  mousses,  ainsi  nommé  par  MM.  Mougeot  et 
Nestler,  et  adopté  par  Bridel  ;  mais  établi  et  publié  par 
Schwaegrichen  sous  la  dénomination  de  Bruchia  :  il  est  voisin 
du  Voitia  et  du  Phj'sedium  ,  et  tous  les  trois  sont  fort  rappro- 
chés du  Pliascum. 

Le  Saproma  est  caractérisé  par  sa  capsule  clause,  égale, 
munie  d'une  apophyse  à  sa  base,  recouverte  d'une  coiffe  cam- 
panulée ,  fendue  sur  son  bord  en  plusieurs  parties,  et  fermée 
par  un  opercule  rudimentaire ,  un  peu  en  bec  et  persistant. 
Lesséminules  ne  sortent  qu'après  la  destruction  de  la  capsule. 

he  Saproma  vogcsiacum  ,  Moug.  etNestl.;  hrid.,  Brjyol.  unit'., 
1  ,  p.  53,  pi.  1  ;  Bruchia  vogesiaca,  ScItv/.  ,  Suppl. ,  :■■ ,  p.Cji, 
tab.  1  27  ,  est  la  seule  espèce  du  genre  :  c'est  une  petite  mousse 
d'une  à  quatre  lignes,  à  tige  simple  ou  divisée,  garnie  de 
feuilles  ovales  à  la  base,  puis  subulées  ;  les  feuilles  périché- 
tiales  sont  plus  longues,  courbées  et  rejetées  du  même  côté; 
le  pédicelle  de  la  capsule  est  un  peu  flexueux,  long  d'une 
à  trois  lignes;  son  sommet  se  termine  en  une  apophyse  verte 
qui  se  confond  avec  la  capsule  sans  en  pouvoir  être  distinguée. 
Cetle  petite  mousse  est  terrestre,  vivace,  semblable  à  un 
phascum  ,  et  se  trouve  dans  les  Vosges.  Elle  a  été  découverte 
par  MM.  Mougeot  et  Nestler,  à  terre  sur  les  bouses  de  vaches 
dans  les  parties  élevées  du  mont  Hohneck,  pendant  le  mois  de 
Septembre  1822.  Cette  mousse  a  des  fleurs  mâles  et  femelles, 
terminales ,  dioïques ,  rarement  monoïques  :  les  fleurs  mâles 
sont  presque  capituliformes  ;  elles  contiennent  environ  dix 
anthères  et  des  paraphyses  filiformes  stipités. 

Ce  genre  diffère  du  phascum  par  la  forme  de  sa  coiffe,  par 
sa. capsule,  qui  ne  se  détache  point  du  pédicelle  et  ne  se  iend. 


0-u  SAP 

point  par  le  côte,  mais  qui  se  détruit  sur  son  pëdicelle.  II  se 
distingue  du  voitia  par  sa  coiffe  en  forme  de  mitre,  laciniée 
et  caduque ,  et  de  l'un  et  de  l'autre  par  la  présence  de  l'apo- 
physe au  bas  de  la  capsule. 

Le  genre  Phjsedium  {Ampoulette) ,  que  nous  n'avons  pu 
faire  connoître  à  sa  lettre,  parce  que  la  Bryologie  univer- 
selle de  Bridel  n'a  paru  que  dan«  ces  derniers  temps,  est  encore 
trés-voisin  du  phascum.  Il  est  caractérisé  par  la  coifFe  cucu- 
liforme,  entière  à  sa  base ,  caduque;  parla  capsule  clause, 
sans  bouche,  égale,  munie  d'une  apophyse  basilaire  et  d'un 
opercule  rudimentaire  persistant. 

Le  Phjsedium  splachnoides  ,  seule  espèce  du  genre  ,  est  une 
très -petite  mousse  droite,  presque  sans  tige,  à  peine  ra- 
meuse, garnie  de  feuilles  ovales,  pointues,  concaves,  très- 
entières;  la  capsul^  estoblongue,  cylindrique.  Cette  plante 
a  été  recueillie  en  petits  gazons  sur  la  terre  nue  près  de 
Kankerbay  au  cap  de  Bonne-Espérance.  C^est  le  phascum  spla-f 
clmoides  ,  Hornsch. ,  Hor.  phjs.  herol. ,  p.  67  ,  pi.  1 2  ,  Cg.  1  —  4. 
(Lem.) 

SAPYGE,  Sapjga,  (Entom.)  Genre  d'insectes  hyménoptères, 
établi  sous  ce  nom  par  M.  Latreille  comme  voisin  de  celui 
des  scolies,  et  par  conséquent  de  notre  famille  des  florilèges 
ou  anthophiles. 

Fabricius  ,  dans  son  Système  des  Piézates,  a  réuni  les  es- 
pèces de  scolies  séparées  par  M.  Latreille  en  un  genre  qu'il 
a  nomme  Hellus. 

M.  Latreille  a  décrit  sous  le  nom  de  sapyge  à  six  points,  le 
mâle  et  la  femelle  d'une  même  espèce  :  fun  est  lliellus  qua- 
driguttalus  mâle  ,  l'autre  Yhellus  sexpunctalus  femelle  ,  plus 
grosse.  C'est  aussi  le  même  insecte  que  Geoffroy  a  nommé 
guêpe  nqire  à  quatre  points  blancs  sur  le  ventre.  Klug  les  a  figurés 
pi.  7,  n.^'A,  5  et  6. 

Une  autre  espèce  a  été  décrite  sous  le  nom  de  scolia  ou 
d'he//u5  prisma,  qui  est  l'flpjs  clavicornis  de  Linnœus  ,  parce 
que  le  mâle  a  les  antennes  terminées  en  massue.  C'est  un  petit 
insecte  noir,  dont  l'abdomen  présente  trois  bandes  souvent  in- 
terrompues et  un  point  anal  jaunâtre  ou  blanchâtre.  (C.  D.) 

SAQ-EL-HAMAM.  {Bol.)  Nom  arabe  d'une  vipérine, 
Échinum  prostrntiim  de  M,  Desfontaines,  suivant  M.Delile,  (J,) 


SAR  343 

SAQR.  (Ornîth.)  Selon  M.  Savigny,  dans  ses  Oiseaux  d'É- 
gyple  et  de  Syrie ,  les  noms  arabes  de  saqr  chahjn  ,  saqr  el 
ghazal,  saqr  el  baz  ,  saqr  el  tejr  ,  s'appliquent  au  faucon  com- 
mun^/âZco  commuais,  GmeL,  en  diverses  contrées  de  l'Egypte; 
celui  de  saqr  el  gerad,  à  l'émerillon  ,  falco  œsalon,  Linn.  ,  et 
celui  de  saqr  elfjran^  à  la  soubuse  ,  falco  pygargus  ,  Linn. 
(  Ch.  D.  ) 

SAR.  {Bot.)  Nom  qui  désigne  les  varecs ,  dans  le  pays 
d'Aunis,  selon  M.  Bosc-  (Lem.) 

SAR.  {Ichthyol.)  Dans  quelques  parties  de  l'Europe  méri- 
dionale on  donne  ce  nom  au  sargue  ordinaire.  Voyez  Sargue. 
(H.  C) 

SARA.  (Bot.)  Nom  arabe  du  gouet  ou  pied-de-veau,  arum, 
cité  par  Daléchamps.  (J.) 

SARAB.  {Bot.)  Nom  arabe  du  cadaha  farinosa  de  Forskal. 
(J.) 

SARAB.  {Ichthjol.)  Nom  égyptien  de  la  Saufe.  Voyez  ce 
mot.  (H.  C.) 

SARACA.  {Bot.)  Genre  de  plantes  dicotylédones,  à  fleurs 
incomplètes,  irréguliéres,  de  la  famille  des  légumineuses ,  de 
la  diadelphie  hexandrie  de  Linnaeus,  offrant  pour  caractère 
essentiel  :  Une  corolle  monopétale  ,  infundibuliforme  ,  à 
quatre  divisions;  point  de  calice;  six  étanunes  en  deux  pa- 
quets opposés ,  insérées  à  l'orifice  de  la  corolle;  un  ovaire 
supérieur,  comprimé;  un  style  incliné;  le  stigmate  obtus. 
Le  fruit  n'a  point  été  observé.  Cette  plante  seroit-elle  la 
même  que  I'Ionesia  de  Roxburg?  (Voyez  ce  mot.) 

Saraca  des  Indes;  Saraca  indica,  Linn.,  Mant. ,  98  ;  Burm*» 
Flor.  ind.,  tab.  26;  fig.  2.  Arbre  des  Indes,  imparfaitement 
connu.  Son  tronc  se  divise  en  branches  diffuses  et  en  rameaux 
alternes,  garnis  de  feuilles  alternes,  pétiolées,  composées  de 
quatre,  six  ou  huit  folioles  pédicellces,  oblongues.  Les  fleurs 
sont  disposées  en  plusieurs  épis  ovales,  alternes  ,  formant  une 
panicule  par  leur  ensemble.  Ces  épis  sont  munis  de  bractées 
opposées  deux  à  deux,  imbriquées,  ovales,  lancéolées.  Il  n'y 
a  point  de  calice.  La  corolle  est  monopétale,  en  entonnoir; 
Je  limbe  divisé  en  quatre  découpures  ovales,  ouvertes;  1» 
division  supérieure  plus  écartée;  l'orifice  élevé  à  son  bord; 
elle  renferme  six  étamines  diadelphes,  à   fiiamens  sétacéa, 


344  SAR 

inclinés,  insérés  à  l'orifice  de  la  corolle,  réunis  trois  par 
trois  à  leur  base  ,  formant  deux  paquets  opposés;  l'ovaire  est 
oblong,  comprimé,  pédicellé,  de  la  longueur  des  élamines  ; 
le  style  subulé,  incliné,  aussi  long  que  l'ovaire  ,  terminé  par 
un  stigmate  obtus.  Cette  plante  croit  dans  les  Indes  orien- 
tales.   (POIR.) 

SAKACÉNAIRE.  (Foss.)  J'ai  reçu  d'Italie  de  petites  co- 
quilles, dont  les  plus  longues  n'ont  qu'une  ligne  et  demie 
sur'une  demi-ligne  de  diamètre.  Elles  sont  lisses,  triangu- 
laires, cellulées ,  et  ne  portent  aucune  trace  d'ouverture 
extérieure.  J'ai  cru  qu'elles  dévoient  constituer  un  genre 
particulier,  auquel  j'ai  donné  le  nom  de  Saracénaire,  attendu 
que  les  coquilles  qu'il  renferme,  ressemblent  parfaitement  à 
un  petit  grain  de  sarrazin  ;  j'ai  donné  à  la  seule  espèce  que 
je  connoisse,  et  qui  a  servi  de  type  à  ce  genre,  le  nom  de 
saracénaire  d'Italie,  saracenaria  italica.  Dans  le  Tableau  mé- 
thodique de  la  classe  des  céphalopodes,  M.  Dorbigny  annonce 
que  cette  espèce  vitdans  la  mer  Adriatique  et  qu'on  la  trouve 
fossile  aux  environs  de  Sienne.  On  en  voit  une  figure  dans 
l'atlas  de  ce  Dictionnaire  ,  planches  des  fossiles.  (  D.  F.  ) 

SARACHA.  {Bot.)  Ce  genre  de  la  Flore  du  Pérou  doit  être 
supprimé  et  réuni  à  la  mandragore  ,  avec  laquelle  il  a  la  plus 
grande  aflinité,  et  dont  il  ne  diffère  que  par  sa  corolle  plus 
évasée.  Il  paroît  que  c'est  Vatropa  procumlens  de  Cavaniiles  et 
de  M.  Persoon.Il  ne  faudra  pas  confondre  ce  saracha,  qui  est 
une  solanée  ,  avec  la  saraca  de  Linnaeus,  qui  est  un  genre 
conservé  dans  la  famille  des  légumineuses.  Celui  de  Ij  Flore 
du  Pérou  est  nommé  dans  ce  pays  tomate  cirnarron,  c'est-à- 
dire  pomme  d'or  sauvage.  Ses  feuilles  ,  écrasées  et  mêlées 
avec  du  saindoux,  ont  une  vertu  anodine  et  éinolliente.  On 
ajoutera  ici  que  Mentzel  cite  le  nom  égyptien  saraca  pour 
l'hellébore  noir.  Voyez  Saraquier.  (J.) 

SARACHE.  (Ichthyol.)  Le  poisson  ainsi  nommé  par  Aldro- 
vandi,  est  le  même  que  le  scoranze  des  Italiens.  Voyez  Sco- 

RANZK.   (H.    C.  ) 

SARACHS,  SARAX.  {Bol.)  Nom  arabe  de  la  fougère,  cité 
par  Daléchainps.  (J.) 

SARAGACE.  (Bot.)  JNom  portugais  d'une  espèce  de  bur 
glose,  cité  par  Grisley.  (J.) 


SAR  345 

SARAGU.  (Ichthjol.)  Nom  sarde  du  sargue  ordinaire.  \^oycz 
Sargue.  (H.  C.) 

SARAIGNET.  (Bot.)  Nom  d'une  variété  de  froment,  dans 
le  département  du  Gard,  selon  M.  Bosc.  (Lem.) 

SARAK.  {Mamiv.)  L'un  des  noms  tartares  de  la  brebis. 
(Desm.) 

SARALU.  {Bot.)  Voyez  Pongelion.  (J.) 

SARANA.  {Bot.)  Nom  du  liliuin  powponium  chez  les  Mon- 
gols ,  dans  la  Daourie,  cité  par  Gmelin.  (J.) 

SARANGUINA.  (Bot.)  Dans  la  province  de  Jaen  de  Bra- 
camoros,  près  le  fleuve  des  Amazones,  on  donne  ce  nom 
au  bumelia  rotundifolia  de  Swartz ,  suivant  M.  de  Humboldt. 
(J.) 

SARAPE.  [Entom.)  M.  Fischer,  de  Moscou,  a  décrit  comme 
un  genre ,  et  sous  ce  nom ,  une  espèce  d'escarbot  que  Fahricius 
appeloit  hister  glahratus ,  et  qui  se  trouve  sous  les  écorces. 
(CD.) 

SARx\PICO.  {Ornith.)  Don  Ulloa  ,  dans  ses  Mémoires  philo- 
sophiques et  physiques  sur  l'Amérique,  cite  lessarapicos  ,  qu'il 
associe  aux  courlis  ,  comme  étant  communs  dans  les  parties 
haute  et  basse  du  Pérou  ,  ainsi  que  dans  la  Louisiane.  (Ch.  D.) 

SARAQUH.  (Ornith.)  Voyez  Saggaouy.  (Ch.  D.) 

SARAQUl.  (Bot.)  Dans  les  montagnes  voisines  de  Loxa 
croît  un  arbre  de  ce  nom,  qui  est  le  stereoTjlum  pendulium 
de  la  Flore  du  Péi'ou,  escallonia  pendula  de  MM.  Persoon  et 
Kunth.  (J.) 

SARAQUIER,  Saracha.  (Bot.)  Genre  de  plantes  dicotylé- 
dones, à  fleurs  complètes,  monopétalées,  de  la  famille  des  so- 
lanées ,  de  la pentandrie  monogjnie  de  Linnaeus,  dont  le  caractère 
essentiel  consiste  dans  un  calice  persistant,  à  cinq  angles,  à 
cinq  divisions;  une  corolle  campanulée,  en  roue  et  à  cinq 
lobes  à  son  limbe  ;  cinq  étamines  insérées  à  la  base  de  la 
corolle;  les  filamens  élargis  vers  leur  base;  les  anthères 
ovales,  à  deux  loges;  un  ovaire  supérieur;  un  style;  le  stig- 
mafe  en  tête-,  une  baie  globuleuse,  à  une  seule  loge,  enve- 
loppée jusque  vers  son  milieu  par  le  calice  persistant  ;  des 
semences  comprimées,  logées  dans  autant  de  petites  cellules 
éparses. 

Ce  geare  a  été  établi  par  les  auteurs  de  la  Flore  du  Pérou 


346  SAR 

en  l'honneur  du  R.  P.  Isidore Saracha ,  bénédictin,  botaniste 
espagnol ,  très-zélé  pour  la  science.  Il  diffère  des  Physalis  par 
le  limbe  de  sa  corolle  en  roue,  par  ses  baies  uniloculaires, 
enveloppées  à  leur  base  par  le  calice  ;  il  diffère  des  atropa 
par  son  calice  à  cinq  divisions  ouvertes,  par  les  divisions  de 
la  corolle  égales  et  réfléchies;  enfin  par  les  étamines,  les 
fruits  et  les  semences. 

Saraquier  ponctué;  Saracha  punctata ,  RuizetPav. ,  Flor. 
Per.,  2  ,  page  42  ,  tab.  178  ,  fig.  B.  Cette  plante  a  des  tiges 
droites,  presque  ligneuses,  rameuses,  cylindriques,  hautes 
de  deux  ou  trois  pieds,  de  couleur  brune  ;  les  rameaux  al- 
ternes, un  peu  anguleux,  pulvérulens  dans  leur  jeunesse. 
Les  feuilles  sont  pétiolées,  éparses,  alternes,  ovales,  oblon- 
gues  ,  très-entières ,  glabres  en  dessus ,  veinées  et  pulvérulentes 
en  dessous,  aiguës  au  sommet.  Les  fleurs  sont  terminales, 
axillaires  ,  réunies  plusieurs  ensemble  ;  les  pédoncules  sim- 
ples, uniflores  ,  pendans,  inégaux.  Le  calice  est  glabre,  à 
cinq  divisions  ovales,  un  peu  arrondies,  obtuses;  la  corolle 
grande,  campanulée  ,  pulvérulente  en  dehors;  le  limbe  très- 
ouvert,  à  cinq  lobes  obtus,  réfléchis,  d'un  pourpre  jaunâtre , 
Tnarqués  de  petites  taches  purpurines.  Cette  plante  croît  au 
Pérou ,  sur  les  hautes  montagnes.  Ses  feuilles  ont  une  saveur 
irès-amère;  elles  passent  pour  anodines  ,  émollicntcs,  dépu- 
ratives. 

Saraqdier  a  peux  FLEURS:  Suraclia  hijlora,  Flor.  Per.,  loc, 
cit.,  tab.  179,  fig.  y4;  vulgairement  Pommes  d'or.  Sa  tige  est 
droite,  pubescenle  ,  cylindrique,  hante  d'environ  deux  pieds, 
divisée  en  rameaux  anguleux,  pubescens.  Les  feuilles  sont 
pétiolées,  alternes  ,  presque  géminées,  ovales,  aiguës,  en- 
tières, rétrécies  à  leur  base,  courantes  sur  le  pétiole;  les 
fleurs  axillaires;  les  pédoncules  solitaires  ,  bifides  au  sommet, 
terminés  par  deux,  rarement  trois  fleurs  pendantes.  La  co- 
rolle est  campanulée  ,  d'un  vert  jaunâtre  ,  étalée  à  son  limbe  , 
qui  se  divise  en  cinq  lobes  aigus;  les  étamines  sont  droites, 
une  fois  plus  longues  que  la  corolle;  les  baies  fort  petites, 
de  la  grosseur  d'un  pois,  arrondies,  un  peu  comprimées  et 
blanchâtres.  Cette  plante  croit  dans  les  champs,  au  Pérou, 
parmi  les  moissons  et  les  haies.  Ses  feuilles,  broyées  et  mêlées 
avec  de  la  graisse  de  porc ,  passent  pour  émollientes  et  aHodine^» 


SAR  347 

Saraqcier  A  PÉDONCULES  TORS;  Saracha  contorta ,  Flor.  Per. , 
îoc.  cit.,  tab.  i8û,  fig.  A.  Plante  annuelle,  herbacée,  dont 
les  racines  sont  blanchâtres,  très  -  fibreuses  ;  la  tige  droite, 
haute  de  trois  ou  quatre  pieds  ,  presque  fistuleuse ,  canne- 
lée, à  cinq  angles,  glabre,  d'un  violet  livide  à  sa  partie 
inférieure;  les  rameaux  dichotomes,  striés,  anguleux,  piibes- 
cens.  Les  feuilles  sont  alternes,  pétiolées,  ovales;  les  infé- 
rieures solitaires  ,  un  peu  anguleuses  et  dentées  ;  les  supé- 
rieures géminées,  l'une  plus  petite  que  l'autre,  inégales  à 
leur  base,  entières  à  leur  contour,  obliques,  aiguës  au  som- 
met, pubescenfes  à  leurs  deux  faces,  un  peu  courantes  sur 
le  pétiole,  qui  est  à  demi  cylindrique,  trois  fois  plus  court 
que  les  feuilles.  Les  fleurs  sont  disposées  en  une  sorte  d'om- 
belle pendante  ,  situées  dans  la  bifurcation  des  rameaux  et 
dans  les  aisselles  des  feuilles  supérieures.  Le  pédoncule  com- 
mun est  solitaire,  sillonné,  tors  ou  en  spirale  ,  soutenant  six 
ou  dix  fleurs  inclinées,  pédicellées  ;  les  pédicelles  uniflores  et 
en  spirale.  La  corolle  est  d'un  blanc  jaunâtre,  assez  grande, 
campanulée,  très-ouverte;  les  lobes  aigus  ;  les  étamines  ve- 
lues à  la  base  des  fîlamens.  Les  baies  sont  noires ,  globuleu- 
ses ,  de  la  grosseur  d'un  pois.  Cette  plante  croît  au  Pérou  ,  aux 
lieux  escarpés.  Ses  feuilles  passent  pour  émollientes  et  anodines. 

Saraquier  DENTÉ;  Suracha  dentuta ,  Flor.  Per.,  Ioc.  cit.,  tab. 
179  ,  fig.  B.  Cette  plante  a  des  racines  fusiformes,  blanchâtres, 
fibreuses,  d'où  sort  une  tige  herbacée,  très  -  rameuse  ,  an- 
nuelle, pubescente,  chargée,  presque  dès  sa  base,  de  rameaux 
nombreux,  foibles,  renversés,  diff"us,  pubescens,  anguleux 
et  dichotomes  ,  longs  d'un  demi-pied.  Les  feuilles  sont  gémi- 
nées,  médiocrement  pétiolées,  l'une  plus  petite  que  l'autre, 
ovales,  oblongues  ou  lancéolées,  petites,  les  unes  entières, 
d'autres  dentées  ou  sinuées ,  un  peu  aiguës  ou  obtuses  au 
sommet,  rétrécies  à  leur  base  en  un  pétiole  court.  Les  fleurs 
sont  réunies  en  ombelles  ,  les  unes  terminales  ,  d'autres  laté- 
rales, inclinées;  le  pédoncule  commun  filiforme,  divisé  en 
trois  ou  quatre  pédicelles  courts,  pubescens;  la  corolle  d'un 
blanc  violet,  mince,  velue  à  ses  deux  faces,  marquée,  dans 
son  centre,  de  dix  points  verdàtres;  les  lobes  aigus,  ouverts 
en  roue;  les  baies  d'un  jaune  de  safran,  de  la  grosseur  d'un 
petit  pois;  les  semences  un  peu  ridées.  Cette  plante  croît  dans 


548  SAR 

les  décombres,  au  Pérou.  Ses  feuilles,  cuites  dans  la  graisse 
de  porc  et  appliquées  en  cataplasme  ,  sont  employées  pour 
amollir  les  tumeurs  et  en  apaiser  la  douleur. 

Saraquier  ombelle:  Saracha  umbellata  ,  Dec,  Cat.  liort. 
Monsp.,  1 /i2  :  Atropa  umhellala,  Roth  ,  Calai,  hot. ,  2,  pag.  2G  ? 
Cette  espèce  a  des  tiges  herbacées,  droites,  presque  glabres, 
un  peu  cannelées,  garnies  de  feuilles  ovales,  alternes,  rétré- 
cies  en  pointe  à  leurs  deux  extrémités,  réunies  en  ombelles 
axillaires:  lespédicelles  sont  uniHores,  inclinés,  au  nombre  de 
trois  ou  six  :1e  calice  est  partagé  en  cinq  découpures  très-pro- 
fondes ,  recouvrant  les  baies  à  leur  moitié  inférieure;  les 
anthères  sont  non  conniventes,  s'ouvrant  en  longueur  latéra- 
lement. Cette  plante,  probablement  originaire  de  l'Amérique 
méridionale  ,  est  cultivée  au  Jardin  du  Roi. 

Le  Saracha  procumhens  de  la  Flore  du  Pérou  ,  loc.  cit.,  tab. 
180  ,  fig.  B,  est  Vafropa  procumhens  de  Cavanilles,  Icoii.  rar., 
1  ,  tab.  72  ,  cultivé  sous  ce  nom  au  Jardin  du  Roi.  Il  paroît 
être  Vatropa  pticata  de  Roth  ,  Cat.  hot.,  24.  Ses  tiges  sont  cou- 
chées, herbacées;  les  feuilles  géminées,  ovales,  entières,  un 
peu  velues  en  dessous;  les  fleurs  axillaires,  disposées  en  om- 
belles de  trois  ou  quatre  fleurs;  les  pédoncules  velus;  la  corolle 
est  d'un  blanc  jaunâtre,  verdàtre  à  son  centre,  pubescente  à 
ses  bords;  les  baies  sont  glabres,  luisantes,  de  la  grosseur  d'un 
pois;  les  semences  lenticulaires,  un  peu  échancrées  à  leur 
base.  Cette  plante  croit  au  Pérou.  Voyez  Saracha.  (Poir.) 

SARAQUIOA.  {Bot.)  Nom  de  Vandropognn  glaucescens  de 
la  Flore  équinoxiale  dans  le  royaume  de  Qtjito.  (J.) 

SARAS,  ADAMARAM.  (Bot.)  Noms  nialabares,  cités  par 
Rhéede ,  du  badamier,  terminalia  catappa,  (J.) 

SARASÎÉ.  (Bot.)  Nom  arabe  du  fr:iit  du  cerisier,  cité 
par  Daléchamps.  C'est  le  harasiœ  de  Forskal.  (J.) 

SARAT.  (Bot.)  Nom  arabe  de  Vamarjlhs  alha  àc  Forskal. 
(J.) 

SARAUB.  {Bot.)  Les  Maures  nomment  ainsi  le  cyprès, 
cupressus  sempervirens ,  suivant  Rumph.  C'est  le  saru  des  Arabes; 
le  saruh  des  environs  d'Alep ,  cité  aussi  par  Forskal.  (J.) 

SARAUDLIK.  {Ichliiyol.)  Nom  groenlandois  du  Mlsche- 
Bour.  Voyez  ce  mot.  (  H.  C.) 

SARAVOZA.  {Ornith.)  Flacourt  cite,  parmi  les  oiseaux  de 


SAR  349 

Madagascar,  ce  très-petit  perroquet  vert,  qu'il  dit  avoir  le 
talent  de  contrefaire  la  voix  des  autres  oiseaux.  (Ch.  D.  ) 

SARAX  et  SARACHS.  (Bot.)  Noms  donnés  parles  auteurs 
arabes  à  la   fougère  royale,   osmunda  regalis  ,  Linn.  (  Lem.) 

SARBA.  {Ichthjol.)  Nom  arabe  du  Saube.  Voyez  ce  mot 
et  Daurade.  (H.  C.) 

SARBARSUK.  (Ornith.)  Ce  nom,  qui  s'écrit  aussi  sarg-- 
i'arsuk,  est  celui  du  tringa  striata  au  Groenland,  selon  Fabri- 
cius  ,  n.°  73.  (Ch.D^) 

SARBATANA.  {Bot.)  Dans  la  Nouvelle -Grenade,  suivant 
M.  de  Humboldt,  on  nomme  ainsi  son  verbesina  turbacensis, 
qui  croît  auprès  de  Turbasco.  (J.) 

SARBE.  {Ichthj'oi.)  Nom  spécifique  d'une  Daurade,  décrite 
-dans  ce  Dictionnaire,  tome  XII,  page  164.  (H.  C.  ) 

SARCANDA.  (Bot.)  Voyez  Sercanda.  (J.) 

SARCANTHÈME,  Sarcanthemum.  {Bot.)  Ce  genre  de  plantes, 
que  nous  avons  proposé  dans  le  Bulletin  des  sciences  de  Mai 
1818  (pag.  74),  appartient  à  l'ordre  des  Synanthérées,  à  notre 
tribu  naturelle  des  Astérées,  à  la  section  des  Astérées-Solida- 
ginées  ,  et  au  groupe  des  Psiadiécs  ,  dans  lequel  nous  l'avons 
placé  entre  les  deux  genres  Elphegea  et  Psiadia.  (Voyez  notre 
tableau  des  Astérées ,  tom.  XXXVII  ,  pag.  469  et  469.  )  Le 
genre  Sarcanthemum  présente  les  caractères  suivans  : 

Calathide  subglobuleuse,  discoïde:  disque  pluriflore,  ré- 
gulariflore,  mascuîiflore;  couronne  plurisériéc,  multiflore, 
ambiguïflore  ,  féminiflore.  Péricline  un  peu  inférieur  aux 
fleurs,  hémisphérique;  formé  de  squames  imbriquées,  appli- 
quées, ovales-obîongues  ,  coriaces ,  munies  d'une  bordure 
membraneuse.  Clinanthe  plan,  garni  sous  le  disque  de  pe- 
tites lames  ,  et  sous  la  couronne  de  squamelles  inférieures  aux 
fleurs  et  un  peu  variables.  Ovaires  de  la  couronne  comprimés, 
obovoides,  glabres,  striés,  pourvus  d'un  bourrelet  basilaire , 
et  oÉFrant  un  rudiment  presque  imperceptible  d'aigrette  sté- 
phanoïde.  Faux-ovaires  du  disque  réduits  au  seul  bourrelet 
basilaire,  qui  porte  une  longue  aigrette  chiffonnée,  irrégu- 
lière  ,  composée  de  squamellules  entregreffées  à  la  b  se  , 
flexueuses ,  filiformes-laminées,  inappendiculées.  Corolles  de 
la  couronne  tubuleuses-ligulées  ,  très-épaisses  inférieurement, 
grêles  supérieurement,  liguliformes  au  sommet.  Corolles  du 


55o  SAR 

disque  ayant  la  partie  inférieure  du  limbe  formée  d'une  subs- 
tance épaisse,  coriace-charnue. 

]Vous  ne  connoissons  qu'une  seule  espèce  de  ce  genre. 

Sarcanthème  corne- de- cerf  :  Sarcanthemum  coronopus ,  H. 
Cass.  ;  Conj'za  coronopus,  Lamk.,  Encycl.,  tom.  2  ,  pag.  87  ;  Pers., 
Syn.  pL,  tom.  2  ,  pag.  428.  C'est  un  arbuste  glabre,  à  tige  ra- 
meuse, cylindrique  ;  ses  feuilles  sont  alternes,  longuement 
pétiolées,  étroites,  oblongues-lancéolées,  subglaucescentes  ou 
grisâtres,  trinervées ,  dentées,  à  dents  distantes,  oblongues , 
arrondies  au  sommet;  les  calathides  ,  composées  de  fleurs 
jaunes,  sont  disposées  en  corymbes  terminaux. 

Nous  avons  fait  cette  description  spécifique,  et  celle  des 
caractères  génériques,  sur  un  échantillon  sec,  recueilli  dans 
l'ile  Rodrigue  par  Commerson ,  et  qui  se  trouve  dans  l'herbier 
de  M.  de  Jussieu. 

Le  genre  Sarcanthemum  se  distingue  des  trois  autres  genres 
de  Psiadiées  {Elphegea,  Psiadia,  ISidorella)  par  des  caractères 
très-remarquables:  La  calathide  n'est  point  radiée,  mais  dis- 
coïde; les  fleurs  de  la  couronne,  disposées  sur  plusieurs 
rangs,  ayant  leur  languette  demi-avortée  ;  le  clinanthe  est 
garni  d'appendices  laminés,  dont  les  extérieurs  ressemblent  à 
de  vraies  squamelles;  les  ovaires  de  la  couronne  n'ont  qu'un 
rudiment  presque  imperceptible  d'aigrette  stéphanoïde  ;  les 
faux-ovaires  du  disque,  réduits  au  bourrelet  basilaire ,  ont 
une  longue  aigrette  de  squamellules  entregreffées  à  la  base, 
filiformes -laminées  et  nues;  les  corolles  du  disque  et  de  la 
couronne  offrent  une  partie  très-épaisse  et  coriace-charnue. 
C'est  à  ce  dernier  caractère  que  fait  allusion  le  nom  de  Sar- 
canthemum, composé  de  deux  mots  grecs,  qui  s] gniûent Jleurs 
charnues. 

Il  est  à  propos  de  remarquer  ici  que  M.  Lindley  a  établi 
un  genre  Sarcanlhus  dans  l'ordre  des  Orchidées.  Nous  igno- 
rons si  la  publication  de  son  Sarcanthus  est  antérieure  ou 
postérieure  à  celle  de  notre  Sarcanthemum,  décrit  dans  le 
Bulletin  des  sciences  de  Mai  1818.  Mais  il  nous  semble  qu'on 
peut  très-bien  conserver,  sans  aucun  changement,  les  deux 
noms  génériques  de  5arca)i^/iw5  et  de  Sarcanf/iemi/m ,  puisque 
tous  les  botanistes  adoptent  ceux  d'Helianthus  et  d'Hélianthe-, 
mum.  Il  sera  bientôt  impossible  de   nommer  les  nouveaux 


SAR  S5i 

genres ,  si  Ton  exige  que  les  noms  génériques  ne  se  ressem- 
blent point  du  tout.   (H.  Cass.) 

SARCELLE.  (Ornith.)  Voyez  Canard.  (  Ch.  D.) 

SARCINULE,  Sarcinula.  (Polyp.)  M.  de  Lamarck  donne 
ce  nom  ,  dans  la  Nouvelle  édition  de  ses  Animaux  sans  ver- 
tèbres,  tome  2,  page  222,  à  un  genre  de  Madrépores  ou 
de  Polypiers  lamellifères ,  composés  d'un  grand  nombre  de 
tubes  subcylindriques,  verticaux,  parallèles,  à  ouverture  po- 
lygonale ,  avec  des  lames  rayonnantes  dans  l'intérieur  aux 
deux  extrémités,  et  formant  par  leur  réunion  des  ma«ses  sim- 
ples, plus  ou  moins  épaisses,  ayant  des  ouvertures  sur  les 
deux  faces. 

Ce  polypier  fort  singulier,  qui  semble  s'accroître  à  la  fois 
à  la  circonférence  par  l'augmentation  du  nombre  des  tubes, 
et  à  ses  deux  faces  par  leur  alongement,  diffère  principale- 
ment des  tubipores  en  ce  que  ses  tubes  sont  véritablement 
contigus  dans  toute  leur  longueur,  du  moins  dans  l'espèce 
non  fossile  que  j'ai  sous  les  yeux;  aussi  ai-je  été  obligé,  à 
cause  de  cela,  de  ne  pas  faire  entrer  dans  la  caractéristique 
les  cloisons  intermédiaires  et  transverses,  dont  parle  M.  de  La- 
marck. Les  sarcinules  diffèrent  aussi  des  tubipores  par  la  forme 
même  de  la  cavité  et  l'existence  des  lamelles  radiées  inté- 
rieures, lisse  distinguant  des  stylines  ,  parce  que  les  lamelles 
radiées  ne  tombent  pas  sur  un  axe  solide,  qui  dépasse  les 
bords  de  l'ouverture. 

M.  de  Lamarck  définit  deux  espèces  de  sarcinules. 

La  Sarcinule  perforée;  Sarcinula  perforata,  de  Lamk. ,  loc. 
cit.,  pag.  225.  Polypier  en  masse  aplatie  en  dessus  comme  ea 
dessous,  assez  épaisse,  composée  de  tubes  droits,  parallèles, 
réunis  entre  eux  dans  toute  la  longueur,  ou  à  interstices  pleins 
et  ouverts  aux  deux  extrémités. 

Cette  espèce,  apportée  des  mers  australes  par  MM.  Péron 
et  Lesueur ,  à  ce  que  dit  M.  de  Lamarck,  m'a  présenté,  dans 
l'échantillon  que  je  possède,  et  qui  a  près  d'un  pouce  et  demi 
d'épaisseur,  un  aspect  cristallin  si  singulier  dans  l'intérieur 
des  tubes  et  sur  les  bords,  que  je  ne  serois  pas  étonné  qu'elle 
fût  fossile. 

La  S.  ORGUE  :  S.  organum,  de  Lamk.  :  Madrepora  organum, 
Liun.,  Aman,  acad.,   i  ,  tab,  4.   fig.  G.  Polypier  en  masse 


352  SAR 

épaisse  ,  composée  d'un  grand,  nombre  de  tubes  verticaux  j 
agrégés  par  une  matière  cellulaire  ,  disposée  en  cloisons  trans- 
verses. 

M.  de  Lamarck  cite  de  cette  espèce  des  individus  vivans, 
provenant  de  la  mer  Rouge  et  existant  dans  son  cabinet  :  je 
ne  les  ai  p;'.s  vus;  lurtis  il  y  rapporte  comme  fossile  analogue 
le  madrépore  dont  Linné  a  donné  la  figure  dans  la  disserta- 
tion De  coniUis  balticis,  et  il  me  semble,  d'après  la  figure,  qu'il 
y  a  des  différences  notables  ,  en  ce  que  dans  celui-ci  les  tubes 
cylindriques  sont  comme  articulés  ,  percés  d'un  très-petit  trou  , 
peut-être  sans  lames  rayonnantes,  et  qu'ils  sont  réunis  dans 
toute  leur  longueur  par  une  substance  continue  sans  indice 
de  cloisons.  (De  B.  ) 

SARCINULE.  (  Foss.)  Nous  n'avons  jamais  rencontré  d'es- 
pèces de  ce  genre  à  l'état  fossile  .  et  nous  ne  le  connoissons 
que  par  ce  qui  en  a  été  dit  par  M.  de  Lamarck,  dans  son 
ouvrage  sur  les  animaux  sans  vertèbres,  tom.  2  ,  pag.  2  2  3.  Ce 
savant  pense  que  ce  polypier  est  libre;  mais  il  est  difficile  de 
croire  que  des  masses  composées  de  tubes  réunis  puissent 
n'être  pas  adhérens  sur  quelques  corps.  11  en  a  signalé  deux 
espèces  :  la  sarcinule  perforée  et  la  sarcinule  orgue.  Il  ne 
paroît  pas  assuré  que  la  première,  qui  vit  dans  l'océan  Aus- 
tral, ne  soit  pas  fossile,  et  il  annonce  que  la  seconde,  qui 
se  trouve  à  l'état  vivant  dans  la  mer  Rouge,  se  trouve  fos- 
sile sur  les  côtes  de  la  mer  Baltique. 

Pour  dissiper  quelques  doutes  que  nous  avons  sur  la  nature 
et  le  genre  de  ce  polypier,  nous  regrettons  beaucoup  de  n'en 
avoir  pas  eu  sous  les  yeux  quelques  échantillons.  (D.  F.) 

SARCITE.  (Min.)  Nom  donné  par  Pline  à  une  pierre  qui 
ressembloit  à  de  la  chair  de  bœuf,  et  par  le  docteur  Town- 
son  ,  suivant  M.  Jameson  ,  à  un  minéral  qui  se  trouve  à  Gree- 
nock,  entre  Edimbourg  et  Glasgow,  et  qui  pourroit  bien  être 
ou  de  l'analcime  rosàtre  ou  de  I'Hydrouïhe.  Voyez  ce  mot 
et  Sarcolithe.  (B.) 

SARCOBASE.  {Bot.)  M.  De  Candolle  donne  ce  nom  au 
fruit  des  ochnacées,  des  simaroubées,  etc.,  dans  lequel  les 
loges,  toujours  distinctes,  sont  articulées  sur  un  très- grand 
gynobase  (base  du  style);  et  il  donne  à  ce  fruit  le  nom  de 
juicrobase ,  lorsque,  comme  dans  les  labiées,  par  exemple,. 


SAR  353 

les  loges  sont  articulées  sur  un  gynobase  très -petit.  M.  Mir- 
bel  réunit  le  sarcobase  et  le  microbase  sous  la  dénomination 
de  C^NOBioN.  Voyez  ce  mot.  (Mass.) 

SARCOCARPE.  {Bot.)  M.  Richard  distingue  dans  le  péri- 
carpe trois  parties  :  i.°  la  peau  externe  ou  épicarpe;  2.°  la 
peau  interne,  de  consistance  variable,  qui  forme  les  loges, 
ou  l'endocarpe;  3.°  la  partie  intermédiaire  plus  ou  moins 
charnue,  ou  le  sarcocarpe.  M.  Mirbel  ne  distingue  dans  le 
péricarpe  que  deux  parties  :  l'extérieure  ,  qu'il  nomme  panne 
externe ,  et  l'intérieure ,  qu'il  nomme  panne  interne.  (Mass.) 

SARCOCARPES;  (Bot.)  Ce  sont  des  champignons  qui  cons> 
tituent  un  ordre  particulier  dans  leur  famille.  Voyez  Cham- 

HGNONS.    (LeM.) 

SARCOCHILUS.  (Bot.)  Ce  genre ,  établi  par  M.  Rob.  Brown  , 
appartient  à  la  famille  des  orchidées,  à  la  gjynandrie  diandrle. 
de  Linnœus.  Il  a  de  grands  rapports  avec  les  cjmbidium  et  les 
dendrobium ,  étant  rapproché  des  premiers  par  sa  corolle  étalée  ; 
des  seconds  par  son  port;  ses  fleurs  offrent  pour  caractère 
essentiel  :  Cinq  pétales  égaux  ,  étalés  ;  les  deux  extérieurs 
soudés  avec  l'onglet  de  la  lèvre  ou  du  sixième  pétale  :  celui- 
ci  est  privé  d'éperon  ,  rétréci  en  un  onglet,  qui  est  un  pro- 
longement de  la  colonne  sexuelle;  son  limbe  est  en  sabot; 
le  lobe  du  milieu  est  ferme  et  charnu  ;  l'anthère  mobile , 
terminale  et  caduque.  L'auteur  ne  cite  qu'une  espèce  pour 
ce  genre  ,  le  sarcochylus  falcalus ,  Nov.  HolL,  pag.  332.  Il  croît 
à  la  Nouvelle-Hollande.  (Poir.) 

SARCOCOLIER.   {Bot,)  Voyez  Pen^a.  (Poir.) 

SARCOCOLLA.  {Bot.)  Ce  nom  latin  a  été  conservé  par 
Adanson  au  sarcocoUier ,  que  Linnœus  a  nommé  pencea,  en 
supprimant  le  penœa  de  Plumier,  qu'il  rapportoit  au  polygala. 
(J.) 

SARCOCOLLE.  {Bot.)  On  connoîtsous  ce  nom  un  suc  plu» 
gommeux  que  résineux ,  lequel  suinte  de  l'écorce  du  penœa 
sarcocolla.  Il  est  apporté  de  la  Perse,  de  l'Arabie  et  de  PÉ- 
thiopie ,  sous  forme  de  petits  grains  friables  ,  de  volume  iné- 
gal, de  couleur  rougeâtre  ou  jaunâtre,  d'une  saveur  un  peu 
acre,  amère  et  nauséabonde.  Il  plie  sous  la  dent,  se  dissout 
en  partie  dans  Pesprit  de  vin  et  presque  entièrement  dan* 
Peau.  Les  anciens  n'étoient  pas  d'accord  sur  ses  vertus.  Les 
A7-  :s5 


■564  SAR 

Arabes  lui  atlribuèrent  une  propriélé  purgative ,  mais  ils 
craignoient  de  l'administrer  aux  tempéramens  bilieux.  On. 
tempéroit  son  action  par  le  mélange  avec  des  huileux.  Les 
Grecs  ne  l'employoient  qu'à  l'extérieur,  dissous  dans  du  lait 
ou  de  l'eau  rose  .  pour  bassiner  les  yeux  attaqués  d'ophthalmie , 
pour  délayer  et  cicatriser  les  plaies.  On  l'a  employé  plus  ré- 
cemment pour  arrêter  les  hémorrhagies;  mais  généralement  il 
est  peu  d'usage.  (J.  ) 

SARCOCOLLE.  (  Chim.  )  M.  Thomson  a  fait  un  principe 
immédiat  de  cette  substance,  que  l'on  considéroit  générale- 
ment auparavant  comme  une  gomme  résine. 

La  sarcocolle  exsude  du  penœa  sarcocoUa, 

La  sarcocolle  du  commerce  est  en  globules  oblongs,  dont 
les  uns  sont  de  la  grosseur  d'un  pois,  et  les  autres  de  la  gros- 
seur d'un  grain  de  sable.  Elle  est  jaune  ou  rougeàtre,  assez 
semblable  à  la  gomme  arabique.  Elle  a  une  odeur  légère  d'anis 
elle  est  formée,  suivant  Thomson ,  de  quatre  substances  dif- 
férentes :   1.°  de   sarcocolle   pure,  c'est   la  plus  abondante 
a."  de  petites  fibres  ligneuses  et  d'une  substance  molle  res- 
semblant à  l'enveloppe  des  graines  de  plusieurs  crucifères 
5."  d'une  substance  brune  rougeàtre  ressemblant  à  delà  terre 
4.°  d'une  matière  gélatineuse  que  l'on  aperçoit  quand  on  traite 
la  sarcocolle  par  l'eau  et  l'alcool. 

Lorsqu'on  fait  évaporer  la  solution  alcoolique  de  sarcocolle 
filtrée,  on  obtient  une  matière  brune,  demi- transparente, 
facile  à  casser ,  ressemblant  à  la  gomme  et  n'ayant  pas  d'odeur  : 
c'est  la  sarcocolle  pure. 

Elle  ne  cristallise  pas. 

La  sarcocolle  pure  a  une  saveur  sucrée,  légèrement  amère; 
elle  se  dissout  dans  la  bouche  comme  la  gomme. 

Elle  est  aussi  soluble  dans  l'eau  que  dans  l'alcool.  La  pre- 
mière solution  est  mucilagineuse;  elle  peut  servir  aux  mêmes 
usages  que  la  gomme. 

Au  feu  elle  se  ramollit,  sans  se  fondre;  elle  exhale  une 
odeur  légère  de  caramel.  A  une  haute  température  elle  noir- 
cit,  prend  la  consistance  du  goudron,  répand  une  fumée 
blanche,  qui  a  une  odeur  très-àcre.  (Ch.) 

SARCODACTYLIS.  {Bot.)  Gœrtner  a  décrit  sous  ce  nom 
Je   fruit  d'une  plante   qu'il  suppose   voisine   de  Vhelicleres; 


SAR  355 

et  peut-être  même  Vhelicteres  apetala.  Ce  fruit  est  une  baie 
charnue,  d'un  rouge  de  feu  ,  oblongue,  sillonnée  ,  s'élevant  du 
milieu  des  sillons,  en  forme  de  doigt,  ombiliquée  profon- 
dément au  sommet,  en  forme  d'enfonnoir,  multiloculaire;  les 
graines  sont  éparses  clans  les  loi^es  et  peu  nombreuses.  {  Lem.) 

SARCODE  ,  Sarcodum.  (Bot.)  Genre  de  plantes  dicotylé- 
dones, à  fleurs  complètes,  papilionacées ,  de  la  famille  des 
légumineuses ,  de  la  diadelpliie  décandrie  de  Linnasus  ,  offrant 
pour  caractère  essentiel  :  Un  calice  persistant ,  court ,  à  demi- 
tronqué;  la  corolle  papilionacée  ;  les  ailes  courtes  el  planes; 
la  carène  courte,  en  faucille;  dix  filamens  subulés  ,  diadel- 
phes;  une  gousse  charnue,  cylindrique,  renfermant  des  se- 
mences ovales. 

Sarcode  grimpant;  Sarcodum  scandens ,  Lour.  ,  Fi,  Coch.,  2  , 
pag.  564.  Arbrisseau  dont  la  tige  est  fort  longue,  grimpante, 
très-rameuse.  Les  feuilles  sont  ailées,  composées  de  folioles 
ovales,  lanugineuses,  oblongues  ,  acumiiiées,  très- entières. 
Les  fleurs  sont  d'un  rose  clair,  disposées  en  grappes  simples, 
terminales;  chaque  fleur  est  munie  d'une  bractée  ciliée,  lan- 
céolée. Le  calice  est  coloré,  tronqué  à  son  bord  supérieur, 
muni  à  l'autre  de  trois  petites  dents  droites,  aiguës;  la  co- 
rolle est  papilionacée  ;  l'étendard  ascendant,  ovale,  entier; 
les  ailes  sont  courtes,  planes,  ovales,  alongées  ;  la  carène  est 
d'une  seule  pièce,  courbée  en  faucille,  de  la  longueur  de 
l'étendard;  les  anthères  sont  ovales,  tomhanles;  l'ovaire  est 
linéaire;  le  style  subulé ,  de  la  longueur  des  étiimines;  la 
gousse  droite,  cylindrique,  glabre,  oblongue,  charnue,  con- 
tenant des  semences  réniforuies.  Cette  plante  croit  dans  les 
forêts,  à  la  Cochinchine.  (  Poir.) 

SARCODENDRE,  Sarcodendros.  [Zoophyt.)  Donati  ,  Essai 
sur  l'histoire  naturelle  delà  mer  Adriatique ,  p.  2,  emploie  ce 
nom  pour  désigner  un  genre  dezoophytes  entièrement  charnu, 
et  dans  lequel  les  cellules,  en  forme  de  lampe,  sont  enfon- 
cées. C'est  sans  doute  quelque  espèce  d'alcyon.  (De  B.) 

SARCODERME.  {Bot.)  Nom  donné  par  M.  De  Candolle 
à  la  partie  parenchymateuse,  quelquefois  à  peine  visible, 
quelquefois  très -apparente,  qui  se  trouve  entre  le  tégument 
extérieur  de  la  graine  ,  et  le  tégument  immédiat  de  l'amande. 
Voyez  Téguwens  i>e  ia  graijse.  (Mass.) 


356  SAR 

SARCOGRAPHA.  {Bot.)  Genre  de  la  famille  des  lichens, 
établi  par  M.  Fée  près  du  Grapliis  et  du  Fissurina ,  Fée, 
dont  il  est  intermédiaire  :  il  est  caractérisé  par  son  thallus 
ou  expansion  crustacé  ,  membraneux,  uniforme;  ses  apo- 
théciums  constitués  par  des  lirelles  labyrinthiformes ,  insé- 
rées sur  une  base  charnue,  cessant  prés  du  bord  du  thal- 
lus, ayant  le  disque  noir  et  pulvérulent,  et  contenant  un 
noyau  alongé,  rameux  ,  strié  intérieurement.  La  forme  des 
apothéciums  ,  et  leur  disposition  sur  une  base  charnue,  a  sug- 
géré le  nom  de  sarcographa ,  dérivé  du  grec,  donné  à  ce 
genre ,  et  qui  signifieroit  écriture  sur  de  la  chair. 

Ce  genre  comprend  quelques  espèces  exotiques  parasites 
des  écorces  de  quinquina  et  de  celles  de  la  cascarille. 

Le  Sarcographa  des  quinquina  ;  Sarcogr.  cinehonarum ,  Fée, 
Essaj,  p.  58,  pi.  1  ,  fig.  5,  il  est  cartilagineux,  glabre,  d'un 
blanc  de  neige ,  arrondi  ;  ses  lirelles  sont  noires.  Il  forme  sur 
les  écorces  du  Cinchona  lancifolia  de  petites  taches  de  deux 
à  quatre  lignes  de  diamètre, 

M.  Fée  décrit  encore  trois  autres  espèces,  figurées  pi.  i6  du 
même  ouvrage,  ce  sont  les  Sarcographa  cascarillœ ,  tigrina  et 
lahjrinlhiformis. 

Le  sarcographa  est  réuni  par  Meyer  à  son  asterisca,  ainsi 
que  le  medusula  d'Eschweiller  ;  mais  la  connoissance  de  la 
véritable  structure  du  genre  est  due  à  M.  Fée.  11  paroit  qu'on 
doit  l'augmenter  de  plusieurs  espèces  placées  par  Achard  dans 
son  glyphis ,  et  entre  autres  des  gljphis  labjrinthica  et  tricosa  , 
outre  plusieurs  nouvelles  espèces.  Voyez  Flatygramma.  (Lem.) 

SARCOLÈNE,  Sarcolœna.  (Bot.)  Genre  de  plantes  dicoty- 
lédones, à  fleurs  complètes,  polypétalées,  de  la  famille  des 
Clenacées  de  M.  du  Petit-Thouars  ,  de  la  monadelphie  polyandrie 
de  Linnaeus  ,  offrant  pour  caractère  essentiel  :  Un  involucre  ou 
calice  extérieur  à  cinq  dents;  un  calice  intérieur  à  trois  fo- 
lioles; cinq  pétales  réunis  en  tube  à  leur  base;  des  étamines 
nombreuses  ,  monadelphes  ,  insérées  à  la  base  ;  un  tube 
urcéolé;  un  ovaire  supérieur,  conique;  un  style;  un  stigmate 
en  tête ,  à  trois  lobes.  L'urcéole  se  convertit  en  une  sorte  de 
baie,  et  renferme  une  capsule  à  trois  loges  bivalves  ;  deux 
semences  dans  chaque  loge. 

Sarcolène  a  grandes  fleurs  ;  Sarcolœna  grandijlora,  du  Petit- 


SAR  S57 

Thoiuirs,  Hist.  des  végét.  d'Afrique,  fasc.  2,  pag.  Z-j  ,  lab.  9. 
Arbre  d'une  médiocre  grandeur ,  à  rameaux  alternes,  ren- 
versés, dichotomes.  Les  feuilles  sont  pétiolées,  alternes,  un 
peu  distantes,  ovales,  entières,  longues  de  quatre  ou  cinq 
pouces,  plissées  dans  leur  jeunesse  ,  couvertes  de  poils  ferru- 
gineux et  caducs;  les  pétioles  comprimés  ,  à  deux  angles;  les 
stipules  fendus  dans  leur  longueur.  Les  fleurs  sont  terminales, 
assez  grandes ,  portées  sur  des  pédoncules  divisés  par  dicho- 
tomies, munis  de  bractées  caduques  ,  chargées  d'un  duvet 
écailleux ,  ferrugineux  et  caduc.  Le  calice  extérieur  est  charnu, 
en  forme  d'urcéole ,  persistant,  couvert  de  poils  rudes;  l'in- 
térieur à  trois  folioles  concaves,  membraneuses;  la  corolle 
blanche  ,  à  cinq  pétales  élargis  au  sommet,  rapprochés  en 
tube  à  leur  base  ;  un  urcéole  cylindrique  ^  crénelé  à  ses  bords , 
portant  à  sa  base  des  étamines nombreuses.  L'ovaire  est  velu, 
surmonté  d'un  style  cylindrique,  d'un  stigmate  en  tête;  la 
capsule  acuminée  ,  à  trois  valves  ,  à  trois  loges  ,  renfermant 
chacune  deux  semences  ,  dont  une  avorte  souvent.  Ces  se- 
mences sont  pendantes,  attachées  au  sommet  des  loges,  ra- 
boteuses; le  périsperme  corné  ;  l'embryon  vert,  la  radicule 
alongée  ,  cylindrique;  les  cotylédons  en  cœur,  foliacés,  très- 
minces.  Cette  capsule  est  cachée  dans  le  tube  intérieur,  qui - 
grossissant  par  la  maturation  ,  prend  l'aspect  et  la  consistance 
d'une  baie  charnue ,  qui  s'amollit  en  mûrissant  ;  elle  est  t.i- 
pissée  intérieurement  de  poils  roides  ,  qui  occasionnent  des 
démangeaisons  insupportables.  Cette  plante  croit  à  l'île  de 
Madagascar.  La  pulpe  du  tube  a  une  saveur  qui  approche 
de  celle  de  la  nèfle  ;  mais  les  poils  qui  tapissent  son  intérieur 
empêchent  qu'on  puisse  la  manger.  (Pom.) 

SARCOLITHE.  (  Min.  )  C'est  Thomson  qui  a  désigné  le  pre- 
mier par  ce  nom  un  minéral  presque  opaque,  d'une  couleur 
rougeâtre  tirant  sur  celle  de  la  chair,  et  qui  se  trouve  en 
grains  ou  en  cristaux,  soit  disséminés ,  soit  implantés  dans  les 
caA'ités  des  spilites  et  des  téphrines. 

Il  y  a  beaucoup  d'obscurité  sur  la  vraie  synonymie  de  ce 
minéral  :  on  l'a  regardé  successivement  comme  une  espèce 
particulière,  ensuite  comme  une  simple  variété  de  couleur 
d'analcime  ,  puis  comme  une  variété  due  à  quelques  échanges 
de  bases  isomorphes.  Enfin,  ce  qui  augmente  la  confusion, 


358  SAR 

comme  il  arrive  souvent  dans  ces  sortes  de  discussions,  c'est 
l'incertitude  où  l'on  est  que  tous  les  minéraux  nommés  sarco- 
lithes  appartiennent  eux-mêmes  à  une  seule  espèce;  car  on 
s'est  plus  souvent  dirigé  par  l'aspect  extérieur  que  par  des 
caractères  fondamentaux. 

Il  paroit  résulter  des  recherches  de  M.  Léman,  des  ana- 
lyses de  M.  Vauquelin,  et  des  observations  encore  plus  ré- 
centes de  M.  Lénian  ,  qu'on  a  donné  le  nom  de  sarcolithe  à 
deux  minéraux  très-différens. 

Premièrement  à  une  variété  rougeâtre  de  vraie  analcime, 
que  M.  Thomson  a  observée  dans  les  téphrines  de  la  Somma 
et  qu'on  a  retrouvée  depuis  dans  les  spilifes  de  Montecchio- 
Maggiore,  en  cristaux  cubo-octaèdres  plus  ou  moins  pronon- 
cés, et  d'une  couleur  qui  varie  du  rouge  de  chair  foncé  au 
rose  pâle  ,  avec  une  cassure  vitreuse  et  tous  les  autres  ca- 
ractères de  Tanalcime. 

Nous  avons  donné  la  composition  de  cette  pierre  à  l'article 
Analcime  du  Supplément;  on  remarque  qu'elle  contient  beau- 
coup de  soude,  ]3  à  14,  et  peu  d'eau,  environ  8.  Sa  forme 
est  celle  de  l'analcime;  c'est  donc  une  analcime  rosâtre  qui, 
outre  les  lieux  qu'on  vient  de  citer,  se  trouve  encore  à 
Passa  dans  le  Tyrol. 

Secondement  à  un  minéral  rosâtre  ,  qu'on  trouve  aussi  à 
Montecchio-Maggiore ,  et  c'est  là  la  cause  de  la  confusion, 
qui  indique  par  ses  petits  cristaux  en  prismes  à  six  pans  ter- 
minés par  un  pointement  à  six  faces,  un  rhomboïde  obtus 
pour  forme  primitive,  forme  incompatible  avec  celle  de  l'a- 
nalcime, et  qui,  enfin,  renferme,  d'après  les  analyses  que 
M.  Vauquelin  a  faites  de  ce  minéral  venant  de  deux  en- 
droits différens,  seulement  4  à  5  de  soude  ,  mais  20  à  21  pour 
cent  d'eau. 

M.  Léman  est  le  premier  qui  ait  distingué  cette  espèce  au 
milieu  de  tous  les  minéraux  qui  lui  ressemblent  et  qui  sont 
disséminés  dans  les  spilites  du  Vicenlin  ;  il  a  vu  que  ce 
n'étoit  ni  de  l'analcime ,  ni  de  la  chabasie  ,  quoiqu'elle  ait 
avec  celte  dernière  espèce  beaucoup  d'analogie.  Il  l'a  dé- 
crite dans  le  Musée  minéralogique  de  M.  de  Drée  sous  le 
nom  d'hydrolite,  et  nous  l'avons  mentionnée  sous  ce  même 
nom  à  son  ordre  alphabétique  (voyez  Hydrolithe).   Il  y  a 


SAR  359 

bien  quelques  observations  critiques  à  faire  sur  ce  nom; 
mais  quel  est  celui  qui  n'en  est  pas  susceptible  P  D'ailleurs 
il  étoit  fait  par  le  minéralogiste  qui  avoit  seul  le  droit  de 
choisir  un  nom  pour  la  substance  qu'il  avoit  su  distinguer, 
et  personne  n'a  plus  celui  de  le  changer,  surtout  quand, 
n'ayant  rien  ajouté  de  nouveau  à  l'histoire  de  ces  substances, 
on  n'acquiert  pas  un  seul  titre  pour  opérer  ce  changement  : 
nous  ne  ne  pouvons  donc  ni  approuver  ni  admettre  le  nom 
de  gmélinite,  que  M.  Leonhard  a  donné  à  cette  substance, 
malgré  l'autorité  de  ce  savant  et  laborieux  minéralogiste,  et 
le  respect  que  nous  avons  pour  l'illustre  chimiste  auquel  il 
a  dédié  ce  minéral. 

L'hydrolithe  paroit  devoir  constituer  une  espèce  et  conti- 
nuer de  porter  le  nom  que  M.  l,éman  lui  a  donné  en  la  fai- 
sant connoitre  (voyez  Hvdrolithe).  11  faut  ajouter  aux  lieux 
indiqués  dans  cet  article,  Castel  dans  le  Vicentin,  et  peut- 
être  Glenarm,  dans  le  comté  d'Antrim  en  Irlande.  (B.) 

SARCOLOBUS.  {Bot.)  Genre  déplantes  dicotylédones  mo- 
nopétales de  la  famille  des  apocinées,  delà  pentandrie  disynie. 
Il  est  caractérisé  ainsi  par  R.  Brown  {Act.  soc.  TVern.  Edimb.), 
qui  l'a  établi  :  Calice  à  cinq  divisions,  accompagnées  d'au- 
tant de  glandes  petites  et  cylindriques;  corolle  en  roue,  à 
cinq  divisions  ;  pollen  disposé  en  dix  masses ,  réunies  par 
paires  ;  stigmate  déprimé  ,  pentagone  ,  recouvrant  les  an- 
thères,  accompagnés  de  corpuscules  cylindriques,  sillonnés, 
portant  de  chaque  côté  un  filet  horizontal  ,  courbé  à  sa 
pointe  ;  un  follicule  charnu  ,  contenant  des  semences  nom- 
breuses, plates,  imbriquées  et  munies  d'une  membrane  dans 
leur  pourtour. 

Ce  genre  renferme  trois,  espèces  volubles,  dont  la  tige  est 
ligneuse,  presque  articulée.  Les  feuilles  sont  opposées  et  les 
fleurs  en  petits  corymbes  extrapétiolaires.  Ces  espèces  crois- 
sent dans  l'Inde.  Ce  sont  : 

1.  Le  Sarcolobus  Banksii ,  Rœm.  et  Schult. ,  Sjst .  veget.,  6, 
page  58,  oui  croit  dans  l'île  Princesse,  à  Batavia.  Il  a  les 
feuilles  larges. 

2.  Le  Sarcolobus  globosus  de  Wallich  ,  Asiat.  rech.,  12, 
pag.  577,  pi.  4.  Il  a  les  feuilles  ovales- oblongues;  la  corolle 
velue  en  dedans;  les  follicules  grands,  charnus,  globuleux, 


3^o  SAR 

avec  les  bouts  recourbés  et  muriqués.  On  le  trouve  au  Ben- 
gale sur  les  bords  des  eaux  saumàîres  du  fleuve  Hoogly. 

3.  Le  Sarcolobus  carinaltis ,  Wall.,  loc.  cit.,  pi.  5.  Il  a  les 
feuilles  ovales  ou  oblongues,  presque  charnues;  les  corolles 
lisses;  les  follicules  oblongs,  lisses,  pointus  et  presque  caré- 
nés. Il  se  rencontre  dans  les  mêmes  lieux  que  le  précédent. 
(Lem.) 

SARCOME.  (Bot.)  Nom  donné  par  M.  Linck  au  nectaire 
du  cobiea.   (M\ss.  ) 

SARCOMPHALUS.  (Bot.)  L'arbre  de  la  Jamaïque  auquel 
P.  Browne  donnoit  ce  nom  ,  est  maintenant  un  nerprun ,  rham- 
ni/s  sarcomphalus  de  LinnsBus.  (J.) 

SARCONEMUS.  (Bot.)  Rafinesque  propose  sous  ce  nom, 
dans  son  Analyse  de  la  nature,  un  genre  de  champignons, 
qu'il  place  à  la  suite  du  Byssus  et  de  VErineum ,  position  qui 
ne  permet  par  de  juger  la  valeur  de  ses  caractères;  aussi  ce 
genre  n'a-t-il  pas  été  adopté.  (Lem.) 

SARCOPHAGO.  (Bot.)  Voyez  Mauronia.  (J.) 

SARCOPHYLLA.  (Bot.)  Genre  de  la  famille  des  algues 
établi  par  Stackhouse  sur  des  espèces  de  fucus  de  Linnaeus 
et  des  delesseria  de  Lamouroux  :  il  est  caractérisé  par  sa 
substance  délicate,  charnue  et  glabre;  sa  fronde  le  plus  sou- 
vent laciniée,  ayant  le  bord  nu  ou  garni  de  cils ,  qui  s'obser- 
vent aussi  quelquefois  à  la  surface  de  la  fronde;  et  par  la 
fructification  en  tubercules  placés  à  la  surface  de  la  fronde 
on  sur  les  cils.  Stackhouse  y  ramène  ses  fucus  palrnatus,  oli- 
i'aceus  ,  marginifer ,  edulis  ,  ciliatus ,  et  quelques  autres.  Toutes 
ces  plantes  se  font  remarquer  par  leur  couleur  d'un  rouge 
de  chair  plus  ou  moins  vif,  ce  qui  a  suggéré  à  Stackhouse 
le  nom  de  sarcophjlla.  L'imagination  plus  riante  de  M.  La- 
mouroux a  trouvé  dans  les  couleurs  vives  de  ces  plantes  et 
de  leurs  analogues  l'image  des  mêmes  couleurs  dans  les  fleurs  , 
et  le  nom  de  floridées  lui  a  paru  plus  noble  pour  désigner 
ces  végétaux  marins.  Les  diverses  espèces  que  nous  venons 
de  citer  rentrent  dans  les  genres  Sphœrocoocus ,  lydymenia  et 
Echinella,  d'Agardh.  (Lem.) 

SARCOPHYLLE,  Sarcophyllum.  {Bot.)  Genre  de  plantes 
dicotylédones  ,  à  fleurs  complètes  ,  polypétalées,  de  la  famille 
des  légumineuses ,  delà  diadelphie  décandriede  Linnaeus,  carac-? 


SAR  36i 

tcrisé  par  un  calice  persistant,  campanule,  à  cinq  divisions 
rét^ulières  ;  une  corolle  papilionacée  :  dix  étamines  diadelphes  ; 
un  ovaire  supérieur;  un  style;  une  longue  gousse  aiguë,  en 
forme  de  sabre. 

SARC0PHYLr,E  CHARNU  :  Sarcophjllum  carnosum,  Thunb.*,  Noi\ 
gen.,  i35  ;  Willd. ,  Spec,  3,  pag.  968.  Arbrisseau  peu  élevé, 
dont  les  tiges  sont  droites,  glabres,  très -rameuses,  hautes 
d'un  pied  et  plus;  les  branches  et  les  rameaux  épars ,  diffus  . 
droits  ou  un  peu  courbés,  élancés,  cylindriques,  légèrement 
striés,  couverts  d'une  écorce  cendrée,  garnis  de  feuilles  ses- 
siles,  ternées  ou  presque  fasciculées ,  charnues,  linéaires,  ai- 
guës, glabres,  entières,  un  peu  ridées,  longues  d'un  pouce. 
Les  fleurs  sont  solitaires,  situées  à  f  extrémité  des  rameaux  , 
droites,  réfléchies  après  lafloraison.  Le  calice  est  glabre,  charnu, 
à  divisions  ovales,  obtuses,  roulées  à  leurs  bords;  la  corolle 
papilionacée;  l'étendard  ovale,  renversé,  trois  fois  plus  long 
que  le  calice;  les  ailes  sont  lancéolées,  presque  naviculaires, 
un  peu  plus  courtes  que  l'étendard  ;  la  carène  est  de  même 
grandeur  que  l'étendard  ;  les  étamines  diadelphes,  de  la  lon- 
gueur de  la  corolle  ;  les  anthères  petites,  oblongues ,  tom- 
bantes; l'ovaire  est  glabre  ;  les  gousses  sont  longues  d'un  demi- 
pouce.  Cette  plante  croît  au  cap  de  Bonne- Espérance.  (Poir.) 

SARCOPODIUM.  (Bot.)  Genre  de  la  famille  des  champi- 
gnons établi  par  Ehrenberg  et  qu'il  caractérise  ainsi  :  Fibres 
longues,  cylindriques,  annulées,  molles,  prenant  naissance 
dans  une  substance  charnue  (ou  stroma),  vésiculeuses  et 
molles,  puis  libres  dans  leur  partie  supérieure  et  persistantes. 
Le  Sarcopodium  circinatum ,  Ehrenb, ,  Sjdi/.  MjcoL ,  pag.  12  et 
25,  fig.  4:  Pst  un  champignon  semblable  à  une  moisissure, 
un  peu  charnu  ,  d'un  jaune  rougeàtre,  ou  bien  avec  teinte  de 
rouge  de  chair;  le  stroma  présente  des  fibres  de  même  cou- 
leur :  les  extérieures  sont  fortes,  obtuses,  courbées  à  l'ex- 
trémité et  souvent  arquées  comme  un  demi -cercle.  Cette 
plante  a  été  observée  sur  les  tiges  desséchées  des  plantes  an- 
nuelles, qu'elle  couvre,  sur  une  grande  étendue,  de  sa  base 
charnue.  Ehrenberg  la  place  dans  la  division  des Sarcopia  de 
sa  Méthode  mycologique,  où  se  rangent  les  genres  S/ereum , 
Dacryomjces ,  Podisoma,  Gjmnosporangiiim ,  Corjneum  ,  Prosthe- 
iinum,  Fusarium^  etc.  Linck,  en  l'adoptant,  le  place  entre  le 


"^Cr^  SAR 

Phragmotrichum  et  le  Podisoma,  non  loin  de  YExosporium , 
dont  il  diffère,  selon  lui,  par  sa  base  ou  stroma ,  qui  est 
dilaté  et  étendu.  Pries,  ne  pouvant  se  faire  une  idée  exacte 
dts  organes  de  cette  plante  épiphyte  ,  croit  devoir  la  passer 
sous  silence  dans  son  Sjstema  orbis  vegetabilis.  (Lem.) 

SARCOPTE.  (Entom.)  Nom  donné  par  M.  Latreille  à  un 
genre  d'insectes  aptères  voisin  des  mites  ou  des  cirons,  avec 
lesquels  il  avoit  été  confondu  sous  le  nom  latin  d'acarus.  M.  La- 
treille les  a  rangés  depuis  dans  la  famille  des  arachnides  tra- 
chéennes holêtres;  mais  dans  son  dernier  ouvrage,  intitulé  Fa- 
milles du  règne  animal,  on  ne  trouve  plus  le  nom  de  sarcopte 
inscrit ,  ni  dans  la  famille  des  acarides  ,  ni  dans  celle  des 
tiques  et  des  microphlères. 

Nous  avons  réuni  tous  les  insectes  aptères  et  sans  mâchoires , 
dont  la  tête  et  le  corselet  sont  distincts,  en  une  seule  et 
même  famille,  sous  les  noms  de  rhinaptéres  ou  de  parasites, 
parce  qu'ils  se  trouvent  ordinairement  et  se  nourrissent  sur 
le  corps  d'autres  animaux.  (Voyez  Rhinaptéres.) 

Le  genre  Sarcopte  ,  dont  le  nom  est  tiré  des  deux  mots 
grecs  lotp^-a-ctPKûç,  qui  signifie  chair  d'animal,  et  de  notijoç, 
qui  pique ^  peut  être  ainsi  caractérisé  :  Tête,  corselet  et  ab- 
domen distincts  seulement  par  des  lignes  transverses;  huit 
pattes  garnies  de  cils  ou  poils  et  terminées  par  des  vésicules. 

Nous  avons  fait  figurer,  d'après  M.  Gales,  qui  a  donné  une 
très-bonne  dissertation  sur  ce  sujet,  les  dessins  indiqués  par 
les  n."'  1,3,  4,  5,  6,  7  et  8,  sur  là  planche  62  de  l'atlas  de 
ce  Dictionnaire,  dont  on  pourra  se  servir  pour  suivre  la  des- 
cription que  nous  allons  donner  de  cet  insecte. 

La  dissertation  de  M.  Gales  de  Betbèze  qui  a  pour  titre,  Essai 
sur  le  diagnostic  de  la  gale,  a  été  soutenue  en  1812  ,  pour 
obtenir  le  grade  de  docteur  à  la  Faculté  de  médecine  de  Paris, 
sous  le  n.°  i5i. 

On  trouvera  dans  cet  ouvrage  les  détails  historiques  relatifs 
à  la  découverte  qui  a  été  faite  de  ces  animalcules,  dont  l'exis- 
tence a  élé  indiquée  d'abord  par  Abynzoar,  puis  par  Moufet, 
Cestoni,  Rédi,  Degéer,  etc.  L'auteur  a  répété  lui-même  les 
expériences  qui  prouvent  que  ces  insectes  produisent  la  gale, 
et  qu'en  isolant  quelques  individus  pris  dans  la  sérosité  d'un 
bouton,  et  les  plaçant  sur  la  peau  d'un  individu  sain  de  ma- 


SAR  363 

nière  à  ce  qu'ils  ne  puissent  s'échapper  de  l'espace  circonscrit 
par  un  verre  de  montre  appliqué  sur  les  tégumens,  du  côté 
conr-ive,  ces  animaux  ne  tardent  pas  à  produire  des  boutons 
en  s'insinuant  sous  l'épiderme  ,  et  que  c'est  très-probablement 
de  cette  manière  que  cette  maladie  dégoûtante  et  incommode 
au  dernier  degré,  devient  contagieuse. 

Les  sarcoptes,  examinés  avec  une  très-forte  loupe,  ont  le 
corps  luis  .nt,  vésiciileux,  un  peu  transparent  :  au  moment  où 
on  les  saisit,  ils  contractent  leurs  membres,  les  pelotonnent 
sous  leur  corps  et  restent  assez  long-temps  immobiles;  mais 
par  le  repos  et  l'action  de  la  chaleur  ils  se  meuvent,  et  bientôt 
on  peut  distinguer  leurs  membres  ou  leurs  pattes,  au  nombre 
de  huit  lorsqu'ils  sont  adultes;  car  dans  les  premiers  temps 
de  leur  existence  ils  n'en  ont  que  six. 

Leur  corps  est  globuleux  et  ressemble  assez  à  celui  de  la 
mite  ou  du  ciron  du  vieux  fromage  et  de  celui  de  la  farine 
altérée  ;  on  y  voit,  outre  les  indices  des  articulations,  des 
poils  rares,  isolés;  leur  tête  forme  une  sorte  de  museau  court; 
l'ensemble  du  corps  est  à  peine  de  la  grosseur  et  de  l'appa- 
rence du  plus  petit  grain  d'un  sable  transparent  ;  cependant 
ses  mouvemens  le  décèlent,  et  quand  nous  jouissions  de  toute 
la  perfection  de  notre  vue  ,  nous  avons  pu  distinguer  à  l'œil 
non  armé  ces  animalcules  quand  nous  les  avions  d'abord  dé- 
couvert avec  la  loupe. 

II  paroît  que  les  diverses  sortes  d'animaux  sont  attaqués  par 
différentes  espèces  de  sarcopte.  Nous  avons  vu  ceux  d'un  phas- 
colome  de  la  Nouvelle-Hollande  attaqué  d'une  sorte  de  gale 
qui  s'est  communiquée  à  plusieurs  desaides-naturalisles  du  Mu- 
séum lorsqu'ils  étoient  occupé  à  préparer  la  peau  de  l'un  de  ces 
animaux  qui  avoit  succombé  et  dont  on  a  conservé  la  dépouille. 
Les  dromadaires,  les  moutons,  les  chiens,  paroissent  être  at- 
taqués d'une  sorte  de  gale  propre  à  chacune  de  ces  espèces, 
et  probablement  produite  par  un  insecte  différent.  Tous  les 
moyens  propres  à  guérir  la  gale  sont  en  effet  de  nature  à  faire 
penser  que  leur  action  dépend  d'une  sorte  de  poison  qui  ferait 
périr  l'insecte. 

Linnaeus  a  pensé  que  certaines  dysenteries  pouvoient  provenir 
de  l'irritation  produitepar  l'une  des  espèces  que  l'ona  observée 
dans  les  matières  glaireuses  qui  composent  les  déjections  fécales. 


St'4  SAR 

Les  espèces  de  ce  genre  ne  sont  connues  que  très-imparfai- 
tement. Celles  que  Linnœus  y  avoit  inscrites  sont  maintenant 
réparties  dans  un  très-grand  nombre  d'autres  genres.  Voyez 
l'article  Mite.  (C.  D.) 

S ARCOPTÈRE,  SarcopLcrus.  {  Malacoz.  )  M.  Rafinesque- 
Sclinialfz  a  établi  sous  cette  dénomination  le  même  genre  de 
mollusques,  que  M.^  Meckel  avoit  désigné  plusieurs  années 
auparavant  parle  nom  de  gasteropteron ,  pour  un  petit  ani- 
nimal  des  mers  de  Sicile.  Son  corps  est  en  effet  biparti:  la 
partie  antérieure  ou  tête,  beaucoup  plus  petite,  est  subcarrée  . 
la  postérieure,  globuleuse,  est  bordée  d'une  grande  mem- 
brane subcirculaire.  La  couleur  est  également  rouge.  Voyez 
Gastéroptère.  (De  B.) 

SARCORAMPHE.  {  Omith.  )  Ce  nom,  qui  signifie  bec 
charnu  ,  a  été  donné,  par  M.  Duméril,  dans  sa  Zoologie  ana- 
lytique, à  un  nouveau  genre  d'oiseaux,  comprenant  ceux  des 
vautours  qui  ont  des  crêtes  ou  caroncules  charnues  sur  la  tête 
ou  aux  environs  du  bec  ,  comme  le  condor  ,  le  papa  ,  l'oricou. 
Le  renvoi  des  mots  condor  et  oricou  au  mot  Vautour,  ne 
permet  pas  de  placer  ici  la  description  de  ces  oiseaux.  (Ch.  D.) 

SARCOSTEMME,  Sarcostemma.  (Bot.)  Genre  de  plantes  di- 
cotylédones, à  fleurs  complètes ,  monopétalées,  de  la  famille 
des  apocinées ,  de  la  pentandrie  digjnie  de  Linnaeus  ,  offrant 
pour  caractère  essentiel:  Un  calice  à  cinq  divisions;  une  co- 
rolle en  roue,  à  cinq  lobes:  la  couronne  double  ;  l'extérieure 
en  anneau,  crénelée;  l'intérieure  plus  longue,  charnue,  à 
cinq  folioles;  les  anthères  terminées  par  une  membrane;  les 
masses  de  pollen  pendantes,  attachées  au  sommet  de  l'an- 
thère ;  deux  ovaires  supérieurs;  deux  styles  ;  les  stigmates  sur- 
montés d'une  pointe  ou  mutiques  ;  deux  follicules  lisses  et 
grêles;  les  semences  chevelues. 

Sarcostemme  glauque  ;  Sarcosiem ma  g/fluca,  Kunthfn-  Humb. 
et  Bonpl. ,  iVo^'.  gen. ,  5  ,  pag.  194,  tab.  209.  Ses  tiges  sont  lac- 
tescentes et  grimpantes;  les  rameaux  glabres,  cylindriques; 
les  feuilles  opposées  ,  médiocrement  pétiolées  ,  lancéolées, 
acuminées,  entières,  aiguës  à  leur  base,  un  peu  roulées  à 
leurs  bords,  glabres,  membraneuses,  vertes  en  dessus,  glau- 
ques en  dessous.  Les  fleurs  sont  nombreuses,  axillaires ,  dis- 
posées en  ombelles:  le  pédoncule  commun  est  long  d'environ 


SAR  365 

quatre  pouces;  les  pëdlcelles  sont  filiformes;  les  divisions  du 
calice  lancéolées,  acuminées,  ciliées  à  leurs  bords  ;  la  corolle 
esttrés-blanche,  à  tube  court,  à  peine  de  la  longueur  du  calice; 
la  couronne  extérieure  est  ondulée  et  charnue,  à  cinq  dé- 
coupures ovales,  aiguës  et  frangées  ;  la  couronne  intérieure 
une  fois  plus  longue,  à  cinq  folioles  ,  insérée  au  sommet  du 
tube  des  étamines  ;  les  anthères  sont  opposées  aux  folioles, 
terminées  par  une  membrane  ovale,  obtuse  ,  qui  recouvre  le 
stigmate  ;  les  filamens  courts ,  connivens  ;  les  deux  ovaires 
glabres,  à  stigmate  à  cinq  angles.  Cette  plante  croît  dans  la 
province  de  Caracas,  sur  le  bord  de  la  mer  des  Antilles. 

Sarcostemme  .'ubescent;  Sarcostemmapubescens,Kuatb.,  loc. 
cit.  Cette  espèce  a  des  tiges  grimpantes ,  des  rameaux  pubes- 
cens  et  soyeux;  des  feuilles  opposées,  pétiolées ,  lancéolées, 
acuminées,  entières,  arrondies  à  leur  base,  presque  glabres, 
pubescentes  en  dessous,  sur  leurs  nervures  et  à  leurs  bords  , 
presque  longues  de  deux  pouces,  larges  d'un  demi -pouce; 
les  pétioles  courts ,  pubescens  et  soyeux.  Les  fleurs  sont  en 
ombelles  solitaires,  axillaires,  à  pédoncule  pubeseent  ,  long 
d'environ  trois  pouces;  les  pédicelles  ont  un  demi-pouce;  le 
calice  est  pubeseent,  à  cinq  découpures  planes,  oblongues, 
aiguè's  ,  trois  et  quatre  fois  plus  courtes  que  la  corolle  ;  celle- 
ci  est  en  roue,  presque  sans  tube,  à  divisions  du  limbe  pu- 
bescentes, ovales,  obtuses,  ciliées;  la  couronne  extérieure  à 
cinq  folioles  ovales,  oblongues,  obtuses;  l'intérieure  verdâ- 
tre ,  une  fois  plus  courte.  Cette  plante  croît  aux  mêmes  lieux 
que  la  précédente. 

Sarcostemme  de  Cumana  ;  Sarcostemma' cumanense  ,  Kunth  ^ 
l.  c.  La  tige  est  grimpante  ;  les  rameaux  sont  glabres  ;  les  feuilles 
opposées,  médiocrement  pétiolées,  linéaires,  lancéolées,  acu- 
minées, obtuses  à  leur  base,  entières,  pubescentes,  mem- 
braneuses, longues  de  deux  pouces,  larges  d'environ  trois 
lignes.  Les  fleurs  sont  disposées  en  ombelles  ;  les  pédoncules 
de  la  longueur  des  feuilles  ;  les  pédicelles  pubescens  ;  le 
calice  est  un  peu  velu,  à  découpures  étalées,  planes,  oblon- 
gues, aiguës,  cinq  fois  plus  courtes  que  la  corolle  :  celle-ci 
est  blanche;  son  tube  très -court,  bordé  à  son  orifice;  le 
limbe  à  cinq  divisions  ovales,  aiguës;  la  couronne  extérieure 
à  cinq  folioles   oblongues,  obtuses,  charnues.  Cette   plante 


366  SAR 

croit  aux  lieux  sablonneux,   dans  les  environs  de  Cumana. 

Sarcostemme  NU:  Sarcoslemma  viminale ,  Rob.  Brown  ;  Cy- 
nanchum  viminale,  Linn.,  Spec;  Asclepias  aphylla ,  Forsk. , 
Flor.  Mgypt.  Arah.  Plante  très-singulière,  en  ce  qu'elle  est  pri- 
vée de  feuilles.  Elle  pousse  plusieurs  tiges  laiteuses,  persis- 
tantes, effilées,  un  peu  grêles,  lisses,  verdàtres  ,  cylindri- 
ques, de  la  grosseur  dune  plume  à  écrire,  un  peu  contour- 
nées, sarmenteuses ,  qui  s'élèvent  à  la  hauteur  de  trois  à  six 
pieds  ;  elles  sont  presque  d'égale  épaisseur  dans  toute  leur 
longueur,  munies  de  rameaux  opposés ,  plus  ou  moins  longs. 
Les  fleurs  ont  un  calice  très-petit,  à  cinq  divisions;  une  co- 
rolle en  roue;  un  rebord  membraneux,  qui  environne  les 
organes  sexuels  ;  une  couronne  à  cinq  folioles  droites,  pé- 
taliformes  ;  les  anthères  brunes  ,  très-petites.  Cette  plante  croît 
en  Afrique  et  dans  l'Arabie. 

Le  Sarcoslemma  australe  de  Rob.  Brown  ,  l>^ov.  Holl. ,  4C4  , 
est  très-rapproché  de  cette  plante.  Ses  tiges  sont  dépourvues 
de  feuilles,  arliculées,  tombantes,  presque  volubiles.  Les 
fleurs  sont  disposées  en  ombelles  terminales  :  elles  deviennent 
latérales  par  le  prolongement  des  tiges.  Cette  plante  croit  à 
la  Nouvelle-Hollande.  (Poir.) 

SARCOSTOMES.  [Entom.)  Nous  avions  ainsi  désigné,  dans 
le  grand  tableau  des  insectes  placé  à  la  fin  du  premier  volume 
des  Leçons  d'anatomie  comparée,  de  M.  Cuvier ,  une  grande 
famille  d'insectes  diptères,  dont  la  bouche  consiste  en  une 
trompe  charnue  et  contractile  ,  par  opposition  aux  scléros- 
lomes ,  qui  ont  un  suçoir  corné  et  non  rétractile  complètement. 
Depuis,  dans  la  Zoologie  analytique  et  dans  nos  Considéra- 
lions  générales  sur  la  classe  des  insectes  ,  nous  avons  cru 
devoir  diviser  cette  famille  ,  qui  comprenoit  un  trop  grand 
nombre  de  genres,  en  deux  autres,  d'après  la  disposition  des 
antennes,  quisontmuniesd'un  poil  isolé,  simple,  ou  plumeux, 
ou  qui  n'offrent  pas  ce  poil ,  ni  rien  de  semblable.  Ces  der- 
niers genres  ont  été  réunis  sous  le  nom  d'A^LOcÈREs,  et  les 
autres  ont  pris  par  opposition  le  nom  de  Chétoloxes  ou  à  soie 
latérale.  Voyez  ces  deux  mots.  (C.  D.) 

SARDA.  (Min.)  Voyez  Sakdoine.   (Brard.) 

SARDACHATES  de  Pline  {Min.),  étoit  très- vraisembla- 
blement une  agate  qui  avoit  la  couleur  rougeàtre  qu'on  attri- 


SA.R  567 

bue  spécialement  à  la  pierre  nommée  sarda  par  les  anciens. 
(B.) 

SARDANELLA.  (Ichthfol.)  Voyez  Scoranze  et  CÉLEam. 
(H.  C.) 

SARDE.  (Ichtliyol.)  On  donne  ce  nom  à  une  espèce  de 
elupée  imparfaitement  connue ,  qu'on  pêche  sur  la  côte  du 
Brésil,  et  qu'on  prépare  à  la  manière  du  hareng  pour  les  Ca- 
naries et  pour  Madère.  Ce  poisson  tient,  pour  la  taille,  le 
milieu  entre  le  hareng  et  la  sardine. 

On  a  parfois  appelé  aussi  la  sardine,  sarde.  Voyez  Clupée. 
(H.C.) 

SARDE.  (Mamm.)  De  Lacépède  a  compris  ce  nom  parmi 
les  synonymes  de  la  baleine  nord-caper.  (Desm.) 

SARDE  (Min.),  Sarda  et  Sardius  de  Pline,  et  le  Sardus 
de  Wallerius  et  des  anciens  minéralogistes,  qui  ne  paroît  pas 
être  précisément  la  même  pierre  que  celle  que  nous  nom- 
mons sardo/ne;  carlasardoine,  telle  que  la  considèrent  les  la- 
pidaires italiens  et  françois ,  est  une  agate  d'un  brun  roussâtre 
ou  orangé,  et  la  sarde,  sardius  et  sardus,  étoit  une  pierre 
rouge  ou  rougeâtre.  Au  reste,  ce  ne  sont  que  des  différences 
techniques;  car  ces  pierres,  considérées  minéralogiquement, 
diffèrent  à  peine  l'une  de  l'autre  :  ce  sont  des  silex  agates 
qui  n'offrent  que  des  variétés  de  nuance,  qui  se  trouvoient 
à  peu  près  dans  les  mêmes  lieux  et  servoient  aux  mêmes 
usages.  Les  anciens  en  faisoient  beaucoup  de  cas  comme 
pierres  propres  à  faire  des  cachets  ;  il  paroît  qu'ils  s'en  procu- 
roient  facilement  des  quantités  considérables  ,  et  comme  il 
est  probable  que  les  plus  belles  venoient  des  montagnes  qui 
sont  sur  la  route  de  l'Inde  par  terre ,  et  que  cette  route  étoit 
bien  plus  fréquentée  par  les  anciens  que  par  les  modernes, 
qui  suivent  actuellement  la  voie  de  la  mer,  il  étoit  assez  na- 
turel qu'ils  pussent  s'en  procurer  facilement  un  très- grand 
nombre  sans  faire  le  voyage  exprès  pour  les  aller  chercher. 
Voyez  Sardoine.  (B.) 

SARDELLA.  {Ichthyol.)  Voyez  Scoranze.  (H.  C.) 

SARDINE.  (Bot,)  Voyez  Sardinella.  (Lem.) 

SARDINE.  {Ichthjol.)  Nom  d'un  poisson  que  nous  avons 
décrit  en  détail  à  notre  article  Cluvée.  (H.  C.  ) 

SARDINE   [Grande].  {Ichthjol.)  A  l'Isle- de -France    on 


5C8  SAR 

appelle  ainsi  le  clupanodon  Jussieu,  Voyez  Clupanodon.  (H.  C.) 

SARDINELLA.  {Bot.)  Nom  donné  en  Toscane  à  une  espèce 
de  champignons  que  Paulet  nomme  raquette  blanche,  sardine 
et  orceille.  Voyez  Orcella.   (Lem.) 

SARDINIERS.  (  Ornith.  )  Une  des  dénominations  citées  par 
MM.  Quoy  et  Gaimard  ,  dans  la  partie  zoologique  de  leur 
Voyageautour  du  monde,  avec  le  capitaine  Freycinet,  comme 
désignant  les  oiseaux  pélagiens.  (Ch.  D.) 

SARDINO.  {Ichthyol.)  Nom  nicéen  de  la  Sardine.  Voyez 
ce  mot.  (H.  C.  ) 

SARDOINE.  [Min.)  La  sardoine  des  bijoutiers  est  une  pierre 
de  la  nature  des  agates,  qui  est  d'une  couleur  orangée  plus 
ou  moins  foncée,  et  passant  par  des  nuances  insensibles  au 
jaune,  au  roussàtre  et  au  brun,  en  sorte  que  l'on  est  convenu 
de  réunir  sous  cette  dénomination ,  toutes  les  agates  dont  la 
couleur  tire  sur  le  brun.  Malgré  cette  distinction.  Ton  peut 
dire  cependant  que  la  sardoine  passe  à  la  cornaline  et  même 
à  la  calcédoine  par  des  nuances  qui  se  fondent  les  unes  avec 
les  autres,  et  cela  doit  être  ainsi  toutes  les  fois  que  deux  ou 
trois  pierres  de  même  nature  ne  se  distinguent  que  par  leurs 
couleurs.  Je  ferai  remarquer  cependant  que  la  sardoine  pré- 
sente, dans  son  intérieur  et  au  milieu  de  sa  pâte,  des  espèces 
de  zones  concentriques  ou  de  petits  nuages  pommelés,  que  je 
n'ai  jamais  remarqués  dans  la  cornaline  rouge  proprement 
dite. 

On  ignore  les  lieux  qui  nous  fournissent  les  sardoines,  mais 
il  est  probable  qu'elles  se  trouvent  dans  le  lit  de  certaines 
rivières,  car  on  les  rencontre  toujours,  chez  les  marchands 
et  chez  les  amateurs,  en  noyaux  qui  ont  de  un  à  deux  pouces 
de  diamètre  et  qui  sont  polies  à  leur  surface.  L'abbé  Chappe, 
qui  fit  un  voyage  astronomique  dans  le  Nord  ,  en  rapporta 
une  grande  quantité.  La  forme  et  la  couleur  des  sardoines 
brunes  leur  a  fait  donner  le  nom  de  murons. 

Les  anciens  connoissoient  certainement  notre  sardoine,  puis- 
qu'ils nous  en  ont  laissé  un  grand  nombre  de  gravées,  mais 
il  me  paroît  certain  qu'ils  réunissoient  sous  le  nom  de  sarda, 
et  notre  sardoine ,  et  notre  cornaline  et  nos  calcédoines.  Pline , 
dans  son  Sy.*  livre,  s'étend  beaucoup  sur  l'histoire  de  cette 
pierre,  qu'il  nomme  sarda,  et  qui  étoit  très-employée  de  son 


SAR  369 

temps  par  les  graveurs.  Il  en  distingue  plusieurs  espèces,  mais 
entre  autres  celles  qui  furent  trouvées  aux  environs  de  la  ville 
de  Sarda,  en  Lydie ,  et  aux  environs  de  Babylone.  Il  en  cite  aussi 
trois  variétés  venant  de  l'Inde  et  plusieurs  des  frontières  de 
l'Egypte.  Le  même  auteur  rapporte,  d'après  Démostrate,  que 
ce  fut  Scipion  l'Africain  qui  porta  la  première  sardoine,  et 
que  depuis  cette  pierre  fut  très-estimée  des  Romains,  qui  la 
recevoient  de  l'Inde  et  d'Arabie. 

Parmi  les  sardoines  gravées  qui  existent  dans  la  collection 
des  antiques  de  la  Bibliothèque  royale  de  Paris,  nous  citerons 
un  Apollon,  qui  est  aussi  remarquable  par  sa  belle  couleur 
que  par  son  grand  volume. 

La  sardoine  fait  souvent  partie  des  agates  onix,  mais  le  plus 
ordinairement  c'est  avec  une  couche  ou  deux  de  calcédoine 
qu'elle  se  trouve  associée  :  on  la  voit  assez  rarement  accolée 
avec  la  cornaline.  Mais  quelle  que  soit  son  association,  elle, 
prend  alors  le  nom  de  sardonyx  ou  tout  simplement  d'ÛNix. 
Voyez  ce  mot.  (Brard.) 

SARDOLA.  {Ichihjol.)  Voyez  Scarda.  (H.  C.) 

SARDONIA,  SARDOS.  [Bot.)  Voyez  Scelerata.  (J.) 

SARDONYX.  (  Min.  )  Ce  n'est  pas  précisément  notre  sar- 
doine ,  mais  c'étoit  dans  Pline  une  sarde  ou  sarda  propre  à 
être  gravée  en  camée ,  puisqu'elle  se  compose  d'une  couche 
de  sarde  ou  agate  rougeàtre  et  d'un  lit  ou  couche  blanche. 
Cette  disposition  des  couleurs  rendoit  cette  pierre  compara- 
ble à  un  ongle  placé  sur  la  chair ,  l'un  et  l'autre  étant  Iranspa- 
rens.  Ce  sont  les  propres  expressions  de  Pline.  (B.) 

SARE.  (  Ornith.  )  Nom  du  venturon  ,  fringilla  cilrinella  , 
Linn.,  en  turc.  (Ch.  D.) 

SAREA.  (Bot.)  Pries  propose  d'établir  ce  genre,  voisin  des 
vibrissea  et  volutella,  tous  champignons  du  groupe  des  elvelles, 
pour  placer  quelques  espèces  considérées  comme  deshelotium 
parles  auteurs,  et  que  lui-même  avoit  comprises  dans  le  genre 
Peziza.  Le  sarea  est  caractérisé  ainsi  :  Réceptacle  lenticulaire, 
toujours  ouvert,  excavé  en  dessous,  d'une  consistance  céra- 
cée;  fructification  en  petits  amas  fixes  qui  ne  se  déchirent 
point.  Ce  genre  nous  paroît  foiblement  caractérisé.  (Lem.) 

SARELLE.  (Bot.)  Le  mélampyre  des  bois  porte  ce  nom 
dans  quelques  cantons.  (L.  D.) 

47'  a4 


570  SAR 

SARG.  (Ichthjol.)  Voyez  Sar.  (H.  C.) 

SARGAÇO,  SARGASSO  et  SARGAZO.  (Bot.)  Noms  que 
les  premiers  navigateurs  portugais  et  espagnols  dans  les  mers 
des  tropiques  ont  donnés  aux  varecs  qui  forment  des  bancs 
immenses,  flottant  à  la  surface  de  la  mer,  où  ils  imitent  des 
prairies.  Cependant  les  fucus  natans  et  bacciferus  sont  spécia- 
lement nommés  sargaço ,  et  de  là  le  nom  de  sargassum ,  sous 
lequel  ils  sont  mentionnés  dans  les  ouvrages  de  botanique 
anciens.  Voj-ez  Fucus.  (  Lem.  ) 

SARGASSUM.  {Bot.)  Genre  de  la  famille  des  algues,  éta- 
bli par  Agardh  ,  et  formé  aux  dépens  du  genre  Fucus,  Linn. . 
tel  que  les  botanistes  modernes  l'ont  fixé.  Son  caractère  es- 
sentiel consiste  dans  sa  fructification  composée  de  réceptacles 
tuberculeux,  ayant  des  loges  intérieures,  chaque  tubercule 
muni  d'un  trou  au  sommet  et  contenant  des  capsules  sans 
mélange  d'aucune  fibre.  Dans  le  cystoseira  du  même  auteur 
les  capsules  sont  accompagnées  de  filamens,  et  dans  le  genre 
Fucus ,  proprement  dit ,  Agardh  ne  laisse  que  les  espèces  don  t  les 
tubercules,  également  percés,  contiennent  un  mucus  fibreux, 
dans  lequel  nagent  de  petites  pelottes  de  fibres  entremêlées 
avec  de  petits  amas  de  capsules.  Une  grande  partie  des  fucus 
des  auteurs  rentreroient  dans  les  sargassum  et  cjystoseira ,  mais 
beaucoup  de  ceux  déjà  rapportés  ne  doivent  être  considérés 
que  comme  placés  provisoirement  dans  ces  genres,  demandant 
à  être  observés  de  nouveau  dans  leur  fructification.  L'espèce 
qui  a  servi  de  type  au  sargassum  est  le  fucus  bacciferus  ,Turn. , 
lequel,  selon  Agardh,  est  le  véritable  fucus  natans,  Linn.; 
celui  que  les  navigateurs  ont  fait  connoître  sous  le  nom  de 
sargaço,  que  les  Espagnols  lui  ont  donné  les  premiers,  et  qui 
est  si  remarquable  par  la  profusion  avec  laquelle  il  croît  et 
couvre  les  mers  des  Indes  et  d'Amérique. 

Agardh  décrit  une  soixantaine  d'espèces  de  sargassum  et 
les  divise  en  plusieurs  sections,  dont  voici  l'indication. 

1  J*^  Section. 

Réceptacles  axitlaires ,  feuilles  eniière-i. 

Cette  section  comprend  les /«eus  natans  et  acinarius,  décrits 

dans  ce  Dictionnaire  à  l'article  Fucus,  et  toutes  les  espèces 

congénères,  au  nombre  de   plus  de  trente,  presque  toutes 


SAR  371 

exotiques  et  plus  particulières  à  la  mer  Rouge  ,  aux  mers 
orientales  et  au  cap  de  Bonne-Espérance. 

2/  Section. 
Réceptacles  axillaires ,  feuilles  pinnatijïdes. 
Cette  section  comprend  moins  d'espèces,  sept  ou  huit  en- 
viron, étrangères  à  l'Europe,  et  qui  croissent  dans  les  mers 
d'Afrique  et  de  l'Inde. 

3.*  Section. 
Espèces  à  petites  frondes  et  munies  de  très'pelites  vésicules. 
Cette  section  est  aussi  peu  nombreuse  en  espèces  ,•  celles- 
ci  sont  encore  toutes  exotiques  et  s'éloignent  des  précédentes 
par  leur  forme  et  leur  aspect  :  elles  sont  rares  dans  nos  her- 
biers. Nous  ne  ferons  que  citer  le  Fucus  angusfifolius,  Turn. , 
pi.  212,  ou  Sargassum  angustifolium,  Agardh  ,  Species  alg. , 
p.  32  ,  qui  croît  dans  la  mer  des  Indes. 

4.*  Section. 
Réceptacles  terminaux. 
Elle  est  peu  nombreuse  en  espèces,  et  celles-ci  se  rencon- 
trent dans  les  mers  de  Chine  et  du  Japon.  Il  faut  en  excep- 
ter cependant  une  seule  espèce,  le  Sargassum.  Hornschuchii, 
Agardh,  /.  c. ,  p.  40,  qui  est  le  Fuco  acinara  de  Ginnani, 
Oper.  post. ,  1 ,  p.  1 9 ,  pi.  27  ,  n.°  36  ,  lequel  vit  dans  la  mer 
Adriatique  ,  et  que  Hornschuch  a  trouvé  près  Parenzo  ,  sur 
la  côte  de  l'Istrie. 

5.*  Section. 

Vésicules  ailées. 

Cette  section  a  pour  type  une  seule  espèce,  le  Fucus  tur- 

linatus,  Linn. ,   décrit  dans   ce  Dictionnaire  au  mot  Ficus, 

tom.  XVII,  p.  497,  où  il  est  également  seul  dans  sa  section, 

6.*  Section. 

Fronde  plane,  avec  une  côte  pinnatijide ;  vésicules  et  Téceptaclss 
aciculaires. 
Trois  espèces  de  la  Nouvelle-Hollande  font  partie  de  ceiie 
section  ;  ce  s©nt  les  Fucits  decurrens,  Turn,,  Hist.  pi.,  124J 


372  SAR 

Peronii ,  Turn. ,  pi.  247  ,  et  platflohium ,  Mertens ,  Mém. ,  p.  4  : 
avec  figures. 

7.*  Section. 

Fronde  plane,  sans  nervures;  réceptacles  situés  sur  le  lord  des 
frondules;  capsules  solitaires  dans  leurs  tubercules. 

D'après  la  manière  de  concevoir  les  genres  à  présent  en 
cryptogamie ,  cette  section  pourroit  en  former  un  distinct. 
L'aspect  ou  le  faciès  l'éloigné  des  précédentes,  et  ses  caractères 
tirés  de  la  structure  des  tubercules  suffiroient  pour  cela.  Elle 
comprend  les  Fucus  phjllanthus  et  maschalocarpus  de  Turner, 
Hist.fuc,  pi.  2o5  et  206. 

Pries  pense  que  les  genres  Sargassum,  Agardh  ;  Cjstoseira , 
Agardh  ;  Halidrjys ,  Lyngb.  ,  et  Himanthalia ,  Lyngb. ,  n'en 
doivent  former  qu'un  :  c'est  celui  qu'il  nomme  Fucus ,  carac- 
térisé ainsi  par  un  apothécium  tuberculeux ,  formé  par  le 
thallus  (  ou  fronde  )  même  ,  percé  à  l'extrémité  ,  contenant 
des  péridioles  libres,  un  peu  pyriformes  et  hyalins,  renfer- 
mant des  sporidies  noires  ,  agglomérées.  Ce  genre  est  le  même , 
à  peu  de  choses  près,  que  le  Fucus  décrit  à  ce  mot  dans  ce 
Dictionnaire.  Enfin,  nous  terminerons  en  faisant  observer 
que  Link.  a  proposé  de  nommer  sargassus,  le  genre  Fucus  lui- 
même,  et  d'y  rapporter  les  espèces  chez  lesquelles  la  fructi- 
fication ,  placée  à  l'extrémité  des  rameaux  dont  elle  produit 
le  gonflement,  consiste  en  sporanges  contenant  des  sporules 
agglomérées. 

Ces  diverses  manières  de  considérer  les  plantes  ci-dessus, 
font  connoître  les  diflicultés  qu'éprouvent  les  botanistes  en 
se  livrant  à  la  recherche  des  véritables  caractères  de  ces  vé- 
gétaux cryptogames,  qui  se  lient  par  tant  de  caractères, 
et  dont  la  séparation  sera  par  là  même  toujours  soumise  à 
la  critique.   (  Lem.) 

SARGASSUS.  (Bot.)  Nom  proposé  par  Link  comme  syno- 
nyme de  fucus.  Voyez  Sargassum.  (Lem.) 

SARGE,  Sargus.  (Entom.)  Genre  d'insectes  à  deux  ailes,  à 
trompe  rétractile  dans  une  cavité  du  front,  dont  les  antennes, 
à  dernier  article  en  palette,  sont  munies  d'un  poil  isolé  et  par 
conséquent  de  la  famille  des  chétoloxes. 

Ce  nom,  créé ,  comme  le  genre,  par  Fabricius,  a  été  pris  au 


SAR  373 

hasard.  C'est  celui  d'un  poisson  décrit  ou  indiqué  par  ^lien 
et  par  Aristote,  Xct^yoç.  Nous  avons  fait  figurer  une  espèce 
de  ce  genre  sur  la  planche  5o  de  l'atlas  de  ce  Dictionnaire, 
sous  le  n.""  8  ,  et  le  profil  de  la  tête ,  qui  montre  la  position  des 
antennes  et  celle  de  la  trompe  lorsqu'elle  est  rétractée  ou  ca- 
chée dans  la  cavité  buccale. 

Réaumur  a  fait  connoitre  la  figure  de  la  larve  ou  plutôt  de 
la  nymphe  des  sarges ,  dans  le  tome  4  de  ses  Mémoires,  à  la 
fin  du  huitième  mémoire  de  ce  volume;  mais  il  l'a  figuré, 
ainsi  que  l'insecte  parfait,  sur  la  planche  22,  qui  appartient 
au  septième  mémoire  des  n."'  5  à  8.  Cette  larvese  développe 
dans  les  bouses  de  vache. 

Les  insectes  parfaits  sont  remarquables  par  leur  tête  isolée, 
arrondie,  munie  d'yeux  globuleux;  par  lexir  abdomen  droit, 
un  peu  alongé ,  aplati ,  ovalaire  ,  ou  plus  large  au  milieu  qu'aux 
deux  extrémités  ;  par  leurs  ailes  planes ,  souvent  colorées  ,  un 
peu  plus  longues  que  le  ventre  :  les  pattes  sont  grêles  et  pro- 
pres à  la  marche. 

Les  principales  espèces  de  ce  genre  ,  auquel  M.  Latreille  a 
rapporté ,  comme  une  section  ,  des  espèces  à  écusson  muni 
de  pointes,  telles  que  celles  du  genre  que  ncfùs  avons  établi 
sous  le  nom  d^Hypoléon  ,  sont  assez  nombreuses.  Nous  citerons 
d'abord  celle  que  nous  avons  fait  figurer,  et  qui  est 

1.  Le  Sarge  cuivreux,  Sargus  cuprarius,  que  Geoffroy  a  dé- 
crit sous  le  nom  de  mouche  dorée,  à  taches  brunes  sur  les 
ailes,  tom.  2,  n."  6,  pag.  525. 

Car.  Cuivreux,  à  duvet  blanchâtre,  corselet  vert,  abdo- 
men d'un  violet  doré  changeant. 

2.  Sarge  doré,  S.  auratus. 

Car.  D'un  poli  brillant,  corselet  vert  cuivreux,  abdomen 
doré. 

C'est  peut-être  une  variété  de  sexe. 

3.  Sarge  écussonné  ,  S.  scutellatus. 

Car.  D'un  noir  brillant,  à  écusson  et  pattes  jaunes. 

On  trouve  trois  ou  quatre  autres  espèces  voisines  aux  en- 
virons de  Paris  :  on  les  distingue  par  la  couleur  des  pattes, 
car  d'ailleurs  elles  ont  la  taille  et  la  couleur  du  sarge  cuivreux. 
(CD.) 

SARGES.  (IcUliyol,)  Voyez  Chéiune.  (H.  C) 


374  SAR 

SARGîE.  (Entom.)  Voyez  Sarge.  (Desm.) 

SARGO.  (Ichthyol.)  Nom  italien  du  Sargue  commun.  Voyez 
ce  mot.  (H.  C) 

SARGOÏDE.  {IchthjoL  )  Nom  spécifique  d'un  Glyphisodon. 
Voyez  ce  mot.  (H.  C.) 

SARGON.  (Ichthjol.)  Voyez  Gardon.   (  H.  C.  ) 

SARGON.  (Ornith.)  L'espèce  de  canard  ,  à  laquelle  ce  nom 
est  donné  en  Russie,  est  plus  connue  sous  celui  de  garrot, 
anas  clangula,  Linn.  (Ch.  D.  ) 

SARGOS.  [Ichthyol.)  Les  anciens  Grecs  donnoient  au  sargue 
ordinaire  le  nom  de  lat.gyoç.  Voyez  Sargue.   (H.  C.) 

SARGOU.  {Ichth^oL)  Sur  la  côte  des  Alpes  maritimes  on 
donne  ce  nom  au  Sargue.  Voyez  ce  mot.  (H.  C.) 

SARGOU  RASCAS.  (Ichthj'ol.)  Nom  nicéen  du  sparus  pun- 
tazzo  de  Linnaeus.  Voyez  Sargue.  (H.   C  ) 

SARGUE,  Sargus.  {Ichthjol.)  Nom  d'un  sous- genre  établi 
par  M.  Cuvier  dans  le  grand  genre  des  Spares  de  Linnaeus, 
et  qui  a  pour  type  le  sargue  ordinaire ,  sparus  sargus ,  Linnaeus, 

Ce  sou'-genre  appartient  à  la  famille  des  léiopoines  de  M. 
Duméril,  et  à  la  troisième  tribu  de  la  quatrième  famille  des 
ncanthoptérygiens  de  M.  Cuvier, 

Il  est  recounoissable  aux  caractères  suivans  : 

MâcJwires  peu  extensibles,  garnies  sur  les  côtés  de  molaires 
rondes,  semblables  à  des  pavés,  et  en  ayant  de  grandes  dents  in- 
cisives, semblables  à  celles  de  l'iiomme  ;  une  seule  nageoire  dor- 
sale, mais  très-  étendue  ;  point  de  piquans,  ni  de  dentelures  aux 
opercules  ;  hauteur  du  corps  presque  égale  et  quelquefois  supérieure 
à  sa  longueur. 

On  distinguera  facilement  les  sargues  de  la  plupart  des 
genres  de  la  famille  des  LÉioroMEs  (voyez  ce  mot),  en  ce  que 
ceux-ci  ont  les  mâchoires  garnies  de  dents,  en  gé.iéral  d'une 
même  espèce.  On  les  séparera  purticulièremeut  des  Daura-. 
DES,  qui  ont  li s  dents  maxillaires  antérieures  coniques;  des 
PxcAaELS,  dont  les  mâchoires  sont  extensibles;  des  Bogues, 
qui  n'ont  point  de  molaires  en  pavé;  des  Pagres,  qui  ont 
antérieurement  un  grand  nombre  de  petites  dents  en  brosse; 
des  Dentés,  dont  les  nr'ichoires  sont  armées  en  devant  de 
quelques  longs  et  gros  crochets,  et,  sur  les  côtés,  de  dents 
conique?;  des  Çanxheres  ,  qui  n'ont  que   des  dents  en  ve- 


SAR  375 

îours.   (Voyez   ces   difTérens  noms  de  genres  et  LÉroPOMEs.) 

Parmi  les  poissons  de  ce  genre,   nous  citerons  : 

Le  Sargue  ordinaire  :  Sargus  vulgaris,  N.  ;  Sparus  sargus, 
Linnseus.  Incisives  au  nombre  de  huit;  molaires  sur  deux 
rangées  de  chaque  côté  ;  museau  a^'ancé  ;  bouche  petite  ;  langue 
lisse;  yeux  obscurs;  iris  argenté;  teinte  générale  argentée  ;  des 
raies  longitudinales  jaunes;  des  bandes  transversales  noires; 
ligne  latérale  composée  de  petits  traits  noirs;  une  tache  noire 
à  la  queue;  nuque,  dos,  catopes,  dune  nuance  noirâtre  ;  na- 
geoire caudale  lisérée  de  noir. 

Ce  poisson  est  commun  dans  la  mer  Méditerranée  et  dans 
le  golfe  de  Gascogne  :  il  fréquente  habituellement  les  pa- 
rages de  Nice  et  ceux  d'Iviça.  On  a  dit  aussi  l'avoir  vu  dans 
la  mer  Rouge  et  dans  le  Nil.  11  parvient  au  poids  de  quatre 
livres  et  à  la  taille  de  vingt  à  vingt- quatre  pouces. 

11  se  nourrit  de  zoophytes  et  de  mollusques-,  et  écrase  fa- 
cilement avec  ses  fortes  molaires  les  coquillages  des  testacés, 
les  coraux,   et  les  madrépores  habités  par  des  radi.iires. 

Dès  le  temps  d'Aristote  on  avoit  noté  que  les  sar^ues  se 
réunissoient  en  troupes  et  fréquentoient  les  rivages. 

Le  nombre  des  femelles  dans  ces  troupes  surpasse  cons- 
tamment celui  des  màlcs. 

La  chair  du  sargue  est  un  manger  médiocre  :  elle  est  com- 
munément sèche  et  dure. 

On  pêche  ce  poisson  au  filet,  à  la  fouennc,  à  la  ligne,  et 
même  à  la  main  ,  dans  les  trous  des  rochers.  Dans  l'archipel 
de  la  Grèce ,  où  il  est  loin  d'être  rare  ,  on  s'en  empare  à  l'aide 
de  lignes,  dont  on  garnit  les  hameçons  de  chair  de  corneille, 
après  avoir  jeté  aux  environs  de  l'endroit  où  l'on  pêche,  une 
pâte  composée  de  farine  et  de  vieux  fromage. 

Le  PuNTAZZO  :  Sargus  puntazzo,  N.  ;  Sparus  puntazzo ,  Gmel. 
Corps  ovale,  oblong,  couvert  de  belles  écailles  argentées, 
obscur  sur  le  dos  et  traversé  sur  les  côtés  par  seize  petites 
lignes  dorées,  relevées  par  une  tache  noire,  qu'on  voit  sur 
les  opercules;  museau  avancé;  bouche  ample;  langue  lisse; 
yeux  d'un  argent  azuré;  iris  doré;  ligne  latérale  composée 
de  petits  traits  noirs;  nageoire  caudale  en  croissant,  traversée 
à  sa  base  d'une  bande  noirâtre. 

Ce  poisson  ,  qui  atteint  des  dimensions  supérieures  à  celle 


37^  SAR 

du  sargue  ordinaire,  et  dont  la  chair  est  meilleure,  habite 
les  côtes  de  la  Sardaigne,  dont  les  pêcheurs  l'appellent  pun- 
tazzo» 

11  est  aussi  fort  commun  à  Nice. 

De  Lacépède  a  pensé,  comme  Walbaum,  qu'il  n'étoit  qu'une 
variété  de  l'espèce  précédente  ;  ce  qui  n'est  point  l'avis  de 
Gmelin,  de  Sonnini  et  de  M.  Risso. 

Le  Spahaillon  ou  I'Annulaire  :  .Sargi/s  annularis ,  N.  ;  Sparus 
annularis,  Gmel. ,  de  la  Roche;  Sparus  smaris  ,  Brunnich.  Un 
appendice  écailleux  auprès  de  chaque  catope;  incisives  larges, 
tronquées;  tête  petite;  mâchoires  égales;  quatre  rangs  de 
molaires  à  la  supérieure  ;  deux  seulement  à  l'inférieure;  base 
des  nageoires  anale  et  caudale  écailleuse  ;  corps  et  catopes 
jaunes  ;  un  anneau  noir  autour  de  la  queue  ,  qui  est  fourchue  ; 
dos,  catopes  et  nageoire  anale  noirâtres,  ainsi  que  le  bord 
de  la  caudale. 

Ce  poisson,  auquel  les  pêcheurs  d'iviça  et  de  Maïorque 
donnent  le  nom  d'esparaj  ,  paroît  être  le  même  que  celui 
que  Rondelet  et  Willughby  de  Eresby  ont  décrit  sous  le  nom 
de  sparus.  Il  est,  par  conséquent,  le  sparus  unicolor  JlaveS' 
cens  d'Artédi ,  et  le  sparus  annularis  de  Linnœus.  M.  Cuvier 
le  regarde  aussi  comme  identique  au  sparus  haffara  de  M. 
Risso ,  que  les  habitans  du  littoral  des  Alpes  maritimes  ap-> 
pellent,  en  effet,  esperlin;  mais  il  est  fort  différent  du  sparus 
annularis  de  Brunnich  et  de  Bloch,  lequel  est  une  Daurade. 
(Voyez  ce  mot.) 

Le  sparaillon  reste  toujours  petit  :  il  atteint  rarement  la 
taille  de  dix  à  douze  pouces. 

On  le  pêche  dans  l'Adriatique,  dans  les  eaux  de  la  Tos- 
cane, dans  le  lac  de  Cagliari,  sur  les  côtes  de  Nice,  sur  les 
rivages  des  iles  Baléares  et  surtout  dans  les  étangs  salés  de  la 
petite  île  de  Fermentera. 

Il  se  tient  en  grandes  troupes  près  des  rivages. 
Sa  chair  est  molle  et  peu  estimée. 

Le  5pare  à  museau  pointu  de  François  De  la  Roche,  lequel 
paroît  le  même  que  le  sparus  annularis  de  M.  Risso  ,  doit  aussi 
être  rangé  dans  ce  sous-genre ,  de  même  que  le  poisson  au- 
quel on  a  donné  le  nom  de  sparus  ovicephalus.  Voyez  Spare. 
(H.  C.) 


SAR  377 

SARGUET.  (Ichûifol.)  Un  des  noms  du  sargue  ordinaire. 
Voyez  Sargue.  (H.  C.) 

SARI.  (Bot.)  La  plante  ainsi  nommée  par  Théophraste  est, 
selon  C.  Bauhin  ,  son  papyrus  sjriaca ,  cjprus  papyrus  de  Lin- 
nseus  ,  maintenant  genre  distinct  sous  le  nom  de  Papyrus, 
dans  la  famille  des  cypéracées.  C'est  peut-être  la  poussière 
des  fleurs  de  cette  plante,  dont  C.  Bauhin  parle  ailleurs, 
sans  indication  du  lieu,  laquelle  est  employée  par  les  habi- 
tans  pour  s'en  frotter  le  corps  pour  le  mettre  à  l'abri  des 
influences  de  l'air.  (J. ) 

SARI.  [Conchyl.)  Adanson  (Sénég.,  p.  184,  pi.  12)  décrit 
et  figure  sous  ce  nom  un  très  -  petit  mollusque  conchyli- 
fère ,  qui  me  paroît  être  le  jeune  âge  de  quelque  espèce  de 
turbo.  (De  B.  ) 

SARIA.  {Orniih.)  Nom  que  les  Guaranis,  ou  naturels  du 
Paraguay  ,  ont  imposé  au  gallinacé  dont  la  description  se 
trouve  au  tome  Vil  de  ce  Dictionnaire  sous  le  mot  Cariama. 
(Ch.D.) 

SARIBUS.  {Bot.)  Nom  indien  du  eorypha  umhracuUfera , 
espèce  de  palmier,  suivant  Rumph.  (J. ) 

SARICOVIENNE.  {Mamm.)  Ce  nom,  d'origine  brasilienne  , 
désigne,  selon  Buffon ,  une  espèce  de  Loutre  de  l'Amérique 
méridionale,  décrite  dans  ce  Dictionnaire  sous  le  nom  de 
Loutre  de  Cayenne,  tome  XXVII,  page  244.  Il  a  ensuite  été 
appliqué,  mais  à  tort,  à  la  loutre  marine. 

La  saricovienne  de  la  Guiane  de  plusieurs  auteurs  est  encore 
le  même  animal  que  cette  loutre  de  Cayenne,  à  l'article  de 
laquelle  nous  venons  de  renvoyer.  (Desm. ) 

SARIGUE.  (Mamm.)  Les  naturalistes  françois  donnent  ce 
nom  et  celui  de  didelphes  aux  mammifères  que  Linné,  et 
tous  les  auteurs  qui  l'ont  suivi,  ont  désignés  sous  la  dénomi- 
nation générique  de  didelphis  (tirée  de  cT/ç,  deux,  et  de  S'i\(pûç, 
matrice,  double  matrice,  a  cause  des  particularités  que  pré- 
sentent les  organes  de  la  génération  dans  ces  animaux). 

Les  sarigues  sont  des  mammifères  carnassiers,  de  la  famille 
des  Marsupiaux  (voyez  ce  mot),  dans  la  méthode  de  M.  Cu- 
vier.  Par  leur  système  dentaire  ils  se  rapprochent  assez  des 
dasyures  et  des  péramèles  de  la  Nouvelle  -  Hollande  ;  mais  ils 
s'en  éloignent  par  la  forme  de  leurs  pieds  et  de  leur  queue, 


578  SAR 

qui  leur  donne,  au  contraire,  de  la  ressemblance  avec  les 

phalangers. 

Leurs  caractères  propres  sont  les  suivans  :  La  tèie  de  ces 
animaux  est  trés-alongée  et  conique,  terminée  par  un  petit 
mufle  comme  tronqué  et  sur  lequel  sont  percées  les  narines; 
les  yeux  sont  placés  très- haut,  plutôt  petits  que  moyens,  et 
obliques;  les  oreilles  grandes,  ovales  et  presque  nues;  la 
g)ieule  est  très-fendue  et  les  mâchoires  sont  pourvues  d'une 
quantité  de  dents  qui  dépasse  celle  qu'on  observe  dans  les 
antres  mammifères  terrestres  ;  on  en  compte  en  tout  cin- 
quante, viîigl-six  à  la  mâchoire  supérieure  et  vingt-quatre  à 
l'inférieure.  Les  dix  incisives  supérieures  sont  petites  et  pla- 
cées sur  une  ligne  transverse  légèrement  courbée;  les  deux 
intermédiaires  sont  cylindriques  ,  crochues  et  plus  longues 
que  toutes  les  autres,  qui  sont  un  peu  tranchantes;  un  espace 
creux  les  sépare  des  canines,  qui  sont  comprimées,  à  bords 
arrondis  et  arquées;  immédiatement  après  la  canine  viennent 
de  chaque  côté  d'abord  trois  fausses  molaires,  dont  la  pre- 
mière est  la  plus  petite:  puis  quatre  vraies  molaires,  dont 
les  trois  premières  croissent  successivement  en  grandeur  et 
dont  la  dernière  est  plus  petite,  ces  dents  ayant  le  bord  ex- 
terne de  leur  couronne  découpé  en  dentelures  et  le  milieu 
portant  un  ou  deux  tubercules  aigus.  La  mâchoire  inférieure 
n'a  que  huit  incisives,  couchées  obliquement  en  avant,  égales 
entre  elles  et  à  peu  près  cylindriques  ;  les  canines  ressem- 
blent à  celles  d'en  haut  ;  les  trois  fausses  molaires  sont  un 
peu  écartées  de  celles-ci,  et  la  plus  grande  d'entre  elles 
est  la  seconde;  les  quatre  vraies  molaires  se  composent  an- 
térieurement de  trois  pointes  disposées  en  triangle  et  d'un 
talon  postérieur  garni  de  trois  tubercules  moins  élevés.  La 
langue  est  ciliée  sur  les  bords  et  pourvue  de  papilles  cor- 
nées, dirigées  en  arrière  sur  sa  face  supérieure;  les  mous» 
taches  sont  longues  et  nombreuses. 

Le  corps,  dont  le  volume  total  ne  dépasse  jamais  celui  du 
chat  domestique  et  est  souvent  borné  à  de  bien  plus  petites 
dimensions  ,  a  géncraiement  les  formes  qui  sont  propres  aux 
animaux  carnassiers ,  et  il  est  plus  grêle  et  plus  alongé  dans 
les  petites  espèces  que  dans  les  grosses  ,  qui  se  chargent  sou- 
vent d'une  quantité  assez  considérable  de  graisse.  Lti  queti'e 


SAR  379 

fst  génëralement  fort  longue,  ronde,  écailleuse ,  dépourvue 
de  poils  dans  la  plus  grande  partie  de  sa  longueur  et  émi- 
nemment prenante.  Tous  les  pieds  sont  à  cinq  doigts.  Dans 
les  didelphes  ou  sarigues  proprement  dits,  les  doigts  sont  sé- 
parés, et  dans  les  sarigues  nageurs  (  types  du  genre  Cliiro- 
jiectes  d'iiliger)  ils  sont  réunis  par  une  membrane,  comme 
les  doigts  du  castor  et  ceux  de  la  loutre.  Toujours  les  pieds 
de  derrière  sont  plantigrades,  et  le  pouce  de  ces  mêmes 
pieds  manque  d'ongle  ;  les  ongles  de  tous  les  autres  doigts 
sont  arqués  et  crochus. 

Les  femelles  de  ces  animaux  ont  une  quantité  variable  de 
tétines  et  quelquefois  celles-ci  sont  en  nombre  impair,  pla- 
cées en  cercle  et  non  sur  deux  lignes,  avec  une  d'entre  elles 
centrale  :  elles  sont  toutes  ventrales,  peu  éloignées  les  unes 
des  autres  et  comprises  soit  dans  un  vaste  sac  formé  par  une 
duplicature  de  la  peau,  soutenue  par  deux  os  surnuméraires 
du  pubis  (nommés  os  marsupiaux),  soit  dans  un  simple  sillon 
longitudinal  qui  sépare  deux  plis  latéraux  de  la  peau  du 
ventre.  Il  semble  qu'une  seuleglande  mammaire  soit  commune 
à  toutes  ces  tétines,  et  l'opinion  de  M.  de  Blainville  est  que 
celles-ci  ne  çont  autre  chose  qu'une  expansion  de  la  peau  pro- 
duite par  la  succion  du  petit,  et  qui  acquiert  la  qualité  d'un 
mamelon  ordinaire;  de  sorte  que,  selon  lui,  le  nombre  des 
tétines  seroit  toujours  correspondant  à  celui  des  jeunes  sarigues 
et  qu'elles  seroient  situées  irrégulièrement,  selon  la  place 
qu'ils  auroient  choisie  pour  s'attacher  à  leur  mère.  Quoi  qu'il 
en  soit,  les  os  marsupiaux,  qui  sont  longs,  plats,  en  forme  de 
languette,  et  articulés  en  avant  du  bord  antérieur  du  pubis, 
se  trouvent  constamment  dans  les  mâles  et  dans  les  femelles, 
que  celles-ci  soient  pourvues  d'une  poche,  ou  qu'elles  n'aient 
que  des  plis  simples  et  latéraux  de  la  peau  du  ventre.  Lorsque 
la  poche  existe,  son  intérieur  est  garni  de  poils  très-doux, 
son  ouverture  est  transversale  ,  placée  un  peu  en  haut  du 
ventre,  et  elle  peut  se  fermer  au  moyen  de  muscles,  dont 
quelques-uns  prennent  attache  aux  os  marsupiaux.  Les  or- 
ganes de  la  génération  sont  semblables  à  ceux  des  autres  ani- 
maux de  la  même  famille,  c'est-à-dire,  que  le  vagin  de  la 
femelle  se  bifurque  en  deux  canaux  très-étroits,  aboutissant 
à  1.1  matrice  5  par  lesquels  les  petits  ne  peuvent  passer  que 


38o  SAR 

dans  un  état  rudinlentaire  ;  la  verge  du  mâle  a  son  gland 
aussi  divisé  en  deux  pointes,  à  la  base  desquelles  s'ouvre  le 
canal  de  l'urètre,  et  chacune  de  ces  pointes  est  marquée 
d'un  sillon  longitudinal;  les  testicules  sont  contenus  dans  un 
scrotum  pendant  et  placé  en  avant  de  la  verge.  Le  clitoris 
des  femelles  est  double. 

Le  pelage  de  ces  animaux,  selon  les  espèces,  est  lisse  et 
luisant  ou  comme  laineux,  et  parsemé  de  poils  roides  assez 
rares.  L'odeur  désagréable  que  plusieurs  d'entre  eux  répan- 
dent et  qui  les  a  fait  comparer  aux  moufettes  ou  aux  putois, 
paroît  due  à  une  liqueur  sécrétée  par  des  glandes  anales. 

Les  sarigues  ont  un  estomac  simple  et  petit,  et  un  cœcum 
médiocre  et  non  boursouflé. 

Tous  les  didelphes  ou  sarigues  sont  du  nouveau  continent, 
et  la  limite  géographique  de  leur  genre  est  comprise,  du  nord 
au  sud,  entre  le  pays  des  Illinois  et  le  Paraguay;  c'est  seule- 
ment dans  la  partie  orientale  de  l'Amérique  que  l'on  les  ren- 
contre :  ils  n'existent  ni  sur  la  chaîne  des  Andes  et  des  mon- 
tagnes rocheuses,  ni  sur  son  revers  occidental. 

Ce  sont  de  tous  les  animaux  à  bourse  les  plus  ancienne- 
ment connus  et  les  plus  fréquemment  observés;  cependant 
le  mystère  de  leur  génération  est  loin  d'avoir  été  complète- 
ment dévoilé.  On  sait  que  peu  de  temps  après  l'accouple- 
ment les  femelles  mettent  bas  un  nombre  souvent  considé- 
rable de  très-petits  fœtus  (gros  comme  un  pois,  par  exemple, 
dans  un  animal  de  la  taille  du  chat),  tous  nus  ,  n'ayant  pour 
membres  que  quatre  petits  tubercules  non  divisés  en  doigts, 
dépourvus  d'oreilles,  d'yeux,  et  qui  ne  montrent  de  bien 
distinct  qu'une  ouverture,  qui  est  celle  de  la  bouche.  Ces 
embryons  se  trouvent  subitement  transportés  dans  la  bourse 
ou  entre  les  plis  de  la  peau  du  ventre  des  femelles;  les  tétines 
sont  formées,  et  chacun  d'eux  est  fixé  à  l'une  de  celles-ci, 
pour  y  rester  suspendu  jusqu'à  ce  que  son  développement 
principal  ait  lieu.  Un  peu  plus  tard,  si  l'on  détache  ces  petits 
de  leur  mamelle,  qui  étoit  comme  un  pédoncule  pour  eux, 
on  observe  que  la  tétine  s'étoit  tellement  alongée,  qu'elle  de- 
voit  remplir  tout  leur  œsophage  et  arriver  à  l'estomac.  On 
n'a  jamais  vu  comment  ces  petits  sont  placés  aux  mamelles; 
on  s'est  assuré   qu'aurune  communication  n'existe  entre  la 


SAR  381 

vulve  et  la  poche;  on  s'est  convaincu  de  la  difficulté  que 
dévoient  éprouver  les  femelles  pour  transporter  avec  leurs 
griffes  acérées  ou  leurs  dents,  et  sans  les  blesser  ou  les  tuer, 
des  êtres  aussi  frêles  et  aussi  débiles  que  le  sont  leurs  petits  au 
moment  qu'ils  sortent  de  la  vulve,  et  l!on  a  proposé,  pour 
se  rendre  compte  de  ce  phénomène,  différentes  explications 
plus  ou  moins  ingénieuses,  mais  dont  nous  nous  abstiendrons 
de  préférer  aucune.  Pourremplir  le  désir  des  lecteurs,  nous  ne 
croyons  pouvoir  mieux  faire  que  de  les  renvoyer  aux  articles 
DiDELPHE  et  Marsupiaux,  dans  lesquels  M.  Geoffroy  Saint-Hi- 
laire  a  donné  une  analyse  exacte  de  toutes  les  recherches 
qui  ont  été  faites  sur  la  génération  des  sarigues,  et  présenté 
les  idées  physiologiques  que  ce  sujet  curieux  lui  a  suggérées. 

On  voit  que  dans  ces  animaux  la  gestation  est  pour  ainsi 
dire  divisée  en  deux  temps.  La  première  période,  qui  est 
courte,  est  celle  du  séjour  des  fœtus  dans  l'utérus;  c'est  la 
plus  courte  :  et  la  seconde  est  celle  de  leur  séjour  dans  la 
poche  ou  entre  les  plis  de  la  peau  du  ventre  qui  renferment 
les  mamelles.  Pendant  long -temps  on  a  cru  que  les  petits 
sarigues  n'avoient  point  de  placenta,  parce  que,  aussi  jeunes 
qu'on  les  ait  observés,  on  n'avoit  point  vu  de  trace  d'ombi- 
lic, et  l'on  en  inféroit  qu'il  devoit  exister  pour  ces  animaux 
un  mode  de  génération  tout  différent  de  celui  des  autres 
mammifères;  mais  M.  Geoffroy  a  démontré  l'inexactitude  de 
cette  supposition  ,  en  décrivant  deux  embryons  de  sarigues  que 
lui  avoit  remis  M.  Turpin,  et  dans  lesquels  le  cordon  ombi- 
lical étoit  apparent. 

Les  petits  restent  long- temps  dans  la  poche,  acquièrent 
successivement  toutes  les  parties  qui  leur  nianquoient  d'abord, 
et  se  couvrent  de  poils.  Dans  les  espèces  sans  poche  ils  pendent 
sous  le  ventre  des  femelles,  comme  des  grains  de  raisin  à  la 
rafle  qui  les  soutient.  Ces  derniers  ont  un  développement 
plus  prompt,  et  aussitôt  qu'ils  sont  assez  forts,  ils  montent 
sur  le  dos  de  leur  mère  en  accrochant  leur  queue  prenante  à 
la  base  de  la  sienne ,  et  c'est  ainsi  qu'elle  les  transporte  partout. 
On  conçoit  que  dans  la  première  jeunesse  les  petits  qui  com- 
mencent à  s'éloigner  de  leur  mère  trouvent  un  refuge  assuré, 
dans  le  danger,  ou  dans  sa  poche  ou  sur  son  dos,  et  c'est  ce 
qui  arrive  en  eflfet. 


382  SAR 

Les  sarigues  sont  des  animaux  qui,  par  leurs  habitudes 
naturelles,  ont  de  l'analogie  avec  les  fouines  et  les  putois;  ils 
habitent  les  bois,  motitent  sur  les  arbres  et  vivent  d'oiseaux, 
d'œufs  et  d'insectes.  Les  grosses  espèces  s'introduisent  dans 
les  habitations  et  étranglent  les  volailles  ainsi  que  le  font  les 
carnassiers  que  nous  venons  de  nommer.  Ils  sont  néanmoins 
beaucoup  plus  lents  dans  leurs  mouvemens  et  ne  montrent 
qu'une  ardeur  médiocre  dans  la  poursuite  de  leur  proie.  Ceux 
de  ces  animaux  qu'on  a  cherché  à  élever  en  domesticité,  se 
sont  montrés  stupides  ,  indifférens  aux  bons  traitemens,  in- 
dolens  et  très-dormeurs. 

M.  Ratinesque  a  prétendu  que  dans  l'Amérique  septen- 
trionale il  arrivoit  quelquefois  que  les  femelles  des  sarigues 
s'accouploient  avec  des  chats  domestiques  et  qu'il  en  résul- 
toit  des  êtres  participant  par  leurs  formes  des  deux  espèces 
qui  leur  avoient  donné  naissance.  Malgré  la  disposition  où 
nous  sommes  généralement  de  croire  aux  faits  rapportés  par 
M.  Rafinesque,  la  grande  différence  qui  existe  entre  l'organi- 
sation des  sarigues  et  celle  des  chats,  ne  peut  nous  permettre 
d'ajouter  foi  à  celui-ci.  M.  Rafinesque  aura  vraisemblablement 
été  trompé  par  un  rapport  mensonger. 

Dans  l'antique  nature  le  genre  des  Sarigues  est  un  de  ceux 
qui  ont  existé  les  premiers.  On  a  trouvé  des  débris,  et  notam- 
ment des  mâchoires  bien  caractérisées ,  appartenant  à  des 
animaux  de  ce  genre  :  i."  à  Stonesfield  en  Angleterre,  dans 
un  dépôt  compris  au  milieu  des  couches  oolithiques;  2.°  à 
Provins,  dans  des  lits  d'argile  plastique;  et  3."  depuis  long- 
temps M.  Cuvier  a  fait  connoître  les  ossemens  de  ce  genre, 
qu'il  a  découverts  dans  les  couches  gypseuses  calcaires  de 
Montmartre. 

Le  nom  de  sarigue,  que  nous  avons  adopté  pour  désigner 
le  genre  qui  nous  occupe,  vient  des  mots  çarigueia,  sariguoi 
ou  ceiigon,  qui,  au  rapport  de  Marcgrave  et  des  autres  an- 
ciens naturalistes  de  l'époque  de  la  découverte  de  l'Amé- 
rique, étoient  génériques  parmi  les  Brésiliens  pour  désigner 
ces  animaux.  Les  Mexicain*  les  appelaient  tlilaquatzin ,  et  les 
peuplades  de  l'Amérique  du  Nord  manicou  ou  manitou;  au 
Paragikay  on  les  appelle  micourés.  Les  Anglois  donnent  la  dé- 
nomination d'opoiium,  à  tous  les  animaux  à  bourse,  et  con- 


SAR  385 

sêquemment  aux  sarigues.  Quant  à  celle  de  pliilander,  qui  a 
été  rapporté  par  Séba  à  quelques-unes  de  leurs  espèces,  elle 
n'a  rien  de  grec,  comme  on  pourroit  le  croire;  c'est  le  nom 
défiguré  de pe/andoc  ou  pelandor,  appliqué,  dans  l'une  des  iles 
de  l'archipel  des  Indes,   à  un  kanguroo. 

Nous  décrirons  d'abord  les  Sakigues  proprement  dits,  c'est- 
à-dire  ,  ceux  qui  sont  grimpeurs  et  qui  ont  les  doigts  des 
quatre  pieds  longs  et  bien  séi-afés.  Leur  pouce  des  pieds  de 
derrière  est  sans  ongle  ,  long  et  opposable  aux  autres  doigts, 
disposition  qui  avoit  d'aboid  fait  donner  aux  animaux  ;ï 
bourse  les  premiers  connus  et  qui  la  présentent,  le  nom  de 
pédimanes. 

La  subdivision  naturelle  du  genre  Sarigue  est  fondée  sur 
l'existence  ou  la  non -existence  de  la  poche  ventrale  dans 
les  femelles. 

§.   1 .  Espèces  dont  les  femelles  sont  pourvues  d'une 
poche  ventrale.  ' 

Le  Sarigue  a  oreilles  bicolores  ou  le  Manicod  {Didelphis 
virginiana,  Linn. ,  Cuv. ,  Temm.  ;  le  Sarigue  des  Illinois  et  le 
Sarigue  a  longs  poils  de  Buffon  ,  Suppl.,  tom.  6,  pi.  33  et 
34;  Virginian  opossum  de  Shaw)  e«t,  après  le  crabier,  l'espèce 
la  plus  grande  du  genre.  Il  a  la  taille  du  chat;  son  corps  a 
environ  quinze  pouces  de  longueur,  sa  queue  onze  pouces; 
sa  tête  quatre,  et  ses  oreilles  ont  un  pouce.  Son  corps  est 
épais  et  le  paroît  encore  plus,  à  cause  de  la  nature  laineuse 
du  poil  intérieur,  qui  est  très-abondant.  Ce  pelage  inté- 
rieur ou  cette  laine  est  généralement  de  couleur  blanchCç, 
lavée  de  brunâtre,  parce  que  tous  les  poils  qui  le  composent 
sont  blancs  près  de  la  peau  et  bruns  vers  l'extrémité  ;  ils  sont 
traversés  par  de  grands  poils  roides,  plus  abondans  sur  le  dos 
qu'ailleurs,  et  de  couleur  blanche  dans  toute  leur  étendue. 
La  tête  est  blanche;  le  tour  des  yeux  et  les  oreilles  à  leur 
base  sont  d'une  couleur  brune,  et  ces  dernières  sont  termi- 

i  Selon  la  remarque  de  M.  Tcmminck  ,  celte  poclie,  très-développte 
dans  les  femelles  adultes,  est  moins  distincte  dans  les  jeunes,  et  diffi- 
cile à  reconnoître  sur  les  dépouilles  desséchées  de  très -jeunes  indivi- 
divs  de  cç  sexe. 


384  SAR 

nées  de  blanc  jaunâtre:  la  queue,  plus  coui'te  que  le  corps 
et  la  tête  réunis  ,  est  garnie  à  sa  base  de  très- longs  poils 
soyeux  et  blancs,  et  le  reste,  généralement  nu  et  écailleux, 
n'a  que  des  poils  rares  très-courts  et  aussi  blancs;  le  museau 
est  très-long  et  pointu;  la  partie  nue  et  muqueuse  du  nez 
est  de  couleur  de  chair  jaunâtre,  et  la  fente  nasale  est  très- 
profonde.  Les  mamelons  dans  la  poche  des  femelles  paroissent 
être  au  nombre  de  douze  environ,  et  une  figure  de  cet  ani- 
mal en  présente  treize,  dont  douze  disposés  en  cercle  et  un 
central. 

Les  jeunes  sont  plus  blancs  que  les  adultes  ,  et  pourvus  com- 
parativement de  plus  de  poils  laineux. 

Cette  espèce,  long -temps  confondue  avec  les  deux  sui- 
vantes, en  a  été  distinguée  par  M.  Cuvier.  C'est  sur  elle  prin- 
cipalement qu'on  a  pu  étudier  les  mœurs  des  sarigues  :  elle 
habite  les  bois,  pénètre  pendant  la  nuit  dans  les  habitations 
rurales  et  se  jette  sur  les  animaux  des  basses-cours,  comme 
la  fouine  le  fait  chez  nous  sur  nos  volailles;  elle  vit  aussi  de 
fruits  et  d'insectes.  Ses  petits,  en  naissant,  ne  pèsent  qu'un 
grain;  ils  restent  dans  la  poche  de  la  mère  jusqu'à  ce  qu'ils 
aient  atteint  la  taille  d'une  souris  et  qu'ils  soient  vêtus  de 
poils  :  ils  n'en  sortent  d'abord  qu'avec  précaution ,  sans  s'é- 
loigner de  leur  mère,  et  au  moindre  bruit  ils  y  rentrent  avec 
précipitation.  La  mère  les  aide  alors,  et  lorsqu'elle  est  assu- 
rée qu'il  n'en  manque  aucun,  elle  s'enfuit  en  emportant  ainsi 
sa  famille  entière.  On  a  compté  dans  cette  espèce  jusqu'à 
quatorze  et  seize  petits  par  portée.  La  gestation  intérieure  dure 
seulement  vingt-six  jours  et  les  petits  séjournent  dans  la  poche 
environ  cinquante  jours  après  leur  naissance  :  ce  n'est  qu'au 
bout  d'un  très-long  temps  que  leurs  yeux  sont  ouverts;  Cette 
espèce  est  particulière  à  l'Amérique  septentrionale  et  se  trouve 
depuis  le  pays  des  Illinois  jusque  dans  les  Florides  et  dans  le 
Mexique. 

Le  Sarigue  d'Azara  ou  Gamba  :  Didelphis  Azarœ,  Temm., 
Monogr. ,  pag.  5o  ;  Micouré  premier  ou  Micouré  proprement 
dit  d'Azara,  Essai  sur  l'hist.  nat.  des  quadr.  du  Paraguay, 
vol.  1  ,  pag.  244;  le  Gamba,  Schreb. 

Nous  avions  réuni  cette  espèce  avec  la  précédente  ,  à  cause 
de  la  grande  ressemblance  qu'elles  ont  entre  elles.  M.  Tem- 


SAR  385 

minck,  le  premier,  l'a  distinguée  de  celle-ci  et  de  la  sui- 
vante, et  exprime  ainsi  ses  différences  caractéristiques:  «On 
«  évitera  de  confondre  les  trois  espèces  de  grands  sarigues  à 
«  longs  poils ,  désignés  sous  les  noms  de  sarigues  manicou  , 
«  Azara  et  crabier ,  en  ayant  soin  d'observer  que  le  manicou 
«  ou  sarigue  du  nord  de  l'Amérique  a  toujours  la  face  et  le 
«  cou  d'un  blanc  pur,  le  boutoir  du  nez  ou  le  mufle  blanc  ; 
«  le  bout  des  oreilles  coloré,  et  la  queue  plus  courte  que  le 
«  corps.  Le  sarigue  d' Azara  se  distingue  du  mauicou  par  sa 
«  queue  plus  longue,  la  face  et  la  nuque  presque  noires, 
«  et  les  oreilles  toujours  noires  ou  colorées  à  leur  base.  Ces 
«  deux  espèces  ont  des  poils  soyeux  très-longs,  d'un  blanc 
«  pur  depuis  leur  base  jusqu'à  leur  pointe.  Le  crabier  dif- 
«  fère  des  deux  autres  par  sa  très-longue  queue  et  par  les 
^  longs  poils  soyeux,  qui  ont  seulement  du  blanc  à  leur  base, 
«  tandis  que  tout  le  reste  est  d'un  noir  profond  ou  d'un  brun 
«c  noirâtre  très- foncé.  *  Ces  différences  se  sont  montrées 
constantes  à  M.  Temminck  dans  tous  les  âges  et  chez  les  deux 
sexes. 

Les  plus  grands  individus  de  l'espèce  du  sarigue  d'Azara  ont 
quinze  pouces  de  longueur,  et  leur  queue  a  treize  pouces  et 
demi.  Le  pelage  se  compose  de  poils  de  deux  sortes  :  l'intérieur 
est  laineux  ,  blanc  ou  blanchâtre  depuis  sa  base,  mais  terminé 
de  noir;  et  les  grands  poils  soyeux,  qui  traversent  les  premiers, 
sont  roides  et  blancs  dans  toute  leur  longueur;  ces  longs  poils 
étant  plus  abondans  sur  les  parties  supérieures  de  la  tête  et 
du  corps  que  partout  ailleurs.  La  face  est  généralement  d'un 
jaunâtre  sale;  le  tour  des  yeux  est  noir,  et  cette  couleur  se 
prolonge  jusqu'aux  moustaches;  une  tache  noire  naît  du 
chanfrein  et  se  porte  jusque  sur  l'occiput,  où  elle  se  réunit 
avec  le  noir  de  la  nuque,  partie  oîi  commencent  à  paroître 
les  grands  poils  blancs  qu'on  voit  sur  le  reste  de  la  robe. 
Les  quatre  jambes  sont  noires;  la  base  de  la  queue  est  très- 
poilue  et  colorée  comme  le  dos  ;  sa  partie  nue  est  d'abord  noire 
et  ensuite  terminée  de  blanc  ;  les  poils  qui  naissent  entre  les 
interstices  de  ses  écailles  sont  très-courts  et  noirs  dans  la  partie 
où  les  écailles  sont  noires,  et  blancs  dans  celle  où  les  écailles 
sont  blanches. 

Ce  sarigue  habite  les  parties  méridionales  et  orientale? 
^7-  25 


386  SAR 

de  l'Amérique  ,  et  particulièrement  le  Paraguay  et  le  Brésil. 
Selon  M.  d'Azara ,  il  vit  dans  les  buissons  et  dans  les  champs, 
se  tenant  pendant  le  jour  dans  des  trous  sous  terre.  Il  entre 
dans  les  maisons  pendant  la  nuit  pour  se  jeter  sur  les  vo- 
lailles, dont  il  suce  le  sang  :  il  mange  aussi  des  œufs  et  des 
fruits.  D'Azara  croit  qu'il  fait  la  chasse  aux  reptiles. 

Le  Sarigue  crabier  :  Didelphis  cancrivora  et  Didelphis  mar- 
supialis,  Linn.,  Cuv.  ,  Temm.  ;  le  Crabier  ,  Buff.  ,  Suppl.  , 
tom.  3,  pi.  54;  le  grand  Philandre  de  Surinam,  de  Séba  ; 
PiAUT  ou  PiANT  des  hablfans  de  Cayenne.  La  longueur  de  cet 
animal,  mesurée  depuis  le  bout  du  nez  jusqu'à  l'origine  de  la 
queue  ,  est  d'environ  quatorze  pouces,  et  cette  dernière  partie 
en  a  quinze.  C'est  un  animal  très-voisin  des  deux  précédens, 
mais  dont  nous  avons  ci-dessus  rapporté  la  différence,  d'après 
M.  Temminck.  Sa  têtv  et  son  museau  sont  remarquablement 
longs,  et  le  boutoir  du  nez  ou  le  mufle  est  noir;  les  oreilles 
sont  d'un  blanc  jaunâtre  uniforme;  le  chanfrein  est  un  peu 
bombé  et  marqué  d'une  ligne  brune  ;  le  poil  est  de  deux 
sortes  :  l'intérieur  est  court  et  laineux,  entièrement  d'un  blanc 
sale,  et  les  grands  poils  roides  et  soyeux  qui  le  traversent, 
sont  blancs  depuis  leur  base  jusqu'à  la  moitié  de  leur  lon- 
gueur seulement,  et  d'un  brun  foncé  dans  tout  le  reste  jus- 
qu'à leur  extrémité  (ce  qui  est  absolument  le  contraire  de 
ce  qu'on  voit  dans  les  deux  premières  espèces);  ces  poils 
bruns  sont  en  plus  grand  nombre  au  dos  ,  au  sommet  de 
la  tête,  sur  les  cuisses  et  à  la  base  de  la  queue,  que  partout 
ailleurs,  où  ils  ne  sont  pas  assez  abondans  pour  recouvrir 
et  empêcher  de  voir  la  couleur  blanche  du  poil  intérieur-, 
la  queue,  un  peu  plus  longue  que  le  corps  et  la  tête  réunis, 
est  poilue  à  son  origine  et  nue  et  écailleuse  dans  le  reste;  sa 
couleur  est  plus  foncée  à  sa  base  qu'à  son  extrémité  ,  et  les 
petits  poils  courts  qu'on  voit  sur  la  partie  nue  y  sont  épars  et 
colorés  de  même;  les  pattes  sont  brunes.  Les  femelles  n'ont, 
dit-on,  que  huit  mamelles  disposées  en  ellipse. 

Les  jeunes,  selon  M.  Temminck,  lorsqu'ils  sont  assez  forts 
pour  sortir  de  la  poche  ventrale  de  leur  mère,  ont  un  pelage 
court,  lisse,  seulement  composé  de  poils  soyeux  d'un  brun 
marron  plus  ou  moins  foncé.  Les  poils  laineux  ne  paroissent  que 
lorsque  le  jeune  animal  a  pris  la  moitié  de  son  accroissement. 


SAR  587 

Cette  espèce  présente  plusieurs  variétés  de  couleur,  selon 
l'abondance  plus  ou  moins  grande  des  grands  poils  soyeux 
du  dos,  et  selon  que  la  teinte  de  ceux-ci  tire  plus  ou  moins 
au  noir  ou  au  marron. 

Les  mœurs  de  cet  animal  sont  très-semblables  à  celles  des 
deux  premiers,  11  habite,  dit -on,  de  préférence  les  palétu- 
viers et  autres  endroits  humides  et  marécageux,  et  le  nom 
qu'il  porte,  lui  vient  de  ce  qu'on  assure  qu'il  vit  de  crabes, 
bien  qu'il  chasse  aussi  aux  reptiles  et  aux  oiseaux.  Pris  jeune, 
il  s'apprivoise  facilement,  mais  ne  paroît  pas  prendre  d'af- 
fection pour  son  maître. 

Son  espèce  est  très-répandue  dans  l'Amérique  méridionale, 
et  surtout  à  la  Guiane  et  au  Brésil.  Les  naturels  mangent  sa 
chair,   que  l'on  dit  comparable  à  celle  du  lièvre. 

Le  Sarigue  quica  ;  Didelphis  quica,  Temm. ,  Monogr. ,  p.  86. 
Cette  espèce,  distinguée  par  feu  M.  Natterer,  de  Vienne , 
est  bien  moins  grande  que  celles  qui  nous  ont  occupé  précé- 
demment, et  à  peu  près  de  la  taille  du  sarigue  proprement 
dit  ou  sarigue  quatre-œil.  Son  pelage  n'a  rien  de  laineux,  et 
ses  poils  sont  tous  assez  courts,  fins  et  soyeux.  Il  est  géné- 
ralement gris,  tandis  que  celui  du  sarigue  quatre-œil  tire 
au  roux  plus  ou  moins  vif;  sa  queue  est  plus  grande  que 
celle  de  cet  animal,  velue  sur  une  plus  grande  longueur, 
mais  surtout  elle  est  beaucoup  plus  grosse  à  sa  base. 

La  taille  du  sarigue  quica  est  comparable  à  celle  de  la 
marte  putois  :  son  corps  et  sa  tête  ensemble  ont  dix  à  onze 
pouces  de  longueur,  et  sa  queue,  encore  plus  grosse  dans  le 
mâle  que  dans  la  femelle,  a  onze  ou  douze  pouces;  la  partie 
de  celle-ci,  couverte  de  poils,  est  de  trois  pouces  six  à  neuf 
lignes;  sa  partie  nue  est  noire,  avec  l'extrémité  Manche  dans 
une  longueur  de  trois  pouces  un  quart  à  cinq  pouces.  Le 
mâle  est  d'un  gris  de  souris  en  dessus,  ayant  les  poils  de 
cette  partie  annelés  de  cendré  et  de  noirâtre,  et  blanc  par  en 
dessous;  ses  yeux  sont  entourés  d'un  cercle  noir  et  surmontés 
cRacun  d'une  tache  blanche;  son  museau  et  la  ligue  moyenne 
de  son  chanfrein  sont  d  un  gris  sombre.  Dans  la  femelle  toutes 
les  parties  supérieures  sont  fauve- noirâtres ,  avec  de  légers 
reflets  argentés;  le  sommet  de  la  tête  est  noirâtre,  avec  trois 
taches  blanches;  le  menton  blanc  ;  le  ventre  rouss  âtre ,  et  le 


388  SAR 

parois  externes  de  la  poche,  qui  est  complète,  sont  d'un 

roux  foncé. 

Le  quica  habile  le  Brésil  ;  il  vit  sur  les  arbres,  fait  la  chasse 
aux  petits  oiseaux  et  aux  insectes,  et  mange  aussi  des  fruits. 
En  captivité  on  le  nourrit  de  chair.  Il  se  cache  pendant  le 
jour  et  se  roule  en  boule  pour  dormir;  il  souffle  comme  le 
furet  et  ne  paroît  sortir  de  sa  retraite  que  la  nuit. 

Il  y  a  long- temps  que  ce  sarigue  existe  dans  les  divers  ca- 
binets de  l'Europe,  où  il  a  été  souvent  confondu  avec  le  sa- 
rigue quatre -œil  et  d'autres  espèces. 

Le  Sarigue  quatre-œil  :  Didelphis  opossum,  Linn.,  Cuv.  , 
Geoffr. ,  Temm.  ;  le  Sarigue  ou  Opossum,  Buff. ,  tome  lo, 
pi.  45  et  46;  Philanper,  Séba.  Celui-ci,  très-anciennement 
connu  et  avec  lequel  on  avoit  confondu  le  quica,  en  diffère, 
en  effet,  assez  peu.  Sa  queue  égale  en  longueur  son  corps 
et  sa  tête  réunis,  ou  bien  elle  est  un  peu  plus  courte.  Elle 
est  grêle  depuis  son  origine,  au  lieu  d'être  épaisse  comme 
celle  du  quica,  et  sa  partie  poilue  est  assez  étendue.  Les 
couleurs  du  pelage  sont  plus  rousses. 

La  tête  de  ce  sarigue  est  très -longue  et  son  museau  fort 
pointu.  Le  chanfrein,  le  front  et  le  sommet  du  crâne  sont 
sur  une  même  ligne;  les  oreilles  sont  grandes,  rondes  et 
minces.  Le  pelage,  extérieurement,  et  sur  les  parties  supé- 
rieures du  corps  et  la  base  de  la  queue ,  est  d'un  roux  de  rouille 
ou  cannelle,  plus  vif  chez  les  mâles  que  chez  les  femelles.  Cette 
couleur  domine  aussi  sur  le  dessus  de  la  tête  et  prend  plus 
de  brun  au  chanfrein.  Sur  la  face  externe  des  membres  et 
sur  les  flancs  elle  se  mélange  de  gris.  Les  poils  de  la  base  des 
oreilles  forment  une  tache  d'un  blanc  sale  ,  et  une  tache  de 
la  même  couleur  se  voit  sur  chaque  œil.  Le  tour  de  celui-ci 
est  de  la  même  teinte  rousse  que  le  dos;  le  bout  du  museau, 
la  lèvre  supérieure ,  la  face  interne  des  quatre  membres  et 
une  partie  de  la  face  externe  des  avant- bras,  les  quatre 
pieds  et  toute  la  face  inférieure  de  l'animal,  depuis  le  bout 
du  museau  jusqu'à  l'origine  de  la  queue,  sont  d'un  blanc  sale 
ou  jaunâtre;  la  partie  velue  de  la  queue  est  longue  de  deux 
pouces  à  deux  pouces  et  demi ,  et  sa  couleur  est  en  dessus 
celle  du  dos,  et  en  dessous  celle  du  ventre;  la  partie  nue  et 
écaiUeuse  est  brune,  avec  la  pointe  blanchâtre.  Daubenton  a 


SAR  389, 

trouvé  cinq  ou  sept  mamelles  dans  la  poche  des  femelles, 
lesquelles  étoient  placées  sur  une  glande  mammaire,  longue 
de  deux  pouces,  d'une  manière  symétrique,  l'impaire  étant 
daus  le  premier  cas  au  milieu  des  quatre  autres,  et,  dans  le 
second,  au  milieu  des  quatre  antérieures. 

M.  Temminck  remarque  que  les  femelles  dans  ce  sarigue 
sont  toujours  d'une  taille  plus  fçrle  que  les  mâles,  et  que 
les  jeunes,  avant  d'être  parvenus  à  l'état  d'adulte,  ont  le 
pelage  coloré  de  roussàtre  au  lieu  de  roux-vif.  Les  dimensions 
de  cette  espèce ,  selon  le  même  naturaliste  ,  sont  les  suivantes  : 
Longueur  du  corps  et  de  la  tête,  ensemble,  neuf  pouces  à 
neuf  pouces  et  demi  ;  de  la  queue ,  huit  pouces  à  huit  pouces 
et  demi;  de  la  base  poilue  de  la  queue,  deux  pouces;  épaisseur 
de  celle-ci  à  son  origine,  un  pouce  six  lignes.  Les  dimensions 
indiquées  par  Daubenton  sont  plus  considérables,  et  il  se  pour- 
roit  qu'elles  dussent  se  rapporter  à  l'espèce  du  quica  ,  surtout 
parce  que  la  queue  y  est  portée  comme  étant  d'un  pouce  plus 
courte  que  la  tête  et  le  corps  réunis. 

M.  Temminck  dit  aussi  positivement  que  le  sarigue  quatre- 
œil  est  plus  petit  que  le  quica,  et  il  ajoute  que  les  crânes  de 
ces  deux  animaux  sont  difficiles  à  distinguer;  mais  que  néan- 
moins dans  celui  du  premier  le  chanfrein  forme  une  li^ne 
inclinée,  droite  et  d'une  venue  avec  le  front,  au  lieu  que 
dans  celui  du  dernier  le  chanfrein  est  voûté  et  décrit  une 
ligne  courbe  ,  dont  la  plus  grande  élévation  est  au  centre. 
Sous  ce  rapport  la  tête  du  quica  ressemble  à  celle  des  sari- 
gues à  oreilles  bicolores,  d'Azara,  et  crabier,  dont  le  mu- 
seau, quoique  proportionnément  aussi  long,  paroit  moins 
pointu  que  celui  des  autres  sarigues,  parliculièrcment  du 
quatre-œil,  du  dorsal  et  de  la  marmose. 

Le  nom  de  quatre-ail  qu'on  lui  donne ,  vient  des  taches  qui 
sont  placées  au-dessus  des  yeux  et  qui  paroissent  en  indiquer 
deux  autres.  11  pourroit  aussi  bien  convenir  au  sarigue  quica 
et  au  sarigue  nudicaude,  qui  présentent  yn  semblable  caractère. 

Ce  sarigue  est  très-commun  dans  toute  la  Guiane  et  prin- 
cipalement aux  environs  de  Cayenne.  M.  Temminck  dit  qu'il 
a  lieu  de  croire  qu'il  est  rare  au  Brésil,  où  se  trouve  le  quica. 

Il  vit  de  la  même  manière  que  les  autres  sarigues  et  chasse 
aux  petits  oiseaux, 


Sgo  S  A  R 

Le  Sarigue  nudicaude  :  DidelpJiis  nudicaudata,  Geoff.,  Desm., 
IVIainm.  ,  esp.  Sg^i  ;  le  Sarigie  myosure,  Didelpiiis  nijosiiros, 
Teinni.,  Monogr. ,  pag.  58.  Celui-ci  appartient  à  la  division 
des  sarigues  dont  les  femelles  sont  pourvues  d'une  poche 
complète,  ainsi  que  M.  Teuiminck  l'a  reconnu,  et  non  comme 
M.  Geofiroy  le  croyoit  (  et  ce  en  quoi  nous  avions  partagé 
son  erreur)  à  la  division  des  esj)èces  de  ce  genre,  pourvues 
de  simples  replis  de  la  peau  du  ventre;  mais  cette  observation 
importante  et  nouvelle  ne  donnoit  pas  à  ce  naturaliste  le  droit 
de  changer  un  nom  adopté  pour  en  substituer  un  nouveau, 
et  c'est  pourquoi  nous  conserverons  celui  de  M.  Geoffroy. 

La  description  de  M.  Temminck  étant  bonne  ,  nous  en 
donnerons  l'extrait.  Ce  dideiphe  est  rie  la  taille  du  quica  , 
la  tête  et  le  corps  ont  dix  pouces,  et  la  queue  est  plus  longue 
d'un  quart;  sa  base  poilue  n'a  que  dix  lignes,  de  manière 
que  cette  queue,  grêle  et  très-pointue,  est  fort  semblable  à 
celle  des  rats  et  des  surmulots;  les  oreilies  sont  très-grandes 
et  à  peu  près  rondes. 

Le  pelage  est  doux,  serré,  mais  très-court,  d'une  tein(e 
mélangée;  chacun  des  poils,  cendré  à  sa  base,  est  varié  de 
brun -foncé  et  de  fauve- roussàtre  à  sa  pointe;  ceux  de  la 
ligne  moyenne  du  dos  ont  des  teintes  plus  foncées  que 
ceux  des  flancs;  le  sommet  de  la  tête  otfre  les  traces  de  trois 
bandes  noirâtres;  au-dessus  des  yeux  se  ti-ouve  une  petite 
tache  d'un  roux  jaunâtre  et  au-dessous  une  autre  beaucoup 
plus  grande,  qui  s'étend  sur  la  commissure  des  lèvres;  les 
côtés  du  cou  et  le  bord  extérieur  des  cuisses  sont  d'un  fauve 
roussàtre;  les  parties  inférieures  sont  d'un  blanc  foiblement 
nuancé  de  roussàtre  ou  d'un  blanc  terne,  ou  d'un  fauve  isa- 
belle.  Les  oreilles,  remarquables  par  leur  grandeur,  sont 
nues,  d'un  jaunâtre  clair  à  la  base  et  noirâtres  dans  le  reste; 
derrière  les  oreilles  et  à  leur  origine  se  trouve  une  petite 
tache  rousse  ;  la  queue,  très-poilue  dans  une  petite  longueur 
près  du  corps,  est  brune  et  garnie  d'écaillés  lisses  jusqu'à  la 
distance  de  trois  poucps  de  la  pointe,  qui  est  blanche.  Les 
plus  grands  individus  ont  une  large  plaque  noire  sur  le 
sommet  de  la  tête,  qui  s'étend  de  l'occiput  au  chanfrein;  le 
cercle  qui  entoure  les  yeux  est  noir,  et  l'on  voit  une  tache 
poire  devant  ceux-ci. 


SAR  391 

Le  sarigue  nudicaude  de  M.  Geoffroy ,  que  M.  Temminck 
appelle  sarigue  myosure,  habite,  ainsi  que  ce  dernier  nous 
l'apprend,  le  Brésil,  oîi  il  paroit  très-cornniun.  Tous  les  na- 
turalistes qui  ont  visité  ce  pays  en  ont  rapporté  des  individus. 
Il  semble  l'être  moins  à  la  Guiane.  On  le  reçoit  rarement  dans 
les  envois  qui  arrivent  de  Surinam  en  Europe. 

Le  Sarigue  cayopoi..mn  ou  Philander  :  Didelphis  philander, 
Linn.,  Gmel.  ;  Temm. ,  Monogr. ,  page  45  ;  Cayopollin  ,  Buff,, 
Hist.  nat.  des  anim. ,  tome  10,  pageoôo,  pi.  55;  Cuv. ,  Règn. 
anim.  ;  Desm.,  Dict. ,  Mamm. ,  csp.  694  ••  Didelphis  philander  oli 
Paras  ,  Schreb.,  Sdu^tk.,  pi.  j47- 

Le  nom  de  cayopollin  ou  kayopolUn  est  rapporté  par  les 
premiers  naturalistes  qui  ont  écrit  sur  les  productions  du 
nouveau-monde,  et  notamment  par  Fernandez,  pour  dési- 
gner un  sarigue  des  montagnes  du  Mexique,  dont  les  carac- 
tères, à  peine  indiqués,  se  réduisent  à  ceci  :  Sa  queue  est 
plus  longue  que  le  corps;  ses  yeux  sont  entourés  de  noir; 
son  ventre  est  blanc  :  la  femelle  n'a  pas  de  poche  ventrale. 

Buffon  a  décrit  sous  ce  même  nom  de  cayopollin  un  animai 
delà  Guiane  et  non  du  Mexique,  auquel  les  caractères  exté- 
rieurs peu  importans,  que  nous  venons  de  rapporter,  conve- 
noient  parfaitement,  si  ce  n'est  que  le  blanc  du  ventre  étoit 
un  peu  jaunâtre ,  et  il  n'a  pas  pour  cela  voulu  prétendre  que 
le  cayopollin  de  Fernandez  fût  positivement  le  même  animal 
que  celui  auquel  il  en  donnoit  le  nom,  et  il  y  a  tout  lieu  de 
croire  que  le  vrai  cayopollin  est  encore  inconnu. 

Quoi  qu'il  en  soit,  ce  nom  de  cayopollin  est  maintenant 
fixé  à  un  être  réel,  celui  que  Buffon  a  fait  connoître  et  liguré 
le  premier,  celui  que  MM.  Cuvier,  Geoffroy  et  nous-même 
avons  également  décrit.  A  cette  espèce  se  rattache  aussi  le 
didelphis  philander  de  Schreber  et  les  animaux  des  ligures  5 
et  4  de  la  planche   3i   de  Séba. 

M.  Temminck  vient  de  prouver  que  le  cayopollin  de 
Buffon  (dont  on  ne  connoissoit  que  le  sexe  mâle)  doit  être 
placé  dans  la  division  qui  comprend  les  espèces  dont  les  fe- 
melles sont  pourvues  d'une  poche  ventrale.  11  a  reconnu  avec 
les  naturalistes  qui  l'ont  précédé,  que  le  didelphis  philander 
de  Linné  n'est  que  le  même  animal,  et  il  a  proposé  de  sup« 
primer  le  nom  de  cayopollin  (  qui  se  raj3porte  à  une  espèci* 


^92  SAR 

sans  poche,  encore  inconnue),  pour  adopter  celle  de  phi- 
lander.  Nous  serions  portés  à  suivre  son  exemple,  s'il  ne  nous 
paroissoit  pas  très-nuisible  à  l'intérêt  de  la  science,  d'abroger 
ainsi  une  désignation  généralement  adoptée  pour  la  remplacer 
par  une  dénomination  vague  qui  a  été  successivement  donnée 
à  cinq  ou  six  espèces. 

Un  autre  sarigue,  didelphis  dorsigera ,  avoit  été  considéré 
par  MM.  Cuvier,  Geoffroy  et  par  nous,  comme  ne  différant 
pas  spécifiquement  du  cayopollin  de  Buffon  ou  philander  de 
Schreber;  mais  M.  Temminck  venant  de  faire  connoitre  que 
sa  femelle  n'a  pas  de  poche  ventrale,  tandis  que  celle  du 
cayopollin  en  a  une,  il  devient  absolument  nécessaire  de  les 
séparer. 

La  taille  du  cayopollin  de  Buffon  et  de  M.  Cuvier,  ou  phi- 
lander de  Schreber  et  de  M.  Temminck,  est  égale  à  celle  du 
sarigue  quatre- œil.  Sa  tête  est  comparativement  beaucoup 
plus  courte  (ce  qui  lui  est  commun  avec  le  sarigue  grisou, 
dont  la  femelle  n'a  pas  de  poche  ventrale)  ;  son  museau  est 
obtus  et  ses  narines  sont  séparées  par  un  sillon  très -marqué; 
les  oreilles  sont  grandes,  très-distantes  et  ovales  à  leur  partie 
supérieure;  un  poil  très -doux,  cotonneux  et  bien  fourni, 
couvre  tout  le  corps  et  s'étend  sur  une  grande  portion  de  la 
queue  ;  les  parties  supérieures  de  ce  pelage  sont  dans  les 
mâles  d'un  fauve  roussàtre  très-clair,  mais  teinté  de  jaunâtre 
sur  les  flancs  et  à  la  partie  poilue  du  dessous  de  la  queue; 
toutes  les  autres  parties  inférieures  sont  blanches.  Une  petite 
bande  d'un  roux  vif  passe  sur  le  chanfrein  et  aboutit  au  sin- 
ciput,  oii  elle  est  plus  large;  les  yeux  sont  placés  chacun 
dans  une  petite  tache  d'un  brun  cendré  clair  qui  s'étend 
jusqu'aux  narines;  tout  le  sinciput,  les  côtés  du  chanfrein  et 
les  joues  sont  à  peu  près  blancs;  les  moustaches  et  les  longs 
poils  du  dessus  des  yeux  sont  d'un  roux  foncé  ;  les  oreilles 
ei  la  partie  nue  des  pieds  sont  d'un  brun  intense;  la  queue 
est  beaucoup  plus  longue  que  le  corps  et  la  tête  réunis, 
garnie  dans  son  premier  quart  d'nn  poil  touffu ,  et  du  reste 
totalement  nue,  tachetée  de  brun  sur  un  fond  blanc, 

La  femelle  a  le  pelage  d'un  cendré  fauve  et  roussàtre;  les 
parois  intérieures  de  sa  poche  abdominale  (qui  est  complète) 
i>ont  garnies  de  poils  roux,  et  toutes  les  parties  inférieures  du 


SAR  395 

corps  sont  d'un  blanc  sale.  Elle  est  beaucoup  plus  grosse  que 
le  mâle. 

Les  dimensions  sont  les  suivantes  :  Dans  trois  mâles  le 
corps  et  la  tête  ensemble  avoient  cinq  pouces  de  longueur, 
et  la  queue  en  mesuroit  huit  et  demi;  la  partie  poilue  de 
celle-ci  avoit  un  pouce  neuf  lignes;  la  longueur  de  la  tête 
éfoit  d'un  pouce  dix  lignes.  Deux  femelles  avoient  le  corps 
et  la  tête  ensemble  longs  de  neuf  pouces  ;  la  queue  longue 
de  treize  pouces,  avec  sa  partie  poilue,  de  deux  pouces 
neuf  lignes;  la  longueur  de  leur  tête  éloit  de  deux  pouces 
trois  lignes. 

Les  jeunes ,  dans  leur  premier  âge,  sont  couverts  d'un  poil 
cendré  ;  la  raie  brune  du  chanfrein  existe  et  la  pointe  de  leur 
queue  est  blanche.  La  forme  obtuse  de  leur  museau  les  fait 
distinguer,  au  premier  aspect,  des  jeunes  animaux  du  même 
genre. 

M.  Temminck  a  remarqué  que  dans  cette  espèce  les  côtes 
sont  du  double  plus  larges  que  dans  les  autres,  et  il  a  figuré 
son  squelette  sur  la  planche  6  de  sa  Monographie  des  di- 
delphes. 

Le  Sarigue  cendré;  Didelphis  griiea,  Desm.  Cette  espèce, 
dont  l'existence  ne  sera  constatée  définitivement  que  lorsqu'on 
aura  pu  la  comparer  en  nature  aux  précédentes,  est  lemicouré 
quatrième  ou  micouré  à  longue  queue  ^  d'Azara  (Essai  sur  l'Hist. 
natur,  des  quadr.  du  Parag.,  tome  1  ,  page  290).  Si  taille  est 
égale  à  celle  de  la  marmose,  ou  un  peu  plus  petite;  mais  sit 
queue  a  un  cinquième  de  longueur  de  plus  que  celle  de  cet 
animal.  Son  pelage  en  dessus  est  d'un  gris  de  souris  et  en 
dessous  d'un  blanc  sale  unifoi'me.  Ses  yeux  sont  entourés  de 
noir,  et  en  dehors  de  cette  espèce  d'anneau  on  remarque 
un  second  cercle  blanchâtre;  la  mâchoire  inférieure ,  le  des- 
sous de  la  tête  et  la  partie  antérieure  des  jambes  de  devant 
sont  presque  blancs.  L'individu  décrit  ci-dessus  paroissoit 
jeune,  et,  conséquemment ,  ne  présentoit  peut-être  pas  les 
caractères  de  l'espèce  dans  tout  leur  développement. 

D'Azara  rapporte  que  cet  animal  du  Paraguay  se  tient  dans 
les  creux  des  troncs  d'arbres  et  des  rochers,  dans  les  buis^ 
sons  et  les  haies  vives,  où  il  s'attache  par  la  queue.  Le  même 
auteur  ajoute  qu'un  de  ses  amis  lui  a  donné  l'assurance  que 


594  ^AR 

la  femelle  éfoit  pourvue  d'une  poche  ventrale,  et  qu'elle  ne 
différoit  du  mâle,  ni  par  la  taille,  ni  par  les  formes  exté- 
rieures. 

§.  2.  Espèces  dont  les  femelles  sont  dépourvues  de 
poche,  mais  qui  ont  simplement  une  duplicatuj^e  de 
la  peau  de  chaque  côté  du  ventre. 

Le  Sarigue  grison;  Didelphis  cinerea,  Temm.,  Monogr. , 
page  46.  Cette  espèce  nouvelle  a  été  rapportée  du  Brésil  par 
le  prince  Maximilien  de  Neuwied.  Sa  taille  est  celle  du  rat 
domestique.  Elle  a  six  pouces  à  six  pouces  et  demi  de  lon- 
gueur pour  le  corps  et  la  tête  pris  ensemble,  et  sa  queue,  qui 
est  trés-grêle,  a  de  neuf  pouces  à  neuf  pouces  et  demi,  sur 
quoi  les  deux  premiers  pouces  de  la  base  sont  recouverts 
de  poils  épais.  Sa  têie  est  petite;  son  museau  très  court;  ses 
oreilles  sont  un  peu  étranglées  à  la  base  et  nues.  Tout  le  pe- 
lage est  bien  fourni,  mais  court  et  cotonneux.  Les  mâles  son* 
d'un  gris  cendré  clair,  teinté  de  iituràtre  à  la  fine  pointe  des 
poils;  les  parties  inférieures  du  corps  et  la  face  interne  des 
membres  sont  blanchâtres.;  la  gorge  et  la  poitrine  d'un  blanc 
roussàtre;  la  tête  est  de  la  couleur  du  dos,  sans  raie  ou  ligne 
plus  foncée  sur  le  chanfrein  ,  ni  tache  plus  claire  sur  les 
yeux;  ceux-ci  sont  entourés  d'un  cercle  d'un  noir  profond, 
qui  s'élargit  un  peu  en  avant;  la  queue  a  les  poils  de  sa  base 
gris,  comme  ceux  du  dus,  et  sa  partie  nue,  un  peu  écail- 
leuse ,  sans  le  moindre  vestige  de  poils,  brune  dans  la  pre- 
mière moitié  de  sa  longueur  et  blanche  dans  l'autre. 

Les  femelles  ont  leur  fourrure  d'un  fauve  clair  en  dessus 
avec  une  teinte  jaunâtre  à  la  base  des  oreilles  et  sur  les  joues; 
tout  le  dessous  de  leur  corps  est  d'un  blanc  moins  pur  que 
chez  le  mâle;  le  pli  dans  lequel  sont  situées  les  mamelles  est 
d'un  jaune  roussàtre. 

Le  Sarigue  a  grosse  queue  :  Didelphis  crassicaudata,  Desm.  ; 
MicouRÉ  TROISIÈME  OU  MicouRÉ  A  GROSSE  QUEUE,  d'Azara  ( Ess. 
sur  l'Hist.  natur.  des  quadr.  du  Parag. ,  tom.  1  ,  page  284). 
Celui-ci,  dont  la  longueur  est  d'un  pied  et  dont  la  queue 
n'a  que  onze  pouces,  a  du  rapport  avec  le  quica  par  la  gros- 
seur de  cette  queue  à  sa  base  (elle  a  trois  pouces  et  demi  de 


SAR  395 

circonférence);  mais  sa  femelle  n'a  pas  de  bourse,  tandis 
que  celle  du  quica  en  a  une.  Ses  oreilles  sont  plus  petites, 
moins  rondes  et  plus  droites  que  celles  des  autres  espèces; 
son  museau  est  moins  plat  vers  le  haut,  moins  long  et  ausii 
moins  aigu;  il  n'y  a  point  de  rainure  entre  les  narines;  la 
queue  est  velue  dans  le  premier  tiers  de  sa  longueur,  et  sa 
partie  nue  est  brune,  à  l'exception  de  son  extrémité  dans  la 
longueur  d'un  pouce  et  demi ,  qui  est  blanc.  Le  pelage  est  gé- 
néralement fauve  ou  cannelle  en  dessus  ;  les  quatre  pieds  et  la 
face,  depuis  les  yeux  jusqu'au  bout  du  museau,  sont  de  cou- 
leur foncée  et  le  reste  du  pelage  est  d'un  gris  de  souris;  le 
dessus  de  l'œil  présente  une  place  plus  claire  que  la  partie 
qui  l'entoure.  La  femelle  diffère  du  mâle  par  des  teintes  plus 
claires;  ses  mamelles  sont  disposées  en  ellipse  dans  l'inter- 
valle compris  par  les  deux  plis  de  la  peau  du  ventre. 
Cette  espèce  est  du  Paraguay. 

Le  Sarigue  dorsigère  ou  ooRSAr.  ;  Didelphis  dorsigera , 
Linn.,  Gmel.  ;  Temm.,  Monogr. ,  page  48.  Celui-ci,  d'abord 
considéré  comme  formant  une  espèce  particulière  et  ensuite 
réuni  au  D.  philander  ou  au  D.  cajopoLlin,  mérite  bien  réel- 
lement d'être  distingué  spécifiquement  du  cayopollin  deBuffon 
et  de  M.  Cuvier ,  dont  la  femelle  est  pourvue  d'une  poche 
complète ,  ainsi  que  M.  Temminck  l'a  reconnu.  Schreber  en 
a  donné  une  mauvaise  ligure,  Sâugth.,  tab.  i5o,  et  il  est 
vraisemblable  qii'il  faut  lui  rapporter  le  mus  sjUeslris  ame- 
ricanus  de  Séba ,    Thés.,  tab.  3i  ,  fig.   1   et  2. 

Cet  animal,  décrit  par  M.  Temminck,  est  de  la  taille  du  rat 
domestique.  Sa  tête  et  son  corps,  ensemble,  ont  cinq  pouces  et 
demi  de  longueur,  et  sa  queue  enasept.  Ses  formes  générales 
sont  aussi  très-semblables  à  celles  du  rat.  11  a  le  pelage  serré 
et  fin  ,  mais  court  et  peu  fourni  ;  chaque  poil  sur  les  parties 
supérieures  est  d'un  cendré  foncé  à  sa  base  et  d'un  gris  brun 
ou  fauve  jaunâtre  à  la  pointe,  d'où  il  résulte  que  la  teinte 
générale  de  ces  parties  est  très-semblable  à  celle  du  pelage 
du  surmulot.  Les  yeux  sont  placés  dans  une  tache  d'un  brun 
marron  très  foncé,  qui  se  prolonge  sur  une  partie  de  la  lèvre 
supérieure;  tout  le  chanfrein  et  le  front  entre  les  yeux  sont 
d'un  blanc  jaunâtre.  Cette  couleur  se  retrouve  aussi  sur  les 
joues,  sur  la  face  externe  des  membres  antérieurs  et  sur  les 


396  SAR 

quatre  pieds;  la  partie  poilue  de  la  queue  est  longue  de  onze 
lignes;  la  partie  nue  ne  présente  aucun  poil  et  sa  couleur  est 
uniformément  brune. 

Le  sarigue  dorsigère  a  été  primitivement  ainsi  nommé  à 
cause  de  l'habitude  que  sa  femelle  a  de  transporter  ses  petits 
sur  son  dos,  lorsqu'ils  sont  assez  âgés  pour  pouvoir  y  monter 
d'eux-mêmes,  s'y  cramponner  et  se  fixer  à  sa  queue  au 
moyen  des  replis  de  la  leur.  Ce  nom  et  ces  habitudes  con- 
viendroient  également  à  toutes  les  espèces  de  la  même  di- 
vision. 

Ce  sarigue  ressemble  particulièrement  à  la  marmose  ,  et  il 
est  assez  difficile  de  les  distinguer,  quand  on  n'en  a  pas  con- 
tracté l'habitude.  Leur  taille  ,  néanmoins,  présente  des  diffé- 
rences, et  M.  Temminck  a  trouvé  ces  différences  constantes 
sur  tous  les  individus  tirés  de  l'esprit  de  vin,  mais  variables 
dans  les  individus  empaillés  ;  ce  qu'il  attribue  à  la  préparation 
vicieuse  de  ces  dépouilles.  Les  proportions  de  la  queue  ne 
Siont  pas  non  plus  les  mêmes;  cette  partie  est  proportionnel- 
lement plus  longue  dans  le  sarigue  dorsigère  que  dans  la  mar- 
mose :  dans  le  premier  elle  est  d'un  brun  uniforme,  et  dans 
la  dernière,  jaunâtre  et  sans  taches.  Enfin,  les  nuances  du 
pelage  sont  toujours  jaunâtres  ou  roussâtres  dans  la  marmose, 
et  brunes  ou  cendré-fauves  dans  le  dorsigère.  Dans  les  deux 
espèces,  qui  habitent  le  même  pays,  c'est-à-dire  la  Guiane, 
l-es  sexes  n'offrent  point  entre  eux  de  différence  sensible  sous 
le  rapport  de  la  taille. 

Le  Sarigue  marmose  :  Didelphls  marina,  Linn. ,  Gmel. ,  Cuv. , 
Geoff. ,  Desm.;  Temm.,  Monogr. ,  pag.  5o  ;  la  Marmose  de 
Buffon ,  Hist.  nat. ,  tom.  lo  ,  pag.  335  ,  pi.  62  et  53.  Dans 
cette  petite  espèce,  dont  la  taille  égale  à  peu  près  celle  du 
lérot,  le  corps  et  la  tête,  ensemble,  ont  cinq  à  six  pouces, 
et  la  queue  n'a  que  quelques  lignes  de  plus  que  cette  lon- 
gueur. Les  formes  sont  très-semblables  à  celles  de  l'espèce 
précédente;  la  tête  est  plus  pointue  et  le  museau  plus  effilé 
que  dans  le  cayopollin  ou  philander.  Le  pelage  est  serré  et  fin  , 
mais  court  et  peu  fourni  ;  chaque  poil  des  parties  supérieures 
étant  d'un  cendré  foncé  à  la  base,  et  d'un  fauve  jaunâtre, 
roussâtre  ou  même  roux  ,  à  la  pointe  ;  il  résulte ,  pour 
ces  parties,  une  teinte  générale  d'un  fauve  roussâtre  claire, 


SAR  597 

jaunàlre  ou  rausse  ,  mêlée  de  gris  dans  les  endroits  où  les 
poils  sont  divergens  et  écartés  les  uns  des  autres;  la  tête  est 
d'un  jaunâtre  clair  ;  les  yeux  sont  situés  au  milieu  d'une  tache 
brune,  qui  est  plus  large  en  avant  et  sur  la  paupière  supé- 
rieure qu'en  arrière  et  sur  la  paupière  inférieure  ;  le  chan- 
frein n'a  pas  de  raie  brune  ;  toutes  les  parties  inférieures  de 
la  tête  et  du  corps  sont  d'un  blanc  très-légèrement  teint  de 
jaunâtre;  la  partie  de  la  queue  qui  est  couverte  de  poils  est 
très-courte  et  de  la  couleur  du  dos,  et  tout  le  reste  de  son 
étendue  est  nu  et  d'une  couleur  jaunâtre  uniforme.  Dauben- 
ton  a  compté  quatorze  mamelons  dans  une  femelle  ,  placés 
entre  les  deux  plis  de  la  peau  des  aînés. 

Nous  avions  d'abord  (Mamm. ,  esp.  396  )  regardé  comme 
possible  que  le  micouré  à  longue  queue,  ou  quatrième  de 
d'Azara  ,  appartint  à  l'espèce  de  la  marmose  :  maintenant  nous 
partageons,  avec  M.  Temminck,  l'opinion  contraire,  et  cela 
surtout  d'après  les  différences  de  proportions  de  la  queue  de 
ces  deux  animaux,  relativement  à  la  longueur  de  leur  corps 
et  l'existence  d'une  poche  sous  le  ventre  de  la  femelle  du 
premier. 

La  marmose,  dont  le  nom  résulte  vraisemblablement  d'une 
altération  de  celui  de  marmotte,  que  Séba  lui  donnoit,  vit 
à  la  Guiane,  où  elle  est  appelée,  par  les  habitans,  rat  des 
bois  ou  hosch-ratte.  Les  Brésiliens  la  nomment  taïbi ,  mot  qui 
a  la  même  signification  que  les  précédens.  Ses  habitudes  na- 
turelles sont  très -analogues  à  celles  des  autres  sarigues,  si 
ce  n'est  que  la  proie  qu'elle  poursuit  est  plus  petite  que 
celle  qui  convient  aux  espèces  plus  grandes.  La  femelle  fait 
dix  ou  quatorze  petits,  qui  restent  d'abord  suspendus  à  ses 
mamelles,  et  qui,  plus  tard,  lorsqu'ils  sont  couverts  de 
poils  et  ont  acquis  un  peu  de  force  ,  montent  sur  son  dos 
et  enroulent  leur  queue  prenante  autour  de  la  base  de  la 
sienne. 

Le  Sarigue  touan  :  DidelpJiis  Iricolor,  GeoflT.  ,  Desm.  ;  Di- 
delphis  brachyura,  Pall.  ;  le  Touan,  Buff. ,  Suppl. ,  tom.  7  ,  pi. 
41  i  Micouré  cinquième  ou  Micouré  a  queue  courte,  d'Azara. 
Cette  espèce,  bien  distincte,  a  le  corps  long  d'environ  cinq 
pouces  et  demi,  et  sa  queue  ,  de  moitié  moins  longue,  est 
épai-sse  et  large  à  sa  base,  déprimée  dans  toute  son  étendue, 


598  SA'R 

à  peu  près  nue  en  dessous  et  à  la  pointe,  mais  couverte 
de  poils  à  sa  face  supérieure.  Ses  oreilles  sont  médiocres, 
nues  et  de  forme  arrondie  ;  le  dessus  du  corps  et  de  la 
tête  j  jusqu'aux  narines,  et  les  poils  du  dessus  de  la  queue, 
sont  d'un  brun  noirâtre;  les  joues,  les  épaules,  les  flancs, 
la  gorge,  la  face  externe  des  cuisses  et  les  pattes,  sont  d'un 
roux  vif;  la  poitrine  et  le  dessous  du  corps  sont  d'un  blanc 
pur.  I-es  poils  sont  doux  et  courts;  ceux  r^es  flancs  noirâtres 
près  du  corps  et  roux  à  la  pointe;  ceux  du  dos  aussi  noirâtres 
à  la  base ,  mais  chacun  d'eux  marqué  d'un  petit  anneau 
blanchâtre.  Les  mâles  ont  un  scrotum  pendant  à  terre;  leur 
robe  ne  diffère  pas  de  celle  des  femelles. 

Dans  le  micouré  à  queue  courte  de  d'Azara  le  ventre  est 
fauve  -  blanchâtre ,  au  lieu  d'être  blanc;  les  mamelons,  au 
nombre  de  quatorze,  disparoissent  presque  entièrement  lors- 
que les  femelles  n'allaitent  plus.  Le  mâle ,  lorsqu'on  l'irrite , 
répand  une  très-mauvaise  odeur. 

Les  mœurs  du  touan  sont  semblables  à  celles  des  autres  es- 
pèces ;  le  nombre  des  petits  de  chaque  portée  est  de  neuf  à 
douze.  Son  espèce  se  trouve  à  la  Guiane  et  particulièrement 
à  Cayenne.  D'Azara  l'a  observée  près  Saint-Ignace  Gouazou , 
au  Paraguay. 

Le  Sarigue  brachyure  :  Didelphis  hrachyura ,  Linn. ,  Gmel  , 
Geoff.  Dans  cette  espèce  le  corps  est  long  de  six  pouces,  et 
la  queue  en  a  moins  de  trois;  la  taille  est  celle  du  lerot;  les 
oreilles  sont  médiocres,  rondes;  le  museau  est  court,  un  peu 
obtus;  le  pelage  est  court,  doux,  d'un  roux  assez  vif  sur  les 
joues,  les  côtés  du  cou,  les  flancs,  les  cuisses  et  la  base  de  la 
queue;  d'un  gris  fauve  jaunâtre,  à  peu  près  de  la  teinte  du 
surmulot  ou  du  mulot,  sur  le  dessus  de  la  tête,  du  cou  et 
du  corps;  le  ventre  et  les  pieds  sont  blanchâtres ,  et  les  autres 
parties  inférieures  sont  d'un  roux  jaunâtre;  la  queue  est 
épaisse  à  la  base  et  terminée  en  pointe.  Les  femelles  ont 
huit  mamelles.  Cette  espèce,  qu'il  ne  faut  pas  confondre 
avec  le  didelphis  hrachjura  de  PalLis ,  qui  est  le  touan  ,  se 
trouve  dans  l'Amérique  méridionale,  depuis  Cayenne  jusqu'à 
Monte-Video. 

C'est  à  tort  que  M.  Temminck  rapporte  à  cette  espèce 
le  Mus  sjlyestris  americana  de  Séba  {Mus.,  tab.  3i  ,   fig.  1) 


SAR  399 

qiril  a  déjà  indiq"ué  comme  synonyme  de  son  sarigue  dorsal. 
Le  Sarigue  laineux  :  Didelphis  lanigera,  Desm.  ;  Micouré 
SECOND  ou  Micouré  laineux,  d'Azara  (Ess.  sur  l'Hist.  nat.  des 
quadr.  du  Parag.,  tom.  1  ,  page  275).  Ce  sarigue,  qui  n'tst 
connu  que  par  ce  qu'en  dit  d'Azara,  a  huit  pouces  huit  lignes 
de  longueur  totale  .  et  sa  queue  n'a  pas  moins  de  treize  pouces 
et  demi ,  de  telle  sorte  que  par  ces  proportions  il  a  beaucoup 
de  rapport  avec  le  cayopollin  ou  philander.  La  tête  du  mâle 
est  très-longue  et  pointue,  et  ses  narines  sont  séparées  par  un 
sillon  ;  les  oreilles  sont  de  moitié  moins  larges  que  hautes,  un 
peu  pendantes ,  d'une  teinte  violette  ;  le  scrotum  est  nu  et 
d'un  blanc  bleuâtre.  Tout  le  pelage  est  laineux,  doux  et  très- 
serré,  généralement  de  couleur  de  tabac  d'Espagne  en  dessus 
et  blanchâtre  en  dessous;  le  tour  de  l'œil  est  d'un  fauve  vif; 
le  dessus  de  la  tête  est  d'un  brun  clair;  le  chanfrein  a  une 
petite  raie  brune;  la  queue  est  de  forme  presque  triangu- 
laire à  sa  base  et  nue  en  dessus  dans  son  dernier  tiers  seu- 
lement. 

La  femelle  n'est  pas  connue;  ainsi  l'on  ne  sauroit  placer 
cette  espèce  avec  certitude  dans  la  division  qui  comprend  les 
espèces  qui  ne  sont  pas  pourvues  d'une  poche. 

Le  Sarigue  nain  -.Didelphis  pusilla,  Desm.;  Micouré  sixième 
ou  Micouré  nain,  d'Azara  (Essai  sur  l'hist.  nat.  des  quadr. 
du  Paraguay,  tom.  1  ,  pag.  3o4).  Son  corps  a  trois  pouces  de 
longueur:  sa  queue,  trois  pouces  huit  lignes;  ses  oreilles  ont 
un  peu  moins  de  huit  lignes  de  longueur.  Ce  petit  animal  a 
la  queue  nue  en  totalité;  le  poil  court  et  doux,  d'un  gris 
plombé ,  plus  foncé  que  celui  de  la  souris  ,  sur  toutes  les 
parties  supérieures  du  corps  et  de  la  tête ,  et  blanchâtre  sur 
toutes  les  inférieures;  le  contour  de  l'œil  noir,  et  s'élargissant 
vers  le  grand  angle;  une  tache  d'un  blanc  jaunâtre  au-dessus 
de  chaque  œil;  la  queue  blanchâtre;  le  scrotum  pendant, 
ayant  la  peau  obscure  et  recouverte  d'un  petit  duvet  court 
et  blanc. 

On  n'a  encore  vu  qu'un  mâle  de  cette  espèce,  pris  dans 
un  jardin  du  village  de  Saint-Ignace  Gouazou,  au  Paraguay; 
conséquemment  on  n'est  pas  certain  qu'il  appartienne  à  la 
division  des  sarigues  dont  les  femelles  n'pnt  pas  de  poche 
ventrale. 


400  SAR 

Il  ne  nous  reste  plus  à  décrire  que  Tanimal  dont  Illiger  a 
formé  son  genre  CHIRONECTE,  qui  présente  tous  les  ca- 
rlactères  des  sarigues,  dont  la  femelle  est  pourvue  d'une 
poche  ventrale  complète,  et  dont  les  pieds  de  derrière,  à 
cinq  doigts,  sont  plantigrades  et  palmés,  avec  le  pouce  sans 
ongle  :  tous  les  autres  doigts  étant  armés  d'ongles  aigus  et 
recourbés. 

Le  Chironecte  yapock  (Chironectes  yapock ,  Desm.  ;  Petite 
LOUTRE  DE  LA  GciANE  de  Buffou  ,  Suppl.  3,  pi.  22  ;  Lutra  me- 
mina,  Zimmermann)  a  été  retiré  du  genre  des  Loutres  pour 
être  ramené,  par  MM.  Cuvieret  Geoffroy,  à  celui  des  Sarigues, 
auquel  il  appartient  réellement,  n'étant  qu'un  vrai  sarigue 
aquatique.  C'est  un  petit  animal  dont  la  tête  et  le  corps,  en- 
semble, ont  sept  pouces  de  longueur,  et  dont  la  queue  en 
a  six  et  demi;  celle-ci  est  cylindrique  ,  nue,  écailleuse  en  des- 
sous et  prenante.  Sa  tête  est  pointue;  son  museau  assez  fin  ; 
ses  oreilles  sont  grandes  et  nues;  ses  pieds  sont  courts  ,  et  les 
antérieurs  ont  leurs  doigts  écartés  ,  tandis  que  les  postérieurs 
les  ont  palmés.  Le  pelage,  en  dessus,  est  d'un  brun  noirâtre, 
marqué,  de  chaque  côté  ,  de  trois  grandes  taches  transver- 
sales grises,  qui  semblent  former  autant  de  lignes  interrom- 
pues par  la  couleur  du  milieu  du  dos;  la  tête  est  brune  en 
dessus,  avec  une  tache  blanchâtre  derrière  chaque  œil;  les 
moustaches  ont  un  pouce  de  long,  ainsi  que  les  grands  poils 
du  dessus  des  yeux  et  ceux  des  tarses:  les  poils  du  corps  sont 
de  deux  sortes  :  les  uns  courts  et  laineux  et  les  autres  plus 
grands  et  soyeux. 

L'yapock  a  pris  son  nom  du  fleuve  de  la  Guiane  dont 
jl  habite  les  bordé.  Il  nage  avec  facilité,  et  tout  annonce 
qu'il  vit  de  petites  proies  et  d'insectes,  comme  les  autres 
sarigues  :  peut-être  joint- il  des  poissons  à  cette  nourriture. 
(Desm.) 

SARIGUE  ÉPINEUX.  {Mamm.)  Ce  nom  a  été  donné  à  un 
porc -épie,  à  queue  prenante,  de  l'Amérique  méridionale  , 
qui  appartient  au  genre  Coëndou  de  feu  de  Lacépède,  et  à 
celui  que  M.  F.  Cuvier  a  nommé  Sinéthère,  le  nom  de  Coëndou 
ayant  été  appliqué,  comme  nom  spécifique,  à  plusieurs  ron- 
geurs, qui  différoient  même  par  les  caractères  génériques. 
(Desm.) 


SAR  401 

SARTONE.  (Ichthj^ol.)  Un  des  noms  des  jeunes  saumons. 
Voyez  Truite.  (  H.  C.  ) 

SARIS.  {Min.)  C'est  ce  nom  qu'on  donne,  suivant  M.  Ro- 
bilant ,  au  schiste  quarzeux  ou  phtanite,  ou  plus  probable- 
ment au  micaschiste  ,  qu'on  exploite  dans  plusieurs  parties 
du  Piémont,  et  notamment  dans  les  montagnes  de  l'Oursiére, 
non  loin  de  Turin.  (  B.  ) 

SARISSUS.  (Bot.)  Le  fruit  que  Gœrtner  a  décrit  et  figuré 
sous  ce  nom,  appartient  au  genre  Hjdrophjlax  de  Linnaeus 
fils,  dans  la  famille  des  rubiacées ,  ainsi  que  le  Scjyphiphora 
de  M.  Gcertner  fils.  Voyez  Hydrophylace.  (J, ) 

SARITOS.  {Bot.)  Les  Portugais  qui  habitent  la  côte  mala- 
bare  nomment  ainsi  le  Mala  -  pœnna  de  ce  pays  (voyez  ce 
mot),  qui  paroît  avoir  de  l'affinité  avec  Vantidesma.  (J.) 

SARLUK.  {Mamm.)  Le  yak,  espèce  de  bœuf  de  la  Tar- 
tarie,  est  ainsi  nommé  par  les  Mongoux.  (Desm.) 

SARMASITJL  {Bot.)  Nom  turc,  cité  par  Forskal ,  du  cy- 
nanchiirn  acutum.  Le  petit  liseron  ,  convolvulus  arvensis ,  est 
nommé  sarmasjeck.  (J. ) 

SARMENT,  {Bot.)  On  donne  ce  nom  aux  rameaux  devenus 
ligneux,  que  la  vigne  produit  chaque  année.  (  L.  D.  ) 

SARMENTACÉES.  {Bot.)  Voyez  VinifèrEs.  (J.) 

SARMENTARIA.  {Bot.)  Suivant  Mentzel ,  les  Latins  nom- 
inoient  ainsi  la  clématite,  probablement  parce  qu'elle  pousse 
des  tiges  sarmenteuses  et  grimpantes,  qui  s'attachent  aux  ar- 
bres et  aux  buissons  voisins.  (J. ) 

SARMENTEUX.  (Bof.)  Xigneux  et  grimpant  ou  rampant, 
comme  les  sarmens  de  la  vigne;  exemples  :  cobœa  scandens , 
solanum  dulcamara  ,  hedera  hélix  ,  rubus  fruticosus  ,  ionicera  ca~ 
prifolium  ,  et  autres  plantes  sarmenteuses.  M.  Linck  donne  le 
nom  de  sarmens  aux  coulans  (stolons)  semblables  à  ceux 
du  fraisier,  et  que  Tournefort  nommoit  viticulœ,  (Mass.) 

SARMIENTE,  Sarmienla.  {Bot.)  Genre  de  plantes  dicoty- 
lédones ,  à  fleurs  complètes  ,  monopétalées  ,  de  la  diandrie 
monogjnie  de  Linnaeus,  offrant  pour  caractère  essentiel:  Un 
calice  persistant,  à  cinq  divisions  inégales;  une  corolle  tubu- 
lée,  renflée  à  sa  partie  supérieure,  à  cinq  divisions  égales  ,- 
cinq  filamens,  dont  trois  stériles,  deux  fertiles,  terminés  par 
des  anthères  ovales;  un  ovaire  supérieur;  un  seul  style;  une 
47.  26 


4o2  SAR 

capsule  à  une  loge  ,  s'ouvrant  transversalement;  plusieurs  se- 
mences attachées  à  un  réceptacle  charnu. 

Sarmiente  rampante:  Sarinienta  repens  ,  Ruiz  et  Pav. ,  Flor. 
Per. ,  1  ,  pag.  8,  tab.  7,  fîg.  B;  Vrccolariafoliis  carnusis ,  etc., 
Feuillée,  Pér. ,  3,  pag.  6g  ,  tab.  43.  Plante  parasite,  grim- 
pante, sarnienteuse.  Les  tiges  sont  cylindriques,  rampan- 
tes, très  -  rameuses  ;  les  rameaux  pendans  ;  les  feuilles  op- 
posées ,  médiocrement  pétiolées,  ovales,  charnues,  entières, 
aiguës  ou  un  peu  acuniinées,  sans  nervures  apparentes,  vertes 
en  dessus,  blanchâtres  en  dessous,  ponctuées  à  leurs  deux 
faces.  Les  fleurs  sont  terminales  ,  supportées  par  un  long  pé- 
doncule presque  simple,  quelquefois  divisé  au  sommet  en 
deux  pédicelles  courts.  Le  calice  est  velu,  muni  à  sa  base  de 
deux  bractées  oblongues,  uti  peu  charnues;  la  corolle  d'un 
rouge  écarlate  ,  pubescente  en  dehors,  tubulée;  le  tube 
ovale,  oblong,  ventru,  très-étroit  à  la  base,  resserré  à  son 
orifice;  le  limbe  à  cinq  lobes  ovales ,  égaux  ,  ouverts;  deux 
étamines  fertiles;  trois  filamens  stériles,  subulés,  tous  insérés 
à  l'orifice  de  la  corolle,  plus  courts  que  le  limbe  :  l'un  d'eux 
plus  petit,  situé  entre  les  deux  étamines  fertiles.  L'ovaire  est 
ovale,  presque  à  cinq  faces;  le  style  subulé  ,  persistant,  de 
la  longueur  des  étamines  ;  les  capsules  sont  ovales,  à  une  seule 
loge  ,  s'ouvrant  transversalement  ;  les  semences  ovales.  Cette 
plante  croît  au  Chili ,  dans  les  forêts.  Les  naturels  du  pays 
emploient  ses  feuilles  pour  amollir  et  extirper  les  cors  et  les 
callosités.  (  Poir.  ) 

SARN  et  SARNA.  {Mamm.)  En  Pologne  ces  noms  dési- 
gnent le  chevreuil  et  la  chevrette.  (Desm.) 

SARNALIO.  (Erpétol.)  Nom  languedocien  des  jeunes  lé- 
zards. (H.  C.) 

SAROKl.  (  Ornith.)  Nom  russe  de  la  pie,  corvus  pica  ^ 
Linn.  (Ch.  D.  ) 

SAROPODE.  {Entom.)  M.  Latreille  indique  sous  ce  nom  un 
genre  d'insectes  hyménoptères  qu'il  a  séparé  des  eucères  de 
la  famille  des  melli(es,  à  cause  de  quelques  différences  dans 
les  parties  de  la  bouche,  et  surtout  des  palpes  labiaux  et 
maxillaires.  (C.  D.) 

SAROTHRA.  {Bot.)  Ce  genre  a  été  supprimé  et  réuni  à 
lort  aux  millepertuis  {liypericum) ,  dont  il  est  très-éloigné. 


SAR  4o3 

II  ne  renferme  qu'une  seule  espèce,  le  sarothra  gentianoides , 
Linn.,  Aman.,  qui  est  Vhypericum  sarothra,  Mich. ,  FL  bor. 
amer.,  2,  pag.  79  ;  Lamk. ,  Illustr.  gen. ,  tab.  2i5;  Pluken., 
Mant. ,  tab.  342,  fig.  2.  Petite  plante,  haute  de  cinq  à 
six  pouces,  dont  la  racine  est  grêle,  rameuse,  fibreuse. 
Les  tiges  sont  droites,  glabres,  cylindriques,  fort  menues, 
très -rameuses  dès  leur  base;  les  rameaux  grêles,  diffus, 
la  plupart  presque  triihotomes;  les  feuilles  extrêmement 
petites,  appliquées  contre  les  rameaux,  ponctuées,  trans- 
parentes; celles  des  tiges  sessiles  ,  linéaires,  aiguës;  celles 
des  rameaux  une  fois  plus  courtes,  à  peine  longues /d'une 
ligne,  obtuses,  entières,  opposées,  glabres,  distantes.  Les 
fleurs  sont  fort  petites,  alternes,  solitaires,  axillaires  vers 
l'extrémité  des  rameaux  ;  le  calice  est  court ,  presque  une  fois 
plus  petit  que  la  corolle,  persistant,  à  cinq  divisions  pro- 
fondes, droites ,  linéaires,  aiguës;  la  corolle  caduque,  compo- 
sée de  cinq  pétales  droits,  linéaires,  un  peu  aigus  ;  les  cinq  ou 
dix  étairiines  sont  de  la  longueur  de  la  corolle,  terminées  par 
des  anthères  arrondies;  l'ovaire  est  supérieur,  surmonté  de 
trois  styles  filiformes  ,  aussi  longs  que  l'ovaire  à  stigmates 
simples.  Le  fruit  est  une  capsule  oblongue  ,  à  une  seule  loge , 
aiguë,  colorée  ,  à  trois  valves,  s'ouvrant  à  leur  suture,  où  sont 
attachées  des  semences  ovales,  fort  petites.  Cette  plante  croit 
aux  lieux  arides  et  marneux,  dans  la  Virginie  ,  la  Caroline, 
la  Pensylvanie,  etc.  (Poir.  ) 

SAROUBÉ.  {Erpét.)  Voyez  Sarroubé.  (H.  C.) 

SARPA.  {  Ichthjol.  )  A   Nice  on  appelle   ainsi  la   Saupe. 
Voyez  ce  mot.  (H.  C.) 

SARPALO.  {Bot.)  Nom  brame,  cité  par  Rhéede,  du  Brcxa- 
NELi  du  Malabar.  Voyez  ce  mot.  (J.  ) 

SARPANANZO.  {Ichlhjol.)  Nom  nicéen  de  l'apogon  rouge. 
Voyez  Apogon.  (H.  C.) 

SARPEDONIA.   {Bot.)   Selon  Adanson ,    cette  plante   des 
anciens  est  une  espèce  de  renoncule.  (Lem.) 

SARPO.  (  Ichthjol.  )  Voyez  Sarpa.  (H.  C.  ) 

SARPOULL  {Rot.)  Nom  brame  du  welli-tagera  du  Mala- 
bar, cassia  arborescens  de  Vahl.  (J. ) 

SARRACENA  de  Tournefort    ou   SARRACENIA  ,   Linn. 
{Bot.)  Voyez  ci-après  Sarracèi^e.  (Le.m.) 


404  SAR 

SARRACÈNE  ,  Sarracenia.  (Bot.)  Genre  de  plantes  à  fleurs 
complètes,  polypëtalées ,  de  la  polyandrie  monogynie ,  offrant 
pour  caractère  essentiel:  Un  calice  double,  cadur  ;  l'extérieur 
à  trois  folioles;  l'intérieur  plus  grand,  à  cinq  folioles  colo- 
rées ;  cinq  pétales  ,  des  étamines  nombreuses  ,  attachées  sur  le 
réceptacle;  un  ovaire  supérieur;  un  style  très-court;  un  stig- 
mate pelfé,  à  cinq  angles;  une  capsule  à  cinq  loges,  à  cinq 
valves,  séparées  par  une  cloison  ;  plusieurs  semences  placées 
sur  un  réceptacle  central. 

Ce  genre,  très- naturel ,  est  tellement  circonscrit  dans  ses 
caractères,  qu'il  n'a  avec  les  autres  que  des  rapports  éloignés. 
Il  se  rapproche  des  pavots  par  son  stigmate,  le  nombre  et  la 
situation  des  étamines.  D'une  autre  part  ,  il  est  voisin  des 
nénuphars  par  ses  capsules  à  plusieurs  loges  ;  il  a  des  rapports 
avec  les  nepenthes  par  ses  feuilles  tubulées.  Il  comprend  ,  d'ail- 
leurs, de  très-belles  espèces,  toutes  marécageuses,  dont  les 
fleurs  sont  presque  aussi  éclatantes  que  celles  des  nénuphars. 
Leur  calice  intérieur,  au  moins  aussi  ample  que  la  corolle, 
offre,  comme  elle  ,  des  couleurs  agréables;  un  grand  stigmate 
pelté  ,  supporté  par  un  style  court  ,  épais  ,  ressemble  à  un 
large  parasol,  qui  garantit  de  l'humidité  les  étamines  qu'il 
recouvre.  Les  feuilles  sont  aussi  très-remarquables  ;  elles  for- 
ment un  long  tube  conique  ou  ventru,  souvent  reznpli  d'eau  , 
surmDuté  d'un  appendice  élargi ,  redressé  ou  recourbé,  en 
forme  d'opercule.  On  ignore  si  l'embryon  est  pourvu  d'un  ou 
de  deux  cot)^lédons,  avec  ou  sans  périsperme. 

Sarracène  A  FLEURS  purpurines:  Sarraccnia  purpurca ,  Linn. , 
Spec;  Lamk.,  îll.  gen.,  tab.  402;  Curtis,  Magaz.  ^  tab.  849. 
Pluken.,  Amalth. ,  tab.  SyG,  fig.  6;  Clus.,  Hist.,  2,  pag.  82. 
Cette  belle  plante  a  une  racine  épaisse,  charnue,  qui  pro- 
duit un  grand  nombre  de  feuilles,  toutes  radicales,  courtes, 
sessiles,  tubulées,  ventrues  et  renflées  dans  leur  milieu,  ré- 
trécies  vers  leur  base  ,  un  peu  resserrées  à  leur  orifice  ,  droites  , 
minces,  glabres,  verdàtres ,  terminées  par  un  ample  appen- 
dice droit,  presque  en  rein  ,  en  forme  de  cœur,  lisse  en  de- 
hors, garni  en  dedans  de  quelques  poils  blanchâtres  et  cou- 
chés. Du  centre  des  feuilles  s'élève  une  hampe  très-simple  , 
nue,  glabre,  cylindrique,  striée,  droite,  haute  de  huit  à  dix 
pouces ,  terminée  par  une  grande  fleur  purpurine.  Le  calice 


SAR  4o5 

extérieur  est  fort  petit,  à  trois  folioles  glabres,  ovales,  ver- 
dâtres  ;  le  calice  intérieur  coloré  en  un  pourpre  mélangé  de 
vert,  à  cinq  folioles  ovales,  oblongues  ,  obtuses  ,  veinées  ,  ré- 
ticulées, longues  d'un  pouce  et  demi.  La  corolle  est  com- 
posée de  cinq  pétales  alt( mes  ,  avec  les  divisions  du  calice  in- 
térieur, courbés  à  leur  sommet,  insérés  sur  le  réceptacie.  Le 
fruit  est  une  capsule  globuleuse,  ridée,  presque  verruqueuse 
en  dehors,  surmontée  d'un  stigmate  persistant,  mince,  plan, 
large  d'un  pouce  et  plus  de  diamètre,  divisé  en  cinq  lobes, 
queîqiiefois  bifides  à  leur  sommet.  Cette  plante  croît  dans  les 
marais  fangeux,  en  Amérique,  depuis  la  baie  d'Hudson  jus- 
que dans  la  Caroline. 

Sarracène  A  FLEURS  JADNES  :  Sarracen^ia^at'a,  Linn. ,  Spec; 
Curtis  ,  Magaz.,  tab.  780  ;  Andr.,  Bot.  repos. ,  tab.  38 1  ;  Pluk., 
Almag.,  tab.  376,  fig.  5  ;  Miller,  Icon. ,  tab.  46.  Cette  espèce 
se  distingue  de  la  précédente  par  ses  feuilles  bien  plus  étroites 
et  plus  longues,  point  ventrues,  et  par  ses  fleurs  jaunes.  Sa 
racine  est  forte,  fibreuse,  épaisse,  d'où  s'élèvent  des  feuilles 
toutes  radicales  ,  longues  d'environ  un  pied  et  demi ,  fermes, 
roides,  épaisses,  droites,  nerveuses,  creusées  en  forme  d'un 
long  entonnoir  étroit,  point  ventrues;  l'orifice  est  ample, 
très-ouvert  :  ses  bords  sont  un  peu  recourbés;  l'appendice  est 
en  forme  d'opercule  très-droit,  fortement  rétréci  à  sa  base  , 
large ,  ovale ,  presque  arrondi ,  réfléchi  à  ses  bords  ,  mucroné  , 
subulé  au  sommet,  glabre  à  ses  deux  faces.  Les  hampes  sont 
droites,  longues,  simples,  striées,  glabres,  cylindriques,  ter- 
minées par  une  fleur  solitaire  ,  un  peu  inclinée  ,  de  couleur 
jaune.  Le  calice  extérieur  est  composé  de  trois  petites  folioles 
ovales-,  concaves,  jaunâtres,  caduques  ;  le  calice  intérieur  se 
divise  en  cinq  grandes  folioles  élargies,  ovales,  obtuses,  d'un 
vert  jaunâtre;  les  pétales  courbés  en  dedans;  l'ovaire  globu- 
leux ;  le  stigmate  plan,  très-ample,  ovale,  à  cinq  lobes  un 
peu  aigus,  peu  profonds,  jaunâtres  en  dessous,  d'un  jaune 
verdâtre  en  dessus  ,  persistant.  Cette  plante  croit  en  Amé- 
rique, aux  lieux  humides  et  découverts,  depuis  la  Caroline 
jusque  dans  la  Floride. 

Sarracéne  bec -de -perroquet;  Sarracenia  psitlacina,  Mich. 
La  forme  des  feuilles,  celle  de  leur  appendice  ,  la  couleur 
purpurine  des  fleurs,  distinguent  cette  espèce  de  ses  congé- 


4o6  SAR 

nères.  Ses  feuilles  sont  toutes  radicales,  courtes  ,  colorées  à 
leur  partie  supérieure,  tu bulées,  veinées  ,  réticulées  ,  munies 
à  leur  partie  autérieure  d'une  aile  membraneuse  qui ,  insen- 
siblement ,  se  rétrécit  vers  le  haut  en  forme  de  coin.  Le  tube 
s'amincit  gr'aduellement  vers  son  sommet,  où  il  s'alonge  eu 
un  appendice  recourbé,  et  imite  assez  bien  la  tête  d'un  per- 
roquet. Sa  base  est  arrondie  en  forme  de  voûte,  et  son  som- 
met mucroné.  Cette  espèce  croit  dans  l'Amérique  septentrio- 
nale ,  depuis  lu  Nouvelle-Géorgie  jusque  dans  la  Floride. 

Sarracene  a  fleurs  rouges:  Sarracenia  ruira,  Willd.,  Spec, 
î2 ,  pag.  îi5o.  Cette  espèce  n'a,  comme  les  autres,  que  des 
feuilles  radicales  droites,  roides,  tubulées;  elles  se  terminent 
par  un  opercule  en  forme  d'appendice  plan,  élargi,  relevé. 
Ses  fleurs  sont  de  couleur  rouge.  Cette  plante  croit  en  Amé^ 
Tique,  dans  les  terrains  humides  de  la  Caroline.  (Poir.) 

SARRALLIEK.  (  Ornith.  )  Nom  provençal  de  la  mésange 
charbonnière,  parus  major,  Linn.  (  Ch.  D.  ) 

SAKRASIN.  {Bot.)  C'est  sous  ce  nom  et  sous  celui  de  blé 
noir,  que  l'on  cultive  une  plante  dont  la  graine  est  em- 
ployée à  la  nourriture  des  volailles,  et  même  des  hommes 
dans  quelques  pays.  C'est  le  fagopjrum  de  Théophraste ,  que 
Tournefort  avoit  conservé  comme  genre  et  que  Linnaeus  a 
réuni  au  polygonum  (  voyez  Rénouée).  Les  anciens  la  nom- 
moient  aussi  sarrasine  et  donnoient  le  même  nom  à  quelques  ^ 
espèces  d'aristoloche,  semblables  au  sarrasin  par  le  port  et 
les  feuilles.  (  J.  ) 

SARRASINE.  [Bot.)  Un  des  noms  de  Varistolochia  clemalitis. 
Voyez  Aristoloche.  (Lem.) 

SARRETTE.  {Bot.)  Voyez  Serratule.  (Poir.) 

SARRIETTE;  Satureia,  Linn.  {Bot.)  Genre  de  plantes  dico- 
tylédones monopétales,  de  la  famille  des  labiées,  Juss. ,  et  de 
la  didjnamie  gymnospermie,  Linn.,  dont  les  caractères  princi- 
paux sont  :  Un  calice  monophylle,  tubulé,  strié,  à  cinq  dents 
presque  égales;  une  corolle  monopétale,  à  peine  bilabiée,  à 
cinq  lobes  à  peu  près  égaux;  quatre  étamines  distantes  les 
imes  d{  s  autres,  et  dont  deux  plus  courtes  ;  un  ovaire  à  quatre 
lobes ,  surmonté  d'un  style  filiforme ,  de  la  longueur  de  la  co- 
rolle ,  terminé  par  deux  stigmates  sétacés  ;  quatre  graines  arron- 
dies ,  renfermées  dans  le  fond  du  calice  persistant  et  connivent. 


SAR  407 

Les  sarriettes  sont  des  herbes  ou  des  sous -arbrisseaux  à 
feuilles  opposées  et  à  fleurs  disposées  par  verticilles  axillaires, 
ou  rapprochés  en  tête  terminale.  On  en  connoit  une  ving- 
taine d'espèces ,  dont  le  plus  grand  nombre  appartient  à 
l'ancien  continent. 

Sarriette  julienne;  Satureia  juliana,  Linn.,  Spec,  ygS.  Ses 
tiges  sont  un  peu  ligneuses  à  leur  base,  divisées  en  rau;eaux 
grêles  ,  redressés  ,  presque  glabres  ,  hauts  de  six  à  huit  pouces , 
garnis  de  feuilles  linéaires- lancéolées ,  sessiles ,  un  peu  ré- 
trécies  à  lour  base.  Les  fleurs  sont  purpurines,  disposées, 
dans  les  aisselles  des  feuilles  supérieures,  en  petits  paquets 
verticilles.  Leur  calice  est  cylindrique,  pubescent,  rayé  de 
dix  stries  et  fermé  par  des  poils  après  la  floraison.  Cette  plante 
croît  dans  les  lieux  arides  en  Grèce,  en  Toscane  et  aux  en- 
virons de  Nice. 

Sarriette  grecque;  Satureia  grœca,  Linn.,  Spec,  794.  Sa 
tige  est  rameuse,  légèrement  pubescente,  haute  de  cinq  à 
six  pouces ,  garnie  de  feuilles ,  dont  les  inférieures  sont  ovales- 
lancéolées  et  les  supérieures  linéaires.  Ses  fleurs  sont  purpu- 
rines,  avec  des  taches  plus  foncées  à  leur  base  et  portées, 
trois  à  six  ensemble,  sur  des  pédoncules  axillaires  et  ordinai- 
rement deux  à  deux  dans  chaque  aisselle.  Le  calice  est  strié 
comme  dans  l'espèce  précédente.  Cotte  plante  croît  dans  les 
lies  rie  l'Archipel  et  dans  les  environs  de  Nice. 

Sarriette  de  montagne-,  Satureia  montana,  Linn.,  Spec, 
"/(j^.  Sa  tige  est  ligneuse  à  la  base,  divisée  en  rameaux  nom- 
breux, étalés,  glabres,  longs  de  six  à  huit  pouces,  garnis 
de  feuilles  linéaires -lancéolées,  ponctuées  et  glanduleuses, 
ainsi  que  les  calices.  Ses  fleurs  sont  blanches,  portées,  deux 
à  trois  ensemble ,  sur  un  pédoncule  axillaire  ,  plus  longues  que 
les  feuilles  et  rapprochées  en  une  longue  grappe  terminale. 
Cette  espèce  croît  dans  les  lieux  stériles  et  pierreux  des 
montagnes  du  Midi  de  la  France  et  de  l'Europe. 

Sarriette  DES  jardins;  Satureia  hortensis  ,  Linn.,  Spec,  ygS. 
Sa  racine  est  grêle,  un  peu  rameuse,  annuelle;  elle  produit 
une  tige  rougeàtre  ,  pubescente,  haute  de  huit  à  dix  pouces, 
divisée  en  un  grand  nombre  de  rameaux  opposés,  assez  étalés 
et  garnis  de  feuilles  linéaires -lancéolées,  ponctuées,  glandu- 
leuses. Ses  fleurs  sont  purpurines,  deux  à  deux  sur  chaque 


4oS  SAR 

j)édoncule,  plus  courtes  que  les  feuilles  florales  -et  rappro- 
chées en  petites  grappes  terminales.  Cette  plante  croît  natu- 
rellement dans  les  lieux  arides  du  Midi  de  la  France,  de 
l'Europe  et  sur  le   Caucase. 

Toutes  ses  parties  ont  une  odeur  et  une  saveur  aromati- 
ques a;;rëables,  ce  qui  fait  que  cette  plante  est  fréquemment 
cultivée  dans  les  jardins  du  Nord  ,  pour  être  employée  comme 
assaisonnement  et  pour  relever  la  fadeur  de  certains  mets. 
On  la  sème  au  pti,  temps  dans  une  terre  convenablement 
préparée,  et  elle  exige  d'ailleurs  si  peu  de  soin,  que  sou- 
vent, quand  elle  a  été  introduite  dans  un  jardin,  elle  s'y 
resème  toute  seule.  (  L.  D.) 

SARRIETTE  DES  BOIS.  (Bot.)  Le  mélampyre  des  bois  porte 
ce  nom  dans  quelques  cantons.  (  L.  D.) 

SARRIETTE  JAUNE.  {BoL.)  C'est  le  mélampyre  des  prés. 
(L.  D.) 

SARRIOLE.  {Bot.)  Voyez  Isanthus.  (Poir.) 

SARRIWAR.  {Ornith.)  Nom  du  martin-pêcheur  à  Am- 
boine.  selon  Forrest .  pag.  ]55.  (Ch.  D.  ) 

SARROTRIE  ,  Sarrotrium.  [Entom.)  Ul'igeT  a  distingué  sous 
ce  nom  un  genre  que  M.  Laireille  avoit  appelé  Orthocère  ;  il 
ne  comprend  encore  qu'une  espèce  de  petit  coîéoptère  qui 
avoit  été  désignée  improprement  sous  le  nom  d'hispa  mutica. 
Cetinsicte  est  hétéroméré.  Nous  l'avons  rangé  dans  la  famille 
des  ténébricoles  ou  lygophiles,  près  des  opâtres,  dont  il  offre 
à  peu  près  les  mœurs ,  quoiqu'il  en  diffère  beaucoup  par  la 
forme ,  et  surtout  par  le  port  des  antennes ,  qui ,  dans  le  repos , 
sont  dirigées  en  avant  et  parallèlement  l'une  à  l'autre. 

Le  nom  de  sarrotrie  est  tiré  du  grec  lupporpiov ,  qui  sig* 
nifie  scopula,  scopa  setacea,  un  petit  balai,  un  balai  fait  avec 
des  soies,  et  il  a  été  donné  à  l'insecte  à  cause  de  la  forme  des 
antennes,  un  peu  en  masse  et  garnies  de  petits  poils.  Le  nom 
donné  d'abord  par  M.  Latreille  signifie  corne  dressée. 

M.  Illiger  range  à  tort  ce  genre  parmi  les  pentamérés,  car 
il  n'a  que  quatre  articles  aux  deux  premières  paires  de  pattes, 
ce  qu'avoit  bien  vu  M.  Latreille.  D'ailleurs  la  description  de 
M.  Illiger  est  complète. 

Ce  ger.re ,  caractérisé  d'abord,  comme  tous  les  lygophiles,  par 
ïe$  élytres  durs ,  non  soudés ,  et  par  les  antennes  grenues ,  en 


SAR  409 

masse  alongëe,  peut  l'être  particulièrement  par  la  forme  du 
corselet,  qui  est  plat,  de  la  largeur  des  élytres,  et  par  ses  an- 
tennes, dont  les  articles  sont  velus. 

Nous  avons  fait  figurer  ce  genre  sur  la  planche  i3,  n.°  5, 
de  l'atlas  de  ce  Dictionnaire.  Il  sera  facile  de  voir  comme  il 
diffère  des  upides ,  qui  ont  le  corselet  cylindrique  ,  plus 
étroit  que  les  élytres,  et  des  trois  autres  genres,  Ténébrion  , 
Pédine  et  Opâtre,  qui  ont  la  tête  beaucoup  plus  engagée  et 
plus  petite  que  le  corselet ,  qui  est  arrondi  sur  ses  côtés  et  non 
à  bords  droits. 

La  seule  espèce  connue  est  le  Sarrotrie  mltique  ,  Sarrotrium 
mitticum.  Il  est  noirâtre,  ses  élytres  sont  striés;  son  corselet, 
carré,  présente  dans  sa  longueur  un  sillon  longitudinal.  On 
le  trouve  dans  les  trous  des  sables.  II  est  assez  commun  au 
printemps  dans  les  bois  de  Romainville,  près  Paris.  (CD.) 

SARROUBÉ.  (Erpét.)  On  appelle  ainsi  à  Madagascar  un 
reptile  qui  a  été  observé  vivant  par  Bruguière ,  et  qui  auroit 
tous  les  caractères  du  famo - cantrata  du  même  pays,  excepté 
la  frange  et  le  pouce  qui  lui  manqueroit  aux  pieds  de  de- 
vant. (Voyez  Gecko,  Ptyodactyle  et  Uroflate.  ) 

De  Lacépède  a  classé  parmi  les  salamandres  cet  animal, 
qui  n'a  aucune  arme  dangereuse,  et  qui  vit  d'insectes.  On  le 
rencontre  surtout  au  moment  de  la  pluie  et  plus  souvent 
la  nuit  que  le  jour.  Sa  taille  est  d'un  pied  environ.  (H.  C.) 

SARSEPAREILLE.  {Bot.)  Voyez  Salsepareille.  (  L.  D.) 

SARSIR.  (Ornith.)  Ce  mot,  qui  s'écrit  aussi  zezir,  est  le 
nom  hébreu  de  l'élourneau,  que  Gesner  écrit  sarsar,  App., 
p.  765.  (Ch.  D.) 

SART.  {Bot.)  Selon  M.  Bosc,  on  désigne  ainsi,  dans  quel- 
ques lieux,  les  accumulations  des  fucus  et  autres  plantes 
marines,  opérées  par  le  mouvement  des  vagues  qui  les  re- 
jettent sur  les  côtes.  (Lem.) 

SARTELLA.  (Ornith.)  Nom  italien  de  la  sarcelle  ordinaire , 
anas  querquedula,  Linn.  (Ch.  D.) 

SARU,  SARUB.  (Bot.)  Voyez  Saraub  et  Gopher.  (J.) 

SARVE.  (  Ichthjyol.  )  Un  des  noms  du  Rotengle.  Voyez  ce 
mot.  (H.  C.) 

SARZA  DE  MOYSE.  {Bot.)  Près  de  Guancabamba,  dans  le 
Pérou,  suivant  M.  Kunth,  on  nomme  ainsi  le  colletia  hor- 


410  SAR 

rida  de  Willdenow,  genre  de  la  famille  des  rhamnées.  (J.) 

SAKZILLO.  [Bot.)  Nom  du  seriana  paniculafa  de  MM.  de 
Humboldt  etKunth  ,  dans  la  province  de  Carac.isana ,  faisant 
partie  de  l'Amérique  méridionale.  A  Parama  de  Paraca,  les 
mêmes  auteurs  citent  celui  de  sarzilejo  pour  leur  rhexia  canes- 
cens,  (j.) 

SAS.  (Bot.)  Le  platane  est  ainsi  nommé  dans  PÉgypte , 
suivant  Forskal.  (J.) 

SASA.  [Bot.)  Nom  syrien  du  lis,  cité  par  Mentzel  et  Adanson. 
C'est  un  des  noms  du  bambou  au  Japon ,  suivant  Kœmpfer. 
(J.) 

SASA.  (Ornith.)  Voyez  Hoazin.  (Ch.  D.) 

SASA  NANTING.  (Bot.)  Nom  japonois  d'un  houx,  iZe.r 
japonica  de  Thunberg.  (J.  ) 

SASAGI.  (  Bot.  )  Nom  japonois  du  dolichos  umbellatus, 
Thunb.  (  Lfm.  ) 

SASALI.  (Bot.)  Ce  nom  brame  du  schageri  cottam  du  Ma- 
labar, avoit  été  préféré  par  Adanson  à  celui  de  microcos , 
donné  par  Linnaeus  à  cet  arbre,  dont  il  faisoit  un  genre, 
qu'il  a  réuni  ensuite  au  Grewia.  (J. ) 

SASANKWA.  [Bot.)  Thunberg  cite  ce  nom  japonois  de 
son  camellia  sasanqua.  (  J.  ) 

SASAPIN.  (Mamm.)  On  a  quelquefois  désigné  par  ce  nom 
les  animaux  du  genre  Sarigue  ou  Didelphe.  (  Desm.) 

SA-SASHEW.  (  Ornith.)  Nom  d'une  espèce  de  chevalier, 
qui  fréquente  la  baie  d'Hudson.  (  Ch.  D.) 

SASHAUN-SASHU.  (Ornith.)  Ce  nom  est  donné,  par  les 
habitans  de  la  baie  d'Hudson  ,  à  une  hirondelle  bleue  ,  qui  se 
trouve  aussi  à  la  Louisiane,  (  Ch.  D.  ) 

SASIN.  (Ornith.  )  Sonnini  dit,  au  tome  53.^  de  son  édition 
de  BufTon  ,  avoir  tiré  le  nom  de  cette  espèce  d'oiseau-mouche , 
qui  est  le  trochilus  rufus ,  Linn.,  et  le  trochilus  coUaris ,  Lath., 
de  celui  de  sasineer  sasin  ,  qu'il  porte  à  la  baie  de  Nootka. 
(Ch.  D.) 

SASJEBU.  (Bot.)  Nom  japonois,  cité  par  Thunberg,  de 
son  vaccinium  ciliatum ,  espèce  d'airelle.  (J.  ) 

SASLOT.  (Ornith.)  On  appelle  ainsi,  au  Piémont,  la  sar- 
celle commune  ,  anas  querquedula,    Linn.  '  Ch.  D.) 

SASSA.  (Bot.)  Ce  genre  de  Bruce ^  adopté  par  Gmelin, 


SAS  4M 

n'est  qu'une  espèce  de  mimosa  de  Lînnseus.  Willdenow,  qui 
a  séparé  le  mimosa  en  cinq  genres,  rapporte  le  Sassa  a  YInga, 
un  de  ces  genres;  (J.  ) 

SASSA.  (Bot.)  Cette  plante  a  été  découverte  par  Bruce 
dans  l'Abyssinie.  C'est  une  espèce  de  mimosa  (acacia),  inga 
sassa,  Willd. ,  que  Ginelin,  dans  le  Systema  naturœ ,  présente 
comme  un  genre  particulier  ,  sous  le  nom  de  Sassa  gummi- 
fera.  D'après  Bruce  ,  cet  arbre  fournit  une  gomme  très-légère, 
qu'il  pense  être  ïopocalbasum  de  Galien.  Mise  dans  l'eau,  elle 
se  gonfle,  blanchit  et  perd  sa  viscosité.  Elle  ressemble  beau- 
coup ,  pour  sa  qualité,  à  la  gomme  adragante  :  on  peut  en 
avaler  sans  danger.  Elle  sert  aux  marchands  du  pays  à  lustrer 
les  toiles  bleues  de  Surate,  lorsqu'elles  leur  viennent  gâtées 
de  Moka.  L'arbre  qui  la  produit  est  au  moins  de  la  hauteur 
de  nos  grands  ormes;  la  gomme  couvre  presque  tout  le  tronc 
et  les  principales  branches  ;  elle  sort  eu  globules  assez  gros  , 
qui  pèsent  quelquefois  jusqu'à  deux  livres  chacun,  quoique 
cette  matière  soit  naturellement  très -légère.  L'écorce  est 
mince,  d'un  bleu  blanchâtre;  le  bois  blanc  et  très-dur;  les 
fleurs  d'un  rouge  cramoisi;  les  filamens  d'un  rouge  violet, 
teints  en  pourpre  à  leur  extrémité.  Le  fruit  n'a  point  été  ob- 
servé. Stackhouse  soupçonne  que  cette  plante  est  le  smirna  de 
Théophraste.  (Poir.) 

SASSA.  [Ornith.)  Le  canard  ,  anus,  st  nomme  ainsi  à  Parme. 
(Ch.  D.) 

SASSAF.  (Bot.)  Nom  syrien  ,  cité  par  Rauwolf  et  Daléchamps, 
d'un  saule,  salix  œgyptiaca ,  qui  est  le  calaf  ou  ban  des  P-gyp- 
tiens,  suivant  Prosper  Alpin.  Forskal  donne  le  nom  de  safsaf 
au  saule  en  général,  et  plus  particulièrement  au  salix  hahy- 
lonica ,  cité  aussi  plus  haut  sons  le  nom  de  safsaf.  Le  sassaf 
haledj  de  Delile  est  le  salix  suhserrata  de  Willdenow.  On 
trouve  encore  dans  Rauwolf  le  nom  de  sassaf,  donné,  soit 
au  peuplier  blanc,  soit  au  chalef,  elœagnus.  (  J.) 

SASSAFRAS.  (Bot.)  Voyez  LauK-ier  sassafras.  (J.) 

SASSAJUOLO.  (Om/f/i.  )  Nom  sons  lequel  Cetti ,  p.  iSg  et 
snivautes,  donne  une  assez  longue  description  d'un  pigeon 
sauvage  qui  se  trouve  en  Sardaigne  ,  et  qui  probablement 
est  le  même  que  le  sassarolo  des  Bolonois ,  c'est-à-dire  Yœnas 
ou  vinago.  (  Ch.  D.) 


41^  SAS 

SASSARESE.  (Omith.)  L'oiseau  ainsi  nommé  en Sardaigne, 
paroît,  d'après  ce  qu'en  Hit  Cetti ,  être  le  vanneau  ordinaire, 
tringa  vanellus,  Linn.(CH.  D.) 

SASSAROLO.  (  Ornilh.  )  Voyez  Sassajuolo.  f  Ch.  D.  ) 

SASSEBÉ.  [Omith.)  Cette  espèce  de  perroquet  ou  papegay  , 
qu'Oviédo  a,  le  premier,  indiquée  sous  le  nom  de  xaxbès y 
et  qui  se  trouve  particulièrement  à  la  Jamaïque,  est  le  psit^ 
tacus  jawaicensis  gutlure  ruhro  deBrisson,  et  le  psitlacus  colla- 
rius  de  Linné  et  de  Latham.  (Ch.  D.) 

SASSEGNAT.  [Omith.)  Voyez  Mégapode.  (Ch.  D.) 

SASSIE,  Sassia,  [Bol.)  Genre  de  plantes  dicotylédones,  à 
fleurs  complètes  ,  polypétalées  ,  de  Voctandrie  monogynie  de 
Linnaeus,  offrant  pour  caractère  essentiel:  Un  calice  à  qiXatre 
folioles  ouvertes,  oblongues  ;  quatre  pétales  lancéolés;  huit 
étamines  plus  courtes  que  la  corolle;  les  anthères  arrondies; 
un  ovaire  supérieur;  un  style  plus  court  que  le  calice;  un 
stigmate  ovale  ;  une  capsule  à  deux  loges  ,  contenant  deux 
semences. 

Sassie  des  teinturiers;  Sassia  linctoria ,  Molin.  ,  Chili  ^  edil. 
galL,  117.  Petite  plante,  dont  les  feuilles  sont  toutes  radicales 
et  ovales.  De  leur  centre  s'élève  une  hampe  nue  ,  qui  sup- 
porte trois  ou  quatre  fleurs  couleur  de  pourpre.  Cette  plante 
croît  dans  les  campagnes,  au  Chili,  où  elle  se  montre  après 
les  premières  pluies  de  l'automne.  Les  habitans  du  pays  em- 
ploient ses  fleurs  pour  colorer  en  pourpre  une  sorte  de  li- 
queur spiritueuse  ,  à  laquelle  elles  donnent  en  même  temps 
une  odeur  agréable.  Une  seule  fleur,  quoique  très-petite,  et 
rarement  plus  grosse  que  les  fleurs  du  thym  ,  peut  colorer  plus 
de  six  livres  de  liqueur.  Les  ébénistes  s'en  servent  aussi  pour 
donner  aux  boiseries  une  couleur  agréable.  Il  paroît,  d'après 
ces  faits  ,  que  le  suc  de  cette  plante  pourroit  être  avantageu- 
sement employé  pour  la  teinture  des  laines,  d'autant  mieux 
qu'il  s'attache  fortement  aux  draps,  et  qu'on  ne  peut  l'enle- 
ver que  très-difficilement. 

Sassie  aux  perdrix:  Sassia  perdicaria,  Molin.,  loc.  cit.;  vul- 
gairement Rima  au  Chili.  Cette  espèce  diffère  de  la  précé- 
dente par  ses  feuilles  en  cœur,  toutes  radicales  ,  et  par  ses 
hampes  terminées  par  une  fleur  d'un  jaune  doré.  Cette  plante 
croît  au  Chili;  elle  fait,  au   commencement  de  l'automue , 


SAT  4i3 

l'ornement  des  prairies,  où  elle  se  trouve  en  grande  quantité. 
Les  habitans  du  pays  lui  ont  donné  le  nomder(ma  ou  Jleur  de 
perdrix  ,  parce  que  ces  oiseaux  l'aiment  beaucoup.  Dans  le 
même  pays  les  noms  d'Avril  et  de  Mai  sont  pris  de  cette 
plante.  Avril  porte  le  nom  de  unen-rimu  (premier  rimu)  ,  et 
Mai  celui  de  inan-rimu  (second  rimu  ).  (PoiR.) 

SASSIFRAGIA.  (Bot.)  Synonyme  de  sassafras  dans  plu- 
sieurs ouvrages.  Cet  arbre  est  une  espèce  de  laurier.  (Lem.) 

Sx\S60LljSr.  (Min.)  C'est  le  nom  sous  lequel  Mascagni  a 
désigné  l'acide  borique  natif,  qui  se  trouve  dans  certaines 
eaux  chaudes  et  dans  les  j^ierres  qui  les  environnent,  en  Tos- 
cane et  principalement  à  Sasso  dans  le  Siennois. 

On  dit  qu'il  faut  distinguer  le  sassolin  de  l'acide  borique, 
en  ce  que  le  premier  est  produit  par  la  voie  aqueuse,  tan- 
dis que  le  second  est  dû  à  une  sublimation  ignée.  Nous  ne 
pensons  pas  que  cette  différence  soit  assez  importante  pour 
faire  donner  deux  noms  différens  à  la  même  substance.  Voyez 

AciBE    BORACIgOE.   (  B.  ) 

SASURIJ.  (Bot.)  On  nomme  ainsi  à  Amboine,  suivant 
Rumph,  son  pseudosantalum  ambuinense,  qui  est  Varalia  um- 
hellifera  de  M.  de  Lamarck.  (J.  ) 

SATxA.L.  iConchjl.)  Dénomination  employée  par  Adanson 
(Sénég.,  p.  204,  pi.  14)  pour  désigner  le  spondylus  gcedero- 
pus  ou  une  espèce  très- voisine.  (De  B.) 

SATAN  ou  COUXÏO.  {Mamm.)  Nom  spécifique  d'un  singe 
américain  du  genre  Saki.  Voyez  ce  mot.  (Desm.) 

SATANICLE.  (Ornith.)  C'est,  d'après  MM.  Quoy  et  Gai- 
mard  ,  p.  147  de  la  partie  zoologique  du  Voyage  autour  du 
monde  du  capitaine  Freycinct  ,  le  nom  que  les  matelots 
donnent  à  l'oiseau  de  tempête,  procellaria  pelagica ,  Linn. 
(Ch.  D.) 

SATARIA.  (Bot.)  Nom  ancien  ,  donné  par  les  Romains  au 
peucedanum ,  suivant  Ruellius  et  Adanson.  (J.) 

SATELLITES.  (Ash\)  Planètes  secondaires  qui  tournent 
autour  d'une  planète  principale  :  la  lune  est  satellite  de  la 
terre;  Jupiter  a  quatre  satellites,  Saturne  sept,  Herschel  ou 
Uranus  six.  Voyez  Système  du  monde.  (L.  C.) 

SATHAR.  {Bot.)  Nom  syrien,  suivant  Rauwolf,  d'une  sar- 
riette, satureia  capitata,  qui  est  le  hasce  des  Arabes.  Mentzel 


:4i4  SAT 

récrit  shatar,  en  citant  Rauwolf,  et  il  ajoute  que  c'est  le 
sahater  des  Arabes.  (J.) 

SATHERIUS.  {Mamm.)  Quelques  naturalistes  commenta- 
teurs ont  -voulu  reconnoître  dans  le  satherius  d'Aristote,  la 
Marte  zibeline.  Voyez  ce  mot.  (Desm.) 

SATHYKION.  {Mamm.)  Le  sathjrion  d'Aristote  étoit  un 
petit  animal  que  BufTon  pense  devoir  être  le  desman.  (Desm.) 

SATIACH,  SATIECH,  SEPULVEDA.  (J5oO  Noms  persans 
du  Spicanard  ou  Naro  indien  (  voyez  ces  mots  ) ,  cités  par 
Clusius  et  Mentzel.   (J.  ) 

*■  SATILHAS.  {Bot.)  Nom  donné  par  les  Portugais  du  Malabar , 
suivant  Rhéede  ,  au  phjsalis  flexuosa  ,  espèce  de  coqueret. 
(J.) 

SATIN  PALE  DE  PAULET  {Bot.),  Traité  des  champ.,  2, 
p.  2  58,  pi.  114,  fig.  3 — 4.  Ce  champignon  est  un  agaricus 
de  trois  pouces  de  hauteur,  blanchâtre,  à  surface  sèche, 
unie  et  lisse  comme  du  satin,  dont  il  a  le  luisant;  le  mame- 
lon, qui  est  au  centre  du  chapeau,  est  petit,  et  le  chapeau 
est  sujet  à  se  fendre  ;  ses  feuillets  sont  minces  ,  très- serrés, 
blanchâtres  ;  la  tige  ou  stipe  est  d'un  roux  cendré.  Ce  cham- 
pignorj  fait  partie  de  ceux  que  Paulet  désigne  par  Mame- 
lonnés pâles.  (liEM.) 

SATINÉE.  {Bot.)  La  lunaire  annuelle  est  ainsi  nommée 
quelquefois,  selon  M.  Bosc.  (Lem.) 

SATIRAO.  {Bot.)  Les  Portugais  du  Malabar  donnent  ce 
nom  au  Kariil  du  Malabar.  Voyez  ce  mot.  (  J.  ) 

SATO-DAKE.  {Bot.)  Nom  japonois  de  la  canne  à  sucre, 
saccharum,   cité  par  Kaempfer.    (  J.  ) 

SATO-IMO.  {Bot.)  Le  gouet,  arum  esculentum,  dont  on 
mange  la  racine  et  les  tiges,  porte  au  Japon,  suivant  Thunberg, 
ce  nom,  qui  signifie  le   gouet  des  villages.  (J.  ) 

SATORKIS.  {Bot.)  Nom  donné  par  M.  du  Petit-Thouars 
au  genre  Satyrium  de  la  famille  des  orchidées.  (Lem.) 

SATSARI.(Bof.)  Un  des  noms  japonois,  cités  par  Kaempfer, 
pour  Vazalea  indica.  (J.) 

SATSIFOCO.  (  Ichlhyol.)  Nom  japonois  de  TEspadon.  Voyez 
ce  mot.  (H.  C.) 

SATSURA-SAPO.  {Bot.)  Voyez  Sabotin.  (J.) 

SATTUL.  {Bot.)  Voyez  Sandori.  (J.) 


SAT  416 

SATURATION.  (Chim.)  Ce  mot  est  employé  en  chimie 
suivant  plusieurs  acceptions  frès- distinct  es- 
Suivant  J'acception  la  plus  ancienne,  il  signifie  le  terme 
où  un  liquide  cesse  d'agir  sur  un  corps  solide  qu'il  est  sus- 
ceptible de  diss(,iidre;  par  exemple,  on  dit  que  de  l'eau  est 
saturée  de  sulfate  de  soude,  de  nitrate  de  potasse,  de  chlo- 
rure de  sodium  ,  etc. ,  lorsqu'elle  ne  peut  plus  se  charger  de 
sulfate  de  soude,  de  nitrate  de  potasse,  de  chlorure  de  so- 
dium, etc.,  à  la  température  où  l'on  opère. 

Suivant  une  autre  acception  ,  le  mot  saturation  indique 
qu'un  corps  cesse  de  s'unira  un  autre,  quel  que  soit  d'aiileurs 
l'état  de  la  combinaison  :  on  dit  que  l'acide  phosphorique  est 
saturé  de  chaux,  lorsqu'il  cesse  de  s'unir  à  cette  base;  on  dit 
que  le  fer,  le  plomb,  sont  saturés  d'oxigène,  lorsqu'ils  sont 
à  l'état  de  peroxides  :  or  tous  ces  composés  sont  solides. 

Suivant  une  troisième  acception  ,  le  mot  saturation  indique 
les  différentes  proportions  suivant  lesquelles  deux  corps  sont 
susceptibles  de  se  combiner;  ainsi  on  dit  le  premier  de«rré 
le  second  degré....  de  saturation,  pour  indiquer  la  pre- 
mière proportion,  la  seconde  proportion....  d'un  corps  qui 
s'est  uni  à  une  certaine  quantité  d'un  autre  corps. 

Enfin  ,  il  a  encore  une  quatrième  acception  :  il  indique  la 
disparition  des  propriétés  caractéristiques  que  des  corps  anta- 
gonistes éprouvent  par  leur  union  mutuelle.  On  dit,  par  exem- 
ple ,  que  l'acide  sulfurique  sature  les  propriétés  alcalines  de 
la  potasse,  ou  que  la  potasse  sature  les  propriétés  acides  de 
l'acide  sulfurique  :  en  ce  sens,  saturation  est  synonyme  de 
neutralisation.  (  Ch.  ) 

SATUREIA.  {Bot.)  Nom  latin  du  genre  Sarriette.  (L.  D.) 

SATURNE.  {Chim.)  Les  alchimistes  désignoient  le  plomb 
par  ce  nom. 

Le  plomb  ,  qui,  en  se  combinant  avec  l'or,  l'argent,  le 
cuivre,  les  prive  de  leurs  propriétés  caractéristiques,  leur 
sembloit  mériter  cette  dénomination  ,  qui  faisoit  allusion  à 
ce  que  la  fable  raconte  de  Saturne  dévorant  ses  enfans.  (Ch.) 

SATURNIA.  (Bot.)  Maratti,  botaniste  italien,  avoit  fait 
sous  ce  nom  un  genre  de  Vallium  chamœmoly  de  Linnseus. 
(J.) 

SATURNINE.  {Ichthyol.)  Nom  spécifique  d'une  couleuvre 


4i6  SAï 

dont  il  est  question  dans  ce  Dictionnaire,  tome  XI,  p.  216. 
(H.C.) 

SATURNITE.  (Min.)  Forster  a  donné  ce  nom  à  la  galène 
ou  plomb  sulfuré  épigène  ,  qu'on  appelle  aussi  plomb  bleu, 
BLaubleierz.  Voyez  Plomb.  (B.) 

SATYRA.  [Entom.)  M.  Meigen  a  décrit  sous  ce  nom  et 
comme  un    genre  d'insectes   diptères,   plusieurs  espèces  de 

DOLICHOPE.  (C.    D.) 

SATYRE,  Safyrus.  [Entom.)  C'est  le  nom  donné  à  un  genre 
de  papillon  dans  l'Encyclopédie.  C'est  aussi  celui  qu'a  adopté 
M.  Godart,  dans  son  Tableau  méthodique  des  papillons  de 
France  ,  qu'il  a  inscrit  sous  le  n."  1 1  ,  et  dont  nous  avons  pré- 
senté l'extrait  à  l'article  Papillon,  tom.  XXXVII,  pag.  SSy  , 
n."  28  et  suiA^. 

Geoffroy  a  nommé  Satyre,  l'espèce  de  papillon  que  Linnœus 
appeloit  mœra,  et  dont  nous  avons  donné  la  description  sous 
le  n."  SC:)  du  genre  Papillon.  (  C.  D.) 

SATYRION;  Satyrium,  Swartz.  (Bot.)  Genre  de  plantes  mo- 
nocotylédones,  de  la  famille  des  orchidées,  Juss. ,  et  de  la gjnan- 
drie  monogjnie,  Linn.,  qui  présente  pour  principaux  carac- 
tères :  Une  corolle  de  six  pétales  irréguliers,  dont  cinq  supé- 
rieurs, à  peu  près  égaux,  plus  ou  moins  connivens,  et  le  sixième 
inférieur  (  nommé  nectaire  ou  labelle  )  entier  ou  lobé  , 
tout-à-fait  différent  des  autres,  prolongé  à  sa  base  en  deux 
éperons  ou  cornes;  une  étamine  consistant  en  une  seule  an- 
thère adnéesous  le  stigmate  à  la  partie  supérieure  du  style; 
un  ovaire  infère,  surmonté  d'un  style  terminé  par  un  stig- 
mate à  deux  lèvres;  une  capsule  alongée,  uniloculaire  ,  à 
trois  côtes,  s'ouvrant  par  ses  angles  et  contenant  des  graines 
menues,  nombreuses. 

Les  satyrions  sont  des  plantes  herbacées,  à  racines  tuber- 
culeuses et  vivaces;  à  feuilles  entières,  alternes,  et  à  fleurs 
disposées  en  épi  terminal. 

Le  genre  Safyyrium  a  éprouvé  de  grands  changemens  de^ 
puisqu'il  a  été  établi  par  Linnapiis.  Aucune  des  huit  espèces 
que  cet  auteur  y  avoit  d'abord  comprises,  dans  son  Species 
plantarum,  n'en  fait  plus  partie  maintenant.  Les  Satjrium  hir- 
cinum  ,  viride ,  nigrum ,  albiduin  et  pLantagineum  sont  devenus 
des  Orchisi  le  Satjrium  epipogium  a  été  placé  dans  le  genre 


SAT  4.7 

Limodorum ,  et  le  Satyrium  repens  parmi  les  NeoUia;  enfin  ,  le 
Satjrium  capense  a  aussi  perdu  son  premier  nom  pour  passer 
dans  un  autre  genre.  Ensuite,  de  vingt-deux  espèces  de  sa- 
tyrium,  que  Thunberg  avoit  trouvées  au  cap  de  Bonne-Espé- 
rance, cinq  seulement  sont  restées  dans  ce  genre  ,  et  dix-sept 
autres,  sous  les  noms  de  Satjrium  grandijlorum  ,  S.  bijidiim, 
S.  draconis,  etc.,  ont  été  retirées  par  Svvartz  du  genre  où  Thun- 
berg les  avoit  d'abord  placées,  et  elles  sont  devenues  les  Disa 
grandijlora ,  D.  hijida,  D.  draconis,  etc.  Sept  autres  espèces, 
que  Linnœus  fils  avoit  encore  rangées  parmi  les  Satjrium, 
sont  passées  ,  d'après  la  réforme  de  Swartz ,  les  unes  dans  les 
Corj'cium ,  les  autres  dans  les  Limodorum.;  un  Satjrium  macu- 
latum  de  M.  le  professeur  Desfontaines  a  été  reporté  dans  les 
Orchis ;  et  enfin  ,  cinq  espèces,  que  Svvariz  lui-même  avoit 
classées,  en  1788,  dans  les  Satjrium,  ont  été,  douze  ans  après, 
changées  de  genre;  cet  auteur  a  fait  de  quatre  d'entre  elles 
des  JSeottia,  et  de  la  cinquième  un  Orchis.  De  cette  manière, 
sur  quarante-huit  espèces  qui  pourroient  exister  dans  le  genre 
Satjrium,  sans  les  différentes  réformes  qu'il  a  éprouvées,  les 
botanistes  modernes  n'en  ont  plus  conservé  que  dix  comme 
lui  appartenant  réellement,  et  ces  dix  espèces  sont  exotiques. 
Satyrion  en  capuchon  :  Satjrium  cucuUatum,  Swartz,  Act, 
Holm. ,  1800,  pag.  216;  Orchis  bicornis  ,  Linn.  ,  Sp.,  i33o.  Sa 
racine  est  formée  d'un  tubercule  cordiforme,  et,  comme 
dans  les  orchis ,  ce  tubercule  est  double  pendant  que  la  plante 
est  en  végétation.  Sa  tige  est  géniculée,  rougeâtre,  munie  à 
sa  base  de  deux  feuilles  opposées,  larges,  cordiformes ,  ai- 
guës; les  caulinaires  sont  courtes,  en  forme  de  capuchon, 
amplexicaules,  engainantes  à  leur  base  et  marquées  de  stries 
purpurines.  Ses  fleurs  sont  jaunes,  penchées,  disposées  en  un 
épi  court.  Les  éperons  sont  longs  et  subulés.  Cette  plante 
croit  au  cap  de  Bonne-Espérance. 

Satyrion  a  bractées  :  Satjrium  bracteatum  ,  Thunb.  Prodr., 
6  ;  Willd. ,  Sp. ,  4  ,  pag.  56.  Sa  racine  est  formée  de  deux 
bulbes  arrondies;  elle  produit  une  tige  haute  de  six  pouces, 
garnie  à  sa  base  de  feuilles  ovales,  nerveuses,  tandis  que 
celles  de  sa  partie  moyenne  sont  ovales- oblongues.  Ses  fleurs 
sont  nombreuses,  disposées  en  un  épi  serré,  entremêlé  de 
bractées  ovales,  ouvertes,  plus  longues  que  les  fleurs.  Le 
47'  27 


41^  S  AT 

labelle  est  entier  à  son  sommet,  aigu  ,  et  les  éperons  sont  trèâP- 
courts,  obtus.  Cette  espèce  croît,  ainsi  que  la  précédente, 
au  cap  de  Bonne -Espérance.  (  L.  D.) 

SATYRIUM.  {Bot.)  Ce  nom  a  été  donné  par  des  auteurs 
anciens  à  diverses  espèces  de  la  famille  des  orchidées,  dont 
un  des  genres  l'a  conservé.  Daléchamps  le  cite  aussi  pour 
une  espèce  de  scilla  et  pour  la  dent-de-chien,  erythronium 
dens  canis;  Swertius  pour  un  hœmanthes;  Césalpin  pour  ïiris 
tuberosa;  Pona  pour  le  phallus,  espèce  de  champignon  ,  auquel 
sa  forme  a  fait  donner  le  nom  françois  de  satyre.  Voyez 
Satyrion.  (J. ) 

SATYRIUM.  (Bot.)  Matthiole  désigne  par  satyrium  erythro- 
nium le  phallus  impudicus ,  Linn.  Ce  même  champignon  est  le 
type  du  genre  Sat)rus  de  Ventenat.  M.  Bosc  ramène  à  ce 
genre  les  morilles  qu'il  a  décrites  dans  les  Mémoires  de  l'Aca- 
démie de  Berlin  ,  et  désignées  par  morilles  rubiconde  et  du- 
plicate.  (Lem.) 

SATYRUS.  {Bot.)  Voyez  Phallus.  (Lem.) 

SATYRUS.  {Mamm.)  Cette  dénomination  a  été  donnée  par 
Linné  à  l'espèce  de  singe,  nommée  orang  roux  par  les  zoo- 
logistes modernes.  (Desm.) 

SATYRUS.  {Entom.)  Fabricius  a  donné  ce  nom  à  un  genre 
de  lépidoptères  diurnes,  démembré  du  grand  genre  Papilio 
de  Linné.  Voyez  l'article  Papillon.  (Desm.) 

SAU-SARAl.  {Ornith.)  Espèce  de  canard  d'Arabie  ,  indiquée 
par  Forskal,  Descrip.  anim. ,  p.  5  ,  n.°  8.  (Ch.D.) 

SAUARSUCK.  {Ornith.)  Nom  de  la  bécasse,  scolopax  rus- 
ticola ,  Linn.,  en  groënlandois.  (Ch.  D.) 

SAUBILLANG  ou  GEESTREEPTE  SAUBILLANG.  (Ichth.) 
Suivant  Ruysch,  les  HoUandois  donnent  ces  noms  à  un  pois- 
son des  Indes,  qui  a  la  forme  et  la  saveur  de  l'anguille,  et 
qui  est  long  d'un  pied.  Il  nous  est  difficile  de  le  classer  d'a- 
près de  si  insuffisans  documens.   (H.  C.  ) 

SAUCANELLE.  {Ichthyol.)  Un  des  noms  vulgaires  de  la 
daurade,  aurata  vulgaris.  Voyez  Daurade.  (H.  C.) 

SAUCH,  CHOUCH.  {Bot.)  Noms  arabes  du  fruit  du  pêcher, 
cités  par  Daléchamps.  (J. ) 

SAUCLET.  {Ichthyol.)  Un  des  noms  de  l'athérine  sur  le 
littgral  de  la  Méditerranée.  Voyez  Athérine.  (H.  C.) 


SAU  419 

SAUGE;  Salvia,  Linn.  {Bot.)  Genre  de  plantes  dicotylé- 
dones monopétales,  de  la  famille  des  labiées,  Juss. ,  et  de 
la  diandrie  monogynie,  Linn.,  dont  les  principaux  caractères 
sont  les  suivans  :  Calice  monophylle  ,  presque  campanule  , 
strié,  à  deux  lèvres,  dont  la  supérieure  souvent  à  trois  dents 
et  l'inférieure  bifide;  corolle  monopétale,  tubulée  inférieu- 
rement,  ayant  son  limbe  partagé  en  deux  lèvres,  dont  la 
supérieure  en  voûte  ou  en  faux  et  échancrée,  et  l'inférieure 
découpée  en  trois  lobes  inégaux,  le  moyen  étant  plus  grand 
que  les  deux  latéraux;  deux  étamines  à  filamens  courts, 
portant  transversalement  un  filet,  terminé  à  son  extrémité 
supérieure  par  une  anthère  fertile,  et,  iuférieurement ,  par 
une  anthère  stérile;  un  ovaire  à  quatre  lobes,  surmonté  d'un 
style  filiforme ,  terminé  par  un  stigmate  bifide. 

Les  sauges  sont  des  plantes  herbacées  ou  des  arbustes  à  feuilles 
opposées,  dont  les  fleurs  sont  également  opposées,  ou,  le  plus 
souvent,  verticillées,  quelquefois  axillaires  ,  ordinairement 
disposées  en  épis  dans  la  partie  supérieure  des  tiges  et  des 
rameaux. 

Ce  genre  est  très  -  nombreux  :  on  en  compte  plus  de 
deux  cents  espèces  répandues  dans  les  différentes  parties  du 
monde. 

Sauge  officinale:  Sa/t'fa  qfficinalis ,  Linn.,  Spec,  34;  Lois., 
Nouv.  Duham. ,  C,  page  77,  tab.  aS.  Cette  espèce  est  un 
sous- arbrisseau  ,  dont  la  tige  est  une  souche  ligneuse,  di- 
visée en  rameaux  nombreux,  plus  ou  moins  redressés,  velus, 
garnis  de  feuilles  pétiolées,  ovales -lancéolées,  ridées;  fine- 
ment crénelées,  d'un  vert  grisâtre  en  dessus,  pubescentes  et 
blanchâtres  en  dessous.  Ses  fleurs  sont  bleuâtres  ,  disposées 
par  six  à  huit  en  verticilles  formant  un  épi  interrompu  et 
terminal.  Cette  sauge  croît  dans  le  Midi  de  la  France  et 
dans  une  grande  partie  de  l'Europe  australe.  On  en  distingue 
deux  variétés  principales:  l'une,  plus  élevée  et  à  plus  grandes 
feuilles,  appelée  grande  sauge;  l'autre,  pluspeîite  dans  toutes 
ses  parties,   est  dite  petite  sauge. 

Ces  deux  plantes  ont  une  odeur  aromatique  ,  forte  et 
agréable.  Leur  saveur  est  amère,  chaude,  piquante,  et  a 
quelque  rapport  avec  celle  du  camphre.  On  les  emploie  in- 
différemment l'une  pour  l'autre. 


420  SAU 

La  sauge  étoit  autrefois  1res- estimée  en  médecine.  Les  an- 
ciens lui  avoient  attribué  de  grandes  vertus,  et  c'est  ce  qui 
lui  avoit  A'alu  le  nom  de  salvia,  évidemment  dérivé  de  saJ- 
^cre,  sauver.  C'est  aussi  parce  qu'on  la  croyoit  propre  a  re- 
médier à  un  grand  nombre  de  maux  qui  affligent  l'espèce 
humaine,  que  les  rédacteurs  de  l'école  de  Salerne  paroissent 
s'étonner  que  l'homme  puisse  mourir  en  possédant  la  sauge  : 

Cur  moriatur  homo ,   cui  sali>ia   crescit    in   liorto  ? 
Contra   vim  mortis  non   est   viedicamen   in  hortis. 

De  toutes  les  labiées  aromatiques  ,  la  sauge  est..une  de 
celles  dont  la  propriété  stimulante  est  la  plus  marquée.  Prise 
à  l'intérieur,  elle  agit  éminemment  comme  tonique,  sto- 
machique et  cordiale.  On  l'a  conseillée  dans  l'apoplexie,  les 
afTections  comateuses,  la  paralysie  ,  l'épilepsie,  les  maladies 
hystériques,  les  menstrues  difficiles,  les  indigestions,  les  dé- 
bilités de  l'estomac,  les  flatuosités ,  les  affections  catarrhales 
atoniques  et  toutes  cellec  qui  paroissent  exiger  l'action  des 
fortiiians.  Les  parties  dont  on  fait  ordinairement  usage  sont 
les  feuilles  préparées  en  infusion  aqueuse  ou  vineuse. 

La  sauge  est  assez  souvent  employée  comme  assaisonnement, 
surtout  dans  les  pays  du  Midi.  Ainsi,  les  Provençaux  aiment 
beaucoup  cette  plante;  ils  en  mettent  dans  la  plupart  de 
leurs  alimens ,  et  ils  préparent  avec  ses  feuilles  une  infusion 
qui,  pour  beaucoup  de  personnes,  remplace  le  thé.  On  dit 
aussi  que  les  Chinois  estiment  et  recherchent  beaucoup  la 
sauge  ,  et  qu'ils  sont  étonnés  que  ,  possédant  une  si  excellente 
plante,  les  Européens  viennent  de  si  loin  chercher  leur  thé; 
et  dans  l'échange  qu'ils  font  de  celui-ci  contre  la  sauge,  on 
assure  même  qu  ils  donnent  volontiers  deux  à  trois  caisses 
du  premier  pour  s"en  procurer  une  de  la  seconde. 

Sauge  pommifère  ;  Sa/vm  pomzyènx,  lAnn.  ,Spec.,  34.  La  tige 
de  cette  espèce  est  ligneuse,  haute  de  deux  à  trois  pieds, 
divisée  en  rameaux  opposés,  redressés,  quadrangulaires,  garnis 
de  feuilles  lancéolées,  très- ridées,  finement  crénelées  et  un 
peu  ondulées  en  leurs  bords,  légèrement  cotonneuses  et 
cendrées  en  dessus,  chargées  en  dessous  d'un  duvet  épais  et 
blanchâtre.  Les  fleurs  sont  grandes,  bleuâtres,  disposées  par 


SAU  421 

verticilles  rapprochés  en  épi  plus  ou  moins  serré.  Cette  es- 
pèce croît  dans  l'ile  de  Crète  et  dans  le  Levant.  On  la  cul- 
tive au  Jardin  du  Roi  à  Paris.  Dans  les  pays  où  elle  vient  na- 
turellement, elle  produit,  par  la  piqûre  d'un  insecte,  des 
excroissances  charnues,  grosses  comme  des  cerises,  et  dont 
l'intérieur  est  une  sorte  de  pulpe  transparente  comme  de 
la  gelée.  Ces  excroissances,  qui  sont  des  espèces  de  galles, 
se  vendent  dans  les  marchés  du  Levant,  et  on  les  mange 
après  les  avoir  fait  confire. 

Sauge  vERTicar.nE  ;  Salvia  verticillata ,  Linn,,  Spec,  01.  Sa 
racine  est  annuelle  et  produit  une  tige  velue,  haute  d'un 
pied  et  demi,  garnie  de  feuilles  pétiolées ,  crénelées,  en 
cœur  à  leur  base,  et  quelquefois  munies  d'une  petite  oreil- 
lette de  chaque  côté.  Ses  fleurs  sont  bleues  ou  violettes , 
disposées  par  verticilles,  trente  ensemble  et  au-delà;  leur 
style  est  très  -  saillant ,  incliné  sur  la  lèvre  inférieure.  Cette 
espèce  croit  en  Alsace,  en  Suisse,  en  Allemagne,  en  Italie; 
elle  a  aussi  été  trouvée  aux  environs  de  Paris. 

Sacce  variable:  Salvici  variabilis  ;  N,  salvia  clandestina, 
Linn.,  Spec,  36;  Salvia  verhenaca,  Linn.,  Spec,  55;  Salvia 
prœcox,  Savi,  Flor.  Pis.,  1  ,  page  22  [non  Vahl).  Je  ne  crois 
pas  me  tromper  en  réunissant  ici ,  non  comme  variétés  dis- 
tinctes, mais  comme  la  même  plante  qui  se  modifie  de  di- 
verses manières,  plusieurs  espèces  regardées  précédemment 
comme  différentes. 

Cette  sauge,  en  la  considérant  comme  ne  formant  qu'une 
seule  et  même  espèce,  a  une  tige  droite,  velue,  haut  de  six 
à  quinze  pouces  et  même  plus.  Ses  feuilles  inférieures  sont 
pétiolées,  ovales -oblongues,  ridées,  tantôt  simplement  bor- 
dées de  grandes  dents  ou  de  crénelures,  tantôt  plus  ou  moins 
profondément  découpées  en  lobes  opposés  et  eux-mêmes 
crénelés.  Ses  feuilles  supérieures  sont  sessiics,  presque  en 
cœur.  Ses  fleurs,  bleues,  quelquefois  blanches,  verticillées 
six  ensemble,  sont  disposées  en  un  long  épi.  Leur  calice  est 
très-velu,  campanule,  beaucoup  plus  large  que  le  tube  de 
la  corolle,  partagé  en  deux  lèvres,  dont  la  supérieure  ar- 
rondie, à  trois  dents  peu  sensibles,  et  Pinférieure  à  deux 
grandes  dents  aiguè's.  La  corolle  est  presque  glabre,  dépourvue 
de  glandes  ,  tantôt  une  fois  plus  longue  que  le  calice  ou  même 


42.  SAU 

davantage,  à  deux  lèvres  bien  ouvertes,  et  tantôt  presque  ca- 
chée dans  le  calice  ou  à  peine  plus  longue  que  lui ,  à  deux  lèvres 
à  peine  ouvertes  et  peu  distinctes.  Le  style  est  toujours  peu 
ou  point  saillant  hors  de  la  corolle.  Toutes  ces  différences, 
quoiqu'elles  paroissent  être  très  -  grandes ,  ne  sont  nullement 
constantes,  et  elles  se  rencontrent  quelquefois  sur  le  même 
pied  à  des  époques  différentes  de  l'année.  Cette  espèce  est 
commune  dans  les  prés  secs  etmontueux  du  Midi  de  la  France 
et  de  l'Europe;  elle  fleurit  depuis  le  mois  de  Mars  jusqu'à 
la  fin  de  l'été. 

Sauge  des  très;  Salvia  pratensis,  Linn. ,  Spec. ,  35;  Bull., 
Herb.,  tab.  Sôy.  Sa  racine  est  vivace  :  elle  produit  une  tige 
quadrangulaire,  velue,  haute  d'un  pied  à  un  pied  et  demi , 
garnie  de  feuilles,  dont  les  inférieures  sont  pétiolées ,  oblon- 
gues,  plus  ou  moins  en  cœur  à  leur  base,  ridées,  simplement 
crénelées,  ou  incisées  en  lobes  eux-mêmes  crénelés.  Ses 
fleurs  sont  d'un  bleu  foncé,  quelquefois  d'un  bleu  clair,  ra- 
rement blanches  ou  roses,  verticillées  cinq  à  six  ensemble. 
La  lèvre  supérieure  de  la  corolle  est  très- grande,  courbée 
en  faucille  et  parsemée  de  glandes  visqueuses.  Celte  plante 
est  commune  dans  les  prés  secs  et  sur  les  bords  des  champs, 
en  France  et  dans  le  reste  de  l'Europe  :  elle  a  des  propriétés 
analogues  à  celles  de  la  sauge  officinale  et  elle  peut  jusqu'à 
■un  certain  point  la  remplacer  dans  les  pays  du  Nord  ;  mais 
son  infusion  est  moins  agréable.  Les  chèvres  et  les  moutons 
la  mangent;  mais  son  odeur  forte  fait  qu'elle  déplaît  aux 
autres  bestiaux. 

Sauge  glutineuse  ou  Sauge  de  montagne;  Sahia  glulinosa, 
Linn,,  Spec,  07.  Sa  racine,  qui  est  vivace,  produit  une  tige 
velue,  haute  de  deux  pieds,  garnie  de  feuilles  pétiolées, 
cordiforuaes,  presque  sagittées,  très-aiguës,  dentées,  à  peu 
près  glabres.  Ses  fleurs  sont  jaunâtres,  très- grandes ,  vis- 
queuses, verticillt  es  environ  six  ensemble,  formant  un  long 
épi.  Leur  calice  a  la  lèvre  supérieure  entière  ,  et  il  est  moitié 
plus  court  que  le  tube  de  la  corolle.  Cette  espèce  croit  dans 
les  prés  montueux  en  France  et  dans  plusieurs  autres  parties 
de  l'Europe.  Les  Tyroliens  emploient ,  contre  la  coqueluche, 
son  infusion  mêlée  avec  du  lait. 

Sauge  sciAflÉE ,  vulgairement  Orvale  ,  Sclarée ,  Toute-bonne. 


SAU  423 

Sa  tige  est  très- velue,  presque  laineuse,  haute  de  deux  pieds, 
garnie  de  feuilles  cordiformes ,  pétiolécs,  chagrinées,  créne- 
lées. Ses  fleurs  sont  d'un  bleu  clair,  grandes,  verticillées  à 
peu  près  six  ensemble,  environnées  de  bractées  concaves,  co- 
lorées,  acumiuées  et  plus  grandes  que  le  calice,  qui  est  ù 
quatre  dents  ,  terminées  par  une  pointe  dure  et  sétacée. 
Cette  plante  croît  en  France,  en  Italie,  en  Espagne,  etc.; 
elle  a  une  odeur  très- forte  et  très- pénétrante.  Infusée  dans 
le  vin  blanc,  elle  lui  donne  un  faux  goût  de  vin  muscat 
et  le  rend  très-enivrant.  Dans  quelques  cantons  du  Nord  on 
l'emploie  dans  la  fabrication  de  la  bierre  pour  remplacer  le 
houblon.  Ses  propriétés  sont  analogues  à  celles  de  la  sauge 
officinale. 

Sauge  laineuse;  Salvia  œthiopis,  Linn.,  Spec,  59;  Jacq., 
FI.  aust. ,  tab.  211.  Sa  tige  est  laineuse,  ainsi  que  toute  la 
plante,  haute  d'un  pied  et  demi  à  deux  pieds,  très-rameuse, 
garnie  de  feuilles  ovales- oblongues ,  sinuées  ou  laciniées  en 
leurs  bords.  Ses  fleurs  sont  blanches,  verticillées  quatre  à 
six  ensemble,  environnées  de  deux  bractées  concaves,  termi- 
nées par  une  pointe  acérée  et  recourbée.  Les  calices  sont  à 
cinq  dents  et  chargés  d'un  coton  très-épais.  Cette  espèce  croît 
dans  les  lieux  secs  et  chauds  du  Midi  de  la  France  et  de  l'Eu- 
rope :   elle  est  bisannuelle. 

Sauge  dorée;  Salvia  aurea,  Linn.,  Spcc,  58.  La  fige  de 
cette  espèce  est  ligneuse  et  forme  un  arbrisseau  haut  de  cinq 
à  six  pieds  et  même  plus,  divisé  en  rameaux  opposés,  garnis 
de  feuilles  ovales  ou  arrondies,  assez  petites,  brièvement 
pétiolées,  entières  ou  un  peu  sinuées  en  leurs  bords,  char- 
gées,  sur  leurs  deux  faces,  d'un  duvet  court  et  serré,  qui  leur 
donne  une  teinte  cendrée.  Les  fleurs  sont  grandes,  d'une  belle 
couleur  jaune  d'or,  disposées  en  verticilles  peu  garnis  et  formant 
des  épis  courts  à  l'extrémité  des  rameaux  ;  les  divisions  de 
leur  calice  sont  très  ••  obtuses.  Cette  sauge  croît  au  cap  de 
Bonne -Espérance  ;  on  la  cultive  au  Jardin  du  Roi. 

Sauge  d'Afrique;  Sal^ia  africana,  Linn.,  Spec,  58.  Sa 
tige  est  ligneuse,  haute  de  cinq  à  six  pieds,  divisée  en  ra- 
meaux nombreux,  opposés,  effilés,  à  peine  quadrangulaires, 
pubescens,  garnis  de  feuilles  ovales,  aiguës,  sessiles,  légère- 
ment dentées,  ridées  en  dessus,  cotonneuses  et  blanchâtres 


424  SAU 

en  dessous;  les  inférieures  portées  sur  de  courts  pétioles,  et 
les  supérieures  sessiles.  Ses  fleurs  sont  violettes  ou  d'un  bleu 
foncé,  assez  grandes,  disposées,  au  sommet  des  rameaux,  en 
épis  nombreux,  formant  dans  leur  ensemble  une  espèce  de 
panicule.  Cette  sauge  est  originaire  du  cap  de  Bonne-Es- 
pérance; on  la  cultive  au  Jardin  du  Roi,  où  elle  fleurit  en 
Juillet  et  Août. 

Sauge  paniculée;  Sahia  paniculata,  Linn.,  Mant.,  26  et  5i  i. 
Cette  plante  a  quelque  ressemblance  avec  la  précédente  ;  mais 
elle  en  diffère  par  ses  feuilles  ovales- cunéiformes,  rétrécies 
en  pétiole  à  leur  base,  dentées  seulement  au  sommet,  et 
vertes  des  deux  côtés;  par  ses  fleurs  plus  grandes,  d'un  bleu 
clair,  disposées  en  épis  plus  nombreux,  formant  une  pani- 
cule plus  ample;  enfin  par  ses  calices  moins  velus,  un  peu 
glanduleux  et  aigus.  Elle  a  été  apportée  du  cap  de  Bonne- 
Espérance;  on  la  cultive  au  Jardin  du  Roi. 

Sauge  des  Canaries;  Salvia  canariensis  ,  Linn.,  Spec. ,  58. 
Sa  tige  est  ligneuse,  haute  de  quatre  à  cinq  pieds,  divisée 
en  rameaux  opposés,  garnis  de  feuilles  oblongues,  triangu- 
laires, hastées  à  leur  base,  un  peu  ridées  en  dessus,  fine- 
ment crénelées,  vertes  des  deux  côtés,  portés  sur  des  pétioles 
très-cotonneux.  Ses  fleurs,  bleuâtres,  accompagnées  de  brac- 
tées ovales-lancéolées,  souvent  colorées,  sont  disposées  sur 
des  épis  opposés,  formant,  par  leur  rapprochement  au  som- 
met des  rameaux  une  belle  panicule  terminale.  Leur  calice 
est  à  deux  lèvres  très- ouvertes,  dont  la  supérieure  très- 
large,  à  peine  échancrée ,  et  finférieure  à  deux  lobes.  Cette 
plante  est  indigène  des  lies  Canaries  :  on  la  cultive  au  Jardin 
du  Roi. 

Sauge  léonuroïde;  Salvia  leonuroides,  Lam.,  Illust.,  vol.  1 , 
page  7 1  ,  n.°  3 1 2  ,  t.  20  ,  fig.  3.  Ses  tiges  sont  ligneuses ,  hautes 
de  cinq  à  six  pieds,  divisées  en  rameaux  opposés,  garnis  de 
feuilles  cordiformes ,  pétiolées,  persistantes,  glabres,  légère- 
ment dentées  en  leurs  bords,  d'un  vert  foncé  en  dessus  et 
d'un  vert  cendré  en  dessous.  Ses  fleurs  sont  axillaires,  verti- 
cillées  cinq  à  six  ensemble  et  brièvement  pétiolées;  leur  ca- 
lice est  glabre,  à  deux  lèvres,  dont  la  supérieure  entière 
et  acuminée  ;  leur  corolle  est  grande,  d'une  belle  couleur 
écarlate,  à  lèvre  supérieure  droite  et  velue.  Cette  espèce  est 


s  AU  425 

originaire  du  Pérou  ,  d'où  ses  graines  furent  envoyées  au 
Jardin  du  Roi  par  Dombeyj  et  où  elle  est  cultivée  depuis  ce 
temps.  Elle  fleurit  pendant  une  grande  partie  de  l'été. 

Sauge  jéclatante  :  SaLia  splendens,  Spreng. ,  Sjst.  veget.,  i  , 
page  57;  Salvia  colorans ,  Hortulan.  Sa  tige  est  un  peu  li- 
gneuse à  sa  base,  herbacée  dans  le  reste  de  son  étendue, 
haute  de  trois  à  quatre  pieds,  divisée  en  rameaux  nom- 
breux, opposés,  garnis  de  feuilles  ovales,  aiguës,  dentées, 
assez  longuement  pétiolées  et  d'un  vert  gai.  Ses  fleurs  sont 
d'un  superbe  rouge  écarlate,  opposées,  pédonculées  et  dis- 
posées, au  nombre  de  trente  et  plus  ,  en  une  belle  grappe 
terminale.  Chaque  fleur  est  accompagnée  d'une  bractée  très- 
caduque,  colorée  comme  le  calice  et  du  même  rouge  que 
la  corolle.  Cette  belle  plante  est  originaire  du  Brésil  ;  on 
la  cultive  dans  les  jardins  depuis  quatre  à  cinq  ans,  et  ou 
la  tient  dans  la  serre  chaude  pour  la  conserver  pendant  l'hiver. 
Elle  se  multiplie  de  boutures,  qui  reprennent  facilement  quand 
elles  sont  faites  au  printemps  sur  couche  et  sous  châssis  ou 
sous  cloches.  Ces  boutures,  quand  elles  ont  bien  repris,  peu- 
vent être  mises  en  pleine  terre  au  commencement  de  Juin, 
et  dans  le  courant  de  l'été  elles  forment  des  tiges  de  trois 
à  quatre  pieds  de  hauteur,  qui,  pendant  toute  la  belle 
saison,  produisent  de  superbes  grappes  de  fleurs. 

Sauge  écarlate;  Salvia  coccinea ,  Linn. ,  Suppl.,  88.  Ses 
tiges  sont  hautes  de  trois  à  quatre  pieds,  ligneuses  dans  leur 
partie  inférieure  ,  divisées  en  rameaux  opposés,  quadrangu- 
laires,  pubescens ,  garnis  de  feuilles  cordiformes  ,  aiguës, 
pétiolées,  dentées,  légèrement  pubescentes  en  dessus,  pres- 
que cotonneuses  en  dessous.  Ses  fleurs  sont  d'un  beau  rouge 
écarlate  ,  pédonculées  ,  verticillées  six  à  huit  ensemble  et 
disposées,  au  sommet  des  rameaux,  en  longs  épis  simples.  Cette 
espèce  croît  naturellement  dans  la  Floride;  on  la  cultive 
pour  l'ornement  des  jardins.    (  L.  D.) 

SAUGE  AMÈRE.  {Bot.)  C'est  une  espèce  de  germandrée. 
(L.  D.) 

SAUGE  EN  ARBRE.  {Bot.)  Nom  vulgaire  de  la  phlomide 
frutescente.  (  L.  D.) 

SAUGE  DES  BOIS,  SAUGE  SAUVAGE.  {Bot.)  On  donne 
vulgairement  ces  noms  à  la  germandrée  des  bois.  (  L.  D.) 


4^^  SAU 

SAUGE  DE  JÉRUSALEM.  (Bot.)  C'est  la  pulmonaire  offi- 
cinale. (  L.  D.) 

SAUI-JALA.  (Ornith.)  Ce  merle  doré  de  Madagascar  est 
le  turdus  saui-jala,  Luth.  (Ch.  D.) 

SAUKL  {Ornith.  )  Ce  nom  russe  a  été  donné  à  un  canard 
de  Sibérie.  C'est  le  même  que  le  canard  à  longue  queue  de 
Terre-Neuve.  (Ch.  D.) 

SAUL  et  SOL.  {Bot.)  Sur  les  côtes  d'Islande  on  donnoit  ce 
nom  anciennement  à  une  plante  marine,  \e  fucus  palmalus  ,  L. 
{delesseria  palmala ,  Lx.\  mentionnée  sous  ce  nom  dans  les  vieux 
auteurs  qui  ont  écrit  sur  cette  ile  dès  le  dixième  siècle.  Elle 
servoit  de  nourriture  dans  les  temps  de  disette  ;  cependant  on 
lui  attribuoit  de  mauvaises  qualités,  si  l'on  en  croit  l'histoire 
de  la  fille  d'Egille  (homme  puissant  en  Islande  au  dixième 
siècle),  qui,  désirant  vaincre  la  résolutir./i  qu'avoit  prise  son 
père  de  se  laisser  mourir,  feignit  aussi  de  vouloir  mettre  un 
terme  à  ses  jours  en  mangeant  du  saul  ;  résolution  qu'Egille 
prit  aussitôt  :  mais  sa  tille  ,  au  lieu  de  lui  donner  du  bouillon 
fait  avec  cette  plante,  lui  fit  avaler  du  lait,  et  le  sauva  ainsi. 
(Lem.) 

SAULAR.  (Ornith.)  Cet  oiseau,  qui  étoit  la  pie-grièche 
noire  du  Bengale  d'Edwards,  de  Brisson  et  de  Buffon  ,  a  été 
depuis  placé  parmi  les  mainates  :  c'est  le  gracula  saularis , 
Linn.  (Ch.  D.) 

SAULE;  Salix,  Linn.  {Bot.  )  Genre  de  plantes  dicotylé- 
dones apétales,  de  la  famille  des  amentacées ,  Juss. ,  dont  quel- 
ques auteurs  font  le  type  d'une  famille  particulière  ,  sous  le 
nom  de  salicinées ,  et  qui,  dans  le  Système  sexuel,  appartient 
à  la  dioecie  diandrie.  Dans  ce  genre  les  fleurs  sont  unisexuelles, 
placées  sur  des  individus  dififérens  et  disposées  en  chatons 
chargées  d'écaillés  imbriquées.  Chaque  fleur  mâle,  prise  sé- 
parément ,  est  composée  d'une  écaille  de  forme  variable , 
servant  de  calice,  et  de  deux  étamines  (quelquefois  d'une 
seulement  ou  de  trois  à  sept  )  à  filamens  filiformes,  plus  longs 
que  l'écaillé,  insérés  à  sa  base  et  terminés  par  des  anthères  à 
deux  ou  quatre  loges.  Les  fleurs  femelles  présentent  une 
écaille  comme  dans  les  mâles,  et  un  ovaire  ovale-conique, 
surmonté  d'un  style  court ,  quelquefois  nul ,  terminé  par  deux 
Stigmates  souvent  bifides.   Le  fruit  est  une  capsule   ovale- 


SAU  427 

oblongue,  rétrécie  dans  sa  partie  supérieure  ,  à  une  seule 
loge  s'ouvrant  en  deux  valves,  et  contenant  plusieurs  petites 
graines  environnées  à  leur  base  par  une  aigrette  de  poils 
simples. 

Les  saules  sont  des  arbres  ou  des  arbustes  à  feuilles  al- 
ternes, dont  les  fleurs,  petites  et  peu  remarquables  par  leur 
couleur,  sont  disposées  en  chatons  ordinairement  axillaires. 
Leurs  espèces  sont  nombreuses,  puisque  quelques  auteurs 
en  comptent  plus  de  deux  cents;  mais  les  difficultés  de 
toute  nature  qui  se  rencontrent  pour  bien  déterminer  ces 
plantes  ,  font  que  ,  jusqu'à  présent ,  toutes  les  espèces  indi- 
quées dans  les  catalogues  ne  sont  point  encore  complètement 
décrites  ni  convenablement  caractérisées  dans  les  ouvrages 
généraux  ou  particuliers.  Ainsi ,  je  n'ai  guère  trouvé  dans  les 
livres  que  j'ai  consultés  que  cent  vingt  à  cent  trente  espèces 
plus  ou  moins  clairement  décrites.  De  ces  cent  trente  et  quel- 
ques saules  ,  environ  quatre-vingt-dix  sont  indiqués  comme 
croissant  naturellement  en  Europe:  trente,  comme  apparte- 
nant à  l'Amérique,  soit  méridionale,  soit  septentrionale,  et 
douze  ,  seulement,  comme  se  trouvant  en  Asie  ou  en  Afrique; 
aucun  ,  jusqu'à  présent ,  n'a  été  trouvé  dans  la  Nouvelle-Hol- 
lande. Cette  distribution  très-inégale  des  saules  dans  les  dif- 
férentes parties  du  monde  doit  paroitre  étonnante,  et  je  ne 
doute  pas  que,  par  la  suite  des  temps,  lorsque  les  botanistes 
auront  porté  plus  d'attention  sur  les  espèces  de  ce  genre  qui 
peuvent  exister  en  Asie  ,  en  Afrique  et  en  Amérique ,  il  se 
trouvera,  dansées  différentes  parties  du  monde,  un  bien  plus 
grand  nombre  de  saules  ,  tandis  qu'au  contraire  leur  nom- 
bre réel  diminuera  peut-être  en  Europe,  parce  qu'on  re- 
connoitra  que  certaines  espèces  des  contrées  du  Nord  sont 
les  mêmes  que  celles  de  la  France,  de  l'Allemagne,  etc., 
seulement  modifiées  par  le  changement  de  climat. 

Les  difficultés  que  l'on  rencontre  dans  l'étude  des  saules, 
viennent,  premièrement,  de  ce  que,  dans  ce  genre,  les  es- 
pèces sont  presque  toutes  dioiques,  et  qu'on  ne  rencontre 
pas  toujours  facilement  les  fleurs  mâles  d'une  espèce,  après 
en  avoir  trouvé  les  femelles,  ou  celles-ci,  lorsque  l'on  a  déjà 
les  premières.  Secondement ,  les  fleurs  naissent  souvent  avant 
les  feuilles,  et  c'est  un  autre  embarras  pour  se  procurer  les 


42S  S  AU 

dernières.  Troisièmement  ,  on  ne  sait  point  encore  jusqu'à 
quel  point  les  espèces  voisines  les  unes  des  autres  sont  suscep- 
tibles ou  non  d'être  fécondées  par  d'autres  que  par  leur  propre 
mâle  ;  et ,  si  cette  fécondation  a  lieu  ,  ne  peut-elle  pas  donner 
naissance  à  des  hybrides  ou  à  des  espèces  intermédiaires  , 
qui ,  en  rendant  moins  saillans  les  passages  entre  les  véritables 
espèces,  font,  par  cela  même,  que  leur  étude  devient  beau- 
coup plus  difficile  ?  Quatrièmement,  les  différens  auteurs  qui 
ont  parlé  des  saules,  ont  souvent  décrit  les  mêmes  espèces  sous 
des  noms  différens,  ou  donné  le  même  nom  à  des  plantes  es- 
sentiellement dissemblables;  ce  qui  fait  qu'on  rencontre  à 
chaque  pas  des  difficultés  presque  insurmontables  pour  établir 
une  concordance  exacte  entre  les  divers  auteurs.  Quelques 
botanistes  collecteui\s  se  sont  appliqués  à  faire  des  collections 
de  saules,  qu'ils  ont  répandues:  ce  travail  eût  pu  devenir  très- 
utile  ,  s'il  eût  été  bien  fait;  mais  ces  collecteurs  n'ont  souvent 
cherché  qu'à  multiplier  les  espèces  pour  avoir  plus  d'échan- 
tillons ;  et  l'un  d'eux  a  fabriqué  plus  de  cinquante  espèces 
avec  une  seule,  en  prenant  pour  caractère  les  moindres  mo- 
difications qu'il  a  pu  observer  ,  soit  dans  le  port ,  soit  dans 
les  feuilles,  soit  dans  les  chatons,  etc.  Cinquièmement,  enfin, 
les  saules  varient  tellement,  d'après  la  nature  du  sol  et  de 
l'exposition  ,  que  souvent  la  même  espèce  devient  mécon- 
noissable,  quand  elle  est  prise  dans  deux  cantons  qui  diffè- 
rent entre  eux  par  la  nature  du  sol  et  du  climat. 

Quoique  la  culture  puisse  et  doive  modifier  plusieurs  es- 
pèces ,  je  crois  cependant  que  ce  seroit  le  seul  moyen  de 
pouvoir  porter  quelque  clarté  dans  un  genre  qui  offre  tant 
de  difficultés  dans  le  diagnostic  des  espèces.  Mais  aucun  genre 
peut-être  n'est,  en  général,  aussi  négligé  dans  les  jardins  de 
botanique  et  dans  les  établissemens  publics,  quoique  sa  culture 
ne  présente,  d'ailleurs  ,  aucune  difficulté;  ainsi  jusqu'à  pré- 
sent le  Jardin  du  Roi  à  Paris  n'a  jamais  offert  qu'un  assez 
petit  nombre  de  saules,  et  ce  n'est  que  depuis  que  M.  Bosc 
y  a  été  nommé  professeur  d'agriculture,  qu'il  a  cherché  à 
réunir  dans  cet  établissement  un  plus  grand  nombre  d'espèces 
que  celles  qu'on  y  voyoit  autrefois.  Mais  cette  collection  de 
saules  est  encore  trop  nouvelle  ,  et  n"est  d'ailleurs  point  en- 
core rangée  méthodiquement,  de  sorte  que  ce  n'est  que  dans 


s  AU  4^9 

quelques  années  qu'elle  pourra  servir  à  l'étude.  Ayant  déjà 
senti  toutes  les  difficultés  qu'il  y  avoit  à  bien  caractériser  les 
espèces  de  ce  genre,  lorsque  je  fis  mon  Flora  gallica ,  je 
ne  tardai  pas  à  recueillir,  pour  en  faire  la  plantation, 
tous  les  saules  que  je  pus  me  procurer  vivans,  et,  dès  l'an- 
née 1811,  je  commençai  cette  collection;  mais  malheureu- 
sement, ne  pouvant  la  faire  cultiver  sous  mes  yeux  ,  et  étant 
obligé  de  la  faire  planter  à  vingt  lieues  de  Paris,  après 
avoir  reçu,  de  différentes  parties  de  la  France,  du  Piémont, 
des  Alpes  de  la  Suisse,  de  l'Allemagne,  de  la  Belgique, 
etc.,  cinq  à  six  cents  pieds  de  saules  différens,  je  suis  à 
peine  plus  avancé  aujourd'hui  qu'il  y  a  seize  ans,  lorsque  j'ai 
commencé  ma  collection ,  parce  que  le  défaut  d'intelligence 
de  la  part  des  gens  de  la  campagne ,  auxquels  j'avois  été 
forcé  de  confier  mes  plantes,  m'a  bientôt  fait  perdre  les  es- 
pèces les  plus  rares  et  les  plus  précieuses.  Je  me  vois  donc 
encore  obligé  de  remettre  à  une  autre  époque  un  travail  com- 
plet sur  ce  genre,  et  je  me  bornerai  maintenant  à  établir 
d'une  manière  plus  positive  le  diagnostic  des  espèces  que  je 
mentionnerai  ici,  et  à  les  classer  d'après  Tordre  qui  m'a 
semblé  le  plus  naturel,  c'est-à-dire  d'après  les  rapports  de 
ressemblance  que  ces  espèces  m'ont  paru  avoir  entre  elles. 

^  Ovaires  glabres  ;  ai^hres  ou  arbrisseaux  lai  peu 
élevés. 

Saule  blanc;  Salix  alba ,  Linn.,  Sp. ,  1449.  Sa  tige  s'élève 
à  trente  ou  quarante  pieds,  et  son  tronc,  revêtu  d'une  écorce 
grisâtre,  crevassée,  peut  acquérir  six  à  huit  pieds  de  cir- 
conférence. Ses  jeunes  rameaux  sont  rougeàtres  ou  d'un  vert 
brunâtre,  droits,  garnis  de  feuilles  lancéolées,  brièvement 
pétiolées ,  soyeuses  et  blanchâtres  des  deux  côtés  ,  surfout  dans 
leur  jeunesse.  Les  fleurs  naissent  en  même  temps  que  les 
feuilles,  et  viennent  le  long  des  rameaux  de  l'année  précé- 
dente sur  des  pédoncules  feuilles  à  leur  base.  Les  écailles  des 
mâles  sont  oblongues,  en  grande  partie  pubescentcs  ;  celles 
des  femelles  sont  oblongues-lancéolées,  obtuses  ou  à  peine 
aiguës,  pubescentes  dans  leur  moitié  inférieure,  portées  sur 
un  axe  velu.  Les  ovaires  sont  pédicellés ,  surmontés  d'un  style 


43o  S  AU 

très-court.  Cet  arbre  est  commun  en  France  et  dans  une  partie 
de  l'Europe,  dans  les  prairies  un  peu  humides  et  sur  le  bord 
des  eaux. 

Saule  osier  ,  vulgairement  Osier  jaune  ;  Salix  vitellina  , 
Linn.,  Sp.,  1442.  Cette  espèce  a  le  port  de  la  précédente , 
mais  elle  en  diffère  par  plusieurs  caractères.  Ses  rameaux 
sont  toujours  d'un  jaune  plus  ou  moins  foncé;  ses  feuilles  sont 
étroites-lancéolées,  glabres;  les  fleurs  viennent  en  même 
temps  que  les  feuilles;  mais  le  pédoncule  commun  qui  porte 
les  fleurs  femelles,  est  glabre.  Cet  arbre  croît  dans  les  mêmes 
lieux  que  le  saule  blanc. 

Saule  fragile;  Salix  fragilis  ,  Linn.,  Sp..  i443.  Pour  le  port 
et  la  hauteur,  ce  saule  ne  diffère  pas  des  deux  précédens.  Ses 
rameaux  sont  brunâtres  ou  un  peu  rougeàtres,  et  ils  cassent 
avec  la  plus  grande  facilité  près  de  leur  insertion  sur  les 
branches.  Les  feuilles  sont  lancéolées,  dentées,  glabres ,  pé- 
tiolées  ,  et  elles  se  développent  en  même  temps  que  les  fleurs. 
Les  écailles  des  mâles  sont  ovales  ,  ciliées,  portées  sur  un  axe 
très-pubescent.  Le  pédoncule  commun  qui  porte  les  fleurs 
femelles,  n'est  que  légèrement  pubescent ,  chargé  d'écaillés 
oblongues,  ciliées,  tronquées  ou  échancrées.  Cette  espèce  se 
trouve  dans  les  mêmes  localités  que  les  deux  précédentes. 

Saule  a  feuilles  aiguës  ;  Salix  acutifolia,  "WiUd. ,  Spec,  4, 
pag.  699.  Cette  espèce  est  un  arbre  de  vingt  à  vingt- cinq 
pieds  de  hauteur,  dont  les  rameaux  sont  recouverts  d'une 
écorce  d'un  violet  noirâtre,  et  à  la  surface  de  laquelle  se 
trouve  une  poussière  glauque,  très-menue.  Ses  feuilles  sont 
lancéolées  ,  étroites,  aiguës,  dentées  et  glanduleuses  en  leurs 
bords,  glabres  dans  mes  échantillons,  tandis  que,  selon  "Will- 
denow,  elles  sont  recouvertes  de  poils  couchés  et  blanchâtres. 
Ses  fleurs  naissent  avant  les  feuilles;  les  mâles,  les  seules  que 
je  connoisse,  forment  des  chatons  compactes,  cylindriques, 
longs  de  quinze  à  dix-huit  lignes,  et  leurs  écailles  sont  ovales- 
lancéolées  ,  chargées  de  longs  poils  soyeux.  Cet  arbre  est  ori- 
ginaire des  contrées  voisines  de  la  mer  Caspienne. 

Saule  a  feuilles  d'amandier;  Salix  amygdalina  ^  Linn.,  Sp., 
443.  C'est  un  arbre  de  vingt  à  vingt-cinq  pieds  de  hauteur, 
lorsqu'on  le  laisse  croître  en  liberté;  ses  rameaux,  rougeàtres 
ou  jaunâtres,  sont  garnis  de  feuilles  oblongues-lancéolées,  gla- 


SAIT  43ï 

bres,  et  d'un  beau  vert  en  dessus,  glauques  en  dessous,  bor- 
dées de  nombreuses  dents  aiguë..  Ses  fleurs  naissent  en  même 
temps  que  les  feuilles;  les  niàles  i'orment  des  chatons  cylin- 
driques, longs  de  deux  pouces,  dont  les  écailles  sont  ovales- 
cunéiformes,  velues,  surtout  en  leur  partie  inférieure,  et 
portent  trois  étamines.  Cette  espèce  croît  en  France,  en  An- 
gleterre et  dans  plusieurs  parties  de  l'Europe,  dans  les  lieux 
humides  et  sur  les  bords  des  eaux. 

Sadle  de  Babylone  ,  vulgairement  Saule  pleureur,  Salix 
lalylonica,  I>inn.,  Sp.,  i4Zi3'  Sa  tige  s'élève  à  la  hauteur  de 
vingt  à  vingt-cinq  pieds,  en  se  divisant  en  branches  étalées, 
presque  horizontales,  divisées  en  longs  rameaux  grêles  ,  pen- 
dans,  très-glabres,  verdâtres,  garnis  de  feuilles  étroites-lan- 
céolées, d'un  vert  tendre  en  dessus,  presque  glauques  en 
dessous,  finement  dentées  en  leurs  bords  et  glabres  sur  leurs 
deux  faces.  Ses  fleurs  sont  disposées  en  chatons  grêles,  lâches, 
pubescens,  jaunâtres;  leurs  écailles  sont  lancéolées  et  glahres. 
Cette  espèce  est  originaire  du  Levant ,  et  on  la  cultive  au- 
jourd'hui dans  presque  tous  les  jardins  paysagers. 

Saule  a  cinq  étamines  ;  Salix  peiitandia  ,  Linn. ,  Sp. ,  1442* 
Cette  espèce  forme  un  arbrisseau  de  six  à  dix  pieds  de  hau- 
teur, dont  les  rameaux  sont  lisses,  jaunâtres,  garnis  de  feuilles 
ovales-lancéolées,  dentées,  glanduleuses,  qui  se  développent 
en  même  temps  que  les  fleurs.  Les  chatons  mâles  sont  cylin- 
driques ,  un  peu  épais ,  odorans;  leur  axe  est  velu ,  et  chaque 
fleur  a  ordinairement  cinq  à  six  étamines,  ou  sept  au  plus, 
et  quelquefois  quaire  seulement.  Ce  saule  croit  sur  les  bords 
des  eaux,  en  France  ,  en  Angleterre,  en  Allemagne  et  dans, 
plusieurs  autres  parties  de  l'Europe. 

Saule  précoce:  Salix  prœcox ,  Willd.,  Sp.,  4  ,  pag.  670  ; 
Salix  daphnoides ,  Vill. ,  Dauph. ,  3,  p.  jGS.  Sa  tige  s'élève  à 
trente  ou  quarante  pieds  et  forme  un  bel  arbre.  Ses  jeunes 
rameaux  sont  ordinairement  d'un  rouge  foncé;  mais  ils  pa- 
roissent  d'un  blanc  bleuâtre  ou  cendré,  parce  qu'ils  sont  le 
plus  souvent  recouverts  d'une  poussière  très-fine  et  qui  res- 
semble, en  quelque  sorte,  à  celle  qui  recouvre  certains  fruits, 
comme  les  raisins,  les  prunes,  etc.  Ses  feuilles  sont  ovales- 
lancéolées,  dentées,  chargées  dans  leurmilieu  d'une  nervure 
4rès-prononcée.  Les  fleurs  naissent  avant  les  feuilles;  les  mâles 


432  SAU 

ont  leurs  écailles  ovales,  noirâtres,  très-velues;  celles  des  fe- 
melles sont  de  même  ,  et  les  ovaires  se  terminent  par  des 
styles  très-alongés.  Cette  espèce  croit  sur  les  bords  des  ri- 
vières, en  France,  en  Suisse,  en  Allemagne,  en  Italie,  etc. 

Saule  a  trois  étamines  ;  Sn/j.r  friandra  ,  Linn.,  Sp.,  1442. 
Cette  espèce  ne  m'a  jamais  paru  être  qu'un  arbrisseau  de  huit 
à  dix  pieds  de  hauteur,  quoique  quelques  auteurs  l'indiquent 
comme  un  arbre  susceptible  de  s'élever  à  trente  pieds.  Ses 
rameaux  sont  d'un  jaune  grisâtre ,  très-lisses  ,  et  les  plus 
jeunes  sont  garnis  de  feuilles  lancéolées,  d'un  vert  gai,  très- 
luisantes,  dentées,  acuminées,  pétiolées  ,  munies  à  leur  base 
de  deux  stipules  arrondies.  Ces  feuilles  sont  d'ailleurs  très- 
sujettes  avarier;  car,  sur  certains  individus  ,  on  les  trouve 
ovales-lancéolées,  sur  d'autres,  oblongues  ,  et  sur  d'autres, 
enfin  ,  lancéolées-linéaires.  Les  fleurs  se  développent  en  même 
temps  que  les  feuilles:  les  chatons  mâles  sont  grêles,  à  écailles 
courtes,  ovales  ou  arrondies,  très-velues,  garnies  de  trois  éta- 
mines.  Ce  saule  croît  naturellement  sur  les  bords  des  rivières  , 
en  France,  en  Allemagne  ,  en  Suisse,  etc. 

Saule  des  rivages;  Salix  riparia,  Willd.  ,  Sp.,  4  ,  p.  698. 
Arbrisseau  de  huit  à  dix  pieds  de  hauteur  ,  dont  les  rameaux 
sont  effilés,  garnis  de  feuilles  lancéolées-linéaires,  glabres  en 
dessus,  cotonneuses  et  blanchâtres  en  dessous,  entières  ou  à 
peine  dentées.  Les  fleurs,  qui  naissent  avant  les  feuilles ,  ont 
les  écailles  des  chatons  mâles  ovales  ,  glabres,  ciliées,  et  celles 
des  chatons  femelles  ovales-oblongues  ,  obtuses  ou  un  peu 
tronquées,  presque  glabres.  Ce  saule  croit  sur  les  bords  des 
rivières  et  des  ruisseaux  ,  dans  les  lieux  montagneux  en 
France,  en  Autriche,  en  Hongrie,  etc. 

Saule  amaniana  ;  Salix  awaniana,  Willd.,  5p.,  4,  ?•  663. 
Arbrisseau  de  douze  à  quinze  pieds  de  hauteur,  dont  les  ra- 
meaux sont  d'un  rouge  noirâtre  dans  l'âge  adulte,  pubescens 
dans  leur  jeunesse,  garnis  de  feuilles  ovales,  aiguës,  dentées, 
glabres  en  dessus,  glauques  en  dessous  ,  portées  sur  des  pé- 
tioles pubescens.  Les  fleurs  ,  qui  naissent  avant  le  dévelop- 
pement des  feuilles,  ont  leurs  chatons  mâles  ovales-oblongs , 
presque  sessiles  ,  à  écailles  ovales,  brunâtres,  velues  ;  les  cha- 
tons femelles  ont  leurs  écailles  de  la  même  forme  que  dans 
les  mâles,  et  le  style  est  bifide,  ainsi  que  les  stigmates. 


s  AU  433 

*"*^   Ovaires  glabres  ;  arbustes  de  quelques  pouces  de 
hauteur  ou  n  ayant  jamais  plusieurs  pieds. 

Saule  herbacé:  Salix  herbacea,  Linn. ,  Sp.,  1445  ■  FL.  Dan. 
tab.  117.  Cette  espèce  est  la  plus  petite  du  genre;  sa  tige  est 
rampante,  à  peine  ligneuse,  longue  de  deux  à  quatre  pou- 
ces, divisée  en  quelques  rameaux  garnis  d'un  petit  nombre 
de  feuilles  ovales-arrondies  ,  glabres,  dentées.  Ses  fleurs  ne  se 
développent  qu'après  les  feuilles;  les  chatons  femelles  n'étant 
composés  que  de  cinq  à  six  fleurs  à  écailles  ovales,  glabres,- 
et  les  chatons  mâles  étant  très- courts,  à  écailles  ovales-arron- 
dies, presque  gLbres  ou  légèrement  ciliées  en  leurs  bords. 
Cet  arbuste  croit  sur  les  sommets  des  Alpes  en  France  et  sur 
Jes  autres  montagnes  alpines  de  l'Europe. 

Saule  a  feuilles  de  serpolet  ;  Salix  serpillifolia ,  "VViild.  ,  5p., 
4,  p.  60.  Ses  tiges  sont  couchées,  rampantes,  ligneuses,  lon- 
gues de  deux  à  quatre  pouces,  divisées  en  rameaux  garnis 
de  feuilles  ovales  ou  ovales-lancéolées,  glabres,  très-entières. 
Ses  fleurs  se  développent  en  même  temps  que  les  feuilles ,  ou 
peu  après.  Les  chatons  mâles  sont  pauciflorcs ,  à  écailles  gla- 
bres ;  les  chatons  femelles  ne  sont  composés  que  de  quatre  à 
cinq  fleurs  à  écailles  ovales  ,  très-  glabres,  et  les  ovaires  por- 
tent des  stigmates  sessiles.  Cet  arbuste  croît  sur  les  sommets 
des  Alpes,  en  France,  en  Suisse,  en  Italie,  en  Autriche,  etc. 

Saule  émoussé;  Salix  retusa,  Linn.,  Sp.,  1446.  Sa  tige  est 
divisée,  presque  dès  sa  base  ,  en  rameaux  couchés,  rampans, 
longs  de  quatre  à  dix  pouces,  garnis  de  feuilles  ovales,  très- 
entières,  obtuses  ou  souvent  échancrées,  parfaitement  glabres. 
Les  chatons  mâles,  qui  ne  viennent  qu'après  que  les  feuilles 
ont  commencé  à  se  développer,  sont  oblongs,  à  écailles  ovales, 
glabres  ou  légèrement  ciliées,  obtuses  ou  échancrées.  Les 
ovaires  des  chatons  femelles  sont  surmontés  d'un  style  court, 
mais  distinct  et  bifide.  Cette  espèce  croît  dans  les  mêmes  lieux 
que  la  précédente. 

'^'^*  Ovaires  velus;  arbustes  ou  arbrisseaux  ayant  depuis 
quelques  pouces  jusqu'à  trois  pieds  de  hauteur. 

Saule  a  feuilles  de  myrte  ;  Salix  mjrsiniles  ,  Linn. ,  Sp.,  1445. 
Sa  tige  est  droite,  haute  d'un  ou  deux  pieds,  divisée  en  ra- 

47.  i8 


iM  S  AU 

nieaux  rlivariqués,  d'rin  rouge  brunâtre,  glabres  dans  l'âge 
adulte ,  plus  ou  moins  velus  dans  leur  j  eunesse ,  garnis  de  feuilles 
ovales-oblongues  ,  brièveaient  péliolées,  longues  d'un  pouce 
ou  à  peu  près,  dentées  en  scie,  d'un  vert  gai  des  deux  côtés, 
quelquefois  un  peu  glauques  en  dessous  ,  parfaitement  gla- 
bres dans  l'âge  adulte,  plus  ou  moins  couvertes  de  poils  dans 
leur  jeunesse.  Ses  fleurs,  qui  se  développent  en  même  temps 
que  les  feuilles,  ont  leurs  chatons  mâles  cylindriques,  longs 
d'un  pouce,  avec  des  écailles  ovales,  obtuses,  noirâtres  et 
velues.  Les  ovaires  sont  très-velus  ,  surmontés  d'un  style  divisé 
en  deux  stigmates  alongés ,  à  peine  bifides.  Ce  saule  croît 
dans  les  Alpes  de  la  France,  de  la  Suisse,  de  l'Italie  ,  de 
l'Ecosse,  de  la  Laponie,  etc. 

Saule  myrtille;  Salix  mj/rtilloides ,  Linn. ,  5p.  ,  1446.  Sa 
tige  s'élève  à  deux  ou  trois  pieds  de  haut,  en  se  divisant  en 
rameaux  brunâtres,  glabres,  étalés  ou  redressés,  garnis  de 
feuilles  ovales- oblongues ,  très-entières,  aiguës,  glauques  eu 
dessous.  Ses  fleurs  viennent  en  même  temps  que  les  feuilles, 
et  les  femelles  sont  réunies  en  petits  chatons  ovoïdes  ,  longs 
de  quatre  à  six  lignes,  à  écailles  très-courtes,  ovales-arron- 
dies,  roussàtres,  presque  glabres,  et  à  ovaires  coniques,  très- 
soyeux,  surmontés  d'un  style  terminé  par  deux  stigmates  assez 
longs  etsensiblement  bifides.  Cet  arbrisseau  croît  sur  les  Alpes 
du  Dauphiné,  de  la  Suisse,  etc. 

Saule  soyeux;  Salix  sericea,  Vill.,  Dauph.,  5,  pag.  782, 
t.  5i  ,fig.  27.  Sa  tige  est  haute  d'un  à  deux  pieds,  divisée  en 
rameaux  pubescens  dans  leur  jeunesse,  glabres  et  brunâtres 
dans  l'âge  adulte,  garnis  de  feuilles  oblongues-lancéolées,  très- 
entières,  couvertes  des  deux  côtés  de  poils  longs  et  soyeux 
qui  les  rendent  blanchâtres.  Les  fleurs  viennent  avec  les 
feuilles.  Les  chatons  femelles  sont  cylindriques ,  longs  d'un 
pouce  ou  un  peu  plus,  à  écailles  lancéolées,  obtuses,  velues, 
et  à  ovaires  ovalcs-oblongs,  très-velus,  chargés  d'un  style  à  deux 
stigmates  médiocrement  alongés,  à  peine  bifides.  Ce  saule 
croît  dans  les  Alpes ,   en  France  et  en  Suisse. 

Saule  des  sables:  Salix  arenaria ,  Linn.  ,Sp. ,  i447;  FI.  Dan., 
t.  197.  Sa  tige  est  haute  de  deux  pieds  ou  environ,  divisée 
en  rameaux  d'un  rouge  brun  ,  glabres  dans  l'âge  un  peu 
avancé,  couverts,  dans  leur  jeunesse,   de  poils  soyeux,  et" 


s  AU  435 

garnis  de  feuilles  ovales- oblongues,  ordinairement  très- en- 
tières ,  d'abord  blanchâtres  dans  le  commencement  de  leur 
développement,  enfin  vertes  et  glabres,  toujours  couvertes 
en  dessous  de  poils  soyeux,  couchés,  qui  rendent  leur  face 
inférieure  toute  blanche.  Les  fleurs  viennent  en  même  temps 
que  les  feuilles;  leurs  chatons  sont  cylindriques,  oblongs  :  les 
femelles  ayant  leurs  écailles  noirâtres  ,  velues,  ovales,  rélré- 
cies  en  coin  à  leur  base,  et  les  ovaires  étant  très  velus,  sur- 
montés d'un  style  divisé  en  deux  stigmates  alongés ,  bifides. 
Cette  espèce  croit  dans  les  Alpes  de  la  France ,  de  la  Suisse, 
de  l'Autriche,  de  l'Ecosse  ,  etc. 

Saule  des  Pyrénées:  Salix  pjrenaica  ,  Gouan  ,  Illust. ,  77; 
Willd.,  Sp.,  4,  pag.  696.  Sa  tige  est  haute  d'un  pied  ou  un 
peu  plus,  divisée,  presque  dès  sa  base,  en  rameaux  étalés  ou 
presque  couchés,  jaunâtres,  garnis  de  feuilles  ovales ,  aiguës, 
très-entières,  brièvement  pétiolées,  chargées  de  poils  des  deux 
côtés  et  surtout  en  dessous.  Les  chatons  ,  qui  ne  naissent 
qu'après  le  développement  des  feuilles  ,  sont  longs  d'un  pouce , 
et  ils  ont  leurs  écailles  ovales,  velues.  Les  ovaires  sont  ovales- 
coniques,  très-velus,  surmontés  d'un  style  divisé  profondé- 
ment et  dont  chaque  division  se  termine  par  un  stigmate 
bifide.  Cet  arbuste  croît  naturellement  dans  les  Pyrénées; 
j'en  ai  aussi  un  échantillon  des  Alpes  de  la  Suisse  ,  qui  ne  me 
paroît  pas  en  différer. 

Saule  réticulé:  Salix  reticulata ,  Linn.,  Sp.,  144^;  FI.  Dan., 
t.  212.  Sa  souche  est  ligneuse,  divisée,  dès  sa  base,  en  ra- 
meaux étalés  ou  même  couchés,  longs  de  quatre  à  huit  pouces, 
rarement  davantage,  garnis,  dans  leur  partie  supérieure,  de 
feuilles  ovales  ou  presque  arrondies ,  très-entières  ,  glabres 
des  deux  côtés  ,  vertes  en  dessus,  glauques  en  dessous  ,  et 
chargées  de  veines  nombreuses,  disposées  en  réseau.  Ses  fleurs 
naissent  après  les  feuilles,  et  leurs  chatons,  portés  sur  de 
longs  pédoncules  nus,  ont  leurs  écailles  ovales,  en  partie 
glabres.  Ce  saule  croit  dans  les  Alpes,  les  Pyrénées  et  les 
autres  montagnes  alpines  de  l'Europe. 

Saule  rampant;  Salix  repens ,  Linn.,  Sp.,  1447.  Sa  tige  est 
divisée  en  rameaux  nombreux,  effilés,  en  partie  couchés  , 
longs  de  deux  à  trois  pieds ,  pubescens,  surtout  dans  leur  jeu- 
nesse ,  garnis  de  feuilles  ovales  ou  ovales-oblongues ,  aiguës, 


436  S  AU 

très-entières  ,  glabres  en  dessus  ,  un  peu  soyeuses  et  blaa- 
châtres  en  dessons.  Ses  fleurs,  qui  naissent  avant  le  dévelop- 
pement des  feuilles,  ont  leurs  chatons  màlcs  longs  de  six  à  huit 
lignes,  et  munis  d'écaillés  ovales,  très-velues.  Dans  les  cha- 
tons femelles  les  capsules  sont  alongées,  portées  sur  des  pé- 
dicelles  plus  longs  que  les  écailles.  Cet  arbrisseau  croit  dans 
les  lieux  sablonneux,  en  France,  en  Angleterre,  en  Alle- 
magne, en  Suède,  etc.  Je  regarde  comme  extrêmement  dou- 
teux que  le  salix  fusca  et  même  les  salix  argentea  et  prostrala 
soient  réellement  des  espèces  distinctes  de  celles-ci. 

»ff-*f  Ovaires  velus;  ai^bres  ou  arbrisseaux  ayant  plus 
de  trois  à  quatre  pieds  d'élévation. 

Saule  A  feuilles  de  laurier:  Salix  laurina ,  Willd.,  Sp,,  4, 
pag.  662  ;  Smith  ,  FI.  Brit. ,  3  .  pag.  1048.  Arbrisseau  de  dix  à 
douze  pieds  de  hauteur,  dont  les  rameaux  sont  brunâtres, 
glabres,  légèrement  pubescens  seulement  dans  leur  jeunesse, 
et  garnis  de  feuilles  ovales-oblongues,  un  peu  aiguës,  foible- 
ment  denticulées  en  leurs  bords ,  glabres  ,  luisantes  et  d'un 
beau  vert  en  dessus,  glauques  en  dessous  et  chargées  de  quel- 
ques poils  courts,  surtout  dans  leur  jeunesse.  Ses  fleurs  nais- 
sent avant  les  feuilles;  les  femelles  ont  ks  écailles  de  leurs 
chatons  ovales-obfuses ,  brunâtres,  très-velues,  plus  courtes 
ou  h  peine  aussi  longues  que  les  pédicelles  des  capsules  ;  cel- 
les-ci sont  oblongucs-lancéolées.  Les  stigmates  sont  entiers , 
plus  rarement  bilides.  Ce  saule  croit  en  France,  en  Angle- 
terre et  en  Allemagne. 

Saule  marceau  ,  vulgairement  Marceau,  Marsault  ou  Mal- 
SAULT  :  Salix  caprœa,  Linn. ,  Spec. ,  1448;  FL  Dan.,  tab.  245. 
Arbre  de  vingt  à  vingt-cinq  pieds,  dont  les  branches  sont 
grisâtres  dans  l'âge  avancé  ,  et  les  jeunes  rameaux  brunâtres, 
pubescens,  garnis  de  feuilles  assez  grandes,  ovales  ou  arron- 
dies, quelqueftiis  ovales-oblongues,  glabres  en  dessus,  blan- 
châtres et  cotonneuses  en  dessous,  dentées  et  plus  ou  moins 
ondulées  en  leurs  bords,  aiguës  à  leur  sommet,  souvent  mu- 
nies, à  leur  base,  surtout  sur  les  rameaux  vigoureux,  de 
stipules  arrondies.  Ses  fleurs  se  développent  avant  les  feuilles; 
les  écailles  de  leurs  chatons  sont  ovales,  très-velues,  de  la 
longueur  des  pédicelles  des  capsules:  ces  dernières  sont  alon- 


SAU  437 

gëes,  ventrues  inférieurement,  surmontées  d'un  style  court, 
à  sti<»mates  le  plus  souvent  entiers.  Cet  arbre  est  commun 
dans  les  bois,  en  France,  et  dans  la  plus  grande  partie  de 
l'Europe. 

Saule  A  oreillettes;  Salix  aurita  ,  Linn.,5p. ,  1446.  Cette 
espèce  est  un  arbrisseau  très-rameux  ,  un  peu  moins  élevé 
quele  précédent ,  divisé  en  rameaux  étalés,  d'un  brun  cendré, 
velus  dans  leur  jeunesse.  Ses  feuilles  sont  ovales,  obtuses, 
avec  une  pointe  particulière,  inégalement  dentelées  en  leurs 
bords,  presque  glabres  en  dessus,  velues  en  dessous  et  char- 
gées de  veines  nombreuses  réticulées.  Ses  fleurs,  soit  mâles, 
soit  femelles,  naissent  quelque  temps  avant  les  feuilles,  et 
elles  sont  disposées  en  chatons  courts  ,  sessiles  ,  ovales  ou  ova- 
les-oblongs.  Les  écailles  des  femelles  sont  roussàtres,  plus  ou 
moins  velues  ,  souvent  obtuses  ,  et  les  stigmates  sont  presque 
sessiles,  le  plus  souvent  non  divisés.  Cet  arbrisseau  croît  dans 
Jes  bois  humides,  en  France  et  en  Europe. 

Saule  acuminé;  Salix  acuminata  ,  Smith  ,  FI.  Brit.,  n.°  1068. 
Arbre  de  vingt  pieds  de  hauteur  ou  environ,  dont  les  jeunes 
rameaux  sont  effilés,  pubescens,  garnis  de  feuilles  lancéolées 
ou  ovales -oblongues  ,  acuuiinées,  plus  ou  moins  ondulées, 
dentées,  principalement  dans  leur  partie  supérieure,  lisses  et 
d'un  vert  gai  en  dessus,  cotonneuses  et  chargées  en  dessous 
de  nombreuses  nervures.  Ses  fleurs  naissent  avant  les  feuilles; 
elles  forment,  dans  les  individus  femelles,  des  chatons  oblongs, 
cylindriques,  dont  les  écailles  sont  ovales  ,  noirâtres  ,  velues  ; 
les  ovaires  sont  surmontés  d'un  style  très-court,  terminé  par 
deux  stigmates  ordinairement  entiers.  Ce  saule  croît  dans  les 
lieux  humides,  en  France,  en  Angleterre  et  en  Allemagne. 

Saule  viminal,  vulgairement  Osier  blanc;  Salix  viminalis , 
Linn.,  Sp.  1448.  Arbre  de  quinze  à  vingt  pieds,  dont  les 
jeunes  rameaux  sont  très-droits  ,  très-effilés  ,  revêtus  d'un 
duvet  soyeux  dans  leur  jeunesse,  garnis  de  feuilles  linéaires- 
lancéolées,  acuminées,  très-entières  en  leurs  bords,  mais  lé- 
gèrement ondulées,  vertes  et  glabres  en  dessus,  soyeuses  et 
d'un  blanc  argenté  en  dessous,  avec  une  nervure  très-saillante. 
Ses  fleurs,  qui  se  développent  avant  que  les  feuilles  aient 
commencé  à  paroitre,  sont  disposées  en  chatons  cylindriques, 
dont  les  écailles  sont  arrondies  et  très-velues.  Les  ovaires  sont 


458  '•         S  Ai; 

surmontés  dun  style  alongé,  filiformf  .  à  deux  stigmates  ai- 
gus ,  menus  et  entiers.  Il  leur  succède  des  capsules  ovales- 
oblongues  et  sessiles.  Cette  espèce  se  trouve  communément 
sur  les  bords  des  rivières  en  France  et  dans  la  plus  grande 
partie  de  l'Europe. 

Saule  uéi.ice;  Salix  hélix,  Linn.,  Sp.,  1444.  Arbrisseau  de 
dix  à  douze  pieds  d'élévation ,  dont  les  rameaux  sont  très-ef- 
filés, glabres,  luisans,  d'une  couleur  cendrée  ou  quelquefois 
lin  peu  rougeàtre.  Ses  feuilles  sont  souvent  opposées,  plus  rare- 
ment alternes,  linéaires-lancéolées,  acuminées,  glabres  et  d'un 
vert  gai  en  dessus ,  glauques  en  dessous.  Ses  fleurs  ,  qui  se  déve- 
loppent avant  l'apparition  des  feuilles,  forment  des  chatons 
cylindriques  ,  alongés  et  pédoncules.  Chaque  Heur  mâle  n'a 
qu'une  seule  étamine;  dans  les  femelles  ,  les  écailles  sont  oblon- 
gues,  et  l'ovaire  est  ovoïde,  sessile,  surmonté  d'un  style  fili- 
forme, terminé  par  deux  stigmates  oblongs  ,  échancrés.  Ce 
saule  croît  dans  les  lieux  humides  et  aquatiques,  en  France, 
en  Suisse,  en  Angleterre,  en  Allemagne,  etc. 

Saule  POURPaE  ,  vulgairement  Osier  rouge;  Salix  purpurea  , 
I,inn.,.Sp.,  1444.  Cette  espèce  a  beaucoup  de  rapports  avec 
la  précédente.  Ses  feuilles  sont  opposées  ou  alternes,  oblon- 
gues-lancéolées  ou  lancéolées-linéaires  ,  le  plus  souvent  en- 
tières dans  leur  partie  inférieure ,  légèrement  dentées  dans 
la  supérieure,  glabres,  luisantes  et  d'un  beau  vert  en  dessus, 
plus  ou  moins  glauques  en  dessous.  Ses  fleurs  se  développent 
toujours  avant  qu'aucune  feuille  ait  paru.  Les  mâles  forment 
des  chatons  cylindriques,  sessiles,  à  écailles  ovales,  A'elues, 
accompagnées  d'une  seule  étamine  ,  portant  une  anthère  à 
quatre  lobes.  Dans  les  chatons  femelles  l'ovaire  est  ovoïde- 
oblopg,  surmonté  d'un  style  très-court,  terminé  par  deux  stig- 
mates entiers.  Ce  saule  croit  dans  les  lieux  humides  et  sur 
les  bords  des  eaux,  en  France,  en  Angleterre,  en  Alle- 
magne ,  etc. 

Saule  ondulé;  Salix  undulala  ,  W  il\d. ,  Sp. ,  4,  p.  Gi^.  Sa 
'tige  s'élève  à  douze  ou  quinze  pieds,  en  se  divisant  en  ra- 
meaux ellilés,  pubescrns  dans  leur  jeunesse,  garnis  de  feuiîles 
alternes-lancéolées  ou  linéaires-lancéolées,  glabres  et  d'un 
vert  gai  en  dessus,  dentées  en  scie  et  légèrement  ondulées 
>'n  leurs  bords.    Ses  f'eurs  viennent  en    même  temps  que  les 


s  AU  459 

feuilles,  et  chacune  des  mâles  a  trois  étamïnes;  dans  les  fe- 
melles les  ovaires  sont  oblongs-lancéolés ,  pédicellés  ,  pubes- 
cens  ,  surmontés  d'un  style  terminé  par  deux  stigmates  pro- 
fondément bifides.  Ce  saule  croît  sur  les  bords  de  la  Seine  , 
aux  environs  de  Paris,  et  en  Allemagne. 

Les  saules  n'élèvent  point  majestueusement  leur  cîme  , 
comme  les  pins,  au-dessus  de  tous  les  arbres  des  forêts;  leur 
tronc  n'acquiert  jamais,  comme  celui  du  chêne  et  du  châ- 
taignier, cette  grosseur  prodigieuse  qui  est  la  suite  de  plu- 
sieurs siècles  d'existence.  Dans  les  plus  grands  la  (ige  atteint 
rarement  à  plus  de  quarante  ou  cinquante  pieds  de  hauteur, 
et  le  nombre  des  années  de  sa  durée  n'est  guère  plus  consi- 
dérable :  et,  d'ailleurs,  quelques  espèces  seulement  peuvent 
être  comptées  au  nombre  des  arbres;  la  plus  grande  quantité 
des  autres  ne  forme  que  des  arbrisseaux,  et  quelques-unes, 
enfin,  ne  sont  que  de  foibles  arbustes,  au-dessus  desquels 
dominent  beaucoup  de  simples  plantes  herbacées.  Cependant, 
quoique  les  saules  paroissent,  au  premier  coup  d'œil ,  devoir 
moins  attirer  notre  attention  que  les  grands  arbres,  au-des- 
sous desquels  il  faut  les  placer,  ils  possèdent  néanmoins  en- 
core assez  de  propriétés  recoinm.indables  pour  être  d'une 
utilité  journalière  et  pour  que  plusieurs  de  leurs  espèces  soient 
cultivées  avec  avantage.  C'est ,  de  préférence  ,  dans  les  lieux 
frais  et  sur  les  bords  des  eaux  que  les  saules  croissent  le  plus 
communément;  mais  quelques  espèces  viennent  aussi  dans 
les  terrains  secs. 

Le  saule  blanc  est  une  des  espèces  les  plus  communes  au 
long  des  rivières,  des  fossés  aquatiques  et  sur  les  bords  des 
prairies  humides.  On  ne  se  donne  jamais  la  peine  de  l'élever 
de  graines  ,  parce  que  cela  seroit  beaucoup  plus  long  que 
de  le  planter  de  boutures,  et  que,  de  cette  manière  il  re- 
prend avec  la  plus  grande  facilité.  Ces  boutures  ,  que  l'on 
nomme  plançons,  se  font,  dans  la  place  même  où  l'on  veut 
que  soient  lis  arbres,  avec  des  branches  de  quatre  à  cinq 
ans,  qu'on  réduit  à  huit  ou  dix  pieds  de  hauteur  et  que  l'on 
plante,  après  les  avoir  aiguisées  par  le  gros  bout  en  bec  de 
flûte  ,  et  en  les  enfonçant  tout  simplement  en  terre,  sans  au- 
cune préparation  du  terrain  ,  lorsque  celui-ci  n'a  que  peu  ou 
point  de  pierres,  qu'il  n'est  pas  trop  ferme,  et  qu'il  est  assez 


440  S  AU 

facile  à  pénétrer,  pour  que  le  gros  bout  du  plançon  puisse  y 
entrer  sans  difficulté  à  quinze  ou  seize  pouces  de  profondeur. 
Lorsque  le  sol  est  trop  dur  pour  que  les  boutures  puissent 
être  faites  avec  autant  de  facilité,  on  prépare,  à  l'avance, 
pour  chacune  d'elles ,  un  trou  ,  avec  un  pieu  de  fer,  comme  on 
pourroit  le  faire  avec  un  plantoir,  et  on  y  fiche  ensuite  le 
plançon,  en  ayant  soin  de  le  bien  assujettir  en  refoulant, 
avec  le  pied  ou  avec  le  manche  du  pieu  de  fer,  la  terre  des 
bords  du  trou  qui  seroit  trop  écartée  ,  ce  qui  contribue  à 
maintenir  le  plançon  solidement  planté.  Mais  ce  qui  l'assure 
encore  plus  contre  les  ébranlemens  que  les  vents  ou  les  bes- 
tiaux peuvent  lui  faire  éprouver  ,  et  ce  qui  contribue  par 
conséquent  beaucoup  à  en  faciliter  la  reprise ,  c'est  de  faire 
relever  autour  de  sa  base  une  certaine  quantité  de  terre  : 
c'est  ce  qu'on  appelle  communément  butter.  I,e  moment  le 
plus  favorable  pour  mettre  en  place  les  plançons  est  la  fin 
de  l'hiver  ;  cependant  on  peut  aussi  faire  ces  boutures  plus 
tôt,  et  même  dès  le  commencement  de  Novembre.  Le  saule 
blanc  ,  planté  de  cette  manière  ,  reprend  avec  tant  de  facilité, 
que  sur  cent  plançons,  placés  ainsi  le  long  d'une  rivière  ou 
d'un  fossé  rempli  d'eau  ,  il  n'en  manque  souvent  pas  un  seul; 
et,  le  plus  ordinairement,  lorsqu'il  arrive  à  quelques-uns  de 
ne  pas  pousser,  c'est  qu'ils  ont  éprouvé  quelque  accident, 
comme  d'avoir  été  trop  souvent  ébranlés  par  des  bestiaux  ou 
autrement.  Lorsque  les  plançons  ont  repris,  le  seul  soin 
qu'ils  demandent,  c'est  d'être  débarrassés  de  tous  les  bour- 
geons qui  auront  poussé  dans  la  longueur  de  leur  tige  ,  en 
n'en  laissant  que  quatre  à  cinq  à  l'extrémité  supérieure,  des- 
tinés à  former  la  tête  des  arbres,  si  l'on  veut  en  faire  des  tê- 
tards ,  ou  à  prolonger  leur  tige  ,  lorsqu'on  veut,  au  contraire, 
les  faire  croître  seulement  en  hauteur. 

Les  saules  à  tête,  ou  les  têtards,  sont  ceux  dont  on  taille, 
tous  les  trois  ou  quatre  ans,  toutes  les  branches,  en  les  re- 
tranchant à  la  hauteur   que  le  plançon  avoit  primitivement. 

La  méthode  de  tondre  ainsi  le  saule  blanc  est  la  plus  gé- 
néralement répandue,  parce  que  cet  arbre  fournit,  de  cette 
manière  ,  une  grande  abondance  de  menu  bois  ,  qui  est  d'une 
utilité  journalière  dans  les  campagnes,  soit  comme  bois  de 
rhauffage,  soit  pour  les  gaules  quon  en  retire,  et  qu'on  peut 


SAU  441 

employer  pour  échalas  à  soutenir  les  vignes,  ou  à  faire  des 
palissades  ,  etc.  Ces  saules  cultivés  en  têtards  se  pourrissent  de 
bonne  heure  par  le  cœur ,  et  ils  ne  tardent  pas  à  devenir  en- 
tièrement creux;  mais  cela  ne  les  empêche  pas  de  produire 
encore  une  grande  quantité  de  branches  vigoureuses. 

Pour  élever  le  saule  blanc  sur  une  seule  tige,  on  choisit  , 
lorsqu'on  doit  le  tailler  pour  la  première  fois,  ce  qu'il  est 
bon  ,  dans  tous  les  cas  ,  de  ne  pas  faire  avant  la  cinquième 
ou  sixième  année  ,  afin  que  les  arbres  aient  pris  plus  de  ftirce , 
on  choisit,  dis-je,  la  branche  la  plus  belle  et  la  plus  droite 
parmi  celles  qu'on  lui  a  laissé  pousser,  et  on  supprime  toutes 
les  autres  le  plus  près  possible  du  tronc.  Cette  branche  ré- 
servée prolonge  la  tige  ,  qui  continue  alors  à  s'élever,  en  hau- 
teur et  en  ligne  droite,  jusqu'à  quarante  et  même  cinquante 
pieds,  surtout  si ,  tous  les  quatre  ans,  on  a  le  soin  de  faire 
émonder  toutes  les  branches  qui  poussent  latéralement  le 
long  de  la  tige  ,  en  ne  réservant  à  chaque  taille  que  quelques 
branches  du  sommet. 

La  taille  du  saule  blanc  cultivé  à  haute  tige  ne  fournit 
pas  autant  de  branches  que  celle  de  celui  qui  est  en  têtard  ; 
mais  aussi ,  lorsqu'on  abat  l'arbre  à  l'âge  de  trente  à  trente-six 
ans,  il  fournit  un  bois  propre  à  divers  usages,  tandis  que 
celui  du  têtard  ,  toujours  plus  ou  moins  pourri  par  le  cœur, 
n'est  bon  qu'à  brûler. 

Le  bois  du  saule  blanc  est  rougeàtre-pâlc  ou  un  peu  jau- 
nâtre; il  a  le  grain  uni  et  homogène;  il  se  coupe  facilement 
et  se  travaille  bien,  même  au  tour.  Celui  qui  est  sain  peut 
être  employé  à  faire  des  solives  bonnes  pour  les  constructions 
légères,  des  planches  pour  voliches  et  propres  à  des  ouvrages 
de  menuiserie  commune  :  on  en  fait  aussi  des  douves,  des 
sabots,  etc.  Ce  bois  est  très-léger;  il  ne  pèse,  sec,  que  vingt- 
sept  à  vingt-huit  livres  par  pied  cube.  Réduit  en  copeaux 
alongés  et  en  lanières  aussi  minces  que  possible,  il  peut  ser- 
vir à  fabriquer  des  chapeaux  qui  imitent,  en  quelque  sorte, 
ceux  faits  avec  de  la  paille.  Les  menues  branches ,  comme 
il  a  été  dit  plus  haut,  sont  employées,  dans  les  campagnes, 
à  chauffer  les  foyers,  les  fours;  on  peut  aussi  les  faire 
servir  à  cuire  la  chaux,  le  plâtre,  la  poterie,  la  tuile;  les 
branches  assez  grosses  sont  réservées  pour  gaules,  échalas, 


442  SAU 

etc.  Ce  bois  ou  ses  branches  ne  donnent  en  brûlant  qu'une 
chaleur  médiocre,  et  Ja  braise  qui  en  provient  se  couvre 
prompteinent  de  cendres,  qui  lui  font  perdre  aussitôt  sa  vi- 
vacité et  son  ardeur.  Cependant  son  charbon  peut  être  em- 
ployé pour  la  fabrication  de  la  poudre  à  canon ,  et  c'est 
avec  celui  d'une  espèce  de  saule  que  les  Arabes  font  la  leur. 
L'écorce  de  saule  blanc  est  amère ,  astringente  ,  et  elle  a 
quelquefois,  sans  trop  de  désavantage  ,  été  substituée  au  quin- 
quina pour  la  guérison  des  fièvres  intermittentes.  Au  défaut 
de  celle  de  chêne ,  on  peut  faire  servir  cette  écorce  au  tan- 
nage des  cuirs.  En  Russie  on  en  prépare  ainsi  beaucoup  avec 
l'écorce  du  saule  des  sables,  et  on  donne  à  ces  cuirs  l'odeur 
forte  qui  leur  est  particulière  avec  une  huile  de  bouleau,  qui 
sert  en  même  temps  à  leur  confection.  On  peut  encore  retirer 
«ne  teinture  rougeàtre  de  l'écorce  du  saule  blanc.  En  Tar- 
tarie  on  fabrique  des  étoffes  grossières  avec  le  fil  tiré  d'un 
saule  peu  différent  de  cette  espèce ,  si  ce  n'est  pas  exacte- 
ment la  même.  Au  printemps  les  abeilles  trouvent  une  abon- 
dante pâture  sur  les  nombreux  chatons  du  saule  blanc  et  des 
autres  espèces  congénères.  C'est  à  ce  goût  des  abeilles  pour 
les  fleurs  des  saules  que  Virgile  fait  allusion  dans  les  vers 
suivans : 

Hyhlœis   apibus  Jlorem   dejynsln  salicli. 

Ecl.    1  ,  V.  65. 

ptiseuntur  (apcs)   et   arhustn   passitn , 

Et  glaucas  snlices ,  casiamejue  ,  crocuvique  ruhentcm. 
Gcorg.   4  )  '*'•    182. 

Enfin  ,  les  vaches  et  tous  les  bestiaux  aiment  les  feuilles  de 
ce  saule  et  les  mangent  avidement;  c'est  encore  ce  qu'on 
retrouve  dans  le  poète  qui  sut  nous  tracer  de  si  charmans 
tableaux  de  la  nature  champêtre. 

nec ,  me  pascenle  ,  capellœ , 

Florentem    cjiisiim   et  salices   cnrpetis  ornaras. 
Ecl.    I   ,  V.    79. 

Dulce  salis   htimor ,   depulsis    arhulus   Jiœdis  , 

Lunla   salix  fœlo  pecori 

Ecl.  3,  v.   83. 


s  AU  443 

Le  duvet  qui  enveloppe  la  base  des  graines  du  saule  blanc 
peii(,  étant  recueilli,  servir  à  faire  des  coussins;  mais  on  a  es- 
savé  sans  succès  d'en  faire  des  étoffes,  parce  qu'il  est  trop  court. 

Par  la  forme  élégante  et  surtout  par  la  teinte  argentée  de 
son  feuillage,  qui  tranche  agréablement  avec  le  vert  de  la 
plupart  de  nos  arbres,  le  saule  blanc  fait  un  effet  agréable 
dans  les  jardins  paysagers;  il  est  propre  à  ombrager  les  bords 
des  pièces  d'eau;  et  si  on  le  laisse  surtout  croître  en  toute 
liberté,  c'est  alors  qu'il  présente  un  plus  bel  aspect.  Mais, 
en  général  ,  cet  arbre  ne  se  voit  pas  assez  souvent  dans  les 
grands  jardins;  ses  nombreuses  espèces  congénères  en  parois- 
sent  même  presque  entièrement  bannies,  et  cependant  plu- 
sieurs d'entre  elles  ont  un  très-joli  feuillage.  Telles  sont  par- 
ticulièrement le  saule  osier-jaune,  le  saule  précoce  ou  salix 
daphnoides  de  Villars,  le  saule  fragile,  celui  des  rivages, 
ceux  à  trois  et  à  cinq  étamines,  celui  à  feuilles  de  laurier,  le 
niarsault,  le  saule  pliant,  l'hélice,  le  pourpre,  etc. 

Le  saule  fragile  se  plante  autour  des  prairies  et  sur  les  bords 
des  rivières  ou  des  ruisseaux  aussi  communément  quelesaule 
l)lanc  ;  on  le  traite  de  la  même  manière  que  ce  dernier,  et 
ses  propriétés,  ainsi  que  ses  usages,  sont  à  peu  près  les  mêmes. 

Le  saule  précoce  forme  un  arbre  qui  s'élève  autant  que  les 
deux  précédens,  ou  qui  paroît  au  moins  en  approcher  beau- 
coup. Jusqu'à  présent  il  est  très-peu  répandu  ,  et  l'on  ne 
ronnoît  guère  en  France  que  quelques  cantons  montagneux 
du  ci-devant  Dauphiné  dans  lesquels  il  soit  assez  commun. 
Villars  dit  qu'on  lui  donne,  dans  cette  province,  le  nom  de 
saule  noir.  J'en  possède  plusieurs  pieds  à  la  campagne  ,  les- 
quels m'ont  été  envoyés  de  la  Suisse ,  il  y  a  douze  à  treize 
ans,  par  M.  Thomas,  et  que  j'ai  faits  de  boutures  qui  n'a- 
voient  alors  que  six  à  sept  pouces  de  hauteur;  ils  forment  au- 
jourd'hui des  arbres  ayant  plus  de  vingt  pieds  d'élévation. 
Les  jeunes  rameaux  de  cette  espèce  sont  très-fiexibles  et 
(rès-lians;  ils  m'ont  paru  propres  à  faire  toute  espèce  de 
liens,  et  ne  pas  le  céder,  sous  ce  rapport  ,  à  l'osier  jaune  , 
qui  est  le  plus  souple  de  tous  les  saules. 

Le  saule  de  Babylone  ,  ])Ius  vulgairement  connu  sans  le 
nom  de  saule  pleureur  ou  encore  sous  celui  de  parasol  du 
grand -seigneur ,    nous  a  été  apporté  de  l'Asie  mineure  en 


444  SAU 

Europe;  mais ,  comme  cet  arbre  se  retrouve  à  la  Chine  ,  il  est 
à  présumer  qu'il  croît  naturellement  dans  une  grande  partie 
de  l'Asie,  ou  qu'originaire  de  la  Chine,  il  se  sera  avec  Iç 
temps  successivement  répandu  depuis  cet  empire  jusque  dans 
les  contrées  voisines  de  la  Méditerranée,  d'où  il  a  enfin  passé 
en  Europe  et  jusque  dans  le  Nord  de  l'Afrique;  car  M.  Des- 
fontaines l'a  retrouvé  ornant  les  jardins  des  habitans  d'Alger, 
comme  les  nôtres. 

Seroit-ce  à  ses  branches  que  les  Israélites  captifs  à  Baby- 
îone  ont  suspendu  leurs  instrumens,  en  pleurant  sur  les  sou- 
venirs de  Jérusalem  : 

Super  Jlumina    Babjlonis ,    illic    seiUmus    et  Jleuimus ,   cum 

recordaremur  Sion. 
In  salices   in  medio  ejus  suspendintus  organa  nostra. 
Psalm.  i36,  V.  i  et  2. 

D'après  le  témoignage  des  missionnaires  ,  le  saule  pleureur 
est  très -commun  à  la  Chine,  où  on  lui  donne  un  nom  qui 
signifie  saule  che\'^lu ,  parce  que  ses  rameaux  ,  à  la  réserve 
de  quelques-uns  des  plus  gros,  sont  déliés  et  pendans  comme 
une  chevelure.  Cet  arbre  est  un  de  ceux  que  les  Chinois  aiment 
à  cultiver  pour  l'ornement  de  leurs  parcs  et  jardins ,  et  la  plu- 
part des  lettrés  non -seulement  se  plaisent  à  avoir  des  saules 
chevelus  dans  leurs  parterres,  en  face  de  leur  cabinet  d'é- 
tude; mais  encore  c'est  assis  sous  leur  feuillage  qu'ils  respi- 
rent la  fraîcheur  du  matin  pendant  le  printemps  et  l'été,  ou 
qu'ils  se  reposent  le  soir  de  la  chaleur  de  la  journée.  C'est 
là  qu'ils  méditent  sur  les  affaires  publiques,  ou  que,  dans 
leurs  momens  de  loisir,  ils  célèbrent,  le  pinceau  à  la  main, 
la  beauté  de  ces  arbres  dans  des  vers  qui  leur  sont  inspirés 
par  les  charmes  qu'ils  goûtent  sous  leur  ombrage  ,  ou  par 
les  idées  aimables  que  leur  vue  leur  fait  éprouver.  La  rose 
a  été  bien  A^antée  par  nos  poètes  ;  elle  leur  a  inspiré  un 
grand  nombre  de  vers  depuis  qu'Anacréon  l'a  chantée  le  pre- 
mier :  mais  peut-être  que  tous  les  vers  qui  ont  été  faits  dans 
notre  Europe  pour  cette  reine  des  fleurs,  n'égalent  pas  ceux 
que  les  lettrés  chinois  ont  faits  en  l'honneur  des  saules. 

Les  Chinois  ont  aussi  chez  eux  d'autres  saules,  parmi  les- 
quels il  y  en  a  un  qui  s'élève  très-haut  et  qui  devient  très- 


SAU  445 

gros;  suivant  la  géographie  de  Moukden,  il  y  a  tels  de  ces 
saules  dont  plusieurs  houimes,  en  se  donnant  la  main ,  pour- 
*  roicnt  à  peine  embrasser  le  tronc.  Les  Chinois  ont  observé 
que,  quoique  léger,  poreux  et  sujet  à  la  carie,  quand  il  est 
exposé  à  l'air  libre  ,  le  bois  de  saule  employé  pour  pilotis 
dans  l'eau  se  conservoit  aussi  long -temps  que  celui  du  bois 
le  plus  dur;  et  à  Pékin,  ainsi  que  dans  les  campagneS)  voi- 
sines, c'est  avec  des  pièces  de  bois  tirées  du  tronc  d'un  gros 
saule  bien  sain  qu'on  construit  les  rouets  de  tous  les  puits  : 
ces  rouets,  en  terme  d'architecture,  sont  la  base  sur  laquelle 
porte  la  maçonnerie ,  dont  on  forme  les  parois  circulaires 
des  puits  ;  et  ces  premières  assises  en  bois  de  saule  se  con- 
servent aussi  saines  et  subsistent  aussi  long -temps  que  les 
nôtres,  construites  en  bois  de  chêne. 

Les  Anglois  paroissent  avoir  possédé  le  saule  pleureur  avant 
nous;  c'est,  dit- on,  en  1692  que  cet  arbre  a  été  introduit 
chtez  eux,  et  il  y  a  tout  lieu  de  croire  que  nous  ne  l'gvions 
pas  encore  vivant  chez  nous  au  temps  de  Tournefort,  puis- 
que cet  auteur  n'en  a  fait  mention  en  lyoS  ,  dans  son  Corol- 
laire ,  que  comme  d'un  arbre  qu'il  avoit  trouvé  dans  le  Le- 
vant. Aussitôt  qu'il  eut  paru  dans  les  jardins  françois,  il  ne 
tarda  pas  à  se  répandre,  surtout  lorsque  le  goût  des  jardins 
paysagers  succéda  à  la  régularité  monotone  dont  on  les  dis- 
tribuoit  autrefois.  Le  saule  pleureur,  par  ses  rameaux  molle- 
ment inclinés  vers  la  terre,  produit  avec  la  plupart  des  au- 
tres arbres,  dont  la  tête  s'élève  presque  toujours  plus  ou 
moins  directement  vers  le  ciel ,  un  contraste  frappant ,  qui  non- 
seulement  a  quelque  chose  de  pittoresque,  mais  qui  présente 
encore  un  charme  particulier. 

Comme  les  autres  espèces  congénères,  cet  arbre  se  multi- 
plie de  boutures  avec  la  plus  grande  facilité,  et  comme  elles 
il  aime  les  terrains  frais  et  humides;  aussi  c'est  principalement 
autour  des  lacs,  des  pièces  d'eau,  des  petites  rivières,  qu'il 
faut  le  planter.  Cependant  il  subsiste  assez  bieji  partout/ 
pourvu  que  le  sol  ne  soit  pas  absolument  sec;  mais  alors  il 
faut  ne  le  placer  à  demeure  que  de  boutures  déjà  enraci- 
nées depuis  deux  à  trois  ans. 

Pendant  les  premiers  temps  où  Ton  cultivoit  le  saule  pleu- 
reur, op  ne  le  faisoit  servir  qu'à  la  décoration  des  jardins 


446  S  AU 

paysagers  ;  mais  d-epuîs  trente  à  quarante  ans  ,  depuis  surtout 
que  les  cimetières  ne  sont  plus  autour  des  églises,  et  que  les 
signes  religieux  ,  presque  les  seuls  connus  de  nos  pères,  y  sont 
devenus  moins  communs,  le  saule  pleureur  remplace  souvent 
la  croix  sur  la  tombe  d'un  père,  d'une  épouse,  d'un  enfant 
chéri  ou  d'un  ami,  dont  nous  déplorons  la  perte.  Dans  le 
plus  joli  jardin  la  vue  de  ce  saule,  toute  gracieuse  qu'elle 
puisse  être,  ne  semble  avoir  rien  qui  porte  aux  idées  riantes  ; 
elle  neparoît  pouvoir  inspirer  que  de  douces  rêveries  ou  même 
des  pensées  mélancoliques  ;  mais  près  d'un  tombeau  ,  lors- 
que sa  tête  s'incline  sur  une  urne  sépulcrale,  et  que  ses  longs 
et  souples  rameaux  l'entourent  et  l'enveloppent  eu  quelque 
sorte  de  tous  côtés  en  pendant  jusqu'à  terre,  c'est  l'emblème 
de  la  douleur,  c'est  Timage  du  deuil.  Le  sombre  cyprès  lui- 
même,  consacré  aux  tombeaux  depuis  les  temps  les  plus  re- 
culés, ne  produit  peut-être  pas  un  effet  aussi  touchant.  Qui 
ne  connoît  ce  saule  pleureur  ombrageant  et  entourant  de  ses 
rameaux  cette  urne  auprès  de  laquelle  pleuroit  la  France  en 
deuil,  et  dans  les  contours  desquels  le  peintre  avoit  trouvé 
le  secret  de  retracer  les  traits  des  victimes  les  plus  augustes. 
que  la  plus  effroyable  tyrannie  avoit  immolées,  et  dont  elle 
ne  souffroit  pas  qu'on  conservât  ou  qu'on  reproduisît  les 
images. 

Parmi  les  sauUs  que  leurs  propriétés  utiles  rendent  recom- 
inandables,  il  faut  surtout  mettre  au  premier  rang  ceux  aux- 
quels on  a  donné  particulièrement  le  nom  d'osiers;  ce  sont 
ceux  qui,  taillés  tous  les  ans  jusque  sur  la  souche,  produi- 
sent, dans  l'intervalle  du  printemps  à  l'automne,  une  grande 
quantité  de  longs  rameaux  souples  et  plians,  dont  l'emploi 
est  si  répandu  en  Europe  pour  les  travaux  d'agriculture,  de 
jardinage  ,  et  pour  beaucoup  d'ouvrages  d'économie  domes- 
tique,  qu'il  seroit  très-uiflicile  de  s'en  passer,  et  que  ce  se- 
roit  un  grand  embarras  de  les  remplacer  par  quelque  autre 
plante*  Avec  les  longues  pousses  que  les  osiers  fournissent 
en  abondance  ,  on  fait  des  liens  pour  toutes  sortes  de  choses, 
des  corbeilles  et  des  paniers  légers,  des  claies,  des  vans  pour 
les  grains,  des  hottes  pour  les  vendanges,  etc.  Aussi  la  cul- 
ture des  saules  pour  en  retirer  de  l'osier,  est-elle  d'une  cer- 
taiûe  importance  ,  et  le  rapport  d'une   oseraie  (c'est  ainsi 


s  A  U  /,47 

qu'on  naiiime  un  terrain  planté  en  osier)  surpasse  toujours 
de  beaucoup  ,  surtout  dans  les  environs  de  Paris  et  des  grandes 
villes,  ce  que  la  même  étendue  de  terre  pourroit  produire 
en  blé  ou  en  toute  autre  culture. 

Tous  les  saules  ne  donnent  pas  de  bon  osier,  et  l'on  pré- 
fère en  général  quatre  à  cinq  espèces  que  l'expérience  a  dé- 
montré avoir  les  rameaux  plus  souples,  plus  lians  et  plus  dif- 
ticiles  à  rompre  que  les  autres  :  tels  sont  le  saule-osier  jaune, 
appelé  encore  bois  jaune  et  amarinier  ;  le  saule  à  feuilles 
d'amandier,  vulgairement  l'osier  rouge  ou  Tosier  franc;  le 
saule  pliant  ou  osier  blanc,  osier  vert  et  encore  osier  noir  ; 
le  saule  hélice,  connu  dans  quelques  cantons  sous  le  nom 
d'osier  bleu ,  et  le  saule  pourpre ,  désigné  quelquefois ,  ainsi 
que  le  saule  à  feuillesd'amandier,  sous  le  nom  de  saule  rouge. 
Tous  ces  osiers  ne  sont  pas  également  bons  :  les  deux  pre- 
miers sont  les  plus  lians  et  les  meilleurs;  employés  verts  avec 
leur  écorce ,  ou  quand  ils  sont  secs,  après  avoir  trempé 
quelque  temps  dans  l'eau  ,  leurs  gros  rameaux  sont  excellens 
pour  faire  des  harts  de  toute  espèce,  et  les  plus  grêles  ou 
les  brindilles,  pour  attacher  les  vignes  aux  échalas,  pour  fixer 
sur  les  treillages  les  arbres  fruitiers  en  espalier,  ou  pour 
attacher  d'une  manière  quelconque  les  arbrisseaux  qu'on 
cultive  pour  l'ornement  des  jardins.  Les  osiers  sont  encore 
d'une  utilité  indispensable  pour  les  tonneliers,  qui  se  servent 
de  leurs  brins  fendus  en  deux  ou  en  quatre,  selon  leur 
grosseur,  pour  lier  les  cercles  des  tonneaux,  des  cuves,  etc» 

Les  osiers  se  plantent  de  boutures  faites  avec  les  gros  bouts 
des  jets  d'une  année,  coupés  à  la  longueur  de  quinze  à  seize 
pouces.  Pour  en  former  une  oseraie ,  on  choisit  un  terrain 
convenable;  le  meilleur  est  un  sol  profond,  gras  et  humide; 
les  îles  situées  dans  le  lit  des  fleuves  et  des  rivières  sont  excel- 
lentes pour  cela,  et  on  le  fait  préparer  soit  en  pratiquant  le 
défoncement  à  quinze  ou  dix-huit  pouces  de  profondeur,  soit 
en  lui  faisant  seulement  donner  un  profond  labour  à  la  char- 
rue ,  et  à  la  fin  de  l'hiver  ou  dès  le  mois  de  Février,  si  le 
temps  est  doux  et  favorable  ,  on  y  plante  les  boutures  par 
rangées  et  en  quinconce  ,  en  mettant  trois  à  quatre  pieds 
d'intervalle  en  tout  sens  entre  chaque  plant.  Si  le  terrain  a 
été  bien  défoncé ,  qu'il  soit  bien  meuble  et  qu'il  soit  dépourvu 


448  SAU 

de  pierres  qui  puissent  blesser  les  boutures  en  les  enfonçant , 
comme  sont  la  plupart  des  terrains  d'alluvion  et  beaucoup  de 
terres  sablonneuses,  on  peut  se  contenter  de  ficher  tout  sim- 
plement les  boutures  à  la  main  ou  en  s'aidant  d'un  plantoir, 
avec  lequel  on  leur  fait  d'avance  un  trou  suffisamment  pro- 
fond,  et  on  les  enfonce  de  manière  à  n'en  laisser  passer  que 
trois  à  quatre  pouces  hors  de  terre.  Mais  lorsque  le  terrain 
n'a  pas  été  labouré  assez  profondément,  ou  que  même  il  ne 
l'a  pas  été  du  tout,  il  faut  pour  chaque  bouture  ouvrir  un 
trou  avec  une  pioche. 

Il  seroit  inutile,  à  la  fin  de  la  première  année  de  la  plan- 
tation, de  couper  les  brindilles  que  les  boutures  ont  données  ; 
parce  qu'elles  sont  à  peine  propres  à  quelque  chose;  mais  si 
on  ne  le  faisoit  pas,  la  coupe  de  la  seconde  année  ne  seroit 
bonne  qu'à  brûler,  parce  qu'elle  se  composeroit  de  brins 
trop  rameux  pour  être  employés  à  aucune  espèce  de  travail  ; 
tandis  que  lorsqu'on  a  retranché,  à  la  fin  de  la  première 
année ,  toutes  les  pousses  quelque  foibles  qu'elles  fussent  , 
celles  qui  leur  succèdent,  forment  déjà  des  Jefs  bien  droits, 
de  cinq  à  six  pitds  de  hauteur  et  propres  à  faire  toutes  sortes 
de  liens.  Enfin,  la  coupe  de  la  troisième  année  commence 
déjà  à  être  un  peu  productive,  et  d'année  en  annéfe  elle  le 
■deviendra  toujours  davantage.  Dans  un  bon  fond  ,  une  oseraie 
peut  pendant  vingt-cinq  à  trente  ans  donner  chaque  année 
des  produits  qui  n'ont  que  très-peu  à  redouter  les  diverses 
influences  atmosphériques  qui  agissent  si  souvent  sur  les  au- 
tres récoltes. 

C'est  à  la  fin  de  l'hiver  qu'il  faut  faire  la  coupe  des  osiers, 
parce  qu'alors  leur  bois  a  acquis  toute  la  consistance  dont  il 
^st  susceptible.  Les  pousses  d'une  oseraie  qui  est  dans  un  bon 
fond  s'élèvent  souvent  à  huit  ou  dix  pieds  et  même  plus,  de- 
puis le  printemps  jusqu'à  l'automne.  On  les  coupe  avec  une 
forte  serpette ,  à  quelques  lignes  seulement  du  tronc,  et  à 
peu  près  comme  on  fait  sur  les  têtards  des  saules  ordinaires. 

La  plus  grande  partie  de  l'osier  jaune  et  de  l'osier  rouge 
s'emploie  avec  son  écorce  ,  ce  qui  lui  donne  plus  de  force; 
et  ces  deux  osiers  servent  principalement  pour  les  divers  tra- 
vaux d'agriculture  et  de  jardinage.  Mais  l'osier  ayant  besoin 
d'être  écorcé  pour  la  plupart  des  ouvrages  de  vannerie ,  on  pré- 


SAU  449 

fére  à  tous  les  autres  le  saule  pliant  ;  non  parce  que  ses  brins 
sont  plus  souples  et  plus  lians  que  ceux  des  deux  autres,  qui 
au  contraire  l'emportent  sur  lui  sous  ce  rapport,  mais  parce 
que  ses  jets  sont  beaucoup  plus  unis,  non  garnis  de  rameaux 
secondaires  ou  de  brindilles  qui  nuisent  à  l'écorcement,  ou 
qui ,  lorsqu'on  les  a  enlevés  avec  une  serpette  bien  tranchante  , 
produisent  toujours  de  petits  nœuds  qui  rendent  cette  partie 
du  rameau  moins  lisse  et  plus  fragile. 

Ce  n'est  que  lorsque  l'osier  est  en  sève  qu'il  est  facile  à 
écorcer  ;  mais  comme  il  faut  toujours  le  couper  avant  ce 
temps,  les  vanniers  qui  doivent  l'employer,  ou  ceux  qui  veu- 
lent le  préparer  pour  le  leur  vendre,  réunissent  les  brins  à 
peu  près  de  la  même  grandeur  par  grosses  bottes  dont  ils  en- 
foncent la  base  et  qu'ils  rangent,  les  unes  près  des  autres, 
dans  un  fossé  rempli  d'eau ,  ou  dans  un  endroit  préparé 
exprès,  dans  le  voisinage  d'une  rivière,  et  où  ils  puissent 
faire  arriver  et  tenir  constamment  de  l'eau  à  la  hauteur 
d'environ  un  pied.  Dans  le  courant  du  mois  de  Mai,  un  peu 
plus  tôt  ou  un  peu  plus  tard,  suivant  le  climat,  on  retire 
cet  osier  dans  le  moment  où  la  sève  commence  à  en  déve- 
lopper les  bourgeons ,  et  l'écorce  en  est  enlevée  au  moyea 
d'une  sorte  de  màchelière  fort  simple ,  faite  avec  un  mor- 
ceau de  bois  dur,  communément  du  chêne.  Les  ouvriers  ou 
les  ouvrières,  car  le  plus  souvent  ce  sont  des  femmes  qui 
s'occupent  de  ce  travail,  tiennent,  étant  assis,  la  màchelière 
fixée  par  le  bas  entre  leurs  pieds  et  leurs  genoux,  ils  la  con- 
tiennent par  le  haut  avec  une  main',  et  de  l'autre  ils  pren- 
nent un  brin  d'osier  qu'ils  passent  successivement  dans  toute 
sa  longueur  à  travers  l'ouverture  de  leur  instrument ,  dont 
ils  serrent  en  même  temps  les  côtés  avec  la  première  main , 
tandis  qu'avec  la  seconde  ils  tirent  le  brin  d'osier,  dont  la 
plas  grande  partie  de  l'écorce  se  trouve  ainsi  facilement  dé- 
tachée,  et  dont  un  enfant  achève  de  le  débarrasser. 

L'osier,  ainsi  écorcé  et  blanchi,  est  laissé  quelque  temps  à 
l'air,  jusqu'à  ce  qu'il  soit  suffisamment  sec  j  ensuite  il  est  réuni 
en  grosses  bottes  et  serré  ou  mis  en  vente,  et  lorsque  les 
vanniers  vealentle  mettre  en  œuvre,  ils  le  font  tremper  pen- 
dant vingt-quatre  heures  dans  l'eau,  ce  qui  lui  redonne  assez 
de  souplesse  pour  être  travaillé. 

47-  29 


45o  S  AU 

Les  oserales  faites  dans  les  terrains  frais,  ou  qui  sont  dans 
le  voisinage  des  eaux  et  des  rivières,  donnent  toujours  de 
plus  beaux  jets  que  celles  plantées  dans  les  terrains  secs,  et 
ces  jets  sont  plus  convenables  pour  les  divers  ouvrages  de 
vannerie.  Cependant  l'osier  bleu  et  les  deux  osiers  rouges 
viennent  encore  assez  bien  dans  les  terrains  un  peu  secs  et 
élevés  pour  qu'on  puisse  les  y  planter  avec  quelque  avantage, 
quand  on  n'a  pas  d'ailleurs  à  sa  disposition  la  première  na- 
ture de  terrain,  celle  qui  convient  réellement  le  mieux  à 
tous  les  osiers.  Au  reste,  je  crois  qu'il  seroit  à  désirer  qu'on 
fit  quelques  expériences  sur  la  ténacité,  l'élasticité,  la  sou- 
plesse et  le  liant  des  diverses  espèces  de  saules  qu'on  emploie 
journellement  comme  osier,  et  sur  les  espèces  moins  généra- 
lement connues  ,  qui  ne  sont  usitées  que  dans  quelques  loca- 
lités particulières.  Le  saule  précoce  et  le  saule  à  feuilles  ai- 
guës, par  exemple ,  mériteroient ,  je  crois,  d'être  introduits 
dans  les  oseraies. 

Le  saule  marceau  ou  le  marsault  a  l'avantage  de  venir  dans 
toutes  sortes  de  terrains,  et  de  donner  partout  des  produits 
avantageux.  11  croit  avec  beaucoup  de  rapidité,  puisque  coupé 
du  pied  il  fait  quelquefois,  dès  la  première  année,  des  jets 
de  dix  à  douze  pieds  de  hauteur.  Cependant  il  n'acquiert 
jamais  plus  de  vingt-cinq  à  trente  pieds  d'élévation,  parce 
qu'il  ne  s'élève  pas  ordinairement  sur  un  seul  tronc  et  qu'il 
donne  presque  toujours  beaucoup  de  tiges  collatérales.  Son 
bois  est  blanchâtre  et  quelquefois  tirant  sur  la  couleur  de 
chair.  11  pèse  sec  quarante-une  à  quarante- deux  livres  par 
pied  cube.  11  se  travaille  facilement  et  prend  bien  le  poli; 
mais  les  menuisiers  l'emploient  peu,  parce  que,  comme  c'est 
dans  ses  premières  années  qu'il  croît  avec  ie  plus  de  ra- 
pidité, on  trouve  plus  d'avantage  à  le  couper  souvent  pour 
faire  des  échalas,  des  cercles,  des  fagots,  qu'à  le  laisser  ac- 
quérir assez  de  grosseur  pour  en  faire  des  planches.  Cultivé 
seul  en  taillis,  on  peut  pour  ces  divers  usages  le  mettre  en 
coupe  réglée  tous  les  six  à  huit  ans.  Taillé  en  têtard  comme 
le  saule  blanc  et  le  saule  fragile,  il  peut,  de  même  que  ces 
arbres,  être  émondé  tous  les  quatre  ans. 

Son  bois  donne  un   feu   clair,  mais  qui    ne  produit  pas 
beaucoup  de  chaleur  et  qui  est  de  peu  de  durée.  On  s'en  sert 


SAU  45i 

principalement  dans  les  campagnes  pour  chauffer  les  fours 
et  pour  cuire  la  chaux,  le  plâtre,  la  tuile,  etc.  Son  char- 
bon est  léger  et  peut  servir  pour  la  fabrication  de  la  poudre 
à  canon. 

L'écorce  du  marceau  a  quelquefois  été  donnée  en  méde- 
cine comme  succédanée  du  quinquina  ,  et  quelques  médecins 
ont  même  prétendu  qu'elle  avoit  des  propriétés  fébrifuges 
égales  à  celles  de  ce  dernier,  ou  même  qu'elle  l'emportoit  sur 
lui.  Dans  les  usages  économiques  ordinaires,  cette  écorce  peut 
être  employée  à  t  mner  les  cuirs.  Ses  jeunes  pousses  servent 
dans  quelques  cantons  à  faire  des  corbeilles,  des  paniers  et 
autres  ustensiles  de  vannerie  commune. 

Les  chatons  mâles  des  fleurs  de  cet  arbre  se  développent 
dès  la  lin  de  l'hiver,  aussitôt  après  la  cessation  des  gelées  et 
après  la  fonte  des  neiges,  et  sous  ce  rapport  ils  sont  pré- 
cieux pour  les  abeilles,  dans  une  saison  où  l'on  ne  trouve 
encore  que  très- peu  de  fleurs  épanouies.  Enfin  ses  feuilles 
sont  du  goût  de  tous  les  bestiaux,  qui  les  mangent  même 
avec  avidité.  Les  chèvres  surtout  les  recherchent  encore  plus 
que  tous  les  autres  animaux  herbivores,  et  c'est  de  là  sans 
doute  que  ce  saule  a  été  nommé  salix  caprcea.  Dans  quel- 
ques cantons  on  le  cultive  exprès  pour  en  donner  la  dé- 
pouille aux  vaches,  aux  chevaux,  etc. 

Sous  tous  ces  rapports  le  saule  marsault  mérite  l'attention 
des  cultivateurs;  il  devroit  être  plus  répandu  et  il  pourroit 
l'être  autant  qu'on  le  voudroit,  puisqu'il  a  l'avantage  dç  n'être 
pas  délicat,  et  même,  comme  il  a  déjà  été  dit,  de  venir  pres- 
que également  bien  dans  les  terrains  de  la  nature  la  plus 
opposée ,  dans  Us  plus  secs  comme  dans  les  plus  humides. 

Le  marsault  se  multiplie  facilement  de  graines,  et,  si  le 
semis  est  fait  dans  un  bon  terrain,  le  jeune  plant  aura  dès 
la  première  année  huit  à  dix  pouces  de  hauteur;  mais  ce 
moyen  de  multiplication  étant  le  plus  lent  et  le  plus  dispen- 
dieux, on  ne  le  met  que  fort  rarement  en  pratique.  On  pré- 
fère planter  cet  arbre  de  boutures,  en  faire  des  marcottes, 
ou  arracher  les  vieux  pieds  et  les  diviser  en  autant  d'éclats 
qu'il  est  possible  ,  ayant  chacun  un  peu  de  racines.  On  peut 
même  diviser  leurs  grosses  racines  elles-mêmes  par  tronçons 
coupés  à  la  longueur  de  six  à  huit  pouces  ,  et  en  ayant  soin  , 


45^  SAU 

en  les  plantant,  de  laisser  le  plus  gros  bout  à  fleur  de  terre, 
chacun  de  ces  tronçons  formera  un  pied  dans  l'année  même. 
Comme  le  marsault  entre  en  sève  de  très-bonne  heure  et 
qu'il  est  souvent  en  fleur  dès  la  fin  «le  Février  ou  dans  les 
premiers  jours  de  Mars  ,  il  vaut  mieux  le  planter  en  No- 
vembre et  Décembre,  ou  en  Janvier,  lorsque  le  temps  est 
favorable,  que  d'attendre  plus  tard  ,  surtout  si  le  sol  auquel 
on  le  destine  est  sec  de  sa  nature  ou  très- exposé  au  soleil. 
Dans  un  terrain  humide  j'en  ai  fait,  jusqu'en  Mai  et  Juin, 
des  boutures,  qui  ont  bien  réussi. 

Le  saule  marceau  est  très-sujet  à  varier,  selon  la  nature  du 
sol  dans  lequel  il  croît.  11  est  plus  élevé  ou  plus  bas;  ses 
feuilles  sont  arrondies  ou  oblongues,  obtuses  ou  aiguës,  d'un 
vert  plus  foncé  ou  plus  clair,  etc. ,  d'où  plusieurs  botanistes 
en  ont  pris  occasion  de  le  diviser  en  plusieurs  espèces,  mais 
qui  manquent  véritablement  de  caractères  assez  prononcés 
et  surtout  assez  constans. 

Ce  qui  vient  d'être  dit  du  saule  marceau  est  en  grande 
partie  applicable  au  saule  à  oreillettes  et  au  saule  acuminé, 
qui  ont  beaucoup  de  rapports  avec  lui,  et  qui  sont  quelque- 
fois assez  difficiles  à  bien  distinguer  de  quelques-unes  de  ses 
variétés.  (L.  D.) 

SAULE  MARIN,  Salix  marina.  (Zoeplvyt,)  On  trouve  dans 
quelques  anciens  auteurs,  et  entre  autres  dans  Jean  et  Gas- 
pard Bauhin,  cette  dénomination  employée  en  latin  pour 
désigner  une  espèce  de  gorgone,  que  Pallas  rapporte  avec 
doute  à  son  Gorgonia  aeerata,  le  G.  pinnata  de  M.  de  La- 
marck.  (DeB.) 

SAULET.  (  Ornith.  )  Un  des  noms  vulgaires  du  moineau  fri- 
quet,  fringilla  montana,  Linn.  (Ch.  D.) 

SAULORER.  (Ormt/i.)  C'est,  en  Prusse,  le  rossignol  de 
muraille  ,  motacilla  phœnicurus,  Linn.  (  Ch.  D.) 

SAULX.  {Bot.)  Nom  vulgaire  des  saules.  (L.  D.) 

SAUMERIO.  (Bot.)  Dans  la  vallée  de  Quito  on  donne  ce 
nom  au  croton  coriaceus  de  la  Flore  équinoxiale.  On  trouve 
encore  dans  les  manuscrits  de  Joseph  de  Jussieu  sur  quelques 
plantes  du  Pérou,  le  mjrosperum  peruifemum ,  sous  les  noms  de 
Saumerio  et  QuiNA-yuiNA.  Voyez  ce  dernier  mot.  (J.) 

SAUMON  et  SALMONE.  {Ichthjol.)  Voyez  Truite.  (H.  C.> 


s  AU  455 

SAUMONEAU.  (Ichthyol.)  Nom  vulgaire  du  jeane  saumon. 
Voyez  Truite.  (H.  C.) 

SAUMONELLE.  [Ichthjol.)  Dans  plusieurs  ports  de  mer  on 
«Jonne  ce  nom  aux  petits  poissons,  dont  on  se  sert  comme 
d'appât  pour  la  pêche  à  la  ligne.  (H.  C.) 

SAUNEEU  {Chasse.)  Ce  nom  a  été  donné  à  une  chasse  aux 
alouettes  avec  des  collets  tramans.  (Ch.D.) 

SAUNES  BLANCHES.  {Bot.)  Daléchamps  cite  ce  nom 
françois  ancien  pour  la  lampsanc.  (J.) 

SAUNO-GARRI.  {Bot.)  Garidel  cite  sous  ce  nom  provençal 
un  chiendent  paniculé,  dont  le  genre  n'est  pas  assez  déter- 
miné. (J.  ) 

SAUPE.  {Ichtliyol.)  Nom  spécifique  d'ua  Bogue,  que  nous 
avons  décrit  à  la  page  8  du  Supplément  du  tome  V  de  ce. 
Dictionnaire.  (H.  C.) 

SAUPUDEN.  {Bot.)  Voyez  Sambequier.  (J.) 

SAUQUÈNE.  {Ichthjol.)  Voyez  Saucanelle.  (H.  C.) 

SAUR-^NDER.  {Ornith.)  Nom  norwégien  de  la  petite 
sarcelle,  anas  crecca.  La  sarcelle  ordinaire  est  appelée  saur- 
and.  (Ch.D.) 

SAURAUIA.  {Bot.)  Genre  de  plantes  dicotylédones,  de 
la  famille  des  ternstrcemiées,  et  de  la  polyandrie  p enta gy nie , 
caractérisé  ainsi  :  Calice  à  cinq  divisions  obtuses;  corolle  en 
roue ,  à  cinq  divisions,  ou  presque  à  cinq  pétales  arrondis  ;  éta- 
mines  nombreuses,  courtes,  velues  à  leur  base,  épipétales; 
ovaire  supérieur,  pentagone,  portant  cinq  styles  persistansj 
capsule  à  cinq  valves  et  à  cinq  loges  polyspermes;  graines  len- 
tiformes,  attachées  à  un  placenta  commun  pentagone,  plon- 
gées dans  une  matière  spongieuse. 

Ce  genre  a  été  fondé  par  Willdenow,  pour  y  placer  un 
arbre  élevé  (S.  excelsa,  IVilld.,  Curt.,  Spreng. ,  Sysl.  veget., 
2,  pag.  6i3),  qui  croit  à  la  Nouvelle- Grenade  dans  l'Amé- 
rique méridionale.  Cet  arbre  est  caractérisé  par  ses  feuilles 
ovales-oblongues ,  un  peu  pointues ,  très-entières  sur  les  bords  , 
rudes  en  dessus,  et  ayant  en  dessous  leurs  veines  velues;  et 
par  ses  fleurs  en  paniculé  trichotome ,  alongée ,  velue. 

Ce  genre  a  été  depuis  augmenté  par  M.  De  Candolle  de 
onze  nouvelles  espèces  toutes  exotiques,  savoir:  deux  du 
Mexique,  sept  de  Java,  une  du  Népaul  dans  l'Inde,  et  «ne 


454  S  AU 

des  Moluques.  Ce  sont  tous  des  arbres  à  feuilles  ovales- ob- 
longues  ou  elliptiques,  rarement  un  peu  en  cœur,  et  à  fleurs 
pédonculées  ,  aggrégées  ou  fasciculées  ,  paniculées  ou  en 
grappes.  Ce  genre  forme  une  division  distincte  dans  la  fa- 
mille des  ternstrœmiées ,  selon  M.  De  Candolle.  (Lem.) 

SAURE  ,  Sauras.  {Ichthjol.)  Nom  d'un  genre  de  poissons 
de  la  famille  des  dermoptéres  de  M.  Duméril ,  et  de  celle 
des  salmones ,  parmi  les  malacoptérygiens  abdominaux  de 
M.  Cuvier. 

Ce  genre  ,  établi  par  ce  dernier  savant ,  offre  les  carac- 
tères suivans  : 

Bouche  à  rexlrémilé  du  museau;  ventre  arrondi;  catopes  ab- 
dominaux; dents  longues,  très  -pointues  le  long  des  deux  mâ- 
choires, des  os  palatins  et  sur  toute  la  langue;  vomer  sans  dénis  ; 
huit  ou  neuf  et  souvent  douze  ou  quinze  rayons  aux  ouïes;  pre- 
mière dorsale  derrière  les  catopes ,  qui  sont  grands  ;  grandes  écailles 
sur  les  joues,  le  corps  et  les  opercules. 

On  peut  distinguer  les  Saures  des  Eperlans,  qui  ont  des 
dents  au  vomer  et  qui  n'offrent  que  huit  rayons  aux  ouïes  ; 
des  CoRÉGONEs  et  des  Argentines,  qui  n'ont  point  de  dents; 
des  AuLOPEs,  dont  les  catopes  sont  presque  thoraciques;  des 
Haiis,  des  Serrasalmes  et  des  Piabuques,  qui  ont  le  ventre 
caréné  et  dentelé  en  scie.  (Voyez  ces  divers  noms  de  genres, 
et  Dermoptéres  et  Salmones.) 

Parmi  les  espèces  de  ce  genre  nous  citerons  : 

Le  Saure  ordinaire  :  Saurus  vulgaris ,  N.  ;  Salmo  saurus, 
Linnœus.  Nageoire  caudale  fourchue;  un  enfoncement  au- 
dessus  des  yeux;  ouverture  de  la  bouche  très^longue  et  se 
terminant  fort  en  arrière  des  yeux;  tête,  corps  et  queue 
trés-alongés;  dents  fortes;  un  seul  orifice  à  chaque  narine. 

Ce  poisson,  toujours  maigre  et  dont  la  chair  est  insipide, 
a  le  dos  d'un  vert  mêlé  de  bleu  et  de  noir,  avec  des  bandes 
transversales  étroites,  irrégulières,  sinueuses  et  roussâtres  ; 
la  première  nageoire  dorsale  coupée  de  raies  de  la  même 
teinte;  les  nageoires  pectorales  rayées  également  de  rous- 
sâtre  et  tachetées  de  brun;  une  ligne  longitudinale  bleuâtre 
et  chargée  de  taches  rondes  et  bleues,  de  chaque  côté  du 
corps  et  de  la  queue;  le  ventre  et  le  dessous  de  la  queue  ar* 
gentés  et  brillons. 


SAU  455 

On  pêche  ce  poisson  dans  les  eaux  de  l'archipel  des  Anr 
tilles  et  sur  les  côtes  de  l'Arabie.  Il  paroît  habiter  aussi  la 
Mëdilerranée  ;  mais  l'identité  des  individus  observes  dans 
ces  diverses  localités,  n'est  pas  suffisamment  prouvée.  M. 
Cuvier  pense  que  celui  de  nos  mers  d'Europe  est  to'ut  diËfé- 
rent  de  celui  qui  a  été  décrit  par  Bloch  (384  ). 

Le  TuMRiL  :  Saurus  tunibil ,  N.  ;  Osmerus  tumbil ,  Lacép.  Na- 
geoire caudale  fourchue  ;  tête  et  opercules  couvertes  d'écaillés 
semblables  à  celles  du  dos  ;  mâchoire  inférieure  plus  avancée 
que  la  supérieure;  museau  pointu;  nageoires  dorsale  et  anale 
falciformes;  côtés  jaunes;  ventre  nacré;  bandes  transversales 
d'un  jaune  mêlé  de  rouge;  nageoires  bleues,  à  base  jaune. 

De  la  mer  qui  baigne  le  Malabar. 

Le  Saure  galonné  :  Saurus  lemniscatus,  N.  ;  Osmerus  lem- 
niscatus,  Lacép.  Nageoire  caudale  fourchue  ;  tête  comprimée 
et  déprimée;  yeux  rapprochés  et  très-saillans  ;  teinte  générale 
jaune  ;  cinq  ou  six  raies  longitudinales  bleues  de  chaque  côté  : 
nageoire  adipeuse  claviforme;  dix  ou  douze  bandes  trans- 
versales brunes  ;  tête  couleur  de  chair  avec  de  petites  taches 
rouges  et  bleues;  nageoire  anale  bleue  avec  une  bordure 
jaune. 

Plumier  a  observé  ce  poisson  dans  la  mer  des  Antilles. 

M.  Cuvier  rapporte  encore  à  ce  genre  le  salmo  fœtens  de 
Bloch,  le  salm«^ne  varié  de  Lacépède  et  l'osmère  à  bandes 
de  M.  Risso.  (H.  C.  ) 

SAUREL,  SAURELLE.  (fcJi^oZ.)  Noms  du  caranx  tra- 
chure.  Voyez  Caranx.  (  H  C.  ) 

SAURIENS.  [Erpét.)  M.  Alexandre  Brongniart ,  le  premier, 
a  donné  ce  nom  à  un  ordre  des  reptiles,  qui  comprend  les 
animaux  désignés  par  Linnœus  sous  l'appellation  collective 
d'Amphibia  reptilia,  et  qu'il  est  facile  de  distinguer  dans  la 
classe  des  vertébrés  à  certains  caractères  non  équivoques  et 
à  des  signes  communs  tirés  de  leur  conformation  et  de  leuss 
habitudes. 

Le  mot  sauriens  est  d'origine  grecque.  II  dérive  de  cctvpoç, 
nom  par  lequel  Aristote  ,  avec  tous  ses  compatriotes,  dési- 
gnoit  le  lézard. 

L'ordre  des  sauriens  qu'ont  adopté  MM.  G.  Cuvier  et  Du- 
méril,  ainsi  que  la  plupart  des  erpétologistes  modernes  (voyez 


456  SAU 

Erpétologie),  esl  très --naturel.  Ses  caractères  généraux  sonf 
les  suivans. 

Corps  alongé ,  écailleux  ou  chagriné,  sans  carapace,  quelque- 
fois apode,  mais  le  plus  souvent  à  quatre  et  rarement  à  deux 
pattes,  dont  les  doigts  sont  garnis  d\ingles  crochus;  des  paupières 
mohiles  ;  un  tympan  distinct;  branches  des  mâclioires  soudées  et 
armées  de  dents  enchâssées;  orijîce  du  cloaque  en  fente  transver- 
sale; cœur  à  deux  oreillettes;  des  côtes  et  un  sternum. 

D'après  l'étude  de  leurs  caractères  extérieurs,  les  reptiles 
de  l'ordre  des  Sauriens  ont  été,  pour  la  plus  grande  com- 
modité des  zoologistes,  groupés  en  trois  familles,  divisées 
chacune,  d'ailleurs,  en  plusieurs  genres. 

Les  uûs  ont  la  queue  aplatie  en  dessus  ou  de  côté  :  ce  sont 
les  Uronectes. 

D'autres  ont  la  queue  arrondie,  conique,  distincte:  on 
les  appelle  Edmérodes. 

Enfin,  il  en  est  qui  ont  également  la  queue  arrondie  et 
conique,  mais  chez  eux  cette  partie  n'est  point  distincte  du 
reste  du  corps:  on  leur  donne  le  nom  d'UROBÈNEs. 

Un  examen  superficiel  suffit  habituellement  pour  distin- 
guer immédiatement  un  Saurien  de  tout  autre  reptile.  Ce- 
pendant il  est  quelques  sauriens  auxquels,  sans  une  certaine 
attention,  onpourroit  trouverdes  rapportsavec  des  espèces  ap- 
partenant à  des  genres  plus  ou  moins  éloignés.  Si ,  par  exemple, 
les  Sauriens  s'éloignent  des  Ophidiens,  par  la  présence  des 
membres  et  par  l'existence  de  paupières  mobiles:  des  Batra- 
ciens, par  le  défaut  de  métamorphoses;  des  Chélqniens,  par 
la  privation  de  carapace  et  par  l'existence  des  dents;  des 
Poissons  ,  par  l'absence  des  branchies  ;  ils  s'en  rapprochent 
néanmoins  dans  beaucoup  de  points.  C'est  ainsi  que  Vorveb 
les  lie  aux  premiers,  la  tortue  serpentine  aux  troisièmes;  que 
les  crocodiles  et  les  dragonnes  les  rattachent  aux  seconds  et  aux 
quatrièmes. 

Il  est  donc  indispensable  à  toute  personne  qui  veut  appro-» 
fondir  l'histoire  de  ces  animaux,  d'étudier  avec  soin  leur  or- 
ganisation intérieure,  et  d'établir,  à  l'aide  de  celle-ci,  les 
points  de  comparaison  propres  à  éclairer  la  théorie  de  leur 
classification. 

1,"  Pes  organes  de  la  Locomotion  dans  les  Sauriens.  Aucune 


s  AU  457 

classe  d'anîmaux  peut-être  ne  présente  ,  sous  le  point  de  vue  de 
la  locomotion ,  des  variétés  et  plus  nombreuses  et  plus  évidentes 
que  celle  des  sauriens,  et  il  en  devoit  être  ainsi,  cela  se 
conçoit  facilement,  puisque  aucune  ne  présente  des  espèces 
aussi  différentes  sous  le  double  rapport  des  habitudes  et  du 
genre  d'habitation. 

Le  séjour  des  uns  semble  fixé  au  milieu  des  eaux,  et  ceux- 
là  sont  organisés  pour  la  natation;  les  crocodiles,  les  caï- 
mans, les  gavials,  peuvent  être  cités  ici  en  preuve. 

D'autres,  comme  le  lézard  vert,  recherchent  les  terrains 
secs  et  élevés,  tandis  que  quelques-uns,  comme  le  basilic  , 
préfèrent  le  voisinage  des  lieux  aquatiques. 

Il  en  est  qui  habitent  dans  des  creux  de  rochers,  et  d'au- 
tres qui  vivent  au  milieu  des  bois;  certains,  tels  que  les 
iguanes,  grimpent  avec  vitesse  jusqu'à  l'extrémité  des  bran- 
ches, ou  même,  ainsi  que  les  dragons,  s'en  élancent  parfois 
en  volant,  pour  ainsi  dire. 

On  en  voit  qui,  tels  que  les  anolis,  courent  avec  la  rapi- 
dité d'un  trait  lancé  par  la  main  d'un  vigoureux  archer  ; 
quelques-uns,  comme  certains  geckos,  marchent  pénible- 
ment, semblent  se  traîner;  et  d'autres,  enfin,  dépourvus  de 
membres,  rampent  sur  le  sol  de  la  même  manière  que  les 
serpens,  et,  comme  eux  encore,  s'élancent  dans  l'atmosphère 
à  une  hauteur  plus  ou  moins  considérable,  en  débandant, 
à  la  façon  d'un  ressort,  les  replis  multipliés  de  leur  corps 
alongé. 

Les  orvets  offrent  un  exemple  frappant  de  ce  dernier  mode 
de  locomotion. 

Quoi  qu'il  en  soit  du  genre  de  mouvemens  que  ces  ani- 
maux sont  appelés  à  exercer,  c'est  surtout  dans  les  climats 
favorisés  du  soleil  qu'ils  s'en  acquittent  delà  manière  la  plus 
complète;  on  diroit  que,  pour  l'entier  développement  de 
leur  force  motile ,  ils  ont  besoin  d'être  animés  par  toute  la 
chaleur  de  l'atmosphère;  aussi  est-ce  dans  l'antique  Egypte, 
si  rapprochée  du  tropique ,  sur  les  côtes  brûlantes  de  l'Afrique, 
sur  les  rives  ardentes  du  Sénégal,  du  Nil  et  de  la  Gambie; 
dans  les  solitudes  intertropicales  du  Nouveau  Monde;  dans 
les  Archipels  des  Moluques  et  des  Antilles,  sans  cesse  échauf- 
fés des  feux  de  l'astre  du  jour,  que  le  peuple  U'ger  des  sau- 


458  SAU 

riens,   dans  toute  la  plénitude  de  sa  vie.  se  fait  remarquer 

par  la  souplesse,  l'agilité,  ia  force  de  ses  mouvemens. 

On  diroit  aussi  qu'une  atmosphère  humide  ,  qii'un  sol 
aquatique,  qu'une  surabondance  quelconque  d'eau  est  indis- 
pensable à  l'accomplissement  normal  de  ceux-ci.  L'Egypte, 
que  nous  citions  dans  l'instant,  et  où  ,  de  toutes  parts  ,  les  sau- 
riens semblent  surgir  de  terre  ,  n'est  pas  seulement  chaude  ;  un 
fleuve  immense  ,  dans  ses  débordemens  périodiques,  la  cou- 
vre d'un  limon  humide  :  les  savannes  noyées  de  l'Amérique 
méridionale,  les  plages  inondées  de  l'Orénoque  et  du  fleuve 
des  Amazones,  les  rivages  des  îles  de  l'Atlantique  éqnotoriale  , 
sont  dans  les  mêmes  conditions  de  température  et  d'humi- 
dité ;  des  eaux  chaudes  semblent  les  baigner,  et  personne 
n'ignore  que  les  légions  innombrables  des  lézards  et  autres 
sauriens  qui  les  habitent,  jouissent  d'une  activité  bien  supé- 
rieure à  celle  qui  distingue  les  êtres  de  cette  classe  dans  nos 
contrées  septentrionales. 

A  notre  article  Pvkptiles  nous  avons  éludié  les  formes,  les 
connexions  et  les  rapports  de  tous  les  organes  du  mouvement 
dans  les  sauriens.  Nous  avons  indiqué  les  particularités  que 
présentent  leurs  os  et  examiné  en  abrégé  l'action  spéciale  de 
leurs  muscles. 

Poursuivant  ici  notre  entreprise  ,  nous  allons  maintenant 
faire  connoître  l'effet  qui  résulte  de  l'action  simultanée  ou 
successive  de  tous  les  organes  de  la  locomotion,  d;ins  la  pro- 
duction des  mouvemens  généraux  que  ces  animaux  sont  à 
même  d'exécuter. 

Remarquons  d'abord  que  les  mouvemens  de  progression 
des  reptiles  en  général  oflrent ,  à  l'observateur  qui  veut  s'en 
rendre  compte ,  des  obstacles  beaucoup  plus  difficiles  à 
vaincre  que  ceux  qu'il  rencontre  dans  l'explication  de  ce 
qui  se  manifeste ,  sous  ce  rapport  ,  dans  les  animaux  ver- 
tébrés des  deux  classes  supérieures.  Disons  aussi  que  ce 
genre  de  difficultés  ne  tient  pas  seulement  à  ce  qu'on  s'est 
peu  occupé  d'approfondir  cette  matière,  mais  qu'il  dépend 
encore  de  Ténorme  différence  qui  existe  entre  l'action  du 
système  locomoteur  ou  de  ses  parties  chez  l'homme  et 
celle  du  même  appareil  organique  chez  les  reptiles;  diffé- 
rence telle  qu'on  ne  sauroit  établir  entre  leurs  mouvemens 


s  AU  459 

ci  les  nôtres  un  rapprochement  propre  à  ëclairer  le  sujet. 

Parmi  eux,  la  plupart  des  sauriens  sont  de  véritables  qua- 
drupèdes, mais  des  quadrupèdes  ovipares  et,  pour  le  mode 
de  station,  bien  différens  des  quadrupèdes  vivipares  de  la 
classe  des  mammifères.  Leurs  cuisses  sont  dirigées  en  dehors, 
et  les  inflexions  des  pattes,  chez  eux,  se  font  dans  des  sens 
perpendiculaires  au  rachis ,  en  sorte  que  le  poids  du  corps 
agit  par  un  très-long  levier  et  nuit  ainsi  au  redressement  du 
genou,  dont  Tarticulation  reste  constamment  pliée ,  ce  qui 
fait  que  le  ventre  traîne  à  terre  entre  les  jambes. 

On  en  peut  dire  autant  ,  sous  ce  rapport ,  des  membres 
thoraciques. 

Dans  les  quadrupèdes  mammifères,  au  contraire,  les  jambes 
se  fléchissent  en  avant  et  en  arrière  ,  dans  des  plans  à  peu 
près  parallèles  à  l'épine  et  peu  éloignées  du  plan  moyen  du 
corps  dans  lequel  agit  la  pesanteur. 

Quand  les  sauriens  de  la  famille  des  urobènes,  qui  n'ont 
que  deux  membres  ou  qui  même  n'en  ont  point,  se  repo- 
sent sur  le  sol,  ils  forment  avec  leur  corps  plusieurs  ronds 
au-dessus  ou  autour  les  uns  des  autres,  et  leur  tête  est  élevée 
au-dessus  de  ces  circonvolutions. 

Tel  est  le  cas  des  orvets,  des  ophisaures ,  des  chalcides, 
des  bipèdes  en  particulier. 

Certains  sauriens  grimpent  avec  une  merveilleuse  facilité. 
Sous  ce  rapport,  le  caméléon  semble,  parmi  les  reptiles, 
aussi  bien  partagé  que  les  quadrumanes  parmi  les  mammi- 
fères, et  cela  à  cause  de  ses  mains  en  tenaille  et  de  sa  queue 
prenante. 

Beaucoup  marchent  et  courent  avec  une  grande  agilité. 

Les  lézards,  les  anolis,  les  geckos,  les  tupinambis,  sont  dans 
ce  cas. 

Il  en  est  qui  nagent  à  l'aide  de  leurs  membres  et  par  le 
moyen  de  leur  queue. 

Les  crocodiles  et  les  dragonnes  peuvent  être  cités  ici  en 
preuve. 

D'autres,  tels  que  les  orvets  et  les  ophisaures,  rampent, 
■par  suite  d'une  impulsion  du  corps,  en  avant  ou  en  arrière, 
et  par  l'application  alternative  d'une  ou  de  plusieurs  de  ses 
parties  inférieures  contre  le  sol. 


46o  SAU 

Les  dragons  ,  qui  appartiennent  à  l'ordre  des  sauriens , 
sont  les  seuls  reptiles  qui  possèdent  la  faculté  de  voler  :  ils 
ont ,  pour  cela ,  sur  chaque  flanc  ,  entre  les  pieds ,  une  large 
membrane  qui  se  développe  en  éventail  et  qui  se  plie  au 
gré  de  l'animal  ,  à  l'aide  de  rayons  osseux  articulés  sur  les 
vertèbres  du  dos  ,  et  qui  remplacent  les  six  premières  fausses- 
côtes. 

Tous  les  physiologistes  s'accordent  à  regarder,  chez  les  ani- 
maux en  général,  la  marche  et  la  course  comme  deux  actes 
tellement  liés  l'un  à  l'autre,  qu'il  devient  difficile  d'établir 
entre  eux  une  distinction  certaine.  Les  sauriens  quadrupèdes 
ne  dérogent  en  rien  à  la  règle  commune  sous  ce  rapport, 
et,  chez  eux,  il  n'existe  que  très-peu  de  différence  entre 
courir  et  marcher  d'une  certaine  manière,  et  leur  course, 
comme  celle  des  mammifères,  semble  le  plus  communément 
s'effectuer  par  le  mécanisme  compliqué  de  la  marche  et  du 
saut. 

Lorsque,  à  l'aide  d*uu  mouvement  alternatif  des  pieds  ,  ces 
animaux  veulent  transporter  leur  corps  d'un  endroit  solide 
dans  un  autre  ,  il  se  passe  des  phénomènes  diflérens,  suivant 
que  ces  pieds  sont  de  pareille  longueur  ou  présentent  des 
dimensions  inégales;  mais  jamais,  dans  cette  sorte  de  mou- 
vement progressif,  le  corps  ne  se  trouve  entièrement  sus- 
pendu au-dessus  du  sol  qui  supporte  les  membres. 

Dans  tous  les  cas  le  corps  de  l'animal ,  dans  son  ensemble . 
peut  être  comparé  à  un  ressort  à  deux  branches,  dont  l'une 
est  appuyée  contre  un  obstacle  résistant.  Si  ces  branches, 
après  avoir  été  rapprochées  par  une  force  quelconque,  sont 
rendues  à  leur  liberté  primitive  ,  la  puissance  de  leur  élasti- 
cité tendra  à  les  écarter;  mais  la  branche  appuyée  contre 
l'obstacle,  ne  pouvant  le  vaincre,  transmet  le  mouvement, 
qui  se  fait  en  entier  dans  le  sens  opposé,  en  sorte  que  le 
centre  de  gravité  du  ressort  s'écarte  de  l'obstacle  avec  une 
vitesse  plus  ou  moins  grande. 

Chez  eux  ,  comme  chez  les  mammifères,  les  muscles  fléchis- 
seurs sont  la  force  qui  comprime  le  ressort  ;  les  extenseurs 
représentent  l'élasticité  qui  en  écarte  les  Irranches,  et  la  ré- 
sistance  du  sol  ou  de  Teau  est  l'obstacle. 

Tons  les  saurieHs  dont  les  pieds  ont  une  longueur  à  peu 


SAU  461 

près  égale,  marchent  avec  une  grande  vivacité;  les  lézards, 
dont  une  espèce  a  reçu  l'épithète  de  véloce,  et  une  autre  celle 
d'agile,  les  améivas,  les  inonitors,  les  agames  ,  les  anolis  et 
plusieurs  autres,  sont  dans  ce  cas.  Chez  eux,  dans  le  mar- 
cher le  plus  naturel,  le  corps  se  trouve  en  équilibre  sur  un 
des  pieds  antérieurs  et  sur  celui  des  pieds  postérieurs  opposé, 
en  sorte  que  le  centre  de  gravité  ne  se  meut  point  suivant' 
une  ligne  droite,  mais  avance  entre  deux  parallèles ,  dans  l'in- 
tervalle desquelles  il  décrit  des  obliques,  qui  vont  de  l'une  à 
l'autre  en  formant  de  véritables  zigzags.  Les  impulsions  com- 
muniquées au  tronc  se  contrebalancent  réciproquement ,  et 
celui-ci  se  meut  dans  la  diagonale  d'un  parallélogramme, 
dont  il  formeroit  les  côtés. 

La  rectitude  de  direction  dans  la  marche  est  continuelle- 
ment altérée  chez  ces  sauriens,  où  l'on  doit  en  outre  tenir 
compte  de  la  largeur  plus  ou  moins  grande  des  pieds  et  du 
degré  variable  d'écartement  de  ces  parties,  qui  leur  per- 
mettent d'embrasser  une  base  plus  ou  moins  grande  de  sus- 
tentation ,  ou  qui  s'accommodent  plus  ou  moins  bien  aux 
inégalités  du  sol. 

Si  les  sauriens,  tout  en  ayant  les  membres  d'égales  dimen- 
sions, ne  soutiennent  qu'avec  effort,  sur  des  pieds  trop  petits 
et  trop  foibles,  un  tronc  lourd,  pesant,  trapu  ou  très-long, 
ils  ne  marchent  qu'avec  lenteur,  gêne  et  embarras. 

Tels  sont  les  crocodiles  et  les  chalcides. 

Quelques  sauriens  sautent  fort  lestement.  Les  iguanes  et 
les  tupinambis  nous  serviront  d'exemples. 

Ceux  d'entre  ces  animaux  qui  vivent  dans  l'eau,  comme 
les  crocodiles  et  les  dragonnes,  nagent  au  moyen  de  leurs 
pieds,  qui  sont  pour  eux  ce  que  les  rames  sont  pour  un  ba- 
teau. 

C'est  ainsi  que  les  mouvemens  de  tous  genres  des  sauriens 
contribuent  à  vivifier  la  scène  du  monde,  soit  sur  la  verdure 
de  la  terre,  soit  au  sein  des  fleuves  rapides,  des  lacs  tran- 
quilles. Le  lézard ,  qui  semble  dévorer  l'espace  dans  sa  course 
rapide;  le  dragon,  qui  voltige  de  branche  en  branche  et 
s'élance  vers  les  cieux  ;  la  dragonne,  qui  se  baigne  dans  le 
cristal  des  fontaines  et  des  ruisseaux  limpides;  l'orvet,  qui 
se  glisse  ;  en  ser^entaet,  sous  les  feuilles  sèches  de  nos  taillis; 


462  S  AU 

le  gavial,  qui  fend  les  ondes  avec  la  rapidité  d'une  flèche ,  nous 
offrent  certainement,  dans  leurs  vives  évolutions,  un  des  spec- 
tacles les  plus  variés  et  les  plus  intéressans  de  notre  monde 
sublunaire,  où  rien  ne  peut  rester  immobile,  où  la  puis- 
sance, le  merveilleux  de  la  nature,  nous  obligent  à  une  ad- 
miration continuelle  et  sans  bornes. 

2°  Des  Organes  de  la  Sensibilité  en  général  chez  les  Sauriens. 
Nous  avons  déjà  dit  que  ces  organes  sont  excessivement  va- 
riables dans  chacun  des  quatre  grands  ordres  de  la  classe  des 
Reptiles,  les  Chéloniens,  les  Sauriens,  les  Ophidiens  et  les 
Batraciens  (voyez  Reptiles).  Nous  rappellerons  ici  que  les 
Sauriens  ont  un  aussi  grand  nombre  de  sens  que  les  animaux 
vertébrés  les  mieux  conformés.  Comme  les  mammifères  et  les 
oiseaux,  ils  jouissent  de  cinq  sens  différens;  tandis  que  dans 
les  poissons  on  voit  déjà  l'olfaction  être  remplacée  très-pro- 
bablement par  une  sorte  de  gustation  ;  que  dans  beaucoup  de 
gastéropodes  la  vue  et  l'ouïe,  outre  l'odorat ,  paroissent  nuls; 
que  dans  les  acéphales  et  les  helminthes  il  n'y  a  ni  yeux,  ni 
oreilles,  ni  organes  de  l'olfaction  et  de  la  gustation  recon- 
nus évidemment;  que  dans  les  radiaires,  actinies,  méduses, 
échinodermes ,  polypes,  etc.,  toute  la  sensibilité  semble  bor- 
née à  une  simple  faculté  de  taction. 

Mais,  à  l'exception  de  celui  de  la  vue  ,  les  Sauriens  ont  tous 
leurs  sens  si  foibles  ,  en  comparaison  de  ceux  des  mammifères 
et  des  oiseaux,  qu'ils  doivent  percevoir  un  bien  plus  petit 
nombre  d'impressions  ,  éprouver  des  sentimens  intérieurs 
moins  forts  et  moins  fréquens  ,  ressentir  un  besoin  moins  sou- 
vent renouvelé ,  et  surtout  moins  parfaitement  satisfait,  de 
communiquer  avec  le  monde  extérieur  ,  et ,  par  suite  ,  offrir 
à  l'observation  une  froideur  d'affections,  et  une  apathie  re- 
marquables, un  instinct  mal  déterminé,  des  intentions  peu 
décidées. 

C'est,  en  effet,  ce  que  l'on  peut  noter  dans  la  généralité 
de  ces  animaux. 

C'est  à  cette  réunion  de  causes,  sous  la  dépendance  immé- 
diate d'une  seule  principale,  qu'il  convient  de  rattacher  un 
fait  énoncé  ci-devant  par  nous  (voyez  Reptiles);  savoirs 
que,  chez  les  animaux  dont  nous  écrivons  l'histoire  ,  l'irrita- 
bilité musculaire  est  d'une  énergie  qui  paroît  hors  de  pro- 


s  AU  /,G5 

portion  avec  le  peu  de  développement  delà  sensibilité,  avec 
le  peu  de  délicatesse  de  la  plupart  des  sens,  avec  le  petit  vo- 
lume relatif  de  leur  cerveau.  La  foiblesse  des  sens  qui  les 
caractérise  suffit  probablement ,  en  effet,  pour  amener  dans 
leur  organisation  intérieure  des  changemens  tels  que  la  ra- 
pidité des  mouvemens  soit  manifestement  modérée,  que  la 
force  des  frottemens  soit  sensiblement  diminuée  ,  que  la  cha- 
leur interne,  qui  est  en  proportion  du  mouvement  et  de  la 
vie,  décroisse  de  genre  en  genre,  pour  ainsi  dire. 

Si  l'on  joint  à  cela  le  peu  d'abondance  du  sang  chez  les 
reptiles,  le  temps  considérable  que  cette  humeur  met  à  cir- 
culer, sans  passer  par  les  poumons,  qui,  d'ailleurs  ,  selon 
quelques  anatomistes ,  ne  reçoivent  jamais  d'autre  sang  que 
celui  qui  est  nécessaire  à  leur  nourriture  ,  et  peuvent  être 
ouverts,  coupés,  lacérés,  sans  que  la  mort  s'ensuive  immé- 
diatement, on  concevra  facilement  comment,  chaque  année 
et  durant  un  temps  déterminé,  ces  animaux  tombent  dans 
un  état  de  torpeur  que  rendent  inévitable  des  circonstances 
de  température  auxquelles  paroissent  insensibles  et  les  Oiseaux 
et  les  Mammifères. 

Les  causes  internes  se  réunissent  don.c  aux  causes  externes 
pour  diminuer  l'activité  intérieure  des  Sauriens  ,  pour  ne 
leur  pas  laisser  même,  pendant  telle  ou  telle  saison,  le  bru- 
tal instinct,  les  penchans  physiques,  qu'ils  écoutent  ou  qu'ils 
suivent  habituellement,  l'exercice  intérieur  de  leurs  sens  et 
du  sentiment,  l'appétit  grossier  des  alimens,  le  besoin  si  im- 
périeux du  rapprochement  des  sexes,  et  pour  les  faire  tomber 
dans  un  état  de  sommeil  et  d'engourdissement  prolongé ,  vé- 
ritable image  de  la  mort,  comme  chez  les  marmottes,  les 
loirs,  les  chauve-souris,  les  hérissons  et  les  hirondelles. 

Chez  eux  aussi,  par  conséquent,  la  sensibilité  peut,  sans 
de  graves  inconvéniens,  être  émoussée  et  perdre  beaucoup 
de  sa  délicatesse,  sans  que  l'activité  des  fonctions  de  la  vie 
intérieure  en  soit  notablement  ralentie,  et  cela  d'après  l'exa- 
men des  faits  cités  plus  haut  par  nous  à  ce  sujet.  (  Voyez 
Reptiles.  ) 

Moins  sensibles,  moins  animés  par  des  passions  vives,  moins 
agités  au  dedans,  moins  agissans  à  l'extérieur,  en  général , 
bien  inis  à  l'abri  des  violens  dangers ,  devant  peu  redouter 


4P4  SAU 

lesaccidens,  les  Sauriens  peuvent  être,  sans  pour  cela  perdre 
aussitôt  la  vie,  privés  de  pattes ,  de  queue  et  d'autres  parties 
importantes,  et  même  les  recouvrer,  les  reproduire  plus  tard. 
Un  phénomène  si  extraordinaire  suffit  pour  démontrer  com- 
bien les  différentes  parties  de  ces  êtres  sont  peu  dépendantes 
les  unes  des  autres;  comment  leur  système  nerveux  constitue 
un  ensemble,  dont  les  diverses  pièces  sont  moins  liées  entre 
elles  que  dans  les  mammifères  et  les  oiseaux;  comment,  ani- 
més par  une  moindre  chaleur,  ils  ont,  sur  le  sol  brûlant 
qu'ils  habitent,  en  général,  moins  besoin  de  boire  que  les 
animaux  de  ces  deux  classes. 

La  lenteur  delà  circulation,  la  basse  température  du  sang 
de  ces  reptiles,  tout  en  servant  à  expliquer  comment  ils  ne 
perdent  point  la  vie  au  moment  même  où  ils  sont  privés  de 
leur  tête  ,  s'accordent  aussi  très-bien  avec  la  facilité  qu'ont 
ces  animaux  de  supporter  de  longs  jeûnes  ;  facilité  telle  , 
qu'on  a  vu  des  crocodiles  passer  plus  d'un  an  sans  prendre 
aucune  nourriture. 

Mais  ,  s'ils  ont  le  pouvoir  de  résister  à  des  coups  qui  ne 
portent  que  sur  certains  points  de  leur  corps,  à  des  lésions 
locales  ,  ils  succombent  promptement  aux  efforts  des  causes 
extérieures  qui  attaquent  l'ensemble  de  leur  économie  avec 
énergie  et  constance  :  leurs  facultés  internes  réagissant  avec 
trop  peu  d'activité.  C'est  ainsi  qu'une  atmosphère  plutôt  froide 
que  tempérée  les  rend  immédiatement  foibles  et  malades  ,  et 
même  les  tue  souvent.  Aussi  voit-on  les  crocodiles  gigantes- 
ques ,  les  iguanes,  les  basilics  et  toutes  les  races  à  grande 
taille  de  la  famille  des  Sauriens,  ne  fréquenter,  tant  dans 
l'ancien  que  dans  le  nouveau  continent ,  que  les  zones  tor- 
rides,  animer  leurs  fleuves,  leurs  savannes  nayées  ,  leurs  forêts 
humides  et  chaudes,  leurs  sables  brûlans.  C'est  là  que  ces 
grandes  espèces  semblent  confinées,  et  si  quelques-unes  d'en- 
tre elles  habitent  aussi  des  contrées  plus  ou  moins  éloignées 
de  l'équateur,  leurs  dimensions  deviennent  progressivement 
de  plus  en  plus  petites,  et  elles  sont  de  moins  en  moins  nom- 
breuses en  individus. 

Le  peu  d'énergie  de  l'appareil  de  la  Sensibilité  chez  les 
Sauriens  empêche  les  individus  d'une  même  espèce  de  former 
jamais  une  vraie  société,  quoique  souvent  on  puisse  les  trou- 


SAU  465 

ver  réunis  en  troupes  plus  ou  moins  nombreuses.  Aucun 
ouvrage,  aucune  chasse  ,  aucune  guerre  qui  paroissent  con- 
cerîés,  ne  résultent,  comme  l'a  dit  de  Lacépède  ,  de  leur 
attroupement.  Jamais  ils  ne  se  construisent  d'asyle  ;  et  lors- 
qu'ils en  choisissent  un  sur  des  rivages,  dans  des  rochers  , 
dans  des  trous  d'arbres,  ce  n'est  point,  ajoute  ce  grand  his- 
torien de  la  Nature,  une  habitation  commode  qu'ils  prépa- 
rent pour  un  certain  nombre  d'individus  réunis,  c'est  une 
retraite  purement  individuelle  ,  où  ils  ne  veulent  que  se  ca- 
cher ,  et  à  laquelle  ils  ne  changent  rien. 

Si  quelques-uns  chassent  ou  pèchent  ensemble,  c'est  qu'ils 
sont  simultanément  entraînés  parle  même  besoin,  attirés  par 
le  même  appât;  s'ils  se  défendent  en  commun  ,  ce  n'est  que 
parce  qu'ils  sont  attaqués  ensemble. 

Malgré  leur  férocité  indomptable,  pour  ainsi  dire,  malgré 
leur  stupidité  décourageante  ,  beaucoup  de  ces  reptiles  sont 
cependant  susceptibles  dêtre  apprivoisés  et  rendus  familiers. 

Les  prêtres  de  Memphis  ,  disent  les  anciens  historiens , 
élevoient  dans  une  sorte  de  domesticité  des  crocodiles,  qu'ils 
promenoient  en  public  dans  certaines  cérémonies  religieuses. 

Au  rapport  de  La  Brue ,  cité  dans  l'Histoire  générale  des 
Voyages  ,  il  paroit  aussi  que ,  dans  la  rivière  de  San  Domingo  , 
près  les  côtes  occidentales  de  l'Afrique,  les  Nègres  prennent 
soin  de  nourrir  les  crocodiles,  qui  deviennent  tellement  fa- 
miliers ,   qu'ils  sont  le  jouet  et  la  monture  des  enfans. 

L'encéphale  n'occupe  ,  dans  les  Sauriens  ,  qu'une  petite, 
partie  de  la  cavité  du  crâne,  en  sorte  que  la  ligure  et  l'é- 
tendue de  celle-ci  ne  sauroient  être  un  indicateur  exact  de 
la  forme  et  du  volume  de  l'organe  qu'elle  renferme. 

Il  se  termine  ,  du  reste  ,  comme  chez  tous  les  autres  rep- 
tiles et  animaux  vertébrés  en  général,  en  haut  et  en  avant, 
par  les  lobes  olfactifs  et  par  les  hémisphères  cérébraux;  mais, 
ainsi  que  l'encéphale  dvS  poissons  ,  il  est  privé  de  décussa- 
lions  ou  commissures  générales,  quoiqu'il  se  place  beaucoup 
au-dessus  de  lui  par  la  prédominance  de  l'organe  qui  repré- 
sente le  cerveau,  prédominance  telle,  que  les  autres  parties 
de  la  masse  encéphalique  semblent  n'avoir  plus  de  relations 
les  unes  avec  les  autres  que  par  son  intermède,  et  y  sont  liées 
bien  plus  intimement  que  ne  le  sont  les  divers  lobes  entre  eux. 
47'  5o 


466  8  AU 

En  général,  toutes  ses  parties  sont  lisses  et  sans  circonvo- 
lutions. 

Il  est  difficile  d'établir  ici,  d'une  manière  comparative,  la 
proportion  de  son  poids,  relativement  au  poids  total  du  corps, 
parce  que  celui  du  premier  reste  à  peu  près  le  même,  tan- 
dis que  celui  du  dernier  varie  suivant  une  foule  de  circons- 
tances,  et  quelquefois  du  simple  au  double,  selon  qu'on 
examine  un  sujet  maigre  ou  gras. 

Cependant  on  peut  affirmer  que  son  volume  est,  absolu- 
ment parlant ,  énormément  plus  petit  que  celui  de  l'encé- 
phale des  animaux  à  sang  chaud,  c'est-à-dire  des  mammifères 
et  des  oiseaux. 

La  dure-mère,  dépourvue  de  toute  espèce  de  replis  falci- 
formes  et  autres  ,  est  constamment  adhérente  à  la  face  interne 
du  crâne  ,  et  se  trouve  séparée  de  l'encéphale  par  une  pulpe 
muqueuse  plus  ou  moins  solide. 

L'arachnoïde  est  remplacée  par  une  cellulosité  lâche,  qui 
renferme  cette  sorte  de  pulpe  gélatineuse. 

La  pie-mère ,  comme  dans  les  autres  animaux  vertébrés, 
est  formée  par  un  réseau  vasculaire  des  plus  compliqués  et 
des  plus  délicats. 

Les  hémisphères  du  cerveau  sont  placés  en  avant  des  cou- 
ches optiques  et  ne  les  recouvrent  point.  Leur  existence  est 
évidente,  et  il  n'est  nullement  permis  de  les  confondre  avec 
telle  ou  telle  autre  partie  de  la  masse  encéphalique,  comme , 
plus  d'une  fois,  on  l'a  fait  pour  les  poissons. 

Leur  forme  la  plus  ordinaire  se  rapproche  de  celle  d'un, 
triangle  dont  la  base  seroit  tournée  en  arrière  ,  ainsi  que  cela 
a  lieu  dans  les  oiseaux. 

Tout-à-fait  isolés  l'un  de  l'autre,  par  leur  partie  supérieure, 
à  cause  de  l'absence  du  corps  calleux  et  de  la  voûte ,  ils 
viennent  s'attacher  par  leur  base  sur  les  pédoncules  cérébraux. 

Les  hémisphères  du  cerveau  des  sauriens,  comme  de  celui 
des  autres  reptiles,  plus  parfaits  que  ceux  des  poissons,  tant 
osseux  que  chondroptérygiens  ,  sont  moins  variables  dans 
leur  forme  que  chez  ces  derniers  animaux. 

Dans  le  caméléon  ils  forment  un  ovale  et  se  fixent  ou 
s'assujettissent  par  leur  base  aux  pédoncules  cérébraux.  Ils 
ressemblent  l^eaucoup  à  ce  qu'ils  sont  chez  les  oiseaux. 


SAU  467 

Leur  intérieur  est,  comme  à  l'ordinaire,  creusé  par  un 
ventricule ,  dans  lequel  est  un  tubercule  hémisphérique  , 
dont  une  portion  représente  le  corps  strié. 

La  lame,  de  substance  cérébrale,  qui  les  constitue,  après 
avoir  recouvert  ce  tubercule  hémisphérique,  se  réfléchit  au- 
dessous  de  lui,  et,  se  dirigeant  en  dedans,  vient  fixer  l'hé- 
misphère au-devant  de  la  couche  optique,  à  peu  prés  comme 
chez  les  oiseaux  :  elle  est  d'un  blanc  mat.  Chacun  d'eux  est 
pyriforme  et  présente  sa  grosse  extrémité  arrondie  en  arrière, 
tandis  que  la  petite  se  prolonge  insensiblement  dans  le  pé- 
dicule olfactif,  comme  on  le  voit  dans  le  lézard  vert  ,  le  lé- 
zard gris,  l'orvet,  etc. 

Dans  les  crocodiles  et  dans  le  caïman  à  museau  de  brochet 
la  lame  qui  les  constitue  se  comporte  comme  dans  les  Tor- 
tues. 

Chez  les  uns,  comme  chez  les  autres,  elle  est  blanche. 

Dans  les  tupinambis  les  hémisphères  cérébraux  sont  plus 
globuleux  et  moins  alongés  que  dans  les  reptiles  précédens. 

Chez  les  Sauriens,  en  général,  de  même  que  dans  les  pois- 
sons, les  lobes  cérébraux  sont  précédés  d'un  lobule  olfactif, 
qui  tantôt,  ainsi  que  cela  se  voit  dans  le  crocodile  à  museau 
de  brochet,  est  sessile  ,  et  tantôt,  ainsi  que  cela  existe  dans 
la  plupart  des  autres  sauriens,  est  pédicellé  et  tenu  à  dis- 
tance. 

A  l'exception  des  crocodiles ,  du  caïman  à  lunettes  et  du 
caméléon  ,  où  le  volume  de  ces  organes  est  fort  petit,  les  Sau- 
riens, chez  lesquels  le  lobe  olfactif  est,  pour  ainsi  dire,  con- 
fondu avec  le  lobe  cérébral,  ont  les  lobes  cérébraux  les  plus 
développés;  tandis  que  chez  ceux  qui  ont  le  lobe  olfactif 
supporté  par  un  pédoncule  ,  on  trouve  les  lobes  cérébraux 
très-petits,  alongés,  comme  fusiformes,  ou  plus  ou  moins 
globuleux  et  arrondis. 

Le  pédicule  du  lobule  olfactif  de  ces  reptiles  est  plus  ou 
moins  gros;  il  ressemble  à  celui  des  poissons  chondroptéry- 
giens,  mais  jamais,  comme  cela  a  lieu  dans  les  poissons  os- 
seux, il  n'a  la  figure  d'un  ruban  aplati. 

M.  le  docteur  Serres  ,  chef  des  travaux  anatomiques  de 
l'Administration  des  hôpitaux  et  hospices  de  Paris,  a  me- 
suré les  dimensions  des  lobes  cérébraux  chez  plusieurs  rep- 


^G3  S  AU 

tiles.  Voici  le  résultat  de  ses  observations  sur  les  Sauriens  : 

Diamètre  Diamètre 

antéro-postérieur.      Iransverse. 

Mètres.  Mètres. 

Crocodile  du  Nil 0,00800  ....  o,oo5oo 

Caïman  à  lunettes 0,00700  ....  o,oo/,oo 

Caïman  à  museau  de  brochet  ....  0,02100  ....  0,01100 

Lézard  gris o,oo5oo  ....  0,00275 

—     vert o,oo35o  ....  0,00260 

Tupinambis 0,00400  ....  o,oo3oo 

Caméléon  ordinaire 0,00600  ....  o,oo353 

Orvet o,oo25o  ....  0,00200 

Les  circonvolutions  du  cerveau  ;  le  corps  calleux  ;  le  sep- 
tum  lucidum;  le  trîgone  cérébral  ou  la  voûte  à  trois  piliers  ; 
le  corps  frangé  et  la  corne  d'Ammon  ou  pied  d'hippocampe  , 
manquent  dans  l'encéphale  des  Sauriens,  comme  chez  les 
autres  reptiles. 

Lorsque  dans  les  Sauriens  qui  appartiennent  aux  familles 
supérieures  de  l'ordre,  dans  les  crocodiles  en  particulier, 
on  vient  à  ouvrir  le  ventricule  de  l'hémisphère  ,  on  le  trouve, 
ainsi  que  chez  les  oiseaux,  presque  comblé  par  un  tuber- 
cule considérable,  solide,  d'un  gris  blanchâtre,  entièrement 
libre  dans  la  partie  interne,  où  un  sillon  longitudinal  le  par- 
tage en  deux  portions,  une  supérieure  et  une  inférieure; 
cette  dernière  formant  un  croissant,  dont  la  concavité  em- 
brasse les  rayons  médullaires,  émanés  de  la  couche  optique. 
Ce  tubercule  est  également  libre  par  sa  face  supérieure,  et 
n'adhère  au  corps  de  l'hémisphère  que  par  sa  base  et  sa  face 
externe.  Au-dessus  de  lui  on  aperçoit  un  second  tubercule, 
plus  considérable,  plus  étendu  en  avant,  en  haut  et  en  ar- 
rière,  et  le  recouvrant  en  quelque  sorte. 

Le  tubercule  hémisphérique  de  ces  reptiles  est  donc  ,  comme 
le  dit  M.  Serres,  composé  du  corps  strié  et  de  la  masse  grise 
qui  l'enveloppe  communément,  et  qui  correspond  au  demi- 
centre  ovale  des  mammifères. 

C'est  donc,  et  par  celui-ci  et  par  le  corps  strié  lui-même, 
que  le  ventricule  de  l'hémisphère  se  trouve  rempli. 


s  AU  /,69 

Chez  le  (upinambis  et  le  caméléon  le  tubercule  du  demi- 
centre  ovale  est  comme  atrophié;  mais  le  corps  strié,  quoi- 
que très-réduit  dans  son  volume,  est  plus  nettement  dessiné 
que  chez  les  crocodiles  et  les  caïmans. 

Dans  les  genres  suivans  le  tubercule  du  demi-centre  ovale 
diminue,  et  le  ventricule  devient  de  plus  en  plus  libre. 

Chez  les  lézards,  entre  autres,  on  ne  trouve  déjà  plus  que 
le  corps  strié,  formant  un  petit  croissant  autour  des  radia- 
tions de  la  couche  optique. 

Chez  les  Sauriens,  où.  sans  être  recouvertes  par  eux,  elles 
sont  situées  en  arrière  des  hémisphères,  les  couches  optiques 
sont,  en  général,  plus  restreintes  que  dans  les  oiseaux,  et 
même  elles  sont  fort  petites  dans  les  lézards  en  particulier, 
où  elles  occupent  l'angle  rentrant  formé  par  l'entrecroisement 
des  nerfs  optiques. 

Dans  le  caméléon  elles  sont  plus  volumineuses  et  plus  ar- 
rondies. 

Chez  les  crocodiles  et  les  caïmans  elles  forment  un  globe 
saillant  en  arrière  des  nerfs  optiques  et  en  avant  de  la  moelle 
alongée. 

Dans  ces  espèces  de  Sauriens,  leur  volume  est  propor- 
tionné à  celui  des  lobules  olfactifs. 

Chez  les  crocodiles,  et  surtout  dans  le  caïman  à  museau  de 
brochet,  elles  représentent  une  vésicule  membraneuse  ,  dont 
la  cavité  communique  en  haut  dans  le  troisième  ventricule 
et  en  bas  dans  la  tige  pituitaire.  Les  parois  de  cette  vési- 
cule sont  formées  de  deux  lames  médullaires,  dans  l'inter- 
valle desquelles  se  trouve  logée  une  certaine  quantité  de 
substance  corticale  ou  grise. 

En  outre,  chez  plusieurs  lézards,  on  trouve  deux  petites 
vésicules  blanchâtres,  situées  en  arrière  de  ces  couches,  et 
que  Malacarne  a  prises  pour  les  éminences  mamillaires. 

Située  en  avant  de  la  couche  optique  et  sans  connexion 
avec  elle,  la  bandelette  demi-circulaire  est  interposée  comme 
une  cloison  entre  celle-ci  et  le  corps  strié,  chez  les  Sau- 
riens. 

Les  ventricules  latéraux  du  cerveau  se  dilatent  beaucoup 
dans  les  mêmes  animaux,  où,  cependant,  leur  plancher  porte 
des  tubercules  qui  en  diminuent  beaucoup  la  capacité. 


47«  SAU 

Leur  soupirail  est  pratiqué  sur  la  face  in(erne  du  lobe 
cérébral  et  en  arrière,  immédiatement  en  avant  et  un  peu 
au  côté  externe  de  la  couche  optique,  en  arriére  de  la  com- 
missure antérieure. 

Cette  disposition  se  remarque  chez  tous  les  Sauriens,  où 
cet  orifice  est  une  ouverture  étroite  ,  tandis  que  chez  les 
Batraciens  et  les  Ophidiens,  il  est  beaucoup  plus  large,  ce 
qui  tient  à  la  différence  de  volume  du  noyau  central. 

En  avant ,  les  ventricules  se  continuent  dans  la  cavité  du 
lobule  olfactif. 

Ils  se  réfléchissent  en  arrière  au  pourtour  de  la  portion 
non  adhérente  du  tubercule  hémisphérique. 

Les  cavités  digitales  semblent  ne  point  exister. 

Les  plexus  choroïdes  sont  riches  en  vaisseaux  et  bien  dé- 
veloppés. 

Dans  la  plupart  des  Sauriens  les  pédoncules  du  conarium 
sont  fins ,  déliés  et  foiblement  assujettis. 

La  cammissure  postérieure  manque  dans  la  presque-géné- 
ralité des  Sauriens,  ou  il  n'y  existe  qu'en  rudiment,  et  géné- 
ralement dans  les  lacertiens. 

Le  Conarium  ou  Glande  pinéale  existe  dans  les  Sauriens 
comme  dans  tous  les  autres  animaux  vertébrés  sans  ex- 
ception ,  malgré  les  assertions  contraires  de  Sténon  et  de 
Haller. 

Il  est  bien  plus  apparent  chez  eux  que  chez  les  poissons. 

Situé  en  arrière  des  hémisphères  cérébraux  et  sur  le  ren- 
flement des  couches  optiques,  dont  ses  pédoncules  dépassent 
quelquefois  les  limites,  il  est,  chez  l'orvet,  d'une  extrême 
ténuité,  tandis  que  dans  les  lézards  il  offre  un  peu  plus  de 
volume. 

Chez  le  caméléon  et  le  tupinambis  il  est  très- prononcé 
et  dans  les  crocodiles  il  paroît  d'un  volume  considérable, 
comparativement  à  la  masse  totale  de  l'encéphale. 

Chez  le  caïman  à  museau  de  brochet  il  est  plus  fort 
encore. 

Dans  l'orvet,  les  lézards,  les  tupinambis,  les  crocodiles, 
il  est  de  forme  alongée  et  un  peu  biiurquée  en  devant. 

Dans  le  caïman  à  museau  de  brochet  il  est  divisé  Jusqu'à 
son  sommet. 


s  AU  471 

Quand  il  existe  un  rudiment  de  commissure  postérieure, 
cette  prétendue  glande  n'a  avec  lui  aucun  rapport. 

C'est  ce  qui  arrive  le  plus  évidemment  du  monde  pour  les 
erocodiles  et  pour  le  caïman  à  museau  de  brochet,  comme 
l'a  observé  le  docteur  Serres. 

Chez  les  mammifères  et  les  oiseaux  on  remarque  dans  le 
troisième  ventricule  la  commissure  molle  et  grise  des  couches 
optiques. 

Dans  les  crocodiles  et  les  caïmans,  cette  commissure  existe 
aussi,  et  est  plus  marquée  que  chez  les  oiseaux,  et  située  plus 
bas  que  dans  les  mammifères. 

La  Commissure  antérieure  se  rencontre  chez  presque  tous  les 
Sauriens;  elle  devient  plus  prononcée  chez  U^s  lézards  que 
chez  les  autres. 

Dans  les  crocodiles  et  les  caïmans  elle  est  située  en  avant 
de  la  couche  optique  et  dans  le  sillon  qui  la  sépare  du  corps 
strié;  à  droite  et  à  gauche  elle  pénètre  dans  le  tubercule 
hémisphérique,  et  s'y  perd  presque  aussitôt. 

Le  Corps  pituitaire  ou  ÏHjpophjse  cérébrale  est  impaire  dans 
les  Sauriens,  comme  dans  les  mammifères,  les  oiseaux,  et  les 
autres  reptiles. 

Il  est  en  général  d'un  fort  petit  volume  et  d'une  teinte 
grise. 

Le  cervelet  des  Sauriens,  très- petit  et  aplati,  a  la  figure 
d'un  segment  de  cercle  plus  ou  moins  triangulaire. 

Les  nerfs  olfactifs  de  ces  reptiles,  comme  dans  les  autres 
animaux  de  leur  classe  et  dans  les  oiseaux,  proviennent  d'un 
lobule  placé  à  l'extrémité  antérieure  des  hémisphères. 

Nous  avons  parlé  de  l'origine  de  leurs  nerfs  optiques  au 
mot  Reptiles.  (Voyez  aussi  Sens  et  Système  nerveux.) 

Celle  de  leurs  autres  nerfs  ne  présente  rien  de  parti- 
culier. 

3."  Des  Organes  des  Sensations  spéciales  dans  les  Sauriens.  Tous 
les  Sauriens  ont  deux  yeux  placés  à  droite  et  à  gauche  de 
la  tête,  assez  saillans  et  assez  gros,  relativement  au  volume 
de  leur  corps. 

Ces  yeux  sont  mobiles   et  logés  dans  des  orbites. 
Constamment  ils  sont  pourvus  de  paupières,   qui  varient 
en  nombre,  en  figure,   en  direction  et  en  mobilité. 


472  S  AU 

Dans  les  crocodiles,  on  compte  trois  paupières,  deux  ho- 
rizontales et  une  verticale.  Les  deux  premières  se  ferment 
exactement  et  ont  un  renflement  à  leur  bord  ,  mais  sans  aucun 
cil.  La  troisième,  demi-transparente,  se  meut  d'avant  en  ar- 
rière et  peut  couvrir  tout  l'œil.  Elle  n'a  qu'un  seul  muscle, 
qui  remplace  le  pyramidal  des  oiseaux,  et  qui,  de  même 
fixé  à  la  partie  postérieure  du  globe  vers  le  bas,  tourne  au- 
tour du  nerf  optique,  repasse  sous  l'œil  et  jette  son  tendon 
dans  cette  paupière. 

Les  lézards  ordinaires  ont  pour  paupières  une  sorte  de 
voile  circulaire,  tendu  au-devant  de  l'orbite,  et  percé  d'une 
fente  horizontale  que  ferme  un  sphincter,  et  que  dilatent  un 
muscle  élévateur  et  un  muscle  abaisseur.  La  partie  inférieure 
de  ce  voile  a  un  disque  cartilagineux,  lisse,  rond,  comme 
celui  des  oiseaux.  On  trouve  en  outre  ,  chez  ces  reptiles , 
un  rudiment  de  troisième  paupière  ,  mais  sans  muscle  propre. 
Chez  le  caméléon  cette  troisième  paupière  manque  to- 
talement, et  la  fente  du  voile  est  si  petite  qu'on  voit  à  peine 
la  pupille  au  travers. 

Le  gecko  n'a  point  de  paupière  mobile,   et  son  œil  n'est 
protégé  que  par  un  léger  rebord  de  la  peau. 
Le  scinque  paroît  être  dans  le  même  cas. 
On  ne  sait  encore  rien  de  positif  sur  l'appareil  lacrymal  des 
Sauriens. 

La  sclérotique  des  lézards  et  du  caméléon  renferme  des 
lames  osseuses,  comme  celle  des  oiseaux;  mais  ces  lames  n'en 
forment  point  le  disque  antérieur  et  n'en  entourent  que  la 
partie  latérale. 

Le  crocodile  a  des  procès- ciliaires  très-beaux  et  très-pro- 
noncés, qui  se  terminent  chacun  par  un  angle  rectiligne 
presque  droit. 

Les  lézards  en  sont  dépourvus. 

L'iris  des  Sauriens  tient  un  peu  à  celui  des  poissons  par 
les  teintes  métalliques  dont  il  brille.  Celui  du  crocodile  offre 
un  réseau  vasculaire  des  plus  beaux. 

Ce  dernier  reptile  aune  pupille  semblable  à  celle  du  chat, 
tandis  que  cette  ouverture  est  arrondie  dans  le  caméléon  et 
dans  les  lézards ,  et  rhomboïdale  chez  le  gecko. 

En  général,  dans  tous  les  animaux  de  cet  ordre  la  pupille 


SAU  475 

est  susceptible  de  contraction  et  de  dilatation,  de  manière  à 
recevoir  la  quantité  de  lumière  nécessaire.  Aussi  peuvent-ils 
tout  à  la  fois  distinguer  les  objets  au  milieu  de  l'obscurité 
des  nuits  et  au  sein  des  flots  de  lumière  versés  dans  l'atmo- 
sphère par  le  soleil  le  plus  brillant. 

Le  nerf  optique,  chez  les  Sauriens,  traverse  les  membranes 
de  l'œil  directement  et  par  un  trou  rond,  comme  dans  la 
plupart  des  mammifères.  Il  forme  en  dedans  un  petit  tuber- 
cule, des  bords  duquel  naît  la  rétine. 

L'humeur  vitrée  de  ces  animaux  n'offre  rien  de  particulier 
à  noter. 

Il  en  est  de  même  de  leur  cristallin  et  de  leur  humeur 
aqueuse. 

Le  globe  de  l'œil,  chez  le  crocodile,  est  maintenu  dans 
l'orbite  au  moyen  des  six  muscles  ordinaires,  disposés  comme 
dans  les  poissons,  et,  de  plus,  par  quatre  petits  muscles  qui 
embrassent  de  près  le  nerf  optique  et  s'épanouissent  sur  la 
sclérotique,  après  avoir  été  comme  bridés  parle  muscle  de 
la  troisième  paupière. 

L'organe  de  la  vision  est,  d'ailleurs,  fort  actif  dans  les  Sau- 
riens. Habitant  la  plupart,  comme  l'a  remarqué  de  Lacé- 
pède ,  les  rivages  des  mers  et  les  bords  des  fleuves  de  la  zone 
torride ,  oîi  le  soleil  n'est  presque  jamais  voilé  par  les  nuages 
et  où  les  rayons  lumineux  sont  réfléchis  sans  cesse  par  les 
lames  d'eau  et  le  sable  des  rives,  il  faut  que  leurs  yeux  soient 
assez  forts  pour  n'être  pas  altérés  et  bientôt  détruits  par  les 
flots  de  lumière  qui  les  inondent. 

Ainsi  que  les  autres  reptiles,  les  Sauriens  ont  un  organe 
d'audition  composé  d'un  sac  vestibulaire,  d'un  vestige  de  li- 
maçon et  de  trois  canaux  demi-circulaires;  mais  aucun  d'eux 
ne  présente  de  pavillon  pour  l'oreille.  Le  crocodile  seul  offre 
quelque  apparence  d'un  méat  auditif  externe ,  parce  que  la 
peau  forme  une  sorte  de  couvercle  épaissi  au-dessus  de  son 
tympan.  C'est  là  ce  qui  peut  expliquer  le  passage  d'Hérodote, 
où  il  est  dit  que  les  Égyptiens  suspendoient  des  bijoux  aux 
oreilles  des  crocodiles. 

Leur  labyrinthe  osseux  serre  de  près  le  membraneux  et  le 
revêt  partout  d'une  lame  mince  et  dure. 

Dans  les  lézards  et  le  caméléon,  la  caisse  du  tympan,  mem- 


474  S  AU 

braneuse  en  arrière  et  en  dessous  ,  communique  avec  le  fond 
du  palais  par  un  canal  large  et  court. 

Dans  le  crocodile,  cette  caisse,  située  vers  le  haut  du 
crâne,  peut  se  diviser  en  deux  parties;  une  externe,  très- 
évasée  et  fermée  en  dehors  par  le  tympan  et  par  la  peau, 
et  une  interne,  séparée  de  la  première  par  un  étranglement 
et  à  laquelle  aboutissent  les  deux  fenêtres  et  quelques  ca- 
vités analogues  aux  cellules  mastoïdiennes  de  l'homme,  quoi- 
que beaucoup  plus  grandes. 

Une  de  ces  cavités  est  placée  entre  les  canaux  demi  -  cir- 
culaires,  tandis  qu'une  autre  se  dirige  en  arrière  et  en 
dehors. 

Il  n'existe  qu'un  seul  osselet  de  l'ouïe,  lequel  est  simple  et 
offre  une  tige  mince  ,  dure,  et  une  platine  ovale  ou  trian- 
gulaire. Cet  osselet  s'attache  au  tympan  dans  les  lézards,  et 
plus  spécialement  encore  dans  le  crocodile,  par  une  branche 
cartilagineuse.  Chez  ce  dernier  la  platine  a  la  figure  d'une 
ellipse  aiongée,  dont  le  grand  axe  est  longitudinal,  tandis 
que  chez  le  caméléon,  où  la  tige  cartilagineuse  se  perd  dans 
les  chairs ,  elle  ressemble  au  pavillon  d'une  trompette. 

Cet  osselet  paroît  généralement  dépourvu  de  muscles; 
ce  qui  est  surtout  évident  pour  le  caméléon. 

L'appareil  de  l'audition  est  donc  peu  parfait  dans  les  Sau- 
riens; aussi  ces  animaux  ne  paroissent-ils  pas  avoir  l'ouïe  bien 
fine  et  sont-ils  muets,  ou  ne  font-ils  entendre  que  des  sons 
rauques,  confus  et  désagréables. 

Il  en  est  de  même  du  sens  de  l'olfaction,  dont,  en  eux, 
les  organes  paroissent  encore  plus  incomplets. 

Chez  la  plupart  de  ces  animaux  ,  etsurtout  dans  le  crocodile, 
les  fosses  nasales  se  continuent  en  un  tuyau  long  et  étroit  jus- 
que sous  le  trou  occipital.  Leur  ouverture  regarde  le  ciel  et 
n'est  entourée  que  par  les   os  intermaxillaires  seulement. 

Quelques  lézards  cependant  ont  les  narines  ouvertes,  pres- 
que comme  celles  des  oiseaux,  c'est-à-dire,  en  dehors  sur 
le  museau  et  en  dedans  au  milieu  du  palais. 

Aucun  Saurien  n'a  les  os  de  la  face  creusés  par  des  sinus 
en   communication  avec  les  fosses  nasales. 

On  ne  sait  rien  de  bien  positif  sur  les  lames  saillantes  qui 
peuvent  exister  chez  eux  dans  l'intérieur  de  celles-ci. 


SAU  47» 

La  membrane  pituitaire  est  entièrement  garnie  d'un  rets 
de  vaisseaux  noirâtres. 

La  plupart  des  Sauriens  ont  leurs  narines  extérieures  mu- 
nies de  quelques  couches  charnues  ,  qui  peuvent  en  dilater 
ou  en  rétrécir  l'entrée. 

Les  crocodiles  sont  ceux  qui  ont  ces  espèces  de  muscles  les 
plus  rapprochés. 

Les  tupiiiambis,  les  caméléons  et  les  stellions ,  sont  ceux 
où  ils  sont  le  plus  écartés. 

Le  sens  du  goût  est,  dans  la  plupart  des  animaux  dont 
nous  écrivons  ici  l'histoire  générale,  très-foible  et  peut-être 
encore  moins  développé  que  celui  de  l'odorat. 

La  langue  du  plus  grand  nombre  des  Sauriens,  en  effet, 
quoique  singulièrement  extensible  et  mobile,  est  terminée 
par  deux  longues  pointes  qui  sont  demi-cartilagineuses  et 
cornées,  et,  quoique  molle  et  humide,  sa  surface  est  lisse. 

Chez  les  crocodiles  même  elle  est  tellement  fixée  de  près 
par  les  bords  et  par  la  pointe,  qu'elle  paroît  manquer,  ce 
qu'une  opinion  généralement  admise  anciennement ,  paroissoit 
avoir  consacré  en  principe.  Elle  est,  du  reste,  couverte  de 
papilles  représentant  des  rides  superficielles. 

Dans  l'orvet  elle  est  plate,  seulement  fendue  par  le  bout 
et  non  extensible. 

Chez  les  stellions  et  les  iguanes  elle  est  charnue  et  mobile , 
au  contraire,  comme  celle  des  mammifères,  et  ne  diffère 
de  celle  des  scinques  et  des  geckos,  qu'en  ce  qu'elle  n'est 
point  échancrée  parle  bout.  Elle  est,  d'ailleurs,  chez  eux, 
couverte  d'un  velouté  bien  marqué. 

Le  caméléon  a  une  langue  cylindrique,  qui  peut  s'alonger 
considérablement  par  un  mécanisme  analogue  à  celui  qui 
met  en  mouvement  la  langue  des  pics.  Ses  papilles  forment 
des  rides  transverses,  profondes,  serrées  et  très-régulières. 

A  l'égard  du  toucher,  on  doit  le  regarder  comme  bien  ob- 
tus dans  ces  animaux,  puisqu'il  ne  peut,  chez  eux,  donner 
lieu  qu'à  un  petit  nombre  d'impressions  distinctes,  et  cela 
en  raison  des  écailles  dures,  des  couvertures  osseuses,  des 
boucliers  solides,  qui  recouvrent  et  protègent  toute  la  sur- 
face de  leur  corps,  de  l'épiderme  de  corne  qui  les  enveloppe 
de  toutes  parts,   et  qui,   entièrement  desséché,    tombe  au 


^-6  SAU 

moins  une  fois  tous  les  ans,  au  printemps,  d'une  seule  pièce 
et  sous  la  forme  d'un  fourreau,  ou  de  squames  sèches,  ra- 
cornies, fanées  et  incolores. 

Plusieurs  ont.  d'ailleurs,  les  doigts  réunis  de  manière  à  ne 
pouvoir  être  appliqués  qu'avec  peine  à  la  surface  des  corps, 
et  si  quelques-uns  d'entre  eux  ont  des  doigts  très-longs  et  isolés 
les  uns  des  autres,  le  dessous  même  de  ces  doigts  est  garni 
d'écaillés  assez  épaisses  pour  ôter  presque  toute  sensibilité  à 
cette  partie. 

Ces  doigts  sont  au  nombre  de  cinq,  de  diverses  longueurs 
dans  les  véritables  lézards.  Les  crocodiles  les  ont  palmés,  du 
moins  aux  pieds  de  derrière.  Les  geckos  les  ont  revêtus  en 
dessous  d'écaillés  imbriquées. 

Chea  le  caméléon  ils  sont  réunis  par  la  peau  jusqu'aux  on- 
gles en  deux  parties,  qui  font  la  pince. 

Dans  les  seps  et  les  chalcides  ils  ne  sont  qu'au  nombre  de 
trois. 

La  queue  du  caméléon  peut,  jusqu'à  un  certain  point,  être 
comparée  aux  doigts  ,  sous  le  rapport  de  l'exercice  du  sens 
du  toucher. 

Le  corps  muqueux  qui  existe  sous  l'épiderme  a  des  cou- 
leurs très- vives  et  très -variées  chez  les  sauriens,  qui  sont, 
du  reste,  privés  de  tissu  papillaire  partout  ailleurs  que  sous 
les  pattes. 

Dans  le  caméléon  les  papilles  des  pattes  sont  très-grosses 
et  mamelonnées. 

Le  derme  ou  cuir  est  fort  tenace,  intimement  adhérent 
aux  muscles  et  d'une  épaisseur  variable. 

Dans  beaucoup  d'espèces  on  voit  sous  chaque  cuisse  une 
rangée  très -régulière  de  petits  pores,  d'où  sort  une  humeur 
visqueuse. 

Les  véritables  lézards  présentent  cette  disposition. 

Les  ongles  des  sauriens  n'offrent  aucune  particularité  à 
noter. 

Les  écailles  des  crocodiles  sont  osseuses,  imbriquées,  dis- 
posées par  bandes  comme  chez  les  tatous,  carrelées  entre  elles 
comme  dans  les  ostracions,  et  surmontées  dans  le  sens  de  leur 
longueur  d'une  arête  ou  ligne  saillante. 

Dans  les  lézards  et  dans  le  plus  grand  nombre  des  autres 


s  AU  477 

sauriens,  les  écailles  ne  sont  que  de  petites  plaques  ou  com- 
partimens  de  la  peau,  entre  lesquels  s'enfonce  et  se  moule 
l'épiderme,  et  qui  présente  quatre,  cinq  ou  six  côtés,  une 
carène  longitudinale  ,  une  lame  saillante  ou  même  une  épine. 

Les  scinques  et  les  orvets  ont  de  véritables  écailles,  qui' 
à  la  manière  de  celles  des  poissons,  sont  placées  en  recouvre- 
ment les  unes  sur  les  autres.  Elles  sont  plates  et  ressemblent 
à  de  petits  ongles. 

Dans  les  iguanes,  des  écailles  très-saillantes  et  aplaties  se 
redressent  de  manière  à  former,  par  leur  réunion  sur  le  dos, 
une  crête  dentée  ou  pectinée,  haute  d'un  pouce  et  plus. 

Sous  le  ventre  des  lézards,  des  tupinambis  et  des  croco- 
diles, on  observe  des  plaques  carrées,  lisses,  carrelées  et  ran- 
gées en  long  et  en  travers. 

4."  Des  Organes  de  la  Nutrition  dans  les  Sauriens.  Ces  reptiles 
qui  se  nourrissent  de  chair  vivante,  de  petits  quadrupèdes 
d'oiseaux,  de  mollusques,  de  vers,  d'insectes,  qui  ne  boivent 
point  et  qui  ne  sauroient  sucer,  digèrent  lentement  et  man- 
gent rarement,  surtout  dans  la  saison  froide,  en  sorte  que 
si  quelques-uns  d'entre  eux,  tels  que  les  crocodiles,  détrui- 
sent beaucoup  ,   cela   tient  évidemment  à  la  grande  masse 
qu'ils  ont    à   entretenir.   Un  repas  leur  suflBt  souvent  pour 
plusieurs  jours,  et  l'on  a  vu  des  crocodiles  rester  plusieurs 
mois  sans  prendre  de  nourriture,  malgré  la  voracité  qui  les 
caractérise. 

Dans  notre  article  Reptii.es  nous  avons  fait  connoître,  avec 
des  détails  suffisamment  étendus,  tout  ce  qui  concerne  la 
forme,  la  composition,  les  dimensions,  la  solidité  des  mâ- 
choires, le  nombre,  le  volume,  la  position,  le  mode  d'im- 
plantation des  dents  des  sauriens.  Nous  ne  reviendrons  point 
ici  sur  cette  matière,  et  nous  continuerons  immédiatement 
la  description  de  leurs  organes  de  la  digestion. 

Par  une  conséquence  nécessaire  du  défaut  de  mastication 
chez  ces  animaux  les  glandes  salivaires  dévoient  constituer  un 
appareil  moins  important  dans  leur  organisation  que  dans  celle 
des  mammifères. 

Dans  quelques-uns  d'entre  eux  la  langue  est  composée  eu 
grande  partie  d'une  masse  glanduleuse  épaisse,  formée  d'une 
foule  de  petits  tuyaux  réunis  par  leur  base  et  qui  se  séparent 


47«  SAU 

vers  la  surface  de  l'organe.  Ce  sont  autant  de  papilles  quî 
hérissent  cette  surface  ou  qui  la  rendent  veloutée  lorsqu'elles 
sont  très -fines.  Les  côtés  de  la  masse  sont  percés  d'une  mul- 
titude de  pertuis  qui  donnent  passage  à  l'humeur  sécrétée  par 
la  glande  elle-même. 

On  observe  spécialement  cette  disposition  dans  les  geckos 
à  tête  plate,    dans  le  scinque  schneidérien  et  dans  l'iguane. 

Dans  les  tupinambis  cette  glande  paroît  être  remplacée  par 
deux  autres,  alongées,  granuleuses,  situées  sous  la  peau  le 
Jong  de  la  face  externe  des  branches  de  la  mâchoire  infé- 
rieure, et  dont  l'humeur  est  versée  au  côté  externe  des  dents 
de  la  même  mâchoire.  Elles  sont,  de  ce  côté,  immédiate- 
ment recouvertes  par  la  membrane  palatine. 

L'os  hyoïde,  chez  les  sauriens,  n'est  ordinairement  que 
cartilagineux,  et  a  toutes  ses  parties  très-grêles,  alongées  et 
soudées  ensemble. 

Le  corps  de  celui  des  crocodiles,  cependant,  conserve  la 
figure  d'un  large  bouclier,  et,  en  cela,  ressemble  beaucoup 
à  celui  des  chéloniens  :  il  est  cartilagineux  et  porte  les  deux 
cornes  articulées  à  peu  près  au  milieu  de  ses  côtés,  etparois- 
sant  formées  de  deux  portions  soudées  ensemble  au  moyen 
d'une  espèce  de  coude  qu'elles  présentent  en  arrière. 

Dans  l'iguane  ce  même  corps  de  l'os  hyoïde  n'est,  pour 
ainsi  dire,  que  la  réunion  des  sept  cornes  qui  forment  le  car- 
tilage hyoïde.  Il  y  en  a  une  en  avant  qui  se  porte  sous  la 
langue  ,  sans  s'y  fixer.  Les  six  autres  sont  en  arrière.  Les  deux 
inférieures  sont  les  plus  longues;  elles  sont  contiguës,  un  peu 
courbées  en  arc,  et  s'introduisent  dans  le  goitre  sans  donner 
attache  à  des  muscles  ou  à  des  ligamens.  Les  quatre  qui 
restent,  sont  les  vraies  cornes  du  cartilage  hyoïde.  Deux  se 
portent  d'abord  en  arrière,  puis  en  haut,  pour  gagner  l'occi- 
put. Celles  qui  leur  sont  postérieures  sont  recourbées  en  ar- 
rière et  en  haut,  de  manière  à  leur  rester  à  peu  près  paral- 
lèles. 

Les  mêmes  cornes  du  goitre  se  trouvent  encore  dans  les 
scinques,  les  agames  et  les  dragons.  Dans  le  dragon  rayé  leur 
extrémité  tient  au  fond  du  grand  sac  qui  forme  le  goitre 
et  doit  le  tirer  en  dedans  lorsque  la  langue  sort  de  la 
bouche. 


SAU  475 

Dans  le  gecko  à  tête  plate  on  ne  trouve  que  deux  cornes 
hyoïdes,  lesquelles  sont  analogues  à  celles  des  oiseaux. 

Dans  le  caméléon  il  en  existe  quatre,  dont  deux  sont  droites 
et  dirigées  obliquement  en  avant,  tandis  que  les  deux  pos- 
térieures remontent  derrière  la  tête.  Le  corps  se  prolonge 
jusque  vers  le  tiers  antérieur  de  la  langue,  et  est  cylindrique 
et  grêle. 

On  compte  également  quatre  cornes  dans  les  lézards  et  les 
tupinambis.  Les  antérieures  sont  formées  de  deux  pièces, 
soudées  ensemble  ou  mobiles  l'une  sur  l'autre,  dont  la  pre- 
mière est  dirigée  en  avant  et  dont  la  seconde  se  porte  en 
arrière  et  se  recourbe  sur  l'occiput. 

Ces  diverses  pièces  sont  mises  en  jeu  par  les  analogues  des 
muscles  mylo- hyoïdiens,  sterno- hyoïdiens,  omo- hyoïdiens, 
qui  sont  souvent  très-considérables,  génio-hyoïdiens  etcérato- 
maxilliens. 

Les  muscles  stylo-hyoïdiens  manquent  totalement. 

Dans  les  sauriens  la  langue  est  en  général  susceptible  de 
s'alonger  considérablement ,  et  le  mécanisme  qui  produit  ce 
mouvement,  lié  intimement  à  l'acte  de  la  déglutition  ,  est  lui- 
même  inséparable  de  celui  des  diverses  pièces  de  l'appareil 
hyoïdien. 

La  langue,  en  effet,  chez  eux,  est  mue  par  trois  paires 
de  muscles  qui  prennent  leur  point  fixe  sur  ce  dernier  ou 
sur  l'arc  du  menton,  et  par  un  muscle  propre  qui  ne  tient 
qu'à  elle. 

La  première  paire  paroît  l'analogue  des  hyo-glosses  de 
l'homme,  et  compose  avec  les  génio-glosses  droits,  qui  for- 
ment la  seconde  paire  et  qui  naissent  du  bord  inférieur  de 
l'arc  du  menton  ,  la  base  de  la  langue  ,  dans  laquelle  viennent 
se  confondre  les  fibres  du  muscle  propre. 

Dans  les  lézards  et  les  tupinambis  ces  muscles  hyo-glosses 
sont  fort  longs  et  cylindriques. 

Il  existe  aussi  dans  les  sauriens  des  génio-glosses  trans- 
verses ,  qui  s'attachent  aussi  à  l'arc  du  menton  ,  qui  sont  larges 
et  courts  et  qui  manquent  dans  le  caméléon,  de  uiênie  que 
les  génio-glosses  droits. 

Le  muscle  propre  ne  se  trouve  que  dans  les  sauriens  dont 
la  langue  est  alongeable  par  elle-même  et  est  composé  de 


'iSo  SAU 

fibres  annulaires.  Dans  le  gecko  à  tête  plate  il  est  antérieu- 
rement divisé  en  six  ou  huit  petites  branches,  qui  se  réunis- 
sent, vers  le  tiers  moyen  de  la  langue,  en  deux  ventres  ,  puis 
en  un  seul  tronc  de  chaque  côté  ,  avant  de  se  jeter  dans  la 
base  de  la  langue. 

Dans  le  caméléon ,  dont  la  langue  offre  un  mécanisme 
tout-à-fait  spécial,  les  muscles  hyo-glo5ses  sont  fixés  à  tout 
le  bord  antérieur  des  cornes  postérieures  de  l'hyoïde  et  s'in- 
sèrent à  la  moitié  postérieure  du  fourreau  de  la  langue,  qui 
se  regrimpe  par  son  moyen. 

Chez  le  même  reptile  le  muscle  annulaire  ou  propre  est 
fort  épais  et  forme  un  cylindre  charnu,  qui  enveloppe  les 
trois  quarts  antérieurs  de  la  partie  de  l'os  hyoïde  qui  pénétre 
dans  la  langue.  En  avant  il  est  fendu  sur  les  côtés  et  divisé 
en  deux  languettes. 

Chez  lui  encore  le  fourreau  membraneux  ,  qui  enveloppe  la 
langue,  est  mû  par  un  muscle  rétracteur  qui  applique  son 
bout  à  l'extrémité  du  muscle  annulaire. 

Ainsi  donc ,  dans  ce  reptile  singulier  ,  quand  la  partie  de 
la  langue  qui  se  regrimpe  est  froncée  et  raccourcie  par  Thyo- 
glosse  et  que  l'hyoïde  est  porté  en  arrière  par  les  sterno- 
hyoïdiens  et  cératoïdiens,  le  muscle  rétracteur  maintient  le 
bout  du  fourreau  en  rapport  avec  les  parties  ci- dessus  dé- 
signées. 

Lorsque  au  contraire  l'os  hyoïde  est  porté  en  avant  par  le 
muscle  annulaire,  qui  pousse  en  outre  le  fourreau  dans  le 
même  sens,  les  portions  postérieures  du  rétracteur  tirent  en 
avant  le  fourreau  et  le  déplissent. 

L'épiglotte  manque  chez  la  plupart  des  sauriens  :  l'iguane 
ordinaire  et  le  scinque  schneidérien  en  présentent  seuls  une 
apparence;  les  crocodiles  n'en  ont  qu'un  rudiment. 

Il  en  est  de  même  du  voile  du  palais. 

Cependant,  dans  le  gecko  à  tête  plate,  il  existe  une  sorte 
de  valvule  immobile  sur  les  ouvertures  postérieures  des  na- 
rines, et  chez  le  crocodile  on  retrouve  quelque  chose  d'ana- 
logue au  voile  du  palais. 

Dans  le  dernier  reptile  les  ouvertures  postérieures  des  na- 
rines,  très- reculées,  forment  un  trou  arrondi  au  fond  de  la 
voûte  du  palais,  dont  la  membrane  se  détache   pour  des- 


s  AU  48t 

cendre  sur   ses  côtés  en  s'élargissant  jusqu'à   la  base   de  la 
langue. 

Le  pharynx  des  sauriens  n'est  que  légèrement  plus  large 
que  l'œsophage:  aucun  muscle  n'est  destiné  à  le  mouvoir  ou 
à  lui  faire  changer  de  forme. 

La  membrane  muqueuse  qui  le  tapisse  présente  de  nom- 
breux plis  longitudinaux. 

L'œsophage  des  Sauriens  n'offre  rien  de  bien  remarquable. 
Son  diamètre  seulement  est  très- grand  relativement  à  l'esto- 
mac, et  il  paroit  fort  dilatable. 

Leur  estomac  est  presque  généralement  sans  cul-de-sac,  de 
forme  ovale  £t  fort  alongé  :  ses  parois  sont  ordinairement 
minces  et  transparentes,  comme  celles  du   canal  intestinal. 

Sa  membrane  musculeuse  est  fort  peu  sensible,  du  moins 
dans  une  portion  de  son  étendue. 

Le  pylore,  communément  sans  valvule,  n'est  indiqué  que 
par  un  simple  rétrécissement,  par  une  plus  grande  épaisseur 
dans  les  parois,  et  par  quelques  différences  de  structure. 
La  forme  de  l'estomac  varie,  du  reste,  beaucoup. 
Dans  le  crocodile  ce  viscère  a  une  figure  globuleuse  ef 
offre,  très- près  du  cardia  et  en  dessous,  un  petit  cul-de- 
sac,  qui  s'ouvre  dans  l'intestin  par  un  fort  petit  orifice  et  dont 
la  cavité  est  séparée  de  la  grande  par  une  sorte  de  détroit. 
Cette  dernière,  comme  le  remarque  M.  Cuvier,  est  consé- 
quemment  un  grand  cul-dc-sac  :  ses  parois  sont  remarqua- 
blement épaisses.  La  membrane  interne  y  forme  de  longues 
rides,  qui  serpentent  à  la  manière  des  circonvolutions  céré- 
brales. 

L'estomac  de  l'iguane  est  ovoïde  et  fort  alongé,  sans  cour- 
bure ;  il  semble  formé  par  l'œsophage,  qui  se  dilate  insensi- 
blement en  descendant,  en  sorte  qu'on  ne  peut  assigner  la 
place  du  cardia  que  par  la  cessation  des  plis  longitudinaux 
qui  caractérisent  l'œsophage.  Avant  de  se  terminer  au  pylore  , 
le  viscère  se  recourbe  un  peu,  se  rétrécit  tout  à  coup  et 
acquiert  plus  d'épaisseur  et  d'opacité  dans  ses  parois. 

Celui  du  sauve-garde  constitue  un  long  boyau  courbé  eu 
un  cercle  presque  complet. 

Dans  le  caméléon  l'estomac  commence  par  un  petit  ren- 
flement ,  prend  une  forme   cylindrique  et  alongée,.se  re^ 
47.  0  1 


48a  SAU 

courbe  sur  îui-même,  se  rëtrécit  beaucoup  avant  de  se  ter- 
miner, et  forme  une  sorte  de  petit  boyau ,  dont  la  membrane 
interne  présente  des  plis  longitudinaux. 

Dans  le  dragon  il  est  pyriforme  :  sa  grosse  extrémité  ré- 
pond au  cardia. 

Proportionnellement  au  corps,  le  canal  intestinal  des  sau- 
riens est  très-court:  dans  le  crocodile  du  Nil,  par  exemple,  la 
longueur  du  corps  par  rapport  à  celle  du  canal  intestinal 
est  ::  1  :  3,3  ;  dans  le  gavial  ::  i  :  j,i  ;dans  le  caméléon::  i  :  1,7  , 
dans  le  gecko  à  gouttelettes  ::  1  :  i,3;  dans  le  lézard  gris 
::  1,3: 1.  Cette  brièveté  dépend  évidemment  du  genre  d'ali- 
mens  dont  se  nourrissent  ces  reptiles. 

Généralement  leur  canal  intestinal  n'offre  aucune  espèce 
d'appendice  propre  à  indiquer  une  division  en  petits  et  en 
gros  intestins. 

Le  plus  ordinairement  on  voit  chez  eux  un  intestin  long 
et  grêle  ,  qui  s'insère  à  l'extrémité  d'un  intestin  gros  et  court, 
dans  la  cavité  duquel  il  se  prolonge  le  plus  souvent  en  forme 
de  valvule  par  un  rebord  circulaire. 

Les  parois  du  gros  intestin  sont  presque  toujours  plus  fortes, 
plus  épaisses  que  celles  de  l'intestin  grêle. 

La  forme  et  les  dimensions  de  ce  canal  varient  beaucoup  , 
suivant  les  espèces. 

Le  crocodile  du  Nil  a  un  intestin  grêle  divisé  naturelle- 
ment en  deux  portions;  l'une,  plus  dilatée,  à  parois  plus 
minces ,  courbée  quatre  fois  de  manière  à  former  autant  de 
coudes  permanens;  l'autre,  plus  serrée,  à  parois  plus  épaisses, 
renferme,  entre  ses  membranes  muqueuse  et  charnue,  une 
couche  de  follicules  glanduleux,  semblable  à  une  pulpe  gri- 
sâtre et  demi-transparente.  La  membrane  interne  de  cette 
seconde  portion  offre  des  zigzags  longitudinaux  ,  réunis  par  de 
petits  plis  transversaux  en  un  réseau  fin,  qui,  dans  le  gros 
intestin,  se  change  en  plis  irréguliers,  constituant  une  sorte 
de  velouté. 

Chez  le  même  reptile  le  gros  intestin  est  cylindrique; 
dans  le  gavial,  au  contraire,  il  est  pyriforme. 

Dans  les  lézards  le  gros  intestin  est  cylindrique  et  plus  large 
que  l'intestin  grêle,  qui,  après  s'être  courbé  en  avant  dès  le  py- 
lore ,  se  replie  en  arrière ,  et  va  en  serpentant  jusqu'au  rectum. 


SAU  483 

Chez  le  caméléon  l'inteslin  grêle  n'est  pas  moins  large  que 
l'estomac  dans  la  plus  grande  partie  de  son  étendue;  mais  il 
se  resserre  beaucoup  vers  sa  terminaison,  et  n'est  point  séparé 
du  gros  par  une  valvule  :  sa  membrane  muqueuse  est  hérissée 
de  plis  longitudinaux,  ondulés,  à  bord  frangé,  qui  disparoissent 
à  quelque  distance  du  gros  intestin,  dont  l'intérieur  est  lisse 
et  sans  plis. 

Dans  le  dragon  le  canal  intestinal  décrit,  de  l'estomac  à 
l'anus,  deux  circonvolutions  et  demie  :  son  commencement 
ne  se  distingue  de  l'estomac  que  par  plus  de  ténuité  dans  ses 
parois. 

Celui  de  l'iguane  est  transparent,  et  va,  en  se  rétrécissant, 
depuis  le  pylore  jusqu'à  l'insertion  de  l'intestin  grêle  dans  le 
gros  intestin,  qui  est  alongé  et  partagé  par  un  étranglement 
en  deux  moitiés  cylindriques,  dont  la  surface  interne  est  lisse 
et  sans  plis,  à  l'exception  du  commencement,  où  l'on  observe 
environ  six  valvules  transversales ,  mais  non  circulaires. 

On  trouve  aussi  chez  ce  dernier  saurien  un  véritable  cœcum, 
aussi  large  que  long,  à  parois  boursouflés,  distinct  par  la  plus 
grande  épaisseur  de  ses  parois  et  par  une  cloison  qui  le  sépare 
du  rectum,  et  ne  laisse  aux  matières  fécales  qu'un  passage  fort 
étroit. 

Dans  la  plupart  des  sauriens  l'anus  n'est  qu'une  fente  trans- 
versale, placée  sous  l'origine  de  la  queue,  et  conduisant  dans 
le  cloaque,  sorte  de  réservoir  commun  des  fluides  ou  des 
produits  de  la  génération  ,  de  l'urine  et  des  excrémens  solides. 

Cet  orifice  a  chez  eux  d'ailleurs  deux  lèvres,  dont  l'une  se 
meut  contre  l'autre  et  ferme  l'ouverture  à  la  manière  d'un 
couvercle  à  charnière. 

Les  muscles  qui  meuvent  ces  lèvres  sont  en  général  fort 
compliqués  :  on  peut  très-bien  les  observer  sur  l'iguane ,  où 
ils  ont  été  décrits  en  particulier  par  M.  Cuvier,  et  où  ils 
peuvent  servir  de  type. 

Chez  cet  animal  c'est  la  lèvre  postérieure  de  l'anus  qui  est 
mobile;  elle  est  bordée  par  un  anneau  musculeux  ,  sur  Itquel 
la  peau  se  redouble,  et  dont  les:  extrémités  vont  s'attacher 
dans  l'angle  que  fait  la  cuisse  avec  la  queue. 

Il  applique  cette  lèvre  contre  l'antérieure,  et  forme  l'anus» 

Quatre  autres  muscles  rendent  cette  ouverture  béante,  en 


484  S  AU 

ramenant  la  même  lèvre  en  arrière  ;  ils  sont  fixés  à  ses  angles. 
Les  deux  internes  se  rapprochent  l'un  de  Tautre  à  mesure 
qu'ils  se  portent  en  arrière,  deviennent  contigus,  et  s'insèrent 
sous  la  ligne  moyenne  de  la  portion  caudale  de  la  colonne 
rachidienne;  les  deux  externes  remontent  obliquement  sur  les 
côtés  de  la  queue,  et  s'élendent  plus  loin  que  les  premiers. 

Il  existe  aussi  chez  l'iguane  un  cinquième  muscle  de  chaque 
cô(é,  fixé  par  son  bord  antérieur  à  l'arcade  du  pubis,  se  chan- 
geant sur  le  côté  correspondant  du  cloaque  en  un  tendon  très- 
fort ,  qui  s'unit  aux  adducteurs  de  la  cuisse,  et  embrassant 
avec  son  congénère  l'extrémité  du  rectum  et  le  cloaque  lui- 
même ,  qu'il  doit  fortement  presser  du  bas  en  haut. 

Deux  petits  muscles,  enfin  ,  qui  vont  du  pli  de  la  cuisse  vers 
la  commissure  du  cloaque,  servent  à  Touvrir,  tandis  qu'il  est 
soulevé  par  un  releveur  analogue  à  celui  des  mammifères. 

Dans  un  grand  nombre  de  sauriens,  dans  les  lézards,  les 
geckos,  les  dragons,  les  iguanes,  en  particulier,  le  foie,  de 
ligure  variée,  ne  forme  qu'une  seule  masse,  plate  ou  convexe 
en  dessous,  concave  en  dessus. 

Le  bord  libre  de  cette  glande  a  dans  les  dragons  deux  échan- 
crures,  qui  le  partagent  en  trois  lobules,  dont  le  droit  se 
prolonge  en  une  sorte  de  queue. 

Dans  les  geckos  il  n'a  qu'une  échancrure ,  et  la  partie  droite 
est  également  plus  '^tendue  que  la  gauche. 

Dans  l'iguane  ordinaire  elle  se  prolonge  en  un  long  appen- 
dice. 

Dans  les  crocodiles  et  les  caméléons  le  foie  est  bilobé. 

Le  tronc  commun  du  canal  hépatique  est  chez  les  sauriens 
ordinairement  séparé  du  cystique  comme  dans  les  oiseaux,  et 
ne  s'insère  pas  avec  ce  dernier  dans  le  canal  intestinal. 

Dans  le  crocodile  il  fournit  quelquefois  une  branche  à  la 
vésicule. 

Dans  le  même  animal  la  vésicule  du  fiel  est  placée  sous  le 
lobe  droit  du  foie. 

Chez  lui,  et  chez  les  autres  sauriens  en  général,  ce  réservoir 
est  ovoïde.  Dans  l'iguau':  cependant  il  se  rapproche  de  la 
forme  cylindrique. 

La  bile  contenue  dans  la  vésicule  est  d'ordinaire  très-verte, 
très-amère  et  même  très-àcre. 


SAU  485 

Le  pancréas  est  fort  irrégulier,  et  situé  à  droite  de  l'origine 
du  canal  digestif.  Celui  du  crocodile  du  Nil  est  partagé  en 
lobes,  et  est  parcouru  par  deux  canaux  distincts. 

La  rate  du  lézard  vert  et  celle  du  caméléon  forment  un  are 
de  cercle  marqué. 

Celle  du  crocodile  est  recouverte  par  Testomac. 

Dans  les  sauriens  en  général  elle  est  alongée. 

Leur  mésentère  est  assez  développé.  Le  prolongement  de  ce 
repli,  qui  se  porte  au  gros  intestin,  vient  de  la  colonne  ver- 
tébrale. 

Il  n'y  a  point  de  mésocolon  transverse,  ni  d'épiploons  pro- 
prement di(s. 

On  a  reconnu  des  vaisseaux  lymphatiques  dans  plusieurs  de 
ces  reptiles.  Les  ganglions  du  même  système  que  ces  vaisseaux 
n'ont  point  été  découverts. 

Les  reins  sont  très-reculés  dans  la  cavité  abdominale  cliez 
les  lézards  .-  ils  sont  collés  dans  le  bassin,  sous  le  sacrum,  et 
s'enfoncent  même  jusque  sous  la  queue.  Ils  sont  ovoïdes  et 
plus  ou  moins  aplatis.  Chez  les  crocodiles,  au  moins  pendant 
les  premiers  âges,  ils  sont  lobules. 

Dans  ces  derniers  les  uretères  sont  courts,  gros  et  à  parois 
très-épaisses. 

Chez  tous  les  sauriens  ils  se  terminent  dans  le  cloaque  im- 
inédiatement,  sans  Tintermédiaire  de  la  vessie. 

L'accroissement  des  sauriens  est  assez  lent,  parce  que 
ces  animaux  vivent  long-temjis,  et  que  l'engourdissement, 
auquel  ils  sont  sujets  durant  l'hiver,  semble  suspendre  leur 
vie.  Avec  le  temps,  certaines  espèces,  comme  les  iguanes, 
et  surtout  les  crocodiles  ,  atteignent  une  taille  considé- 
rable. 

Les  sauriens  vivent  en  général  très-longtemps;  l'âge  avancé 
auquel  ils  peuvent  parvenir  ne  doit  pas  étonner  dans  des  ani- 
maux à  sang  froid,  qui  transpirent  à  peine,  qui  se  passent 
facilement  de  nourriture,  et  qui  réparent  aisément  les  pertes 
qu'ils  éprouvent. 

5.°  Des  Organes  de  la  Circulation  dans  les  Sauriens.  Personne 
n'ignofe  que  les  physiologistes  entendent  par  le  mot  de  cir- 
culation le  mouvement  progressif  et  déterminé  auquel  sont 
assujettis,  dans  les  vaisseaux  qui  les  contiennent,  les  divers 


486  SAU 

fluides  qui   entrent  dans  la    composition   des   corps  vivans . 

comme  le  chyle,  la  lymphe,  le  sang. 

Dans  l'homme  et  dans  les  animaux  vertébrés  les  plus  com- 
pliqués, la  circulation  est  une  fonction  des  plus  importantes, 
par  laquelle  le  sang,  parti  du  ventricule  gauche  du  cœur, 
se  répand  ,  par  les  artères  ,  dans  tout  le  corps,  chemine  dans 
le  système  capillaire  ,  passe  dans  les  veines,  revient  au  cœur  , 
entre  dans  l'oreillette  droite  de  cet  organe,  puis  dans  le  ven- 
tricule correspondant,  qui  l'envoie,  à  son  tour,  dans  l'artère 
pulmonaire,  pour  être  distribué  dans  les  poumons,  d'oii  il 
sort  par  les  veines  pulmonaires  pour  se  rendre  dans  l'oreil- 
lette et  le  ventricule  gauches,  et  en  partir  de  nouveau. 

Dans  ce  trajet  le  sang  décrit  évidemment  un  double  cercle: 
l'un  dans  les  poumons,  l'autre  dans  tout  le  corps. 

Il  n'en  est  point  de  même  chez  les  reptiles  en  général ,  et 
chez  les  sauriens  en  particulier. 

Chez  tous  ces  animaux  ,  en  effet ,  le  cœur  se  trouve  dis- 
posé de  manière  qu'à  chaque  contraction  il  n'envoie  dans  le 
poumon  qu'une  portion  du  sang  qu'il  a  reçu  des  diverses 
parties  du  corps,  et  que  le  reste  de  ce  fluide  retourne  aux 
organes  sans  avoir  passé  par  le  poumon  et  sans  avoir  éprouvé 
l'influence  de  la  respiration. 

La  circulation  pulmonaire  des  sauriens  n'est  donc  qu'une 
fraction  de  la  grande  circulation  ;  fraction  plus  ou  moins 
forte,  suivant  les  genres,  et  produisant  des  effets  plus  ou 
moins  marqués. 

Il  résulte  de  là  que  l'action  de  l'oxigène  sur  le  sang  est 
moindre  que  dans  les  mammifères  et  les  oiseaux,  et  que,  si 
ia  quantité  de  respiration  de  ceux-ci,  où  tout  le  sang  est 
obligé  de  passer  par  le  poumon ,  avant  de  retourner  aux  au- 
tres organes,  est  exprimée  par  l'unité,  on  ne  pourra  expri- 
mer la  quantité  de  respiration  des  sauriens  que  par  une 
fraction  de  cette  unité,  d'autant  plus  petite  ,  que  la  portion 
de  sang  qui  se  rend  au  poumon  à  chaque  contraction  du 
cœur,  sera  moindre. 

De  là  aussi,  moins  de  force  dans  les  mouvemens,  moins 
de  finesse  dans  l'exercice  des  sens,  moins  de  rapidité  dans 
la  digestion  ,  moins  de  violence  dans  les  passions  ;  de  là  l'inac- 
tion ,  la   stupidité  apparente ,  les  habitudes   communément 


SAU  487 

paresseuses,  la  température  froide,  l'engourdissement  hiver- 
nal, qui  caractérisent  les  sauriens  en  général. 

Remarquons  aussi  que  les  sauriens  n'ont  que  peu  de  sang 
en  comparaison  des  mammifères  et  des  oiseaux  :  Hasselquist, 
qui,  en  lyôi  ,  a  disséqué  un  crocodile  au  Grand  Kaire ,  rap- 
porte que  le  fluide  qui  s'écoula  de  la  grande  artère  étoit  en 
fort  petite  quantité. 

Chez  les  reptiles  de  cet  ordre,  au  reste,  les  organes  de 
la  circulation  offrent  d'assez  grandes  différences. 

Dans  les  crocodiles,  en  particulier,  le  péricarde  adhère, 
comme  chez  les  chéloniens,  au  péritoine,  qui  revêt  la  con- 
vexité du  foie,  et  sa  pointe  tient  par  un  cordon  tendineux 
très- fort  au  sommet  du  cœur.  Extrêmement  fort  et  comme 
fibreux  à  l'extérieur,  il  est  contenu  entre  les  deux  lobes  du 
foie  et  entre  les  deux  poumons  à  la  fois. 

Chez  l'iguane  le  péricarde  est  situé  fort  loin  du  foie,  sous 
l'origine  des  poumons  et  à  la  partie  la  plus  avancée  du  tho- 
rax. Sa  forme  est  celle  d'un  cône  à  sommet  alongé. 

La  première  membrane  de  cette  espèce  de  sac  est  épaisse, 
fibreuse  et  consistante. 

La  seconde  est  mince,  transparente  et  séreuse. 

Dans  le  crocodile  le  péricarde  renferme  évidemment  une 
humeur  séreuse. 

Le  cœur  a  deux  oreillettes  et  un  seul  ventricule.  Il  a  les 
mêmes  rapports,  les  mêmes  connexions  que  le  péricarde 
avec  les  organes  voisins  :  son  volume  est  en  général  petit. 

Dans  le  crocodile,  ses  oreillettes,  un  peu  moins  grandes 
que  dans  les  tortues,  ont  des  parois  épaisses  et  sont  aff'er- 
mies  par  de  robustes  colonnes  charnues,  dirigées  en  divers 
sens. 

Dans  l'iguane  elles  n'offrent  rien  de  particulier. 

Le  sinus  des  veines  caves  s'ouvre  dans  une  sorte  de  ré- 
servoir qui  communique  dans  l'oreillette  droite  par  une  em- 
bouchure en  forme  de  fente  et  bordée  de  deux  valvules. 

Le  ventricule  du  cœur  présente,  chez  le  crocodile,  unç 
forme  ovale  et  des  parois  très -épaisses.  Sa  cavité  est  divisée 
en  trois  loges ,  communiquant  entre  elles  par  plusieurs  ori- 
iices,  mais  donnant  cependant  au  sang  qu'elles  reçoivent  un© 
marche  déterminée. 


488  S  AU 

L'une  de  ces  loges  est  inférieure  et  droite;  roreillette  du 
même  côté  y  verse,  par  une  large  ouverture  bordée  de  deux 
valvules,  le  sang  qu'elle  reçoit  des  veines  du  corps. 

Du  côté  gauche  de  la  même  loge  ,  et  toujours  en  avant,  se 
trouve  l'embouchure  de  l'aorte  gauche  descendante,  et  der- 
rière elle  un  orifice  qui  conduit  dans  la  plus  petite  des  trois 
loges,  placée  à  la  partie  moyenne  de  la  base  du  cœur,  et 
dans  laquelle  s'ouvre  le  tronc  commun  des  artères  pulmo- 
naires. 

Une  dernière  loge,  supérieure  et  gauche,  est  séparée  des 
deux  précédentes  par  des  cloisons  perforées ,  et  reçoit  de 
l'oreillette  gauche  le  sang  des  veines  pulmonaires  par  une 
embouchure  bordée  à  droite  d'une  valvule  membraneuse  ,  à 
droite  de  laquelle  encore  s'ouvre  le  tronc  commun  de  l'aorte 
descendante  droite  ,  des  carotides  et  des  axillaires. 

Dans  l'iguane  le  ventricule  du  cœur  n'a  que  deux  loges; 
une  droite,  qui  constitue  proprement  le  ventricule,  et  une 
gauche  et  supérieure  ,  qui  semble  n'être  qu'un  sinus  de  la 
première  :  c'est  dans  celle-ci  que  s'ouvrent  l'oreillette  pul- 
monaire et  l'aorte  descendante  droite;  puis,  plus  bas,  l'ar- 
tère pulmonaire  et  l'aorte  descendante  gauche. 

Il  n'y  a  point  de  loge  pulmonaire. 

L'intérieur  de  toiife  la  cavité  est  garni  de  colonnes  char- 
nues, dont  les  ramifications  sont  détachées. 

L'oreillette  gauche  du  cœur  du  caméléon  est  remarquable 
par  ses  dimensions  de  beaucoup  supérieures  à  celles  de  la 
droite  ,  fort  développée  déjà  elle-même. 

C'est  dans  cette  oreillette  que,  chez  les  sauriens,  vient 
s'ouvrir  par  un  seul  oritice  le  sinus  commun  des  veines  pul- 
monaires, lequel  est  bordé  d'une  valvule  charnue  en  forme 
de  croissant. 

Les  mouvemens  du  cœur  sont  très  -  énergiques  dans  ces 
reptiles. 

Chez,  le  crocodile  le  sang  qui  afflue  de  l'oreillette  droite 
dans  la  luge  du  même  côté,  passe  à  la  fois  dans  l'aorte  des- 
cendante gauche,  dans  la  loge  pulmonaire,  qui  le  chasse 
par  l'artère  du  même  nom  dans  la  loge  supérieure  et  gauche, 
enfin,  en  filtrant  à  travers  les  trous  des  cloisons.  L'oreillette 
gauche  pousse  dans  cette  dernière  loge  le  sang  qu'elle  a  reçu 


s  AU  'lôv 

des  veines  pulmonaires  et  qui  passe  bientôt  dans  le  tronc  com- 
mun de  l'aorte  descendante  droite,  des  carotides  et  des  axil- 
laires,  et  en  partie  dans  les  deux  autres  loges. 

Chez  ce  saurien  le  sang  pulmonaire  ne  se  mélange  donc 
pas  aussi  intimement  avec  celui  du  corps  que  dans  les  ché- 
loniens. 

Et,  en  effet,  les  carotides  et  les  axillairfs  portent  aux  par- 
ties antérieures,  les  iliaques  aux  membres  postérieurs,  un 
sang  qui  vient  presque  en  totalité  immédiatement  des  pou- 
mons .  tandis  qu'une  portion  de  celui  qui  prend  son  cours 
par  l'aorte  gauche  ,  pour  aller  aux  viscères,  vient  de  la  loge 
droite  et  de  l'oreillette  du  même  côté,  et  n'a  pu  conséquem- 
ment  traverser  les  organes  de  la  respiration  pour  y  être  mo- 
dilié  par  l'air. 

En  général,  au  reste,  chez  les  sauriens,  le  cœur,  excité 
par  un  sang  moins  souvent  animé,  renouvelé,  revivifié  pour 
ainsi  dire  par  l'air  atmosphérique  qui  pénètre  dans  les  pou- 
mons,  n'exécute  ses  mouvemens  de  diastole  et  de  systole 
que  d'une  manière  lente  et  parfois  presque  insensible.  Le 
sang  a  ,  en  conséquence  ,  chez  eux ,  un  cours  beaucoup  moins 
rapide  que  dans  les  mammiféjres  et  surtout  que  dans  les 
oiseaux. 

Leurs  veines  pulmonaires  sont  réunies  en  un  seul  tronc  au 
moment  où   elles  atteignent  le  cœur. 

Il  existe  aussi  chez  eux  deux  aortes  postérieures ,  une  gauche 
et  une  droite. 

Les  Sauriens,  comme  les  autres  reptiles,  offrent  plusieurs 
phénomènes,  que  la  physiologie  de  nos  jours  ne  sauroit  en- 
core expliquer  facilement.  Pendant  un  fort  long  temps  ils 
peuvent  se  passer  de  nourriture,  et,  durant  l'hiver  ,  ils  sont 
plongés  dans  un  état  d'engourdissement  beaucoup  plus  pro- 
fond que  celui  qui  caractérise  le  sommeil  hivernal  des  mam- 
mifères. Voilà  deux  faits  sur  lesquels  notre  curiosité  ,  à  l'é- 
gard de  ces  animaux,  n'est  point  encore  complètement  satis- 
faite. Jusqu'aux  recherches  publiées  par  M.  L.  Jacobson,  de 
l'académie  de  Copenhague,  nous  n'étions  que  peu  éclairés  sur 
ces  deux  facultés  des  reptiles;  rien  ne  nous  démontroit  de 
quelle  disposition  de  leur  organisation  elles  peuvent  dépendre. 

D'après  des  recherches  particulières,  le  savant  anatomiste 


490  SAU 

danois  que  nous  venons  de  citer,  a  reconnu  qu'il  existe 
dans  les  reptiles  une  manière  d'être  spéciale  de  certains 
vaisseaux,  qui  constitue  un  système  veineux  particulier. 

La  nature  a  établi  ce  système  dans  tous  les  leptiles  d'une 
manière  plus  ou  moins  marquée  ;  on  en  trouve  les  rudimens 
dans  les  tortues  et  les  crocodiles;  mais  il  n'est  complètement 
d'éveloppée  que  cfcz  les  autres  Sauriens,  les  Oihidiens  et 
les  Batraciens,  tant  anoures  qu'urodèles. 

Il  est  composé  des  reines  des  membres  abdominaux,  des  reines 
■pelviennes  ou  caudales,  des  veines  rénales  postérieures  ,  des  veines 
de  l'oviducte,  d'une  grande  partie  des  veines  de  la  peau,  de 
celles  des  muscles  de  l'abdomen,  et  de  celles  de  certains  or- 
ganes particuliers  aux  reptiles. 

Ces  veines  se  combinent  et  forment  un  ou  plusieurs  troncs, 
qui  vont  se  rendre  ,  ou  dans  la  veine-porte,  ou  dans  le  foie, 
ou,  enfin,  et  dans  le  foie  et  dans  la  veine -porte. 

Ce  qui  distingue  spécialement  ce  système,  c'est  qu'on  voit 
en  lui  une  partie  des  veines  des  organes  de  la  locomotion  et 
de  la  peau  aller  se  distribuer  dans  le  foie;  ce  dont  on  n'a 
aucun  autre  exemple  parmi  les  animaux  vertébrés. 

Certains  organes  spéciaux  semblent  liés  à  ce  système  vei- 
neux d'une  manière  particulière,  et  sont  regardés  par  M. 
Jacobson  comme  propres  à  sécréîer  et  à  garder  un  suc  nutritif 
destiné  à  être  résorbé  dans  les  mois  rigoureux  de  la  mauvaise 
saison,  lors  du  sommeil  hivernal. 

Ces  organes  sont  formés  de  deux  sacs  membraneux  et  vas- 
culeux,  qui  sont  situés  à  la  partie  inférieure  du  bas-ventre, 
entre  les  muscles  et  le  péritoine. 

Chez  les  Ophidif.xs  ,  où  avant  M.  Jacobson  ils  avoient  été 
dcj.à  observés,  quoique  décrits  incomplélement ,  ils  consti- 
tueu*  deux  corps  graisseux  ,  qui  occupent  la  paroi  antérieure 
de  l'abdomen  et  reçoivent  leurs  artères  de  l'aorte  même,  tan- 
disque  Icsveinesquien  naissent  font  partie  du  systèmeindiqué. 

Dans  les  Sauriens  ces  mêmes  organes  sont  plus  petits  et 
situés  plus  bas  :  ils  semblent  aussi  n'être  développés  qu'à  une 
certaine  époque  de  la  vie. 

Quoi  qu'il  en  soit,  le  S3'stème  veineux  dont  il  s'agit,  et  dont 
j'ai  vérifié  la  disposition  dans  le  lézard  en  particulier,  varie 
beaucoup. 


SAU  491 

Pour  le  composer,  toutes  les  veines  des  muscles  et  de  la 
peau  des  extrémités  pelviennes  entrent  par  différentes  ou- 
vertures dans  la  cavité  du  bassin  ,  et  s'y  réunissent  en  deux 
troncs,  qui,  de  chaque  côté,  vont  se  joindre  à  la  veine  rénale 
postérieure  ,  laquelle  est  particulière  aux  reptiles ,  com- 
mence dans  le  rein  par  des  racines  qui  n'ont  aucune  com- 
munication avec  celles  des  autres  veines  rénales,  et,  accom- 
pagnant le  nerf  sciatique,  se  porte  le  long  du  bord  externe 
du  rein,  et  en  recevant  dans  son  trajet  les  veines  de  l'oviducte 
et  les  sous-cutanées  dorsales,  jusqu'à  la  cavité  du  bassin,  où 
elle  se  réunit  avec  le  tronc  formé  par  les  veines  crurales, 
pour  se  porter  à  la  face  inférieure  de  l'abdomen,  et  recevoir 
le  sang  des  veines  vésicales. 

Ce  tronc  principal  rampe  ainsi  jusqu'à  la  partie  antérieure 
de  l'abdomen,  reçoit  les  veines  des  muscles  des  parois  de 
cette  cavité,  et  se  porte  entre  les  grands  lobes  du  foie,  pour 
se  joindre  à  la  veine-porte. 

On  observe  seulement  quelques  variations  provenant  de  la 
situation  des  reins,  de  la  grandeur  des  veines  caudales  et  de 
l'étendue  de  la  paroi  inférieure  de  l'abdomen.  Les  veines  de 
îa  partie  supérieure  des  muscles  de  cette  région  forment  un 
tronc  séparé,  qui  va  directement  au  foie. 

Dans  les  crocodiles  on  trouve  à  la  jiartie  antérieure  du  bas- 
ventre  deux  de  ces  troncs  veineux  qui  se  portent  au  foie. 

Il  en  est  de  même  dans  les  caïmans. 

6.°  Des  Organes  de  la  Respiration  dans  les  Sauriens.  En  général 
les  poumons  de  ces  reptiles,  toujours  au  nombre  de  deux, 
sont  moins  étendus  le  long  du  dos  que  dans  les  chélo- 
niens.  Dans  le  caméléon  et  le  marbré  ils  sont  divisés  en  lon- 
gues appendices  coniques  ,  qui  arrivent  jusqu'au  bassin  , 
se  plaçant  entre  les  viscères ,  et  augmentant  de  beaucoup  le 
volume  de  l'animal,  lorsque  celui-ci  les  remplit  entière- 
ment d'air. 

Les  bronches  sont  fort  courtes  dans  la  plupart  des  sauriens, 
et  dans  le  lézard  vert  même  la  trachée-artère,  parvenue  au 
sommet  des  deux  poumons  réunis  ,  s'ouvre  dans  chacun  par 
un  large  orifice.  Dans  le  crocodile  ce  même  conduit  fibro- 
cartilagineux  se  recourbe  d'arrière  en  avant,  se  divise  en 
bronches,  qui  se  portent  de  même  en  avant,  pour  reprendre 


492  SAU 

ensuite  leur  direction  d'avant  en  arrière,  en  restant  quelque 
temps  accolées  l'une  à  l'autre. 

Généralement  les  canaux  aériens  de  ces  reptiles  sont  formés 
d'anneaux  fibro-cartilagineux  complets.  Le  crocodile  du  Nil, 
où  la  trachée-artère  présente,  non  loin  du  larynx,  un  inter- 
valle membraneux,  et  le  caméléon,  où  le  même  conduit  offre 
des  anneaux  incomplets  dans  le  voisinage  de  sa  bifurcation  , 
font  seuls  exception  à  cette  règle  générale. 

I,es  poumons  chez  eux  n'ont  point  la  structure  vasculcuse 
propre  à  ceux  des  mammifères  et  des  oiseaux. 

Ils  constituent  dans  la  plupart  des  espèces  deux  sacs,  dont 
la  forme  et  la  grandeur  relatives  varient  beaucoup,  et  dont  les 
parois  intérieures  sont  divisées  par  des  feuillets  membraneux 
en  cellules  polygonales,  danslesquelles  d'autres  feuillets,  moins 
élevés,  forment  des  cellules  plus  petites,  assez  comparables  à 
celles  qui  se  voient  dans  le  second  estomac  des  mammifères 
ruminans.  Ces  cellules  sont  ordinairement  plus  petites,  plus 
nombreuses  et  plus  profondes  dans  la  partie  antérieure  du  sac 
pulmonaire  que  dans  le  reste  de  son  étendue,  et  surtout  que 
dans  les  appendices  qui  le  terminent  en  arrière,  où  l'on  n'a- 
perçoit plus  qu'un  réseau  à  mailles  lâches  et  extrêmement 
iines.  (Voyez  Respiration.) 

Chez  ces  reptiles,  en  général,  les  mouvemens  d'inspiration 
et  d'expiration,  bien  loin  d'être  fréquens  et  réguliers,  sont 
souvent  suspendus  pendant  très- longtemps  et  par  des  inter- 
valles fort  inégaux. 

Les  sayriens  manquent,  avons-nous  dit  déjà,  d'épiglotte  et 
de  voile  du  palais  :  leur  larynx  se  compose  de  pièces  analo- 
gues à  celles  du  larynx  sypérieur  des  oiseaux  ;  ils  n'offrent 
aucune  trace  de  hirynx  inférieur. 

La  charpente  cartilagineuse  du  larynx  dans  le  crocodile  est 
formée  de  cinq  pièces  :  la  glotte  est  purement  membraneuse; 
il  n'existe  ni  ventricules  ni  rubans  vocaux. 

Dans  l'iguane  la  glotte  est  fort  courte,  de  mêmç  que  dans 
les  tupinambis  et  les  lézards. 

Le  caméléon  porte  un  petit  sac  membraneux,  qui  s'ouvre 
en  dessous,  entre  la  plaque  inférieure  du  larynx  et  le  pre- 
mier anneau  de  la  trachée-artère. 

On  ne  retrouve  cette  disposition  ni  dans  l'iguane  ni  dans  le 


SAU  493 

dragon,   malgré  la  présence  d'un  goitre   chez  ces  animaux. 

Les  sauriens  manquent  de  voix  pour  la  plupart  :  les  croco- 
diles et  les  geckos  seuls  poussent  un  cri  assez  remarquable  ; 
les  autres  n'ont  qu'un  sifflement  sourd. 

7."  Des  Organes  de  la  Génération  dans  les  Sauriens.  Tous  les  sau- 
riens s'accouplent,  produisent  des  œufs,  dont  l'enveloppe  est 
calcaire  ou  coriace,  et  les  déposent  dans  le  sable  ou  dans  la 
terre,  sans  jamais  les  couver.  L'arJeur  du  soleil  et  la  chaleur 
de  l'almosphère  les  font  éclore.  Ces  œufs  varient,  sous  le  rap- 
port de  leur  grosseur,  selon  les  espèces,  beaucoup  plus  que 
ceux  des  oiseaux. 

Chez  les  mâles  les  testicules  sont  dans  la  cavité  abdominale 
collés  en  avant  de  la  face  inférieure  des  reins  :  leur  substance 
est  composée  de  faisceaux  fins ,  cylindriques  et  facilement 
séparables. 

L'épididyme  forme  chez  les  lézards  en  particulier  un  corps 
détaché,  gros,  de  figure  pyramidale,  plus  long  que  le  testi- 
cule, et  évidemment  composé  des  replis  du  canal  déférent, 
qui,  trés-flexueux,  va  s'ouvrir  dans  le  cloaque. 

Il  n'existe  chez  les  sauriens  ni  vésicules  séminales  ni  vésicules 
accessoires. 

La  plupart  des  mâles  ont  chacun  deux  verges  courtes  , 
cylindriques,  hérissées  d'épines.  Le  crocodile  néanaioins  n'ea 
offre  qu'une  seule. 

Les  femelles  manquent  de  clitoris. 

Elles  ont  chacune  deux  ovaires,  ordinairement  plus  étendus 
que  ceux  des  oiseaux,  et  où  les  œufs  prennent  un  accroisse- 
ment très-grand.  Voyez  Erpétologie,  Eumérodes,  Lézard,  Rep- 
tiles, Urobènes.  (h.  C.) 

SAURIENS.  (Fos5.)  Voyez  Reptiles  fossiles.  (D.  F.) 

SAURIGEN.  (Bot.)  Nom  arabe  de  l'hermidate,  cité  par 
Mentzel.  (J.) 

SAURION.  (  Bot.  )  Daléchamps  cite  ce  nom  ancien  de  la 
moutarde.  (J. ) 

SAURITE.  {Erpét.)  Nom  spécifique  d'une  couleuvre,  décrite 
dans  ce  Dictionnaire,  tome  XI,  pag.  20S.  (H.  C.) 

SAURITIS.  {Bot.)  Un  des  noms  grecs  anciens  donnés  au 
mouron,  anagallis,  suivant  Ruellius.  (J.) 

SAUROTHECA.  ( Ornjf/i. )  Nom  générique,  formé  du  grec 


494  S  AU 

par  M.  VieiUof,  pour  le  Tacco ,  espèce  de  coua,  dont  il  est 
parlé  dans  ce  Dictionnaire  à  l'article  du  Coucou  ,  tom.  XI  , 
pag.  i36.  (Ch.  D.  ) 

SAURURUS.  [Bot.)  Ce  nom  avoit  été  donné  d'abord  par 
Plumier  à  plusieurs  plantes  des  Antilles,  réunies  maintenant 
au  piper.  Linnaeus  l'a  consacré  au  genre  qui  est  le  type  de 
la  famille  des  saururées.  Son  Saururus  nalans  est  devenu  VApo- 
nogeton  monostachjum    dans  la  même   famille.   Voyez  Lézar- 

DELLE.    (J.  ) 

SAURUS.  (Tchthjol.)  Voyez  Saure.  (H.  C.) 

SAUSEB.  (Bot.)  Voyez  Sub^sib.  (J.) 

SAUSSUREE,  Saussurea.  (Bot.)  Ce  genre  de  plantes,  pro- 
posé en  1810,  par  M.  De  Candolle  ,  dans  le  tome  16  des  An- 
nales du  Muséum  d'histoire  naturelle,  et  dédié  par  lui  aux 
célèbres  Saussure,  père  et  fils,  appartient  à  l'ordre  des  Synan- 
thérées,  et  à  notre  tribu  naturelle  des  Carlinées.  Voici  ses 
caractères,  tels  que  nous  les  avons  observés  sur  des  échan- 
tillons secs  des  Saussurea  alpina  et  salicifolia. 

Calathide  subcylindracée  ,  incouronnée,  équaliflore  ,  plu- 
jriflore,  régulariflore,  androgynlflore.  Périclinesubcylindracé  , 
inférieur  aux  fleurs;  formé  de  squames  régulièrement  imbri- 
quées, appliquées,  «ivales ,  coriaces,  toutes  absolument  pri- 
vées d'appendice;  les  intérieures  longues,  étroites,  subsca- 
rieuses.  Clinaiilhe  plan,  garni  de  fimbrilles  filiformes- lami- 
nées, subulées.  libres  ou  quelquefois  un  peu  entregreffées  à 
la  base.  Ovaire  oblong,  glabre  ;  aigrette  double:  l'extérieure 
(plusoumoins  nianiftste)  courle,  composée  de  squamellules 
unisériées,  filiformes,  barbellulées;  l'intérieure  longue  ,  com- 
posée de  squamellules  unisériées,  égales,  plus  ou  moins  en- 
tregreffées à  la  base ,  filiformes-laminées,  cornées,  barbées. 
Étamines  à  filets  très-glabres,  à  anthères  pourvues  de  longs 
appendices  apicilaires  aigus  ,  et  de  longs  appendices  basilaires 
barbus  ou  laineux.  Style  à  deux  stigmatophores  longs,  libres, 
presque  continus  ou  à  peine  articulés  sur  lui. 

Le  genre  Saussurea  diflere  de  notre  Theodorea  par  les  squa- 
mes du  péricline,  qui  sont  toutes  absolument  privées  d'ap- 
pendice. Les  Saussurées  sont  des  plantes  herbacées  ,  à  feuilles 
entières,  ou  plus  souvent  pinnatifides  ,  non  épineuses,  à  ca- 
lathides  corymbées  ,  petites,  composées  de  fleurs  purpurines. 


SAU  495 

La  plupart  sont  indigènes  de  la  Sibérie  ,  et  notamment  des 
terrains  salés  de  ce  pays.  Deux  espèces,  plus  anciennement 
et  plus  généralement  connues,  se  trouvent  sur  les  Alpes  de 
France,  et  doivent  seules  être  décrites  ici. 

Saussurée  des  Alpes:  Saussurea  alpina,  Decand.,  Ann.  du 
Mus.,  tom.  16,  pag.  198;  FI.  fr. ,  tom.  5,  pag.  466  ;  Serratula 
alpina,  Linn. ,  5p.  p/. ,  pag.  1145.  C'est  une  plante  herbacée, 
à  racine  vivace  ,  à  tige  courte,  droite,  simple;  à  feuilles 
presque  glabres  en  dessus,  velues  en  dessous,  entières  ou  lé- 
gèrement dentées,  les  radicales  ovales-lancéolées,  étrécies  en 
pétiole  vers  la  base,  les  supérieures  oblongues- lancéolées . 
sessiles;  les  calathides  ,  très-peu  nombreuses,  forment  un 
petit  corymbe  au  sommet  de  la  tige  ;  le  péricline  est  velu  , 
grisâtre;  les  corolles  sont  purpurines.  On  trouve  cette  plante 
au  sommet  des  Alpes  du  Dauphiné  et  de  la  Provence,  ainsi 
que  dans  les  Pyrénées. 

Saussurée  DiscoLORE  :  Saussurea  discolor ,  Decand., /oc.  cit.; 
Serratula  discolor ,^\iUd.,  Sp.pL,  tom.  3  ,  pag.  1641.  Celle-ci, 
qu'on  trouve  sur  les  hautes  sommités  des  Alpes  du  Dauphiné  , 
est  beaucoup  plus  rare  que  la  précédente,  avec  laquelle  on 
Fa  confondue,  mais  dont  elle  est  bien  distincte;  sa  tige  est 
un  peu  plus  élevée  ,  et  porte  un  corymbe  terminal  de  cala*- 
thides  un  peu  plus  nombreuses;  ses  feuilles,  presque  «labres 
en  dessus,  sont  chargées  en  dessous  d'un  duvet  cotonneux, 
parfaitement  blanc  ;  elles  sont  fortement  dentées,  souvent 
anguleuses:  les  radicales  pétiolées,  ovales,  échancrées  en 
cœur  ou  presque  en  fer  de  flèche;  les  caulinaires  sessiles, 
ovales-lancéolées. 

Nous  avons  observé,  dans  Fherbier  de  M.  de  Jussieu,  une 
plante  qui  y  étoit  étiquetée  Saussurea  multijlora ,  Decand., 
mais  dont  la  calathide  nous  a  offert  les  caractères  sulvans: 

Calathide  oblongue  ,  incouronnée,  équaliflore,  pluriflore  , 
régulariflore,  androgyniQore?  Péricline  oblong,  à  peu  près 
égal  aux  fleurs,  formé  desquames  régulièrement  imbriquées, 
appliquées  ,  absolument  privées  d'appendices  :  les  extérieures 
plus  courtes,  ovales,  uninervées,  à  bords  scarieux  et  colorés; 
les  intérieures  plus  longues,  oblongues-lancéolées,  scarieuses 
et  colorées  supérieurement.  Clinanthe  plan,  garni  de  fim- 
brilles  nombreuses,  inégales,   filiformes-laminées,  subulées. 


496  SAU 

Ovaire  court,  tëtragone,  glabre,  ayant  un  bourrelet  apicilaire 
coroniforme,  denticulé;  aigrette  composée  de  squamellules 
inégales,  plurisériées  ,  filiformes,  barbellulées.  Corolle  à  limbe 
plus  long  que  le  tube,  parsemé  de  glandes,  un  peu  obrin- 
gent  ,  ayant  les  incisions  un  peu  inégales.  Étauiines  à  filet 
glabre,  mais  offrant  quelques  rudimens  de  papilles  avortées; 
anthères  libres  ou  à  peine  cohérentes,  ayant  les  loges  très- 
courtes,  garnies  de  pollen,  les  appendices  basilaires  nuls  , 
l'appendice  apicilaire  extrêmement  long,  linéaire,  presque 
aigu  au  sommet.  Style  à  deux  stigmatophores  entièrement 
libres. 

Les  squames  intermédiaires  du  péricline  ,  parsemées  de  pe- 
tites gl.ndes  jaunâtres,  ont  une  grosse  nervure  brune,  et 
les  bordb  violets,  comme  ciliés  par  de  longs  poils  laineux  ou 
aranéeux.  La  calathide  contient  environ  douze  fleurs. 

11  est  évident  que  cette  plante  n'appartient  point  au  genre 
Savssurea,  mais  bien  au  Serralula  des  botanistes,  que  nous 
avons  divisé  en  trois  sous-genres,  nommés  Klasea,  Serratula  , 
Maslrucium  (voyez  tom.  XLI ,  pag.  5  lo  ).  Mais  elle  semble  ne 
se  rapporter  exactement  à  aucun  des  trois,  et  pourroit  exiger 
la  création  d'un  quatrième  sous-genre.  Cependant,  comme 
il  seroit  possible  que  les  calathides  observées  par  nous  fussent 
mâles  par  imperfection  du  stigmate  ou  de  l'ovaire,  et  qu'ainsi 
la  plante  en  question  fût  dioïque,  nous  l'attribuons  provisoi- 
rement auvrai  Serratula,  avec  lequel  elle  a  beaucoup  de  rap- 
ports, et  nous  la  nommons  Serratula  tincta,  à  cause  de  son 
péricline  teint  d'une  couleur  violette  ou  purpurine.  Remar- 
quez que,  dans  la  Serratula  tinctoria  ,  qui  est  le  type  de  ce 
sous-genre  ,  l'appendice  des  squames  du  péricline  est  extrê- 
mement petit  et  d'une  substance  molle ,  en  sorte  qu'il  dis- 
paroit ,  ou  cesse  d'être  sensible,  sur  les  calathides  âgées  ou 
sèches;  ce  qui  n'a  point  lieu  dans  les  Klasea,  où  l'appendice 
des  squames  est  bien  plus  manifeste  ,  roide  et  persistant. 
Quant  au  Mastrucium,  dont  la  calathide  est  couronnée,  ra- 
diée, notre  plante  ne  peut  pas  lui  appartenir. 

La  Saussurea  runcinata,  décrite  et  figurée  dans  le  Mémoire 
de  M.  De  CandoUc,  est-elle  une  vraie  Saussui-ea  ?  JNous  en 
doutons  beaucoup,  et  nous  sommes  tenté  de  croire  que  c'est 
une  espèce  de  Serralula,   d'après  la  figure    dessinée  par  M. 


s  AU  497 

Turpin.  En  effet,  l'aigrette  y  paroit  composée  (fig.  c,/,  g) 
de  filets  plutôt  dentés  ou  ciliés  que  vraiment  plumeux ,  dis- 
posés sur  plusieurs  rangs,  très-inégaux,  graduellement  plus 
longs  de  dehors  en  dedans. 

Le  tableau  méthodique  des  genres  et  sous-genres  compo- 
sant la  tribu  des  Carlinées ,  n'ayant  point  été  présenté  dans 
notre  article  sur  cette  tribu  (  tom.  VII ,  pag.  109) ,  où  il  au- 
roit  dû  se  trouver,  nous  l'insérons  ici,  comme  un  supplément 
nécessaire,  et  qui  ne  pourroit  pas  être  placé  plus  convena- 
blement dans  tout  autre  article  ultérieur. 

IL*  Tribu.  Les  Carlinées  {Carlineœ). 

Cinarocephalarum  gênera.  Vaillant  (1718)  —  Bern.  Jussieu 
(  1769.  ined.)  —  A.  L.  Jussieu  (1789) —  Carduorum  et  Xeran- 
themorum  gênera.  Adanson  (1763)  —  Carduacearum  gênera.  L. 
C.Richard  (1801  )  in  Marthe  Cafal.  p.  85  — H.  Cassini  (181  2  ) 

—  Carduacearum  et  Labiatijloraruni  gênera.  De  CandoUe  (1810 
et  1812)  Ann.  du  Mus.  v.  16  et  19  —  Cinarocephalarum  et 
Chœnantophorarum  gênera.  Lagasca  (  1811  )  Amenid.  natur. — 
Carlineœ  et  Xeranthemeœ.  H.  Cassini  (1814)  —  Carlineœ.  H. 
Cassini  (1816)  —  Barnadesiarum  ,  Vernoniacearum ,  et  prohabi- 
liter Carduacearum  verarum  atque  Onoseridarum  gênera.  Kunth 
(1820). 

(  Voyez  les  caractères  de  la  tribu  des  Carlinées,  tom.  XX  , 
pag.  357.) 

Première  Section. 

Carlinées-Xéranthémées  (  Carlineœ-Xeranthemeœ). 

Caractères:  Ovaire  plus  ou  moins  velu,  rarement  glabre. 
Aigrette  de  squamellules  paléiformes  ou  laminées  ,  quelque- 
fois accompagnées  de  squamelulles  filiformes;  rarement  nulle. 
Corolle  glabre.  Péricline  diversifié. 

1 .  *  Xeranthemum.  =  Xeranthemum.  Tourn.  (  1 694  )  —  Vaill. 
(1718.  benè)  —  Adans.  —  Gaertn.  (1791)  —  Xeranthemi  sp. 
Linn.  — Harrisonia.  Neck.  (  1791  ). 

2.*  CHARDiNiA.  =  Xerarif?iemi  sp.  Tourn.  (1703) — Linn.— ■ 
Willd.  —  Fers.  —  Chardinia.  Desf.  (  i  8 1 8  )  Mém.  du  Mus.  v.  4- 

—  H.  Cass.  Dict.  v.  8.  p.  i85. 

3.*  NiTEi/iuM.=:  iVj>e//j/m,  H.  Cass.  Dict.  v.  35.  p.  11. 

47.  02 


49^  SAU 

4.*DicoMA.  —  Dicoma.  H.  Cass.  Bull.  Janv.  1817.  p.  12. 
Bull.  Mars  1818.  p.  Z,;.  Dict.  v.  i3.  p.  194. 

5.  t  ?  Lachkospermum.  =  StœheUnœ  sp.  Thuiib.  (  1800)  — 
Lachnospermum.  Willd.  (1800)  —  H.  Cass.  Dict.  v.  26.  p.  5i. 

—  Serratulce  sp.  Poir. 

6.  "■  CorsiNiA.  =  Cardui  sp.  Marsch.  (  1808)  —  Cousinia.  H. 
Cass.  Dict.  (hic). 

7.  t  Stob.ea.  =  Carlinoidis  sp.  Vaill.  (1718)  —  Carlinœ  sp. 
Linn.  —  Arelina.  "Neck.  (1791)  — Stobœa.  Thunb.  (iboo)  — 
Willd.  —  Pers.  —  Decand . 

8.  *  Cardopatium.  =  Carthami  sp.  Tourn.  (  1703  )  -^  Linn. 
(  1763  )  —  Echinopsis  sp.  Linn.  (1737)  —  Broiera.  Willd.  (i8o3. 
pessiniè  )  —  (  Non  Broiera.  Spreng.  (1 800  )  —  Cardopatium.  Juss. 
(  i8o5.  sufiicienter)  Ann.  du  Mus.  v.  6.  p.  324.  Dict.  v.  8.  p. 
80  —  H.  Cass.  (1817)  Dict.  v.  7.  p.  gS.  Dict.  (hic)  —  Cardo- 
patum.  Pers.  (1807)— Decand.  (1810). 

Seconde  Section. 

Carlinées-Prototypes  (  Carlineœ-Archetypœ). 

Caractères .  Ovaire  très-velu.  Aigrette  de  squamellules  fili- 
formes 5  barbées.  Corolle  glabre.  Péricline  entouré  de  brac- 
tées foliacées,  ordinairement  dentées-épineuses,  qui  tantôt 
forment  un,  involucre  distinct  attaché  à  sa  base  ,  tantôt  for- 
ment les  appendices  de  ses  squames  extérieures. 

9.  *  Carlina.  =  Carlinœ  sp.  Tourn.  —  Vaill.  —  Linn.  —  Car- 
Una.  H.  Cass.  Dict,  (hic). 

10.  *  MiTiNA.  =  Car/inœ  5p.  Tourn. — VailL  —  Linn.  —  Mitina, 
Adans.  (  1763) — Scop.  (1777) —  H.  Cass.  Dict.  (hic  ). 

1 1.  *  Carlowizia.  —  Carthami  sp.  Linn.  fil.  (1781  )  —  Alha- 
mus.  Neck.  (1791  )  —  Carloivizia.  Mœnch  (  1802)  —  Decand. 
(  1810)  —  H.  Cass.  Dict.  V.  7.  p.  111.  Bull.  1820.  p.  i23.  Dict. 
V.  25.  p.  53. 

12.*  Cham^leow  seuCHAMALiuM.=  Carlinœ sp.TouTîi.  (1700) 
• —  Cnici  sp.  Tourn.  (  1703  ) —  Crocodilodis  sp.  Vaill.  (  1718  )  — 
Atractjdis  gummifera.  Linn.  —  Acarnœ  sp.  Willd.  (i8o5)  — 
CiVseUj'isp.Brotero  (  1804)  —  Chamœleon.  H.  Cass.  Dict.  (hic). 

i5.  *  Acarna.  =  acarnœ  5p.  C.  Bauh.(i625)  — Willd.  (i8o3) 

—  Cnfci  sp.  TeurH.  (  1 700  )  —  Cro.codilodis  sp.  Vaill.  (1718)  — 


SAU  499 

Atracljlis  cancellata.  Linn.  —  Cirseltii  $p.  Gaertn.  (1791  )  — 
Brot.  (  1804)  —  Acarna.  H.  Cass.  Dict.  (hic). 

14.  *  Anactis.  =  ^nach'5.  H.  Cass.  Dict.  (hic). 

i5.*  Atractyus.  —  Cnici  sp.  Tourn.  (  1700) —  Crocodilodis 
sp.  Vaill.  (  1718  )  —  Atracljlis  humilis.  Linn.  —  Cirsellii  sp. 
Gœrtn.  (  1791  )  — AtractjUs.  WiUd.  (  i8o3  )  —  H.  Cass.  Dict. 
(hic). 

i6.  *  Spadactis.  =  An?  Atractjlis  humilis,  var.  ^.  Linn.  Sp. 
pL  p.  1162  —  Spadactis.  H.  Cass.  Dict.  (  hic  ). 

Troisième  Section. 

Carlinées-Barnadésiées  (  Carlineœ-Barnadesieœ  ). 

.  Caractères  :  Ovaire  trés-velu.  Aigrette  de  squamellules  fili- 
formes, barbées.  Corolle  velue.  Péricline  absolument  dénué 
de  bractées  foliacées ,  mais  composé  de  squames  uniformes  , 
très-simples,  plus  ou  moins  piquantes  au  sommet. 

17.  t  Barnadesia.  =  Barnadesia.  Linn.  fil.  (  1781  ) —  Lag. 

1  8.  *  Diacantha.  —  Bacasiœ  sp.  Ruiz  et  Pav.  (  1798  )  — Dia.- 
cantha.  Lag.  (  1811  )  —  H.  Cass.  Dict.  v.  1 3.  p.  1  Sa. 

ig.  t  Bacasia.  =  Bacasia.  Ruiz  et  Pav.  (  1794)  —  Lag.  (1811). 

20.  t  Dasyphyllum.  =  Dasjph^llum.  Kunth  (  1820  ). 

21.  *TuRPiKiA.  =  Turpinia.  Bonpl.  (  1807)  —  Kunth.  (1820). 

22.  *  Chuquiraga.  =  Chuquiraga.  Juss.  (  1789  )  —  Bonpl. 
(  1807  )  —  Decand.  —  H.  Cass.  Dict.  v.  9.  p.  178  —  Kunth  — 
Johannia.  "Willd.  (  i8o3  )  — Joannesia.  Vêts.  (  1807  ). 

Quatrième  Section. 

Carlinées-Stéhélinées  (  Carlineœ-Stœhelineœ  ). 

Caractères  :  Ovaire  ordinairement  glabre  ,  rarement  velu. 
Aigrette  de  squamellules  filiforcies  ,  barbées  ou  barbellu- 
lées ,  rarement  nues.  Corolle  glabre.  Péricline  ordinairement 
inerme. 

23.  t  GocHNATiA.  =  Gochnatia.  Kunth  (  1820  )  —  H.  Cass. 
Dict.  V.  19.  p.  149- 

24.  ^SiiFTiA.i^  Sh/f/a.  Mik.  —  H.  Cass.  Dict.  (hic). 

2  5.  *  HiRTELLiNA.  =  StœhcUnœ  sp.  Decand.  (1810)  — HirteL- 
lina.  H.  Cass.  Dict.  (hic). 


5oo  s  AU 

26.  *  Barbeluna.  =  Stœhelinœ  sp.  Decand.  (1810)  —  Bar- 
hellina.  H.  Cass.  Dict.  (  hic  ). 

27.  *  St^ehelina.  =  Stcçhelinœ  sp.  Decand.  (  1810)  —  Isotjpi  ? 
sp.  Kunth  (1820) — Stœhelina.H.  Cass.  Dict.  (hic). 

28.  *  Saussurea.  =  Serratulœ  sp.  Linn. —  Cirsii  sp.  Gmel. — 
An?  Cephalonoplos.  Neck.  (1791)  —  Saussurea.  Decand.  (1810) 
—  H.  Cass.  Dict.  (hic)  —  Heterotrichum.  Marsch. 

29.  *Theodohea.  =  Cirait  sp.  Gmel.  —  Serratulœ  sp.  Linn. — 
Saussureœ  sp.  Decand.  (1810)  —  Theodorea.  H.  Cass.  Bull.  nov. 
1818.  p.  168. 

Nous  avions  d'abord  confondu  ,  comme  les  autres  bota- 
nistes, les  Carlinées  avec  les  Centauriées  ,  les  Carduinées  , 
les  Échinopodées,  en  réunissant  toutes  ces  plantes,  sous  le 
titre  commun  de  Carduacées.  Mais,  dans  notre  troisième  Mé- 
moire sur  les  Synanthérées,  lu  à  l'Institut  en  Décembre  1814, 
nous  avons  admis  quatre  tribus  nommées  Carduacées,  Carli- 
nées, Xéranthémées  ,  Echinopsidées.  Enfin,  dansle  quatrième 
Mémoire,  lu  en  Novembre  1816,  nous  avons  séparé  les  Cen- 
tauriées des  Carduacées,  et  nous  avons  réuni  les  Xéranthémées 
aux  Carlinées. 

MM.  De  CandoUe  et  Lagasca  ont  attribué  quelques  Carli- 
nées à  leurs  Labiatiflores  ou  Chénantophores ,  parce  qu'ils 
n'ont  pas  eu  le  soin  d'établir  une  distinction  exacte  entre  la 
corolle  vraiment  labiée  et  d'autres  sortes  de  corolles  qui  n'en 
ont  que  l'apparence. 

La  classification  de  M.  Kunth,  publiée  en  1820,  présente 
une  sous -section  intitulée  Barnadésies  ,  composée  des  cinq 
genres  Barnadesia ,  Dasj'phAdlum  ,  Chuquiraga,  Gochnatia,  Trip- 
idium ,  et  qui  semble,  au  premier  coup  d'œil,  correspondre  à 
notre  tribu  des  Carlinées,  établie  et  publiée  bien  antérieure- 
ment. Mais  ce  botaniste  n'ayant  caractérisé  aucune  de  ses  sec- 
tions et  sous-sections,  et  n'ayant  classé,  suivant  sa  méthode, 
que  les  genres  décrits  dans  sa  Flore  de  l'Amérique  équi- 
noxiale  ,  il  est  impossible  de  mesurer  exactement  le  degré 
de  correspondance  qui  doit  exister  entre  les  groupes  qu'il 
admet  et  ceux  que  nous  avions  précédemment  établis.  On  peut 
seulement  entrevoir  que  nos  Carlinées  correspondent  à  une 
partie  des  Barnadésies  et  des  Vernoniacées  de  M.  Kunth  , 
et  prolîablement  aussi  à  une  partie  de  ses  Carduacées  vraie* 


SAU  Soi 

«■t  de  ses  Onosërides:  car  le  Triptilium,  qu'il  rapporte  à  ses 
Barnadésies  ,  est  pour  nous  une  Nassauviée  ;  le  Turpinia  , 
qu'il  rapporte  à  ses  Vernoniacées  ,  est  pour  nous  une  Carli- 
née;  il  rapproche  les  Stœhelina  de  son  Isotjpus  ,  lequel  est 
rangé  parmi  ses  Onosérides;  enfin,  il  est  bien  probable  que 
si  M.  Kunth  s'étoit  occupé  des  genres  Carlina  ,  Atractjlis  ,  etc., 
il  les  auroit  classés  avec  ses  Carduacées  vraies. 

Notre  tribu  desCarlinées,  quoique  foiblement  caractérisée, 
est  naturelle  et  suffisamment  distincte.  De  tous  les  caractères 
qui  la  distinguent  des  Centauriées  et  des  Carduinées,  le  seul 
qui  soit  exempt  d'excepti«ns  consiste  dans  la  glabréité  par- 
faite des  filets  des  étamines. 

Cette  tribu  est  fort  intéressante  à  étudier,  soit  à  raison  des 
affinités  croisées  qui  l'attirent  en  sens  contraires  vers  plusieurs 
points  différens  de  la  série  générale  des  Synanthérées,  soit  à 
raison  des  singularités  notables  qu'elle  offre  souvent  dans  la 
structure  de  presque  toutes  les  parties  de  la  fleur  et  de  la 
calalhide. 

Les  diverses  modifications  et  les  anomalies  du  style  et  du 
stigmate  des  Carlinées  mériteroient  surtout  un  sérieux  exa- 
men ,  auquel  nous  ne  pouvons  pas  nous  livrer  ici.  Il  eu  est 
une  cependant  sur  laquelle  nous  devons  attirer  l'affention  de 
nos  lecteurs,  et  que  nous  avions  déjà  signalée,  en  1812,  dans 
notre  premier  Mémoire  sur  les  Synanthérées  ,  en  décrivant  le 
style  de  la  Carlina  vulgaris  (  voyez  nos  Opuscules  Phytologiques, 
tom.  I.",  pag.  110  ).  Depuis,  nous  avons  trouvé  que  cette 
même  structure  existe  dans  toutes  les  Carlinées  -  Prototypes  , 
et  même  dans  quelques  genres  des  autres  sections  de  cette 
tribu  ,  par  exemple,  dans  le  vrai  Xeranthemum.  On  la  recon- 
noît  très-aisément  sur  les  fleurs  sèches,  parce  que  l'article 
inférieur  se  flétrit  en  séchant,  et  devient  alors  flasque,  ridé, 
sillonné,  comme  membraneux  ,  très-flexible,  tandis  que  l'ar- 
ticle supérieur,  plus  court  que  l'inférieur,  ne  se  flétrit  point 
du  tout,  mais  reste  lisse,  plus  ou  moins  coloré  ,  roide,  in- 
flexible, ce  qui  le  fait  paroitre  plus  épais  que  l'article  infé- 
rieur. C'est  ainsi  que  chez  les  Hélianlhées,  le  filet  de  l'éta- 
mine  se  flétrit  le  plus  souvent  aussitôt  après  la  fécondation  , 
et  avant  l'article  anthérifère.  L'article  supérieur  du  style  des 
Carlinées-Prototypes  est  probablement  formé  de  la  réunion 


5o.  SAU 

intime  des  deujt  stigmalophores ,  qui  seroient  entièrement 
confondus  ensemble  et  absolument  privés  de  stigmate  et  de 
collecteurs  en  leur  partie  inférieure  ,  distincts  seulement  vers 
le  sommet,  ^ui  porte  stigmate  et  collecteurs. 

Nous  avons  placé  la  tribu  des  Carlinées  entre  celle  des  Lac- 
fucées  ,  qui  la  précède  ,  et  celle  des  Centauriées  ,  qui  la  suit: 
mais  elle  a  aussi  des  rapports  très-remarquables  avec  les  Arc- 
totidées,  les  Inulées ,  les  Nassauviées,  les  Mutisiées.  Son  af- 
finité avec  les  Inulées  est  surtout  très-intime ,  et  elle  se  ma- 
nifeste bien  clairement  dans  notre  genre  Pegolettia  [voyez 
tom.  XXXVIII  ,  pag.  aS^).  Cependant  le  rapprochement  que 
nous  avons  opéré  entre  les  Carlinées  et  les  Lactucées  peut  se 
justifier  par  beaucoup  de  considérations.  Bornons-nous  ici  à 
faire  remarquer  que  la  corolle  de  plusieurs  Carlinées  diffère 
peu  de  celle  des  Lactucées ,  et  qu'il  y  a  aussi  des  analogies 
notables  entre  le  style  de  certaines  Carlinées  et  celui  de  cer- 
taines Lactucées. 

Nous  divisons  la  tribu  des  Carlinées  en  quatre  sections  , 
qui  nous  paroissent  naturelles,  suffisamment  distinctes,  et 
bien  caractérisées. 

Les  vingt-neuf  genres  qui  les  composent  devroient  être  ici 
tous  analysés  successivement;  mais  craignant  d'excéder  les 
bornes  qui  conviennent  à  un  article  de  Dictionnaire,  nous 
allons  nous  réduire  à  quelques  observations  détachées  sur 
certains  genres. 

1.  Le  vrai  genre  Xerfln/hcmum  commence  notre  série  ,  parce 
qu'il  nous  semble  se  lier  assez  bien  avec  le  groupe  des  Cata- 
nancées,  ou  Scorzonérées  anomales,  qui  termine  les  Lactu- 
cées. En  effet,  le  Xeranthemum  ressemble  au  genre  Catanance 
par  le  péricline  scarieux  ,  l'ovaire  velu  ,  Taigrette  d'environ 
cinq  squamellules  paléiforraes  inférieu rement ,  iîliformes  et 
barbellulées  supérieurement.  Cependant  le  Xeranthemum  se 
rapproche  du  Carlina  par  la  structure  du  style,  et  par  les 
squames  intérieures  du  péricline  ,  qui  sont  radiantes  et  colo- 
rées. On  pourroit  donc  renverser  la  série  des  Xéranthémées, 
en  la  commençant  par  le  genre  Cardopatium,  qui,  ayant  les  co- 
rolles palmées,  de  couleur  bleue,  et  les  calathides  agglomé- 
rées, se  trouveroit  assez  convenablement  placé  immédiatement 
à  la  suite  du  genre  Cichorium ,  qui  est  le  dernier  des  Lactucées. 


s  AU  5o3 

4.  Nous  avons  décrit  le  genre  Dicojna(  tom.  XIII  ,pag.  194) 
sur  un  échantillon  très-vieux  et  en  mauvais  état,  qui  se  trou- 
voit  dans  l'herbier  de  M.  de  Jussieu.  Mais  en  1825  ,  M.  Gay 
a.  reçu  du  Sénégal  plusieurs  beaux  échantillons  de  cette 
plante,  récemment  recueillis  sur  les  sables,  près  le  lac  de 
Panié-Foul ,  à  quatre  lieues  de  Richardtoi,  et  il  a  eu  la  bonté 
de  nous  en  donner  un  ,  que  nous  nous  empressâmes  d'observer, 
d'analyser  et  de  décrire  avec  soin.  Tous  les  caractères  géné- 
riques se  trouvèrent  exactement  conformes  à  ceux  de  notre 
ancienne  description;  mais  la  description  spécifique  étoit  im- 
parfaite, et  elle  a  besoin,  sur  certains  points,  d'être  rectifiée 
et  complétée  de  la  manière  suivante  : 

Dicoma  tomentosa  ,  H.  Cass.  Les  feuilles ,  longues  d'environ 
dix  lignes,  larges  d'environ  deux  lignes,  sont  obovales-oblon- 
gues,  étrécies  en  leur  partie  inférieure,  qui  est  linéaire  et 
isubpétioliforme ,  arrondies  au  sommet,  très-entières  sur  les 
bords,  plus  ou  moins  blanches  et  tomenteuses  sur  les  deux 
faces,  munies  d'une  forte  nervure  médiaire.  Les  calathides 
sont  en  apparence  latérales  ,  et  non  terminales  :  chacune 
d'elles  est  portée  par  un  rameau  pédonculiformc ,  très-court 
et  simple  ,  tantôt  nu  ,  tantôt  ponrvu  d'une  seule  feuille  ;  mais 
comme  ce  rameau- pédoncule  est  situé  à  l'opposite  d'une 
feuille,  il  faut  en  conclure  que  la  calathide  est  réellement 
terminale  dans  l'origine,  et  qu'elle  devient  ensuite  latérale, 
parce  qu'un  vrai  rameau  nait  dans  l'aisselle  de  la  première 
ou  de  la  seconde  feuille  qui  se  trouve  au-dessous  de  la  cala- 
thide, et  que  ce  rameau  semble  être  une  prolongation  de  la 
tige;  selon  que  ce  rameau  naîtra  de  l'aissefie  de  la  première 
ou  de  la  seconde  feuille ,  le  pédoncule  sera  nu  ou  muni  d'une 
feuille.  Chaque  calathide  ,  haute  d'environ  six  lignes,  est 
composée  d'environ  quatorze  Heurs,  à  corolle  jaunâtre  très- 
pâle;  les  poils  de  l'ovaire  sont  blancs. 

6.  Notre  nouveau  genre  Cousinia  présente  les  caractères 
suivans  : 

Cousinia.  Calathide  incouronnée ,  équaliflore,  pluriflore  , 
obringentiflore,  androgyniflore.  Péricline  à  peu  près  égal  aux 
fleurs,  ovoïde-oblong;  formé  de  squames  nombreuses,  régu- 
lièrement imbriquées,  presque  uniformes:  les  intermédiaires 
appliquées,  oblongues-lancéolces ,  coriaces,  surmontées  d'un 


5o4  S  AU 

appendice  inappliqué  ,  long ,  étroit ,  subulé ,  triquètre ,  roide , 
terminé  par  une  épine.  Clinanthe  plan,  garni  de  fimbrilles 
nombreuses,  absolument  libres  jusqu'à  la  base,  très-longues, 
très-inégales,  filiformes.  Fruits  comprimés  bilatéralement, 
anguleux,  irrégulièrement  subpentagones,  obovoïdes,  étrécis 
à  la  base,  un  peu  ridés,  glabres,  noirâtres;  les  extérieurs 
obcomprimés  ou  irrégulièrement  anguleux  ;  aréole  basilaire 
un  peu  oblique  ;  bourrelet  apicilaire  à  peine  distinct  exté- 
rieurement ,  mais  saillant  au-dessus  de  l'aréole  apicilaire  , 
épais,  aminci  au  sommet,  qui  est  ondulé  ou  sinué;  plateau 
nul  ou  non  manifeste;  péricarpe  coriace,  un  peu  dur,  un 
peu  épais;  aigrette  courte,  très-caduque,  située  en  dedans  du 
bourrelet  apicilaire ,  composée  de  squamellules  subunisériées , 
inégales,  libres,  filiformes  en  apparence  ,  mais  réellement 
laminées,  membraneuses,  blanchâtres,  linéaires  -  subulées  , 
barbellulées  sur  les  deux  bords  latéraux,  un  peu  tordues  en 
hélice.  Corolles  glabres;  limbe  plus  long  que  le  tube,  obrin- 
gent,  à  base  coriace.  Étamines  à  filets  laminés,  glabres;  an- 
thères très-longues  ;  loges  longues  ;  appendices  apicilaires 
longs,  cornés,  entregreffés;  appendices  basilaires  très-longs, 
barbus  ou  plumeux.  Style  à  deux  stigmatophores  longs  , 
libres,  non  divergens,  point  du  tout  articulés  sur  le  style, 
pubescens  en  dehors  comme  la  partie  supérieure  du  style. 

Cousinia  carduiforwis  ,  H.  Cass.  (  An  ?  Carduus  orientalis  , 
Marsch.)  Plante  herbacée;  tige  peu  élevée,  dressée,  un  peu 
tortueuse,  un  peu  ramifiée  supérieurement,  cylindrique, 
striée,  tomenteuse  et  blanche;  feuilles  peu  distantes,  alternes, 
plus  ou  moins  courtement  décurrentes  ,  coriaces,  roides, 
à  face  supérieure  glabre,  verte  et  luisante,  à  face  inférieure 
tomenteuse  et  blanche  ;  les  feuilles  inférieures  plus  grandes, 
étrécies  vers  la  base  presque  en  forme  de  pétiole  ,  oblongues- 
lancéolées,  presque  pinnatifides,  à  divisions  lancéolées  ,  sé- 
parées par  de  larges  sinus,  terminées  par  une  longue  épine  , 
et  accompagnées  à  la  base  de  quelques  grandes  dents  épineuses; 
les  feuilles  supérieures  graduellement  plus  petites ,  absolument 
sessiles  ,  obloiigues  ,  profondément  divisées  sur  les  côtés  en 
grandes  dents  qui  se  terminent  chacune  par  une  épine  ,  et 
prolongées  par  la  base  sur  la  tige  en  décurrences  ou  ailes  très-? 
larges,  mais  qui  ordinairement  ne  descendent  pas  jusqu'à  l» 


SAU  5o5 

feuille  suivante;  calalhides  hautes  d'environ  neuf  lignes  ,  ir- 
régulièrement disposées,  terminales^  sessiles ,  plus  ou  moins 
rapprochées,  souvent  comme  agglomérées,  accompagnées  de 
bractées  ou  petites  feuilles  inégales  et  dissemblables;  péricline 
presque  glabre,  un  peu  scabre  ,  comme  parsemé  de  petites 
glandes,  d'abord  vert,  puis  roussâtre  et  comme  desséché  ; 
corolles  d'un  jaune  pâle  un  peu  verdàtre. 

Nous  avons  fait  cette  description,  générique  et  spécifique, 
sur  un  échantillon  sec  ,  qui  nous  a  été  libéralement  donné 
par  M.  Gay  ,  à  qui  il  avoit  été  envoyé ,  avec  plusieurs  autres 
de  la  même  espèce  ,  sous  le  nom  de  Carduus  orienfalis,  Marsch, 
La  description  de  Marschall  {FI.  taur.  cauc. ,  v.  2  ,  p.  270) 
paroît  bien  s'appliquer  à  notre  plante,  si  ce  n'est  que  l'au- 
teur lui  attribue  des  corolles  purpurines. 

Quoi  qu'il  en  soit,  cette  plante  n'est  assurément  point  un 
vrai  Carduus,  ni  même  une  Carduinée;  mais  c'est  un  genre 
nouveau  et  très^remarquable,  de  la  tribu  des  Carlinées  et  de 
la  section  des  Xéranthémées  ,  que  nous  dédions  au  célèbre 
psychologiste  Victor  Cousin.  M.  R.  Brown  a  démontré  que 
l'aigrette  du  vrai  Calea  n'est  point  pileuse  ou  capillaire, 
comme  on  le  croyoit  avant  lui,  et  comme  elle  paroît  l'être 
quand  on  l'examine  légèrement  et  à  l'œil  nu.  La  même  er- 
reur a  été  commise  à  l'égard  du  Cousinia-.  les  squamellules 
de  son  aigrette  ne  sont  filiformes  qu'en  apparence  ;  ce  sont 
réellement  des  lames  membraneuses  très-étroites  ,  qu'on  re- 
connoît  aisément  à  l'aide  d'un  forte  loupe.  Remarquez  d'ail- 
leurs qu'elles  ne  sont  barbellulées  ou  dentées  que  sur  les 
deux  bords  latéraux,  et  qu'elles  se  tordent  un  peu  en  hélice, 
par  l'effet  de  la  sécheresse  ,  comme  les  fimbrilles  laminées  et 
membraneuses  de  beaucoup  de  clinanthes  ;  deux  circonstances 
qui  n'auroient  pas  lieu,  si  elles  étoient  vraiment  filiformes. 
La  structure  du  style  est  fort  singulière,  et  semble  s'éloigner 
beaucoup  du  type  de  cette  tribu  pour  se  rapprocher  en  cer- 
tains points  de  celui  des  Lactucées  :  cependant  cette  struc- 
ture est  très-analogue  à  celle  que  nous  avons  observée  dans 
le  Chardinia,  si  ce  n'est  que  le  style  de  celui-ci  est  glabre,  au 
lieu  d'être  pubescent  comme  celui  du  Cousinia. 

8.  Notre  description  générique  du  Cardopalium  ,  insérée 
dans  ce  Dictionnaire  (  j^m.  VII ,  pag.  c)3  1 ,  doit  être  ici  rec- 


«o6  SAU 

tifîée  et  complétée  conformément  à  de  nouvelles  observations, 
que  nous  avons  faites  depuis  la  rédaction  de  cet  article. 

Cardopatium.  Calathide  incouronnée  ,  subradiatiforme  , 
pauciflore  (huit  ou  neuf),  palmatiflore  ,  androgynitlore.  Pé- 
ricline  inférieur  aux  fleurs  (en  faisant  abstraction  de  ses  ap- 
pendices), ovoïde-oblong  ,  formé  de  squames  paucisériées  , 
régulièrement  imbriquées,  appliquées,  coriaces:  les  exté- 
rieures et  les  intermédiaires  oblongues,  très-épaisses,  bordées 
vers  le  sommet  de  quelques  épines  ,  et  surmontées  d'un  long 
appendice  arqué  en  dehors,  épais,  roide ,  subulé ,  terminé 
par  une  épine,  et  accompagné,  sur  chaque  côté  de  sa  base, 
de  deux  épines  accouplées;  les  squames  du  rang  intérieur 
oblotigues-lancéolées  ,  minces,  moins  coriaces,  scarieuses  et 
un  peu  denticulées  sur  les  bords,  spinescentes  au  sommet. 
Clinanthe  petit,  plan,  garni  de  fimbrilles  très-longues,  iné- 
gales, filiformes-laminées,  membraneuses,  entregreffées  à  la 
base.  Ovaire  (  en  fleuraison)  cylindracé,  tout  hérissé  de  très- 
longs  poils  fins  appliqués;  fruit  mûr  un  peu  comprimé,  obo- 
voïde,  un  peu  aminci  vers  la  base  en  une  sorte  de  pied, 
prolongé  au  sommet  en  un  col  très-manifeste,  bien  distinct  , 
subcylindracé ,  long  comme  moitié  de  la  partie  séminifère, 
beaucoup  plus  étroit,  hispide  comme  elle  ;  aigrette  (un  peu 
variable)  presque  aussi  longue  que  le  col  du  fruit,  sur  lequel 
elle  semble  être  articulée,  composée  de  huit  à  dix  squamel- 
lules  unisériées,  ordinairement  entregreffées  à  la  base,  sou- 
vent inégales ,  irrégulières  et  dissemblables  ,  toujours  paléi- 
formes ,  larges  à  la  base  ,  étrécies  de  bas  en  haut ,  pointues 
au  sommet ,  plus  ou  moins  dentées  irrégulièrement  sur  les 
bords ,  membraneuses  ,  diaphanes.  Corolle  un  peu  arquée 
en  dehors ,  à  tube  distinct  du  limbe  et  moins  long  que 
lui;  limbe  palmé  ,  c'est-à-dire  divisé  en  cinq  lanières  par 
autant  d'incisions  ,  doiit  l'intérieure  (  regardant  le  centre 
de  la  calathide)  est  beaucoup  plus  profonde  que  les  quatre 
autres  et  descend  presque  jusqu'à  la  base  du  limbe  ;  la 
partie  indivise  du  limbe  plus  courte  que  ses  lanières  ,  un 
peu  urcéolée,  un  peu  gibbeuse ,  épaisse  et  charnue  à  sa  base; 
les  lanières  longues,  linéaires,  droites,  très-divergentes,  ter- 
minées par  une  corne  ou  callosité  conique  très-manifeste. 
Étamines  à  filet  libéré  au  sommet  du  tube  delà  corolle  ,   et 


SAU  5o7 

parfaitement  glabre;  article  anthérifère  élargi  et  épaissi  de 
bas  en  haut,  arrondi  au  sommet  ;  loges  et  connectif  courts; 
appendice  apicilaire  long,  aigu;  appendices  basilaircs  extrê- 
mement longs,  entregreffés  et  poUiniféres  supérieurement , 
du  reste  libres,  membraneux,  subulés,  hérissés  de  longs  poils 
tous  redressés  ou  rebroussés  de  bas  en  haut,  à  l'exception  d'un 
pinceau  terminal.  Style  glabre,  terminé  par  un  cône  arrondi, 
fendu  au  sommet  en  deux  lobes  courts,  garni  sur  toute  sa 
surface  externe  de  très -petits  collecteurs  papilliformes  ,  et 
entouré  à  sa  base  d'une  zone  de  longs  collecteurs  pili- 
formes. 

9.  Le  vrai  genre  Carlina,  qui  a  pour  type  la  Carlina  vul- 
garis,  ne  se  distingue  du  genre  Mitina  d'Adanson  que  par  la 
structure  de  son  péricline,  qu'il  faut  décrire  de  la  manière 
suivante  : 

Carlina.  Péricline  dowi/e.  l'extérieur  involucriforme,  com- 
posé de  squames  paucisériées  ,  imbriquées ,  plus  ou  moins 
courtes,  épaisses,  coriaces-charnues,  simples,  étrécies  de  bas 
en  haut,  appliquées  et  même  greffées  plus  ou  moins  com- 
plètement par  leur  face  interne  sur  la  face  externe  du  cli- 
nanthe  ,  chaque  squame  surmontée  d'un  grand  appendice 
étalé,  bractéiforme,  plus  ou  moins  découpé  en  lanières  épi- 
neuses: le  péricline  intérieur  formé  de  squames  subunisériées, 
à  peu  près  égales,  appliquées,  linéaires,  surmontées  d'un  long 
appendice  étalé,  radiant,  linéaire,  aigu,  scarieux ,  coloré. 
(Tout  le  reste  à  peu  près  comme  dans  le  genre  Mitina.) 

10.  Le  genre  Mitina  d'Adanson  a  pour  type  la  Carlina  la- 
nata,  sur  laquelle  nous  avons  observé  les  caractères  génériques 
suivans : 

Mitina.  Calathide  incouronnée,  équaliflore,  multiflorc, 
subrégulariflore ,  androgyniflore.  Péricline  frfp/e.  l'extérieur 
involucriforme,  composé  desquames  subbiscriées,  appliquées 
et  même  plus  ou  moins  greffées  sur  la  face  externe  du  cli- 
nanthe  ,  courtes,  ovales,  entières,  épaisses,  coriaces,  sur- 
montées d'un  grand  appendice  étalé,  bractéiforme,  plus  ou 
moins  découpé,  épineux;  le  péricline  intermédiaire  formé 
de  squames  plurisériées  ,  régulièrement  imbriquées  ,  appli- 
quées,  ovales-lancéolées,  entières,  coriaces,  surmontées  d'un 
petit  appendice   inappliqué,  subulé  ,  roide,  piquant,  spini- 


So8  S  AU 

forme  ;  le  pérîcline  intérieur  formé  de  squames  subunisériéea, 
égales,  très-longues,  très-étroites  ,  linéaires  ,  subraembraneu- 
ses,  uninervées,  surmontées  d'un  long  appendice  étalé,  ra- 
diant, étroit,  linéaire-lancéolé,  aigu,  un  peu  denté  sur  les 
bords,  scarieux,  coloré.  Clinanthe  large,  plan,  garni  de  fim- 
brilles  très-supérieures  aux  fleurs  ,  très-inégales  ,  laminées, 
coriaces  et  entregreffées  inférieurement ,  libres  et  filiformes 
supérieurement,  les  plus  longues  épaissies  en  massue  au  som- 
met. Ovaires  oblongs,  subcylindracés ,  tout  hérissés  de  longs 
poils  dressés,  biapiculés;  aréole  basilaire  non  oblique,  en- 
tourée d'un  petit  bourrelet  annulaire  cartilagineux;  aigrette 
formée  de  dix  faisceaux  égaux,  unisériés,  contigus,  libres  ; 
chaque  faisceau  composé  d'environ  quatre  squamellules  fili- 
formes, longuement  et  finement  barbées,  libres  supérieure- 
ment, entregreffées  inférieurement  de  manière  à  former  par 
leur  réunion  une  lame  largement  linéaire.  Corolles  subrégu- 
lières ou  un  peu  obringentes ,  très-glabres,  à  cinq  divisions, 
ttamines  à  filet  glabre,  à  anthère  pourvue  d'un  long  appen- 
dice apicilaire  aigu  au  sommet,  et  de  longs  appendices  ba- 
silaires  plumeux.  Stigmatophores  bien  distincts  du  style,  assez 
longs  ,  hérissés  de  collecteurs  piliformes  très-courts ,  entre- 
greffés complètement,  à  l'exception  du  sommet,  qui  est  un 
peu  élargi  en  spatule ,  et  qui  a  ses  bords  libres  et  divergens. 

Nous  avons  remarqué  que  les  élamines  étoient  bien  moins 
parfaites  dans  les  fleurs  extérieures.  On  prétend  que  cette 
plante  contient  un  suc  rouge  ;  mais  nous  n'avons  trouvé  qu'un 
sac  blanc,  presque  laiteux ,  dans  l'individu  vivant  et  fleuri, 
cultivé  au  Jardin  du  Roi,  que  nous  avons  observé  au  mois 
d'Août. 

La  seule  distinction  générique  ou  sous-générique  ,  qu'on 
puisse  établir  entre  les  vraies  Carlina  et  les  Mitina  ,  c'est  que 
îepéricline  intermédiaire,  très-manifeste  et  très-distinct  dans 
les  Mitina,  manque  entièrement,  ou  plutAt  presque  entière- 
ment, dansles  vraies  Carlina:  mais  comme  celles-ci  en  offrent 
toujours  quelques  vestiges  plus  ou  moins  confondus  avec  les 
squames  du  péricline  intérieur  ,  on  jugera  probablement  que 
cette  distinction  est  insuffisante.  Si  on  l'admettoit ,  il  faudroit 
attribuer  au  genre  ou  sous-genre  Mitina,  non  seulement  la 
Carlina  lanata ,  mais  encore  les  corymhosa  et  sulphurea. 


SAU  5o9 

11.  Le  genre  Carlomzia^  originairement  fondé  sur  le  Car- 
thamus  salicifolius,  et  dont  nous  avons  décrit  une  seconde  es- 
pèce sous  le  nom  de  Carlowizia  corjmbosa  (tom.  XXV,  p.  53). 
est  foiblement  distinct  des  Carlina  et  Milina;  car  il  n'en  dif- 
fère essentiellement  que  parce  que  les  bractées  formant  son 
involucre  oupéricline  extérieur  sont  entières  et  munies  d'une 
seule  épine  terminale,  et  en  ce  que  l'appendice  des  squames 
intérieures  du  vrai  péricline  est  court ,  très-étroit,  non  coloré, 
peu  apparent.  Cependant  les  Carlowizia  semblent  s'éloigner 
beaucoup  des  Carlines  par  le  port. 

12.  Notre  genre  Chamceleon  a  ^out  iy^e  V Atractylis  gummi- 
fera.  Exactement  intermédiaire  entre  les  trois  genres  qui  le 

précèdent  et  les  quatre  genres  qui  le  suivent,  entre  les  Car- 
lines et  les  Atractyles ,  il  se  distingue  de  tous  par  des  diffé- 
rences essentielles.  Comme  nous  trouverons  bientôt  l'occasion 
de  le  décrire  dans  un  autre  article,  contentons-nous  de  dire 
ici,  1."  que  le  péricline  du  Chamceleon  ressemble  à  celui  des 
Atractyles,  parce  que  ses  squames  intérieures  ne  sont  ni  ra- 
diantes ni  colorées;  2.°  que  l'aigrette  ,  étant  formée  de  plu- 
sieurs faisceaux  composés  chacun  de  plusieurs  squamellules 
entregreffées  inférieurement,  libres  supérieurement ,  ne  res- 
semble point  à  celle  des  Atractyles,  mais  bien  à  celle  des 
Carlines,  dont  elle  ne  diffère  que  parce  que  ces  faisceaux  sont 
disposés  sur  deux  rangs;  3.°  que  la  corolle  est  analogue,  par 
ses  dimensions,  sa  forme  et  sa  couleur,  à  celle  des  quatre 
genres  suivans ,  et  s'éloigne  ainsi  des  trois  genres  précédens; 
4.°  enfin  que  l'appendice  apicilaire  de  l'anthère  est  tronqué 
au  sommet  d'une  manière  très-remarquable.  VAtraclylis  mU' 
crocephala,  Desf. ,  que  nous  n'avons  pas  vue,  est  probablement 
une  seconde  espèce  du  nouveau  genre  Chamœleon. 

i3.  Le  genre  Acarna,  dont  le  vrai  type  est  VAtractylis  can- 
cellata,  a  la  calathide  ordinairement  composée  de  fleurs  toutes 
égales,  uniformes,  hermaphrodites  et  à  corolle  régulière.  Ce- 
pendant nous  avons  quelquefois  trouvé  sur  ses  bords  environ 
trois  fleurs  neutres,  ayant  l'ovaire  et  l'aigrette  demi-avortés , 
la  corolle  à  tube  long  renfermant  des  rudimens  de  style  et 
d'étamines,  et  à  languette  courte  et  étroite.  Ainsi ,  selon  nous , 
le  véritable  caractère  distinctif  du  genre  ou  sous-genre  y^carna 
réside  dans  Iç  péricline,  dont  les  stjuames  extérieures  et  in- 


S^o  ^  SAU 

termédialres  sont  aiguës,  à  bordure  scarieuse,  prolongée  au 
sommet  enune  petite  pointe  molle  ,  filiforme;  et  dont  les 
squames  intérieures  sont  surmontées  d'un  très-long  appendice 
iien  distinct,  presque  dressé  ou  à  peine  radiant,  s'élevant 
beaucoup  plus  haut  que  les  fleurs,  linéaire-subulé,  scarieux  , 
semi-diaphane,  un  peu  coloré,  cilié  ,  asseï  analogue  à  celui 
des  Carlin  es. 

14.  Notre  genre  ou  sous-genre  Anactis,  qui  sera  décrit  ail- 
leurs, est  fondé  sur  une  plante  de  Palestine,  que  nous  avons 
observée  dans  l'herbier  de  M.  Gay,  oîi  elle  est  étiquetée  ylfrac- 
tjlis  serratuloides,  Sieher.  V Anactis  aie  périciine  absolument 
semblable  à  celui  du  véritable  Atracljlh ,  dont  il  ne  se  dis- 
tingue génériquement  que  parce  que  sa  calathide  est  composée 
de  fleurs  toutes  égales,  uniformes,  hermaphrodites  et  subré- 
gulières. 

i5.  Le  vrai  genre  Atractylh,  ayant  pour  type  VAtractjlis 
humilis ,  doit ,  selon  nous  ,  être  caractérisé ,  1 ."  par  le  périciine , 
dont  toutes  les  squames  sont  tronquées  au  sommet,  lequel 
est  surmonté  d'un  long  appendice  subulé,  roide,  piquant, 
spiniforme  ;  2."  par  la  calathide  subradiatiforme  ,  composée 
de  fleurs  toutes  hermaphrodites,  mais  dont  les  extérieures  sont 
notablement  plus  longues  ,  et  à  corolle  palmée  comme  celle  du 
Cardopatium. 

16.  Notre  genre  ou  sous-genre  Spadac/is,  qui  sera  décrit  en 
son  lieu  dans  ce  Dictionnaire,  se  distingue  du  précédent? 
i.°par  son  périciine,  dont  les  squames  nesont  point  tronquées, 
mais  pourvues  d'une  bordure  scarieuse  irrégulièrement  dé- 
coupée supérieurement,  et  terminées  par  une  épine  plus  ou 
moins  arquée  en  dedans  ou  presque  crochue  ;  2.°  par  sa  ca- 
lathide, qui  est  vraiment  radiée,  ayant  une  véritable  cou- 
ronne unisériée  de  fleurs  neutres,  à  faux-ovaire  aigrette, 
mais  excessivement  court,  évidemment  semi-avorté  et  stérile, 
à  corx)lle  notablement  plus  longue  que  celles  du  disque,  li- 
guliforme  ou  palmatiforme ,  découpée  en  cinq  longues  la- 
nières, à  étamines  imparfaites,  à  style  inclus.  Il  ne  paroît  pas 
y  avoir  de  périciine  extérieur,  ou  d'involucre  ,  suffisamment 
distinct  des  feuilles  qui  garnissent  le  très-court  support  de  la 
calathide. 

24.  Nous   avons  observé,  dans  l'herbier  de  M.  Gay  ,  «a 


SAU  6.1 

échantillon  de  Stifiia,  recueilli  prés  de  Rio-Janeiro  par  M. 
Gaiidichaud  ,  mais  incomplet  et  en  mauvais  état.  Les  feuilles 
sont  très-glabres  sur  les  deux  faces,  ainsi  que  les  rameaux;  le 
péricline  est  glabre,  formé  de  squames  régulièrement  imbri- 
quées, appliquées,  coriaces,  ovales,  nullement  piquantes, 
mais  au  contraire  très-obtuses  et  presque  arrondies  au  som- 
met, les  intérieures  oblongues;  le  clinanthe  est  planiuscule, 
alvéolé  ou  profondément  fovéolé ,  à  réseau  épais,  arrondi, 
parfaitement  nu;  l'ovaire  est  extrêmement  long,  grêle,  sub- 
cylindracéou  un  peu  anguleux,  parfaitement  glabre,  portant 
un  nectaire  cylindracé,  très-élevé,  persistant;  l'aigrette  est 
rousse  ,  très-longue  ,  composée  de  squamellules  très  nom- 
breuses ,  très-inégales,  plurisériées,  très-adhérentes  à  l'ovaire, 
parfaitement  libres  jusqu'à  la  base,  filiformes,  très-barbellu- 
lées,  les  plus  longues  un  peu  épaissies  au  sommet.  Nous  re- 
grettons'de  n'avoir  pas  pu  observer  le  style,  les  étamines  , 
la  corolle  ,  dont  cet  échantillon  n'oftroit  aucun  vestige:  cela 
nous  laisse  dans  le  doute  sur  la  classification  du  Stiftia.Seroit- 
ce  une  Vernoniée  ?  Quoi  qu'il  en  soit,  il  nous  semble  qu'on 
auroit  tort  de  confondre  le  Stifiia  avec  le  Gochnatia,  qui  s'en 
distingue  bien  suffisamment  par  les  squames  aiguës  et  pi- 
quantes de  son  péricline,  et  par  ses  ovaires  courts  et  velus. 

2  5.  Notre  genre  ou  sous-genre  Hirtellina,  fondé  sur  la  Stœhe- 
lina  fruticosa ,  se  distingue  des  deux  suivans  ,  i.°  par  l'ovaire 
qui  est  tout  couvert  d'une  couche  épaisse  de  très-longs  poils 
un  peu  fourchus  au  sommet,  et  qui  est  muni  d'un  petit  bour- 
relet basilaire  ;  2.°  par  l'aigrette  formée  de  plusieurs  faisceaux 
subunisériés,  libres,  composés  chacun  de  deux  ou  trois  squa- 
mellules inégales,  filiformes,  barbellulées ,  entregreffees  in- 
férieurement,  libres  supérieurement,  les  plus  longues  un  peu 
épaissies  au  sommet;  5.°  par  le  clinanthe  muni  de  fimbrilles 
peu  nombreuses,  libres,  presque  filiformes;  4.°  par  la  corolle 
à  tube  plus  court  que  le  limbe. 

26.  Notre  Barbeliina,  fondé  sur  la  Stœhelina  arhorescens ,  se 
distingue  du  précédent  et  du  suivant,  1.*  par  l'ovaire  très- 
glabre  et  comprimé  bilatéralement  ;  2.°  par  l'aigrette  formée 
de  plusieurs  faisceaux  unisériés,  entregreffes  à  la  base,  com- 
posés chacun  de  plusieurs  squamellules  inégales,  filiformes-la- 
minées,  très-barbellulées  sur  les  bords,  entregreffées  inféricu- 


5i2  SAU 

rement,  libérées  supérieurement  à  dififérentes  hauteurs;  3." 
par  le  clinanthe  garni  de  fîmbrilles  très-nombreuses  ,  laminées, 
entregreffées  inférieurement;  4.°  par  la  corolle  à  tube  plus 
court  que  le  limbe. 

27.  Linné  n'ayant  admis,  dans  son  Species  planlarum ,  que 
deux  espèces  de  Stœhelina ,  lesquelles  ne  sont  point  du  tout 
congénères,  et  la  première  (gnaphaloides)  ayant  reçu  de  M. 
De  CandoUe  le  nouveau  nom  générique  de  Sjncarplia  ,  quoi- 
qu'elle fût  l'espèce  primitive  du  genre,  il  en  résulte  que  la  se- 
conde espèce  (  dubia)  doit  être  maintenant  considérée  comme 
le  vrai  type  de  ce  genre  Stœhelina ,  dont  nous  éliminons  quel- 
ques espèces  admises  postérieurement  par  Linné  ,  et  que  nous 
rapportons  au  Barhellina  ou  à  VHirtellina. 

Le  vrai  genre  Stœhelina,  ainsi  fondé  sur  la  Stœhelina  dubia  ^ 
se  distingue  des  deux  précédens,  1.°  par  l'ovaire  très-glabre, 
comprimé,  un  peu  anguleux,  muni  d'un  bourrelet apicilaire; 
2°  par  l'aigrette  très-longue  ,  formée  de  plusieurs  faisceaux 
unisériés,  entregreffés  à  la  base,  composés  chacun  de  très- 
nombreuses  squamellules  presque  égales,  filiformes,  très- 
fînes  ,  absolument  capillaires,  nues  ou  pas  sensiblement  bar- 
bellulées  ,  entregreffées  inférieurement,  libérées  supérieure- 
ment à  différentes  hauteurs;  3.°  par  le  clinanthe  garni  de 
fîmbrilles  laminées  et  entregreffées  inférieurement;  4.°  par  la 
corolle  à  tube  plus  long  que  le  limbe. 

M.  Runth  {ISov.  gen.  et  spec,  t.  4,  p.  11  )  prétend  que  le 
genre  Stœhelina  de  Linné  est  voisin  des  Isotjpus  et  Onoseris  , 
que  son  réceptacle  est  paléacé,  que  la  Stœhelina  dubia  diffère 
de  toutes  les  autres  espèces  àt  Stœhelina  par  l'aigrette  pileuse, 
et  qu'elle  doit  probablement  être  rapportée  au  genre  Isotypus. 
Nous  ne  pouvons  admettre  aucune  de  ces  quatre  propositions. 
D'abord,  les  Onoseris  et  Isof^pui  sont  des  Mutisiées,  tandis  que 
les  Stœhelina  sont  des  Carlinées,  à  l'exception  de  la  St.  gna- 
phaloides, qui  est  une  Inulée;  en  second  lieu,  les  appendices 
du  clinanthe  AcsStœhelina  ne  sont  point  de  vraies  squamelles, 
mais  des  fîmbrilles  entregreffées  inférieurement  et  formant 
ainsi  des  lames  plus  ou  moins  larges  et  toujours  très-irrégu-« 
lières,  inégales  et  dissemblables,  comme  dans  la  plupart  des 
autres  Carlinées;  troisièmement,  si  l'on  écarte,  comme  on  le 
doit.  Ia5f.  gnaphaloides,  qui  n'est  point  congénère,  il  est  vrai 


SAU  5.3 

de  dire  que  foutes  les  espèces  de  Stœhelina  ont  l'aigrette  pi- 
leuse et  non  plumeuse  ,  aussi  bien  que  celle  nommée  dubia  ; 
enfin  ,  cette  Stœhelina  dubia  nç  peut ,  sous  aucun  rapport ,  être 
associée  génériquement  à  Vlsotjpus. 

2g.  Notre  genre  Theodorea  diffère  du  Saussurea  par  le  pé- 
ricline  dont  les  squames  sont  toutes  ou  la  plupart  surmontées 
d'un  appendice  plus  ou  moins  grand,  étalé,  large,  arrondi, 
scarieux,  coloré,  plus  ou  moins  découpé  sur  ses  bords.  Nous 
connoissons  deux  espèces  de  ce  genre:  i."  Theodorea  amara, 
{Saussurea  amara,Y)ecânA.)  caractérisée  par  les  feuilles  oblon- 
gues,  entières  ou  découpées  seulement  sur  les  bords,  et  par 
les  appendices  du  péricline  flabelli formes,  nuls  sur  les  squa- 
mes des  rangs  les  plus  extérieurs  ;  2."  Theodorea  pulchella  (Saus- 
surea pulchella,  Fischer),  caractérisée  par  les  feuilles  profon- 
dément pinnatilides  ,  à  lanières  étroites,  distancées,  et  par 
les  squames  du  péricline,  toutes  surmontées  d'un  grand  ap- 
pendice orbiculaire,  comme  chiffonné,  irrégulièrement  den- 
ticulé  sur  ses  bords  ,  et  d'une  belle  couleur  purpurine. 

Ce  genre  Theodorea  termine  très- convenablement  la  série 
des  Carlinées,  parce  qu'il  a  des  rapports  notables  par  son  pé- 
ricline avec  les  Jacéinées  (lom.  XLIV,  pag.  55),  qui  com- 
mencent la  tribu  des  Centauriées.  (  H.  Cass.) 

SAUSSIIRIA.  [Bot.)  Mœnch  a  fait  sous  ce  nom  un  genre  du 
nepeta  multijida,  espèce  de  cataire  ,  parce  que  l'ouverture  de 
son  calice  est  fermée  et  que  la  lèvre  inférieure  de  la  corolle 
est  entière.  Le  Saussurea  de  M.  De  Candolle,  genre  admis  , 
est  de  la  famille  des  cinarocéphales.  (J.  ) 

SAUSSLRITE.  [Min.)  On  a  proposé  de  désigner  ainsi  une 
pierre  qui  n'est  ni  homogène  ni  cristallisée,  et  qui  n'a  par 
conséquent  aucun  titre  pour  être  considérée  comme  une  es- 
pèce. Nous  avons  dit  ailleurs  qu'il  valoit  mieux  réserver  le  nom 
du  célèbre  géologue  auquel  on  a  voulu  consacrer  cette  espèce 
très- incertaine,  pour  un  minéral  nouveau  bien  caractérisé. 
Nous  lavons  fait  connoitre  à  l'article  Jade,  sous  le  nom  de 
jade  de  Saussure.  Voyez  ce  mot.  (B.) 

SAUT  [chez  les  insectes].  {  Entom.)  C'est  l'action  de  sau- 
ter, ou  le  mouvement  que  font  sur  un  corps  qui  leur  résiste, 
les  pattes  ou  quelques  autres  parties  du  corps  qui  se  débandent 
fortement.  La  nature  a  emplo3'é  des  moyens  très-variés  de 
/»7'  55 


5i4  SAU 

faire  quitter  le  sol  qui  les  supporte,  aux  insectes  qui  jouissent 
de  cette  faculté.  Le  plus  ordinairement  ce  sont  les  pattes,  et 
surtout  les  postérieures,  qui  produisent  cet  effet.  Alors  sou- 
vent les  cuisses  sont  renflées,  comme  on  le  voit  dans  les  al- 
tises,  lessagres,  les  orchestes,  les  chalcides,  les  cicadelles  , 
les  psylles.  Le  plus  ordinairement ,  les  jambes  et  les  cuisses 
postérieures  ont  pris  en  même  temps  beaucoup  de  dévelop- 
pement en  longueur  ;  c'est  le  cas  des  gryllons,  des  sauterelles, 
des  puces.  D'autres  fois  l'insecte  saute  par  l'effet  d'un  ressort, 
produit  au  moyen  de  l'élasticité  d'une  portion  libre  et  pro- 
longée du  sternum  ,  qui  entre  dans  une  pièce  creuse  de  la  poi- 
trine; c'est  le  cas  qui  nous  est  présenté  par  les  taupins,  qui 
sautent  et  qui  s'élèvent  dans  l'air  sans  se  servir  des  pattes,  soit 
qu'ils  tombent  sur  le  dos  ou  sur  le  ventre.  D'autres,  comme 
les  podures,  déploient  de  longues  soies  roides,  qui  sont  rete- 
nues, comme  par  force,  dans  un  sillon  pratiqué  sous  toute  la 
longueur  de  l'abdomen.  Quelques-uns,  comme  les  machiles , 
agissent  sur  toute  la  longueur  de  l'abdomen  ,  aux  diverses  sec- 
lions  duquel  ils  impriment  une  obliquité  telle  qu'ils  en  reçoi- 
vent une  direction  prévue  et  dans  le  sens  du  mouvement  qu'ils 
veulent  produire.  Quelques  larves  ,  comme  celle  de  la  mouche 
du  fromage  ,  courbent  leur  corps  en  cercle  en  se  pinçant  la 
queue,  qu'elles  lâchent  tout  à  coup  ,  pour  obtenir  leur  redres- 
sement subit  sur  le  corps  qui  les  supporte  et  qui  les  lance  avec 
une  sorte  d'élasticité.  Cette  étude  des  divers  moyens  accordés 
par  la  nature  pour  produire  et  faciliter  les  mouvemens  des 
insectes  ,  est  un  objet  de  recherches  très-curieuses,  qui  méri- 
teroit  d'être  considéré  d'une  manière  générale.  (C.  D.) 

SAUTERELLE.  {Entom.)  Ce  nomfrançois  aétédonnéà  des 
espèces  d'insectes  fort  différentes,  de  l'ordre  des  orthoptères  et 
de  la  même  famille  des  grylloïdes  ou  grjdliformes,  faciles  à  re- 
connoître  par  le  prodigieux  alongementdes  pattes  postérieures, 
qui  leur  donne  la  plus  grande  facilité  pour  sauter  ou  pour  s'é- 
lancer rapidement  de  la  place  qu'ils  occupoient,  en  déban- 
dant comme  des  ressorts  les  longs  leviers  qui  constituent  leurs 
cuisses  et  leurs  jambes.  De  là  le  nom  de  sauterelles,  sous  le- 
quel on  les  a  généralement  désignés. 

A  la  vérité  ,  les  espèces  qui  ont  les  antennes  en  soie  ou  en 
fuseau  aplati,  ont  été  le  plus souventdistinguées sous  les noim 


SAU  616 

de  gryllon,  de  courtiliére  et  de  truxale.  Cependant  les  locustes 
ont  été  nommées  sauterelles  parGeoITroy,  et  nous  avonscom- 
mis  la  faute,  à  l'articli'  Loctste,  de  renvoyei'k'  lecfeurau  mot 
Sauterelle.  Fonr  réparer  cette  omission  ,  nous  trailerons  ici  du 
genre  Locuste;  mais  ce  n'est  pas  la  seuir  difficulté  que  nous 
ayons  à  vaincre,  car  le  nom  de  sauterelle  a  été  donné  au 
genre  Criquet,  que  les  auteurs  latins  ont  désigné  sous  le  nom 
de  grjllus,  et  que  nous  devions  traduire  en  françois  par  gryllon. 

Mais  nos  gryllons  correspondent  au  gen:'e  Acheta  de  Fabri- 
cius,  tandis  que  cet  auteur  a  nommé  Crjllus  un  genre  qui 
comprend  les  criquets  de  Geoffroy,  qui  sont  les  espèces  appe- 
lées vulgairement  par  les  enfans  sauterelles  ,  et  ce  même 
genre  se  trouve  encore  partagé  en  deux  par  Fabricius,  qui  a 
nommé  acridies  les  espèces  dont  le  corselet  se  prolonge  pour 
recouvrir  l'abdomen. 

Voici  en  résumé  la  synonymie  du  genre  Sauterelle,  pour 
lequel  on  pourra  d'ailleurs  consulter  l'article  Grylloïdes. 

Les  sauterelles  de  Geoffroy,  à  antennes  en  soie,  qu'il  nommoit 
en  latin  locusia,  vont  être  décrites  ici  sous  le  nom  de  Locuste. 

Les  criquets  de  Geoffroy  ,  qu'il  nommoit  acridium  en  latin  ,  et 
qui  ont  été  partagés  en  deux  genres  principaux  par  Fabricius, 
Gryllus  et  Acridium  ,  restent  séparés.  Le  genre  Acridie  est  con- 
servé. Nous  traiterons  de  celui  de  Grjllus  sous  le  nom  de  Sau- 
terelle. 

Genre  Locuste,  Locusfa.  Insectes  caractérises  par  des  an- 
tennes en  soie,  très- longues;  par  une  tête  verticale  encapu- 
chonnée sous  le  corselet,  et  par  le  nombre  des  articles  aux 
tarses,  qui  est  de  quatre. 

Toutes  ces  particularités  servent  parfaitement  à  distinguer 
ce  genre  de  tous  ceux  de  la  même  famille  des  grylloïdes. 
Ainsi  dans  les  truxales  les  antennes  sont  comprimées  ,  coniques  - 
ou  en  fuseau,  c'est-à-dire  plus  larges  au  milieu.  Elles  sont  en 
fil  dans  les  criquets  ou  sauterelles,  les  acridies  et  les  tridac- 
tyles;  enfin,  chez  les  courtillières  et  les  gryllons  les  tarses  n'ont 
aussi  que  trois  articles,  quoique  les  antennes  soient  très-grêles 
à  leur  extrémité  libre. 

Le  nom  de  locusta  est  très-ancien  :  il  a  été  employé  par 
Pline  le  naturaliste,  liv.  11,   chap.  29.  On  trouve  même  ce 


5'6  SAU 

passage  dans  un  grand  poè'te  latin  :  Et  excusso  confidens  crure 
locusta.  Moufet  prétend  que  ce  nom  provient  des  lieux  arides 
et  brûlés  par  le  soleil  que  préfèrent  ces  insectes,  à  locis  ustis. 
Les  locustes  se  nourrissent  de  feuilles  de  végétaux  frais,  sous 
les  trois  états  de  larves,  de  nymphes  agiles  et  d"insectes  par- 
faits. L'absence  des  ailes,  la  présence  de  leurs  rudimens  ou 
l'existence  des  élytres  et  des  ailes,  caractérisent  ces  trois  états. 
Les  mâles  se  distinguent  le  plus  ordinairement  par  l'absence 
d'un  prolongement  carré  de  l'abdomen  ,  de  forme  variée  ,  qui 
est  un  véritable  pondoir  formé  de  lames  séparables,  entre 
lesquelles  glissent  les  œufs  des  femelles.  Ces  lames  sont  tantôt 
droites  sous  la  forme  de  sabre  ,  tantôt  courbées  avec  la  con- 
vexité en  dessous,  ayant  la  disposition  de  coutelas.  Cet  ins- 
trument, qui  est  un  pondoir  et  une  sorte  de  tarière,  sert  à 
l'insecte  pour  déposer  dans  la  terre  les  œufs  en  masse,  enve- 
loppés d'unesorte  de  coque  muqueuse  ,  qui  se  dessèche  et  de- 
vient une  véritable  membrane  divisée  en  un  grand  nombre  de 
loges  d'où  sortent  les  petites  larves.  D'ailleurs,  les  mœurs  de 
ces  insectes  ne  sont  que  très-imparfaitement  connues. 

M.  Latreille  £i  constitué  une  famille  avec  les  diverses  espèces 
de  ce  genre,  tel  qu'il  a  été  décrit  par  Fabricius:  il  la  désigne 
sous  le  nom  de  locustaires.  Quoiqu'il  lui  assigne  pour  carac- 
tères d'avoir  les  élytres  et  les  ailes  en  toit,  plusieurs  des  in- 
sectes qu'elle  comprend  ne  portent  jamais  d'ailes,  et  d'au- 
tres n'en  ont  que  dans  le  sexe  mâle  seulement.  11  partage 
cette  famille  en  trois  groupes  :  les  Sauterelles  et  deux  autres 
genr.'^s,  qui  diffèrent  par  la  force  de  la  tête  ou  par  celle  des 
antennes,  et  qu'il  désigne  à  cause  de  cela  sous  les  noms  de 
ConocéphaLe  et  de  Pennicorne.  Ces  trois  genres  ont  des  élytres, 
dans  les  deux  sexes,  sous  l'état  parfait.  Le  second  groupe  réu- 
nit les  espèces  dont  les  màles  sont  ailés  et  chez  lesquelles  les 
femelles,  ou  sont  sans  ailes,  ou  n'ont  que  des  élytres  en 
forme  d'écaillés  voûtées:  tel  est  le  genre  qu'il  nomme  Ani- 
soptère.  Enfin  dans  le  troisième  groupe,  sous  le  nom  d'Epiphi- 
gère,  les  deux  sexes  sont  sans  ailes,  quoiqu'ils  aient  quelque- 
fois des  élytres  très- courts  ,  concaves  et  voûtés. 

Beaucoup  d'espèces  de  ce  genre  ont  les  élytres  plans,  de 
couleur  plus  ou  moins  verte,  avec  des  nervures  anastomosées 
telles  qu'ellessimulent  celles  des  feuilles,  et  avec  tant  de  simili- 


"S  AU  517' 

turle  apparente  qu'on  a  désigné  ces  espèces  traprès  la  forme  et 
l'analogie  rie  ces  feuilles  :  telles  sont  les  espèces  dites  ci  tri  feuille, 
laurifeuille,  niyrtifeuille,  lilifeuille,  etc. 

Les  espèces  les  plus  ordinaires  aux  environs  de  Paris  sont 
les  suivantes  .- 

1.  La  Locuste  Ta Ès-VERiE  ,  Locusta  viridissiiua. 

C'est  la  sauterelle  à  coutelas  de  Geoffroy,  pi.  8  .  fig.  3  ,  et 
celle  que  nous  avons  fait  représent  r  dans  l'atlas  de  ce  Dic- 
tionnaire, pi.  24,  n."  1  ,  qui  est  la  femelle. 

Car.  Verte,  à  antennes  plus  longues  que  le  corps;  les  ailes 
et  les  élytres  sont  verts;  les  flancs  au  bord  de  Tabdoraen  of- 
frent des  raies  longitudinales  blanches. 

Le  mâle  n'a  point  d'oviscapte  ;  mais  ses  élytres  présentent 
à  leur  base  un  disque  corné  qui  livre  attache  à  une  membrane 
mince  et  tendue,  que  l'insecte  fait  vibrer,  lorsqu'il  produit c& 
qu'on  appelle  le  chant  de  la  sauterelle.  On  trouve  fort  com- 
munément cet  insecte  en  automne  dans  les  longues  herbes  des 
lieux  un  peu  humides,  principalement  dans  ceux  où  crois- 
sent les  orties. 

2.  La  Locuste  verrucivore,  Locusta  verrucivora. 
C'est  la  sauterelle  à  sabre  de  Geoff'roy. 

Car.  D'un  vert  pâle  ;  les  élytres  tachetés  de  brun  et  de 
ilanchâtre  ou  de  gris;  abdomen  à  taches  brunes. 

Cette  espèce  est  beaucoup  plus  grosse  que  la  précédente, 
quoique  de  même  longueur.  Elle  acquiert  le  double  en  poids. 
Le  mâle  est  aussi  privé  du  pondoir  ou  de  la  lame  cornée  et 
courbée  sur  sa  longueur.  On  lui  donne  le  nom  de  ronge-ver- 
rues, parce  qu'on  dit  que  les  paysans  lui  font  mordre  les  por- 
reaux  ou  verrues  dont  ils  sont  attaqués,  dans  l'idée  que  cette 
morsure,  sur  laquelle  l'insecte  dégorge  une  sorte  de  salive, 
détruit  ces  excroissances  sans  retour. 

On  rencontre  le  plus  ordinairement  cette  espèce  dans  les 
champs  cultivés,  au  milieu  des  blés. 

5.   La  Locuste  grise  ,  Locusta  grisea. 

Car.  Brune  ,  élytres  tachetés  de  brun  et  de  cendré;  pattes 
verdàtres,  corselet  caréné  en  arrière. 

Cette  espèce,  qui  est  de  moitié  plus  petite  que  la  verte  ,  se 
rencontre  le  plus  ordinairement  dans  les  prairies  dont  le  sol 
n'est  pas  trop  humide. 


5i8  SAU 

On  (rouve  encore  aux  environs  de  Paris  cinq  ou  six  autres 
petites  espèces  du  même  genre,  telles  que  celles  qui  ont  été 
nommées  Hlifolia^  hrach^ptera,  Jlavescens  ,fusca,  varia,  etc. 

M.  Latreille  a  décrit  comme  formant  un  genre  distinct,  l'es- 
pèce  suivante: 

4.  Locuste  horte-selle,  Locusta  ephippiger. 

Car.  Corselet  fortement  excavé  en  forme  de  selle,  relevé 
en  arr  ère,  et  cachant  des  élytres  voûtés  sonores. 

Cette  espèce,  qu'on  nomme  aussi  porte-cymbales,  est  fort 
commune  dans  les  vignes  et  dans  les  haies.  Elle  fait  entendre 
un  son  très-monotone  et  plus  ou  moins  rapide,  suivant  la 
température,  parle  frottement  qu'elle  produit  sur  ses  élytres. 

Genre  Sauterelle,  Sautereai;  ou  Criquet:  Gryllus  de  Linné; 
Acridium  d'Olivier  et  de  Geoffroy. 

Ce  genre  d'insectes  orthoptères  à  cuisses  postérieures  lon- 
gues et  propres  au  saut,  et  qui  appartient  par  conséquent  à 
la  famille  des  grylloides,  peut  être  ainsi  caractérisé:  Antennes 
non  en  soie,  mas  en  fil  et  renflées  à  l'extrémilé  libre;  cor- 
selet non  prolongé  en  arrière  sur  l'abdomen  entre  les  élytres; 
tarses  à  trois  articles  seulement. 

Ces  diverses  notes  suffisent  pour  faire  distinguer  les  espèces 
de  ce  genre  de  toutes  celles  de  la  même  familli- :  d'abord  des 
truxales  ,  qui  ont  les  antennes  aplaties  ,  dressées  en  avant 
comme  des  oreilles:  puis  des  locustes,  des  courtillières  et  des 
gryllons,  qui  ont  les  antennes  en  soie  de  cochon,  ou  dijui- 
nuant  insensiblement  de  la  base  à  la  pointe;  enfin,  des  acri- 
dies  et  des  pneumores  ,  qui  ont  le  corselet  prolongé  sur  l'ab- 
domen ;  et  des  tridactyles,  qui  ont  les  tarses  postérieurs  garnis 
d'appendices  étroits  qui  simulent  des  doigts. 

]Vous  avons  donné  les  étymologies  des  mots  latins  aux  ar- 
ticles AcRiDiE  et  Gryllon.  Quant  à  celle  de  sautereau  et  de 
sauterelle  ,  qui  est  très-ancienne  dans  la  langue  françoise, 
elle  est  due  à  la  traduction  des  mots  latins  saltator  ^  saltatrix. 
Quant  à  celle  de  criquet,  elle  paroit  être  dérivée  du  mot  an- 
jgloïs  cricket ,  employé  par  Moufet ,  dans  son  Théâtre  des  in- 
sectes, pour  indiquer  le  gryllon  des  champs,  mais  que  Geof- 
froy a  nommé  criquet. 

Ce  genre  est  très-nombreux  en  espèces  étrangères  et  indi- 


SAU     •  5i9 

gènes.  Quelques-unes  sont  devenues  un  des  plus  grands  (léaux 
de  ragriculture,  parles  migrations  qu'elles  opèrent  en  légions 
innombrables  que  l'on  désigne  sous  le  nom  de  nuées  de  sau- 
terelles, qui  détruisent  tonte  la  végétation  dans  les  lieux  où 
elles  se  précipitent.  On  a  été  porté  à  étudier  leurs  mœurs, 
afin  de  s'opposer  à  leur  développement,  de  sorte  que  leur 
histoire  est  parfaitement  connue. 

Tout  le  monde  a  vu  les  sauterelles.  Leur  corps  alongé  est 
muni  de  deux  très-longues  pattes  postérieures,  à  cuisses  ren- 
flées, que  l'insecte  est  obligé  de  relever  beaucoup  pour  faire 
poser  ses  tarses  sur  la  terre,  et  qui  portent  le  plus  souvent 
les  cuisses  relevées  verticalement  sur  le  corps.  Leur  tête, 
qui  est  grande,  mais  le  plus  souvent  encapuchonnée  dans  le 
corselet,  présente  plus  de  longueur  dans  le  sens  vertical. 
Outre  les  deux  yeux  à  réseau  et  très-grands,  qui  sont  latéraux  , 
on  y  voit,  entre  les  antennes,  trois  stemmates  ou  yeux  lisses, 
disposés  en  triangle;  leur  bouche  est  garnie  de  deux  fortes 
mandibules,  à  bord  interne  tranchant  et  crénelé;  les  élytres 
sont  parallèles  à  l'abdomen  ,  souvent  plus  longs:  ils  recouvrent 
deux  ailes  plissées  sur  leur  longueur,  souvent  colorées  ou 
teintes  de  couleurs  diverses. 

Les  sauterelles,  en  raison  de  l'excessive  longueur  de  leurs 
pattes  postérieures,  qui  sont  par  cela  même  disproportion- 
nées avec  les  moyennes  et  les  antérieures,  dont  la  position  est 
très-près  de  la  tête,  ne  peuvent  que  marcher  mal  et  lente- 
ment: aussi  les  pattes  postérieures  ne  servent-elles  réellement 
qu'à  déterminer  la  direction  et  la  force  du  saut  par  lequel 
l'insecte  s'élance  dans  l'atmosphère  pour  y  voler  ou  pour  s'y 
soutenir  à  l'aide  de  ses  ailes  membraneuses  qui  font  l'office 
de  parachute. 

Sous  les  trois  états  les  sauterelles  se  nourrissent  des  feuilles 
des  végétaux,  et  principalement  de  celles  des  graminées;  aussi 
font-elles  le  plus  grand  tort  aux  prairies  et  aux  céréales. 

Les  mâles,  à  l'époque  delà  fécondation  ,  font  entendre  des 
sons  variés ,  qu'ils  produisent  le  plus  souvent  en  agitant  vive- 
ment leurs  élytres,  dont  les  côtes  ou  nervures  saillantes  s'ac- 
crochent sur  les  épines  ou  sur  les  aspérités  dont  les  jambes 
postérieures  de  ces  insectes  sont  hérissées.  En  outre,  suivant 
Olivier,  ces  insectes  seroient  doués  d'une  softe  d'organe  du 


^^o  '  s  AU 

d'inîTtrument  à  veut,  qui  consisteroit  en  une  lame  ou  mem- 
brane tendue  sur  une  sorte  de  cercle  corné,  placée  à  l'ou- 
verture d'une  cavité  aérienne  correspondante  à  l'une  des 
principales  trachées  de  l'abdomen. 

Les  sauterelh's ,  qui  sont  une  plaie  pour  les  agriculteurs 
dans  quelques  climats  ,  sont  d'ailleurs  d'une  grande  utilité 
dans  la  nature;  elles  deviennent  la  proie  et  la  principale 
nourriture  d'un  grand  nombre  ci'oiseaux  entomophages  et  de 
beaucoup  de  mammifères.  Des  peuples  les  recueillen;  pour  s'en 
nourrir;  ils  en  font  même  des  provisions:  et  ili  sont  nommés 
à  cause  de  cela  acridophagcs.  Nous  voyons  dans  l'évangile  selon 
S.Matthieu,  chap.  3,  que  S.  Jean-Baptiste  (  n  faisoitsa  nourri- 
ture principale.  Diodore  de  Sicile  a  donné  des  détails  sur  la 
manière  dtmt  les  Ethiopiens  se  les  procurent  et  les  conser- 
vent pour  s'en  nourrir  au  besoin. 

Les  déserts  de  l'Arabie  et  de  la  Tartarie  paroissent  être  les 
lieux  où  se  développent  les  races  les  plus  nombreuses  des  sau- 
terelles. A  certaines  époques  de  l'année  elles  paroissent  s'é- 
lever à  une  grande  hauteur  dans  l'atmosphère,  et ,  profitant 
de  la  direction  de  certains  vents,  elles  se  trouvent  entraînées 
par  une  sorte  de  courant  qui  les  porte  vers  l'Europe.  On  les 
voit  ainsi  se  précipiter  en  légions  innombrables,  qui  ont  l'ap- 
parence de  nuages  et  qui  obscurcissent  les  lieux  dont  elles 
s'approchent,  en  interceptant  les  rayons  du  soleil.  L'air  agité 
■par  leurs  ailes  ne  tarde  pas  à  faire  entendre  un  bruit  sourd, 
qui  devient  l'effroi  des  habitans  des  terres  où  elles  vont  être 
précipitées;  car  bientôt  elles  tombent  comme  une  pluie  d'o- 
rage: les  arbres  sont  dépouillés  de  leur  feuillage  et  leurs 
branches  cèdent  au  poids  qui  les  surcharge;  tous  les  végétaux 
sont  anéantis  et  dévorés  ;  bientôt  même  ,  pour  comble  de 
malheur  et  de  désolation  ,  leurs  corps,  fatigués  de  ce  long 
voyage  ou  froissés  parla  chute,  forment  des  couches  épaisses 
sur  la  terre,  çt  de  ces  innombrables  cadavres,  qui  s'altèrent 
et  se  décomposent,  s'exhale  une  odeur  infecte  qui  devient  la 
cause  de  maladies  pestilentielles  et  de  toutes  les  calamités; 
car  souvent  ces  pluies  de  sauterelles  deviennent  la  cause  réelle 
de  la  famine  et  de  la  peste.  Ces  malheurs  ont  souvent  eu  lieu 
en  Russie,   en  Pologne  et  même  en  Hongrie. 

Nous  ne  pouvons,  dans  un  ouvrage  tel  que  celui-ci ,  donner 


SAIT  521 

«ne  description  compléie  de  ce  genre.  Nous  venons  de  faire 
connoitre  quelques  particularités  qui  peuvent  intéresser  le 
lecteur.  Il  trouvera  plus  de  détails  sur  les  mœurs,  en  gé- 
néral ,  aux  articles  Grylloïdes  et  Orthoptères,  auxquels  nous 
le  prions  de  recourir,  pour  ne  pas  nous  répéter  inutilement. 
Nous  décrirons  seulement  ici  quelques  espèces. 

Nous  en  avons  fait  figurer  deux  sur  les  planches  qui  font 
partie  de  l'atlas  de  ce  Dictionnaire.  La  première,  sur  la  planche 
2S  ,  n.°  1  ,  est  la  sauterelle  émigrante.  J.a  seconde  a  été  pré- 
sentée comme  exemple  d'un  insecte  orthoptère,  vu  en  dessus 
et  en  dessous,  sous  les  n.""  3  et  4  de  la  Sy.*'  planche  :  c'est  la 
sauterelle  ailes  lieues. 

i.  Sauterelle  émigrante,  Gryllus  migratorius. 

C'est  la  première  espèce  que  nous  avons  fait  représenter 
sur  la  planche  citée  plus  haut.  H  paroit  que  c'est  la  sauterelle 
de  passage  de  Tartarie.  Nous  l'avons  trouvée  au  mail  de 
Henri  IV,  à  Fontainebleau. 

Car.  Brune;  iéte  et  corselet  à  lignes  longitudinales  noires; 
mandibules  d'un  bleu  foncé;  ailes  inférieures  transparentes  , 
yerdàtres  ;  jambes  rougeàtres. 

Elle  atteint  plus  de  deux  pouces  de  longueur. 

2.  Sauterelle  linéole,  Grjllus  lineola. 

Car.  Brune  ;  corselet  caréné,  avec  une  ligne  fauve  sur  le  dos; 
cuisses  postérieures  rouges  en  dedans;  jambes  bleues. 
C'est  une  des  grandes  espèces  de  la  France. 

3.  Sauterelle  ailes  BLEUES  ,   Qrj'llus  carulescens. 

C'est  la  seconde  espèce  que  nous  avons  fait  figurer  sur  la 
planche  69  déjà  citée. 

Car.  D'un  gris  cendré,  tacheté  de  brunâtre;  ailes  infé- 
rieures bleues  à  la  base,   et  à  bord  libre  noir. 

4.^  Sauterelle  ailes  rouges,   Grjllus  stridulus. 

C'est  celle  que  Geoffroy  a  décrite  sous  le  n.°  3  ,  tome  1  , 
pag.  290. 

Car.  Cendrée;  à  élytres  à 'deux  bandes  brunes  inégales; 
ailes  inférieures  rouges,  avec  le  bord  externe  noir;  cuisses 
bleuâtres  en  dedans;  jambes  bleues. 

On  la  trouve  sur  les  coteaux  exposés  au  midi ,  et  surtout 
dans  les  lieux  plantés  de  vignes, 

5.  Sauterelle  verdatre,  Grjllus  viridulus. 


5^^  SAU 

Car.  Verte;  élytres  à  bord  externe  blanc;  une  croix  blanche 
en  X  sur  le  corselet. 

C'est  une  petite  espèce  très-commune  dans  nos  prairies  en 
automne. 

6.  Sauterelle  deux-goottes  ,   Gryllus  higuttidus. 

Car.  D'un  gris  cendré,  à  taches  plus  pùles;  corselet  à  deux 
lignes  noirâtres  croisées  en  sautoir. 

On  la  trouve  sur  les  coteaux  les  plus  arides  ,  parmi  les 
plantes  desséchées,  au  milieu  desquelles  sa  teinte  grise  la  fait 
confondre. 

7.  Saiterelle  grosse,  Gryllus  grossus. 

C'est  le  criquet  ensanglanté,  décrit  par  Geoffroy  et  figuré 
planche  8  ,  n."  2. 

Car.  Elytres  d'un  vert  jaunâtre  ,  surtout  au  bord  externe  ; 
à  cuisses  postérieures  ronges  eo  dessous. 

Cet  insecte,  qui  est  très-commun  dans  les  prairies,  varie 
beaucoup  pour  la  taille  et  les  couleurs.  (CD.) 

SAUTERELLE.  {Chasse.  )  C'est  un  des  pièges  que  l'on  tend 
aux  petits  oiseaux.  Voyez  Répenelle.  (Ch.  D.) 

SAUTERELLE  CHENILLE.  [Entom.)  Goedaert  ,  dans  sa 
trente-neuvième  expérience,  nomme  ainsi  une  chenille  dont 
il  donne  la  figure,  ainsi  que  celle  du  lépidoptère  qu'elle  pro- 
duit; mais  qu'il  est  impossible  de  reconnoitre  d'après  ses 
dessins.  M.  Latreille  croit  que  e^est  un  tenthrède  ou  mouche  à 
scie.  (CD.) 

SAUTERELLE  ÉCUMEUSE.  (Entom.)  On  a  traduit  ainsi  le 
nom  que  Swammcrdam  a  donné  en  hoUandois  à  la  larve  du 
Cercoi'e  ÉcrMEUx.  Voyez  tome  VII  de  ce  Dictionnaire  ,  p.  444  , 
n."  3.  (CD.) 

SAUTERELLE  DE  MER.  (Crust.)  Ce  nom  vulgaire  a  été 
donné  à  la  squille  mante.  Voyez  à  l'article  Malacostracés  , 
tome  XXVIII,  page  SSy.  (Desm.) 

SAUTERELLE  -  PUCE.  (Entom.)  Swammerdam  s'est  servi 
d'une  expression  latine  équivalente  à  celle-ci,  pour  désigner 
la  petite  cicadelle  ou  tettigone,  qui  se  trouve  sur  les  som- 
mités des  tiges  de  luzerne,  et  qui  y  produit,  par  l'extrava- 
sation  de  la  sève ,  des  masses  d'écumes,  au  milieu  de  laquelle 
vit  sa  larve.  Voyez  Cercope  écumeox.  (Desm.) 

SAUTEUR.  (Ichthjol.)   On  a  donné  ce  nom  h  plusieurs 


SAU  523 

poissons  de  genres  difTérens,  au  pomatome  skib,  qui  est  le 
gaaterosteus  saltatrix  de  Linnœus,  au  spare  sauteur  de  Lacé- 
pède,  et  au  cyprin  gonorhynque  de  Gronow.  (Voyez  Goko- 

RHYNQUE,   POiMATOME,    SALARIAS   Ct   SpARE.) 

Voyez  aussi  Ejcocet,  Muge  et  ScOxMbéroïde.  (H.  C.) 

SAUTEUR.  {Ornith.)  L'oiseau  décrit  sous  ce  nom  dans 
l'Ornithologie  du  Paraguay  de  d'Azara ,  n.°  i38  ,  est  le  tan- 
gara  jacarini  ,  et  on  lui  a  donné  la  dénomination  de  sauteur 
à  cause  de  l'habitude  qu'il  a  de  se  placer  à  la  rîme  d'un  petit 
buisson,  d'où  il  saute  verticalement  assez  haut,  et  se  laisse 
ensuite  retomber  avec  précipitation  au  même  endroit.  Le 
nom  latin  de  saltator  a  été  appliqué  génériquement  par  M. 
Vieillot  aux  habias  de  l'auteur  espagnol,  ((-h.  D.) 

SAUTEUR  A  LA  POITRINE.  [Erpét.)  Au  rapport  de  Flac- 
court,  on  donne  ce  nom  au  Gecko  à  tête  plate  de  Madagas- 
car, à  cause  de  la  propension  qu'il  a  à  s'élancer  sur  la  poi- 
trine des  hommes  qui  l'approchent,  et  de  la  force  avec  la- 
quelle il  s'y  cramponne.  Voyez  Gecko.  (  H.  C.) 

SAUTEUR  DE  ROCHER.  {Mamm.}  Le  Klippspringer  (sau- 
teur des  rochers),  espèce  d'antilope  du  cap  de  Bonne-Espé- 
rance, est  ainsi  nommé  par  les  HoUandois  qui  habitent  cette 
colonie.  (Desm.) 

SAUTEURS  [Orthoptères].  {  Enfom.  )  Nom  sous  lequel 
nous  avions  désigné  d'abord  ,  dans  les  tableaux  qui  font  suite 
à  l'anatomie  comparée  de  M.  Cuvier ,  tom.  i  ,  la  famille  des 
grylloïdes.  (G.  D.  ) 

SAUTO-OULAME.  (Bot.)  Garidel  dit  que  le  Chondrilla 
juncea  est  ainsi  nommé  en  Provence ,  parce  que  dans  le  fau- 
chage cette  plante  résiste  à  l'action  de  la  faux ,  nommée  ou* 
lame  par  les  cultivateurs  de  ce  pays.  (J.) 

SAUVAGEA.  (Bot.)  C'est  le  nom  donné  par  Adanson  au 
genre  Sauvagesja  ,  Linn.  Voyez  ce  mot.  (Lem.) 

SAUVAGEON.  (Bot.)  On  donne  ce  nom  aux  arbres  frui- 
tiers provenant  de  graine  et  qui  n'ont  point  été  greffés.  (L.  D.) 

SAUVAGES  NIVELEURS.  (Bof.)  Famille  de  champignons 
établie  par  Faulet ,  et  qui  rentre  dans  le  genre  Agaricus  , 
Linn.  Ces  champignons  se  font  remarquer  par  leur  irrégula- 
rité, parleur  stipe  fort ,  cylindrique  ,  et  parleur  forme  et  leur 
couleur;  ils  croissent  solitaires;  on  les  rencontre  dans  les  bois: 


524  SAU 

ils  ne  paroisspnt  point  malfaisans.  On  en  compte  trois  espèces: 
la  Feuille-morte,  le  Champignon  cinq-parts  ou  a  cinq  lobes, 
et  la  SoiiRis-KOsE.  Voyez  ces  mots.  (  Lem.  ) 

SAUVA GESIA.  (But.)  Genre  de  plantes  dicotylédones,  à 
fleurs  complètes,  polypéfalées,  de  la  famille  des  violacées,  de 
la  pentandrie  mono^ynie  de  Linnaeus,  offrant  pour  caractère 
essentiel:  Un  calice  persistant,  à  cinq  folioles  très-ouvertes; 
cinq  pétales  égaux,  étalés,  caducs;  cinq  écailles  placées  au- 
tour de  l'ovaire  ,  alternes  avec  les  pétales,  mais  plus  courtes, 
persistantes,  entourées  de  filets  nombreux,  dilatés  au  som- 
met; cinq  étaniines  alternes  avec  les  écailles;  les  filamens 
courts,  connivens  avec  la  base  des  écailles;  les  anihères  li^ 
néaires ,  à  deux  loges,  s'ouvrant  au  sommet;  un  ovaire  su- 
périeur, trigone,  uniloculaire ,  surmonté  d'un  style  droit;  le 
stigmate  obtus.  Le  fruit  est  une  capsule  recouverte  par  le 
calice  et  les  écailles,  trigone,  uniloculaire  ,  à  trois  sillons, 
s'ouvrant  en  trois  valves  à  sa  moitié  supérieure;  trois  placen- 
tas occupent  la  partie  inférieure  de  la  capsule  qui  répond 
aux  sillons;  les  semences  sont  nombreuses,  disposées  sur  deux 
rangs. 

Sauvagesia  redressé:  Sauvagesia  erecta  ,  Linn.,  Spec;  Jacq., 
Amer. ,  77  ,  tab.  5  1  ,  fig.  3  ,  et  edif.  pict. ,  2  ,  tab.  77  ;  Sauvuge&ia 
adima ,  Aubl.,  Guian.,  tab.  100,  fig.  a;  Lamk. ,  III.  gen. , 
fab.  140,  fig.  I  ,  et  fig.  2,  var.  Cette  plante  a  des  tiges  ra- 
meuses, filiformes,  couchées,  à  cinq  angles,  d'un  brun  pour- 
pre, longues  de  seize  à  dix-huit  pouces;  les  rameaux  alternes, 
anguleux,  redressés,  glabres,  verts.  Les  feuilles  sont  alter- 
nes, à  peine  péliolées,  oblongues,  lancéolées,  aiguës  à  leurs 
deux  extrémités,  un  peu  denticulées  à  leurs  bords  ,  glabres  à 
leurs  deux  faces,  plus  pâles  en  dessous  ,  longue  s  de  huit  à  neuf 
lignes,  larges  de  deux  ou  trois  lignes,  munies  à  leur  base  de 
deux  stipules  lancéolées,  ciliées;  les  cils  pinnatifides.  Les  pé- 
doncules sont  axiliaires  ,  solitaires  ou  géminés  ,  glabres,  ca- 
pillaires, uniflores,  articulés  .un  peu  au-dessus  de  leur  base, 
sans  bractées  ,  droits  pendant  la  floraison  ,  puis  recourbés 
avec  les  fruits.  Le  calice  est  glabre,  persistant,  à  cinq  fo- 
lioles très-ouvertes,  puis  fermées  sur  le  fruit,  oblongues,  con- 
caves, très-aiguës,  dont  deux  intérieures  un  peu  plus  étroites; 
les   cinq  pétales  sont  alternes  avec  les  folioles  du  calice  > 


SAU  5^5 

ovales,  en  coin  à  leur  base  ,  aigus  et  réfléchis  au  sommet, 
d'un  blanc  rougeàtre,  un  peu  crénelés  à  leurs  bords  ;  les 
cinq  écailles  linéaires,  oblongues,  brunes,  arrondies  au  som- 
met, entourées  de  cils  nombreux,  dilatés  au  sommet  et  rou- 
geàtrcs  ;  l'ovaire  est  oblong,  ovale,  sessile  ,  glabre,  ter- 
miné par  un  style  capillaire.  La  capsule  est  oblongue  ,  tri- 
goue,  brune,  glabre,  membraneuse,  longue  d'environ  trois 
lignes;  les  semences  elliptiques,  un  peu  globuleuses,  brunes, 
de  la  grosseur  d'une  graine  de  pavot.  Le  sauyagesia  adima  d'Au- 
blet  a  les  feuilles  un  peu  plus  grandes  et  plus  larges.  Cette 
plante  croît  dans  la  Guiane  et  autres  contrées  de  l'Amérique 
méridionale. 

Sauvagesia  FLUETTE;  Sauvages'ia  tenella ,  Lamk.  ,  III.  gen.; 
Poir.  ,  Enc.  Cette  plante  a  des  tiges  fort  petites,  hautes  à  peine 
de  quatre  ou  cinq  pouces,  droites,  glabres ,  filiformes,  très-^ 
simples,  garnies  de  feuilles  sessiles ,  alternes,  glabres  à  leurs 
deux  faces,  oblongues  ,  étroites,  aiguës,  pourvues  à  leurs 
bords  de  dents  rares,  munies  dans  leur  aisselle  de  stipules 
très-courtes,  ciliées  à  leur  contour.  Les  fleurs  sont  solitaires, 
axillaires;  les  pédoncules  presque  sétacés.  Cette  plante  croit 
dans  l'Amérique  méridionale.  (Poir.) 

SAUVE- GARDES.  (Erpét.)  M.  Cuvier  a  ainsi  appelé  le 
troisième  sous -genre  du  genre  Monitor,  parmi  les  sauriens 
de  la  seconde  famille,  celle  des  lacertiens.  On  reconnoit  les 
animaux  qui  le  composent  aux  caractères  suivans  : 

Des  dents  maxillaires  dentelées  ;  pas  de  dents  palatines  ;  langue 
mince,  extensible  et  terminée  en  deux  longs  Jilets ;  corps  alongé; 
cinq  doigts  a  tous  les  pieds;  tous  ces  doigts  armés  d'ongles,  sé- 
parés et  inégaux;  écailles  disposées  par  bandes  transversales  sous  le 
ventre  et  autour  de  la  queue  ;  celles  du  dos  petites  et  sans  carène; 
une  rangée  de  pores  sous  chaque  cuisse. 

On  distinguera  facilement  les  Sauvf.-gardks  des  Dragonnes  , 
qui  ont  les  écailles  du  dos  carénées;  des  Monitors,  dont  les 
dents  sont  aiguës  et  tranchantes;  des  Lézards,  qui  offrent  des 
dents  palatines;  des  Iguanes,  dont  la  langue  n'est  ni  exten- 
sible, ni  terminée  par  deux  filets  ;  des  Crocodiles,  qui  n'ont 
que  quatre  doigts  aux  pieds  de  derrière.  (Voyez  ces  divers 
noms  de  genres,  et  Sauriens,  Eumérodes,  Erpétologie,  Uro- 
i^ECTEs,  Reptiles  et  Urobènes.) 


526  S  AU 

Le  sous -genre  des  Sauve  -  gardes  a  été  lui-même  partagé 
en  deux  tribus,  savoir  : 

1.°  Celle  des  Sauve -gardes  proprement  dits,  qui  ont  la 
queue  plus  ou  moins  comprimée,  et  les  écailles  du  ventre 
plus  long!! es  que  larges.  Ils  vivent  au  bord  des  eaux. 

2.°  Celle  des  Améivas,  dont  la  queue  est  ronde  e»  garnie, 
ainsi  que  le  ventre ,  de  rangées  transversales  d'écaillés  car- 
rées. 

Parmi  les  espèces  qu'il  renferme,  nous  citerons: 

Le  Lézardet  :  Lacerta  bicarinata ,  Linn.  ;  Tiipinamhis  lacer- 
tinus ,  Daudin.  A  l'exception  de  ses  écailles  dorsales,  il  est 
assez  semblable  à  la  dragonne,  quoique  plus  petit.  Sa  queue, 
longue  et  comprimée,  est  relevée  en  dessus  de  trois  ou  quatre 
carènes  d'écaillés  aiguës;  sa  tête  est  recouverte  de  grandes 
plaques  polygonales. 

Il  parvient  à  la  taille  d'environ  un  pied. 

Suivant  Linnseus,  il  habite  l'Inde,  et,  selon  Gmelin ,  les 
îles  de  l'Amérique  méridionale. 

Le  Sauve- GARDE  d'Ami^rique;  Lacerta  teguixin,  L.  Piqueté 
et  tacheté  de  bleu  sur  un  fond  noir  en  dessus;  bleuâtre  ea 
dessous;  des  bandes  bleues  et  noires  sur  la  queue;  yeux  gros 
et  saillans. 

Ce  saurien,  qui  habite  le  Brésil  et  la  Guiane ,  et  surtout 
Cayenne  et  Surinam ,  et  qui  fréquente  le  bord  des  eaux  et 
les  lieux  inondés,  parvient  à  la  taille  de  six  pieds. 

Il  court  rapidement  sur  le  sol,  et  se  jette  à  l'eau  quand  il 
est  poursuivi.  U  plonge,  mais  sans  nager  cependant.  Il  ne 
grimpe  point  aux  arbres. 

Il  se  nourrit  dinsectes,  de  reptiles,  de  mollusques,  d'œufs 
d'oiseaux,  de  miel,  et  niche  dans  des  trous,  qu'il  a  l'art  de 
se  creuser  dans  le  sable. 

On  mange  sa  chair  et  ses  œufs,  qui  sont  oblongs  et  peu 
nombreux.  Selon  Félix  ^'A.LaTd ,  on  croit  au  Paraguay  que 
les  anneaux  de  sa  queue  peuvent  préserver  de  la  paralysie. 

L'Améiva  ;  Lacerta  ameiva,  LiiintBus.  Tête  alongée ,  com- 
primée par  les  cAtés  et  étroite  en  dessus;  museau  pointu  y 
queue  plus  longue  que  le  corps,  cylindrique,  et  couiposée 
au  moins  de  cent  vingt  vertii.illes  d'écaillés  très  légèrement 
carénées j  d'un  gris  bleu  en  dessus;  d'un  bleu  pâle  en  des- 


SAV  527 

SOUS;  des  taches  blanches  sur  les  flancs;  taille  d'un  pied  en- 
viron. 

Ce  saurien  se  trouve  communément  à  la  Guiane  et  aux 
Grandes  Antilles.  Il  ne  doit  pas  être  confondu  avec  Vanolis 
de  Rochefort  et  de  Ray,  mais  il  paroît  être  le  même  ani- 
mal que  Vanolis  de  Surinam,  décrit  par  Gronow,  et  que  le 
gros  lézard  moucheté  d  Edwards. 

L'Améiva  a  traits  NOIRS;  Lacerta  litterata ,  Daudin.  Queue 
longue,  cylindrique,  verticillée  ,  très  -  pointue  ;  dessus  du 
corps  d'un  beau  vert  bleuâtre  un  peu  foncé,  et  entièrement 
varié  de  petits  traits  noirs,  nombreux  et  irréguliers,  disj  osés 
en  travers  sur  des  bandes  un  peu  larges,  ocellées  ça  et  là  de 
petites  taches  blanches  arrondies,  seulement  sur  les  flancs; 
ventre  d'un  vert- bleuâtre  très -clair;  taille  de  dix -huit  à 
vingt  pouces. 

Daudin  a  fait,  il  est  difficile  de  concevoir  comment,  de 
ce  saurien  un  habitant  des  contrées  tempérées  de  l'Allemagne, 
de  la  Hongrie,  de  la  Prusse;  c'est  une  erreur:  il  est,  comme 
l'a  noté  M.  Cuvier,  d'Amérique,  (H.  C.) 

SAUVE- VIE.  {Bot.)  Ce  nom  est  donné  à  une  espèce  de 
fougère,  très-commune,  à  cause  des  propriétés  qu'on  lui  ac- 
cordoit  autrefois;  c'est  Vasplenium  ruta  niuraria  (voyez  Asple- 
^'I0N,  tom.  III,  p.  35).  Cette  fougère  est  plus  connue  sous 
le  nom  de  rue  de  muraille,  ruia  muraria,  qu'elle  doit  à  la 
forme  des  découpures  de  ses  frondes  et  à  sa  manière  de  croître 
dans  les  fentes  des  murailles.   (Lem.) 

SAUVEUR.  [Erpétol.)  Voyez  Monitor  et  Sauve- gardes. 
(H.  C.) 

SAUVI.  (Bot.)  Nom  provençal  de  la  sauge  ordinaire  ,  cité 
par  Garirlel.  (J.  ) 

SAUXO.  {Ornitfi.)  Rousselot  de  Surgy,  dans  ses  Mélanges 
intéressans  et  curieux  ,  tom.  4,  p.  101  ,  dit  que  Toiseau  qui 
porte  ce  nom  à  la  Chine,  est  remarquable  par  son  chant.  Sa 
grosseur  est  celle  d'une  alouette ,  et  son  plumage  ,  entière- 
ment noir  ,  est  relevé  par  deux  taches  rondes  et  blanches 
qu'il  a  sous  les  yeux.  (Ch.  D.  ) 

SAUZE.  (  Bot.  )  Nom  provençal  du  saule  ordinaire ,  cité 
par  Garidel.  (J.) 

SAVACOU;    Cancroma  ,   Linn.   (Ornîlh.)  Cet  oiseau,  de 


B-2S  SAV 

Tordre  des  échassiers,  et  qui  a  beaucoup  de  rapports  avec  les 
hérons,  se  nomme  aussi  bcc-en-cuilLer,  à  cause  de  la  forme  par- 
ticulière de  son  bec,  dont  les  mandibules  ressemblent  à  deux 
cuillers  appliquées  Tune  contre  l'autre  par  le  c6té  concave. 
Ces  mandibules  ,  très-larges,  sont  fortes  et  tranchantes;  et  la 
supérieure,  sur  laquelle  on  voit  deux  rainures  profondes  , 
qui  partent  des  narines  ,  est  terminée  par  une  pointe  ci"o- 
chue,  tandis  que  celle  de  l'inférieure  est  aiguë;  les  narines 
sont  obliques,  longitudinales  et  couvertes  d'une  membrane; 
la  langue  est  très-courte ,  et  il  y  a  une  poche  membraneuse 
sous  la  gorge;  les  trois  doigts  antérieurs,  fort  longs,  sont  unis 
à  leur  base  par  une  courte  membrane  ,  et  le  postérieur 
touche  à  terre  sur  toute  son  étendue;  les  ongles  sont  étroits 
et  courts:  les  deuxième,  troisième,  quatrième  et  cinquième 
rémiges  sont  les  plus  longues. 

Le  savacou  ,  qui  se  trouve  dans  les  parties  chaudes  et  hu- 
mides de  l'Amérique  méridionale  ,  habite  les  savannes  noyées, 
etc. ,  se  tient  sur  les  arbres  ,  le  long  des  rivières  où  la  marée 
ne  monte  pas.  Aussi,  quoique  son  nom  semble  annoncer  que 
les  crabes  font  sa  principale  nourriture,  son  éloignement  ha- 
bituel de  la  mer  donne  lieu  de  penser  qu'elle  lui  est  étran- 
gère,  et  qu'il  ne  vit,  au  contraire  ,  que  de  poissons,  sur  les- 
quels, en  effet,  il  se  précipite  à  leur  passage ,  en  se  relevant 
aussitôt  et  sans  s'arrêter  sur  l'eau.  Dans  sa  marche  ,  il  a  le 
cou  arqué  ,  le  dos  voûté,  et  l'air  aussi  triste  que  le  héron. 
Lorsqu'il  est  pris  et  irrité  ,  il  fait  craquer  son  bec  ,  les 
longues  plumes  du  sommet  de  sa  tête  se  dressent  en  forme  de 
capuchon  ,  et  il  s'élance  avec  fureur  sur  l'objet  qui  excite  sa 
colère.  Comme  on  a  remarqué  des  diflérences  dans  le  plu- 
mage des  divers  individus,  on  a  d'abord  supposé  ,  avec  Bar- 
rèrc  et  Brisson  ,  qu'il  y  avoit  plusieurs  espèces  de  savacous, 
et  l'on  trouve  dans  les  planches  enluminées  de  Buffon  ,  n."' 
38  et  S69  ,  des  figures,  dont  l'une,  sous  le  nom  de  savacou 
huppé  de  Cayenne ,  a  plus  de  gris-roux  que  de  gi'is-bleuàtre; 
et  l'autre,  sous  la  dénomination  de  savacou  de  Cayenne,  a  tout 
le  manteau  d'un  gris-blanc  bleuâtre  ,  avec  une  petite  zone 
noire  sur  le  haut  du  dos.  Le  premier  paroit  être  le  mâle  et 
le  second  la  femelle. 

Au  reste  j  le  savacou  proprement  dit,  cancroma  cochlearia, 


SAV  529 

Linn.  et  Lath.  ,  est  de  la  grosseur  d'une  poule  et  long  de  dix- 
sept  poupes.  En  général,  son  front,  de  couleur  blanche,  est 
suivi  d'une  calotte  noire  ,  qui  se  change  en  une  huppe  longue 
et  flottante  dans  le  mâle  adulte  ;  son  dos  est  souvent  gris  ou 
brun  et  quelquefois  noir;  sa  poitrine  est  blanche  et  son  ventre 
roux  ;  la  mandibule  supérieure  est  noirâtre  et  l'inférieure 
blanchâtre  ;  le  bas  des  jambes  et  les  pieds  sont  d'un  vert  jau- 
nâtre. Mais  ce  plumage  éprouve  des  variations  qui  paroissent 
dues  à  l'âge  et  au  sexe.  (Ch.  D.) 

SAVALLE.  {Ichthfol.)  A  la  Martinique  on  donne  ce  nom 
au  mégalope  filamenteux.  Voyez  Mégalope.  (H.  C.  ) 

SAVANA.  (  Ornith,  )  Cet  oiseau  ,  autrement  nommé  tyran 
des  savannes^  est  le  muscicapa  tjrannus ,  Lath.,  et  le  tyrannus 
savana,  Vieill.  (  Ch.  D.  ) 

SAVASTANA.  {Bol.)  Le  genre  de  graminées,  fait  sous  ce 
nom  par  Schranck,  est  le  Holcus  odoratus  de  Linnaeus  ou 
Hierocloe  du  Flora  sibirica  de  Gmelin  ,  et  paroit  devoir  être 
réuni  au  Torresia  de  MM.  R.  Brown  et  de  Beauvois.  Le  Ti- 
louchina  d'Aublet,  genre  de  Melastomées,  a  été  aussi  nommé 
Savastania  par  Scopoli  et  Necker.  (J.) 

SAVATELLES  et  ESCUDARDES.  (BoL)  Espèces  de  cham, 
pignons  ainsi  désignées  par  Paulet,  et  décrites  dans  ce  Diction- 
naire à  l'article  Escudardes.  L'une  d'elles,  lasavatelle-truffe , 
est  placée  parmi  les  bolets  par  M.  Persoon  et  par  M.  Louis 
Cordier  (Guide  de  l'amateur  de  champignons,  p.  i32),  qui 
lui   assignent   le  nom   de  boletus    tuber.    Voyez  Escudarde  et 

SCUTIGER.    (LeM.) 

SAVENATA.  (Bot.)  Près  de  Turbaco,  dans  la  Nouvelle- 
Grenade,  suivant  M.  Kunth^  on  nomme  ainsi  son  Neyrocar- 
pum  macrophjllum.  Près  de  Cuma,  son  Nevrocarpum  angusti- 
folium  est   nommé  Spadila.  (J.) 

SAVETIER.  (Ichthjol.)  Le  bas-peuple  des  environs  de 
Paris  désigne  l'épinoche  de  nos  ruisseaux  par  ce  nom  singu- 
lier. Voyez  Gastérostée.  (H.  C.  ) 

SAVEUR.  {Chim.)  C'est  la  propriété  qu'ont  certains  corps 
d'agir  sur  l'organe  du  goût,  et  de  produire  en  nous  des  sen- 
sations qui  ne  peuvent  être  perçues  que  par  lui.  D'après 
cette  définition  nous  excluerons  des  saveurs  celles  qu'on  a 
appelées  sayeur  fraîche ,  save.ur  chaude  j  saveur  nauséabonde,  et, 
^7-  34 


53o  SAV 

en  général ,  les  saveurs  aromatiques.  En  effet ,  quand  on  in- 
troduit un  corps  dans  la  bouche,  trois  sortes  de  sensations 
peuvent  être  perçues  en  même  temps  :  i ."  des  sensations 
perçues  par  le  Jact  de  la  langue;  2.°  des  sensations  perçues 
par  l'odorat;   3.°  des  sensations  perçues  par  le  goût. 

Il  est  aisé  de  démontrer  que  les  corps  auxquels  on  a  attri- 
bué une  saveur  fraîche  ou  chaude,  sont  ceux  qui  produi- 
sent du  froid  ou  6e  la  chaleur  quand  on  les  met  en  contact 
avec  l'eau  :  en  effet,  qu'on  place  ces  corps  sur  une  partie  de 
notre  corps  où  la  peaii  est  très-  sensible  et  où  elle  est  rendue 
humide  par  l'humeur  delà  transpiration,  qu'on  les  recouvre 
d'an  verre  de  montre,  et  l'on  éprouvera  bientôt  après  une 
sensation  de  fraîcheur  ou  de  chaleur.  D'après  ces  résultats, 
il  sera  tout  simple  que  l'on  éprouve  ces  Sensations  lorsqu'on 
mettra  les  mêmes  corps  dans  la  bouche,  où  ils  seront  en 
contact  avec  l'humidité  de  la  salive.  Enfin  la  saveur  fraîche 
pourra  encore  être  due  à  l'évaporalion  du  corps  introduit 
dans  la  bouche. 

Quant  aux  sensations  perçues  par  l'organe  de  l'odorat,  il 
sera  facile  de  les  séparer  de  celles  perçues  par  le  tact  et  par 
le  goût;  il  suffira  de  savoir  qu'un  corps  odorant,  introduit 
dans  la  bouche,  émet  une  certaine  quantité  de  vapeur,  dont 
iine  partie  est  entraînée  par  l'air,  qui  est  expulsé  continuel- 
lement par  les  fosses  nasales  (voyez  Odeur).  Si  donc  on  se 
presse  les  narines  pour  empêcher  la  sortie  de  l'air  par  le 
nez,  on  ne  percevra  plus  que  les  sensations  résultantes  de 
l'action  du  corps  sur  le  tact  et  sur  le  goût  de  la  langue. 

Les  corps  qui  ne  sont  pas  capables  d'altérer  l'organe  du 
goût ,  considérés  d'après  les  rapports  précédens ,  peuvent 
être  distribués  en  quatre  classes,  ainsi  que  je  l'ai  dit  dans 
mes  Considérations  générales  sur  l'analyse  organique  et  sur  ses 
applicationSé 

1."    Classe. 
Corps  qui  nagissent  que  sur  le  tact  de  la  langue. 

Tels  sont  le  cristal  de  roche ,  le  saphir ,  la  glace. 

2.*   Classe. 
Corps  qui  nagissent  que  sur  le  tact  de  la  langue  et  sur  l'odorat. 

Tels  sont  l'étain,  le  fer,  le  cuivre,  etc. 


SAV  55i 

Ce  qu'on  a  dit  de  leur  saveur  méfallique  doit  se  rapporter 
ù  leur  odeur  5  car ,  quand  on  les  a  mis  dans  la  bouche ,  la  sen- 
sation appelée  saveur,  goût  métallique,  disparoit  dès  que  les 
narines  sont  pressées.  Il  faut  remarquer  que  les  sels  de  ces 
métaux,  à  base  de  protoxide  ou  de  deutoxide,  ont  l'odeur 
qui  est  propre  au  métal  qui  les  constitue  à  un  plus  haut 
degré  que  le  métal  lui-même.  (Voyez  Odeur.) 

3.^     Cl-ASSE. 

Corps  qui  agissent  sur  le  tact  de  la  langue  et  sur  le  goût. 

Tels  sont  le  sucre,  le  chlorure  de  sodium  pur.  Lorsqu'on 
les  met  dans  la  bouche,  les  sensations  qu'ils  causent  ne  sont 
point  modifiées  dans  le  cas  où  les  narines  sont  pressées. 

4.*^   Classe. 

Corps  qui  agissent  sur  le  tact  de  la  langue ,  sur  le  goût, 
sur  l'odorat. 

Telles  sont  les  huiles  volatiles.  Elles  ont  une  saveur  acre 
ou  bien  amère  et  douceâtre,  et  une  odeur  très-variable.  On 
n'en  perçoit  que  la  saveur  en  se  pressant  les  narines. 

Telles  sont  encore  les  pastilles  de  menthe,  les  pastilles  de 
chocolat.  Les  narines  étant  pressées ,  après  qu'elles  ont  été 
introduites  dans  la  bouche  ,  on  ne  ressent  plus  que  la  sa- 
veur du  sucre.  Si  on  cesse  de  se  presser  les  narines,  l'odeur 
de  la  menthe,  celle  du  cacao,  redeviennent  sensibles. 

La  cause  qui  provoque  les  nausées,  lorsqu'on  goûte  de  la 
bile,  de  la  manne,  plusieurs  sels  métalliques,  réside  dans 
l'émanation  odorante  de  ces  substances. 

Les  butirates,  les  sulfites,  etc.,  qui,  mis  dans  la  bouche, 
ont  le  goût  du  beurre,  de  ïacide  sulfureux,  ne  doivent  cette 
propriété  qu'à  une  petite  quantité  de  ces  acides,  qu'ils  laissent 
échapper  et  qui  agit  sur  l'odorat. 

Le  goût  urineux  qu'on  a  attribué  aux  bases  alcalines  fixes , 
n'appartient  point  à  ces  substances;  il  est  dû  à  l'ammo- 
niaque, qu'elles  dégagent  de  la  salive  en  réagissant  sur  les  sels 
ammoniacaux  contenus  dans  ce  fluide.  (Ch.) 

SAVI-JALA.  {Ornith.)  Voyez  Saui-jala.  (Desm.) 

SAVIA.  {Bol.)  C'est  le  croton  sessiUJlorum  de  Sv/artz ,  que 


53.  SAV 

Willdcnow  a  converti  en  un  genre  qu'il  a  dédié  à  M.  Savi  , 
mais  que  des  caractères  trop  peu  important  ne  permettent 
guère  de  conserver.  Voyez  Croton.  (  Poir.) 

SAVIGNYA.  (Bof.)  Genre  de  plantes  dicotylédones,  à  fleurs 
complètes,  de  la  lamille  des  crucifères,  de  la  télradjnamie  sili- 
culeuse  de  Linnaeus  ,  offrant  pour  caractère  essentiel:  Un  calice 
dressé,  à  quatre  folioles  égales  à  leur  base;  quatre  pétales  en- 
tiers ;  six  étamines  tétradynames  ,  libres  et  sans  dents;  un  style 
court  ;  une  silique  sessile  ,  comprimée  ,  plane ,  elliptique ,  sur- 
nionté  par  le  style  persistant,  aigu  ,  presque  tétragone  :  séparée 
en  deux  loges  par  une  cloison  membraneuse,  persistante;  les 
valves  planes  ;  plusieurs  semences  presque  imbriquées  ,  à 
large  bordure,  attachées  à  un  placenta  à  peine  saillant;  les 
cordons  ombilicaux  point   appliqués  contre   la  cloison. 

Savignya  d'Egypte:  Sai/ignya  œgjpliaca ,  Dec,  Sjst.  nat. , 
■2  ,  pag.  283  ;  Lunaria  parvijlora,  Delil. ,  FI.  y^gjpt.,  19  ,  tab. 
SS,  iïg.  5.  Cette  plante  a  une  racine  grêle,  simple,  perpen- 
diculaire, un  peu  dure:  elle  produit  une  tige  droite,  gla- 
.brc ,  herbacée,  longue  de  six  à  neuf  pouces;  garnie  de  ra- 
meaux étalés.  Les  feuilles  sont  un  peu  charnues;  les  radicales 
longues  d'un  pouce  et  demi ,  rétrécies  en  pétiole,  ovales, 
très-obtuses,  presque  en  coin,  à  grosses  dents  inégales  et  ob- 
tuses ;  les  feuilles  caulinaires  graduellement  plus  étroites;  les 
supérieures  linéaires,  entières,  longues  d'un  pouce  ;  les  fleurs 
fort  petites,  disposées  en  grappes  redressées  ,  en  corymbedans 
leur  jeunesse,  puis  alongées  ;  point  de  bractées;  la  corolle 
d'un  violet  pâle;  les  pétales  oblongs;  une  petite  silique  sessile, 
ovale  ,  longue  de  six  lignes,  large  de  trois  lignes ,  renfermant 
huit  à  dix  semences  planes,  orbiculaires.  Les  cotylédons  sont 
plans  et  couchés ,  parallèles  à  la  cloison  ;  la  radicule  supé- 
rieure. Cette  plante  croît  en  Egypte,  dans  le  sable,  autour 
des  pyramides.  (Poir.) 

SAVINA.  (Bot.)  SelonTragus  et  Gesner,  cités  par  C.  Bauhin, 
ce  nom  étoit  donné  au  Ljcopodium  complanatum,  (J.  ) 

SAVIMIER.  (Bot.)  Le  traducteur  de  Daléchamps  désigne 
et  figure  sous  ce  nom  françois  la  sabine,  juniperus  sahina. 
(J.) 

SAVO-CANDALO.  {Bot.)  Nom  brame  du  fcari-taradeZ  di* 
Malabar;  Bliizophora  ejlindrica  de  Linnaeus.   (J>) 


SAV  533 

SAVON  DE  BECŒUR.  (Chim.)  Préparation  savonneuse 
employ-ée  pour  préserver  la  peau  des  animaux  empaillés  de 
l'action  des  insectes. 

Pour  faire  le  savon  de  Becœur ,  on  fait  dissoudre  dans  i 
litre  d'eau  75o  gr.  de  sous-carbonate  de  potasse  ;  on  y  ajoute 
2  kilog.  de  savon  blanc,  très -divisé;  on  expose  les  matières 
à  une  douce  chaleur,  et  on  remue  continuellement;  on  y 
ajoute  ensuite  2  kilog.  d'acide  arsenieux  pulvérisé  :  quand 
il  est  distribué  bien  également  dans  toute  la  masse,  on  y 
verse  167  gr.  de  ch-aux  vive,  qu'on  a  préalablement  réduîls 
en  une  bouillie  claire  au  moyen  de  l'eau  ;  on  agite  ,  et,  enfin, 
on  y  incorpore  3i6  gr.  de  camphre  ,  qu'on  a  divisés  au 
moyen  de  Palcool.  (Ch.) 

SAVON  BLANC.  (Cbim.)  On  donne  ce  nom ,  en  général , 
à  un  savon  solide  qui  n'a  point  étt?  marbré  avec  du  sulfate 
de  fer,  et.  en  particulier,  au  savon  que  l'on  fait  à  Mar- 
seille avec  la  soude  et  l'huile  d'olive,  et  auquel  on  ne  donne 
pas  de  marbrure.  (Ch.) 

SAVON  BOIS -MÈCHE.  (Bot.)  C'est  une  espèce  de  pitte, 
agave  fatida ,  que  Ton  nomme  ainsi  à  Cayenne ,  suivant  Ri- 
chard. (  J.  ) 

SAVON  MÉDICINAL.  {Chim.)  Ce  savon  se  prépare  à  froid 
dans  les  pharmacies  de  la  manière  suivante  :  On  mêle  dans 
un  mortier  de  marbre  une  partie  d'une  lessive  de  soude 
caustique,  d'une  densité  de  i,33,  avec  2  parties  d'huile  d'a- 
mandes douces;  on  agite,  et  quand  le  savon  est  gélatineux, 
on  le  coule  dans  des  moules.  (Ch.) 

SAVON  DE  MONTAGNE.  [Min.)  C'est  une  argile  smectique 
qui  a  la  finesse  du  grain,  la  mollesse,  le  toucher  doux  et 
gras,  et  même  Péclat  et  la  translucidité  du  savon.  Voye?  Ar^ 
GILE.  (B.) 

SAVON  DE  NAPLES.  {Chim.)  Ce  savon  est  préparé,  m'a- 
t-on  dit,  avec  la  potasse  et  l'huile  de  palme.  (Ch.) 

SAVON  NOIR,  SAVON  VERT.  {Chim.)  Ces  savons  sont 
préparés  avec  la  potasse  et  des  huiles  de  graines.  On  fait  du 
savon  noir  avec  de  l'huile  de  chénevis  ;  on  fait  du  savon 
vert  avec  de  l'huile  de  colza.  (Ch.) 

SAVON  DE  STARKEY,  SAVON  TARTAREUX.  {Chim.) 
On  a  donné  ces  noms  à  une  matière  que  Starkey  obtenoit  en 


534  SAV 

abandonnant  de  l'huile  de  térébenthine  et  du  sous-carbonate 
de  potasse  sec  à  eux-mêmes  dans  un  matras.  Au  bout  de  six 
mois  il  enlevoit  une  matière  blanchâtre  ,  molle,  qui  étolt 
à  la  surfare  du  mélange;  celui-ci,  abandonné  à  lui-même 
pendant  un  certain  temps,  donnoit  encore  de  nouvelles 
matières  molles.  C'est  cette  matière  qu'on  a  appelée  savon 
de  Starkey.  Mais  il  est  évident  que  ,  s'il  se  produit  une  vé- 
ritable combinaison  entre  l'alcali  et  la  matière  organique , 
qui  sont  mis  en  contact,  ce  n'est  pas  l'huile  volatile  qui  en 
est  un  des  élémens ,  mais  bien  une  substance  qui  provient 
de  l'altération  que  l'huile  a  subi  de  la  part  de  l'air.  (Ch.) 

SAVON  TRANSPARENT,  (Chim.)  On  m'a  assuré  que  l'on 
prépare  ce  savon  en  faisant  dissoudre  du  savon  de  suif  dans 
l'alcool,  distillant  la  dissolution  pour  ne  pas  perdre  l'alcool, 
agitant  le  résidu  sur  le  feu  jusqu'à  ce  qu'il  présente  une 
matière  bien  transparente,  qui  ne  contienne  plus  que  très- 
peu  d'eau  ,  et,  enfin  ,  coulant  cette  matière  dans  des  moules. 
Ce  savon  doit  sa  transparence  à  ce  que  les  trois  sels  qui  le  cons- 
tituent, le  stéarate,  le  margarate  et  l'oléate  de  soude,  ont 
éprouvé  une  sorte  de  fusion  qui  ne  permet  point  aux  stéa- 
rate et  au  margarate  de  se  séparer  plus  ou  moins  de  l'oléate 
par  leur  tendance  à  cristalliser,  ainsi  que  cela  arrive  lors- 
qu'un savon  a  été  coulé,  lorsqu'il  retenoit  encore  beaucoup 
d'eau.  (Ch.) 

SAVON  DE  VENISE.  {Chim.)  C'est  du  savon  que  l'on  pré- 
pare à  Venise  avec  de  l'huile  d'olive,  mais  dans  lequel  on 
laisse  moins  d'eau  qu'il  n'y  en  a  dans  le  savon  de  Marseille, 
(Ch.) 

SAVON  DES  VERRIERS.  {Min.)  C'est  le  manganèse  oxi- 
dulé.  (Lem.) 

SAVON  DE  WINDSOR.  {Chim.)  C'est  un  savon  de  suif 
et  de  soude  auquel  on  a  ajouté  des  corps  aromatiques,  des- 
tinés à  masquer  l'odeur  propre  au  savon  de  suif.  C'est  ordi- 
nairement l'huile  d'anis  qu'on  emploie  à  cet  usage.  (Ch.) 

SAVONEITE  DE  MER.  {Malacoz.)  D'après  ce  qu'en  dit 
M.  Bosc,  dans  le  Nouveau  Dictionnaire  d'histoire  naturelle  , 
il  paroit  que  les  matelots  désignent  sous  ce  nom  des  amas 
sphéroïdaux ,  formés  d'un  grand  nombre  de  vésicules  de  la 
grosseur  d'un  pois,  de  couleur  jaune,  qu'on  trouve  à  la  sur- 


SAV  535 

face  de  la  mer  Atlantique  et  dont  les  navigateurs  font  usage 
pour  se  laver  les  mains. 

Il  paroît  qu'on  donne  quelquefois  le  même  nom,  sur  nos 
côtes,  à  des  masses  d'œufs  arrondies  que  la  mer  rejette  sur 
le  rivage,  et  qui  sont  bien  certainement  des  œufs  de  buccins 
ou  de  pourpre  ,  ce  qui  fait  croire  que  les  savonettes  de  mer  de 
haute -mer  en  sont  également.  (De  B.) 

SAVONIER,  Sapindus.  (Bol.)  Genre  de  plantes  dicotylé- 
dones, à  fleurs  complètes,  polypétalées ,  de  la  famille  des 
sapindées,  deVoctandrie  monogjnie  de  Linnœus,  dont  le  carac- 
tère essentiel  consiste  dans  un  calice  à  quatre  ou  cinq  folioles 
inégales;  autant  de  pétales  onguiculés,  inégaux,  insérés  à  la 
base  extérieure  du  disque;  huit  étamines  insérées  entre  le 
disque  et  l'ovaire;  les  filamens  libres;  un  disque  en  anneau, 
entourant  l'ovaire,  charnu,  ondulé,  pentagone;  un  ovaire 
supérieur  à  trois  coques;  trois  styles  courts,  connivens,  un 
peu  épais;  trois  drupes  connivens,  dont  souvent  un  ou  deux 
avortent;  dans  chaque  loge  un  noyau,  à  deux  loges  mono- 
spermes. 

Savonier  mousseux  :  Sapindus  saponaria ,  Linn. ,  Spec.  ; 
Lamk. ,  lll.  gen. ,  tab.  3o7  ,  fig.  i  ;  Sloan. ,  Jam. ,  2 ,  pag.  1 3 1  ; 
Commel. ,  Hort.,  1  ,  tab.  94;  vulgairement  Arbre  a  savon- 
nettes ou  Para-para.  Grand  arbre  ,  dont  le  tronc  se  divise  ,  à 
quelques  pieds  de  terre,  en  plusieurs  grosses  branches  étalées, 
et  en  rameaux  glabres ,  cylindriques  ,  d'un  brun  grisâtre , 
parsemés  de  petites  taches  ovales  et  blanchâtres.  Le  bois  est 
blanc,  gommeux,  d'une  odeur  et  d'une  saveur  approchant 
de  la  résine  copal.  Les  feuilles  sont  alternes,  ailées,  fort  am- 
ples, sans  impaire,  composées  de  quatre  ou  cinq  paires  de 
folioles  presque  opposées,  sessiles  ,  ovales-oblongues,  aiguës, 
un  peu  obliques,  très-entières,  luisantes,  d'un  vert  gai,  pâles 
en  dessous,  longues  de  trois  à  quatre  pouces  et  plus,  vei- 
nées, réticulées.  Le  pétiole  muni  d'une  aile  courte,  mem- 
braneuse. Les  fleurs  sont  disposées  en  panicules  terminales, 
très-rameuses,  droites,  oblongues,  légèrement  tomenteuses, 
munies  de  bractées  petites,  subulées,  pubescentes.  Le  calice 
a  cinq  folioles  un  peu  pubescentes,  d'un  blanc  verdâtre , 
oblongues,  concaves,  inégales,  arrondies  au  sommet;  les  deux 
(extérieures  une  fois  plus  courtes;  la  corolle  petite;  cinq  pé- 


536  SAV     • 

laies  presque  égaux  ,  ovales,  obtus,  blanchâtres,  velus  à  leurs 
bords,  à  peine  de  la  longueur  du  calice;  huit  étamines  pla- 
tées entre  le  disque  et  la  base  de  l'ovaire:  les  filamens  velus 
et  soyeux.  Les  fruits  sont  pendans  ,  de  la  grosseur  d'une  ce- 
rise, globuleux,  luisans  ,  d'un  roux  jaunâtre  ,  contenant  sous 
leur  écorce  une  pulpe  jaunâtre ,  gluante,  Irès-amère,  adhé- 
rente à  un  noyau  noirâtre,  arrondi,  dans  lequel  est  renfer- 
mée une  amande  presque  aussi  savoureuse  que  la  noisette. 
La  liqueur  visqueuse  qui  découle  de  ces  fruits  les  a  fait  nom- 
mer par  les  Espagnols  cerises  gommeuses.  Cette  plante  croît 
aux  Antilles  et  sur  le  bord  du  fleuve  des  Amazones. 

Les  habitans  des  Antilles  se  servent  de  la  racine  et  surfout 
des  fruits  de  cet  arbre,  pour  produire  sur  le  linge  un  effet 
analogue  à  celui  du  savon.  On  met  quelques-uns  de  ses  fruits 
dans  de  l'eau  chaude,  et  l'on  en  savonne  les  étoffes  végétales. 
L'eau  devient  blanchâtre,  très-mousseuse,  et  nettoie  fort  bien  ; 
mais  on  doit  éviter  l'usage  trop  fréquent  de  ce  savon  ,  qui,  à 
la  longue,  gâte  et  brûle  le  linge.  Les  fruits  se  fondent  peu  à 
peu  dans  l'eau,  jusqu'à  ce  qu'il  n'y  demeure  plus  rien  que 
les  noyaux,  qui  sont  très-durs  et  qui,  étant  percés ,  servent  à 
faire  des  grains  de  chapelets,  aussi  noirs  et  même  plus  luisans 
et  plus  beaux  que  ceux  d'ébène.  On  les  appelle  pommes  de 
savon.  On  prétend  que  la  liqueur  gluante  des  fruits  a  la  pro- 
priété d'arrêter  les  pertes  de  sang  et  même  la  fièvre.  On  les 
recommande  dans  les  pâles  couleurs. 

Savonier  RUDE  :  Sapindus  rigida yVahl ,  Symb, -^yViïld. ,  Sp. ,  i  , 
p.  470;  Lamk.,  lll.  gen. ,  tab.  Boy,  fig.  2  et  4  ;  Gaertn.,  De/ruci., 
tab.  70;  Pluken.,  Alm.,  tah.  217,  fig.  7.  Cet  arbre  est  pourvu 
de  rameaux  glabres,  cylindriques  ,  de  couleur  cendrée,  mar- 
qués souvent  de  petites  taches  ou  de  tubercules  ovales;  il  n'y 
a  point  d'épines.  Les  feuilles  sont  alternes,  pétiolées,  ailées 
sans  impaire,  composées  de  trois  à  quatre  paires  de  folioles 
opposées,  un  peu  pédicellées,  ovales,  oblongues,  lancéolées, 
glabres,  entières,  acuminées,  luisantes  en  dessus,  puhescentes 
en  dessous,  longues  d'environ  trois  pouces  sur  un  et  plus 
de  large  ,  veinées  ,  réticulées  ;  les  pétioles  pubescens.  Les 
ileurs  sont  petites  ,  disposées  en  une  grappe  terminale ,  ra- 
meuse, paniculée,  longue  d'environ  un  pied;  les  rameaux 
étalés;  les  pédopcules  courts,  épais,  garnis  de  petites  bractées 


8AV  537 

caduques.  Le  calice  est  un  peu  velu;  les  pétales  glabres, 
concaves,  arrondis;  l'ovaire  glabre  et  ovale  ;  trois  drupes, 
dont  deux  avortent  très -souvent  :  ils  sont  globuleux,  char- 
nus, de  la  grosseur  d'une  petite  cerise,  très-glabres.  Cette 
plante  croît  à  l'ile  Bourbon. 

Savonieb  a  FEUifLEs  DE  LAURIER  :  Sapïndus  laurifoUa,  Vahl, 
Sjnib,;  ^^'\i\à.,  Spec;  Sapindus  trifolialus  ,  Linn. ,  Flor.  ZejL, 
n."  6o3  ;  Poerensis  seu  Vercoc  poelongi  ,  Rhéede,  Malab.,  l\  , 
tab.  19;  vulgairement  Manii'Ongon.  Les  rameaux  de  cet  arbre 
sont  glabres,  cylindriques,  striés,  un  peu  pubescens  à  leur 
sommet;  les  feuilles  pétiolées  ,  alternes,  ailées,  composées 
ordinairement  de  trois  paires  de  folioles  sans  impaire,  pédi- 
cellées  ,  presque  opposées,  longues  d'environ  quatre  ou  cinq 
pouces,  larges  de  deux,  ovales,  oblongues  ,  obtuses,  glabres, 
entières.  Les  fleurs  sont  disposées  en  une  panicule  touffue, 
terminale;  ses  ramifications  courtes,  nombreuses,  inégales, 
un  peu  pubescentes,  munies  de  bractées  courtes  et  ovales.  Le 
calice  est  à  cinq  petites  folioles  ovales,  arrondies;  la  corolle 
blanche;  les  cinq  pétales  oblongs  ,  velus,  onguiculés,  renflés 
à  leur  sommet,  garnis  à  leurs  bords  d'un  duvet  tomenteux, 
très -blanc;  les  filamens  velus;  les  fruits  fort  petits,  velus, 
globuleux.  Cette  plante  croit  dans  les  Indes  orientales,  sur 
la  côte  de  Coromandel.  Les  fruits  servent  à  blanchir  les  soies 
et  les  toiles. 

Savonier  a  feuilles  échancrées;  Sapindus  emarglnata ,  Vahl, 
Symh.;  Willd.,  Spec.  Cet  arbre  a  des  rameaux  glabres,  cy- 
lindriques, de  couleur  cendrée,  delà  grosseur  du  petit  doigt; 
les  feuilles  alternes,  pétiolées,  ailées  sans  impaire,  à  quatre 
ou  six  folioles  un  peu  pédicellées,  opposées  ou  alternes,  lon- 
gues de  deux  ou  trois  pouces;  les  folioles  inférieures  plus  pe- 
tites ,  oblongues,  un  peu  vétrécies  à  leur  base ,  échancrées 
et  obtuses  au  sommet,  entières,  glabres,  coriaces,  velues  en 
dessous.  Les  fleurs  sont  disposées  en  un  ample  panicule  ter- 
minal; les  ramifications  nombreuses,  pubescentes,  garnies  à 
leur  base  de  petites  bractées  ovales;  le  calice  est  pubescent, 
à  cinq  folioles  ovales,  concaves;  cinq  pétales  oblongs,  velus 
en  dehors,  un  peu  plus  longs  que  le  calice,  munis  à  leurs 
bords  d'un  duvet  tomenteux,  très-blanc  ;  les  filamens  velus, 
fiu  nombre  de  huit,   de  la  longueur  de  la  corolle.  Le  fruit 


538  SAV 

consiste  en  trois  drupes  un  peu  turbines  ou  globuleux,  cou- 
verts de  poils  épais  et  jaunâtres  .-ils  renferment  des  semences 
noirâtres. 

Savonier  rouillé  :  Sapindas  rubiginosa,  Willd.,  .Sp.;Roxb., 
Corom.,  1 ,  tab.  62.  Cet  arbre  s'élève  à  une  hauteur  assez  con- 
sidérable. Ses  rameaux  sont  droits  et  nombreux;  les  feuilles 
alternes,  fort  amples,  ailées;  les  folioles  oblongues,  lancéo- 
lées, aiguës,  entières,  velues  en  dessous,  opposées,  un  peu 
pédicellées,  au  nombre  de  huit  à  dix.  Les  fleurs  sont  réunies 
en  une  panicule  droite,  terminale,  étalée;  les  ramifications 
simples,  élancées;  le  calice  court,  à  quatre  folioles  ovales, 
obtuses.  La  corolle  est  glabre,  petite,  à  quatre  pétales  obtus; 
le  style  presque  de  moitié  plus  court  que  les  filamens  des 
étamines;  un  ovaire  à  trois  lobes,  auquel  succèdent  trois 
drupes  monospermes,  dont  deux  avortent  bien  souvent.  Cette 
plante  croit  sur  les  montagnes,  à  la  côte  de  Coromandel. 

Savonier  arborescent  :  Sapindus  arborescens ,  Aubl. ,  Guian., 
1,  tab.  iSg;  vulgairement  Maca- a?a-ipou  des  Galibis.  Cet 
arbre  s'élève  à  la  hauteur  de  huit  à  dix  pieds  sur  un  tronc 
de  neuf  pouces  de  diamètre.  Le  bois  est  blanchâtre;  l'écorce 
raboteuse  et  cendrée  :  il  pousse  à  son  sommet  quelques 
branches  noueuses  et  ramifiées.  Les  feuilles  sont  alternes, 
pétiolées,  composées  de  trois  paires  de  folioles  lisses,  coriaces, 
ovales,  glabres,  vertes  à  leurs  deux  faces,  entières,  aiguës  , 
longues  d'environ  six  pouces  sur  deux  de  large.  Les  fleurs 
sont  réunies  en  grappes  axillaires  :  elles  produisent  des  fruits 
composés  de  trois  drupes  ovoïdes,  de  couleur  rouge  ,  pédi- 
cellés,  conservant  à  leur  base  un  calice  à  quatre  folioles  ai- 
guës. Cet  arbre  croît  à  Cayenne ,  dans  les  forets  qui  bordent 
la  crique  des  Galibis. 

Savonier  a  quatre  folioles  ;  Sapindi/s  tetraphylla  ,  Vahl  , 
Symb.,  3,  pag.  54.  Cette  plante  a  des  rameaux  glabres,  cy- 
lindriques, de  couleur  cendrée.  Les  feuilles  sont  pétiolées, 
alternes,  ailées  sans  impaire,  composées  de  quatre  folioles 
médiocrement  pédicellées;  les  deux  inférieures  alternes,  les 
deux  supérieures  opposées,  longues  de  trois  pouces,  lancéo- 
lées, oblongues,  un  peu  obtuses,  entières,  très-glabres,  d'un 
vert  pâle,  veinées,  point  rétrécies  à  leur  base.  Les  fleurs 
sont  réunies  en  une  panicule  composée  de  plusieurs  grappe» 


SAV  53g 

simples,  droites,  longues  de  trois  à  quatre  pouces;  les  pé- 
doncules blanchâtres,  striés,  presque  anguleux,  hérissés  d'as- 
pérités ou  de  petites  dents  par  la  chute  des  pédicelles;  ceux-ci 
sont  très -courts,  munis  à  leur  base  de  bractées  ovales,  fort 
petites.  Le  calice  est  soyeux  ,  luisant,  à  cinq  folioles  ovales, 
arrondies;  la  corolle  glabre;  cinq  pétales  plus  longs  que  le 
calice;  les  filamcns  des  étamines  velus,  au  nombre  de  huit. 
Cette  plante  croît  dans  les  Indes  orientales. 

Savonier  frutescent;  Sapiadusfrutescens,Auhl.,  Guian.,  i, 
tab.  i58.  Cet  arbrisseau  a  une  tige  droite,  simple,  haute  de 
sept  à  huit  pieds  sur  deux  pouces  de  diamètre.  Le  bois  est 
cassant,  blanchâtre  ;  l'écorce  cendrée  et  raboteuse.  Les  feuilles 
sont  alternes,  pétiolées ,  ailées,  composées  de  sept  à  huit 
paires  de  folioles  sans  impaire,  ovales,  lancéolées,  presque 
alternes,  lisses,  coriaces,  luisantes,  entières,  acuminées,  lon- 
gues de  huit  ou  dix  pouces  ,  larges  de  trois ,  médiocrement  pé- 
dicellées.  Les  fleurs  sont  disposées  en  grappes  axillaires;  elles 
produisent  des  drupes  secs,  coriaces,  d'un  beau  rouge,  sphé- 
riques  ,  marqués  d'un  sillon  à  un  de  leur  côté ,  par  lequel  elles 
s'ouvrent  en  deux  parties  et  renferment  une  semence  lui- 
sante, noire,  enveloppée  d'une  membrane;  l'intérieur  des 
drupes  jaunâtre.  Cette  plante  croît  à  Cayenne ,  sur  le  bord 
des  terrains  défrichés,  ainsi  que  dans  les  grandes  forêts  de 
la  Guiane. 

Savonier  du  Sénégal;  Sapindus  senegalensis ,  Poir. ,  Encycl. 
Cette  espèce  est  munie  de  rameaux  droits,  effilés,  pubescens 
et  rouilles  dans  leur  jeunesse.  Les  feuilles  sont  amples,  al- 
ternes, rapprochées,  composées  de  deux  à  quatre  paires  de 
folioles  très -glabres,  les  unes  larges,  ovales,  obtuses,  d'au- 
tres plus  étroites,  lancéolées,  rétrécies  à  leur  base,  un  peu 
acuminées  au  sommet,  d'un  vert  cendré  ou  un  peu  glauque 
en  dessus,  plus  pâles  en  dessous,  entières;  les  nervures  sail- 
Lmtes  des  deux  côtés,  confluentes  à  leur  sommet;  l'inter- 
valle rempli  par  des  nervures  en  réseau;  les  pétioles  glabres, 
ou  un  peu  pubescens;  le  fruit  ovale,  globuleux,  de  la  gros- 
seur d'une  fraise.  Cette  plante  a  été  découverte  au  Sénéga^ 
par  Adanson  et  M.  Geoffroy.  (Pom.) 

SAVONIÈRE.  (Bot.)  Chôme!  rite  sous  ce  nom  la  saponaire. 
(J.) 


540  SAV 

SAVONS.  (Chim.)  On  a  donné  le  nom  de  savons  à  des  com- 
binaisons de  potasse  ou  d^  soude  avec  les  acides  stéarique , 
iiiargarique  et  oléique.  On  les  prépare  en  soumettant  des 
corps  gras,  essentiellement  formés  de  stéarines  et  d'oléine, 
au  contact  de  la  potasse  ou  de  la  soude  caustique. 

Les  savons  du  commerce  diffèrent  surtout  les  uns  des 
autres,  i.°  par  leur  degré  de  dureté  ou  de  mollesse;  2°  par 
leur  odeur. 

Nous  allons  les  envisager  sous  ces  deux  rapports,  ainsi 
que  nous  l'avons  fait  dans  notre  ouvrage  sur  les  corps  gras 
d'origine  animale.  ' 

A.  Des  savojis  considérés  sous  le  rapport  de 
leur  degré  de  dureté  ou  de  mollesse. 

On  appelle  savons  durs,  ceux  qu'on  obtient  en  saponifiant 
par  la  soude  l'huile  d'olive  et  surtout  les  graisses  animales; 
rt  savons  mous,  ceux  qu'on  obtient  en  saponifiant  par  la 
potasse  les  huiles  de  graines,  en  général,  et  les  huiles  ani- 
males plus  ou  moins  fluides. 

Quand  on  cherche  en  quoi  consiste  la  propriété  qu'ont 
les  savons  d'être  durs  ou  mous,  on  trouve  que  ces  propriétés 
dépendent  de  la  manière  dont  les  savons  agissent  sur  l'eau. 
En  effet ,  les  savons  durs  perdent  la  plus  grande  partie  de 
k'ur  eau  de  fabrication  par  l'exposition  à  l'air,  et  quand  ils 
l'ont  perdue,  ils  ne  se  dissolvent  que  lentement  dans  l'eau 
froide ,  et  sans  s'y  délayer.  Les  savons  mous ,  au  contraire , 
îie  peuvent  jamais  être  séchés  par  leur  exposition  à  l'air, 
ft  l'eau  qu'ils  retiennent  les  rend  mous  ou  gélatineux,  et  si, 
après  les  avoir  séchés  au  moyen  de  la  chaleur,  on  les  met 
dans  l'eau  froide,  ils  sont  dissous  par  ce  liquide  ou  ils  s'y 
délaient  plus  ou  moins. 

En  recherchant  pourquoi  un  savon  est  plus  ou  moins  so- 
luble  dans  l'eau,  on  en  trouve  les  causes,  1.°  dans  la  na- 
ture de  la  base  alcaline  ;  2°  dans  celle  de  la  matière  grasse  qui 
est  vnie  a  cette  hase. 


i    RecTierches    chimiques    sur    les    corps  gras  d'origine    animale.    4 
Paris-  chez  Lcvrault,   i823. 


SAV  5/,i 

a)  L'influence  de  la  hase  alcaline  est  démontrée  par  les  ex- 
périences suivantes  :  que  l'on  saponifie  deux  quanlilés  d'un 
même  corps  gras,  l'une  par  la  potasse,  et  l'autre  par  la  soude, 
et  on  observera  constamment  que  le  savon  de  soude  est  moins 
soluble  que  celui  de  potasse. 

b)  Injluence  de  la  matière  grasse.  Si  la  base  alcaline  seule 
avoit  de  l'influence  pour  constituer  les  savons  durs  ou  mous, 
il  en  résulteroit  que  tous  les  corps  gras,  saponifiés  par  la  po- 
tasse, donneroient  des  savons  mous,  tandis  qu'ils  en  donne- 
roient  de  durs  quand  ils  le  seroient  par  la  soude  :  or  c'est 
ce  qui  n'arrive  pas,  car  l'huile  d'olive,  et  surtout  les  graisses 
animales  peu  fusibles,  donnent  avec  la  soude  des  savons  qui 
sont  beaucoup  plus  durs  que  les  savons  d'huile  de  graines 
et  d'huile  animales  à  base  de  soude;  et,  en  second  lieu,  ces 
mêmes  huiles  forment  avec  la  potasse  des  savons  beaucoup 
plus  mous  que  ne  le  sont  les  savons  d'huile  d'olive  et  de 
graisses  animales  peu  fusibles  à  base  de  potasse.  Ces  résul- 
tats sont  évidens,  lorsqu'on  considère  l'action  de  l'eau  froide 
sur  les  savons  ou  plutôt  sur  les  sels  que  les  acides  sléarique, 
oléique  et  margarique  forment  avec  la  soude  et  la  potasse. 

Le  stéarate  de  soude  peut  être  considéré  comme  le  type 
des  savons  durs.  11  ne  paroît  pas  éprouver  d'action  de  la 
part  de  dix  fois  son  poids  d'eau.  Le  stéarate  de  potasse  pro- 
duit un  mucilage  épais  avec  la  même  proportion  d'eau. 

L'oléate  de  soude  est  soluble  dans  lo  fois  son  poids  d'eau. 
L'oléate  de  potasse  forme  une  gelée  avec  le  double  de  son 
poids  du  même  liquide,  et  une  dissolution  avec  4  fois  son 
poids.  Il  est  assez  déliquescent  pour  que  100  parties  absor- 
bent, dans  une  atmosphère  saturée  de  vapeur  d'eau  à  la  tem- 
pérature de  12"^,  16:2  parties  de  ce  liquide. 

Les  combinaisons  de  l'acide  margarique  avec  la  soude  et 
la  potasse  ne  diffèrent  de  celles  de  l'acide  stéarique  avec  les 
mêmes  bases  ,  qu'en  ce  que  l'eau  exerce  une  action  plus  forte 
sur  les  premières  combinaisons  que  sur  les  secondes. 

Les  stéarates,  les  margarates,  les  oléates  de  potasse  qu  de 
soude  peuvent  s'unir  ensemble  en  toutes  sortes  de  proportions. 

Avec  ces  notions  et  les  résultats  suivans  il  sera  facile  d'ex- 
pliquer les  différences  que  présentent  les  savons  sous  le  rap- 
port de  la  solidité  ou  de  la  mollesse. 


h^  SAV 

1."  Les  savons  de  graisse  humaine,  d'huiles  végétales, 
sont  formés  d'oléate  et  de  margarate,  unis  en  des  propor- 
tions très -variables.  On  remarque  en  outre  que  les  savons 
sont  d'autant  plus  mous  qu'ils  contiennent  plus  d'oléate,  et, 
conséquemment  moins  de  margarate. 

Les  savons  de  graisse  de  mouton,  de  bœuf  et  de  porc,  le 
savon  de  beurre,  abstraction  faite  des  sels  odorans  qu'ils 
peuvent  contenir,  sont  formés,  non -seulement  de  marga- 
rate et  d'oléate,  comme  les  précédens,  mais  encore  de  stéa- 
rate. L'on  observe  que  la  dureté  est  d'autant  plus  grande 
que  le  stéarate  est  plus  abondant  par  rapport  à  l'oléate. 

Les  stéarines  donnant  principalement  dans  la  saponifica- 
tion les  acides  stéarique  et  margarique,  et  l'oléine  donnant 
l'acide  oléique,  il  s'ensuit  : 

1.°  Que,  d'après  la  proportion  des  stéarines  à  l'oléine, 
dans  les  corps  gras  saponifiables,  proportion  qu'on  peut  con- 
clure du  degré  de  fusibilité  de  ces  substances  ,  il  est  possible 
de  prévoir  le  degré  de  dureté  ou  de  mollesse  des  savons  que 
ces  corps  produiront  ; 

2."  Qu'il  est  facile  d"imiter  un  savon  donné,  en  prenant 
des  stéarines  et  de  l'oléine  dans  des  proportions  telles  que 
les  acides  stéarique,  margarique  et  oléique,  qu'elles  sont 
susceptibles  de  former  par  l'action  des  alcalis,  soient  entre 
eux  dans  le  même  rapport  que  celui  où  ces  acides  se  trou- 
vent dans  le  savon  qu'on  se  propose  d'imiter.  Ainsi ,  en  ajou- 
tant à  des  huiles  qui  ne  donneroient  que  des  savons  mous 
avec  la  soude,  des  corps  abondans  en  stéarines,  tels  que  la 
cire  du  mjrica  cerifera ,  beaucoup  de  substances  qu'on  a  ap- 
pelées beurres  végétaux,  on  peut  imiter  le  savon  d'huile  d'o- 
live ;  savon  qui  ne  diffère  bien  essentiellement  des  savons 
d'huiles  de  graines  qu'en  ce  qu'il  contient  moins  d'acide 
oléique. 

Ces  résultats,  déduits  de  mes  expériences,  furent  con- 
signés dès  i8i6  dans  un  dépôt  que  je  fis  à  l'Académie  des 
sciences. 

B.  Des  savons  considérés  sous  le  rapport  de  l'odeur. 
Les  savons  sont  \noàore$,  comme  ceux  de  graisse  humaine, 
de  graisse  de  porc,  ou  od.oran% ,  comme  ceux  de   beurre; 


SAV  545 

«l'huile  de  dauphin,  de  suif.  Les  odeurs  des  savons  sont  dues 
H  des  principes  absolument  distincts  des  acides  stéarique, 
margarique  et  oléique,-  car, 

1.°  D'une  part,  en  décomposant  ces  savons,  dissous  dans 
l'eau  par  l'acide  tartrique  ou  phosphorique,  et  en  soumet- 
tant à  la  distillation  les  liquides  aqueux  filtrés,  on  observe  : 
i)  que  le  produit  provenu  du  savon  de  beurre,  contient 
des  acides  butirique,  caproïque  et  caprique  ;  2)  que  le  pro- 
duit du  savon  d'huile  de  dauphin  contient  de  l'acide  phocé- 
nique  ;  3)  que  le  produit  du  savon  de  suif  contient  de  l'a- 
cide hircique.  (Voyez  Phocénique  [Acide]  ). 

2.°  D'une  autre  part,  en  lavant  suffisamment  le«  acides 
stéarique,  margarique  et  oléique,  provenant  des  savons  odo- 
rans,  on  finit  par  amener  ces  acides  à  un  tel  état  de  pureté, 
qu'en  les  unissant  à  la  potasse  et  à  la  soude,  ils  forment  des 
savons  inodores. 

Analyse  du  savon  par  l'eau. 

En  délayant  les  savons  supposés  formés  d'oléate,  de  stéarate 
et  de  margarate,  dans  l'eau  froide,  on  dissout  :  1.°  l'oléate  j 
2.°  une  portion  de  stéarate  et  de  margarate;  5."  l'alcali,  pro- 
venant de  la  réduction  en  sursel  de  Vautre  portion  de  stéa- 
rate et  de  margarate.  Le  bi- stéarate  et  le  bi- margarate  de 
cette  portion  se  déposent  à  l'état  d'une  matière  nacrée,  re- 
tenant presque  toujours  un  peu  de  suroléate. 

Quand  on  opère  avec  les  savons  à  base  de  soude,  il  faut 
employer  plus  d'eau  que  quand  on  opère  avec  les  savons  à 
base  de  potasse.  Celui-ci  doit  donc  être  préféré  quand  on 
veut  réduire  un  savon  en  bi-margarate  ,  et  en  bi-stéarate  pour 
se  procurer  les  acides  gras  qui  constituent  les  savons. 

Lorsque  le  dépôt  de  ces  sursels  est  bien  séparé  du  liquide, 
on  décante  celui-ci,  et  on  lave  le  dépôt  avec  de  l'eau,  puis 
on  le  met  sur  un  filtre  à  égoutter  ;  quand  il  est  sec,  on  le 
dissout  dans  l'alcool  bouillant.  On  obtient  par  le  refroidisse- 
ment un  précipité  dans  lequel  il  y  a  une  proportion  plus 
forte  de  bi-stéarate,  relativement  au  bi-margarate,  que 
le  dépôt  qui  a  été  traité,  par  la  raison  que  le  bi-stéarate 
e6t  encore  plus  soluble  que  le  bi-margarate.  On  conçoit  d'a- 
près cela  qu'en  réitérant  la  dissolution  du  dépôt   dans  l'ai- 


544  SAV 

cool  bouillant,  on  finisse  par  obtenir  du  bi-stéarate.  Par  ce 
moyen  j'ai  obtenu  un  acide  stéarique,  fusible  à  70  ,  des  ma- 
tières nacrées,  des  savons  de  suif  de  bœuf  et  de  mouton,  et 
du  savon  de  graisse  de  porc. 

Quant  à  Tacide  oléique,  on  le  trouve  dans  le  liquide  d"où 
la  matière  nacrée  s'est  déposée;  mais,  comme  il  est  mêlé  de 
stéarate  et  de  margarate,  il  faut  neutraliser  l'alcali  en  excès, 
et  abandonner  la  liqueur  à  elle-même,  jusqu'à  ce  qu'il  ne 
se  dépose  jjIus  de  matière  nacrée. 

Quand  on  est  arrivé  à  ce  résultat,  on  décompose  l'oléate 
par  l'acide  hydrochlorique  ;  on  abandonne  l'acide  oléique  à 
des  températures  de  plus  en  plus  basses,  en  ayant  soin  de 
le  séparer  chaque  fois  par  la  pression  des  cristaux  qui  s'y 
forment  ,  et  cela  jusqu'à  ce  qu'on  ait  un  produit  fluide 
à  4  degrés  au-dessous  de  zéro. 

Quand  on  traite  le  savon  de  graisse  humaine  par  l'eau, 
on  obtient  les  mêmes  résultats  que  précédemment,  avec 
cetle  différence  que  la  matière  nacrée  n'est  composée  que 
de  bi-margarate  et  d'un  peu  de  suroléate,  qu'on  en  sépare 
au  moyen  de  l'alcool  et  de  la  cristallisation  opérée  par  le 
refroidissement.  C'est  donc  ce  savon  qu'on  doit  employer 
de  préférence  pour  obtenir  l'acide  margarique. 

Les  acides  stéarique  et  margarique  se  séparent  de  la  po- 
tasse au  moyen  de  l'acide  hydrochlorique. 

Action  de  l'alcool  sur  les  savo?is. 

Lorsqu'on  soumet  à  l'action  de  l'alcool  froid  du  savon 
réduit  en  poudre,  on  dissout  la  plus  grande  partie  de  l'o- 
léate et  très-peu  de  margarate  et  de  stéarate.  Si ,  après  avoir 
fait  deux  traitemens  à  froid  ,  on  traite  le  résidu  par  l'alcool 
l)ouilIant,  on  obtiendra  par  refroidissement  un  dépôt  formé 
de  stéarate  et  de  margarate;  si  on  rétière  la  dissolution  et  la 
cristallisation  de  ce  dépôt,   on  finit  par  obtenir  du  stéarate. 

Quant  à  l'oléate,  on  le  séparera  de  l'alcool;  on  le  dé- 
composera par  l'acide  hydrochlorique;  on  exposera  l'acide 
oléique  à  une  température  de  plus  en  plus  basse,  et  on  ob- 
tiendra par  ce  moyen  de  l'acide  oléique,  encore  fluide,  à  4 
degrés  au-dessous  de  zéro.  (Ch.) 


SAV  .^5 

SAVONS  ACIDES.  (Chim.)  Tant  qu'on  a  ignoré  la  véritable 
composition  des  savons,  les  différences  qui  existent  entre  les 
acides  stéarique,  margarique,  oléique  et  les  corps  gras  formés 
de  stéarines  et  d'oléine  d'où  ils  proviennent,  on  a  pu  croire 
que  la  dénomination  de  sai>ons  acides  pouvoit  être  appliquée 
aux  graisses,  aux  huiles  fixes,  et  même  aux  huiles  volatiles 
qu'on  traitoit  par  des  acides  énergiques,  tels  que  l'acide  sul- 
furique  concentré,  et  qui  sembloient  acquérir  par  là,  sinon 
la  propriété  de  se  dissoudre  dans  l'eau  ,  au  moins  celle  de 
s'y  délayer,  ou  de  faire  plus  facilement  une  émulsion  qu'a- 
vant d'avoir  été  soumises  au  contact  de  l'acide.  Mais  aujour- 
d'hui, que  la  nature  des  savons  alcalins  est  parfaitement  con- 
nue, que  leur  composition  est  rapportée  à  de  véritables  es- 
pèces de  sels,  on  ne  peut  donner  le  nom  de  savons  acides 
aux  matières  résultantes  de  l'action  des  acides  énergiques  sur 
des  corps  gras.  En  eifet,  parmi  les  corps  gras  qu'on  a  soumis 
à  l'action  des  acides,  il  y  en  a  qui  sont  trop  différens  les  uns 
des  autres  pour  qu'on  soit  fondé  à  en  conclure  qu'ils  doivent 
donner  des  produits,  sinon  identiques,  au  moins  analogues 
par  l'action  d'un  même  acide;  en  second  lieu,  dans  les  re- 
cherches que  j'ai  faites  sur  les  produits  de  l'action  de  l'acide 
sulfurique  concentré  sur  les  corps  gras  formés  de  stéarines  et 
d'oléine',  on  voit  qu'il  y  a  un  trop  grand  nombre  de  subs- 
tances distinctes  produites  simultanément,  et  que  ces  subs- 
tances sont  bien  loin  de  former,  avec  l'acide  sulfurique,  des 
composés  définis,  comme  le  sont  les  savons  alcalins. 

D'après  ces  considérations  et  d'après  cette  règle  que  nous 


1  I,a  graisse  de  porc,  formée  de  stéarines  et  d'oléine,  traitée  par 
un  poids  d'acide  sulfurique  concentré  égal   au  sien,  m'a  donné: 

1."  De  l'acide  sulfo- adipique  ; 

2."  Une  substance  douceâtre  qui  a  les  plus  granJi  rapports  avec  la 
gljcérine  ; 

3.°  De   l'acide  stéarique; 

4/  De  l'acide  margarique; 

5.°  De   l'acide  oléique  ; 

6."  Une  substance  organique  unie  probablement  à  de  l'acide  hypo' 
sulfurique. 

La  stéarine  de  mouton  ,  soumise  au  même  traitement,  a  donne  les 
mêmes  produits. 

47.  35 


546  SkV 

nous  sommes  prescrites,  de  ne  donner  des  noms  distincts  qu'a, 
des  corps  sinjples  ou  à  des  substances  qui  ont  le  caractère 
des  composes  définis,  nous  rejetterons  l'expression  de  savons 
acides  de  la  nomenclature  scientifique.  (Ch.) 

SAVONS  ALCALINS.  (Chim.)  En  général,  la  dénomination 
de  savons  alcalins  ne  s'applique  guère  qu'aux  savons  dépotasse, 
de  soude  et  d'ammoniaque,  quoique  l'on  mette  la  baryte, 
la  strontiane,  la  chaux  et  la  magnésie  au  nombre  des  alcalis; 
cela  tient  à  ce  que  les  trois  premiers  alcalis  sont  les  seules 
bases  salifiables  qui  forment  des  savons  solubles  dans  l'eau  ,  et 
que  sous  ce  rapport  leurs  savons  diffèrent  absolument  des  sa- 
vons de  baryte,  de  strontiane,  de  chaux  et  de  magnésie.  (Ch.) 

SAVONS  DURS  ET  SAVONS  MOUS.  (Chim.)  Voyez  Savons. 
(Ch.) 

SAVONS  METALLIQUES,  SAVONS  TERREUX.  {Chim.) 
Tant  qu'on  a  distingué  les  terres  des  oxides  métalliques , 
il  a  été  tout  naturel  de  donner  le  nom  de  savons  terreux  aux 
savons  résultant  de  l'union  des  corps  gras  saponifiés  avec  les 
bases  salifiables  appelées  terres,  et  le  nom  de  savons  métal- 
liques aux  savons  résultant  de  l'union  de  ce  ces  mêmes  corps 
gras  avec  les  oxides  métalliques. 

Quoique  la  baryte,  la  strontiane,  la  chaux  et  la  magnésie 
soient  comptées  parmi  les  alcalis,  cependant  on  a  considéré 
plus  généralement  ces  savons  comme  des  savons  terreux,  que 
comme  des  savons  alcalins;  et  cela,  parce  que  les  savons  de 
baryte,  de  strontiane,  de  chaux  et  de  magnésie  sont  inso- 
lubles dans  l'eau ,  comme  le  sont  les  savons  terreux.  (Ch.) 

SAVONULES.  (Chim.)  Dans  la  Nouvelle  nomenclature  chi- 
mique on  avoit  proposé  ce  nom  pour  désigner  les  combinai- 
sons que  l'on  supposoit  pouvoir  être  produites  par  les  alcalis 
et  les  huiles  volatiles.  On  n'a  jamais  compté  qu'un  seul  savo- 
nule ,  le  savon  de  Starlcey  ;  mais  cette  matière  ne  peut  être 
considérée  comme  un  composé  d'alcali  et  d'huile  volatile  de 
térébenthine.  Voyez  Savon  de  Starkey.  (Ch.) 

SAVORF.E.  (Bot.)  Un  des  noms  françois  anciens  de  la  sar- 
riette. (J.  ) 

SAV-ORRE.  {OrnitJi.)  Nom  norwégien  ,  qui  s'écrit  aussi 
soe-orre,  du  petit  grèbe  huppé  de  Buffou  ,  coljmhus  auritus^ 
Linn.  (Ch.  D.) 


SAX  547 

SAWARAGI.  (Bot.)  Un  des  noms  japonois  du  thuja  dola- 
Irata,  cité  par  Thiinberg.  (J.  ) 

SAWKI.  (Ornitli.)  Buffon  rapporte  ce  mot  kamtschadale 
au  canard  à  longue  queue  de  Terre-Neuve  ,  et  l'auteur  des 
articles  d'ornithologie,  dans  le  Nouveau  Dictionnaire  d'his- 
toire naturelle  ,  dit  que  le  mot  saAi  est  le  nom  sibérien  d'un 
petit  canard  à  bec  bleu.  (  Ch.  D.) 

SAXATILES  [Plantes].  (Bot.)  Croissant  sur  les  rochers 
isolés;  exemples  :  aira Jlexuosa ,  sedum ,  iheris  saxatilis ,  etc. 
(  Mass.  ) 

SAXICAVE,  Saxicaya.  {Maîacoz.)  Genre  d'acéphales  con- 
chylifères,  de  la  famille  des  pyloridés,  établi  par  M.  Fleu- 
riau  de  Bellevue  ,  et  qui  renferme  des  coquilles  térébrantes  ou 
qui  vivent  dans  l'intérieur  des  rochers,  des  madrépores,  etc.; 
voici  les  caractères  que  M.  de  Blainville  lui  a  assignés,  en 
considérant  l'animal  et  la  coquille  :  Animal  alongé,  subcylin- 
drique: manteau  fermé  de  toutes  parts,  prolongé  en  arrière 
par  deux  tubes  longs  ,  épais,  à  peine  séparés  extérieurement, 
et  percé  inférieureraent  et  en  avant  par  un  orifice  arrondi 
pour  le  passage  d'un  pied  très -petit  et  canaliculé;  bouche 
très  -  grand  e  ;  appendices  labiaux  petits;  lames  branchiales 
libres;  la  paire  externe  beaucoup  plus  courte  que  l'interne. 
Coquille  épaisse,  épidermée  ,  un  peu  irrégulière,  alongée  , 
cylindroïde,  obtuse  aux  deux  extrémités;  sommets  peu  mar- 
qués; charnière  édentule  ou  avec  une  très-petite  dent  rudi- 
mentaire  ;  ligament  extérieur  assez  bombé;  deux  impressions 
arrondies,  assez  peu  éloignées  pour  les  muscles  adducteurs; 
deux  ou  trois  autres  irrégulières  pour  les  muscles  rétracteurs 
des  tubes,  sans  trace  d'impression  palléale. 

Toutes  les  saxicaves  ,  ainsi  que  l'indique  le  nom  de  ce  genre , 
vivent  dans  les  pierres  calcaires,  qu'elles  creusent  probable- 
ment comme  les  autres  bivalves  lithodomes  ou  térébrantes, 
soit  à  l'aide  d'un  fluide  acide ,  comme  le  pense  M.  Fleuriau 
de  Bellevue,  soit  à  l'aide  d'un  mouvement  de  rotation  ,  dont 
l'action  est  facilitée  par  le  ramollissement  préalable  de  la 
partie  de  la  pierre  en  contact  avec  le  pied  de  l'animal ,  comme 
le  croit  M.  de  Blainville.  (Voyez  le  mot  Lithophages,  où  cette 
question  a  été  discutée.) 

Les  saxicaves  sont   toujours  assez  petites,  et  conslamment 


548  SAX 

blanches  sous  l'ëpidermc.  On  en  connoît  de  toutes  les  mers; 
mais  il  est  assez  souvent  difficile  de  les  distinguer  ,  parce  que 
les  coquilles  paroissent  oflFrir  beaucoup  de  variations.  Voici 
les  espèces  caraclérisées  par  M.  de  Lamarck. 

La  Saxicave  ridée  :  Saxicava  rugosa,  de  Lamk.,  tom.  5, 
p.  5oi  .  n.°  1  ;  Mj'tilus  rugosus,  Linn.,  Syst.  nat.,  12,  p.  ii56; 
Pennant ,  Zool.  brit. ,  4,  pi.  63,  fig.  72.  Coquille  rugueuse, 
ovale,  obtuse  aux  deux  extrémités,  striée  grossièrement  et 
irrégulièrement  dans  sa  longueur. 
De  l'océan  du  Nord,  des  mers  Britanniques. 
La  S.  gallicane;  5.  gallicana ,  de  Lamk.,  loc.  cit.,  n.°  2. 
Coquille  ovale -oblongue,  un  peu  prolongée  et  tronquée  en 
arrière  ,  striée  assez  irrégulièrement  dans  sa  longueur. 

Des  côtes  de  La  Rochelle,  de  la  Manche,  aux  environs  de 
Cherbourg,  de  Saint- Valéry  ,  de  Dieppe,  dans  les  rochers 
calcaires,  dans  le  têt  des  grosses  huîtres. 

Quoique  M.  de  Lamarck  pense  que  cette  coquille  doit  être 
distinguée  de  la  précédente,  parce  qu'elle  est  moins  grande, 
moins  renflée  qu'elle  ,  plus  tronquée  en  arriére,  je  doute  un 
peu  que  ces  différences  suffisent  pour  en  former  une  espèce. 
La  S.  PHOLADiNE  :  S.  pholadis ,  de  Lamk.,  loc.  cit.,  p.  5o2 , 
n.°  3  ;  Mjytilus  pholadis,  Gmel.;  Mull. ,  Zool.  Dan. ,  3  ,  tab.  87, 
fig.  1  —  3.  Coquille  oblongue,  plus  obtuse  en  avant  qu'en 
arrière,  grossièrement  rugueuse  par  des  stries  longitudinales; 
d'un  pouce  un  quart  de  long  sur  un  demi-pouce  de  haut. 

Cette  coquille,  dont  l'animal  porte  un  véritable  byssus  et 
diffère  par  conséquent  beaucoup  de  celui  des  saxicaves ,  est 
le  type  du  genre  B^  ssomye  de  M.  Cuvier,  genre  que  nous 
avons  adopté  (voyez  à  l'article  Mollpsques,  notre  Gênera).  Il 
paroît  d'ailleurs  qu'elle  ne  perce  pas  les  pierres  à  la  manière 
des  véritables  saxicaves,  comme  on  le  trouve  rapporté  par 
Gmelin  et  par  M.  de  Lamarck,  et  qu'elle  vit  dans  les  inters- 
tices, dans  les  fissures  des  roches,  à  la  manière  des  moules. 
Quelquefois  elle  est  pour  ainsi  dire  saisie  par  l'accroissement 
du  miliépore  polymorphe,  mais  elle  ne  le  perce  pas.  Dans  ce 
dernier  cas  Othon  Fabricius  fait  l'observation  que  l'animal 
n'a  plus  de  byssus.  M.  Cuvier  a  fait  la  même  observation  pour 
les  moules  lithodomes. 

La  S.  ADSTB.ALE  ;  S.  aiisfraUs ,   de  Lamk.,  loc.  cit.,  n.°  4  ; 


SAX      ■  549 

MacLracrassa,  Féron,  Lesueur.  Coquille  ovale,  renflée,  striée 
dans  sa  longueur,  avec  une  côte  oblique  indiquée  du  corselet 
à  la  partie  postérieure. 

Sur  les  bords  de  l'île  aux  Kanguroos  dans  l'Australasie. 
C'est  de  cette  espèce  que  j'ai  tiré  les  caractères  du  genre. 
Elle  est  réellement  assez  difficile  à  distinguer  de  la  saxicave 
commune  dans  nos  mers;  car  la  sorte  de  côte  que  M.  de  La- 
marck  fait  entrer  dans  sa  caractéristique  ,  se  trouve  bien  sou- 
vent, pour  ne  pas  dire  toujours,  dans  la  saxicave  ridée. 

La  Saxicave  vénériforme;  S.  veneriformis ,  de  Lamk. ,  l.  c, 
n.°  5.  Coquille  bien  plus  grande  que  les  précédentes,  oblon" 
gue,  avec  des  stries  longitudinales  variables. 

Sa  patrie  est  inconnue;  elle  existe  dans  la  collection  du 
Muséum. 

M.  de  Lamarck  ajoute  que  le  mytilus  rugosus  de  Schroëter, 
Einl.  in  die  Conch. ,  3  ,  p.  4-! g,  tab.  g,  fig.  i4  ,  lui  paroît  aussi 
appartenir  à  ce  genre.  Cela  est  possible;  mais  il  est  fort  diffi- 
cile d'assurer  si  c'est  une  espèce  distincte.  (De  B.) 

SAXICAVE.  (Foss.)  Des  coquilles  de  ce  genre  ont  été  trou- 
vées dans  des  couches  antérieures  à  la  craie;  mais,  comme 
elles  ne  s'y  sont  pas  trouvées  dans  un  état  de  pétrification , 
on  II  est  pas  assuré  dans  quelle  époque  elles  ont  vécu;  et  on 
en  a  rencontré  un  plus  grand  nombre  d'espèces  dans  les 
couches  qui  sont  plus  nouvelles  que  cette  substance. 

Saxicave  de  Grignon  :  Saxicava  grignonensis ,  Desh.,  Descr. 
des  coq.  foss.  des  env.  de  Paris,  tom.  i.*',  pag.  64,  pi.  IX, 
fîg.  10  et  19.  Coquille  ovale,  bossue,  assez  profonde,  sub- 
sinueuse, couverte  de  stries  transverses  irrégulières,  prove- 
nant de  ses  accroissemens,  bâillante  aux  deux  bouts,  portant 
une  dent  cardinale ,  a  crochets  saillans  et  un  peu  cordiformes. 
Quoique  les  coquilles  de  cette  espèce  ne  se  rencontrent  pas 
dans  des  pierres,  M.  Deshayes  pense  qu'elles  doivent  entrer  dans 
le  genre  Saxicave ,  parce  qu'elles  en  ont  le  faciès  et  la  char- 
nière ,  et  que  souvent  elles  ont  pris  la  forme  irrégulière  de  la 
cavité  qui  les  confenoit.  Nous  avons  trouvé  de  ces  coquilles 
dans  des  univalves  ,  où  on  peut  croire  qu'elles  ont  vécu  et 
pris  leur  accroissement,  et  où  elles  ont  été  tellement  gênées 
par  la  columelle  ,  que  souvent  elles  portent  un  sinus  consi- 
dérable au  bord  inférieur.  Longueur,  plus  de  quatre  lignes; 


55o  SAX 

largeur  ,  huit  lignes.  Fossile  de  Grignon  ,  département  de 
Seine -et -Oise,  dans  le  calcaire  grossier.  Nous  avions  cru  que 
cette  espèce  pourroit  appartenir  au  genre  Pétricole,  et  nous 
l'avons  présentée  dans  le  tome  XXXIX ,  pag.  243,  de  ce  Dic- 
tionnaire ,  sous  le  nom  de  Pétritole  variable  ;  mais  nous  pen- 
sons avec  M.  Deshayes  qu'elle  doit  plutôt  entrer  dans  le  genre 
Saxicave. 

Saxicave  MODiOLiNE  ;  Saricava  moàioluia ,  Desh.,  loc.  cit., 
:iSème  pi.,  fig.  27,  28  et  29. Coquille  ovale  ,  transverse,  mince  , 
fragile,  couverte  de  fines  stries  longitudinales,  portant  une 
seule  dent  sur  chaque  valve,  et  à  sommets  saillans.  Cette 
espèce  a  Taspect  d'une  modiole;  mais  sa  charnière  doit  la 
faire  ranger  dans  les  saxicaves.  Longueur,  deux  lignes;  lar- 
geur, quatre  lignes.  On  la  trouve  dans  les  pierres  à  Valmon- 
dois,  département  de  Seine- et-Oise. 

Saxicave  nacrée;  Saxicava  mars^aritacea  ,  Desh.,  loc.  cit., 
même  pi.,  fig.  22,  25  et  24.  Coquille  ovale -déprimée,  très- 
mince  et  très  -  fragile ,  couverte  de  stries  transverses  irrégu- 
lières, provenant  de  ses  accroissemens,  bâillante;  à  valves 
profondes  et  nacrées  intérieurement;  la  charnière  présente 
d'un  côté  une  dent  irrégulière  pyramidale,  qui  est  reçue  du 
côté  opposé  dans  une  fossette  cardinale.  Longueur,  plus  de 
deux  lignes;  largeur,  plus  de  cinq  lignes.  On  trouve  cette 
espèce  à  Valmondois,  dans  des  pierres,  dont  il  est  difficile 
de  la  retirer,  à  cause  de  sa  fragilité. 

Saxicave  aplatie;  Saxicava  depressa ,  Desh.,  loc.  cit.,  même 
pi.,  fig.  20  et  21.  Coquille  arrondie,  comprimée,  nacrée, 
bâillante  aux  deux  bouts,  couverte  de  stries  transverses  irré- 
gulières, provenant  de  ses  accroissemens  et  portant  une  seule 
dent  à  la  charnière.  Cette  espèce  a  de  très-grands  rapports 
avec  la  saxicave  nacrée;  mais  elle  est  plus  déprimée,  plus 
mince  ,  plus  fragile,  plus  large. Ses  crochets  sont  à  peine  sail- 
lans. M.  Deshayes  a  cru  que  ces  raisons  suffiroient  pour  la 
faire  regarder  comme  une  espèce  particulière.  Longueur, 
cinq  lignes;  largeur,  six  lignes.  On  la  trouve  avec  la  précé- 
dente, mais  elle  est  plus  rare. 

Saxicave  vaginoide;  Saxicava  vaginoides,  Desh.,  loc.  cit., 
même  pi.,  fig.  26  et  26.  Coquille  ovale-alongée ,  presque  cy- 
lindrique, marquée  poslérieuremeut  de  fines  stries  peu  régu- 


SAX  55i 

liéres  et  transversales,  mince,  à  crochets  apparens.  La  lame 
cardinale,  presque  nulle,  ne  présente  qu'une  seul  dent  ru- 
diuientaire.  Longueur,  deux  lignes;  largeur,  plus  de  quatre 
lignes.  M-  Deshayes  a  découvert  cette  espèce  à  Acy  ,  dépar- 
tement de  rOise,  en  cassant  des  polypiers  trouvés  dans  la 
couche  du  grès  marin  supérieur. 

Saxicave  anatine;  Saxicai'a  analina ,  de  Bast. ,  Mém.  géol. 
sur  les  env.  de  Bordeaux,  pag.  92.  Coquille  transversalement 
striée,  très-variable  dans  ses  formes,  quelquefois  bâillante, 
portant  une  dent  calleuse  sur  une  valve,  et  sur  l'autre  une 
dent  lamelleuse.  On  trouve  cette  espèce  à  Saucats,  près  de 
Bordeaux,  dans  des  trous  qu'elle  a  faits  dans  le  calcaire  d'eau 
douce. 

Saxicave  alongée  ;  Saxicava  elongata,  Def.  Cette  espèce  est 
très -variée  dans  ses  formes;  quelques  individus  n'ont  que 
deux  lignes  de  longueur  ,  sursept  lignes  de  largeur;  mais  d'au- 
tres ont  une  forme  plus  raccourcie  et  plus  large.  Le  bout  an- 
térieur est  pointu;  l'extérieur  des  valves  est  fort  irrégulier  et 
on  ne  voit  aucune  dent  à  la  charnière.  Des  coquilles  de  cette 
espèce  ont  été  découvertes  par  Faujas  dans  des  trous  formés 
dans  un  bloc  de  pierre  calcaire,  qui  contenoit  des  ammonites 
et  des  nautiles.  Ce  bloc  a  été  trouvé  à  une  profondeur  de 
soixante  pieds ,  dans  la  commune  de  Cliou  ,  canton  de  Loriol , 
département  de  la  Drôme.  Il  étoit  percé  par  ces  coquilles, 
dans  lesquelles  on  en  a  trouvé  une,  ou  quelquefois  deux 
autres  du  genre  Clotho.  Il  est  extrêmement  probable  que  les 
saxicaves  seules  avoient  la  faculté  de  faire  ces  trous,  dans 
lesquels  venoient  se  placer  les  autres,  soit  en  parasites  ou 
après  la  mort  des  saxicaves.  Ces  trous,  qui  sont  formés  dans 
une  pierre  très- dure  des  couches  anciennes,  sont  très- cer- 
tainement d'une  époque  j)lus  nouvelle  que  ces  couches;  mais 
il  est  ditticile  de  savoir  à  laquelle  ils  peuvent  appartenir. 

Saxicava  rugosa  ^  So\v. ,  Min.  conch.,  lom.  5,  pag.  101, 
pi.  466.  M.  Sovverby  a  cru  pouvoir  rapporter  à  l'espèce  que 
M.  de  Lamarck  a  nommée  saxicave  ridée,  et  qui  vit  dans  les 
mers  Britanniques,  celle  qu'on  a  trouvée  dans  le  crag  de 
SuHolken  Angleterre;  mais,  d'après  la  figure  ci-dessus  citée, 
.nous  pensons  qu'elle  a  peu  de  rapports  avec  celle  qu'on  trouve 
à  l'état  vivant  sur  les  côtes  de  Weymouth  et  que  nous  avons 


55.  SAX 

sous  les  yeux.  Celle-ci  est  beaucoup  plus  longue;  elle  n'a 
aucune  dent  à  la  charnière  et  ne  porte  aucune  trace  d'épines 
comme  celle  qui  est  à  l'éiat  fossile. 

M.  Brongniart  a  trouvé  à  Uddevalla-Gotheborg  un  dépôt  de 
coquilles  de  genres  et  d'espèces  analogues  à  ceux  des  côtes 
voisines,  dans  lequel  s'est  trouvé  une  saxicave  qui  se  rap- 
porte peut-être  à  la  saxicava  veaeriforinis  de  Lamarck.  Elle 
est  ovale  aux  deux  bouts,  sans  dents  à  la  charnière  et  cou- 
verte de  stries  transversales  assez  régulières.  Sa  longueur  est  de 
huit  lignes ,  et  sa  largeur  d'un  pouce  et  demi.  Ce  dépôt  se 
trouA^e  à  trois  cents  pieds  au-dessus  du  niveau  actuel  de  la 
mer:  mais  ces  coquilles  ne  peuvent  être  regardées  comme 
celles  qu'on  rencontre  dans  les  couches  de  la  terre.  On  peut 
penser  qu'une  révolution  locale  les  auroit  élevées  à  cette  hau- 
teur. (D.  F.) 

SAXICOLA.  {Oniilh.)  Nom  latin  des  traquets.  (Ch.  D.) 

SAXIFRAGA.  (Bot.)  Ce  nom  a  été  donné  par  divers  au- 
teurs à  plusieurs  plantes  qui  croissent  sur  les  murailles  ou 
au  milieu  des  pierres,  qu'elles  paroissent  avoir  brisé  ou  di- 
visé pour  sortir  hors  de  terre.  Il  a  été  conservé  à  un  genre 
qui  est  le  type  de  la  famille  des  saxifragées,  et  dont  plusieurs 
espèces  croissent  sur  les  murs  et  dans  des  terrains  pierreux. 
On  Fa  donné  pour  la  même  raison  au  siLene  saxifraga,  au 
gjpsophila  saxifraga,  au  pimpinella  saxifraga,  à  des  asplenium, 
desseseli,k  un  cluysosplenium ,  un  saponaria ,  un  liguslinuw  ,  un 
scleranthus ,  un  arenaria,  et  à  plusieurs  autres.  (J.) 

SAXIFRAGE;  Saxifraga,  Linn.  [Bot.)  Genre  de  plantes  di- 
cotylédones polypétales,  qui  a  donné  son  nom  à  la  famille  des 
saxifragées,  Juss, ,  et  qui,  dans  le  Système  sexuel ,  appartient 
à  la  décandrie  digynie.  Il  offre  pour  caractères  :  Un  calice  per- 
sistant, à  cinq  divisions  plus  ou  moins  profondes;  une  co- 
rolle de  cinq  pélales  ;  dix  étamines  à  filamens  subulés,  ter- 
minés par  des  anthères  arrondies;  un  ovaire  supère  et  libre, 
ou  demi-infère,  ou  tout-à-fait  infère,  et  plus  ou  moins 
adhérent  avec  le  calice  ,  surmonté  de  deux  styles  courts, 
terminés  par  des  stigmates  obtus  ;  une  capsule  ovale,  à  une 
seule  loge  terminée  par  deux  pointes,  qui  sont  les  styles  per- 
sistans,  s'ouvrant  en  deux  valves  par  sa  partie  supérieure, 
et  contenant  des  graines  petites  et  nombreuses. 


SAX  555 

Les  saxifrages  sont  des  plantes  herbacées ,  à  feuilles  en- 
tières ou  découpées  ,  souvent  alternes  et  rassemblées  à  la 
base  ou  dans  la  partie  inférieure  des  tiges,  rarement  oppo- 
sées sur  celles-ci ,  et  dont  les  fleurs  sont  le  plus  ordinaire- 
ment disposées  en  grappe  ou  en  panicule  d'un  aspect  agréable. 
Le  nom  qu'elles  portent  leur  vient  de  ce  qu'un  grand  nombre 
d'entre  elle&  croît  dans  les  fentes  des  rochers.  On  en  connoît 
aujourd'hui  environ  cent  cinquante  espèces,  dont  à  peu  près 
la  moitié  est  naturelle  à  l'Europe. 

'"^  Ovaire  supère  ;  feuilles  alternes. 

Saxifrage  a  feuilles  charnues  ;  Saxifraga  crassifolia ,  Linn., 
Sp.,  Sj3.  Sa  racine  est  épaisse,  horizontale,  vivace  ;  elle  pro- 
duit six  à  huit  grandes  feuilles  ovales,  un  peu  charnues,  co- 
riaces, glabres,  d'un  vert  foncé,  pétiolées,  étalées  sur  la  terre 
et  bordées  de  quelques  dents  irrégulières.  Du  milieu  d'elles 
s'élève  une  tige  cylindrique  ,  glabre  ,  simple  dans  la  plus 
grande  partie  de  sa  longueur,  partagée  ,  dans  sa  partie  supé- 
rieure ,  en  plusieurs  ramifications  ,  sur  lesquelles  sont  portées 
des  fleurs  nombreuses,  assez  grandes,  d'une  couleur  purpu- 
rine claire,  et  formant ,  dans  leur  ensemble,  une  belle  pani- 
cule. Cette  espèce  est  originaire  des  montagnes  de  la  Sibérie. 
On  la  cultive,  depuis  une  soixantaine  d'années,  pour  l'orne- 
ment des  Jardins,  où  elle  fleurit  à  la  fin  de  Mars  ou  au  com- 
mencement d'yVvril.  Elle  n'est  pas  difficile  sur  le  terrain  , 
pourvu  qu'il  soit  frais  et  ombragé.  Les  Russes  emploient 
la  décoction  de  ses  feuilles,  comme  astringente,  dans  la 
diarrhée. 

Saxifrage  sarmentedse;  Saxifraga  sarmentosa  ,  Linn.  fils, 
SuppL,  240.  Ses  racines  sont  fibreuses,  vivaces;  elles  produi- 
sent plusieurs  feuilles  radicales  ,  arrondies  ,  échancrées  en 
cœur  à  leur  base  ,  bordées  de  larges  crénelures  et  portées  sur 
de  longs  pétioles  velus:  elles  produisent  aussi  de  longs  ra- 
meaux sarmenteux ,  couchés,  prenant  racine  de  distance  en 
distance.  Du  milieu  des  feuilles  s'élève  une  tige  droite,  haute 
de  di.K  à  douze  pouces,  nue,  très-rameuse  dans  sa  partie  su- 
périeure, chargée  de  fleurs  nombreuses,  disposées  en  pani- 
cule, et  remarquables  parce  que  deux  de  leurs  j.étales  sont 
beaucotip  plus  grands  que  les  autres  :  ces  fleurs  sont  blanches. 


554  SAX 

tachetées  de  rouge.  Cette  saxifrage  est  originaire  de  la  Chine 

et  du  Japon:  on  la  cultive  dans  les  jardins  de  botanique. 

Saxifrage  a  feiilles  rondes;  Sa.vifraga  roliindifolia  ,  Linn.  , 
Sp.,  676.  Sa  racine  est  vivace  ,  fibreuse;  elle  produit  une 
tige  droite,  haute  de  six  à  douze  pouces,  garnie  de  feuilles 
arrondies,  très-échancrées  en  cœur  à  leur  base,  portées  sur 
de  longs  pétioles,  et  bordées  de  grandes  dents  le  flus  souvent 
aiguës.  Ses  ileurs  sont  blanches,  marquées  de  points  rouges, 
disposées  en  une  panicule  lâche  et  terminale.  Cette  espèce 
croit  dans  les  lieux  ombragés  dis  Alpes,  des  Cévennes,  des 
montagnes  d'Auvergne,  des  Pyrénées,  en  Suisse,  etc. 

Saxifrage  mignonette  ;  Sa.rifraga  geum ,  Linn.,  Sp.,  674. 
Ses  feuilles  sont  arrondies  ou  un  peu  ovales ,  glabres ,  un  peu 
coriaces,  bordées  de  crénelures  arrondies  et  cartilagineuses, 
portées  sur  des  pétioles  élargis,  velus,  et  étalées  en  rosette 
à  la  base  des  tiges:  celles-ci  sont  droites,  grêles,  rougeà- 
tres,  nues,  rameuses  dans  leur  partie  supérieure.  Ses  fleurs 
sont  disposées  en  une  panicule  plus  ou  moins  garnie  ,  petites , 
tout-à-fait  blanches  selon  la  plupart  des  auteurs,  mais  élé- 
gamrment  tachetées  de  points  rouges  et  jaunes  dans  tous  les 
échantillons  que  nous  avons  vus  dans  les  jardins,  oii  cette 
plante  est  souvent  cultivée.  Elle  croit  naturellement  dans  les 
lieux  couverts  des  Alpes  et  des  Pyrénées. 

Saxifrage  a  feuilles  de  le  u  gain  thème;  Saxifraga  leucanthemi- 
folia,  Lapeyr. ,  Fl.desPyr. ,  p.  49,  t.  26.  Sa  racine  estvivace, 
formée  de  nombreuses  fibres  menues,  noirâtres  ;  elle  produit 
une  tige  divisée  en  un  grand  nombre  de  rameaux  ,  et  souvent 
dès  sa  base  qui  est  garnie  de  douze  à  quinze  feuilles  ou 
plus,  oblongues,  velues,  rétrécies  inférieurement  en  un  long 
pétiole  ,  et  bordées  de  quelques  grandes  dents  écartées.  Les 
fleurs  sont  disposées,  à  Fextrémité  des  rameaux  ,  sur  des  pé- 
doncules rameux,  et  forment,  dans  leur  ensemble,  une 
large  panicule;  leurs  pétales  sont  blancs  ,  inégaux;  les  trois 
plus  grands  étant  marqués  d'une  tache  jaunâtre.  Cette  plante 
croît  dans  les  lieux  couverts  et  humides  des  Pyrénées;  elle 
a  aussi  été  trouvée  sur  la  Lozère,  dans  les  Cévennes. 

Saxifrage  étoilée  ;  Saxifraga  stellaris,  Linn.,  Sp.,  572.  Sa 
racine  est  fibreuse,  vivace;  elle  produit  plusieurs  feuilles 
oblongues  ,   spatulées  ,    glabres  ou  légèrement  pubescentes  , 


SA\  555 

bordées,  dans  leur  partie  supérieure,  de  quelques  grandes 
dents  aiguës,  et  ordinairement  rapprochées  en  rosettes  à  la 
base  des  tiges:  celles-ci  sont  droites,  hautes  de  quatre  à  huit 
pouces  ,  nues  dans  leur  partie  inférieure  ,  divisées  ,  dans  leur 
moitié  supérieure,  en  rameaux  presque  dichotomes  et  un 
peu  paniculés  ,  dont  les  dernières  ramifications  portent  de 
petites  fleurs  blanches,  marquées  de  taches  rougeâtres  ,  et 
dont  le  calice  est  réfléchi  après  la  floraison.  Cette  plante  croît 
sur  les  montagnes  alpines  de  l'Europe  et  de  l'Asie  ;  on  la 
trouve,  en  France,  dans  les  lieux  humides  et  sur  les  bords 
des  ruisseaux  des  Alpes,  des  Pyrénées,  des  montagnes  d'Au- 
vergne et  des  Vosges, 

Saxifrage  apre;  Saxifraga  aspera,  Linn.,  Sp. ,  576.  Ses  ra- 
cines sont  vivaces;  elles  donnent  naissance  k  plusieurs  tiges 
ordinairement  couchées  à  leur  base  ,  redressées  dans  leur 
partie  supérieure,  garnies,  dans  toute  leur  longueur,  de 
feuilles  linéaires,  sessiles  ,  acuminées  ,  bordées  de  quelques 
cils  roides.  Ces  tiges  varient  depuis  deux  pouces  de  hauteur 
jusqu'à  six,  et  se  terminent ,  dans  le  premier  cas  ,  par  une  à 
deux  fleurs  blanches,  et  dans  le  second,  par  quatre  à  six. 
Cette  espèce  croît  sur  les  hautes  montagnes  de  rEiirope; 
on  la  trouve ,  en  France ,  sur  les  rochers  des  Alpes  et  des 
Pyrénées. 

'"'■'■■  Ovaij^e  setni-infèî^e  ;  feuilles  entières  et  opposées. 

Saxifrage  écrasée;  Saxifraga  retu^a  ,  Gouan  ,  Illust. ,  28, 
tab.  18  ,  fig.  1.  Ses  tiges  sont  nombreuses,  étalées  en  gazon, 
longues  de  deux  à  trois  pouces,  garnies,  dans  toute  leur  lon- 
gueur ,  de  feuilles  ovales,  triangulaires  en  dessous,  à  demi- 
recourbées  ,  glabres,  à  peine  ciliées  à  leur  base,  très-rappro- 
chées  les  unes  des  autres  et  imbriquées  sur  quatre  rangs. 
Les  tiges  qui  portent  les  fleurs  sont  hautes  d'un  à  deux 
pouces  ,  presque  nues  ,  et  ces  dernières  sont  purpurines  , 
disposées  en  une  petite  tête,  au  nombre  de  deux  à  quatre 
ensemble,  et  même  plus;  leurs  pétales  ne  sont  que  de  peu 
de  chose  plus  grands  que  les  calices.  Cette  plante  croit  sur 
les  rochers  ombragés  et  près  des  neiges,  dans  les  Alpes  et  les 
Pyrénées. 

Saxifrage  a  feuilles  opposées  ;  Saxifraga  opposilifolia ,  Linn., 


556  SAX 

Sp.,  675.  Cette  espèce  a  le  port  de  la  précédente;  mais  elle 
en  diffère  par  plusieurs  caractères  très-tranchés.  Ses  feuilles 
sont  plus  alongées,  non  à  demi  recourbées,  comme  écrasées, 
et  ciliées  dans  toute  leur  circonférence  ;  elles  ne  sont  oppo- 
sées que  dans  le  bas  des  tiges,  alternes,  au  contraire,  sur  les 
rameaux  floraux,  qui  se  terminent  par  une  seule  fleur,  dont 
les  pétales  sont  deux  fois  plus  grands  que  le  calice.  Elle  croît 
sur  les  hautes  montagnes  de  l'Europe  et  de  l'Amérique  sep- 
tentrionale; on  la  trouve,  en  France,  dans  les  Alpe&.et  les 
Pyrénées. 

''''*  Oi^aire  infère;  feuilles  entières  ou  seulement 
dentées  et  alternes. 

Saxifrage  androsace  ;  Saxifraga  androsacea ,  Linn. ,  Sp,  ^ 
671.  Sa  racine  est  vivace,  fibreuse  ;  elle  produit  un  faisceau 
ou  une  roselte  de  feuilles  nombreuses,  ovales-oblongues,  lé- 
gèrement pubescentes,  rétrécics  en  pétiole  à  leur  base,  en- 
tières ou  quelquefois  munies  de  deux  à  trois  dents  vers  leur 
sommet.  Du  milieu  de  ces  feuilles  s'élèvent  une  ou  plusieurs 
tiges  grêles ,  hautes  d'un  à  trois  pouces,  garnies  d'une  à  deux 
petites  feuilles  sessiles,  rarement  plus,  et  terminées  par  une 
à  trois  fleurs  blanches,  à  pétales  obtus,  environ  deux  fois 
plus  longs  que  le  calice.  Cette  plante  croît  sur  les  montagnes 
alpines  de  l'Europe,  entre  les  fentes  des  rochers  et  près  des 
neiges;  elle  est  commune,  en  France,  dans  les  Alpes  et  les 
Pyrénées. 

Saxifrage  a  feuilles  planes  :  Saxifraga planifoli a ,  Lapeyr. ,  FI. 
des  Pyr. ,  p.  5i  ;  Saxifraga  muscoides,  Ail. ,  FI.  Ped. ,  n.°  1628  , 
tab.  61  ,  fig.  2.  Sa  racine  est  une  petite  souche,  qui  donne 
naissance  à  plusieurs  tiges  courtes,  étalées  en  gazon  ,  garnies 
de  feuilles  serrées,  imbriquées,  ovales-oblongues,  légèrement 
pubescentes  et  comme  ciliées  en  leurs  bords.  Du  sommet  de 
chacune  de  ces  tiges  s'élève  un  rameau  grêle ,  haut  d'un  à  trois 
pouces  au  plus,  garni  de  quelques  feuilles  écartées,  et  ter- 
miné par  une  à  cinq  fleurs  d'un  blauc  jaunâtre  ,  à  pétales 
ovales,  presque  deux  fois  plus  longs  que  le  calice  qui  est 
pubescent.  Cette  plante  croît  sur  les  rochers  humides  ,  près 
des  neiges ,  dans  les  montagnes  alpines  de  l'Europe. 


SAX  557 

Saxifrage  FAUX-AÏzoo^'  ;  Saxifraga  aizoides ,  I.inn. ,  5p.,  676. 
Sa  racine  est  fibreuse,  vivace  ;  elle  produit  plusieurs  tiges 
simples  .  couchées  à  leur  base  .  garnies  de  feuilles  nombreu- 
ses, sessiles,  linéaires-I.iTicéolées ,  glabres  ,  plus  ou  moins  ci- 
liées eu  leurs  bords.  Ces  tiges,  longues  en  tout  de  cinq  à  huit 
pouces,  sont  terminées,  dans  leur  partie  supérieure,  par 
trois  à  dix  fleurs  pédonculées  ,  alternes  ,  disposées  en  une 
sorte  de  grappe,  et  d'une  couleur  jaune,  avec  des  taches  plus 
foncées.  Cette  plante  croit  sur  les  bords  des  ruisseaux,  dans 
les  Alpes,  les  Pyrénées  et  les  autres  montagnes  alpines  de 
l'Europe. 

Saxifrage  ELEUATaE  ;  Saxifraga  cœsia  ,  Linn. .  Spec,  67 1.  Sa 
racine  est  une  petite  souche  ligneuse,  qui  donne  naissance  à 
plusieurs  touffes  courtes,  étalées  et  ramassées  en  gazon,  for- 
mées de  beaucoup  de  feuilles  ovales-oblongues ,  épaisses,  re- 
courbées, ciliées  dans  leur  partie  inférieure,  glabres  dans  le 
reste  de  leur  étendue,  d'une  couleur  glauque  ,  et  chargées  de 
quelques  petites  lames  écailleuses  ;  ces  feuilles  sont  rappro- 
chées ,  serrées  en  rosettes,  du  milieu  desquelles  s'élèvent 
des  tiges  droites  ,  grêles  ,  presque  nues,  hautes  de  deux  à 
trois  pouces  ,  et  terminées  par  deux  à  cinq  fleurs  blanches. 
Cette  plante  croît  sur  les  sommets  des  Alpes,  des  Pyrénées  et 
des  hautes  montagnes  de  l'Europe. 

Saxifrage  changée:  Sarifraga  mutata  ,  Linn.,  Sp.  ,  670; 
Jacq.  ,  7c.  rar.  ,  3  ,  t.  466.  Sa  racine,  qui  est  vivace  ,  produit 
une  rosette  de  feuilles  oblongues  ,  coriaces,  ciliées  en  leurs 
bords  dans  leur  partie  inférieure,  et  chargées ,  dans  la  supé- 
rieure, de  quelques  dents  membraneuses  ou  cartilagineuses. 
Du  milieu  de  ces  feuilles ,  qui  sont  très-nombreuses,  s'élève 
une  tige  de  huit  à  quinze  pouces  de  hauteur,  hérissée  de  poils 
glanduleux,  garnie  de  feuilles  cunéiformes,  alternes,  et  ter- 
minée par  une  panicule  lâche  ,  composée  de  fleurs  d'un  jaune 
orangé,  à  pétales  linéaires.  Cette  espèce  croit  dans  les  Alpes 
de  la  Savoie  ,  de  la  Suisse  ,  etc. ,  et  dans  les  Pyrénées. 

Saxifrage  a  longues  feuilles;  Saxifraga  longifolia,  Lapeyr. , 
FI.  desPyr.,  p.  26,  t.  11.  Ses  feuilles  radicales  sont  linéaires, 
longues  de  deux  à  quatre  pouces,  très-étroites,  coriaces, 
d'un  vert  glauque,  presque  entières,  ou  bordées  de  dents  car- 
tilagineuses et  de  petits  points  écailleux  blanchâtres ,  étalées 


558  SAX 

et  disposées  en  une  large  rosette,  du  milieu  de  laquelle  s'é- 
lève une  tige  droite  ,  haute  d'un  à  deux  pieds  et  plus,  sou- 
vent rameuse  dès  sa  base.  Cette  tige,  les  feuilles  caulinaires 
et  les  calices  sont  chargés  de  poils  glanduleux  à  leur  sommet. 
Ses  fleurs  sont  blanches ,  ponctuées  de  rouge  vers  la  base  des 
pétales,  très-nombreuses,  disposées,  dans  la  partie  supérieure 
des  rameaux  ,  sur  des  pédoncules  rameux  ,  et  formant ,  dans 
leur  ensemble,  une  vaste  et  magnifique  panicule.  Cette  plante 
croît  dans  les  fentes  des  rochers,  dans  les  Pyrénées,  les  Alpes 
et  quelques  autres  des  plus  hautes  montagnes  de  l'Europe. 

Saxifrage  pyramidale;  Saxifraga  pyramidalis  ,  Lapeyr. ,  FI. 
des  Pyr. ,  p.  32.  Cette  espèce  a  le  même  port  que  la  précé- 
dente et  lui  ressemble.  Jusqu'à  un  certain  point,  beaucoup; 
mais  elle  en  diffère  constamment  par  ses  feuilles  oblongues  et 
non  linéaires,  et  par  ses  pétales  plus  étroits.  Sa  panicule  de 
fleurs  est  en  général  pyramidale,  tandis  que  dans  la  précé- 
dente elle  est  presque  égale  dans  toute  sa  longueur.  Cette 
Lelle  saxifrage  croît  naturellement  dans  les  mêmes  lieux  que 
la  précédente.  On  la  cultive  dans  les  jardins,  et  la  grandeur 
de  sa  panicule saugmente  encore  par  la  culture  ;  elle  acquiert 
quelquefois  trois  jîieds  de  hauteur  et  porte  au  moins  deux 
mille  fleurs. 

>^»^r>t■    Qi^aire  Infère;  feuilles  lobées  ou  découpées j, 
alternes. 

Saxifrage  granulée  :  Saxifraga  granulata  ,  Linn.,  Sp. ,  676  ; 
FI.  Dan.,  t.  614.  Sa  racine  est  composée  de  plusieurs  petits 
tubercules  arrondis  ,  garnis  de  fibres  menues;  elle  produit 
une  tige  droite  ,  légèrement  pubescente  ,  haute  de  huit  à 
quinze  pouces,  garnie  inférieurement  de  feuilles  réniformes, 
pétiolées,  bordées  de  larges  crénelures  arrondies;  les  feuilles 
supérieures  sont  sessiles  ou  presque  sessiles ,  découpées  en 
cinq  ou  en  trois  lobes,  et  les  dernières  même  tout-à-fait  en- 
tières. Les  fleurs  sont  blanches  ,  assez  grandes,  terminales. 
Cette  plante  croît  naturellement  dans  les  pâturages  et  sur  les 
bords  des  bois,  en  France  et  en  d'autres  contrées  de  l'Europe. 

Saxifrage  a  trois  doigts  ;  Saxifraga  tridactjlites  ,  Linn.  , 
Sp. ,  678.  Sa  racine  est  fibreuse,  annuelle j  elle  produit  une 


SAX  559 

tige  droite,  plus  ou  moins  rameuse,  haute  de  deux  à  quatre 
'pouces,  garnie  de  feuilles oblongues  ,  rétrécies  en  coin  à  leur 
base  ,  pour  la  plupart  découpées  en  trois  lobes  dans  leur  partie 
supérieure.  Ses  fleurs  sont  blanches,  petites,  axillaires  et 
terminales  ,  solitaires  sur  des  pédoncules  assez  longs.  Cette 
plante  est  commune  sur  les  murs  des  campagnes,  sur  les  toits 
rustiques  et  dans  les  lieux  sablonneux  ,  en  France  et  en 
Europe. 

Saxifrage  AQUATiouE  :  Saxifraga  aquatica  ,  Lapeyr. ,  FI.  des 
Pyr.  ,  p.  63  ,  t.  28  et  29  ;  Saxifraga  ascendens ,  Willd. ,  5p. ,  2  , 
p.  655.  Sa  tige  est  droite,  à  peine  couchée  à  sa  base,  cylin- 
drique, pubescente  ,  haute  d'un  à  deux  pieds,  garnie,  sur- 
tout inférieurement  ,  de  beaucoup  de  feuilles  pétiolées,  dé- 
coupées en  cinq  ou  sept  lobes  dentés  ou  même  incisés  a  leur 
sommet  ;  les  feuilles  supérieures  sont  portées  sur  de  plus 
courts  pétioles  ou  même  sessiles ,  et  le  nombre  de  leurs  lobes 
et  de  leurs  découpures  diminue  de  manière  que  les  dernières 
sont  quelquefois  entières.  Les  fleurs  sont  blanches,  assez 
grandes  ,  disposées,  dans  les  aisselles  des  feuilles  supérieures, 
de  manière  à  former  une  panicule  ou  un  corymbe.  Cette  es- 
pèce croit  sur  les  bords  des  ruisseaux  dans  les  Pyrénées. 

Saxifrage  a  feuilles  de  eugle  ;  Saxifraga  ajugœfolia,  Linn., 
Sp.,  678.  Ses  tiges  sont  couchées,  longues  de  trois  à  quatre 
pouces,  garnies  de  feuilles  cunéiformes  ,  rapprochées  les  unes 
des  autres,  glabres,  partagées  à  leur  sommet  en  trois  à  cinq 
lobes  lancéolés,  comme  digités.  Ses  fleurs  sont  blanches,  por- 
tées ,  au  nombre  de  une  à  trois,  dans  la  partie  supérieure 
de  petits  rameaux  redressés,  hauts  de  deux  a  trois  pouces 
et  presque  nus,  ou  chargés  seulement  de  quelques  feuilles 
simples.  Cette  espèce  croit  dans  les  lieux  humides  et  rocail- 
leux des  Pyrénées  et  des  autres  monlagnes  alpines  de  l'Europe. 

Saxifrage  mousse;  Saxifraga  muscoides ,  Willd.,  Sp.,  2,  p. 
€56.  Sa  racine  produit  plusieurs  touffes  épaisses,  réunies  en 
gazon  et  composées  de  feuilles  nombreuses,  oblongues-cunéi- 
formes  ,  découpées  à  leur  sommet  en  trois  lobes  alongés  et 
obtus.  Du  milieu  de  ces  rosettes  de  feuilles  s'élèvent  des  tiges 
grêles,  hautes  de  deux  pouces  ou  environ,  nues  ou  garnies 
d'une  à  deux  feuilles  simples,  e;  terminées  par  une  à  cinq 
fleurs  jaunâtres  ,  petites  ,  rapprochées  les  uues  des  autres. 


56o  SAX 

Cette  plante  croit  sur  les  rochers  ,  dans  les  Alpes,  les  Pyré- 
nées et  les  hautes  montagnes  de  l'Europe.  (  L.  D.  ) 

SAXIFRAGE  DES  ANGLOIS  ou  DES  PRÉS.  {Bot.)  Nom 
vulgaire  du  peucédane  silaijs.   (L.  D.  ) 

SAXIFRAGE  DORÉE.  (Bo^)  Nom  vulgaire  de  la  dorine  à 
feuilles  opposées.  Voyez  Cresson  doré.  (L.  D.) 

SAXIFRAGE  MARITIME.  (Bot.)  Nom  vulgaire  de  la  ba- 
cile  maritime.  (  L.  D.) 

SAXIFRAGE  PIMPRENELLE.  {Bot.  )  C'est  le  boucage  à 
feuilles  de  pimprenelle.  (L.  D.  ) 

SAXIFRAGE  PYRAMIDALE.  {Bot.)  La  joubarbe  porte  ce 
nom  dans  quelques  cantons.,  (  L.  D.  ) 

SAXIFR  ÂGÉES.  {Bol.)  Cette  famille  de  plantes,  à  laquelle 
la  saxifrage  donne  son  nom,  appartient  à  la  classe  des  péri- 
pétalées  ou  dicotylédones  polypétales,  à  étamines  portées  sur 
le  calice.  Elle  présente  les  caractères  suivans  : 

Calice  d'une  seule  pièce,  tantôt  adhérent  à  Povaire ,  tan- 
tôt non  adhérent,  divisé  cà  son  limbe  en  quatre  ou  cinq  par- 
ties, au-dessous  desquelles  sont  insérés  alternativement  au- 
tant de  pétales  égaux  (  plus  rarement  nuls  ).  Étamines  en 
nombre  égal ,  alternes  avec  les  pétales  et  insérées  au  calice  ,  ou 
plus  souvent  en  nombre  double.  Ovaire  simple,  adhérent  ou 
non  adhérent  au  calice,  surmonté  ordinairement  de  deux 
styles  et  de  deux  stigmates.  Fruit  ordinairement  capsulaire  et 
polysperme  et  biloculaire ,  s'ouA^rant  par  le  haut  rà  moitié  en 
deux  valves,  dont  les  bords  rentrans  forment  la  cloison  ,  appli- 
quée contre  un  réceptacle  ou  placentaire  central,  chargé  dans 
son  milieu  de  graines  menues.  Embryon  très-petit,  cylindri- 
que, placé  dans  la  partie  supérieure  :  d'un  périsperme  charnu, 
à  lobes  courts,  à  radicule  dirigée  vers  l'ombilic  de  la  graine  et 
ordinairement  descendante.  Tiges  herbacées.  Feuilles  alternes 
ou  opposées,  simples  ou  lobées,  quelquefois  un  peu  épaisses. 
Inflorescence  non  uniforme. 

On  réunit  dans  cette  famille  les  genres  Heucliera,  Saxifraga, 
dont  quelques  espèces  ont  été  détachées  par  M.  Haworth 
pour  former  ses  genres  Micranthus ,  Robertsonia,  Mircopda- 
lum,  qui  n'ont  pas  encore  été  admis;  Mitella,  Tiarella  ,  Do- 
natia  de  Forster,  rapporté  ici  par  M.  de  Saint-Hilaire  (Mém. 
du  Mus.,  2  ,  1x9);  Astilbe  de  M.  Hamilton,  jugé  genre  de  saxi- 


SAX  ssi 

fragces  par  M.  Don.  Le  Chrysosplenium ,  qui  a  beaucoup  d'afli- 
nité  avec  cette  famille  et  que  nous  avions  placé  dans  une  se- 
conde section,  diffère  des  genres  précédens  par  sa  capsule 
uniloculaire  ,  le  placentaire  non  élevé  et  occupant  seulement 
le  fond  de  la  loge  avec  les  graines  dont  il  est  chargé. 

Nous  avions  laissé  r^io.ra  près  du  Chrysosplenium  et  des  saxi- 
frages comme  il  étoit  dans  lesOrdines  naturales  de  Linnœus  et 
dans  le  Jardin  de  Trianon  ,  en  observant  seulement  qu'il  avoit 
le  port  du  Panax  trifolium ,  genre  de  la  famille  des  araliacées. 
Un  examen  plus  attentif  nous  a  fait  reconnoitre  que  cette 
affinité  dans  le  port  étoit  confirmée  par  la  réunion  d'autres 
caractères,  tels  qu'un  ovaire  infère  à  quatre  ou  cinq  loges, 
surmonté  d'autant  de  stvles;  un  fruit  charnu  ,  dont  les  graines, 
solitaires  dans  chaque  loge,  sont  pendantes,  attachées  à  son 
sommet;  un  embryon  périspermé,  court,  presque  cylindri- 
que ,  à  radicule  montante.  A  la  vérité  l'^doia  diffère  par  l'ab- 
sence d'une  corolle  et  par  des  étamines  insérées  au  limbe  du 
calice  en  nombre  double  de  celui  de  ses  divisions.  Si  ce  limbe 
du  calice  étoit  regardé  comme  une  corolle  monopéfale  etsta- 
minifère,  admise  par  Linnasus  et  dauti'es  auteurs  ,  ce  genre 
différeroit  encore  en  ce  point  des  araliacées,  qui  ont  plu- 
sieurs pétales  alternes  ,  avec  autant  d'étamines  insérées  im- 
médiatement sur  l'ovaire.  Il  conviendra  donc  d'examiner  de 
nouveau  l'^do-rasur  un  individu  vivant ,  de  déterminer  la  na- 
ture de  cette  enveloppe  florale  et  l'attache  des  étamines  rela- 
tivement à  ses  divisions,  pour  reconnoitre  sa  véritable  place 
dans  l'ordre  naturel. 

VHjdrangea,  laissé  primitivement  à  la  suite  des  saxifragées, 
mais  différant  par  ses  tiges  ligneuses  à  feuilles  toujours  oppo- 
sées,  a  quelque  affinité  avec  le  Viburnum -par  son  port  et  les 
fleurs  neutres  de  quelques-unes  de  ses  espèces,  qui  ont  déter- 
miné plusieurs  auteurs  modernes  à  lui  réunir  l'Horfensia  ,  placé 
d'abord  prés  du  Viburnum ,  et  dont  toutes  les  fleurs  sont  sté- 
riles. Mais  le  Viburnum  a  une  corolle  monopétale  et  un  fruit 
uniloculaire,  monosperme;  ÏHjdrangea  est  polypétale,  avec 
un  fruit  biloculaire  polysperrae.  La  véritable  affinité  de  ce 
dernier  n'est  donc  pas  encore  bien  déterminée,  et  un  nouvel 
examen  devient  nécessaire.  Nous  avions  laissé  primitivement 
à  la  fin  des  saxifragées  le  f'Veinmannia  et  le  Cunonia,  con- 
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formes  dans  les  organes  de  la  fructification,  mais  très-diffe- 
rens  par  le  port,  par  les  tiges  ligneuses  plus  ou  moins  éle- 
vées, par  les  feuilles  toujours  opposées,  avec  une  stipule  in- 
termédiaire, pennées  avec  impaire  ou  plus  rarement  simples. 
M.  Brown  ,  déferniiné  par  ces  différences,  en  a  fait  sa  nou- 
velle famille  des  Cunoniacées  (voyez  ce  mot),  à  laquelle  il 
a  ajouté  trois  autres  genres  plus  récens.  Quoique  leur  ovaire 
soit  toujours  non  adhérent,  et  de  plus  dans  le  TVeinwannia, 
entouré  d'un  disque  non  mentionné  dans  les  vraies  saxifra- 
gécs ,  M.  Kunth  n'a  pas  cru  ces  distinctions  suffisantes,  ainsi 
que  celles  étrangères  à  la  fructification  ,  pour  conserver  cette 
famille  dont  il  fait  une  simple  section  des  saxifragées.  De 
nouvelles  observations  sont  nécessaires  pour  porter  un  juge- 
ment définitif.  (J.) 

SAYA.  {Ornith.)  Nom  du  manucode  chez  les  Papous  de  la 
Nouvelle-Guinée.  (  Ch.  D.  ) 

SAYACOU.  {Ornith.)  Cet  oiseau  du  Brésil  est  le  tanagra 
sayacu  de  Linné  et  de  Latham ,  dont  Buffon  a  contracté  le 
nom  en  syacou.  (Ch.  D.) 

SAYAN.  {Ornith.)  Ce  nom  est  donné  à  l'hirondelle  salan- 
gane par  les  habitans  des  Philippines.  (  Ch.  D.) 

SAYORU.  {Bot.)  Nom  japonois  du  seau  de  Salomon,  poly- 
gonatum  ,  suivant  Thunberg.  (J.  ) 

SAYOU.  {Ornilh.)  L'auteur  des  Mélanges  intéressons  et  cu- 
rieux dit,  tom.  4,  p.  loi  ,  que  l'oiseau  ainsi  appelé  en  Chine, 
et  qui  est  trois  fois  plus  grand  que  le  rossignol  d'Europe  , 
mais  de  la  même  couleur,  a  une  voix  si  sonore,  si  forte,  et 
dont  les  modulations  sont  si  agréables  ,  qu'il  semble  avoir 
appris  la  musique.  (Ch.  D.) 

SAYRE.  {Bot.)  Dans  la  province  de  Los  Pastos,  faisant 
partie  de  l'Amérique  méridionale,  on  nomme  ainsi  le  nico- 
tiana  pulmonarioides  de  M.  Kunth.  (J.  ) 


FIN    nn    QUARANTE-SEl'TIEME   VOLUME. 


STRASBOURG,  de  l'imprimerie  de  F.  G.  LevraulTj,  inipr.  du  Bo». 


OUVRAGES   NOUVEAUX 

Que  l'on  trouve  chez  les  mêmes  libraires  à  Strasbourg  et  à  Paris. 

CATHÉDRALE  DE  STRASBOURG,  dessinée  diaprés  nature,  et 

lithographice   par  M.    Chaput,  ex  -  olficier  du  génie  marilîme  , 

ancien  élève  de  l'école  polytechnique,  avec  un  texte  historique 

et  descripiif  par  M.  J.  G.  Schweigujedser. 

La  description  détaillée  et  spéciale  de  cette  cathédrale  est  des- 
tii^e  à  faire  suite  aux  Antiquités  de  l'Alsace,  dont  le  cadre  n'a 
pas  permis  de  donner  à  cet  important  monument  tout  le  dévelop- 
pement dont  il  est  susceptible.  Elle  formera  trois  livraisons  in- 
folio sur  même  papier  que  les  Antiquités. 

La  I,'*  livraison  paraît,  les  a  autres  suivront  de  près. 
VOYAGE  PITTORESQUE  DA!\S   LE  BRÉSIL  ^  par  Mai/rice 

RccEKDAS,  publié  par  Ergelmans  et  Comp." 

L'exécution  des  lithographies  sera  conOée  h  MM.  Villeneuve, 
Jolj,  Deroy,  Bichebois,  Maurin  ,  Zv.inger,  Adam,  Rugeudas , 
Gr.din,  Vigneron,  et  autres  artistes  disiiogius. 

L'ouvrage  entier  se  composera  de  vingt  livraisons,  chacune  de 
cinq  planches  in-folio,  imprimées  sur  demi  -  feuille  de  papier 
Jésus  vélin  superflu  ,  de  vingt  pouces  de  haut  sur  quatorze  de  large , 
et  environ  deux  feuilles  de  texte. 

11  sera  divisé  en   quatre  parties  : 

La  première,  composée  de  six  livraisons,  contiendra  les  vues 
ou  pnjsages  ; 

La  seconde  ,  composée  de  quatre  livraisons  ,  contiendra  les 
costumes  et  portraits  des  Nègres  et  des  Indiens  ; 

La  troisième,  composée  de  cinq  livraisons,  contiendra  les  mœurs 
et  usages  des  Indiens  e^  des  Européens  ^ 

La  quatrième,  composte  de  cinq  livraisons ,  contiendra  les  mœurs 
et  usages  des  Wègres. 

La  première  livraison  est  en  vente.  Il  paraîtra  alternativement 
une  livraison  de  chaque  partie. 
LETfiiES   SUR   LA  SUISSE,  accompagnées  de   vues   dessinées 

d'après  nature   et  lithographiées    par  Villekedve.    Quatrième 

partie  —  Lac  de  Genève.  \ 

Cette  partie  sera  composée  de  6  livraisons,  contenant  chacune 
4  planches  et  une  vignette,  avec  plusieurs  feuilles  de  texte;  la 
première  livraison   paraît. 

La  i."  partie,  l'OiiERLAKD  BERNOIS,  est  composée  de  6  livraisons, 

La  2^  rEvÈCHÉ  DE  Basle,  4  livrai, ons. 

La  3.' le  Lac  des  quatre  Castors,  G  livraisons. 

Sous  presse. 
HISTOIRE  CRITIQUE  DU  GNOSTICISME,  et  de  son  influence 

sur   les  sectes    religieuses   A   philosophiques    des  six    premiers 

siècles   de   l'ère   chrétienne  j    ouvrage    couronné    par   l'Institut; 

par  M.  J.  Maiter;  a  vol.  in-S." 
LA  GUZLA,  Choix  de  poésies  illyriques  recueillie..^  dans  la  Dal- 

matie^  la  Bosnie,  la  Croatie  et  THerzégovine  ;  i  vol.  gr.  in- 


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